‹ Traité de thérapeutique et de matière médciale [sic]Chapitre 25 sur 242 · III. CYANURE DE POTASSIUM · texte numérisé non relu

III. CYANURE DE POTASSIUM

Le Cyanure de Potassium ne doit pas èlreconfjondu avec le ferrocyanate dépotasse autrement nommé prussiate de potasse. En effet, tandis que le premier est doué d’une activité aussi énergique que l’acide prussique , le second peut être pris à des doses énormes sans produire le moindre accident.

STUPÉFIANTS

Stic, le Cyanure de potassium a une couleur jaunâtre, et une odeur particulière qui n’est pascelle de l’acide hydrocyanique. On peut le conserver long temps sans qu’il s’altère, si on le place dans des flacons bouchés à l’émeri et recouverts de papier noir. Dissous dans l’eau, il passe à l’état d’hydrocyanate en répandant une forte odeur d’acide hydrocyanique. L’acide est alors comme s’il était libre, et c’est ce qui rend raison de la grande activité de cette préparation.

L’action toxique du Cyanure de potassium est la même que celle de l’acide hydrocyanique, aussi n’y insisterons-nous pas.

Quant à son action thérapeutique elle cslcncoro la même que celle de l’acide prussique lorsque ce médicament est donné ù l’intérieur ; et à ce litre nous aurions peu d’éloges à donner au Cyanure de potassium 5 mais , dans la thérapeutique externe , il rend d’assez grands services pour mériter le premier rang parmi les préparations de Cyanogène , et une place fort importante dans la matière médicale.

De l'administration extérieure du cyanure de potassium.

Le cyanure de potassium peut être appliqué sur la peau, recouverte de son épiderme, ou sur la peau dont le derme a été mis à nu par une vésication préalable.

Dans le premier cas , on peut se servir de la solution aqueuse, de la solution alcoolique et de la solution élhérée. Nous n’avons employé que les deux premières : la quantité de cyanure de potassium qui se dissout dans l’éther nous ayant paru trop faible. Huit ou dix grains de cyanure de potassium pour une once de liquide suffisent ordinairement par jour ; mais il esL quelquefois nécessaire de doubler la dose du véhicule et d’augmenter la proportion du cyanure ; on peut alors n’employer que l’eau , car l'alcool ne dissout pas une quantité suffisante de ce médicament. Quelle que soit la dissolution dont 011 fait usage , ou doit avoir soin d’en imbiber des compresses on une ouate de colon , que l’on place sur les parties malades , et que l’on remplace aussitôt qu’elles sont sèches. 11 faut aussi , dans quelques cas seulement, prolonger l’usage de celte médication deux ou trois jours après la guérison , si toutefois elle a été difficile ù obtenir.

Dans le petit nombre de cas où nous avons appliqué le cyanure de potassium sur le derme dénudé , nous l’avons mêlé à parties égales de

céral, et employé ù la dose d’un à deux grains au plus. Cette application 11’a jamais été renouvelée, à cause de son action caustique.

Des effets immédiats du cyanure de potassium appliqué sur la peau.

Toutes les fois qu’une solution de cyanure de potassium est appliqué sur une partie quelconque de la peau, elle produit un senliinenlde froid assez vif, qui se dissipe aussitôt que l’équilibre de température est établi et que l'évaporation cesse de se faire. Mais, une demi-heure après le début de l’expérience, on éprouve un picotement, une espèce de démangeaison qui n’a rien de désagréable et qui se prolonge aussi longtemps que dure le contact de liquide; la peau devient rouge , surtout lorsqu’on se sert de la solution alcoolique. Cet érythème disparaît aussitôt que l'on a cessé l’application du liquide , si toutefois son contact avec la peau n’a pas dépassé vingtquatre ou quarante-huit heures ; mais lorsque ia dose a été très-élevée , que les applications ont été répétées pendant cinq ou six jours , il peut survenir un érythème, un eez ema, et même des phlyclènes.

