CAFÉ
Coffea Arabica. Arbrisseau de la famille des rubiacées, originaire d’Arabie, cultivé aux Antilles, en Afrique, etc... Nous nous croyons dispensés de donner les caractères physiques, etc., de celte précieuse semence. Passons de suite à ses importants usages. Le café est d’autant plus négligé par les thérapeutistes qu’il est plus répandu dans l’usage domestique. Il serait pourtant heureux que le contraire eût lieu. Nous dirons pourquoi. Nous voudrions ne pas craindre de faire un hors-d’œuvre en esquissant l’hisloirç morale et politique du Café. Mais ce sujet , quoique plein d’intérêt , est trop long pour que nous nous y engagions.
Les effets physiologiques du Café sont curieux et importants à étudier. Son action principale , celle de laquelle résultent les indications thérapeutiques qu’il est propre à remplir , cette action consiste en ceci , qu’il stimule ou plutôt éveille le cerveau sans l’échauffer comme les alcooliques , par exemple , et en ce qu’il développe en outre chez les gens un peu nerveux un état d’éréthisme , line disposition spasmodique et vaporeuse assez
comparable à celle que nous avons décrite en traitant de la médication antispasmodique, sous le titre de mobilité. C’est donc sur le système nerveux et très-peu sur le système sanguin que porte l’action du Café. En effet sous son influence ce n’est pas le pouls , ni la chaleur générale qui se développent, ou si le premier s’accélère, c’est indépendamment de la seconde, ce qui atteste, non pas une excitation sanguine, une fièvre artificielle, mais une stimulation nerveuse , une névrose passagère comme sa cause. Un des caractères les plus remarquables de son action chez les personnes à système nerveux mobile, c’est l’anxiété épigastrique à laquelle il donne lieu , anxiété épigastrique connue de tout le monde et semblable à celle dont on est affecté sous le coup d’une motion morale. Van Helmont aurait dit qu’il révoltait le grand archée. II y a là cet aura émanantdu système nerveux viscéral , sur lequel nous avons tant insisté dans nos études sur la médication antispasmodique. Le tremblement des membres est aussi un des effets physiologiques du Café. Ajoutons à cela l’éveil du centre pensant , la plus grande facilité du travail intellectuel, l’abondance des idées , l’aptitude plus vive des sens à percevoir leurs stimulants particuliers. L’insomnie est aussi un des effets les plus constants du Café. Tous ces phénomènes se remarquent principalement et presque uniquement chez les personnes nerveuses et non habituées à son usage.
Nous sommes de ces personnes et nous écrivons ces lignes sous l’influence d’un demi-litre de Café fort concentré. Nous ressentons à un degré très- marqué l’état nerveux et vaporeux dont il est question , et un grand nombre d’individus interrogés sur les effets qu’ils éprouvent du Café, accusent principalement une manière d’être identique à celle à laquelle nous attachons le plus d’intérêt, savoir l’état vaporeux essentiel qne nous avons soigneusement défini ailleurs. L’insomnie , la disposition indéfinie à l’état de veille , sont de même chez nous invariablement produits par le Café. Nos urines se trouvent aussi notablement augmentées et elles sont limpides , instar aquœ è rupibus scaturientis ; ce phénomène est capital comme venant à l’appui de notre opinion sur la nature de l’état organique passager que détermine le Café chez les personnes en qui l’habitude n’a pas émoussé la puissance de cet agent. Chez celles au contraire qui en boivent habituellement, la diathèse vaporeuse n’est pas développée ; seulement il y a une activité cérébrale un peu accrue ou seulement maintenue.