‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 137 sur 335 · SAUGE · texte numérisé non relu

SAUGE

Une chose qui choque dans l'histoire de la Sauge, c'est que cette hiée, qui est douée de propriétés sudorifiques très-actives, souvent mises à profit lorsque après une exposition imprudente au froid on ressent un malaise, des frissonnements quelquefois précurseurs de phlegmasies ou ■de douleurs rhumatismales musculaires , et qu'on veut juger cette lièvre commençante par d'ahondantes sueurs, que cette labiée, di- ■sons-nous, soit aussi préconisée pour arrêter les sueurs immodérées et débilitantes. Ce fait n'a pourtant rien de contradictoire, car il faut prendre garde que les circonstances oîi on prescrit la Sauge comme sudorifique et comme propre à combattre les sueurs exagérées, sont parfaitement opposées, et que c'est précisément parce qu'elle produit tel effet dans telle de ces circonstances, qu'elle produit l'effet contraire dans l'autre.

Van Swieten prescrivait avec succès le vin de Sauge contre les sueurs nocturnes qui alTaiblissent si fâcheusement les individus convalescents de fièvres. Cette indication se présente souvent à remplir à la suite des maladies aiguës graves. La sauge dans ces cas, au rapport de van Swieten aussi, diminue la fréquence du pouls. Il dit ne l'avoir jamais vu manquer l'effet qu'il voulait en obtenir et ne pas faire cesser cette faiblesse générale et ces sueurs relâchantes qui en sont un symptôme. Ce grand praticien l'employait dans les galaclorrhées qui persistent après l'allaitement et amènent souvent chez les femmes une véritable fièvre hectique, un marasme auquel quelques unes succombent. La Sauge aurait cette propriété commune avec la menthe, mais à un degré plus sûr, sans doute à cause de son action tonique et astringente.

Les vertus cicatrisantes de la Sauge sont indubitables, et nous avons vu plusieurs fois les ulcères atoniques des jambes se fermer, se couvrir d'un tissu cutané nouveau par l'application de compresses imbibées de vin cuit avec la Sauge et le miel, et même d'une simple décoction de Sauge. Les pansements ainsi faits sont aussi fort utiles aux ulcères scrofuleux des joues. 11 est encore très-certain qu'il suffit de toucher les aphthes des enfants, des femmes grosses, avec un pinceau trempé dans une décoction vineuse de Sauge, pour les voir disparaître.

Rosen assure qu'on triomphe bien plus sûrement chez les enfants de cette maladie fâcheuse en donnant à l'intérieur quelques cuillerées d'infusion de Sauge en même temps qu'on l'emploie topiquement sur les ulcérations aphtheuses. Cette infusion est aussi bonne en collutoire dans les mollesses et les saignemenis de gencives.

Enfin la Sauge, et à des degrés un peu moins prononcés, le Marum et le Scordium, résumant, comme nous l'avons déjà dit, les propriétés isolées des autres groupes de Labiées, constituent une espèce de thériaque naturelle et nous paraissent très-bien faits pour remplacer ce vieil électuaire dont nous avons parlé en son lieu. Ces formules générales suppriment une foule de particularités qu'il nous resterait à exposer sur cette dernière section des Labiées.

La Sauge s'administre comme toutes les autres plantes de la même famille.

Nous avons réservé pour la fin ce qui concerne un emploi des Labiées assez commun et dont on peut tirer un assez bon parti; et si nous n'en avons parlé cà propos d'aucune en particulier, c'est que ce mode d'administration se fait ordinairement avec un mélange de plusieurs, mais principalement des plus aromatiques, comme la Sauge, la menthe, la lavande, le romarin, le thym, etc. 11 est question de leur usage sous forme de bains locaux et généraux, et sous celle de sachets appliqués sur la peau, ou encore de litière destinée au coucher de certains malades. Ces deux façons de mettre à profit les propriétés excitantes et toniques des Labiées sont applicables aux mêmes circonstances, et si l'on préfère quelquefois la forme sèche, c'est que bien des malades, dans les cas qui présentent cette indication à remplir, ne peuvent supporter les bains, et que la forme humide prolongée combat, par le relâchement qu'elle procure, les effets fortifiants qu'on veut en obtenir.