Indépendamment de ces phénomènes locaux, il peut s’en manifester de généraux. Le pouls et les inspirations paraissent éprouver un ralentissement que nous avons observé dans quelques circonstances dès la première demi-heure qui suit l’application du cyanure de potassium. Ce ralentissement est variable chez ceux qui sont atteints de fièvre, mais il parait constant chez les personnes dont la santé 11’est point altérée. Des observations faites sur nous-mêmes lorsque uous étions levés et dans une salie dont la température était de dix à douze degrés nous ont appris qu’une solution alcoolique et saturée de cyanure de potassium, appliquée sur le front, peu t déterminer , avec le ralentissement de la circulation , du froid dans diverses parties du corps et de la tendance au sommeil. Ces phénomènes n’ont pu être convenablement constatés chez les malades qui restent couchés pour la plupai t, et qui renouvellent le liquide ù des intervalles assez éloignés. Lorsque le cyanure de potassium est appliqué sur le front , quelques gouttes peuvent s’introduire entre les paupières; leur contact avec la t surface de l’œil fait éprouver une vive douleur g surtout lorsqu’on se sert de la solution alcoolique ; mais celte sensation douloureuse dure àl peine une minute et n’est jamais suivie d’aucune

CYANOGÈNE.

;pèce d’accident. Nous nous sommes introduits nu et l’autre cinq il six gouttes de celte solution .ms les yeux , et bien qu’en même temps nous ussions sur le front des compresses imbibées e cyanure de potassium, nous n’avons éprouvé ue les modifications décrites plus haut ; il est il cmarquer pourtant que c'est dans une circonlance s inb ;ib!e que nous avons plusieurs fois •bservé le ralentissement delà circulation.

Le cyanure de potassium en poudre , pur ou mélangé avec du cérnt , produit une douleur exèmeinent vive lorsqu’il est appliqué sur le u nie dénudé : la sensation de brûlure qu’il iléu mine se prolonge pendant plusieurs heures , l lorsqu’au bout de ce temps on examine la plaie, n trouve une escharre presque égale à celle que ‘i nduirait une quantité moindre de potasse causique. Ce sont la les accidents qui nous ont éméchés de multiplier nos expériences sur le cyamre appliqué de cette manière.

)u cyanure de potassium dissous dans l'alcool ou dans l’eau et appliqué sur la tête dans les céphalalgies.

En cherchant à classer les céphalalgies dans n or dre qui permit d’apprécier l’influence du yanuie de potassium, nous avons cru devoir dopter une distribution fondée sur les sympàmes concomitants , quelle que lût du reste leur îfluenee sur les céphalalgies ; les phénomèines eniai quables (jue nous avons observés dans relis qui sont accompagnées de fièvre nous ont enagés à les étudier à part, et nous avons fait un roupe des céphalalgies apyrétiques , que nous vous sous-divisées suivant qu’elles étaient comiiquées de gastralgie , de dérangement dans t menstruation , de trouble dans la respiration , dans la circulation , ou qu'elles xisiarciii sans dérangement simultané dans les •mettons des organes. Une seule céphalalgie de ce iernier genre s’est présentée à notre observaiou , ce qui tient à la fois à ce que le plus grand •ombre de uns faits ont été recueillis dans un boulai , et à ce que l’on considère à tort comme ■riiniiives et sans complication la plupart des éphalées désignées sous le nom île migraines. Il est très-ordinaire de rencontrer des maux de été coïncidant avec des pesanteurs d’estomac , n appétit désordonné, de la difficulté dans les dieslions et dit trouble dans les règles, qui sont rdmairement pâles , moins abondantes et moins xactcmenl périodiques. Dans les céphalalgies de

