MÉLISSE
iionnel qu'on le prétend dans les circonstances lue nous avons plus haut spécifîéss et qui sembleraient placées au-dessus de leur pouvoir.
Les nervins ont été les premiers remèdes mis en usage. ( Au chapitre de la médication excitante nous pourrons tirer quelque parti de celle remarque.) C’est déjà dire que leur emploi a commencé par être externe et chirurgical.
Les guerriers les plus renommés entre les mains de qui était remise la thérapeutique des camps , s’en servaient comme de vulnéraires iconsoliilantia) et d’antiseptiques ( condientia ), parce que ces plantes étant usitées pour l’embaumement et la conservation des corps , l’aspect , l'odeur , les produits des plaies faisant naître l'idée de mort et de décomposition partielles , on étendait tout naturellement à leur traitement les moyens qui réunissaient si bien à préserver les cadavres rie la dissolution putride : Il est vrai qu’ayant presque toujours à traiter alors des solutions de continuité simples, dépouillées de tout caractère spécifique et ne fournissant d’autre indication que la réunion , on contrariait la cicatrisation qu’on voulait favoriser en plaçant des corps étrangers entre les surfaces divisées; mais on était encore loin du temps où Hippocrate devait proclamer le grand fait de la nature médicatrice.
Lorsque ue la médecine militaire, l’usage de ces remèdes fut transporté dans la médecine civile et que dans les carrefours et les temples on les eût appliqués à la guérison de plaies spontanées, des ulcères aux jambes, des aphlh.es , des maux d’yeux, etc... comme on le trouve inscrit sur la plupart des tables votives conservées dans •es temples des prêtres médecins , on dut procurer alors de véritables cures, car. de nos jours les lotions , les pommades , les collyres , les collutoires préparés avec quelques plantes aromatiques et excitantes sont employés heureusement dans une foule de cas analogues. Enfin on les administra à l’intérieur , et Hippocrate connaissait et prescrivait la plupart des Labiées eu infusion.
Les nervins sont donc des médicaments qui ont la propriété de réveiller et de maintenir l’acLion nerveuse des organes et des appareils de la vie de relation , et c’est surtout en les appliquant directement aux parties débilitées elles-mêmes qu’ils ont la réputation d'être utiles, bien que leur usage interne et les effets qu’ils produisent par l'intermédiaire de la circulation aient très souvent été utilisés dans le même but. Leur emploi externe s'étend aussi à toutes les névralgies des membres et des organes des sens.
Voilà , si nous avons bien compris les anciens thérapeutistes , toute la latitude d’action qu’ils accordaient aux médicaments en question , et il est injuste de dire avec Cullen et tous les sceptiques qui l’ont copié, que ce mot est tiop généial et surtout qu’on doit le supprimer parce que nous 11e connaissons pas le mécanisme des tondions du système nerveux, ce qu’on s’est empressé de répéter après lui. Les auteurs qui adoptent de pareils principes devraient, pour y être conséquents, ne pas écrire sur la thérapeutique.
Pour parler de quelques-uns des usages encore légitimes des remèdes nervins et de la Mélisse eu particulier, nous indiquerons son emploi à l’intérieur, dans les débilités musculaires , les hébétudes des sens , qui s’observent pendant les convalescences des longues maladies ; dans les céphalalgies des gens délicats et nerveux , les obnubilations passagères , les bourdonnements d’oreilles , les vertiges qui chez les femmes ainsi que chez les hommes occupés de travaux intellectuels ne sont pas le résultat de la plétore. Des médecins recommandables disent en avoir conseillé avec succès l’usage le matin à jeûn et en guise de thé aux vieillards gros et apathiques. Son administration externe se fait surtout en frictions dans les douleurs rhumatismales apyrétiques , les névralgies vagues et peu intenses , sur les membres et autour des articulations longtemps condamnés au repos pour des fractures ou des luxations ; en lotions dans les faiblesses commençantes delà vue; portée sur du colon dans le conduit auriculaire , elle peut calmer les douleurs olalgiques. Les tremblements des mains et de la tète sont aussi au nombre des affections que les nervins , et en particulier la Mélisse, ont la réputation d’empêcher ou de rendre moins exagérées. C’est son lnule essentielle qui doit être employée dans ces derniers cas. Il se pourrait bien que les frictions soulageantes qu'on pratique avec celte huile dans les cas de sciatique , de rhumatisme musculaire , etc... n’agissent que comme révulsives, car ces frictions rougissent assez facilement la peau. Dioscoride attribue à la Mélisse la vertu de guérir les piqûres de scorpion et les morsures d’animaux venimeux et enragés. O11 en lave encore vulgaireinnet les piqûres d’abeilles el les morsures de couleuvres , puis on fait honneur à l’eau distillée de Mélisse dont on se sert alors de l'amendement naturel qui suit de très-près ces légers accidents. Galien disait la Mélisse succédanée du inamibe , et en conséquence la rayait pour ainsi dire de la matière médicale.