L'emploi local des deux manières que nous avons indiquées est résolutif dans tous les engorgements chroniques, dont il aide la fonte et la disparition, et cela surtout dans les tumeurs scrofuleuses et les abcès froids; dans les roideurs articulaires avec ou sans gonflement, suites de rhumatismes ; sur les membres infiltrés passivement dans les convalescences et dans l'anasarque essentielle consécutive à certains exanthèmes, aux fièvres intermittentes, etc. Les bains de Labiées aromatiques et les litières composés avec ces plantes, sont utiles aux enfants scrofuleux chez lesquels les signes de la diathèse strumeuse dominent les accidents locaux, chez les enfants aussi dans les convalescences des exanthèmes qui les laissent si souvent plongés dans le dépérissement et les cachexies les plus difficiles à effacer. On peut se servir aussi de ces modes d'administration dans les cas de tumeur blanche, de carie des vertèbres, etc., en un mot dans tous les états de l'organisme caractérisés par la faiblesse générale et le relâchement des solides, l'imperfection des fonctions assimilatrices, que ces états soient spéciaux, comme la diathèse scrofuleuse, etc., ou qu'ils n'aient pas de cachet spécial et soient survenus par le fait de toutes les causes qui peuvent imprimer profondément aux forces nutritives une atonie à laquelle toutes les fonctions prennent part.

Les bains dont nous venons de parler sont très-faciles à préparer. On fait 4 à 5 kilogrammes de décoction de plusieurs Labiées des plus aromatiques, et on jette ce liquide dans le bain.

Quant aux litières, on les compose avec le môme assortiment. Il faut que les plantes soient sèches, ce qui, comme on le sait, n'ôte rien à leurs qualités aromatiques. C'est un caractère propre aux Labiées.

CAMOMILLE. Gi5

CAMOMILLE

Camomille, Camomille romaine, Anthémis nohilis , Ch'iDiœindum Romanum , plante vivace de la famille des Synantliérées, tribu des Corymbileres, genre Anthémis.

Caractères génériques. Involucre hémisphérique, composé d'écaillés imbriquées scarieuses sur les bords; fleurs radiées ; fleurons du centre hermaphrodites, fertiles; demi-fleurons femelles et fertiles ; réceptacle convexe , garni de paillettes; fruit couronné par une membrane continue et dentée.

Caractères spécifiques. Antliemis nobilis. Plante indigène, vivace, tige de 20 à 25 centimètres, couchée, rameuse, redressée; rameaux portant une seule fleur; feuilles courtes, irrégulièrement bipinnées, pubescentes; fleurs solitaires à disque jaune et îi rayons blancs ; involucre presque plane; réceptacle très-convexe et proémiuont.

Les capitules et les fleurs de la Camomille romaine sont seules usitées. Telles qu'on les trouve dans les pharmacies, l'Iles sont blanches, desséchées.

Leur arôme est fort, et un peu analoi^ue à celui du coing; leur saveur d'une amertume assez prononcée.

Les fleurs de Camomille doivent leurs propriétés à un principe amer, soluble dans l'eau et dans l'alcool, et à une huile essentielle visqueuse, remarquable par

sa couleur bleu foncé, lorsqu'elle est conservée à l'abri du contact de l'air.

Eau distillée de Camomille.

[Hydrolalum Anthemidis nobilis).

Fleurs de Camomille. . . 1,000 gram.

Eau q. s.

Distillez à la vapeur jusqu'à 4,000 gr. de produit.

Extrait de Camomille.

Fleurs de Camomille 1 partie.

Eau tiède 2 —

On pulvérise grossièrement les fleurs de Camomille, et on les traite par l'eau tiède, ou encore par lixiviation ; la liqueur ensuite est évaporée à consistance d'extrait. Cet extrait retient tout le principe amer, mais il a perdu presque toute la matière volatile.

Huile de Camomille.

{Oleum de fluribus Anthemidis.)

Fleurs sèches de Camomille

romaine 100 gram.

Huile d'olive 1,000 —

Faites digérer pendant deux heures dans un bain-marie couvert, en agitant de temps en temps ; passez avec expression et filtrez.

A ceux qui se piqueraient d'établir une classification non arbitraire des médicaments, on pourrait demander où ils placent la Camomille. Estelle antispasmodique à la manière dont nous avons défini cette qualité, ou bien est-elle stimulante proprement dite, ou enfin tonique? Il y aurait d'excellentes raisons pour la répartir à la fois dans ces trois classes d'agents, et nous profitons de cette latitude pour en parler ici. Nous en avons d'autant plus de droit, que les états morbides qui en réclament l'usage sont en partie les mêmes, en partie analogues à ceux que nous avons signalés à propos des Ombellifères et des Labiées.

C'était le quinquina de l'antiquité, et maintenant que la Matière médicale possède un fébrifuge beaucoup plus sûr, elle nous reste avec des propriétés excitantes spéciales, dont la plus intéressante et la moins incontestable est la propriété stomachique.

