ACIDE CARBONIQUE. -EAUX MINÉRALES GAZEUSES
Le gaz acide carbonique, impropre à la respiration , est beaucoup plus pesant que l’air atmosphérique, incolore , d’une odeur piquante, d’une saveur aigrelette, soluble dans l’eau et pouvant même s’y dissoudre en très-grande proportion, par la compression. C’est à ce gaz dissous que les eaux minérales gazeuses acidulées doivent leurs principales propriétés.
Le gaz acide carbonique est impropre à la respiration: ce fait a été surabondamment démontré par les expériences sans nombre que tous les physiologistes ont tentées ; mais jusqu’à ces derniers temps on ne pensait pas qu’il agît autrement que par ses qualités négatives ; cependant déjà des faits avaient été recueillis par Seguin ( Annales de chimie, t. xxxix, p. 251), par Atlumonelli ( Mémoire sur les eaux minérales de Naples , Paris , 1804), par Fontana, par Roche ( Journal universel des sciences médicales, 1822), par Rolando {Archives générales de médecine, t. v, p. 131 ), qui démontraient l’action toxique de ce gaz ; mais le mémoire que Collard de Martigny a publié dans le l. xiv des Archives générales de médecine (p. 203) ne permet plus de douter que l’homme, en respirant l’acide carbonique , n’ait à lutter contre deux causes de mort , d’abord la privation d’oxygène et surtout l’action vénéneuse du
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gaz ; ce qui le prouve , c’est qu’en remplaçant l’azQle par l’acide carbonique dans la composition de l’air atmosphérique , c’est-à-dire en faisant respirer à un animal un mélange de 21 parties d’oxygène et de 79 parties de gaz acide carbonique , la mort survient presque immédiatement , et elle n’est guère moins certaine lors même que , dans ce mélange , l’oxygène y enlre pour les trois quarts , et le gaz acide carbonique pour le quart seulement. Des expériences nombreuses qu’a faites M. Collard de Martigny , il croit devoir conclure que l’acide carbonique est essentiellement délétère, et qu’il agit principalement et primitivement sur les nerfs et sur le cerveau.
Petit est le seul , nous le pensons du moins , qui ait osé utiliser les propriétés stupéfiantes de l’acide carbonique administré par les voies respiratoires ; c’est dans le cas d’hydrophobie. Il n’avait pu calmer , par des doses énormes d’opium, les spasmes convulsifs d’un hydrophobe, il imagina alors de lui faire respirer une grande proportion d’acide carbonique ; il calma, il est vrai, les accidents spasmodiques les plus graves; mais la mort n’en survint pas moins quelques heures après.
L’eau , ainsi que nous l’avons dit plus haut, peut, sous l’influence de la compression, dissoudre cinq ou six fois son volume de gaz acide carbonique ; c’est par ce moyen que l’on fabrique les eaux gazeuses dont on fait aujourd’hui un si grand usage. Lorsque l’on débouche la bouteille , le gaz s’échappe avec rapidité , et même avec une sorte d’explosion, et il est difficile que, malgré la plus grande promptitude, on boive plus de deux volumes du gaz qui était dissous dans l’eau. 11 en résulte que la quantité ingérée ne peut jamais être telle qu’elle puisse produire de grands effets toxiques ; mais cette dose, si minime qu’elle soit, n’en dénote pas moins des troubles notables qui rappellent de loin ceux qui suivent l’asphyxie par l’acide carbonique, nous voulons parler du sentiment d’ivresse passagère qui suit l’ingestion d’une quantité assez notable d’eau de Seltz artificielle.
Les applications thérapeutiques de l’acide carbonique dissous dans l’eau sont assez bornées , et moins simples qu’on ne le croit communément. L’eau de Seltz artificielle est un des moyens banalement employés par tous les médecins , et ce remède, innocent dans le plus grand nombre de cas , a quelquefois d’assez graves inconvénients.
L’eau gazeuse convient en général aux personnes dont l’estomac est paresseux, par suite de travaux de cabinet, du repos forcé, etc., etc., pourvu qu’il n’y ail pas d’éructations, de vomissements muqueux , d’ictère, en un mot rien qui indique une phlegmasie de la membrane muqueuse de l’estomac.
Elle est particulièrement conseillée dans les vomissements qui ne tiennent pas à une inflammation de l’estomac ou du péritoine , mais qui semblent être sous la dépendance d’une perturbation du système nerveux; tels sont les vomissements que l’on observe chez les femmes enceintes ou hystériques. C’est probablement au dégagement abondant du gaz acide carbonique que la fameuse potion de Rivière doit ses propriétés antivomitives.
