DES ÉQUIVALENTS THÉRAPEUTIQUES DE LA DIGITALE
D'après MM. Homolle et Quévenne un milligramme de digitaline est représenté par :
Poudre de Digitale. Ob'.OS à OsrjlO Teinture alcoolique. 18 goult. ou 0 ,53 Teinture éthérée.. . 30 — ou 0 ,80 Extrait aqueux ... 0 ,045
— alcoolique. . 0 ,05
— éthéré. ... o ,012
Nous empruntons à l'excellente thèse do M. le docteur Legroux les détails suivants sur les autres principes de la Digitale.
Digitaluse. La digitalose est d'un bel aspect blanc cristallin, micacée comme de la cholestérine ou aiguillée, fusible il 200 degrés, soluble à 60 degrés dans l'acide sulfurique et lui donnant une simple teinte jaune paille, taudis qu'avec le même acide un peu dilué elle forme une solution rose. Elle est neutre, insipide, insoluble dans l'eau, soluble dans lï'ther et l'alcool.
Digilalin. Découvert en même temps par M. M. Kosmann et par MM. Homolle et Quévenno. Matière neutre farineuse blanche, offrant des indices de cristallisation au microscope, insoluble dans l'éther, soluble dans l'alcool ; insipide ou du moins un peu âcre, abandonnant à l'eau une matière transparente dans laquelle réside surtout cette légère âcreté ; caractérisée par sa forme pulvérulente blanche et la propriété de sa solution alcoolique, d'être précipitée par la potasse caustique.
Beizélius prétend que le digitalin n'est autre cliose que de la silicine.
Digilalide. Aspect d'une gomme blonde en écailles, soluble dans l'eau et l'alcool faible, Irès-peu dans l'alcool à 90 degrés et au-dessus, insoluble dans l'éther; saveur d'abord douceâtre, puis arrière-gotJt âcre : propriétés électro-négatives un peu plus prononcées que les précédentes.
SÉDATIFS ET CONTRO-STIMULANTS
Elle n'est peut-être que la partie du digitalin soluble dnns l'eau, mais colorié par quelque matière étrangère. La digitalide. comme le digitaliii, est précipitée dosa dissolution alcoolique par tapotasse caustique.
Acide digilalique (P. Morin). Blanc cristallisable ;'saveiir acide, odeur suigeneris, pouvant devenir sulTocaiile par l'excès de la chaleur; soluble dans l'alcool et un peu dans l'étlicr; remarquable par la fa-
cilité avec laquelle il se décompose à l'air en se colorant en brim ; la lumière, la chaleur, les alcalis favorisent cette décomposition.
Acide aniirrhimique (P. Morin) s'obtient par la distillation des feuilles de Digitale. Inco'ore, d'apparence huileuse, saveur désagréable, odeur rappelant la Digitale fraîche; pouvant occasionner de la céphalalgie, des étourdissements quand on le respire à plusieurs reprises; volatil.
HISTORIQUE
Il est surprenant qu'une plante dont les propriétés médicinales sont si puissantes et si singulières, n'ait pas figuré plus tôt dans la classe des végétaux qui fournissent à la matière médicale tant et de si héroïques agents, lorsqu'on voit Dioscoride, Aétius, accorder les propriétés les plus merveilleuses à une foule de simples dont la réputation est venue se perdre dans les temps modernes. La première description de la Digitale avait été donnée en 1535 par Léonard Fuchs (de Tubingue), qui lui avait donné le nom qu'elle porte aujourd'hui, mais c'est seulement en 1721 qu'au rapport de Murray, on voit la Digitale admise dans la pharmacopée de Londres, d'oii elle est d'abord bannie pour reparaître en 1788, et prendre place définitivement dans les Traités des drogues. Murray attribue cette fluctuation à l'idée exagérée qu'on se faisait des propriétés vénéneuses de cette plante. C'est à dater des travaux de Withering, médecin anglais, que sa vertu antihydropique ou hydragogue fut incontestablement reconnue, et que son efficacité fut tellement vantée, qu'on crut l'humanité à jamais prémunie contre les hydropisies. Cet espoir devait être bientôt déçu.
C'est à la même époque que Cullen, ami de Withering, signala en même temps que lui une autre propriété de la Digitale pourprée, qui, jointe à celle sur laquelle Withering venait d'appeler l'attention, complète à peu près ce qu'on doit retenir et étutlier de l'action thérapeutique de cette plante : nous voulons parler de l'influence sédative qu'elle exerce sur le grand appareil de la circulation, et principalement sur le cœur, dont elle ralentit singulièrement les mouvements. C'est pour cela qu'elle a mérité d'être appelée Yopium du cœur.
La Digitale a des propriétés générales qui devraient la classer parmi les végétaux narcotico-àcres dont elle produit physiologiquement tous les effets caracléristiqucs. Mais comme parmi ses effets domine surtout la diurè-e qui ne se fait guère remarquer dans l'action immédiate des plantes narcotico-âcres, et la sédation du pouls, qui, bien qu'elle fasse partie de cette action, n'est pourtant pas aussi marquée et aussi spécifique après l'absorption de la belladone, du datura, de la ciguë, de l'aconit, etc., qu'après celle de la Digitale, c'est sous le titre de ces deux propriétés principales, savoir : l'action diurétique et l'action sédative du
cœur, que le végétal dont nous nous occupons a été classé dans la Matière médicale.