‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 27 sur 335 · ACTION TOXIQUE · texte numérisé non relu

ACTION TOXIQUE

■j" Thébaïne; 2 " Codéine ; 3" Papavérine; A" Narcéine; .5" Morphine; G" Narcotine.

Dès que M. Claude Bernard eut fait connaître ses expériences, la n;ii'céine, qui était restéesans emploi depuis 1832, époque où elle avait été découverte par Pelletier, fut aussitôt mise à l'épreuve par plusieurs médecins. MM. Béhier, Debout, Laborde, Liné et d'autres en firent prendre à leurs malades, et retrouvèrent sur l'homme toutes les propriétés que M, Claude Bernard avait annoncées d'après ses expériences sur les animaux. M. Lecomte, en 1852, avait en outre attiré l'attention sur une propriété nouvelle, c'est que la narcéine diminue notablement l'excrétion urinaire : observation confirmée par ceux qui l'ont administrée après lui.

Ainsi donc la narcéine jouit en réalité d'un pouvoir soporifique supérieur à celui de la morphine, et le sommeil qu'elle procure est léger, laissant le réveil facile, exempt de malaise et de tendance à la syncope.

Comme la morphine, elle produit la soif et des troubles digestifs, mais à un moindre degré; elle pousse à la transpiration un peu moins que la morphine , et cause une diminution de l'excrétion urinaire qui peut aller jusqu'à Fanurie. Une lacune qui reste pourtant dans ces derniôres expériences, consiste à rechercher si la narcéine agit sur la pupille comme la morphine.

ACTION THÉRAPEUTIQUE DE l'OPIUM.

Maladies des centres et des conducteurs nerveux ; insomnie.

Les propriétés hypnotiques de l'Opium l'ont fait conseiller dans l'insomnie ; ce médicament est en effet un des plus sûrs moyens de procurer du sommeil; mais ce sommeil est ordinairement lourd, agité par des rêves pénibles, troublé par des réveils en sursaut ; et d'ailleurs l'usage de l'Opium devient bientôt une cause nouvelle d'insomnie, l'organisme ne pouvant se passer de l'action de celte substance. On se voit alors obligé de recourir à des doses successivement plus considérables; de \h. des troubles graves dans les fonctions de la vie animale et de la vie organique, troubles que font aisément pressentir les effets physiologiques de l'Opium.

Pour l'insomnie qui ne paraît dépendre d'aucune maladie douloureuse ou fébrile, l'Opium nous semble être un médicament dangereux, et nous lui préférons de beaucoup les antispasmodiques et les tempérants. On administrera maintenant de préférence la narcéine.

Douleur. La douleur est ordinairement soulagée par l'Opium, quelle qu'en soit d'ailleurs la cause, non que le mal lui-même soit toujours calmé, mais bien parce que le cerveau devient moins apte à percevoir la sensation douloureuse : et pourtant l'action de l'Opium est mixte : appliqué localement, il engourdit la sensibilité des nerfs de la partie sans influencer le cerveau ; ici l'action est toute locale ; porté dans le torrent de la circulation, il agit d'une part sur le cerveau dont il engourdit la

sensibilité, d'autre part sur les parties douloureuses dans lesquelles il est porté avec le sang.

La douleur et même l'appréhension de la douleur peuvent, chez quelques personnes irritables, donner lieu à des troubles nerveux, et notamment à un tremblement qui a quelque analogie avec celui des ivrognes. Ainsi, des opérations bien simples et bien légères peuvent donner lieu des accidents de ce genre : le cathétérisme est dans ce cas. Dans de telles conjonctures, l'efficacité de l'Opium est incontestable ; on doit prescrire ce médicament quelques heures avant l'opération et à des doses modérées, telles pourtant qu'il y ait un peu de tendance au sommeil. L'Opium qui, dans ces circonstances, prévient si heureusement le simple mouvement nerveux dont nous parlons, ne préviendrait-il pas de même l'accès fébrile qui accompagne si fréquemment la présence un peu prolongée des algalies dans la vessie ?

Délire des blessés. A la suite des blessures graves et profondes, à la suite des grandes opérations de la chirurgie, on voit trop souvent les malades être pris presque immédiatement de tremblement et de délire. Ces accidents terribles cèdent quelquefois encore à l'Opium; mais le médicament doit alors être donné à des doses proportionnées à la gravité de l'accident et à la susceptibilité du patient. Dès le début, il faut administrer 5 à 10 centigrammes d'Opium, ou bien' de 1 à 2 centigrammes de narcéine, et répéter cette dose, en l'augmentant beaucoup, s'il le faut, toutes les demi-heures, jusqu'à ce que le sommeil survienne.

Cancers. Le topique de M. Tanchou contre des tumeurs de la mamelle ulcérées ou non ulcérées est le suivant :

Faire digérer pendant vingt-quatre heures et à une température modérée, 24 ou 25 degrés, une certaine dose d'Opium brut en poudre ou en morceaux dans une quantité suffisante d'eau pour en faire une bouillie épaisse.

Couvrir la surface ulcérée de 2 ou 3 millimètres de cette préparation une ou deux fois le jour, selon l'opiniâtreté de la douleur, et placer pardessus un morceau de papier fin et collé ou de taifetas gommé pour empêcher l'évaporation. On lui préfère aujourd'hui les injections sous-cutanées.

La plupart des névroses ont été traitées par l'Opium : l'hystérie, la chorée, le delirium tremens, le tétanos, l'hydrophobie, l'épilepsie, les convulsions.

Hystérie. Uni aux antispasmodiques, l'Opium est évidemment utile dans l'hystérie : une mixture dans laquelle entrent l'Opium, l'asa fœtida et l'éther, nous a paru convenir à la plupart des phénomènes hystériques. Mais lorsqu'il existe des douleurs aiguës, telles que le clou hystérique, les

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crampes, etc., etc., l'Opium doit être administré en plus grande proportion, et des topiques opiacés rendront dans cette circonstance de grands services. Bichat conseillait, dans l'hystérie, les injections vaginales avec des préparations d'Opium.

Parmi les médecins de notre époque qui ont le plus préconisé l'Opium dans l'hystérie, nous citerons M. Gendrin : il a montré surtout que, pour triompher de cette maladie, lorsqu'elle se produit sous forme d'accès trèsrépétés et très-violents, il importe de l'attaquer avec des doses beaucoup plus élevées qu'on ne le fait généralement. Il est d'observation, en effet, que, dans les affections caractérisées par des convulsions ou par une extrême surexcitation nerveuse, l'organisme manifeste une tolérance des plus remarquables pour les préparations narcotiques, et qu'il réclame en conséquence des doses proportionnées à la nature réfractaire de la névrose et à l'intensité des accidents.

