CAFÉ
Puisque cet étal nerveux artificiel a quelque nalogie avec celui que nous avons dit être calmé >ar les antispasmodiques, la valériane en partiailier. nous avons voulu savoir jusqu’à quel point ious pourrions nous en rendre maître ù l’aide de :e remède ; en conséquence , au moment où se disait le plus pleinement sentir l'influence exeialrice spéciale du Café , nous avons pris un demi- ;ros de poudre de valériane. Notre pouls battait dors 82 fois par minute au lieu de 7o qu’il offrait tvanl i’ingestion du café. Le sentiment de chaleur intérieure, la température de la peau, ne relaient en rien accrus. Celle fièvre factice produite par les stimulants de la circulation est si oin d’exister chez nous par l’effet du Café, qu’acuellement plusieurs personnes remarquent que nous avons sensiblement pâli. Le tremblement des mains est aussi un phénomène que nous cons- .atons. Une heure après avoir pris le demi-gros le valériane notre pouls était descendu à 70 par ninute. Nous ne dirons pas que l’anxiété épigasrique si intense que nous ressentions ait été disiipée par de la valériane , mais assurément elle l’augmenta plus dès ce moment , fut moins fatigante et moins durable surtout , qu’elle ne l’est dans d’autres cas , lorsqu’après le repas nous ne faisons que prendre une demi-lasse de Café léger. Or l’expérience de ce que nous éprouvons alors , sous l’influence de cettepelile quantité, nous porte den à penser que sans la puissance antispasmodique si considérable de la valériane , l’énorme quantité de Café très-concentré que nous nous étions administrée, aurait eu des effets plus prononcés et surtout plus prolongés que ceux que nous éprouvons. On comprend très-bien d’ailleurs, comment les antispasmodiques sont impuissants à faire cesser un étal nerveux causé par un stimulant qui circule avec le sang , et reste appliqué ù 1 économie tant qu’il n’est pas digéré , et surtout éliminé par les émoncloires appropriés. Nous avons prévu avec soin celle condition en appréciant l’action thérapeutique relative des antispasmodiques. Mais un autre fait vient puissamment déposer en faveur des idées que nous avons exposées pages 122 et suiv. de ce volume, et aussi en faveur de la nature que nous assignons aux phénomènes nerveux provoqués par l’usage du Café, ce fait c est la cessation de l’état vaporeux dans lequel nous avait jeté cette boisson , par une forte alimentation j en effet, cet étal a été complètement détruit par l’influence d’un repas copieux et d’une bonne assimilation.
Les effets physiologiques que l’excellent Murray
attribue au Café confirment trop nos propres observations pour qu’ici nous ne rapportions par ses propres par oies comme corroborant les nôtres et en étant corroborées : « Hujus stimulo , calor , anxietas , cordis palpitatio, pervigilia adscribenda, quœ quidam, imbecillioi'i systemate nervoso instructià modico adeà usu percipiunt, tanto que manifestiùs quo saturatiùs decoctum fuerit. Insigniora ntala emergunt excessu: cephalalgia , vertigo, tremor artuum , upsillanimilas , exanthemata faciei , etc.', hystericuni ethypochondriacum maluni gignit et auget, etc. Ceci est le langage grave , mesuré, exact, de la science et de la vérité. Un compatriote du judicieux écrivain que nous venons de citer accuse le Café de maux bien plus grands, mais c’est un chef de secle quia plus que la vérité à dire, un système à faire triompher, c’est Hahneman qui parle : Le sérieux réfléchi de nos ancêtres , s’écrie le chef des homéopathes, la solidité des jugements , la fermeté dans la volonté et dans les résolutions, toutes ces qualités qui distinguaient jadis le caractère national des Allemands , s’évanouissent devant cette boisson médicinale. Et qu’est-ce qui les remplace ? Des épanchements de cœur imprudents , des résolutions , des jugements précipités et mal fondés, la légèreté , la loquacité, la vacillation, enfin une mobilité fugitive et une contenance théâtrale. Je sais bien que pour abonder en imagination luxurieuse, pour composer des romans lubriques , des poésies badines et piquantes , l'Allemand doit boire du Café. Le danseur de ballet , l’improvisateur, le jongleur, le bateleur , l'escroc et le banquier au jeu de pharaon , ainsi que le virtuose-musicien moderne , avec sa vitesse extravagante , et le médecin à la mode partout présent , qui veut faire quatre vingt-dix visites de malades en une seule matinée , tout ce monde là a nécessairement besoin de Café.
De toutes les modifications organiques par lesquelles s’est révélée chez nous l’action du Café , une des moins douteuses et des plus prononcées que nous avions déjà pu constater dms d’autres circonstances, c’est celle qu’il exerce sur le sens génital pour en affaiblir le stimulus. Nous ne connaissons pas d’anaphrodisiaque capable de nous réduire ù une impuissance plus entière. Ilecquel , Simon Pauli, lui ont de môme attribué cel effet. En Orient il passe généralement pour abattre les désirs vénériens. Murray rapporte a cet egard une singulière anecdote : Conjux s u lia ni Mah mal cquum caslrari ccrncns,
MÉDICAMENTS EXCITANTS
ab horrchdâ encheiresijussi abstincri, cl equo Coffeam propinari , cvjus efficaciarn in niarilo cxpluratam haberet. Willis a va il. observé celle propriété anaphrodisiaque du Café : V ulgaris obscrvatio passim dictitat in quantum Cofjeœ pot a turcs nimii vcneris impoientia j obnoxii evadunt. 11 n'cst pas aussi bien prouvé qu’il rende les femmes stériles malgré d'assez nombreuses assenions. Un fait analogique existe seulement, c’est que les femmes vaporeuses, sujettes aux spasmes , elc., sont moins fécondes que celles qui sont d’une constitution opposée.
