JUSQUIAME
La JtisQuiAME. Hyoscyamus. Genre de plante de la famille des solanées , de la pentandrie monogynie. La noire est bisannuelle , et croît fréquemment en France dans les lieux graveleux , le long des chemins incultes. La blanche est annuelle , et croît spontanément dans le midi de la France et de l’Europe.
Action toxique et physiologique.
L’action toxique de la Jusquiame est beaucoup moins puissante que celle des daturas et de la belladone ; toutefois elle est semblable , si les doses sont proportionnellement plus élevés.
Wepfor raconte ( Tractatus de cicutâ aquaticâ ) que l’on servit aux bénédictins du couvent de Rhinovv de la salade que l’on croyait être de la racine de chicorée. Or , c’était de la Jusquiame. Après le repas , les moines s’allérent coucher. Peu après , les symptômes de l’empoisonnement commencèrent à se manifester. Malaise général , douleurs d’entrailles , vertiges , ardeur brûlante de la bouche et du gosier. A minuit , heure de Matines , un moine était tout ù fait fou ; on crut qu’il allait mourir , et on lui donna le Viatique. Parmi les autres qui étaient allés au chœur , les uns ne pouvaient ni lire, ni ouvrir les yeux, les au-
tres mêlaient .Meurs prières des paroles désordonnées les autres croyaient voir des fourmis courir sur leurs livres. Le malin, le frère tailleur ne pouvait enfiler sou aiguille, il en voyait la pointe triple. Tous guérirent. Si la Jusquiame est prise à nue dose plus élevée , elle peut causer la mort , et les symptômes que l’on éprouve sont exactement les mêmes que ceux que nous avons décrits plus haut , en parlant du datura et de la belladone.
Action thérapeutique.
L’identité des phénomènes produits par la Jusquiame sur l’homme sain, devait naturellement faire penser que les effets thérapeutiques seraient également les mêmes :c’esL ce que l’expérience a pleinement confirmé: et nous nous bornerions à dire, d’une manière générale, que la Jusquiame s’emploie dans les mêmes casquelabel'adt.ne elle datura, seulement, à doses beaucoup plus élevées, si la plupart des médecins, ignorant la similitude d’action des diverses solanées vireuses, n’avaient attribué à la Jusquiame des propriétés sur lesquelles nousallons insister avec quelques détails. Toutefois, nous ferons observer que ces témoignages démontrent encore plus positivement cette similitude d’action.
L’emploi de la Jusquiame chez les anciens, était à peine connu. Dioscoride la donnait ù l’intérieur pour calmer les douleurs ( Lib. 4, cap. 69 ). Celse en fesail un collyre , et en injectait le suc dans les oreilles , lorsqu’il existait une otorrhée purulente ( Lib. 6 , cap. 6 ). Mais ce qu’on trouve d’épars dans les livres publiés avant le milieu du dix-huitième siècle n’a vraiment rien d’important. C’est à Storck surtout que l’on doit d’avoir fait sur la Jusquiame de nombreuses expériences qui ont désormais donné à celte plante un rang important dans la matière médica.e (Storck , lib. de Stramonio , Hyosoyamo , etc., pag. 26 , et scq. ). Toutefois , cet auteur a certainement exagéré les propriétés utiles de ce médicament , comme de tous ceux sur lesquels il a expérimenté. Ainsi , il cite de nombreux cas de succès dans l’hypocondrie , la manie, l’hystérie, l’épilepsie , les convulsions diverses ; et Collin ( Obs., tom. II, p. 148 ), vient ajouter son témoignage très-suspect à celui de Storck. Tandis que Greding ( Ludwig , adrers. med. pract ., vol. I, part. I , p. 71 , et scq. ) , qui semble avoir pris à tâche de s’inscrire en faux contre tous les faits que Storck avait publiés , démontre par des expériences contradictoires la fausseté des résultats
j tison
annoncés par le médecin de Vienne , et dépossède en quelque sorte la Jusquiame de toutes propriétés utiles. Le fait est que des travaux plus récents ont infirmé la plupart des résultats de Slorck ; mais ils ont fait voir en même temps que la Jusquiame avait , dans certains cas , une incontestable utilité.
Whilt ( On nerv. disorders , p. 363 ) employait l’extrait depuis 1/2 grain jusqu’à 4 grains , comme sédatif, dans les maladies nerveuses. Stoll le préférait à l'opium dans le traitement de la colique de plomb, parce que en calmant les douleurs il tenait le ventre libre. Wollje ( Murray, App. méd ., loin. I , pag. CGC ) s’en loue beaucoup également dans la colique de plomb. Rosenstein ( Vide Murray , ibid. ) l’employait avec avantage pour calmer les toux nerveuses , à l’exemple de Storck, qui l’avait conseillée dans le même cas. De nos jours , on l’a souvent conseillée dans la coqueluche , et avec autant d’avantage que la belladone et le datura stramonium.