Chorée. La danse de Saint-Guy ne cède pas toujours facilement aux bains froids par effusion ou par immersion, et aux médications diverses qui la modifient ordinairement. Dans les cas les plus rebelles, nous avons d'abord tenté, en désespoir de cause, de hautes doses d'Opium, et nous sommes arrivés quelquefois à des résultats si extraordinaires et si satisfaisants, que nous avons depuis lors traité un grand nombre de chorées par cette méthode. Mais, quand la chorée est très-grave, l'Opium doit se donner à des doses considérables, de 5 centigrammes à 1 gramme par jour; à l'Hôtel-Dieu, nous avons porté chez une femme la dose de sulfate de morphine jusqu'à 73 centigrammes dans les vingt-quatre heures. En un mot, nous faisons donner 2.i milligrammes d'Opium d'heure en heure, jusqu'à ce que les mouvements convulsifs soient notablement calmés et qu'il y ait commencement d'ivresse ; puis, nous entretenons toujours le malade dans le même état de sédation pendant cinq, six et même huit jours. Nous nous arrêtons alors pour donner quelques bains et faire reposer le malade ; puis, nous recommençons quelques jours après. Il est rare qu'au bout de quinze jours la chorée ne soit pas tellement modifiée, que la nature achève elle-même la guérison en peu de temps. Cette puissante médication occupe, en thérapeutique, le même rang que celle où la noix vomique est employée. Toutefois, elle n'a été employée par nous que dans les formes très- graves. (Voy. t. I, article Noix vomique.)

Chorée alcoolique. Dans la chorée alcoolique avec ou sans délire, si improprement nommée delirium tremens, ainsi que dans le délire alcoolique sans tremblement, l'efficacité de l'Opium a été dès longtemps constatée, et nous avouons que c'est par là que nous avons été conduits à administrer l'Opium à hautes doses dans la chorée ordinaire. C'est à Simmons que l'on doit d'avoir osé le premier donner de fortes doses d'Opium dans la chorée alcoolique ; Saunders vint ensuite, qui publia

de nouveaux faits et fit oublier ceux que Simiaoïis avait l'ait connaître; mais c'est surtout Wittcke qui mania le médicament avec une grande énergie, qui fut depuis imitée par Sulton, Delaroche, Guersant, Duméril, Dupuytreu, Rayer, Szerlecki, Forget, Stockes et par nous-mème.

Dans ce cas, on ne craignait pas de porter l'Opium à une dose trèsélevée; 5 à 13 centigrammes et même davantage étaient donnés toutes les heures, jusqu'à ce que le malade tombât dans un profond sommeil.

L'heureuse influence de l'Opium dans le delmum tremens semblait être, depuis longtemps, un fait acquis à la science ; mais, depuis quelques années, il a été fait, à Philadelphie, des expériences très-nombreuses qui sont bien propres à infirmer cette opinion. On a essayé comparativement, dans le delirium tremens, la simple expectation avec des boissons aqueuses froides et l'usage de l'Opium à très-hautes doses. Or, les résultats ont été bien autres que ceux que nous pouvions prévoir. Chez ceux qui étaient traités par l'Opium, la maladie a duré plus longtemps et a été souvent mortelle. Chez ceux, au contraire, auxquels les boissons aqueuses ont été administrées, la guérison a été plus rapide et la maladie s'est terminée beaucoup plus rarement d'une manière fatale.

Ces résultats inattendus ont été obtenus par d'autres observateurs, et aujourd'hui nous avouons que, dans le traitement du delirium tremens, nous inclinons à adopter la méthode expectante.

Tremblement mercuriel. C'est avec la même méthode que nous avons très-rapidement guéri, àl'Hôtel-Dieu de Paris, quelques chorées mercurielles fort graves. Mais nous avons remarqué que, dans ce cas spécial, le délire succédait quelquefois à notre médication, et persistait pendant quelquesjours.

TéJatios. Le tétanos, cette névrose si grave et si ordinairement mortelle, a été toujours combattue avec l'Opium ; mais il faut arriver à une époque assez rapprochée de nous pour voir l'Opium administré dans cette maladie d'une manière vraiment utile : c'est en faisant prendre ce médicament à des doses vraiment effrayantes. Ainsi, Monro a vu donner sans accidents toxiques 7 grammes d'Opium dans un même jour ; Chalmers plus de liO grammes de teinture thébaïque dans le même espace de temps. Murray parle d'un homme guéri après avoir pris plusieurs jours de suite plus de GOO grammes de laudanum, sans que cette incroyable dose produisît immédiatement ni sommeil, ni résolution du spasme. Gloster parle d'un tétanique qui guérit après avoir pris 100 grammes d'Opium; Littleton fit disparaître le tétanos chez deux enfants de dix ans, en donnant à l'un 30 grammes de laudanum liquide en un jour et h. l'autre 50 grammes d'extrait d'Opium en douze heures.

11 est extraordinaire vraiment qu'en présence de faits aussi graves et de témoignages aussi nombreux, les médecins de notre époque aient employé avec une telle timidité un médicament qui n'a d'action, dans

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une maladie presque constammenl mortelle, que lorsqu'il est donné à d'énormes doses.

Toutefois, M. Desormeaux [Bulletin de Thérapeutique, 1862) et M. if^ury, de Neuchatel [Bulletin de Thérapeutique, 1864), ont guéri des cas de tétanos par d'énormes doses d'Opium.

Un médecin de Montréal (Canada) a préconisé, dans ces derniers temps, une méthode de traitement qu'il dit avoir été suivie des plus heureux résultats : c'est la combinaison de l'Opium et des afîusion s froides. Lorsqu'un malade est atteint de tétanos, il le soumet à une affusion froide, prolongée assez longtemps pour qu'il survienne une espéî;e de syncope; alors on enveloppe le patient dans des couvertures de laine bien sèches et bien chaudes, et on lui administre une potion composée de vin chaud et d'Opium à une dose fort élevée. On recommence cette médication dès que l'on voit le spasme se reproduire, et ainsi de suite jusqu'à parfaite guérison.