Les femmes irritables, atteintes de gastralgie sans chlorose et avec constipation , se trouvent habituellement fort mal de l’emploi de l’eau de Seltz. Elle est positivement contre-indiquée dans toutes les affections spasmodiques de l’estomac et des intestins, surtout dans celles qui s’accompagnent de flatulence.
L’eau saturée d’acide carbonique a été regardée par quelques médecins comme fort utile dans le traitement de la gravelle et de la goutte; c’est là une erreur grave. Cette eau n’est utile dans le cas qui nous occupe que lorsqu’on y a dissous , outre de l’acide carbonique , une quantité notable de carbonate de soude ; comme aussi chez les gens dont les digestions sont paresseuses , et les éructations acides, l’addition du chlorure de sodium au bicarbonate de soude est une chose avantageuse.
Au demeurant , l’usage habituel de l’eau de Seltz, comme boisson de luxe, ale grand inconvénient d’habituer l’estomac à une stimulation dont bientôt il ne peut plus se passer , et il a par conséquent l’inconvénient des excitants locaux: il blase.
L’eau de Seltz se prend soit pure , soit mêlée au vin , au lait, à un sirop quelconque. La dose à laquelle on l’administre est indéterminée.
SOUFRE. — EAUX MINÉRALES SULFUREUSES
Le soufre est un corps simple non métallique, très-répandu dans la nature. A l’état de liberté , il se trouve, soit cristallisé, soit en masses amorphes. Il s’unit à beaucoup de métaux et entre dans la composition de la plupart des minerais, sous le nom de pyrites ou sulfures naturels.
SOUFRE.— EAUX MINÉRALES SULFUREUSES
Enfin , combiné à l'oxygène , il forme un acide qui , uni à certaines bases , et principalement à la chaux , constitue les sulfates si connus dans la nature. Uni à l’hydrogène, il fait la base des eaux minérales sulfureuses. Il entre également comme élément des tissus et des humeurs des animaux et de quelques plantes.
Pour obtenir le soufre pur et tel qu’on l’emploie en médecine, on distille le soufre brut dans une chaudière de fonte qui communique par une allonge avec l’intérieur d’une chambre de plomb. Là une partie de soufre se condense et forme ce que l’on appelle les fleurs de soufre; une autre partie se liquéfie et vient se rendre dans la partie la plus déclive de la chambre où on le recueille pour le couler dans des moules.
Le soufre sublimé ou fleur de soufre contient toujours une certaine proportion d’acide sulfureux : il prend alors le nom de fleurs de soufre non lavées. Pour le débarrasser de l’acide sulfureux qu’il contient , on le lave dans de l’eau qui dissout l’acide, et le soufre reste parfaitement pur.
Parmi les composés qui résultent de l’union du soufre à l’oxygène, deux seulement sont employés en médecine , l’acide sulfureux et l’acide sulfurique. Il a déjà été traité de ce dernier sommairement , et suffisamment d’ailleurs , à la fin de la première partie : nous n’aurons à nous occuper ici que de l’acide sulfureux.
On le prépare, soit en faisant brûler du soufre au contact de l’air atmosphérique, soit en chauffant dans une cornue un mélange d’acide sulfurique et de charbon en poudre. Dans le premier cas , l’acide sulfureux se forme aux dépens de l’oxygène de l’air , et dans le second par les décompositions de l’acide sulfurique qui cède au charbon une partie de son oxygène.
Le soufre et l’hydrogène peuvent aussi s’unir pour former un acide , l’acide hydrosulfurique, composé d’autant plus important à étudier, qu’il contient, suivant toute probabilité , l’élément actif des eaux minérales sulfureuses.
On l’obtient en traitant le sulfure d’antimoine par l’acide chlorhydrique concentré. Par suite de la réaction réciproque de ces deux composés binaires, il se fait un chlorure d’antimoine , et le gaz acide hydrosulfurique se dégage , et en faisant passer ce gaz au travers de l’eau dans un appareil de Woulf, on obtient ainsi une solution d’acide hydrosulfurique.
Quand on mêle ensemble l’iode et le soufre , à net empéralure peu élevée , ils se combinent et
constituent un composé binaire , 1 iodure de soufre , qui est grisâtre, solide et cristallisé en belles aiguilles.