Cette qualification n'appartient pas, comme on l'a dit, à tous les me-

dicaments propres à guérir les maladies de l'estomac. La saignée, le vésicatoire, une affusion froide, etc., ne mériteront jamais le titre de stomachiques, qui n'est applicable qu'aux remèdes qui, administrés par la bouche, sont capables d'imprimer directement aux forces du ventricule le degré d'énergie suffisant pour l'accomplissement de ses fonctions, lorsque ces forces sont dans une inertie idiop;.thique constituant essentiellement la maladie, ou bien encore lorsqu'elles partagent la débilité générale de l'organisme, et que cette débilité présente des indications pour les médications tonique ou excitante. Si nous nous abstenons de discuter ici la nature et l'importance de ces indications, c'est qu'elles rentrent dans celles que peut remplir la médication excitante. Nous nedevons nous occuper maintenant que des propriétés de la Camomille qui lui sont propres et ne résultent pas nécessairement de son action stimulante.

La plus importante de ces propriétés est la propriété fébrifuge. Nous avons déjà fait sentir qu'avant la découverte de l'écorce du Pérou, on se servait beaucoup de la Camomille pour suspendre les accès des fièvres intermittentes. Bien que ni Hippocrate ni Celse ne mentionnent cette plante, on voit que ses vertus fébrifuges ont été très-anciennement connues, car Galien rapporte que les sages de l'Egypte qu'on appelait Mages la dédièrent au soleil à cause de son insigne efficacité contre les fièvres. De son côté, Dioscoride recommande de pulvériser les fleurs de Camomille, et d'administrer cette poudre pour ôter les accès de fièvre. Suivant Aétius, un Égyptien nommé Néchepson, le même sans doute que Matiole appelle Nichessor, veut, pour guérir les fièvres, qu'on frotte le malade de la tête aux pieds avec de l'huile de Camomille. Mais la condition qu'il exige, de le bien couvrir ensuite et de provoquer d'abondantes sueurs, infirme la conséquence qu'on pourrait tirer ici en faveur des qualités fébrifuges de la Camomille, puisque les bains de vapeurs et les puissants sudorifiques ont été quelquefois prescrits avec succès pour détruire des fièvres intermittentes qui avaient résisté à tous les autres remèdes.

Ce qu'il y a de bien singulier dans l'histoire de quelques fébrifuges indigènes et de la Camomille en particulier, c'est qu'ils manifestent leur puissance dans les cas où l'antipériodique par excellence, le quinquina, •1 complètement échoué. On aurait tort de conclure de ces faits exceptionnels que la Camomille et ses analogues combattent plus énergiquement les fièvres d'accès que le quinquina, et doivent lui être préférés mais il faut avouer que certains organismes ou certaines fièvres ne sont pas modifiables par cet agent thérapeutique et ne résistent pas à tel ou tel, la Camomille par exemple ; non que celle-ci soit plus héroïque, mais parce qu'elle est autre, et que l'inertie apparente du quinquina n'est ici que relative h. une idiosyncrasie, de même que l'activité apparente de la Camomille n'est relative qu'à cette môme idiosyncrasie. C'est ainsi qu'un simple changement d'habitation, une légère émotion morale font

CAMOMILLE

cesser une habitude fébrile que n'avaient pu atteindre les plus fortes doses de sulfate de quinine.

> Il est intéressant de remarquer que ces fièvres si réfractaires et si bizarres, quant à l'agent thérapeutique spécial qui a pouvoir sur elles, no sont guère celles qui se développent sous l'influence des émanations marécageuses, mais bien plutôt les fièvres des grandes villes et des personnes nerveuses. Un grand nombre d'habitants des campagnes oà régnent endémiquement les fièvres intermittentes s'en préservent et s'en débarrassent pourtant assez bien à l'aide de poudres et de décoctions amères et excitantes ; mais les moyens singuliers dont nous venons de parler, et qui sont hors du domaine de la Matière médicale, échouent contre les fièvres miasmatiques et ne sont guère heureux que contre celles qui naissent indépendamment de cette influence, et qui sont d'autant moins régulières qu'elles s'éloignent davantage des conditions étiologiques qui produisent les premières.