Mais ce n'est pas seulement sur l'usage intérieur de l'Opium qu'il faut compter pour guérir le tétanos. Plusieurs auteurs ont conseillé d'appliquer ce médicament sur la plaie qui a été le point de départ de la névrose, etc. ; M. Lembert et, à son exemple, d'autres médecins ont heureusement modifié le tétanos, en dénudant le derme au voisinage de la plaie et en le recouvrant d'un sel de morphine en très-grande dose.

Hydrophobie. Lcs succès obtenus dans le tétanos avaient fait penser à quelques médecins que l'hydrophobie elle-même pourrait être guérie par de fortes doses d'Opium. Nugent cite un cas de guérison, et Whylt en rapporte un autre ; mais Franck, qui a expérimenté dans le même cas et par la même méthode, n'a vu aucun bon résultat succéder à l'administration de ce médicament. De nos jours, l'hydrophobie n'a pu être influencée par l'Opium, donné môme à la dose de 4 grammes; peut-clrc ici, comme pour le tétanos, cette dose est-elle insuffisante.

Epilepsie. Quant à l'épilepsie, elle n'est influencée par l'Opium que d'une manière immédiate, lorsque, par exemple, les phénomènes convulsifs se succèdent avec rapidité et menacent prochainement la vie du malade. L'Opium modifie quelquefois la disposition organique actuelle en vertu de laquelle les convulsions reviennent avec une fréquence insolite; mais, cet orage apaisé, il n'empêche pas les attaques de se reproduire ultérieurement. On comprend alors comment, dans l'éclampsie, maladie toute soudaine et qui passe avec autant de rapidité qu'elle a apparu. l'Opium peut rendre des services.

méningite épidémique. Dans cette affection fort grave, qui bien souvent, à une certaine période, s'accompagne de lésions anatomiques profondes, affection à laquelle on a cru devoir donner le nom, fort impropre, selon nous, de méningite cérébro-spinale, M. le docteur Boudin

a essayé l'Opium à des doses successivement croissantes, et il affirme avoir obtenu des guérisons plus rapides et plus complètes que par toute autre médication. L'Opium paraît avoir eu de bons résultats dans l'épidémie de méningite cérébro-spinale qui a ravagé l'Allemagne pendant la guerre de 1866.

!\évraigies. Tant que l'Opium ne fut administré qu'à l'intérieur, on n'obtint pas dans le traitement des maladies névralgiques et rhumatismales, les succès que l'on obtint plus tard en appliquant le médicament sur la peau qui recouvrait le lieu de la douleur, et surtout on n'arriva pas aux résultats immenses auxquels on est parvenu depuis la découverte des sels de morphine, en appliquant le médicament sur le derme dénudé, ou en injections sous-cutanées.

Les auteurs divers qui ont écrit sur les névralgies, et surtout sur la névralgie faciale, ont conseillé l'usage interne et l'application extérieure de l'Opium ; mais, depuis que MM. Lembert et Lesieur eurent découvert la méthode endermique, entrevue seulement avant eux, plusieurs médecins publièrent, dans les divers recueils périodiques, des histoires de névralgies et de rhumatismes guéris par l'application des sels do morphine sur le derme dénudé. Nous-mêmes, dès l'année 1831, nous avons institué à cet effet, à l'Hôtel-Dieu de Paris, de très-nombreuses expériences, et nous allons consigner ici le résultat de nos travaux et de ceux des médecins qui nous ont devancés.

Nous nous servons ordinairement, pour dénuder la peau, de vésicatoires ammoniacaux; cependant, dans quelques circonstimces, et surtout pour la sciatique, nous préférons quelquefois les vésications obtenues au moyen des cantharides. Mais il y a dans l'application de ces vésicatoireset dans leur mode de pansement de très -importantes précautions à prendre que nous avons indiquées ailleurs. (Voy. Ammoniaque, Cantharides, t. I.)

Le premier vésicatoire est appliqué le plus près possible du point d'origine du nerf douloureux ; on place sur le derme dénudé de 1 à 15 centigrammes d'hydrochlorate ou de sulfate de morphine, et la dose est graduée en raison de la susceptibilité du malade.

Nous n'avons que bien rarement vu, dans une névralgie superficielle, la dv^uleur n'être pas calmée après un quart d'heure. Cette action, stupéfiante et sédative, ne dure guère moins de douze heures et plus do vingt-quatre. Que si l'on veut éviter le retour de la douleur, il est important d'appliquer de nouveau la morphine avant que son action locab; et générale soit entièrement épuisée ; nous avons donc fait un précepte capital de panser le vésicatoire au moins deux fois par jour. Mais il n'est pas moins important de continuer l'application de la morphine encore quelques jours après que la maladie semble guérie. C'est surtout dans la sciatique qu'il faut insister sur cette médication.

Souvent, quand la névralgie occupe les rameaux qui se distribuent aux

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dents, et lors même qu'elle atteint les nerfs de la tempe et du cou, on peut, pour faire absorber l'Opium, se servir du moyen que nous avons indiqué depuis bien des années à l'article Belladone. On fait frictionner les gencives et la face interne des joues du côté malade avec de l'extrait d'Opium ramolli avec de l'eau, ou avec une solution assez concentrée de sulfate de morphine. L'absorption se fait ainsi avec énergie, et quoique le malade ait soin de ne pas avaler le liquide, il n'en éprouve pas moins unpeu de narcotisme, etil obtient des effets thérapeutiques très-puissants.

11 est encore un petit procédé fort commode et que nous recommandons à l'attention des praticiens; il consiste dans l'emploi d'un papier médicamenteux que l'on applique sur la partie douloureuse, préalablement dénudée. Yoici le mode de préparation. On choisit du papier co/A/ assez épais, d'une grandeur déterminée, par exemple de 10 centimètres carrés. Ce papier peut donc être divisé en dix parties d'un centimètre carré. On fait, dans de l'eau ou dans de l'alcool, une solution d'un sel de morphine ou d'atropine. En mouillant et séchant alternativement le papier, on arrive à lui faire contenir la totalité du sel dissous.

Si donc notre solution contenait 10 centigrammes de morphine, chaque centimètre contiendra i centigramme de sel ; ou bien si nous avions une solution de 5 centigrammes de sulfate neutre d'atropine, chaque centimètre carré représentera un demi-milligramme de sel narcotique. Par ce procédé, on voit combien il est facile de n'appliquer sur le derme dénudé que des doses parfciitement déterminées.

