LABIÉES
Les Labiées composent une famille de plantes très-naturelle. Leur nom est dû à l'irrégu'arité de leur corolle, qui offre presque toujours deux lèvres. Il est assez ditficilo de distinguer les genres de cette famille, dont les espèces sont extrêmement nombreuses. Ces plantes croissent ordiuaireuii'ut dans des parties assez chaudes du globe.
En général les Labiées sont herbacées : leur odeur m; se perd pas par la dessiccation, et est commune à toutes les parties de la plante; cette odeur est aromatique, forte, agréable : leur saveur est anière, piquante, chaude. Ces qualités sont dues à une huile essentielh; fort abondante contenue dans des glandes vésiculaires; cette huile, dans presque! toutes les espèces, contient plus ou moins de camphre. Quelquesunes contieunent en outre un principe amer assez développé pour constituer leur vertu médicamenteuse principale.
Plusieurs d'entre elles sont employées comme cosmétiques et comme condiments.
Il existe un rapport assez remarquable et qui n'a pas encore été bien suivi entre les propriétés chimiques des Labiées et
leurs propriétés thérapeutiques. Nous voyons, en elfet, certaines de ces plantes n'avoir pour principe de leur activité qu'une plus ou moins grande quantité d'huile volatile, et en raison de cette simplicité de composition, produire des eifets thérapeutiques simples aussi, c'est-à-dire toujours renfermés dans les limites d'une seule et même médication, attestant toujours les mêmes indications remplies.
Dans d'autres Labiées, et ce sont les plus nombreuses, les Labiées par excellence, une proportion souvent assez considérable de camphre est tenue en dissolution dans l'huile essentielle, qui est le principe naturel et commun à toute cette famille de végétaux. La présence du camphre im[)rime à ces plantes des caractères thérapeutiques spéciaux qui les l'endeut applicables ?i d'autres états morbides et leur pei-mettent de satisfaire à des inilications auxquelles elles ne seraient probablement pas appropriées sans lui.
Puis viennent d autres (liantes de la même famille; toujours pourvues de leur huile essentielle et riches en outre, non plus de camphre, mais d'un principe amer assez développé qui leur assuru
MKDICAMENTS EXCITANTS.
toujours, indépendamment des propriétés dues à l'huile volatile aromatique, une action particulière du genre de celle qui appartient à tous les amers.
' Enliu restent plusieurs Labiées excessivement actives, réunissant en elles et l'huile essentielle avec son arôme et ses qualités nervines, et le camphre avec ses vertus antispasmodiques et sédatives, et le principe amer avec son pouvoir tonique et fortifiant. Il semble, comme nous le verrons, que leur action thérapeutique résulte de la combinaison de toutes ces propriétés. Elles résument les facultés séparées de toutes les Labiées, et celles-ci employées ensemble pourraient les remjjlacer, comme elles, réciproquement, suffiraient à développer l'action réunie de toutes les autres.
La Mélisse représente pour nous le premier groupe thérapeutique des Labiées, celui qui doit tous ses effets h. l'huile essentielle sans mélange d'autres principes médicamenteux.
Le second a la Menthe pour type, et cette plante peut, mieux que toutes les autres Labiées, être rapprochée des antispasmodiques : elle mérite une grande considération.
Dans le troisième, la Germandréo, !a Marrube, le Lierre terrestre, peuvent être indistinctement placés en première ligne, et nous nous bornerons à parler de l'un d'eux seulement.
Enfin les propriétés de la Sauge, une fois exposées, rendront inutile l'histoire <les Labiées du quatrième et dernier groupe.
Thym [Thymus vulgaris).