ce genre nous avons employé quatre fois le cyanure de potassium : dans trois cas la guérison a été durable : dans le quatrième le soulagement n a duré que quelques jours. Les trois femmes dont le mal de tôle n’a point récidivé purent être guéries de leurs maux d’estomac, soit par le sous-carbonate de fer , soit par d’autres médications. L’une d’elles était Agée de quinze ans ; elle n’a jamais été réglée , ses maux d’estomac duraient depuis cinq ans , eL la céphalalgie, qui n’avait paru que trois ans plus tard , était presque continuelle et ne restait jamais un seul jour sans reparaître. La dose de cyanure de potassium rie fut jamais portée au delà de IniiL grains dans l’intervalle dune visite à l’autre. Trois jours suffirent pour la guérison de la céphalalgie. Cette jeune fille resta encore un mois à l’hôpital , prenant chaque jour un gros de sous-carbonate de ter ; par cette médication énergique les douleurs d’estomac lurent entièrement guéries, et les maux de tète ne reparurent p. us pendant le cours du traitement.

Chez la seconde , âgée de 47 ans, les douleurs d’estomac dataient de plus de vingt ans ; il y avait des fleurs blanches très-abondantes avant et après l’époque des règles, qui élaienL pâles et irrégulières. La céphalalgie, fixée surtout aux tempes, où la malade éprouvait un sentiment de conslrietion, était plus douloureuse à droite qu’à gauche; elle était presque continue, troublait.le sommeil et s’accompagnait de l'inflammation dé la conjonctive du cô:é droit. Quatre grains de cyanure de potassium dissous dans une once d’eau produisirent, au bout de sept heures d’application , un' soulagement notable ; lu tète devint moins pesante, la vue moins troublée ; les battements des artères temporales devinrent moins violents ; il suffit de douze heures de traitement pour guérilla céphalalgie, qui ne reparut plus pendant quatorze jours que la malade passa encore à l'hôpital. 11 est a remarquer que ies applications du cyanure furent continuées pendant sept jours, en augmentant chaque jour d’un grain . et que les maux d’estomac ainsi que les fleurs blanches guérirent sous l’influence du stms-carbouale de fer , porté jusqu'à la dose de quarante grains en vingt-quatre heures.

Nous avons considéré comme une simple migraine la céphalalgie que nous \ cnotis de décrire ; il reste toutefois des doutes sur le diagnostic, car celle douleur de tète , fixée surtout du côté droit , coïncidait avec une paralysie incomplète du membre supérieur gauche , dans lequel se ïaisai ut sentir aussi de très-vives douleurs, mais

STUPÉFIANTS

l’extension dit mal à la tempe du côté gauche, la persistance de la paralysie , l’effet heureux du traitement , nous oui engagés à rapprocher celle céphalalgie de celles (|tii accompagnent ordinairement les gastralgies.

La troisième femme , affectée aussi de douleurs d’estomac, avait une céphalalgie qui offrait cela de singulier qu’elle était soulagée par la position déclive de la tôle. La malade ne jouissait pas d’un instant de repos: ses maux de télé duraient depuis un an et demi , et pendant quatre mois elle était restée , nous dit-elle , le tronc dans son lit et la tête sur sa chaise. 11 exislaiten même temps un cancer ulcéré, de l’utérus , qui n’avait jamais produit d’autre symptôme local que des üueurs blanches peu fétides et assez abondantes. Deux jours suffirent pour obtenir une guérison complète dont ont prévint les récidives en continuant pendant cinq jours l’application du cyanure de potassium, à la dose de six à huit grains ; les maux d’estomac furent guéris , et les üueurs blanches diminuèrent par l’emploi de divers médi caments.

A ces observations , nous pouvons ajouter celle d’une femme de trente-cinq ans, qui vint à l’H ô tel -Dieu pour y être traitée d’une dysenterie sporadique , qui fut guérie en huit jours par l’emploi du sulfate de soude. Cinq jours après celle guérison , elle souffrait violemment d’un mal de tète qui durait depuis deux mois et qui allait en augmentant. On se servit d’une solution alcoolique , avec huit grains de cyanure de potassium : pendant les deux premiers jours il n’y tut aucune amélioration ; le troisième la douleur disparut des tempes, le quatrième la guérison était complète.

iNous avons dit plus haut qu’une seule femme traitée par le cyanure de potassium n’éprouva qu’un soulagement momentané ; elle ne nous parla de ses maux d’estomac qu’au moment de son départ ; probablement le mal de tête eûL été traité avec autant de succès que celui des autres, si par du sous-carbonate de fer ou tout autre moyen nous eussions guéri la gastralgie. Quoi qu’il en soit , la douleur augmenta le premier jour ; elle fut soulagée les deux jours suivants, et le quatrième elle revint avec sa force première et ne fut plus modifiée.