Les applications extérieures de morphine suffisent sans doute, dans un grand nombre de circonstances, pour guérir les névralgies; mais il n'en faudra pas moins donner concurremment, dans un grand nombre de circonstances, soit du quinquina, soit des solanées vireuses ([ui secondent merveilleusement l'action de l'Opium. Aussi sommes-nous dans l'habitude, à la fin du traitement, de prescrire les pilules suivantes, que nous avons nommées, à cause de cela, o,ntinéuralgiçues.

Extrait de stranioine 50 centlgranmio

Extrait aqueux d'Opium 30 —

Oxyde de zinc 8 grammes.

Pour 40 pilules.

Ces pilules sont administrées depuis 1 jusqu'à 8 dans les vingt-quatre heures. 11 faut avoir soin d'en porter la dose jusqu'au point où le malade commencera à éprouver un trouble notable de la vue, et continuer ainsi au moins quinze jours après la cessation totale des douleurs.

C'est dans les névralgies que les injections sous-cutanées ont été administrées avec le plus de succès, aussi ont-elles remplacé en grande partie les applications endermiques, en raison delà promptitude beaucoup plus grande de leurs effets.

Névralgie épiieptiforme. Tic douioiirenx.Cette affection siége ordinairement à la face, et exceptionnellement dans lesautres organes; nous

as MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS.

ne l'avons observée que deux l'ois dans une autre région, c'csl-à-dire dans l'intestin. C'est une terrible maladie dont nous n'avons pas vu guérir un seul cas. Cependant, chez quelques malades, les douleurs cèdent peu à peu et finissent par disparaître pendant deux, trois, quatre mois ; puis, lorsque les pauvres patients se croient guéris, la maladie revient avec une fureur nouvelle, pendant deux, trois et jusqu'à six mois, un an.

On a épuisé contre cette affection la plupart des ressources médicales et chirurgicales. La section des nerfs soulage pendant quelque temps, mais la douleur revient bientôt. Nous avons vu des malades couverts de balafres consécutives aux sections ou excisions des branches du trijumeau et souffrant comme aux premiers jours. — De tous les agents thérapeutiques que nous avons employés, et nous en avons employé un bien grand nombre avec une extrême persévérance, l'Opium est celui qui nous a donné le moins de mécomptes.

Dans le traitement de la névralgie épileptique, l'Opium doit être administré à haute dose, et ces doses n'ont rien de nettement déterminé ; elles doivent être telles que les douleurs soient calmées, et elles peuvent être augmentées tant qu'elles n'amènent pas d'accidents.

Chez un malade de l'Iîôtel-Dieu, nous avons commencé presque d'emblée par cinquante centigrammes d'extrait gommeux d'Opium, que nous avons porté progressivement et rapidement jusqu'à quinze grammes qui étaient pris dans les vingt-quatre heures. Peu de jours suffirent pour le soulager. Quatre ou cinq mois après, il se trouvait si notablement mieux qu'il demanda sa sortie.

Chez une vieille dame d'Anvers, atteinte d'une névralgie épileptiforme depuis plus de dix ans, nous avons commencé par quinze centigrammes de morphine à l'intérieur, et nous arrivâmes en moins de quinze jours à administrer jusqu'à quatre grammes de sulfate de morphine en vingtquatre heures. Cette dame, n'ayant qu'une fortune bornée, dut arriver à acheter l'opium au kilogramme ; elle en faisait elle-même des bols d'un gramme, et elle enj prenait, suivant la nécessité, cinq, dix, vingt par jour.

11 est assez remarquable que ces doses énormes d'opium ne troublaient pas notablement la digestion ; il n'y avait pas de somnolence, et, pendant la nuit, le sommeil venait comme à l'ordinaire. Pendant plus de six ans, nous avons pu voir cette dame de temps en temps et nous avons constaté les effets thérapeutiques suivants : elle restait quelquefois un, deux, trois mois sans attaques; elle suspendait alors l'Opium, après en avoir graduellement diminué la quantité à mesure que les douleurs diminuaient elles-mêmes et s'éloignaient ; puis la névralgie épileptiforme revenait tout à coup avec une violence nouvelle ; alors d'emblée elle prenait, dès le premier jour, jusqu'à 15 et même 20 grammes d'Opium brut, et se maintenait à cette dose jusqu'à ce que les accidents se fussent calmés ; dès que les accès s'étaient éloignés et atténués, elle diminuait

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encore la quantité de l'Opium, parce qu'elle ne pouvait plus le supporter à cette dose sans éprouver des nausées et beaucoup de malaise. Peu de jours suffisaient pour amener la malade à un état fort supportable, nous dirions presque à une guérison, si de petites douleurs n'étaient venues de temps en temps l'avertir qu'elle n'était pas guérie. On continnait l'opium, et enfin elle arrivait cà ne plus souffrir du tout pendant un temps plus ou moins long. {Clinique de f Hôtel-Dieu, 3° éd., p. 100 et suiv.)

Rhumatisme. Le rhumatisme local apyrétique, quelque douloureux qu'il soit, se guérit avec une grande facilité par l'application de la morphine sur le derme dénudé. Deux ou trois pansements suffisent ordinairement. L'Opium, à l'intérieur et à dose élevée, produit souvent le môme résultat, mais avec moins de certitude. Dans le rhumatisme articulaire général qui ne s'accompagne ni de tuméfaction des jointures ni de fièvre, l'emploi intérieur de l'Opium à hautes doses nous a semblé préférable, et il est rare que cette forme de rhumatisme ne soit pas amendée après quelques jours de traitement.

Quant au rhumatisme articulaire aigu, nous l'avons vu céder quelquefois avec une grande facilité aux applications locales de sels de morphine; mais ici il faut faire deux fois par jour des pansements avec le plus grand soin ; multiplier les vésicatoires ammoniacaux en raison de la multiplicité des articulations envahies, et seconder l'emploi de ce moyen par celui des purgatifs administrés et dans le cours de la maladie et après que les accidents sont entièrement dissipés. Nous renvoyons d'ailleurs, pour l'exposé complet de cette méthode, au mémoire que nous avons publié en 1832, dans le?, Archives générales de médecine , concert avec M. le docteur Bonnet (de Lyon), si prématurément enlevé à la science.

Le docteur Corrigan préfère l'usage interne et à hautes doses de l'Opium, dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu. Il ne donne guère moins de 50 à 60 centigrammes d'Opium par jour. En même temps il fait, sur les articulations douloureuses, des embrocations avec l'essence de térébenthine chaude, l'eau-de-vie camphrée ou une simple décoction de têtes de pavot. Il associe à l'Opium le sulfate de quinine quand la fièvre tombe presque tout d'un coup et que les douleurs prennent un caractère erratique. [Gazette méd., t. VIII, mars 1840.)