L’utilité de la Jusquiame dans Ips névralgies est incontestable : Breiling ( Hufeland- Journal , 1807 ) , Méglin , Cbailli , Burdin ( Journal de méd. de Leroux , loin. XIV ) , l’ont particuliérement préconisée dans ce cas. C’est surtout à l’intérieur , que ces praticiens l’administraient, et les célèbres pilules de Méglin , composées de parties égales d’oxyde de zinc , d’extrait de Jusquiame et de valériane sauvage , sont aujourd’hui d’un usage presque trivial dans le traitement des névralgies. Burdin ( loco cit.) a démontré quYlles n’agissaient que par l’extrait de Jusquiame qu’elles contiennent , et nous sommes en cela de son avis. Ces pilules s’administrent à là dose de une à trois fois par jour , et jusqu’à vingt , trente , et même quarante par jour. Elles doivent être portées jusqu’au point de déterminer de légers vertiges et un trouble notable de la pie : on les continue au moins quinze jours ou un mois après la complète cessation de la douleur névralgique. Méglin a certainement exagéré l’utilité de cette médication. Nous l’avons bien souvent employée sans succès , et elle ne nous a semblé réellement efficace que pour empêcher le retour des névralgies qui déjà avaient été ou dissipées , ou presque détruites par d’autres moyens. Quand la névragie est superficielle, l’application locale de l’extrait de Jusquiame, à la dose de 1 ou 2 gros,
a des effets beaucoup plus prompts que l’administration interne.
Il en est de même pour les rhumalalgics et les douleurs superficielles , soit que la Jusquiame soit
employée en injections , comme dans les douleurs internes , soit qu’on l’applique en cataplasme , comme pour les pblegmasies douloureuses des articulations , de la peau , du sein , etc., etc. Le docteur Troubine a conseillé les vapeurs de la décoction de celte plante contre l’odontalgie ( Voïcnno , Meditsinski Journal , l. VII , n° 1 , p. 99 ). Ou répète souvent ces fumigations , tant que la douleur est aigud , et seulement deux ou trois fois par jour, comme moyen préventif.
Dans les pblegmasies de l’iris survenues après l’opération de la cataracte , Schmidt a obtenu de bons effets de l’usage externe et interne de la Jusquiame ( Bibliothèque méd., loin. XXIII , pag. 105 ). On conçoit que , dans ce cas , celle plante agisse, comme toutes les solanées viveuses, autant en calmant la douleur , qu’en dilatant la pupille , et ce même moyen sera le meilleur pour s’opposer aux adhérences de l’iris et à l’occlusion de la pupille, qui suivent quelquefois l’opération de la cataracte , ou de graves pblegmasies du globe oculaire. Il sera bon également pour opérer le relâchement de l’iris avant l’opération de la cataracte.
Comme Plater l’avait vantée dans les flux héraorrlioïdaux immodérés ( Praxis med., 635 ) • et que Slorck l’avait vue réussir une fois dans une hémoptysie ( Loc . sup. cit.) quelques médecins crurent devoir la conseiller en général dans les hémorrhagies ; mais il serait imprudent de compter sur ce moyen , qui est fort infidèle , tandis que la matière médicale nous en offre tant dans lesquels on peut avoir une grande confiance.
Les applications topiques de Jusquiame ont de grands avantages pour calmer les douleurs , ainsi que nous l’avons dit plus haut ; mais M. Chanel s’en est servi récemment , comme le docteur Magliari de celles de belladone pour aider la réduction des hernies et des paraphymosis ( Journal des Connaissances méd. chirurg., tom. II , pag. 86 ).
On a prétendu , et ce fait est encore vivement contesté , qu’on avait pn extraire le principe actif de la Jusquiame , que l’on a appelé hyoscyainine : le docteur Reizinger dit avoir fait usage de cette substance , dont Talion est beaucoup plus énergique et beaucoup moins irritante que celle de la Jusquiame : il nous a été impossible de nous procurer ce médicament jusqu’ici.
Ce que nous venons de dire s’applique aussi bien à la Jusquiame blanche qu’à la noire , dont les propriétés sont identiques.
Les heureux effets de la Jusquiame , exagérés
STUPÉFIANTS
par Slorok et par quelques autres médecins , constatés par des observateurs de bonne foi , ont été niés par M. Ratici* , qui semble n’avoir eu d'autre but que de renverser tout ce qui avait été fait en matière médicale ( Arch . général, de viéd ., lom. I , p. 297 ). Mais les expériences de ce médecin , faites sur les malades qui souvent ne prenaient pas les médicaments prescrits , et dans des maladies où les bons esprits ont nié l’action de la Jusquiame , ne prouvent rien contre les résultats d’une expérimentation sévère cl consciencieuse.
Doses. La poudre de Jusquiame se donne à la dose de 4 à 40 grains par jour ; l’extrait à la dose de 4 à 10 et 20 grains , et davantage ; l’infusion et la décoction à 30 ou 40 grains , et même 1 gros , la teinture à 30 ou 72 gouttes.
Pour l’usage externe , les doses peuvent être beaucoup plus considérables , sans qu’il en résulte d’inconvénient.
On emploie les feuilles , la lige , les capsules , les graines , la racine. La racine passe pour être la partie la moins active de la plante ; les semences sont douées des propriétés les plus énergiques.
SOLANÉES NON VISŒUSES.