Celte impossibilité de modifier les céphalalgies après quelques jours de l’( mploi du cyanure de potassium , qui cependant avait paru utile au début, se représi niera dans deux autres circonstances que nous ferons connaître.

11 résulte des observations que nous venons de rapporter que , dans les céphalalgies compliquées de maux d’estomac, on peut toujours espérer du soulagement , mais que celui-ci ne peut être durable si les gastralgies ne se dissipent elles-mêmes ; il est donc nécessaire de chercher a guérir l’affection gastrique par un traitement approprié. Le sous-carbonate de fer, dont nous ferons connaître les effets ultérieurement nous paraît être le médicament que l’on doit préférer.

Nous n’avons traité qu’une seule céphalalgie , suite de la suppression des règles : c’était chez une demoiselle de trente-un ans: une vive frayeur fil cesser les menstrues au moment où elles coulaient. Pendant les cinq semaines qui suivirent cet accident , elle ressentit au sommet de la tête de vives douleurs, qui furent continues, et lui permirent à peine quelques instants de sommeil. Le retour des règles qui eurent lieu deux fois dans cet intervalle , ne lui fil éprouver aucun soulagement; elle prit inutilement des bains de pieds excitants ; elle s’appliqua sur la tête des cataplasmes narcotiques sans que la douleur fût modifiée. Deux jours suffirent pour la guérison , en employant une solution de huit grains de cyanure de potassium dans une once d’eau.

Peu de temps après il entra à l’Hôlel-Dieu une femme de trente ans qui , dans un cas à peu près semblable, ne fut pas si heureusement traitée. Elle était accouchée depuis quinze jours , et éprouvait une douleur de tète dans la région sincipilale. Cette douleur , qui était survenue au moment de l’accouchement, prenait tous les jours un peu plus d'intensité. Les lochies coulaient furt peu. Il y avait de la fièvre. M. Récamier prescrivit dix-huit grains d’ipécacuanha et une infusion de mélilol. L’écoulement lochial se rétablit , la fièvre disparut , toutes les fonctions reprirent leur activité; mais le mal de tête persisia. Le cyanure de potassium fut appliqué sans succès; il en fut de même d’un vésicatoire ammoniacal qiie l’on mit derrière l’oreille droite , et qui fut pansé deux fois avec un demi-grain de. sulfate de morphine. Un large vésicatoire appliqué sur la nuque dissipa le mal en quarante-huit heures.

Souvent les céphalalgies sont symptomatiques des affections du cœur. Chez une dame atteinte d’une hypertrophie du ventricule gauche et d’une métrite chronique, des applications de cyanure de potassium employées pendant trois jours, calmèrent les douleurs de tête; plus lard éli s furent impuissantes, et, malgré l’augmentation

CYANOGÈNE.

■s doses , la céphalalgie revint avec son intenté première. 11 en est de cette malade comme de lie dont la gastralgie persista , et dont la céîalée ne fut soulagée que pendant les premiers urs de la médication. 11 en est du cyanure de >tas$ium comme de tout autre médicament : on * saurait bien apprécier ses effets qu’en tenant unpte des lésions concomitantes qui jouent si turent le rôle de cause, et qui ne permettent l’une faible amélioration tant qu’elles exercent or influence.

Le cyanure de potassium n’a été qu’une seule ;s mis en usage dans une céplialgalie , suite exostose à la tète . et dépendant d'une affection philitique générale. La dose de cyanure était ! dix grains dans line solution alcoolique ; elle ::»spéra les douleurs au point de les rendre injpportables. 11 est à remarquer que la jeune le sur laquelle ce médicament avait été employé trouvait de plus vives douleurs lorsqu’elle avait tr la tète quelque chose d’humide. Nous vouions présenter quelques observations du même •nre : celle-ci ne peut faire présumer que d’une auière incertaine ce qui pourrait arriver en niéral dans les céphalalgies syphilitiques.