Dans les rhumatismes chroniques, nous nous sommes particulièrement bien trouvé du cataplasme de Willis, qui se prépare de la manière suivante :

On prend, suivant le volume de l'articulation malade, 1 kilo et demi ou 2 kilogrammes de pain; on le coupe en morceaux (croûte et mie) et on le fait tremper dans l'eau durant un quart d'heure ; puis, on l'exprime fortement au moyen d'un linge qu'on tord sur lui-même, et le pain ainsi préparé est placé au bain-marie , oii il doit rester trois

loQ MEDICAMENTS STUPEFIANTS

heures. On obtient ainsi une pâte assez desséchée, qu'on ramollit peu à peu pur l'addition d'un tiers de litre environ d'alcool camphré. Ce gâteau est pétri pendant dix minutes; il doit avoir la consistance assez ferme du plumpudding. Ce degré de consistance est essentiel à obtenir : trop mou, le cataplasme fuserait sous la compression exercée au niveau de l'article ; trop dur, il se dessécherait et pourrait excorier la peau.

Quand il est ainsi préparé, on l'étalé sur une compresse de toile, en lui donnant la forme d'un rectangle allongé, plus épais au centre que sur les bords, et de dimension telle qu'il puisse envelopper complètement l'ai'ticulation. Puis on étend à sa surface une mixture liquide composée comme suit :

Camphre

Extrait de bellailoui Exlrait d'Opiiini . .

Le cataplasme est terminé. L'application est des plus simples. On le met à nu sur l'articulation malade, et l'on entoure le tout de taffetas gommé, destiné à s'opposer à l'évaporation. On fixe l'appareil en exerçant une compression assez énergique, au moyen d'une bande de flanelle longue de 10 mètres; on termine par une seconde bande de toile de la même longueur que la précédente. Le membre malade doit rester au repos, et le cataplasme n'est levé que du neuvième au douzième jour. On est surpris, à ce moment, de le trouver aussi frais, aussi humectéque si on venait de l'appliquer.

Maladies des appareils des sens. Le laudanum entre dans presque tous les collyres que l'on emploie pour les maladies aiguës des yeux. II faut pourtant se garder d'administrer de l'Opium, soit localement, soit il l'intérieur, quand il existe une inflammation de l'iris, et préférer les solanées vireuses aux papavéracées. Nous avons vu plus haut, en effet, que l'Opium augmentait toujours la tension contractile de l'iris, et nous verrons que les solanées relâchent ce plan musculeux... Toutefois, quand l'iritis ne menace pas de compliquer la maladie, les lotions faites avec du laudanum et à l'aide d'un pinceau sur les ulcértitions et sur les taies de la cornée auront le double avantage de favoriser la cicatrisation de l'ulcère, et, plus tard, l'absorption de la lymphe plastique q li, interposée entre les lames de la cornée, a constitué la taie.

Fièvres éruptives. L'Opium a été regardé comme un des plus utiles moyens que l'on puisse employer dans les maladies éruptives de la peau. Sydenham regardait l'Opium comme un spécifique presque aussi certain dans les varioles confluentes que le quinquina dans les fièvres intermitlentes. Morton, Boerhaavc, Van Swieten ne s'en louaient guère moins; de llaen l'administrait dans toutes les formes de la variole ; maisc'étfiit

7 grammes.

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surtout dans les éruptions languissantes et anomales que Sydenham le conseillait à ses malades.

La même médication peut s'appliquer encore à la rougeole, surtout quand, dans la période d'invasion, cette pyrexie cxanlhéinatique s'accompagne d'une toux violente et d'une forte diarrhée. Mais, au moment même où éclate l'éruption, la diarrhée s'observe presque toujours, dure un jour ou deux, et n'a rien que de favorable. L'Opium ne doit alors intervenir que si le flux intestinal était par trop copieux, et ç'il persistait au delà de trente-six ou quarante-huit heures.

Mais il n'en est pas de même de la scarlatine, maladie dans laquelle l'éruption a presque toujours besoin d'être modérée plutôt 'que favorisée, et dans laquelle les symptômes nerveux les plus redoutables éclatent dès le début. L'Opium ici serait funeste.

maladies de l'appareil de la respiration. L'Opium a été conseillé dans les maladies aiguës de la poitrine, et la méthode de Sarcone avait acquis, dans le siècle dernier, une grande célébrité. Cette méthode est la suivante : Saigner largement et deux fois au moins dans l'espace de trois heures; immédiatement après, un tiers de grain d'Opium de deux en deux ou de trois en trois heures. Ordinairement la fièvre tombe avant que l'on soit à la quatrième dose. Que si la fièvre et le point de côté restent aussi violents, on revient à la saignée, à l'application des sangsues et des ventouses sur le côté et ensuite à l'Opium. C'est de cette manière que Sarcone prétend juguler la maladie. Huxham et de Haen adoptaient une méthode analogue, ils saignaient vigoureusement au début, mais ils ne donnaient l'Opium que lorsque la fièvre était tempérée.

Il est impossible d'utihser aujourd'hui les faits de ces auteurs, d'une part, parce qu'ils ont fort mal décrit la maladie; d'une autre part, parce qu'ils confondaient, sous le titre générique de pleurésie, et l'inflammation de la plèvre, et celle du parenchyme pulmonaire. Or, la distinction est d'autant plus importante à faire dans la pratique, que la pleurésie aiguë simple est le plus souvent exempte de danger.

Dans la pleurésie aiguë, nous avons souvent combattu le point de côté par des applications locales de morphine sur le derme dénudé, et, dans un grand nombx'e de cas, cette médication si simple a suffi pour faire disparaître et la douleur et la fièvre. Quant à l'épanchement, il se résorbait tantôt rapidement, tantôt avec lenteur, sans qu'il fût possible de déterminer l'influence que l'Opium avait pu avoir sur la résorption.

Laennec avait l'habitude d'associer l'Opium à l'émétique dans le traitement de la pneumonie aiguë. Que cette association soit conseillée pour faire tolérer le tartre stibié, nous le concevons jusqu'à un certain point; mais une fois la tolérance établie, il faut se hâter de cesser l'Opium, qui, donné à petites d,oses, excite la circulation, et contre- balance l'action dépressive de l'émétique.