Applications thérapeutiques. Dès les premiers âges de la médecine , le soufre était employé comme moyen désinfectant, sans doute parce qu’il masquait les odeurs fétides, au môme titre, d’ailleurs, que l’on emploie, de nos jours, les fumigations aromatiques. C’est à peine si dans les livres hippocratiques il est fait mention du soufre. Dioscoride et Pline sont les premiers qui aient spécifié quelques-unes des applications thérapeutiques du soufre. Ils le conseillaient intérieurement et extérieurement dans les maladies de poitrine. Galien envoyait ses phthisiques en Sicile pour respirer l’air sulfureux des volcans. Depuis lors le soufre est entré dans la composition d’une multitude d’arcanes, qui tous, suivant leurs inventeurs , avaient des vertus merveilleuses que l’expérience n’a pas consacrées.
Pris à la dose de 4 décigrammes à un gramme (8 à 18 grains) par jour, le soufre ne donne lieu à aucun phénomène remarquable. Seulement on remarque que les garde-robes et les gaz intestinaux prennent une extrême fétidité. A une dose un peu plus élevée administrée en une fois , G à 8 grammes ( 1 gros et demi à deux gros ) pour un adulte; 2 à 4 grammes (56 à 72 grains) pour un enfant , le soufre en poudre agit comme laxatif, sans donner lieu à de vives coliques. Mais quand on le prend à doses fractionnées , de telle manière pourtant qu’il en soit consommé 4 à 8 grammes (1 à 2 gros ) par jour , on voit survenir une excitation générale caractérisée par une augmentation dans la fréquence du pouls et dans la chaleur de la peau. En même temps on remarque que la peau exhale une odeur de soufre non équivoque; et les diverses sécrétions muqueuses charrient de l’acide hydrosulfurique au point de noircir des pièces d’or et d’argent. On prétend même que la sueur peut acquérir une couleur telle qu’elle teigne en jaune léger le linge de corps des malades.
Le soufre en nature a joui et jouit encore d’une réputation un peu usurpée dans le traitement des dartres diverses. Nous ne voulons pas refuser absolument à cette substance les vertus thérapeutiques qu’on lui a accordées ; mais, nous le disons hautement, parce que c’est notre pensée, le soufre n’est utile que dans peu de maladies chroniques de la peau. Diverses pommades soufrées rendent quelquefois des services dans le traitement des dartres humides ; mais , dans les
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formes sèches , ces médicaments restent presque toujours impuissants. Il est toutefois une maladie de la peau , la gale, qui n’est combattue par rien mieux que par le soufre.
Ce qui mit sans doute sur la voie de l’emploi du soufre dans le traitement de la gale, c’est que les ouvriers qui travaillaient soit à l’extraction , soit à la purification du soufre , soit à la réduction des métaux dont les minerais contenaient beaucoup de soufre , guérissaient promptement de la gale lorsqu’ils l’avaient avant d’embrasser la profession , et ne la contractaient pas quand une fois ils étaient employés aux ateliers. Les pommades faites avec les fleurs de soufre ou tout simplement avec le soufre et l’axonge suffisent, dans le plus grand nombre de cas, pour guérir rapidement la gale. Chaussier , et après lui Brachet, de Lyon, substituent aux pommades les fleurs de soufre que l’on jette simplement dans le lit des malades, chaque soir, au moment où ils vont se coucher ; il suffit de trois ou quatre semaines pour guérir la maladie. Quelques médecins ont l’habitude de ne traiter la gale et les maladies cutanées diverses que par l’usage interne du soufre qu’ils donnent à haute dose , ils prétendent éviter par là la répercussion. Nous pensons que cette méthode exclusive ne doit pas être admise , mais qu’il convient de l’associer à celle qui ne s’oppose qu’aux manifestations extérieures , par un moyen extérieur , sans tenir compte du resle de l’économie. Nous n’ajoutons pas une foi bien robuste aux diverses répercussions des maladies de la peau ; mais nous tenons trop aux idées hippocratiques pour ne pas conseiller toujours une médication qui a pour but de favoriser les crises par divers émonctoires.
C’est sans doutepar cette action pour ainsi dire dépuralive, que le soufre se recommande dans les rhumatismes chroniques et dans la goutte alonique. Van Swieten et Barthez ont particulièrement insisté sur cette médication , et quand deux médecins aussi éminents s’accordent pour conseiller un moyen, il ne faut pas le rejeter légèrement. Théoriquement, il semble que l’usage intérieur du soufre doit être utile dans le rhumatisme. Nous regrettons vivement de n’avoir jamais vérifié par nous-mêmes les propriétés antiarthritiques de cette substance.