Cette plante est vivace et croît spontanément dans le midi de la France, surtoutà Narbonne età Montpellier. Elle possède une odeur aromatique très-prononcée et assez agréable. Sa racine est dure, ligneuse ; ses feuilles sont opposées, sessiles d'un vert cendré, très -légèrement pubescentes , les fieurs sont en verticelles ou en éi)is au sommet des rameaux fjuinjuillet). Le calice est tubulé à cinq dents inégales; la corolle petite, d'un blanc purpurin, renferme quatre étamines didynames, un style, un stigmate bifide. Les fruits sont quatre petits akènes.
On remi)loie à l'intérieur en infusion, 10 à 15 grammes par litre d'eau bouillante. On prépare avec le Thym une eau distillée et une huile essentielle.
Ces préi)arations s'obtiennent par les mêmes procédés que ceux employés pour la menthe.
Acide thymique C^" H'*0^.
D'après M. Bouillion , pliarnuuùen, l'Acide thymique s'extrait de l'essence de thym, dans laquelle il se trouve mélangé avec un carbure d'hydrogène nommé ihymcne, isomère de l'essence de térébenthine, et qui, par conséquent, possède la formule C^o H»*.
En traitant l'essence de thym par une solution aqueuse de potasse ou de soude, l'Acide thymique se dissout en formant un thymate soluble ; on sépare ainsi le thymène qui ne se combine pas avec les alcalis.
En décomposant le thymate par un acide, l'Acide thymique est mis en liberté; on le purifie par des lavages; on le dessèche, et, finalement, on le distille.
On peut obtenir l'Acide thymique en soumettant l'essence de thym à un refroidissement prolongé ; dans ce cas, il cristallise. Mais celui qui est extrait par la potasse, quoique soumis à une température très-basse, ne se solidifie pas, même en y projetant quelques cristaux de la modification obtenue par le froid, afin d'amorcer la cristallisation.
L'Acide thymique on thymol concentré possède une saveur acre etcanstique, une odeur agréable qui rappelle celle du thym. Il est fort peu soluble dans l'eau, très-soluble dans l'alcool, et d'autant plus que celui-ci sera plus concentré. H se dissout aussi dans l'étlier et les corps gras; il ne possède pas de pouvoir rotatoire. Il se combine facilement avec les alcalis, tels que la potasse et la soude, et forme des sels solubles.
L'Acide thymique possède la propriété importante de se combiner avec les peaux et les tissus animaux, et de les rendre alors complètement imputrescibles.
Lotion à l' Acide thymique
Acide thymique 1
Alcool à 85 degrés ... 4
Eau distillée 995
Agiter de manière à activer la dissolution de l'acide dans l'eau.
Pommade à l'Acide thymique.
Axonge 30 grammes.
Acide thymique. . . ii à xx gouttes.
Incorporez par trituration.
Potion à l'Acide thymique.
Potion alcoolisée. . 150 grammes, -icide thymique. . . ii gouttes.
Pilules d'Acide tliijmirinc.
Acide thymique. ... 20 centigr.
Savon médicinal. . . . 40 —
Excipient q. s.
Divisez en 20 pilules.
Le savon animal est indispensable pour assurer la division de l'Acide thymique.
Espèces aromatiques ( Species aromaticœ ).
Feuilles sèches de :
Sauge, Menthe poivrée,
Thym, Origan,
Serpolet, Absinthe,
Hysope, Romarin.
De chacune, 32 grammes. Incisez et mêlez.
MÉLISSE
Vin aromaliqiie ( Vinum aromaticum).
Espèces aromatiques. . 100 grammes.
"Vin rouge 1,000 —
Teinture vulnéraire. . 100 —
Faites marércr les espèces aromatiques pendant dix jours dans le vin ; passez avec expression; fdtrez et ajoutez la teinture.
Teinture vulnéraire.
Eau vulnéraire rouge. Eau rouçfe.
{Tinclura vuliieraria, vulgô vulnerarium.)
Feuilles fraîches de :
Absinthe, Menthe poivrée,
Angélique, Origan^ Basilic, Romarui, Calament, Rue, Fenouil, Sarriette, Hysope, Sauge, Marjolaine, Serpolet, Mélisse, Thym.