Toutefois il importe de ne pas oublier que, lorsqu'on a affaire à la pneu-

monie de forme ataxique, l'Opium, administré à assez haute dose, peut conjm^er les accidents les plus graves; et dans ces cas tout spéciaux, sou action se rapproche de celle du musc, dont l'utilité est si incontestable.

Dans le catarrhe aigu, dans les toux opiniâtres qui tiennent, soit à l'inflammation de la membrane muqueuse du larynx, soit à ces chatouillements incommodes que les malades éprouvent fréquemment au larynx, les préparations d'Opium sont un des moyens les plus utiles. Dans ce cas, on peut les employer à l'intérieur, ou bien faire des lotions sur toute la poitrine avec du laudanum.

C'est môme de cette manière seulement que l'Opium rend de si grands services dans la phthisie pulmonaire. Il soulage souvent d'une manière notable un mal que l'art ne peut guérir, et ici, comme dans les cancers, il rend un peu moins pénibles les derniers moments des malades.

A cette occasion, nous devons mentionner un accident grave, souvent lié àla tuberculisation pulmonaire, auquel l'Opium à haute dose peut être opposé avec succès : nous voulons parler de l'hémoptysie. Deux tuberculeux, en proie à cette hémorrhagie, étaient en traitement dans le service de M. Béhier, à l'hôpital Beaujon ; on avait employé sans résultat la ratania, puis le perchlorure de fer à l'intérieur, lorsque M. Béhier eut l'idée de recourir à l'Opium, en commençant par 25 et même 40 et 50 centigrammes dans les vingt-quatre heures. Sous l'influence de ce moyen, l'hémoptysie s'arrêta promptement, et, de plus, il survint dans la maladie une amélioration générale très-marquée.

M. Béhier a d'ailleurs signalé à l'attention ce double effet de l'Opium : c'est que, dans ces deux cas particuliers, ce médicament ne produisit ni narcotisme ni contraction de la pupille, quoique la dose eût été portée d'emblée jusqu'à SO centigrammes dans les vingt-quatre heures.

Whytt a préconisé l'Opium dans les accès d'asthme nerveux. Ce moyen réussit, en effet, assez souvent, soit uni aux solanées vireuses, soit associé aux antispasmodiques.

Coqueluche. Lorsqu'on administre la belladone aux enfants atteints de coqueluche, les quintes s'éloignent sous l'influence de cette médication. Or, grâce à ces intervalles de repos, on est plus à même de faire prendre aux malades une alimentation réparatrice; déplus, laielladone, alors même qu'elle n'éloigne pas les quintes, empêche le vomissemeut, en diminuant leur intensité. Dans quelques circonstances exceptionnelles, malgré l'emploi de ce médicament, la tolérance pour les ahments ne s'établit pas. Alors, on a recours aux préparations opiacées, que l'on associe à très-petites doses aux préparations atropiques, de deux manières, soit en prescrivant le sirop suivant : Extrait de belladone, 20 centigrammes; faii.cs dissoudre dans sirop d'Opium et de fleurs d'oranger, de chaque 30 grammes; en prendre dans les vingt-quatre heures, depuis une jusqu'à huit cuillerées à café.

OPIUM

Si, au contraire, nous administrons la belladone seule, dès que l'enfant vient de vomir, et immédiatement avant de le faire manger, nous lui donnons une goutte ou même une demi-goutte de laudanum de Sydenham.

Maladies de l'appareil de la circulation. La péricardite aiguë rhumatismale est avantageusement traitée par l'application locale des sols de morphine sur le derme dénudé. Nous avons plusieurs fois suivi cette méthode, qui nous a paru avoir une action favorable sur la douleur et sur la congestion inflammatoire.

maladies de l'appareil digestif. L'Opium est uu (Jes meilleurs moyens à opposer au symptôme vomissement. Mais il faut se souvenir que l'Opium, dès qu'il détermine quelques accidents nerveux, est luimême une cause très-puissante de vomissement, ainsi que nous l'avons établi au commencement de cet article, et, chez certaines personnes, il ne faut qu'une dose bien minime pour y donner lieu.

Dans quelques gastralgies violentes et rebelles, on se trouve bien généralement de l'emploi d'une très-petite dose d'Opium (1, 2, au plus 3 gouttes de laudanum de Sydenham), donnée un quart d'heure avant le repas. Cela suffit pour faire cesser les douleurs et rendre faciles les digestions devenues presque impossibles.

Il est une forme de dyspepsie qui s'accompagne de boulimie, ou, pour parler plus exactement, d'un sentiment de vide dans l'estomac éprouvé par les malades peu de temps après leur repas. Dans cette forme, les (roubles de la digestion sont, en outre, caractérisés par la diarrhée survenant presque immédiatement après l'ingestion des aliments. Ceux qui en sont affectés disent qu'ils digèrent extrêmement vite, que leur nourriture ne leur pèse pas, que leur estomac t t excellent et que leurs entrailles sont dérangées. L'Opium est ici particulièrement utile, et rend à lui seul beaucoup plus de services que tous les autres agents de la matière médicale ; mais, pour en tirer tout le bénéfice qu'on doit en attendre, il faut le donner avec la plus grande circonspection. Le laudanum de Sydenham est dans ce cas la préparation la plus commode, car elle est la plus facile à doser. On le prescrit par gouttes, en commençant par une seule, se réservant, s'il est besoin, d'en augmenter progressivement le nombre. Le malade doit le prendre, non après le repas, mais avant de manger ; cette précaution est indispensable pour que la médication ait l'efficacité qu'on en attend. Cette petite quantité d'Opium ingérée dans l'estomac avant que le travail de la digestion ait commencé, suffit pour endormir dans une juste mesure, pour régulariser l'excitabMlité musculaire, dont l'exagération était cause des accidents qu'on M'iii arrêter. De hautes doses, au contraire, enrayant du même coup les mouvements musculaires et le travail de sécrétion des sucs gastriques, augmentent, au lieu de les calmer, les troubles de la digestion.

Chez un assez grand nombre de dyspeptiques, l'Opium est le moyen le

m rùÈDICAMENTS STUPÉFIANTS.

plus efficace pour stimuler l'appétit et régulariser le travail de la digestion ; dans Lien des cas, la codéine a paru mériter la préférence sur les autres préparations opiacées.