Il est une forme de céphalalgies évidemment îumatismalesou goutteuses, sur lesquelles M. le -ofesseur Récamier a souvent appelé notre atntion , et dont il a souvent observé l’allure téciale , soit dans les hôpitaux, soit dans sa pl aque particulière. Rites ont cela de remarquable u’elles alternent souvent avec des douleurs éviuninent rhumatismales, ou que , fixées longmps à la tête , elles ne quittent celte partie du >rps que pour se porter sur quelques jointures » ailleurs. Nous avons connu un officier anglais u, pendant vingt-cinq ans, éprouva tous les ercredis , de quatre en quatre semaines , une îigraine qui durait exactement onze heures. La ligraine conserva celle singulière et invariable ériodicité tant que le malade habita les Antilles, revint en Europe en 1815, et, depuis lors jusii en 1829 , la céphalée affecta une marche plus •régulière : elle cessa et fut remplacée par des i laques de goutte. Deux femmes , l’une âgée de ingt cinq ans, l’autre de quarante-six , enlrèent dernièrement à PHôlel-Dieu , et lorsqu’elles lient guéries de la phleginasie intesiinale qui ;s avait fait enlier a 1 hôpital , elles appelèrent otre attention sur une céphalalgie violente qui vait débuté longtemps avant la maladie accienlelle qu’elles venaient d’éprouver, et qui perstail avec la même intensité. Cluz toutes les

deux l’application sur le front de compresses imbibées d’une solution de huit grains de cyanure de potassium dans une once d’eau fit disparaître le mal de télé au bout de quarante-huit heures ; mais une douleur vive se manifesta chez I une dans l’avant-bras, chez l’autre dans l épaule gauche et les deux genoux. La douleur de l’avantbras fut combattue inutilement par l'application du cyanure de potassium sur le lieu malade. Elle ne put être débusquée que par l’extrait de datura stramonium que l’on mit sur le derme préalablement dénudé. Elle quitta l’avant-bras pour se montrer à l’épaule ; combattue par le même moyen , elle revint ù la tête , mais avec une force beaucoup moindre. Là nous l’attaquâmes de nouveau avec le cyanure de potassium , et celle fois elle quitta la tète pour 11e paraître plus nulle part. Nous croyons devoir, avant de passer outre, appeler l'attention du lecteur sur un fait qui est peut-être resté inaperçu : c’est l’inefficacité du cyanure de potassium appliqué ailleurs que sur la télé , comparée à l’utilité du même moyen employé contre les céphalalgies , quelle que fût leur cause. Cinq fois nous avons fait usage d’une solution de cyanure de potassium contre des douleurs : pour une douleur de cou ( torticolis), pour un rhumatisme de l’épaule , pour une douleur névralgique de la poitrine, pour une douleur rhumatismale de l’avant-bras , enfin pour une névralgie sciatique , et toujours nous avons complètement échoué. Quelle est la cause de cet insuccès ? Nous nous le sommes souvent demandé sans pouvoir y répondre d'une manière satisfaisante. Serait-ce parce que les téguments du crâne et de la face sont plus voisins du cerveau , sur lequel le cyanure exerce son action sédative ? Serait-ce plutôt parce que les os de ces régions sont recouverts d une petite quantité de parties molles, et que l’action du cyanure , 11’ayant point à s’exercer à une grande profondeur, ne se dissémine pas dans la masse des tissus?

Nous n’avons pas toujours été aussi heureux dans le traitement des céphalalgies rhumatismales que chez les deux femmes dont nous avons parlé en dernier lieu; nous avons échoué sur une demoiselle de vingt ans, dont la céphalalgie, changeant de place , avait ordinairement pour siège la partie postérieure et supérieure de la tête. Les premières applications du cyanure de potassium, â la dose de dix grains par jour, et dissous dans l’eau, produisirent du soulagement pendant quelques jours ; plus tard , elles furent sans effet , et le mal de télé reparut avec toute son intensité.