De chacune, 100 grammes.
Sommités fleuries de :
Hypericum 100 grammes.
Lavande 100 —
Alcool à 80 degrés. . 1,000 —
Incisez et faites macérer dix jours; passez et filrez.
Alcoolat vulnéraire. Eau d'arquelusade.
Eau vulnéraire spirilueuse.
Prenez les espèces vulnéraires employées pour la teinture vulnéraire, incisez-les, faites macérer six jours dans 4,500 grammes d'alcool îi tJO ditgrés, distillez pour retirer 3,000 grammes d'alcoolat.
Eau de Cologne
{Alcoolaium fragrans, vulgo aqua coloniensis).
Huile volatile de Bergamote. 100
— Cannelle . . 25
— Citron.. . . 100
— Cédrat. ... 100
— Lavande . . 50
— Pleurs d'o-
ranger. , 50
— Romarin. . 50
Alcool à 90 degrés 12,000
Alcoolat de Mélisse composé. 1,500
Alcoolat de Romarin 1,000
Faites dissoudre les huiles essentielles dans l'alcool, ajoutez les doux alcoolats; laissez en contact pendant huit jours.
Distillez au bain-marie jusqu'à ce que vous ayez recueilli les quatre cinquièmes du mélange employé.
MELTSSE.
La Mélisse, Melissa officinalis, est une plante de la famille des Labiées, genre Mélisse, nommée aussi Cilronnelle, parce qu'elle rappelle faiblement l'odi'ur du citron.
Caractères génériques. Calice tubuleux, bilabié, lèvre supérieure à trois dents, l'inférieure à deux ; corolle à deux lèvres, la supérieure en forme de voûte, échancrée, l'inférieur à trois lobes inégaux.
Caractères spécifiques. Tige dressée, rameuse, haute de 30 à 50 centimètres; feuilles opposées, ovales, pubescentes, conrtoment pétiolées. Fleurs blanches, verticillées. Calice évasé, tubuleux, îi deux lèvres très-marquées. Corolle bilabiéc, tube grêle, cylindrique : limbe dilaté à deux lèvres, la supérieure convexe, écliancrée, l'inférieure à trois lobes. Etamines didynames, rassemblées sous la voûte supérieure.
Eau distillée de Mélisse.
Mélisse 1 partie.
Distillez îi la vapeur pour retirer une partie de produit.
Alcoolat simple de Mélisse.
Sommités récentes de Mélisse. 1 part.
Alcool à 80 degrés 3
Eau distillée de Mélisse. ... 1
Faites macérer pendant quatre jours, et distillez pour retirer 2 parties et demie d'alcoolat.
L'alcoolat de Mélisse composé ou Eau de Mélisse des Carmes est plus souvent employé que l'alcoolat simple.
Alcoolat de Mélisse composé [Alcoolaium Melissœ compositum).
Mélisse fraîche en fleur. . 900 gram.
Zestes frais de citrons. . . 150 —
Cannelle de Ceyian 80 —
Girofles 80 —
Muscades 80 —
Coriandre 40 —
Racine d'Angélique 40 —
Alcool à 80 degrés 5,000 —
Coupez la Mélisse et les zest(îs de citrons, concassez les autres substances; faites macérer le tout dans l'alcool pendant quatre jours et distillez au bainmarie pour retirer toute la partie spiritueuse.
Le nom de Mélisse a été donné à cette labiée parce que l'abeille, y.€kicGix, la recherche de préférence et y fait un abondant butin. L'auteur des Géorgiques conseille aux amateurs d'abeilles de répandre de la Mélisse pilée autour des lieux où ils veulent attirer ces insectes.
Hue tu jussos asperge sapores
Trita melisphylla et cerinttiaF; ignobile gramen.