Dans les névralgies intermittentes de l'estomac, que nous croyons trèsdifférentes de ce que l'on comprend ordinairement sous la dénomination de gastralgies, l'administration de l'Opium en potion, ou l'application des sels de morphine sur le derme dénudé à l'épigastre, calme très-efficacement la douleur et en prévient souvent le retour. 11 en est de même des coliques rhumatismales, si toutefois on doit donner ce nom aux douleurs ahdominales vives et soudaines qui succèdent quelquefois à la disparition d'un rhumatisme fixé auparavant sur une autre partie. L'Opium est encore le meilleur moyen de calmer la douleur colique, abstraction faite de sa cause.

C'est sans doute ce fait thérapeutique qui avait engagé les praticiens tà traiter la colique de plomb par l'Opium à hautes doses. La méthode d'Huxham, de De Haen, de Stoll, consistait à appliquer sur le ventre des fomentations fortement opiacées et à donner à l'intérieur de l'Opium à hante dose jusqu'à ce que les douleurs fussent passées. On administrait ensuite quelques laxatifs. Stoll, d'ailleurs, le plus chaud partisan de cette médication, affirme que souvent il n'était pas nécessaire de donner des laxatifs, l'Opium seul suffisant pour résoudre le spasme et pour rétablir les garde-robes.

L'Opium à hautes doses a été conseillé dans ces derniers temps dans le traitement de la péritonite aiguë. Ainsi le docteur Graves, de Dublin, a obtenu les plus heureux elîets de l'emploi des opiacés dans deux cas de péritonite excessivement intense développée à la suite de la paracentèse {Gdz. méd., i 4 mars 1833). Dans un autre cas de péritonite due à la rupture d'un abcès du foie dans le ventre, le même auteur, grâce à de trèsfortes doses d'Opium et à l'application de vésicatoires pansés avec la morphine, vit les symptômes de la phlegmasie disparaître complètement en peu de jours, sans aucune émission sanguine. Enfin, il eut encore un succès plus marqué dans un cas de péritonite qui avait été provoqué par l'emploi d'un purgatif drastique {Ibid , 1835, n" H). Quant aux péritonites qui sont dues à la perforation de l'intestin, il nous semble bien difficile de croire aux guérisons que les docteurs Pétrequin, deLyon {Ibid., t. V, p. 187), etStokes, de Dublin {Ibid., 14 mars 1835), ont cru obtenir dans plusieurs cas aussi graves ; il est probable que ces praticiens avaient fait quelque erreur de difignostic et qu'il s'agissait ici de ces pseudoperforations dont M. Thirial et quelques autres médecins ont cité depuis quelques années un certain nombre d'exemples.

Dans la hernie étranglée, l'Opium a été donné avec moins d'avantages, il est vrai, que les solanées vireuses. Guérin, de Bordeaux, conseille dans ce cas des lavements opiacés et l'introduction dans le canal de l'urètre d'une sonde enduite de parties égales d'extrait aqueux thébaïque et d'extrait de belladone.

OPIUM. ■ im

En parlant, au commencement de cet article, de l'influence que l'Opium exerçait sur les divers appareils, nous avons vu qu'employé extérieurement il amenait toujours la constipation; qu'à l'intérieur, et surtout lorsqu'il était donné h des doses élevées, il conslipait au début; mais qu'après quelques jours il provoquait souvent la diarrhée chez ceux qui n'en avaient pas auparavant.

Cette propriété de l'Opium a été utilisée dans le traitement de la diarrhée aiguë et chronique. Dans la diarrhée aiguë, les lavements, les potions et les fomentations qui contiennent de l'Opium suffisent ordinairement pour amener à fin la maladie ; mais, dans la diarrhée chronique, l'Opium ne calme que temporairement, et il faut promptement recourir à d'autres moyens pour revenir de temps en temps à l'Opium ; et, dans ce cas spécial, l'administration extérieure du médicament sera plus utile que l'usage intérieur de l'extrait d'Opium.

L'Opium a encore un effet sur lequel nous devons insister. Certaines diarrhées, surtout chez les enfants, reconnaissent pour cause le passage trop brusque de la matière alimentaire d'une portion de l'intestin dans une autre. On comprend aisément que si, en vertu d'une excitabilité particulière de la tunique nmscr.leuse, ou par toute autre cause, la pâte chymeuse qui doit se parfiiire dans l'estomac arrive dans le duodénum avant d'avoir subi l'élaboration physiologique complète ; si la masse alimentaire qui, pendant son séjour dans le duodénum, doit recevoir du foie et du pancréas un complément nécessaire, est transmise daos l'intestin grêle avec les qualités qu'elle doit avoir seulement dans l'estomac et le duodénum; si les matières descendent dans le gros intestin avant d'avoir acquis ou perdu certaines conditions déterminées, les portions diverses de l'intestin qui sont en rapport physiologique avec telle nature d'aliments et non avec telle autre, s'irritent à ce contact insolite, et une sorte de lientérie en sera la conséquence. Qui ne voit ce que peut l'Opium pris en petites doses, au moment môme du repas, pour modérer l'irritabihté musculaire du canal alim.entaire, retarder la marche trop rapide des aliments, qu'il mettra en contact avec la portion du tube digestif avec laquelle ils doivent se trouver naturellement en rapport? C'est la même indication que celle qui se présente dans la dyspepsie boulimique, dont il a été question plus haut.

De l'efficacité de l'action de l'Opium dans les coliques et dans la diarrhée, on avait conclu, à priori^ à son utilité dans le traitement de la dysentérie aiguë. Sydenham contribua le plus à accréditer la médication par l'Opium; après lui, Sennert, Brunner, Wepffer et Ramazzini vinrent ajouter leur autorité à celle de l'illustre praticien de Londres; mais, au contraire, Degner, Pringle, Young, Zimmermann déclarèrent que l'Opium était pernicieux dans cette maladie. Les uns et les autres soutinrent leur opinion par des théories plus ou moins ingénieuses et par des faits; mais quand on lit l'histoire des épidémies de dysentérie observées nar Stoll, on ne tarde pas à se convaincre que les dissentiments qui se

irj6 * MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS.

sont élevés entre des praticiens également recommaiidablos par leur savoir et leur probité médicale, tenaient à ce qu'ils avaient eu sous les yeux des épidémies dont le génie était différent.

Maladies de l'appareil génito-urinaire. Bien que la colique néphré tique soit causée, dans la pluralité des cas, par la présence d'un calcul dans les calices, dans le bassinet ou dans l'uretère, l'Opium peut néanmoins être employé avec avantage, d'abord contre la douleur, et ensuite contre le spasme des conduits qui retiennent le calcul ; ce n'est pas non plus sans grands avantages que les lavements opiacés sont donnés à ceux qui ont des pierres dans la vessie, ou qui souffrent d'un catarrhe aigu ou d'un rhumatisme du réservoir de l'urine.

