‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 136 sur 335 · SAUGE · texte numérisé non relu

SAUGE

MATIÈBE MÉniCALE.

Le Sauge officinale, Salvia officinalis, est une plante de la famille naturelle des Labiées, genre Salvia.

Caractères du genre Salvia. Calice tubuleux, à, quatre ou cinq dents, quelquefois bilabiée; corolle tubuleuse; tube dilaté et comprimé latéralement à sa partie supérieure comprimée, falciforme, lèvre inférieure h trois lobes inégaux, le moyen plus grand est arrondi ; deux étamines seulement; anthères composées d'une seule loge portée à l'extrémité d'un très-long connectif distractile.

Caraclères spécifiques. Sauge officinale, petite Sauge, Salvia officinalis. Sousarbrisseau à tige quadrangulaire, pubesaente, rameuse ; feuilles opposées, pubescentes, ovales, lancéolées ; fleurs vio-

lacées , disposées en uns sorte d'épi formé de verticilles rapprochés ; chaque fleur accompagnée d'une bractée cordiforme. Calice tubuleux, strié, h cinq dents très-aiguës. Corolle bilabiée; gorge de la corolle garnie d'une rangée de poils.

On emploie les feuilles et les sommités fleuries de la Sauge; elles sont fortement aromatiques. Elles servent à préparer, par infusion, des bains, des lotions, des fumigations de vapeur aromatique. La Sauge entre dans la composition de la plupart des eaux spiritueuses aromatiques.

Il existe une autre espèce de Sauge, la Sauge sclarée, qui croit spontanément ; elle est plus aromatique que la précédente, et très-emi)loyée en Allemagne et en Angleterre.

ACTION rHTSIOLOGIQlE.

La Sauge officinale est très-propre à donner l'idée des Labiées du dernier groupe. Nous avons caractérisé ce groupe en disant que l'action des Labiées qu'il comprend semble résulter 'de l'association de tous les principes médicamenteux qu'il nous a été donné de reconnaître dans les trois groupes précédents, savoir : l'huile essentielle, le camphre et le principe amer; la Sauge possède de plus dos propriétés astringentes dues sans doute à une assez notable quantité d'acide gallique qu'elle contient. Si l'on ajoute à cela que les principes désignés y sont en plus considérable proportion que dans aucune autre labiée, on concevra sans peine les propriétés actives, les vertus prononcées qui de tout temps ont été reconnues à cette plante. Le Teucriim Marum et le Teucrium Scordium peuvent être placés à la suite de la Sauge. Leur action est du même genre, quoique moins énergique.

L'infusion d'une demi-once de feuilles de Sauge prise froide., au mois

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de juillet, nous a procuré pendant plusieurs heures d'abondantes sueurs avec bouffées de chaleur insupportables, pouls un peu plus fréquent (six pulsations de plus qu'avant l'expérience), mais surtout plus plein et plus développé, agitation rendant le travail intellectuel difficile par l'excès de stimulation sanguine et le sentiment de chaleur générale, laquelle n'étai' pourtant pas appréciable au toucher d'une autre personne ; soif vive, sécheresse de la bouche, constipation extraordinaire; augmentation rapide; de l'appétit, un peu d'insomnie qui nous semble devoir être expliquée par l'action de la Sauge.

Le nom latin de la Sauge (Salvia, de salvare) reste pour témoigner de la réputation prodigieuse dont elle a joui. On l'appelait aussi herbe sacrée, au rapport d' A grippa et d'après Aétius. L'école de Salerne a été le dernier écho de cette renommée inconcevable ; elle a consacré dans la Sauge un breuvage capable d'assurer à l'homme l'immortalité, ce qui, en raison de la forme poétique de l'adage, peut bien passer pour de la longévité : Cur moriatur homo cui Salvia crescit in horto? Si nous pouvions, comme l'école de Salerne, proclamer que la Sauge est le meilleur médicament contre la mort, nous n'aurions rien à ajouter.

Ce qu'on a raconté des deux espèces de Teucrium que nous rassemblons ici n'est guère moins merveilleux. Pline rapporte ce qui suit au sujet du Marum : De ce temps même Teucer inventa le Teucrium. Le moyen comme cette herbe fut inventée est tel : Il arriva qu'une fois ayant jeté sur cette herbe le dedans d'une bête, on trouva que cette herbe s'était attachée à la rate et l'avait consumée : pour cette cause piusiews l'appellent splenion. On dit qu'on ne trouve point de rate aux pourceaux qui auraient mangé la racine de cette herbe, etc.

