MASSAGE
Le Massage, employé comme agent thérapeutique, a été exercé de tout temps. Hippocrate (vol. IV, p. 103, édit. Littré) parle de Massage pour guérir des affections de l'épaule et des tumeurs de l'abdomen (t. V, p. 205). M. Littré ajoute que Praxagone employait la même méthode contre l'iléus, et Cœlius Aurelianus [Ac. morborum,lU, 17) contre l'obstruction intestinale produite par les matières fécales. Mais c'est surtout contre la fatigue musculaire que le Masstige a joui de la plus grande
vogue. Sous le nom à'Apothérapie, il était devenu véritablement un art, et servait à faire disparaître la courbature qui survient lorsqu'on s'est livré à la Gymnastique. Oribase (t. 1, p. 473, édit. Daremberg) l'a décrit dans presque tous ses détails.
On voit, par ces citations, que le Massage en thérapeutique est aussi ancien que la médecine ; mais ce qui distingue les travaux modernes, c'est la tentative d'en apprécier l'effet physiologique.
En 1567, dit M. Estradère (p. 23), Du Ghoul, par ordre de Henri II, donna un résumé très-curieux des usages des bains antiques, grecs et romains. En 1575, A. Paré décrivit de nouveau les différents genres de frictions et leurs effets ; il fut imité par Joubert, en 1582, et par Dionis. Quand on pense à la faveur qu'eut, au seizième siècle, tout ce qui venait des Grecs et des Romains, on ne s'étonnera pas de voir cette époque féconde en descriptions de tout ce qui concernait les usages antiques. Aussi faut-il encore joindre à la liste qui précède , Alpinus [Medicina j^gyptia, 1591), Faber de Saint-Jory {Agonisticon, 1595), Guyon {Miroir de la beauté, 1615), Paullini [Flagellum salutis, 1698), etc.
Au dix-huitième siècle , le Massage entra dans la thérapeutique classique, il devint le traitement régulier des affections chroniques de l'appareil locomoteur et fit partie au premier chef de l'orthopédie. Tissot (1780) donna des détails très-minutieux sur la manière de procéder et fut suivi de près par Meibomius {Utilité de la flagellation dans la médecine et dans les plaisirs du mariage et les (fonctions des lombes et des reins, 1795).
Au dix-neuvième siècle, la question historique du Massage prit une autre voie, et ce furent les usages chinois et égyptiens qui attirèrent l'attention des médecins.
Le père Amiot, le Père Luc et les missionnaires de Pékin traduisirent et publièrent, en 1799, le Cong-Fou et le Tao-Ssé, et montrèrent que le Massage faisait partie de la pratique régulière de la médecine chez les Chinois, dès la plus haute antiquité. Lepage (thèse, 1813), Cossigny et John Kerr, de Canton, affirmèrent de nouveau le même fait. D'aulre part, on fit la même découverte dans l'Ayur-Veda des Indous (Liétard, Médecine chez les Indous, Ihhse de Strasbourg, 1858), et, plus récemment, M, Piorry [Dictionnaire des sciences médicales, art. Massage) a raconté les usages semblables qui sont en vigueur à Taïti.
Nous bornerons là nos citations et nous renverrons le lecteur au traité de Daily [Cinésiologie) et à la thèse de M. Estradère (1863), ouvrages auxquels nous avons emprunté les citations précédentes et dans lesquels on trouvera sur ce sujet des détails historiques très-intéressants.
MODE d'exécution DU MASSAGE.
Le Massr.ge comprend un nombre assez grand d'exercices, mais il est possible de les classer physiologiquenient.
Si l'on veut se borner à exercer sur la peau une action qui excite la circulation et ramène la chaleur, on pourra procéder de différentes manières. On fera des frictions sèches, soit avec la main, soit mieux encore avec une brosse de chiendent, soit avec toute autre brosse un peu rude. Les Anglais ont inventé pour cet usage toute une série de brosses et de 'gants dont il est facile de voir les nombreux échantillons dans la première pharmacie anglaise venue.
On peut encore racler la peau, soit avec une petite raclette de bois, soit, comme le pratiquaient les anciens, avec un strigil, sorte de curette allongée et courbée sur les bords, qui servait plus encore à retirer les onguents ou corps gras dont on avait enduit le patient.
Une autre opération consiste à masser la peau et le tissu cellulaire sous-cutané ; elle est destinée à faire résorber les épanchements de sang ou de sérosité qui s'y trouvent. C'est une des plus heureuses pratiques que nos contemporains aient retrouvées ; voici en quoi elle consiste : On commence par enduire le membre d'huile et l'on fait ensuite des frictions d'abord douces, puis, de plus en plus pesantes. Ces frictions ont pour but de faire cheminer les liquides sous la peau et de les répandre sur une plus grande surface pour en rendre l'absorption plus facile. On a soin de les diriger dans le sens de la circulation veineuse. On parvient ainsi à étaler facilement les liquides extravasés, surtout si l'on observe les deux précautions suivantes :
La première consiste à pousser les liquides le long des gaines tendineuses et des interstices musculaires; et l'autre à débuter par les parties supérieures.
Par ce moyen, on vide plus ou moins complètement les veines et les lymphatiques, et par là on les rend plus aptes à absorber les liquides extravasés.
Un exemple nous fera mieux comprendre. Supposons que nous ayons affaire à une entorse de l'articulation tibio-tarsienne avec distension des hgaments externes, contusion des parties osseuses internes, enfin épanchement sanguin péri-articulaire, œdème remontant jusqu'au quart inférieur de la jambe : on commencera par enduire le pied et la jambe d'huile ou d'axonge, et l'on fera des frictions douces à partir de la partie la plus élevée de l'épanchement, frictions qui seront faites dans le sens de la circulation veineuse, c'est-à-dire de bas en haut, et auront pour but de répandre les liquides épanchés dans le tissu cellulaire sous- cutané, dans les gaines tendineuses et les interstices musculaires de la partie supérieure de la jambe ; puis, quand on aura vu la tuméfaction diminuer, on reprendra les frictions d'un peu plus bas, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on arrive à les faire commencer aux orteils pour aller jusqu'au haut de la jambe, en ayant bien soin de contourner les malléoles. On sera surpris alors de voir avec quelle rapidité la tumeur sanguine s'étalera, et, le lendemain ou le surlendemain, l'étendue de l'ecchymose indiquera que l'on avait bien réellement fait glisser le sang dans toute
l'étendue de la jambe. Cette ecchymose indiquera enfin, par son peu de durée, combien il est facile de faire résorber un épanchement sanguin. C'est, du reste, ce que Velpeau faisait en partie, sous le titre d'Écrasement des tumeurs sanguines.
Quand il s'agit de masser les muscles, on procède tout autrement; c'est ordinairement un véritable pétrissage des muscles qu'on pratique, soit par des malaxations, soit par des percussions, auxquelles les empiriques ont donné des noms de toutes sortes : hachures, claquements, vibrations pointées ou profondes, percussions avec la main, avec des palettes ou des branches de bouleau ramollies par l'eau. On trouvera, du reste, dans l'ouvrage de Daily, dans les thèses de MM. Daily fils et Estradère, tous les détails relatifs au Massage des différentes régions et la description complète du Massage égyptien, arabe, etc.
Quant au Massage des articulations et des ligaments, il est décrit dans tous les ouvrages de chirurgie, depuis qu'il a été si bien utilisé, surtout par Bonnet, de Lyon.