Maintenant nous sommes plus en état d’éludier, de concevoir et d'utiliser l’action tliérapeulique du Café , car ses indications et ses contr’indiealions résultent immédiatement des effets que nous venons de lui reconnaître.
Une expérience vulgaire a consacré l’usage du Café dans les céphalalgies, surtout celles qui surviennent après le repas ou chez les personnes nerveuses. Ainsi les légères migraines y cèdent presque toujours. Des médecins rationalistes établiraient à cet égard de nombreuses et capitales distinctions, et pourtant l’empirisme domestique fait mieux ici que la science la plus sévère , et le Café est en possession de guérir presque tous les maux de tête , ceux aux moins qui sont idiopathiques et ne sont pas le prélude ou le symptôme d’une fièvre , d’une maladie aiguë , etc.
La propriété qu’a le Café d’éveiller le cerveau et les sens , de chasser le sommeil , d'activer toutes les fonctions cérébrales relatives à la pensée, a sans doute fait naître l’idée de combattre par son secours la stupeur, le nareolisme spontanés , les affections apoplecliformes , puis bientôt analogiquement les mêmes accidents artificiellement pr oduits par les substances stupéfiantes, l’opium en particulier. Willis , dans son ouvrage qui a pour titre : Diatriba demedicauientonum operationibus, range le Café parmi les agents anti-hypnotiques , liquor Cofjeœ ad narcosim pellendamsurnmc e/jflcax. Depuis ce temps, il n’a pas cessé d'être conseillé dans les maladies soporeuses , les hébétudes des sens , les dispositions aux apoplexies même sanguines chez les personnes d'un certain âge, d’une habitude molle , d’une complexion replète, chez les vieillards somnolents , engourdis, voraces, dont la mémoire s’affaiblit, etc., elc. L’état nerveux que développe le Café est opposé à celle diathèse et à tous scs éléments. 11 n’y avait de là qu’un pas pour uli iser le Café dans le nareolisme des intoxications par l’opium., les solanées vireuses , les champignons
et toutes les préparations stupéfiantes : l’analogie n’a pas été trompeuse , et si le Ct.fé ne neutralise pas chimiquement 1rs agents que nous venons de citer, an moins prévienl-l-il ou empêche-t-il leur puissance stupéfiante, et peut-il quelquefois seul faire cesser- tous les accidents d’un empoisonnement. Tout le monde connaît sa propriété de dissiper les fumées du vin , de retarder ou de tempérer l’ivresse. M. Orfila a constaté qu’il était sans influence contre les terribles effets de l’acide hydrocianique.
Chez les personnes caractérisées plus haut , le Café accélère les digestions; et si on en croit de trèsnombreux témoignages, ainsi que les inductions auxquelles on est naturellement conduit par l’analogie et le raisonnement , cette délicieuse boisson peut produire la diminution de l'embonpoint; mais lanl de gens accablés d’obésité font usage du Café , <pre pour celte classe d’individus au moins, les propriétés desséchantes du Café sont bien faibles. L’élat nerveux , l’insomnie , les dyspepsies constantes et profondes , etc., qu’il fait naître chez d’antres personnes , peuvent bien déterminer l’amaigrissement ou empêcher cet excès dans l’action des forces nutritives, d’où résulte l’accumulation de la graisse.
On se rappelle aussi ce que nous avons dit de notre propre expérience sur le Café au commencement de cet article, savoir, que loin d'animer notre système sanguin , la forte quantité que nous nous étions administrée nous avait fait pâlir. Junker mentionne une circonstance qui fortifie notre témoignage particulier. Voici ce qu’il dit à ce sujet : Certior acthuc valetudini s offensa puellis imminet , quœ pulverem decoctarum fabarum cupide vorant ad pallorcm faciei , scilicet venustiorem sibi gignendum . Hic sans, si indè reportetur , deformior erit naturati rubore et vecordiœ juxtà ac læsœ sanitatis argumentum. Ce fait important et ce que nous avons dit des personnes nerveuses et surtout des femmes des villes auxquelles le Café donne des dyspepsies, une diathèse spasmodique, et on sail combien les fleurs blanches sont souvent associées à cet état de l’économie, seraient donc une raison pour ajouter foi à ce que plusieurs auteurs racontent de celte boisson comme très- propre à déterminer la leucorrhée. C’est surtout au Café au lait qu’on a imputé cet effet, et il y a certainement moins de motifs pour qu'il le produise que l'infusion aqueuse pure. Nos expériences nous ont prouvé que le Café était diurétique , et bien d’autres l'ont noté avant nous et l’ont en