Le genre Mélisse renferme plusieurs espèces, parmi lesquelles l'officinale, Melissa offlcinalis, appelée aussi citronnelle à cause de l'agréable odeur de citron qu'elle répand et dont les doigts s'imprègnent lorsqu'on la touche, est la plus connue et la plus employée. Son odeur, avons-nous dit, rappelle celle du citron; sa saveur est austère, chaude, piquante, aromatique. Elle contient une huile essentielle, blanche, à laquelle elle doit son efficacité. L'eau et l'alcool dissolvent ses principes actifs.
Nervin, céphalique, exhilarant, la Mélisse nous arrive de l'antiquité la plus reculée avec ces trois titres, qui comprennent toutes ses propriétés thérapeutiques.
Ces expressions ont besoin d'être définies : ce n'est pas que nous voulions les conserver, ou plutôt les faire rentrer dans la pathologie; mais, une fois pour toutes, il faut dire quelles idées elles cachent, tant parce que ces idées n'ont rien de ridicule et restent fondées malgré l'abus, que parce que ces mots se rencontrent à toutes les pages dans les anciens auteurs et qu'il est bon de connaître, pour l'intelligence de ces auteurs, le sens qu'ils y attachaient. D'ailleurs, en appliquant à la Mélisse les explications auxquelles nous sommes obligés à cette occasion, on aura une ample instruction sur tout ce qu'il est utile d'en savoir, ainsi que sur les médicaments qui sont réputés jouir des mêmes vertus.
Le vice du mot médicaments nervins consiste, dit-on, dans son extension illimitée. 11 ne signifie rien pour avoir voulu signifier beaucoup trop.
Les antispasmodiques, surtout avec les restrictions que nous avons apportées à ce mot, ont, nous en convenons, un sens bien moins vague. Il ne faut pourtant pas croire que les médicaments nervins soient tous ceux qu'on peut employer dans les maladies qui affectent le système nerveux. Cette expression a toujours eu une valeur restreinte et spéciale: elle a constamment servi à désigner les agents qui refocillent directement et agréablement l'ensemble du système nerveux, eu plutôt encore quelque portion de ce système. Ce sont moins les névroses, l'élément spasme, qui en réclament l'emploi, que les débilités, les atonies des nerfs, et surtout des nerfs encéphalo-rachidiens.
On sent que les progrès de l'anatomie pathologique, la plus grande
MÉLISSE
précision apportée de nos jours dans le diagnostic local des maladies du système nerveux de la vie de relation, ont dù considérablement limiterle nombre des cas oîi l'usage des nervins paraissait autrefois indiqué. Ainsi, ■c'était surtout dans les paralysies des mouvements volontaires et des organes des sens qu'on administrait ces médicaments, et les recherches modernes n'ont laissé à la plupart de ces paralysies que le rang de symptômes d'affections organiques le plus souvent inamovibles de l'encéphale.
Mais il ne faut pas s'autoriser de cet important progrès pour repousser d'une manière absolue les modificateurs du système nerveux. Heureusement, nous n'en sommes pas toujours réduits à constater dans les mala- <3ies des centres nerveux ou de leurs dépendances, ces altérations matérielles dont le diagnostic fait encore plus le désespoir du vrai médecin que le mérite de l'anatomo-pathologiste, et alors la thérapeutique peut avoir une immense influencé à laquelle les nervins prennent quelquefois part. On pourrait même démontrer que leur emploi n'est pas aussi irrationnel qu'on le prétend dans les circonstances que nous venons de spécifier, et qui sembleraient placées au-dessus de leur pouvoir.
Les nervins ont été les premiers remèdes mis en usage. C'est déjà dire que leur emploi a commencé par être externe et chirurgical.
Les guerriers les plus renommés entre les mains de qui était remise ia thérapeutique des camps, s'en servaient comme de vulnéraires [consolidantia) et d'antiseptiques {condienCia), parce que ces plantes étaient usitées pour l'embaumement et la conservation des corps. L'aspect, l'odeur les produits des plaies faisant naître l'idée de mort et de décomposition partielles, on étendait tout naturellement à leur traitement les moyens qui réussissaient si bien à préserver les cadavres delà dissolution putride.