Nous avons vu plus haut que Dioscoride, Pline, Galien, s’accordaient à vanler les heureux effets du soufre pris à l’intérieur, dans le traitement de la phthisie pulmonaire , du catarrhe chronique et de l’asthme. Il est assez pro-
bable qu’à une époque où le diagnostic des lésions anatomiques du poumon n’était pas porté aussi loin qu’il l’est de nos jours, des observateurs dignes de foi aient cru avoir guéri des tuberculeux avec le soufre ; mais aujourd’hui nous avons tous la triste conviction que , dans la phthisie pulmonaire, le soufre , comme tout autre remède est presque complètement inefficace, et qu’il n’est utile au contraire que dans les catarrhes chroniques. Dans ce cas on donne le soufre en poudre ou en tablettes. Cette dernière forme est préférable, surtout pour les enfants.
L’usage du soufre est-il utile dans le traitement de la scrofule , comme le veut Sœmmerring? c’est ce que l’expérience seule peut décider. Le fait est que l’excitation générale qu’il produit devrait n’êfre pas sans utilité , et si l’on considère que les préparations sulfureuses diverses dont nous allons nous occuper tout à l’heure sont évidemment utiles dans les maladies scrofuleuses , on peut , par analogie , penser qu’à l’intérieur le soufre pourrait rendre quelques services.
Gmelin , qui croit volontiers , sans de trèsbons motifs de croire, et qui , dans son Apparatus medicaminurn , semble attacher plus d’importance à citer beaucoup qu’à citer judicieusement, parle du soufre en poudre comme d’un vermifuge utile. Dans ce cas il doit être donné à dose purgative.
Dans la salivation mercurielle , l’usage des pastilles de soufre a été conseillé par Heeker , comme un moyen sur lequel on pouvait presque toujours compter. Des expériences tentées à l’hôpital des vénériens par Cullerier , quelquesunes que nous avons faites nous-mêmes, ne nous permettent pas de croire aux assertions de Heeker. Non que nous doutions de la véracité de cet écrivain , mais seulement parce que nous croyons qu’il a mal interprété les faits. La salivation mercurielle est quelquefois un accident trèssimple , et qui se guérit vite, quelque médication que l’on emploie. Or le soufre, dans ce cas, agit comme toute autre substance , et il ne faut pas conclure que l’on a guéri par le soufre lorsque, tout simplement, on a guéri avec le soufre , ce qui n’est pas la même chose.
Enfin , Schmitjan l’a conseillé encore comme astringent dans la dyssenlerie aiguë. 11 ne l’administre qu’après avoir calmé les premiers accidents à l’aide de l’ipécacuana administré comme vomitif.
SOUFRE , EAUX MINÉRALES SULFUREUSES
Acide sulfureux. L'odeur suffocante de l’acide sulfureux, qui fait momentanément disparaître toutes les autres , avait fait croire que cet acide jouissait de vertus désinfectantes. Aussi , de toute antiquité peut-être , fut-il employé pour prévenir et arrêter les maladies épidémiques et contagieuses. Dans les grandes épidémies de peste, on brillait jadis du soufre, avec autant de ferveur et de bonne foi que l’on dégageait du chlore à la fin du siècle dernier, et que, de nos jours , on répand des chlorures.
Quant aux fumigations d’acide sulfureux, dans le traitement des maladies de la peau , bien qu’elles eussent été indiquées par le fameux Glauber, par Lallouette, par Franck , cependant on doit à M. Galès , et h M. d’Arcet père, d’avoir ressuscité cette utile médication, qui , d'abord à l’hôpital Saint-Louis, et ensuite dans toute l’Europe , a été adoptée dans le traitement de la gale et de beaucoup de dartres vésiculeuses et pustuleuses. Le corps entier du malade, à l’exception de la tête, ou le membre que l’on veut traiter , est enfermé dans une caisse où arrive l’acide sulfureux produit de la combustion du soufre, ou dans l’intérieur de l’appareil ou dans une boîte qui s’y rend par un conduit.
Ces fumigations s’emploient non-seulement dans les dartres et dans le traitement de la gale, mais encore dans celui des rhumatismes apyrétiques , des maladies des os , des scrofules, de la paraplégie, des névralgies sciatiques, etc.