STUPÉFIANTS

On essaya lés vésicatoires recouverts de sels de morphine , qui n'eurcnl pas un effet plus avantageux. Peut-être aurions-nous mieux réussi avec le sous-carbonate de fer, qui souvent a guéri des maux de tète qui avaient précédé et qui accom- , pagnaienl des gastralgies.

Céphalalgies p/ré ligues. La première personne affectée de céphalalgie pyrétique que nous ayons traitée par le cyanure de potassium était une femme de trente ans. Elle éprouvait depuis douze heures les symptômes d’un catarrhe bronchique aigu , lorsque quatre sangsues furent appliquées en arrière des malléoles ; on les lit saigner abondamment à l’aide d’un pédiluve : edes ne calmèrent cependant ni la fièvre ni le mal de tète. Six heures plus tard, l’application d’une once d’eau tenant eu dissolution quatre grains de cyanure de potassium , soulagea la douleur au bout d’une heure : c’était sur le soir; le lendemain la céphalalgie était complètement dissipée et la fièvre guérie ; le catarrhe ne fut point modifié.

La disparition simultanée de la fièvre et du mal de tête, suite possible de l’application des sangsues et de la marche naturelle de la maladie , ne fixèrent point notre attention ; il en fut de même dans l’observation suivante.

Une fille de vingt-neuf ans, sujette depuis trois ans aux douleurs d'estomac , et n’ayant pas eu ses règles depuis trois mois, vint à l’Hôlel-Dicu avec de vives douleurs abdominales, compliquées de fièvre et de céphalalgie. Il n’y avait que quinze jours que ces premiers accidents s’étaient manifestés ; on lui fit prendre de l’ipécacuanha , du tartre stihié, du sulfate de soude ; on lui mit un vésicatoire entre les épaules. Pendant ce traitement compliqué, le cyanure de potassium, à la dose de huit grains dans une once d’eau , fui appliqué sur le front et continué pendant deux jours. Ce temps écoulé , le mal de tète était légèrement soulagé et la fièvre guérie. Des circonstances indépendantes de notre volonté nous ayant obligés de suspendre le cyanure de potassium, le mal de tète reparut. Trois jours plus tard on reprit la médication locale, et après l’avoir continuée deux jours , la guérison fut complète. Les particularités que nous venons de rapporter furent indiquées dans nos notes, sans que nous eussions apeiçu l'influence que le cyanure pouvait exercer sur la fièvre.

La troisième observation, par son évidence, appela notre attention sur la simultanéité de ces deux phénomènes. Une femme (car ce sont seulement des femmes que nous avons traitées ), une

femme de vingt-cinq ans vint à lTIôlel-Dieu pour y être traitée d’un abcès aux grandes lèvres. Cet abcès guérit de lui-même, mais la céphalalgie dont il était accompagné, entretenue probablement par la suppression des règles, survécut à la guérison. Cette douleur, extrêmement vive, se faisait sentir surtout sur les côtés de la tète; elle était accompagnée de rougeur de la face, de battements dans les tempes et dans le front, de plénitude du pouU. Ou appliqua quatre sangsues • n dedans di s cuisses; on fil une saignée de deux patelles sans obienir aucun soulagement. Le cyanure de potassium, à la dose de huit grains, continué pendant deux jours, produisit un soulagement notable ; les circonstances nous ayant obligés de le cesser, la céphalalgie reprit son intensité première, il se déclara une fièvre intermittente quotidienne, reparaissant tous les matins avec frissons , chaleur et sueurs. Le troisième jour, après la cessation du cyanure de potassium on reprit l’usage de ce médicament : la douleur de tête fut diminuée et la fièvre cessa de paraître; les applications continuées pendant deux jours produisirent une guérison complète.