Il est vrai qu'ayant presque toujours à traiter alors des solutions de continuité simples, dépouillées de tout caractère spécifique et ne fournissant d'autre indication que la réunion, on contrariait la cicatrisation qu'on voulait favoriser en plaçant des corps étrangers entre les surfaces divisées ; mais on était encore loin du temps où Hippocrate devait proclamer le grand fait de la nature médicatrice. Disons, toutefois, que les chirurgiens ont exagéré l'inconvénient qu'ils attribuent au pansement des plaies simples par des médicaments vulnéraires et sarcoliques.
Quoi qu'ils en disent, certaines fumigations de diverses huiles, des applications de baumes et de graisses balsamiques sur les coupures, les déchirures des chairs, les plaies par arrachement, etc., favorisent la cicatrisation d'une admirable manière et produisent en cas pareils les merveilleux effets du calorique méthodiquement appliqué au traitement des plaies. Alors, comme on le verra au chapitre oii nous expliquerons les propriétés thérapeutiques du calorique, les plaies se cicatrisent sans presque d'inflammation.
Lorsque, de la médecine militaire, l'usage de ces remèdes fut transporté dans la médecine civile, et que, dans les carrefours et les temples on les eût appliqués à la guérison de plaies spontanées, des ulcères aux
jambes, des aphthes, des maux d'yeux, etc., comme on le trouve inscrit sur la plupart des tables votives conservées dans les temples des prêtres médecins, on dut procurer alors de véritables cures ; car, de nos jours, les lotions, les pommades, les collyres, les collutoires préparés avec quelques plantes aromatiques et excitantes sont employés heureusement dans une foule de cas analogues. Enfin on les administra à l'intérieur, et Hippocrate connaissait et prescrivait la plupart des Labiées en infusion.
Les nervins sont donc des médicaments qui ont la propriété de réveiller et de maintenir l'action nerveuse des organes et des appareils de la vie de relation, et c'est surtout en les appliquant directement aux parties débilitées elles-mêmes qu'ils ont la réputation d'être utiles, bien que leur usage interne et les effets qu'ils produisent par l'intermédiaire de la circulation et de l'innervation aient très-souvent été utilisés dans le même but. Leur emploi externe s'étend aussi à toutes les névralgies des membres et des organes des sens.
Pour parler de quelques-uns des usages encore légitimes des remèdes nervins, et de la Mélisse en particulier, nous indiquerons son emploi à l'intérieur dans les débilités musculaires, les hébétudes des sens qui s'observent pendant les convalescences des longues maladies; dans les céphalalgies des gens délicats et nerveux, les obnubilations passagères, les bourdonnements d'oreille, les vertiges qui, chez les femmes ainsi que chez les hommes occupés de travaux intellectuels, ne sont pas le résultat de la pléthore.
Des médecins recommandables disent en avoir conseillé avec succès l'usage le matin à jeun et en guise de thé aux vieillards gros et apathiques.
Son administration externe se fait surtout en frictions dans les douleurs rhumatismales apyrétiques, les névralgies vagues et peu intenses, sur les membres et autour des articulations longtemps condamnées au repos pour des fractures ou des luxations; en lotions dans les faiblesses commençantes de la vue ; portée sur du coton dans le conduit auriculaire, elle peut calmer les douleurs otalgiques. Les tremblements des mains et de la tête sont aussi au nombre des affections que les nervins, et en particulier la Mélisse, ont la réputation d'empêcher ou de rendre moins fortes. C'est son huile essentielle qui doit être employée dans ces derniers cas. 11 se pourrait bien que les frictions soulageantes qu'on pratique avec cette huile dans les cas de sciatique, de rhumatisme musculaire, etc., n'agissent que comme révulsives, car ces frictions rougissent assez facilement la peau. Dioscoride attribue à la Mélisse la vertu de guérir les piqûres de scoi'pions et les morsures d'animaux venimeux et enragés. On en lave encore vulgairement les piqûres d'abeilles et les morsures de couleuvres, puis on fait honneur à l'eau distillée de Mélisse dont on se sert alors de l'amendement naturel qui suit de très-près ces légers accidents. Galien disait la MéUsse succédanée du marrube et, en conséquence, la rayait pour ainsi dire de la matière médicale.