Acide sulfurique. Nous avons déjà , dans le cours de cet ouvrage, parlé de l’acide sulfurique comme caustique et comme astringent. Nous avons , en parlant des acides , traité des applications que l’on en avait fait comme hémostatique , tempérant, etc.; il est tout à fait inutile d’y revenir ici. Qu’il nous suffise de dire que l’acide sulfurique, en tant que composé de soufre , avait été incorporé à certaines pommades, à des huiles, pour être ensuite employé en frictions dans le traitement de la gale et des dartres; et que nous-mêmes nous l’avons conseillé en bains dans le même cas , à la dose de 100 à 500 grammes (3 onces à 1 livre) pour un grand bain. Pour les dartres furfuracées qui souvent couvrent le visage, l’eau acidulée avec l’acide sulfurique guérit fort souvent, soit par ses propriétés astringentes, soit par l’action toute spéciale du soufre.
Acide hydrosuif urique. Cet acide , ainsi que nous l’avons dit plus haut, est le principe le Plus actif des eaux minérales sulfureuses. Il est 3e PARTIE.
naturellement à l’état gazeux , incolore , d’une odeur spéciale qui rappelle celle des œufs pourris. Dans les laboratoires où on l emploie souvent comme réactif, on le fait passer dans l’eau distillée à l’aide d’un appareil de Woulf , et l’eau saturée de cet acide prend le nom d’acide hydrosulfurique liquide.
L’acide hydrosulfurique gazeux est un des poisons les plus violents; mêlé à l’air atmosphérique', dans la proportion d’un quinze-cenlième , il peut tuer un oiseau de petite taille , suivant les expériences de Thénard et Dupuytren ; un huit-centième peut donner la mort à un chien , un deux cent-cinquantième à un cheval. Injecté dans les vaisseaux veineux ou dans les cavités séreuses, il peut tuer rapidement, et même, lorsque l’on plonge dans ce gaz le corps d’un animal sans que d’ailleurs il en respire , la vie peut être compromise.
Si nous considérons combien est délétère l’action qu’il exerce sur l’économie , nous comprendrons peut-être la cause de quelques-uns des effets curatifs pris à l’intérieur. Il est certain que le système nerveux et le sang sont particulièrement influencés par ce poison qui a une vertu stupéfiante très-manifeste. D’après cela on conçoit jusqu’à un certain point qu’il diminue l’excitation fluxionnaire du poumon dans les catarrhes chroniques et dans les phthisies commençantes , et par là s’expliqueraient les heureux effets des eaux minérales sulfureuses, dans les maladies dont nous venons de parler.
Outre cette action stupéfiante immédiate qui suit l’ingestion des eaux minérales sulfureuses , il est encore une modification rationnelle secondaire que l’on ne peut expliquer que par le soufre lui-même. Nous y reviendrons plus tard en nous occupant de l’action thérapeutique des eaux minérales sulfureuses dans les maladies internes et externes. Le gaz hydrosulfurique gazeux a été employé en médecine comme stupéfiant. Niémann le faisait respirer à petites doses à un malade atteint de phthisie pulmonaire ; on l’a encore recommandé comme antispasmodique : ces applications thérapeutiques qui ne sont pas sans danger devraient être à tout jamais bannies de la pratique. Quant à la solution de ce gaz dans l’eau, elle a été conseillée dans la phthisie pulmonaire mêlée au lait et même à l’ea» avec quelque sirop, exactement de la même manière que l’on prescrit les Eaux-Bonnes artificielles.
Sulfure de chaux. Le sulfure de chaux se prépare en soumettant à une température élevée * 17
EAUX MINÉRALES
un mélange de 8 parties de soufre contre 14 de chaux pulvérisée.
Ce sulfure a été extérieurement conseillé dans le même cas que les fleurs de soufre. Il entre dans la composition de pommades anlipsoriques et antidartreuses , à la dose de 2 à 4 grammes pour 50 à 50 grammes d’axonge. Mêlé à l’huile il constitue la fameuse poudre de Pihorel qui a été tant employée dans le traitement de la gale. On mêlait à de l’huile une petite quantité de sulfure de chaux pulvérisé , et on faisait , deux fois par jour, des frictions dans le creux des mains avec celte espèce de Uniment. Pihorel regardait ce moyen comme le plus efficace dans le traitement de la gale. A l’intérieur, il a été conseillé pour guérir la salivation mercurielle à la dose de 1 à 5 décigrammes (2 à 10 grains) plusieurs fois par jour; mais Bush, de Strasbourg , au commencement de ce siècle l’a préconisé dans la phthisie pulmonaire ; il le mêlait avec parties égales d’extrait d’aconit, et administrait ce médicament à doses qui ne dépassaient jamais 1 à 2 grammes (18 à 56 grains). Récemment Harel du Tancrel a publié sur ce sujet un opuscule , dans lequel il rapporte plusieurs cas de guérison de phthisie bien avérée guérie par le mélange d’aconit et de sulfure de chaux. Bien que nous ayons tout sujet de croire à la véracité d’Harel, nous sommes pourtant convaincus qu’il a commis quelques erreurs, et qu’il a pris des catarrhes graves pour des phthisies tuberculeuses. Il n’en resterait pas moins cela à la science, savoir que le catarrhe chronique peut être heureusement modifié par le sulfure de chaux.