Ces trois observations, rapprochées les unes des autres, nous montraient que, dans le cours d’une fièvre symptomatique, la céphalalgie pouvait être guérie par le cyanure de potassium, et que la fièvre elle-même éiail modifiée sous l'influence de ce moyen : nous pensâmes donc â essayer ses effets dans les fièvres intermittentes accompagnées de céphalalgie. Depuis ce temps, il ne s’est présenté â notre observation qu’une seule fièvre intermittente, si toutefois l’on peut donner ce nom à une fièvre quotidienne irrégulière, suite d’une phthisie pulmonaire au dernier degré. La céphalalgie durait depuis deux mois ; elle était très douloureuse et presque continuelle. On fit pendant quatre jours des applications avec une solution aqueuse de huit grains de cyanurej de potassium : au bout d’un jour, le mal de lêlel était guéri, le frisson moins fort et moins long* la chaleur moins vive. Tous ces accidents reparurent avec la cessalion du cyanure de potassium., Un tel accord entre le résultat des observations que nous avons eu l’occasion de faire sur les céphalalgies pyréliques, nous pertneL d’espérer quel le cyanure de potassium pourra servir dans les fièvres intermittentes; celle conséquence parait Ira plus juste si l’on sc rappelle que dans quel ques campagnes on emploie simplement, pou» guérir les fièvres intermittentes, du vin blanc, dans lequel on a fait infuser la seconde écorcqj

CYANOGENE.

pêcltcr, dont l’acide hydrocyaniquc esl la rtie la plus active. Nous nous proposons de mu r suite à ces idées, et nous ferons connaître lérienrement le résultat de nos expériences (1). M. le docteur Lombard de Genève est le prêter qui ait eu l’idée d’employer lopiqttrmenl le solution de cyanure de potassium dans 1e ailement des névralgies de la face. II a lu, à Veadémie de médecine, en 1851, un mémoire r ce sujet. Mais l’auteur, abusé par ses preers succès, a peut-être attaché trop d’impornce à l’action sédative de ce médicament sur maladie qui nous occupe. En effet, en répétant i essais de M. Lombard, nous avons eu h nous ter de l’administration du cyanure de polasîm, mais seulement dans les névralgies supérieurs et qui duraient depuis peu de jours, mrtanl nous l’avons une fois employé avec •and avantage dans un tic douloureux très-re- II e chez un homme de 47 ans. Le nerf sousbitaire avait été coupé, deux ans auparavant, >ur guérir les cruelles douleurs dont il était le '•ge. Ces douleurs avaient disparu aussitôt après >pération, et pendant onze mois ne s’étaient >inl fait sentir; mais au bout de ce temps elles aient revenues et les accès avaient acquis clnile jour plus d’intensité et plus de fréquence, arsque ce malheureux vint à l’hôpital, il était urmenté par la faim et ne pouvait pas manger ni vive était la douleur produite par le mouveent de la mâchoire et des lèvres ; ses accès reraissaienl plusieurs fois eu une minute, quand malade voulait parler ou avaler; ilsse faisaient nlir deux ou trois fois tous les quarts d’heure squ il gardait le repos. Ou fit sur la joue malade sur le côté correspondant du front des apicalions continuelles avec une solution aqueuse ; douze, vingt-quatre, quarante, cinquante •ains de cyanure de potassium dans deux onces •au : au neuvième jour du traitement, tous lesacs. graduellement diminués, avaient cessé de paître. Le sept ième jour, il était survenu sur lefront i eczéma qui disparut en deux jours; cependant restait toujours une douleur fixe contre laquelle cyanure fut impuissant : on eut recours pour guérir, ;) d’autres moyens, tels que l’avulsion ; jh-iiis érodées et couvertes de tartre, à Pnpicaüori d’un vésicatoire recouvert d’hydro-chlo-

'0 A vrai ilirr nous n'avons pas l'espérance <lc guérir r cc moyen les fièvres inlermillentcs tnia.sinallqucs U ne rôdent guère qu'au quinquina; mais bien celles ic modifient ordinairement 1rs saignées, les révulsifs, s Ométo-catartiqucs , les narcotiques, etc.