MÉLISSE. 629
Aétius, Oribase, etc., l'ont copié en cela, sans môme, comme ils le font si souvent, changer les expressions du maître. Nous verrons bientôt que le marrube a une action toute différente de la Mélisse. Les au tres usages de cette labiée rentrent dans les deux propriétés qui nous restent à examiner.
Si la qualification de céphalique devait s'étendre à tous les médicaments qu'on peut employer dans les maladies de la tête, il faudrait l'exclure à jamais du langage médical ; mais si l'on veut bien la restreindre à quelques agents thérapeutiques qui, par la voie de l'olfaction, et plus rarement par la bouche, dissipent facilement et d'une manière instantanée et directe bon nombre de céphalalgies, mais surtout qui stimulent rapidement et agréablement le cerveau, en tant surtout qu'organe servant à la manifestation des facultés du principe pensant, cette qualification pourra être tolérée sans inconvénient.
Or, sans qu'ils aient jamais ainsi formellement énoncé l'espèce de propriétés que nous reconnaissons ici aux médicaments céphaliques, les auteurs qui se sont servis de ce mot lui ont implicitement assigné le sens que nous venons de dire. Il est évident que, pour agir de cette façon, les céphaliques doivent être doués d'une odeur agréable et en même temps un peu diffusible et pénétrante ; c'est, en effet, par ces deux qualités que tous se distinguent, et, sous ce rapport, la Mélisse tient un des premiers rangs : l'immense réputation de la fameuse eau des Carmes en fait foi.
Nous avons dit que ces remèdes agissaient surtout parle sens de l'odorat, et alors ils le font de deux manières qui concourent au môme résultat. Cette double action s'exerce simultanément lorsqu'on aspire par le nez des poudres céphaliques, telles que celles de marjolaine et de bétoine, etc. En effet, ces poudres, par leurs propriétés physiques et chimiques, font une impression irritante sur la membrane de Schneider en tant que douée de la sensibilité générale commune à toutes les membranes muqueuses, et on sait combien cette impression réveille les sensations et stimule tous les phénomènes cérébraux qui sont en rapport avec les fonctions intellectuelles. De plus, par leurs propriétés odorantes, vives et agréables, elles agissent sur la sensibilité spéciale et olfactive de cette membrane, et chacun a éprouvé l'influence puissant* des émanations agréables sur les dispositions de l'esprit et sur la tournure des idées.
On dirait qu'à la première de ces dispositions appartient la simple stimulation du cerveau, et qu'à la seconde sont réservés ces effets particuliers doux et riants que les peuples orientaux sont avides de respirer partout. Ces deux actions isolées se rencontrent, la première, dans l'effet des titillations nasales, ou de l'odeur de l'ammoniaque pendant une syncope; la seconde, dans l'impression voluptueuse qu'apporte aux sens une brise qui s'est embaumée en passant sur des roses, etc.. Celle-ci peut aller, surtout par l'odeur de certaines plantes balsamiques, jusqu'aux vertiges et à l'ivresse. Sous tous les rapports, le tabac à priser est un puissant céphalique.