Quant à son efficacité dans le goitre et les scrofules , elle a été indiquée par Hoffmann et Stoll , mais nous ne pensons pas que , de nos jours , on ait expérimenté dans ce sens.
Sulfure de potassium. Le sulfure de potassium se présente sous forme de morceaux solides, d’une couleur rouge de foie , ce qui lui a valu son ancien nom de foie de soufre , d’une saveur âcre et sulfureuse. Exposé à l’air , il en attire l’humidité et répand une odeur d’œufs pourris.
Pour l’obtenir pur, on mêle ensemble du soufre sublimé et du sous-carbonate de potasse pur à parties égales ; on chauffe ce mélange, au bain de sable, dans un malras de verre Jusqu’à ce que la masse soit en fusion tranquille. On laisse refroidir, et le sulfure de potassium ainsi obtenu , est conservé pour l’usage dans des flacons bien fermés. Pour les besoins du commerce et de la pharmacie , on se sert de potasse du com-
merce , que l’on chauffe avec la moitié de son poids de soufre , dans une marmite de fonte fermée de son couvercle. Ce sulfure est beaucoup moins pur , mais il est suffisant pour les usages médicinaux.
Ce que l’on appelle sulfure de potasse liquide, se prépare en dissolvant un tiers de soufre dans une solution de potasse caustique marquant 35° à l’aréomètre. Le sulfure de potassium est un poison fort énergique et des plus irritants. Appliqué à la peau et sur les membranes muqueuses, il agit comme léger caustique , et sous ce rapport, il se place immédiatement à côté de la potasse , de la soude et de la chaux , aussi ne doit-on le prescrire à l’intérieur qu’avec des ménagements extrêmes, et mêlé à des substances qui atténuent son action ou dissous dans une grande quantité de liquide.
A l’intérieur, le sulfure de potassium a été donné à la dose de 1 à 3 décigrammes (2 à 6 grains) dissous dans 250 grammes (demi-livre) d’eau distillée, sucrée et aromatisée. Ou bien encore incorporé à du sirop de sucre , de manière que chaque cuillerée de ce sirop contienne 5 décigrammes (6 grains) de sulfure. M. Bayet l’associait au beurre de cacao, à l’huile d’amandes douces, et formait ainsi un savon qui perdait sa causticité tout en conservant les propriétés générales du sulfure.
C’était dans les catarrhes chroniques , dans la phthisie confirmée ou commençante , et même dans le croup que l’on prescrivait à l’intérieur ces préparations de sulfure de potassium ; mais, malgré les histoires des cures merveilleuses que l’on a rapportées et dont on a grossi les journaux de médecine , il faut bien convenir que de toutes ces merveilles il ne reste qu’une efficacité assez peu contestable dans le traitement du catarrhe pulmonaire chronique. Et ce n’est pas seulement dans le catarrhe pulmonaire que le sulfure de potassium est utile, il rend d’aussi grands services dans le catarrhe de la vessie , de l’oreille , du nez, etc., et en général dans les flux muqueux. Nous l’avons souvent administré en lavement dans la dyssenterie chronique , à la dose de 1 à 5 décigrammes (2 à 10 grains), une, deux et jusqu’à trois fois par jour , suivant la susceptibilité du malade , suivant le bien que lui causait le remède.
A l’extérieur , le sulfure de potassium est un des médicaments les plus employés. Il sert à composer les bains sulfureux , sur lesquels nous allons nous arrêter quelques instants.