rate de morphine. Ces moyens, en diminuant les douleurs fixes, n’ont pu les guérir; elle malade, après quarante jours de Iraiiement, était encore sujet à quelques attaques qui reparaissent Ions les deux ou trois jours; nous nous sommes décidés alors à pratiquer la section des nerfs, et la guérison s’eu est suivie immédiatement. Malgré celle persistance de symptômes, il n’en est pas moins constaté qu’à son entrée à l’hôpital il ne pouvait ni manger ni parler sans avoir des accès horriblement douloureux, et <{iie depuis l’emploi du cyanure de potassium il a pu reprendre toutes ses fonctions et se trouver quelquefois dans un état de calme assez satisfaisant pour se croire complètement guéri.

Application du cyanure de potassium sur le derme dénudé.

Le cyanure de potassium , appliqué sur le derme dénudé, a été employé chez ! rois femmes; l’une d’elles était phthisique à un degré assez avancé; elle avait une douleur intermittente qui paraissait siéger dans les nerfs lombaires, et que l’on n’avait pu soulager que momentanément par l’acétate de morphine appliqué sur le vésicatoire. Le cyanure de potassium produisit le même effel.

La seconde avait un rhumatisme chronique occupant plusieurs articulations. Les douchesde vapeur , l’hydrochlorale de morphine sur les vésicaloires, avaient élé employés avec quelque succès; à la suite de l’application du cyanure de potassium, l’amélioration fut progressive comme auparavant sans qu’il fût possible d’apprécier si la marche avait été plus lente ou plus rapide.

Dans le troisième cas. il produisit une guérison étonnante par sa promptitude : une femme de quarante-six ans avait depuis huit jours une sciatique très-douloureuse , qui s’étendait depuis la sortie du nerf jusqu’à la partie externe du pied, rendait la marche extrêmement pénible, et ne permettait aucun sommeil à la malade. Deux vésicatoires ammoniacaux d’une surface égale à celle d’une pièce de quinze sous furent mis, l’ifn à la partie externe et moyenne du tarse droit, l’autre audessus de la malléole correspondante; le premier fui recouvert d’un grain de cyanure de potassium : le lendemain le mollet seul était douloureux- le deuxième vésicatoire fut pensé comme le premier l’avait élé la veille : dans la journée toute douleur disparut; les mouvements redevinrent libres et la guérison fut complèle après trente-six heures de traitement.

Ce succès était propre à encourager; mais la

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possibilité de remplacer par d'au iras moyens un médicament si douloureux , ei dont l'application est toujours suivie d'une escharre, nous a empêché de répéter nos essais.

En résumé, il résulte des faits <|iio nous avons cités et des comparaisons établies entre eux , que les céphalalgies apyrétiques coïncidant avec des gastralgies sont toujours soulagées momentanément ; et qu’elles peuvent être guéries d'une manière durable, si la gastralgie l’est elle-même ; que l’on peut également compter sur la guérison lorsque la douleur de tète , suite d’une suppression des règles , survit à sa propre cause ; que dans tous les cas où elle dépend d’une affection du cœur , on ne peut espérer qu’un succès momentané, si la maladie primitive reste toujours la même; que probablement le cyanure de potassium est nuisible dans les céphalalgies suites d’exostoses syphilitiques • enfin que celles qui accompagnent les fièvres peuvent être le plus souvent soulagées par cette médication , qui parait agir directement sur la fièvre ellemême. Un médicament qui compte autant de succès lorsqu’il est convenablement appliqué , doit prendre rang parmi les moyens habituels que la médecine met en usage ; une seule chose peut l’empêcher de prendre l’extension convenable , c’est qu’il s’altère au bout de deux ou trois mois. Il n’est pas d’ailleurs d’un prix très-élevé , car il coûte moins que le sulfate de quinine , et nous avons lieu de nous étonner de ne le trouver à Paris que dans deux ou trois pharmacies.

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