Ce n'est plus guère le médecin, mais le parfumeur qui dispose de ces sortes de substances, bien plus au profit de la coquetterie que pour remplir des indications thérapeutiques. D'après ce que nous avons dit, on voit que ces indications sont du domaine vulgaire. Chacun y satisfait avee les arômes de son goût. La Mélisse entre dans la composition d'une foule d'eaux de senteur céphaliques. Leur emploi interne rentre complètement dans' ce qui a été émis sur le pareil mode d'administration des^ nervins. Si l'on rapproche ce que nous avons dit de l'efficacité des gommes fétides dans d'autres circonstances, de la vertu attribuée aux céphaliques, il ne paraîtra pas déraisonnable de penser que les odeurs ou plutôt les émanations et les effluves dégagées de certaines substances puantes, désagréables, ont sur le système ganglionnaire des effets opposés à ceux que les odeurs agréables produisent sur le système cérébral. La médecine homœopathique a renouvelé l'emploi céphalique des médicaments, mais sous des conditions et avec des prétentions tellement en dehors de notre thérapeutique, qu'il serait oiseux et peu grave de s'y arrêter.
Reste à parler de la propriété exhilarante attribuée à certains médicaments et à la Mélisse en particulier. Cette expression a encore plus vieilli que les deux précédentes. Elle porte avec elle sa définition, et équivaut à celle de médicaments réjouissants. Existe-t-il des agents autres que les alcooliques capables de produire la gaieté, de dissiper l'ennui, d'ouvrir à l'imagination un avenir tout plein de délicieuses illusions, etc. ? Nous n'oserions pas le prétendre. Tous les remèdes qui soulagent ou rétablissent la santé sont bien suivis de ces heureux effets et rendent au malade la joie et l'espoir, mais il ne s'agit pas ici des moyens quelconques qui dissipent la tristesse en faisant cesser un état morbide qui l'avait produite. Pour mériter le titre d'exkilarant, un médicament doit réjouirl'âme directement, d'une manière comme spécifique, et lorsque les affections tristes, mélancoliques, sont, si l'on peut ainsi parler, essentielles, idiopathiques. Ces remèdes seraient, par conséquent, principalement applicables au traitement des atrabilaires, des hypochondriaques.
Serait-ce en stimulant le cerveau de ces derniers qu'ils pourraient leur être utiles ; en animant cet organe et le transportant vers les choses extérieures, en le détournant de cette direction fatale qu'il a prise et par suite de laquelle il s'occupe des sensations, étudie des actions, épie des phénomènes que la nature a soustraits à son investigation et à sa puissance ?
Ou bien, trouveraient-ils leurs indications dans cette atonie du système gastro hépatique, dans cet état nervéux et spasmodico-flatulent des viscères du bas-ventre et des hypochondres qui, quoiqu'on en puisse dire, est presque toujours le point de départ des affections dont nous parlons? On peut admettre ces deux influences dans les cas oîi les exhitarants mériteraient de conserver une place spéciale dans la thérapeutique.
Quoi qu'il en soit, la Mélisse est annoncée par un grand nombre de très-anciens auteurs comme pcar beaucoup de plus modernes, pour un des meilleurs exhilarants. Sérapion prétend qu'elle ôte toutes inquiétudes et imaginations du cerveau, et principalement celles qui procèdent d'humeurs mélancoliques ; Avicenne, qu'elle réjouit le cœur et fortifie les esprits vitaux. Dioscoride la compte presque toujours au nombre des plantes qui ont le plus de pouvoir pour déboucher les conduits du cerveau et chasser les morosités causées par l'épaississement des fluides nerveux ; Fernel, bien autrement éclairé et digne de foi que les auteurs précédents, parle de la Mélisse en ces termes : Demulcet atram bilem ; confert ad timorés et tristitias quœ occasione nullâex atrâ bile suscitantur lœlaque facit omnia, etc., etc. Nous ferons grâce d'une foule d'autres témoignages analogues, et dirons seulement que nous pourrions puiser ces témoignages dans Forestus, Rivière, Hoffmann, etc Ces auteurs ajoutent
qu'elle aiguise l'esprit et relève la mémoire affaiblie.