Des auteurs graves et versés dans la connaissance des fièvres intermittentes ont obtenu avec la Camomille la guérison parfaite de pyrexies périodiques bien caractérisées. Nous traversons, parce qu'elles pourraient paraître peu authentiques, une foule de relations de ces cures opérées depuis les premiers essais faits avec la Camomille jusqu'au temps où la découverte du quinquina a appelé plus attentivement les observateurs vers l'étude des fièvres intermittentes, et nous arrivons à l'illustre II. Morton, qui, comme tous les praticiens de la fin du dix-neuvième siècle, vivant, si nous pouvons ainsi dire, sur les limites du règne des anciens fébrifuges et des premiers succès du nouveau spécifique, a dû fréquemment se servir de l'un et de l'autre. 11 raconte qu'un de ses collègues, Elysha Coyth, lui affirma avoir souvent éprouvé l'insigne efficacacité des fleurs de Camomille finement pulvérisées, qu'il regardait comme aussi sûres dans le traitement des fièvres intermittentes que le quinquina lui-même. Pour son propre compte, il avoue ne jamais avoir employé ce remède seul et pur, mais en avoir obtenu de remarquables avantages en l'associant à d'autres substances d'après les proportions suivantes :

Florum Chamœmeli subtilissime pulverisatorum {plus minus pro œ(ate) fcrupulum unum; antimoni diapkoretici, sed afjsynthii, ulriusque so'upu. lum dimidium : pulvis sumendus in haustu ptisanœ vel cujuscumqueju/apii temperati; aut in formam boH cum syrupo caryophyllorum, vel in formam pilularum cum mucilagine redactus, sextà quâque horâ per biduum vel triduum. repetendus.

Ainsi administrée, la poudre de fleurs de Camomille a procuré à Morton des cures que n'avait pu produire l'écorce du Pérou; il en cite trois exemples frappants dignes d'être notés surtout à cause de la circonstance de l'impuissance bi?n constatée du quinquina [postquam diu et ad nausmm usque vires cordcis peruviani irritas expertœ fuissent) ; et Morton, dont la conviction était bien arrêtée sur l'incomparable efficacité de sa

m MÉDICAMENTS EXCITANTS.

chère écorce du Pérou, se faisait un devoir de n'user de succédar.és qu'après avoir suffisamment reconnu son inertie tout exceptionnelle.

Le passage où il fait cette déclaration est assez curieux et assez grave pour que nous nous décidions à le donner ici : Fateor equidem, me nunquam [quod scio) in quocumque alio febre intermittente laborante hujus remedii periculum fecisse, quippe vix unqmm [si recte meminerim), prœterquam in hisce tribus œgrotantibus, antidotus illa Iterculea, cortex peruvianus spem meam fefellit^ proindeque nec licitum nec décorum esse duxi in humano corio experiundi gratiâ ludere, et certo atque experto remcdio magis incerium et minus exploratum prœferre. Ulcumque forviulam ejus describere, in gratiam curiosorum operœ pretium duxi, ut ii possint, modo velint, experiri, num hoc eiiam sit certum febrifugum, vel saltem num [ut mihi evenit) vires corticis déficientes supplere queat.

Ces paroles de Morton peuvent servir de règle de conduite dans l'appréciation des nombreux antipériodiques et de leur valeur thérapeutique relative à celle du quinquina, ainsi que dans l'opportunité de leur administration contre les fièvres intermittentes; aussi F. Hoffmann nous paraît-il plutôt tomber dans une inconcevable exagération, résultat d'une observation superficielle qu'émettre le fruit d'une expérience solide lorsqu'il prononce, dans sa dissertation de Mille folio, que la Camomille l'emporte sur le quinquina dans le traitement des fièvres rebelles, longe tutius quam ipsa tantopere commendata China quœ ex remoto Peruviano regno ab aliquot indejam annis tanto pretio redempta fuit. Hoffmann est ici dans l'erreur de ceux qui croient que tel antipériodique mérite plus de confiance que le quinquina, parce que celui-ci s'est montré infidèle dans des cas oîi un succédané a suffi pour remplir l'indication. Nous ajoutons que ce grand médecin est quelquefois d'un enthousiasme et d'une crédulité impardonnables.

Un fait bien remarquable, c'est que tous les auteurs qui ont vanté les vertus fébrifuges de la Camomille ont constamment indiqué la poudre des fleurs de cette plante comme la préparation la plus efficace. Rappelonsnous que Dioscoride, après avoir énuméré plusieurs modes d'administration de cette pLante, tels que l'infusion comme anticolique, emménagogue et diurétique, les fomentations avec la décoction comme résolutives) les onctions avec l'huile de Camomille comme cicatrisantes, sous forme de collutoires contre les ulcères de la bouche, etc., etc., etc., finit par dire : on les réduit en poudre pour ùter les accès de fièvre.