SOUFRE, EAUX MINÉRALES SULFUREUSES
Lorsque l’on conseille des bains sulfureux , on a l’habitude de prescrire 125 grammes (4 onces) de sulfure de potassium dissous dans suffisante quantité d’eau pour un grand bain. On regarde comme une précaution à peu près indifférente d’ajouter ou de ne pas ajouter à l’eau du bain de l’acide chlorhydrique ou sulfurique. Or celte précaution , en apparence peu importante , est pourtant d’un intérêt extrême, et les effets obtenus sont essentiellement différents. Car tandis que le bain dans lequel on a fait dissoudre 125 et quelquefois jusqu’à 200 grammes de sulfure de potassium, cause à la peau une irritation telle , que des accidents assez sérieux en peuvent être la conséquence , une pareille dose de sulfure avec addition d’acide se supporte avec la plus grande facilité. C’est que , dans le premier cas , le sulfure n’est pas décomposé , et que dans le second le sulfure est décomposé ; il se fait un sel neutre inerte qui reste dissous dans l’eau du bain ; une partie du soufre se précipite et l’acide hydrosulfurique se dégage. Il en résulte que , par le fait , si la quantité d’acide a été un peu considérable , le sulfure de potassium peut se trouver entièrement décomposé et le bain a perdu presque toute son activité. Aussi doit-on, pour un bain général , ne jamais excéder la dose de IG à 20 grammes de sulfure de potassium (4 à 5 gros) , si l’on n’y ajoute pas d’acide , tandis que , dans le cas contraire, on peut élever à 250 grammes (demi-livre) la dose du sulfure. Les bains sulfureux préparés suivant les doses et avec les précautions que nous venons d’indiquer constituent à vrai dire des eaux minérales sulfureuses artificielles , à cela près de quelques sels de peu d’importance. Toutefois il est bon de remarquer que les eaux minérales sulfureuses ont pour base l’hydrosulfate de soude et non l’hydrosulfale de potasse ; mais entre le sulfure de sodium et le sulfure de potassium, il n’y a vraiment aucune différence thérapeutique essentielle. Ainsi donc tout ce que nous dirons des bains sulfureux composés avec le sulfure de potassium devra s’entendre de ceux dans lesquels entrele sulfure de sodium, et en général de toutes les eaux naturelles sulfureuses.
Dans les bains sulfureux deux choses sont à considérer, la dose du principe minéralisateur, la température du bain. — Le sulfure de potassium ou de sodium dissous dans l’eau , même à une température peu élevée, détermine à la peau une vive irritation , qui peut être extrême si la dose de sulfure a été très-considérable ;
celte excitation de la peau réagit sur toute l’économie au point de donner lieu à une fièvre artificielle, à l’insomnie, et certaines personnes irritables sont obligées d’en cesser l’usage , ou du moins de mettre beaucoup d’intervalle entre chaque bain ; si maintenant la température est égale à celle du sang , c’est-à-dire supérieure à celle de la peau , et que le bain cède au corps du calorique , il s’ensuivra une excitation encore plus vive. Or les bains sulfureux sont donnés souvent dans le but de déterminer une fièvre artificielle , et comme en même temps la vive excitation de la peau appelle le sang et les crises dans l’organe cutané , on comprend de quel secours de pareils bains peuvent être dans les affections chroniques internes , de celles surtout qui sont liées à un vice humoral , telles que les dartres, les scrofules, le rhumatisme , etc., etc. Par là se trouvent remplies les conditions les plus favorables au rétablissement de la santé : solliciter une fièvre de coclion , diriger l’élimination critique du côté de la peau.
On voit tout de suite que l’état fébrile actuel est une contre-indication formelle des bains sulfureux, car on risque d’augmenter l’orgasme nflamraatoire , de réveiller ou d’augmenter les phlegmasies viscérales assoupies , et partant de favoriser une fluxion critique vers les organes préalablement fluxionnés , ce qui est la pire des conditions.
11 faut donc d’abord que l’état fébrile n’ait jamais existé , ou tout au moins qu’il soit passé depuis longtemps.
Les bains sulfureux sont également contre indiqués dans les hémorragies accompagnées d’un état fluxionnaire et fébrile évident.
Mais on voit quels services ils doivent rendre dans les rhumatismes chroniques apyrétiques , dans la goutte vague atonique, dans la scrofule externe, dans les dartres, dans les flux muqueux chroniques non fébriles , dans les phlegmasies superficielles des membranes muqueuses. C’est aussi dans cette classe nombreuse de maladies que les bains sulfureux sont vraiment utiles , et que les eaux minérales font des cures qui , pour beaucoup de personnes, tiennent du merveilleux. La gale est également combattue avec un succès à peuprès constant parles bains sulfureux.
Nous avons dit plus haut que l’influence des bains sulfureux était telle, qu’en provoquant une fièvre artificielle ils déterminaient en même temps la fluxion critique sur la peau. Ce phénomène critique est manifesté non pas seulement
EAUX MINÉRALES
par des sueurs , mais encore, ce qui est remarquable, par ce qu’on appelle la poussée. La poussée , en langage de médecin d’eaux thermales , est une fluxion vive vers la peau , manifestée par de petites papules et souvent par une éruption vésiculeuse confluente et fort douloureuse. Chez certaines personnes la poussée s’obtient à peu de frais ; chez d’autres , au contraire, il faut non-seulement augmenter la durée des bains, mais encore en élever la température. Ainsi, dans certaines eaux thermales naturelles, on fait prendre au malade jusqu’à 6 et 8 heures de bain , et on en élève la température jusqu’à 52 et 55° Réaumur.