Il est au moins sans inconvénient de prescrire l'infusion de Mélisse ou quelques gouttes d'eau des Carmes dans un verre d'eau sucrée contre les divers accidents cérébraux ou hypochondriaques que nous venons de mentionner. On est bien heureux, quand on peut dissiper pour quelques instants les bizarres inquiétudes ou l'invincible mélancolie de ces derniers malades par un moyen aussi inoffensif, et qui, en définitive, peut bien ne pas être sans influence taiil par ses qlialités intrinsèques que par la confiance que sa grande renommée doit inspirer à un hypochondriaque. Nous croyons aussi, par analogie, pouvoir en recommander l'usage aux vieillards, dont les facultés intellectuelles vacillent et s'affaissent comme les membres, comme toutes les fonctions qui dépendent de l'encéphale. La Mélisse bâtarde, la Cataire, le Basilic, la Sarictte, sont les Labiées les plus rapprochées de la Mélisse par leurs propriétés.
La Menthe 'poivrée, Mentha piperita, est une plante de la famille naturelle des Labiées, genre Menthe.
Caractères génériques. Calice cylindrique à cinq dents presque égales; corolle un peu plus longue que le calice, à quatre lobes obtus presque égaux; fleurs disposées eu verticilles très-serrés ou en épis.
Caractères spécifiques, Mentha piperita. Tige quadrangulaire, dressée, rameuse, haute de 30 à 50 centimètres, légèrement velue ; rameaux opposés ; feuilles ovales, pétiolées, dentées en scie, un peu pubescentes ; fleurs violacées, formant un épi court, ovoïde, très-serré ; calice tubuleux, à cinq dents aiguës; corolle in-
fundibuliforme, à quatre divisions égales; étamines didyuames, écartées les unes des autres.
Selon M. Gubler, la menthe poivrée possède au plus haut degré les propriétés organoleptiques de labiéesaromatiques ; odeur pénétrante, saveur camphrée et comme poivrée, suivie d'une sensation de fraîcheur et même de refroidissement, plus marquée lorsqu'un courant d'air atmosphérique arrive au contact de la muqueuse buccale, ainsi que d'une anestliésie notable, mais momentanée, quand l'impression a été trop forte. La première partie de ces phénomènes est ressentie également dans l'estomac, et l'excitation qui en résulte^ retentissant
sur le reste de l'économie, donne lieu sympathiquement à une stinaulation tvèsgenéralisée, indépendamment de l'excitation diffuse qui pourra résulter plus tard de l'absorption de l'essence aromatique et de son passage à travers les parenchymes servant de voies d'élimination. Dans ce trajet, l'huile volatile de menthe poivrée se comporte comme ses congénères, et agit sur les formations épitiiéliales et sur les sécrétions.
Au résumé, la Menthe poivrée stimule l'estomac, active la digestion provoque la contraction du ventricule , l'expulsion des gaz par les voies inférieures et supérieures ; excite le système nerveux par action réflexe ; accélère la respiration, élève la température, resserre néanmoins le réseau capillaire sanguin des émonctoires que baigne son essence, diminue la sécrétion muqueuse et la genèse épithéliale, ainsi que la sécrétion lactée, accroît au contraire quelquefois la diurèse et la transpiration cutanée. {Commentaires thérapeutiques du Codex, p. 199.)
Oleosaccharum de Menthe.
Essence de Menthe. . . 1 goutte.
Sucre blanc 4 grammes.
Mêlez.
Pastilles de Menthe.
Sucre blanc 400 gr.
Essence de Menthe poitrce. . . 1
Eau de Menthe poivrée q. s.
Faites selon l'art.
Il vaut mieux préparer ces pastilles par le procédé de M. Garot qui consiste à arroser des pastilles de sucre avec une dissolution d'essence de Menthe dans l'éther.