Mais les particularités qui sont le plus à noter sont l'activité de cette poudre dans le cas d'insuccès du fébrifuge ordinaire (quando cortex frustra fuerit tentatus), activité manifestée surtout alors que les accès sont peu réguliers, que la fièvre n'est pas née sous l'influence miasmatique des pays marécageux, etc., telles sont beaucoup de fièvres vernales, surtout dans les grandes villes et chez les personnes nerveuses. On voit que cette dernière circonstance n'est que la première expliquée, ou, pour mieux dire, retournée ; car ce sont principalement les fièvres interniit-

CAMOMILLE

tentes ainsi caractérisées qu'on voit, quoique rarement, résister aux préparations de quinquina. Schulz a cité le cas d'une fièvre quarte durant depuis trente-six mois, et cédant à la Camomille après avoir été longtemps vainement combattue par des fébrifuges ordinairement beaucoup plus sûrs. « Pitcairn, dit Cullen, pensait que les fleurs de Camomille données en poudre avaient dans le traitement des fièvres d'accès autant de vertu que le quinquina en substance. Hoffmann, continue-t-il, paraît les avoir regardées comme un remède efficace et sans danger : cela m'a déterminé à en faire usage, et ces fleurs données en poudre à plusieurs reprises suivant la métbode d'Hoffmann, pendant le temps de l'intermission, depuis 2 grammes jusqu'à 4 grammes et plus, ont guéri les fièvres intermittentes ; mais elles ont l'inconvénient de passer facilement par les selles lorsqu'on les donne en grande quantité; ce qui fait manquer l'objet qu'on se propose, de prévenir le retour des paroxysmes, et j'ai remarqué qu'il n'était pas communément facile d'en faire usage, à moins de les joindre à un narcotique ou à un astringent. »

L'infusion des fleurs de Camomille est emménagogue dans les circonstances où nous avons loué les bons effets du camphre, du castoréura, etc., ainsi que dans les coliques du genre de celles que nous avons aussi dit être soulagées par ces deux antispasmodiques. Mais nous reviendrons amplement sur ce point. Nous devons pourtant ici faire une observation qui pourrait nous échapper plus tard, c'est que, d'après Cullen, la qualité dont jouit la Camomille de procurer la liberté du ventre la rend souvent utile, non-seulement dans les coliques venteuses et spasmodiques, mais aussi dans la dysenterie, et qu'au contraire elle est nuisible dans la diarrhée. Cette remarque du célèbre nosologiste confirme hautement ce qu'ailleurs nous avons établi des premiers, savoir que la diarrhée et la dysenterie se répugnent, que lorsque la première cesse, la seconde commence et vice versâ ; opposition bien propre à fonder l'indication rationnelle des purgatifs dans la dysenterie.

Les Anglais se servent quelquefois d'une forte décoction de Camomille, bue chaude et coup sur coup^ pour faire vomir. Il est peu de boissons ainsi prises qui ne déterminent le même effet. Son usage externe n'est guère reçu, malgré les grandes qualités résolutives qui lui ont élé attribuées, que contre les diverses espèces de météorisme, celui surtout de fièvres graves, où, craignant de donner à l'intérieur des substances excitantes, on veut rendre néanmoins aux intestins leur contractilité et leur tonicité. Dans ces cas, on pratique sur le ventre des embrocations avec l'huile de Camomille camphrée. L'utilité de ce moyen nous semble équivoque, et dans les cas de tympanite, oîi on n'a pas à redouter l'emploi interne des excitants, la Camomille prise en infusion ou en lavements a une bien autre efficacité que les embrocations.

L'infusion et la décoction des fleurs de Camomille sont les manières les plus simples et les meilleures d'administrer cette plante. On a vu pour quels cas on devait réserver l'emploi de la poudre. Un des modes

d'administration les plus avantageux dans les affections atoniques des organes de la digestion (circonstances nombreuses et variées qui offrent presque à elles seules toutes les indications thérapeutiques auxquelles satisfait très-bien la Camomille), consiste à faire à froid une infusion de huit à dix heures, et à prendre quelques tasses, pour toute boisson, do cette eau de Camoinille. On administre aussi dans des potions l'huile essentielle de Camomille. Son eau distillée peut servir d'excipient dans une foule de cas. En lavements, on se sert de la décoction des tleurs ou de l'huile de Camomille. Celle-ci est la préparation employée pour l'usage externe

Nous ne parlons pas de la Matricaire [Mntricaria Camomilln) ; elle a des propriétés trop semblables à la Camomille romaine, quoique pourtant moins marquées.

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