Quand le phénomène de la poussée ne peut être obtenu par des bains de 2 ou 5 heures et dont la température n’excède pas 50°, il est imprudent de la solliciter par des bains aussi longs et aussi chauds que ceux dont nous venons de parler ; il peut en résulter des accidents terribles , et bien souvent des malades sont victimes de l’empirisme aveugle de certains médecins, sans avoir égard aux maladies antécédentes , à la disposition inflammatoire ou fluxionnaire de ceux qui vont se confier à leurs soins, soumettent indistinctement à la même médication tous ceux qui viennent aux eaux , sans songer aux obstacles inhérents à la constitution originelle , accidentelle ou acquise de ceux qui sont confiés à leurs soins. 11 est donc d’un médecin sage de renoncer à obtenir la fluxion critique cutanée par les bains généraux quand elle tarde à se manifester ; mais ce qu’il est imprudent de demander aux bains , on l’obtient plus aisément des douches. L’action de la douche, en effet , diffère essentiellement de celle du bain.
Le bain dure une ou plusieurs heures , pendant lesquelles le calorique dégagé par l’économie, s’accumule sans pouvoir s’épandre au dehors , la sécrétion cutanée , ce grand moyen de réfrigération , restant interrompue , et l’eau cédant plutôt qu’elle n’emprunte de la chaleur. Il en résulte une pléthore artificielle augmentée encore par l’absorption de l’eau par toutes les radicules veineuses du tégument externe. A celte première cause d’excitation générale , il ajoute celle de l’agent irritant dissous dans l’eau du bain. Or, si vous n’avez voulu obtenir que l’effet irritant local sur la peau et l’orgasme fébrile passager qui en est la conséquence , le bain a fait trop ou du moins peut trop faire.
Tandis que la douche , qui ne dure que quelques minutes , et qui d’ailleurs ne frappe qu’une
partie limitée de la surface du corps, ne donne pas lieu à cette pléthore que nous signalions tout à l’heure , et pourtant elle peut déterminer autant d’excitation et même plus d’excitation à la peau, puisque la température peut en être élevée jusqu’à ce qu’elle devienne insupportable, et qu’il en résulte que l’on peut graduer à volonté l’excitation cutanée et la fièvre réactionnelle.
C’est pourquoi tout médecin, qui veut obtenir la poussée et qui ne l’obtient pas par des bains sulfureux modérément longs et chauds, doit immédiatement recourir à la douche , qui arrivera au même but avec bien moins de risque.
En général les maladies toutes locales devront être plutôt attaquées par les douches que par les bains. Ainsi, dans une maladie bornée à une articulation, dans un engorgement glandulaire, l’action de la douche auprès de la partie malade devra être préférée , à moins que la lésion locale ne soit en quelque sorte que la manifestation d’une diathèse telle que le rhumatisme ou la scrofule , auquel cas on devra concurremment avoir recours aux bains généraux et aux douches.
Bien que, à coup sûr, lesbains sulfureux exercent sur l’économie une action directement opposée à celle des bains froids, il n’en est pas moins constant que, durant certaines constitutions médicales, les bains sulfureux guérissent rapidementladansedeSaint-Guy,qui, en général, est si heureusement modifiée par les bains d’immersion. Nous disons, durant certaines constitutions médicales, car M. Baudelocque et M. Bonneau, médecins à l’iiôpital des Enfants-Malades, ont constaté que depuis 1851 jusqu’à cette époque, 1859, ils s’étaient vus forcés de changer leur médication dans le traitement de la chorée, qui, d’abord rapidement guérie par l’eau froide , demandait, quelques années plus tard, des bains sulfureux, qui, maintenant inefficaces , sont aujourd’hui avantageusement remplacés par les préparations martiales.
Ces mêmes bains ont été conseillés encore par Brelt dans le traitement de la paralysie saturnine, etM. Tanquerel des Planches témoigne de leur utilité dans ce cas.
Les lotions sufureuses sont tous les jours employées pour les dartres au visage , et en injections dans les oreilles, dans le vagin, dans le cas d’écoulement muqueux ou purulent.
Enfin le sulfure de potassium, comme le sulfure de sodium , s’incorpore à des graisses pour