MÉDICAMENTS EXCITANTS
Aëtiiis , Orihase , etc., Vont copié en cela sans même, comme ils le font si souvent , chauffer les expressions de leur idole. Nous verrons bientôt que !e marrube a une action bien différente de la Mélisse. Les autres usages de cette Labiée rentrent dans les deux propriétés qui nous restent à examiner.
Si la qualification de céphalique devait s’étendre à tous les médicaments qu’on peut employer dans les maladies de la tête, il faudrait l’exclure à jamais du langage médical ; mais, si on veut bien la restreindre à quelques agents thérapeutiques qui par la voie de l’olfaction , et plus rarement par la bouche, dissipent facilement et d’une manière instantanée et directe bon nombre de céphalalgies , mais surtout qui stimulent rapidement et agréablement le cerveau en tant qu’organe de la pensée, cette qualification pourra être tolérée sans inconvénient ! Or , sans qu’ils aient jamais ainsi formellement énoncé l’espèce de propriétés que nous reconnaissons ici aux médicaments céphaliques , les auteurs qui se sont servi de ce mol lui ont implicitement assigné le sens que nous venons de dire. Il est évident que pour agir de celle façon les céphaliques doivent être doués d’une odeur agréable et en même temps un peu diffusible et pénétrante ; c’est en effet par ces deux qualités que tous se distinguent, et sous ce rapport la Mélisse tient un des premiers rangs : l’immense réputation de la fameuse eau des Carmes en fait foi. Nous avons dit que ces remèdes agissaient surtout par le sens de l’odorat , et alors ils le font de deux manières qui concourent au même résulta L : cette double action s’exerce simultanément lorsqu’on aspire par le nez des poudres céphaliques , telles que celles de marjolaine, de béloine ,,elc. En effet, ces poudres , par leurs propriétés physiques et chimiques , font une impression irritante sur la membrane de Schneider en tant que douée delà sensibilité générale commune à toutes les membranes muqueuses, et on sait combien celte impression réveille les sensations et stimule toutes les facultés cérébrales relatives à la pensée, de plus , par leurs propriétés odorantes , vives et agréables elles agissent sur la sensibilité spéciale cl olfactive de cette membrane , et chacun a éprouvé l’influence puissante des émanations agréables sur les dispositions de l’esprit et sur la tournure des idées. On dirait qu’à la première de ces impressions appartient la simple stimulation du cerveau et qu’à la seconde sont réservés ces effets particuliers , doux et riants que les peuples orientaux sont comme avi*
des de respirer parfont. Ces deux aclions isolées se rencontrent, la première, dans l’effet des titillations nasales ou de l’odeur de l’ammoniaque pendant une syncope ; la seconde , dans l’impression voluptueuse qu’apporte aux sens une brise qui s’est embaumée en passant sur des roses,elc... celle-ci peut aller , surtout par l’odeur de certaines plantes balsamiques , jusqu’aux vertiges et à l’ivresse. Sous tous les rapports , le tabac est un puissant céphalique.
Ce n’est plus guère le médecin , mais bien plutôt le parfumeur qui dispose de ces soi tes de substances et cela plus au profit de la coquetterie <pie pour remplir de légitimes indications. D’après ce cpie nous avons dit , on voit que ces indications sont du domaine vulgaire. Chacun y satisfait avec les arômes de son goût. La Mélisse entre dans la composition d’une loule d'eaux de senteur céphaliques. Leur emploi interne rentre complètement dans ce qui a été émis sur le pareil mode d’administration des nervins. Si on rapproche ce que nous avons dit de l’efficacité des gommes (Vtides , dans d’autres circonstances , delà vertu attribuée aux céphaliques, il ne paraîtra pas déraisonnable de penser que les odeurs désagréables ont sur le système ganglionnaire des effets que les odeurs agréables produisent sur le système cérébral. La médecine homéqpalhique a renouvelé l’emploi céphalique des médicaments mais sous des conditions et avec des prétentions tellement en dehors de notre thérapeutique, qu’il serait oiseux et peu grave de s’y arrêter.
Reste à parler de la propriété exhilarante attribuée à certains médicaments et à la Mélisse en particulier. Celte expression a encore plus vieilli que les deux précédentes. Elle porte avec elle sa définition et équivaut à celle de médicaments réjouissants. Existe-t-il des agents autres que les alcooliques capables de produire la gaieté, de dissiper l’ennui , d’ouvrir à l’imagination un avenir tout plein de délicieuses illusions, etc.? Nous n’oserions pas le prétendre. Tous les remèdes qui soulagent, ou rétablissent la santé sont bien suivis de ces heureux effets et rendent au malade la joie et l’espoir , mais il ne s’agit pas ici des moyens quelconques (pii dissipent la tristesse en faisant cesser un état morbide qui l’avait produite; pour mériter le litre d’exhilarant, un médicament doit réjouir l’àme directement , d’une manière comme spécifique et lorsque les affections tristes, mélancoliques, sont, si on peut ainsi parler, essentielles, idiopathiques. Ces remèdes seraient par conséquent principalement applicables au