11 faut avouer que si les propriétés résolutives et désobstruantes si exaltées du Teucrium Marum sont nées de ce conte, on peut se dispenser de les relever. Nous aimerions mieux croire que le conte a été bâti pour donner plus de crédit à ces propriétés déjà reconnues directement ou par analogie; car bien que nous ne puissions pas ajouter le témoignage de notre propre expérience à ceux qui, depuis le temps des premiers empiriques se sont soutenus jusqu'à nous, ces témoignages sont trop nombreux et trop respectables pour qu'on doive les rejeter absolument. Les propriétés physiques et chimiques du Marum sont du reste très-marquées, et il n'y a rien d'étonnant que ses propriétés médicales puissent aussi être utilisées dans les cas oii nous parlerons de l'emploi de la Sauge. GuUen, qui s'est appliqué à nier les vertus, spéciales au moins, de la plupart de ces plantes, accorde au Marum qu'il est le plus puissant céphalique et antispasmodique des verticillées. Ce que dit Galien pour attester les vertus alexilères du Teucrium scordium est toutefois moins incroyable que la fable précédente ; il raconte (d'après des auteurs dignes

de foi) qu'après une bataille, les morts qui étaient tombés sur des plantes de Scordium étaient moins corrompus que les autres, surtout du côté par lequel ces corps touchaient au Scordium.

Le Scordium a conservé assez de cette réputation de puissant alexipharniaque pour que, vers le milieu du seizième siècle, Fracastor en ait fait la base de cette fameuse composition connue sous le nom de Diascordium, dont la formule a été remaniée tant de fois depuis, qu'il est douteux que cet clectuaire mérite encore son titre originaire. Maintenant, c'est presque uniquement en considération de l'opium qui y figure qu'on en fait usnge. Nous en parlerons ailleurs.

Nous allons nous contenter d'indiquer les propriétés les plus spéciales et les moins équivoques de la Sauge et de ses analogues, parce que l'action générale que ces plantes partagent avec tous les excitants sera mieux développée et appréciée dans ses applications à l'homme malade, lorsque nous jetterons un rapide coup d'oeil sur la médication excitante.

On sait qa'alexipliarmaque signifie chasse-poison, et que ce terme a servi autrefois à désigner tous les agents qui préservent des maladies putrides, contagieuses et infectieuses, et qui passent aussi pour guérir ces maladies. La Sauge occupait un rang important dans cette classe de médicaments. Pour nous, les propriétés que nous lui reconnaissons encore et qui rentrent dans ce genre, sont celles dont on peut tirer parti dans la forme muqueuse des fièvres typhoïdes, forme assez mal dessinée et existant assez rarement seule, mais plus souvent associée à un état de langueur et d'éréthisme qui la rapproche beaucoup de la fièvre lente nerveuse d'Huxham, circonstance qui est loin de contre-indiquer l'usage de la Sauge et qui le réclamerait bien plutôt. Cette forme tourne aisément à la putridilé, et présente alors de grandes analogies symptomalologiques avec le typhus des hôpitaux et des prisons, même avec le typhus oriental. L'infusion de Sauge ou d'un des Teucriuin dont il est question ici, imprime plus de résistance et de stabilité au système nerveux frappé de stupeur et d'ataxie, active en même temps la circulation et rend de la lièvre aux malades, fièvre nécessaire, indispensable dans une certaine mesure, sous peine de décomposition prématurée de l'organisme et de mort par empoisonnement miasmatique et défaut de réaction, ou sous peine de prédominance exclusive des accidents nerveux et de mort par réaction vicieuse. On peut aussi administrer l'infusion de Sauge dans la forme purement adynamique de ces fièvres. Le dévoiement qu'on pourrait craindre de provoquer ou d'entretenir dans ces cas où il existe presque toujours, n'est pourtant pas à redouter : il y a mieux, c'est que la Sauge et les Scordium sont propres à le modérer. C'est à propos des fièvres graves qu'Hippocrate parlant de la Sauge dit : Satvia sicca est : alvum sistit. Cette action antidiarrhéique lui est commune avec la plupart des aromatiques. Du reste, ses qualités amères et astringentes peuvent encore y contribuer. L'avantage le moins contesté du Diascordium est de suspendre les flux intestinaux.

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