Ce que nous venons de dire de l'utilité de l'Opium dans les coliques néphrétiques peut s'appliquer également aux coliques dites hépatiques, soit que ces coliques soient le résultat d'une névralgie pure et simple des plexus hépatiques, soit qu'elles soient symptomatiques de la présence dans les voies biliaires de quelque calcul cheminant vers l'intestin.

Dans les chaudes-pisses cordées, dans les blennorrhagies aiguës de la femme, des injections émollientes, auxquelles on ajoute de l'extrait gommeux d'Opium ou du laudanum de Rousseau, calment les douleurs trop vives, et hâtent la terminaison de la période inflammatoire. Il en est de même des inflammations de l'urèthre ou du vagin qui n'ont aucun caractère syphilitique.

Dans les douleurs utérines, qu'elles soient un symptôme précurseur de l'avortement ou qu'elles tiennent à une phlegmasie aiguë ou chronique de la matrice, à un déplacement ou à une névralgie de cet organe, les injections fortement opiacées et les lavements de même nature suffisent souvent pour amener un notable amendement. Le professeur Paul Dubois emploie ce médicament avec beaucoup d'avantage pour prévenir ou arrêter les'fausses couches, ou pour modifier et ramener à un type normal les contractions pathologiques de l'utérus pendant le travail de l'accouchement. Il a surtout recours, dans ce cas, aux lavements fortement laudanisés, qu'il renouvelle souvent et jusqu'à ce qu'il ait obtenu l'effet désiré. [Institut médical, 31 juillet 1839.)

La même médication est encore très-utile dans des aménorrhées qui ne sont pas liées à un état de chlorose, et l'influence qu'exerce l'Opium sur les fonctions utérines, influence que nous avons déjà fait connaître au commencement de cet article, avait dû nous conduire à administrer ce médicament toutes les fois que la suppression des règles s'accompagnait d'un état congestif vers la matrice.

Les vertus antisyphililiques de l'Opium ont été, vers la fin du siècle dernier, préconisées avec un enthousiasme presque aussi ridicule que, de nos jours, l'heureuse influence du traitement antiphlogistique exclusif dans la vérole. Un fait de guérison extraordinaire par l'Opium, fait peutêtre apocryphe, engagea Nooth et Michaelis à faire en Angleterre des re-

OPIUM. Vôl

cherches à ce sujet. Les premiers essais furent heureux, et la disparition des accidents primitifs fit attribuer immédiatement à l'Opium une vertu spécifique qu'il était loin de posséder. Cependant l'illustre Gullen fut lui-même un instant ébloui par ces succès; mais l'expérience vint ensuite, et démontra que l'Opium pouvait, il est vrai, modifier les accidents primitifs, que son association avec les mercuriaux était utile , mais que ce n'était qu'avec le mercure seul que l'on pouvait compter sur une guérison solide.

Maladies diverses. L'Opium a été conseillé pur Cullen, par Gland, par Hufeland, dans les maladies typhoïdes, et formellement repoussé par Bretonneau, par M. Ghomel et par un grand nombre d'autres praticiens distingués. De notre côté, nous l'avons quelquefois administré dans la dothinentérie, et toujours nous nous en sommes mal trouvés; toutefois, dans les cas de perforation intestinale dothinentérique, il peut être utile en calmant les douleurs de la péritonite et en modérant les contractions intestinales ; de plus, pendant la convalescence de ces maladies, alors que les symptômes nerveux ont cédé et qu'il ne' reste plus qu'une diarrhée rebelle, l'association de l'Opium au sous-nitrate de bismuth ou au quinquina peut amener une convalescence plus rapide et plus franche.

Dans la peste, l'Opium et les opiats divers, tels que la thériaque, le mithridate, le philonium, le diascordium, ont été conseillés à la fois comme moyens préservatifs et curatifs. C'est à l'expérience de prononcer sur ce point, encore fort obscur.

Quant à l'usage de l'Opium dans la fièvre intermittente, il a été reconnii utile par un si grand nombre de bons observateurs, que l'on ne peut ne point en faire mention, bien que toujours sans doute l'emploi du quinquina doive lui être préféré. Avant la découverte du quinquina, l'Opium était regardé comme un des meilleurs fébrifuges ; Paracelse, Horstius, Ettmuller, Wedelius, le donnaient un peu avant le paroxysme de la fièvre intermittente. Berryat, qui, au siècle dernier, a ressuscité cette méthode, donnait, une heure à peu près avant l'accès, 6 à 8 gouttes de laudanum de Sydenham aux enfants de trois à cinq ans, -10 à 12 gouttes à ceux de dix à douze ans, et 10 à 30 gouttes aux adultes. Lind, Houlston et Odier, de Genève, veulent au contraire que ce médicament ne soit administré qu'une demi-heure après le début de la période de chaleur.

Mais Gausland s'est fortement élevé contre cette méthode, et, tout en admettant que l'Opium rend évidemment le paroxysme moins long et moins douloureux, il affirme que la fièvre devient beaucoup plus rebelle.

Plus haut, quand nous avons parlé des modifications importantes que l'Opium exerce sur les appareils des sécrétions, le lecteur a pu penser qu'il devait ressortir de ces phénomènes quelques inductions thérapeutiques. Nous avons, en effet, essayé d'utiliser cette influence de l'Opium

m MÉDICAIMENTS STUPÉFIANTS.

soit pour augmenter les sécrétions cutanées, soit pour en supprimer d'autres.

Deux fois, dans un cas d'hydropisie symptomatique d'une lésion du foie, nous avons essaye d'exciter une forte diaphorèse, et de diminuer en même temps l'exhalation séreuse du tissu cellulaire et des cavités splanchniques. Nous sommes arrivés à ce double but; mais l'épanchement abdoniiual n'a diminué que pendant quelques jours, et l'abondance extrême de la transpiration ne nous a pas semblé compenser utilement Ja suppression presque totale des urines, causée parles hautes doses d'Opium que nous avions administrées.

Les sécrétions muqueuses, quelles qu'elles soient, se suppriment au contraire presque complètement sousTinlluence de fortes doses d'Opium. Ainsi, les phlegmorrhagies pulmonaires, les catarrhes chroniques de la vessie sont rapidement modifiés, et en continuant la médication pendant plusieurs jours, la membrane muqueuse perd peu à peu l'habitude de fluxion qu'elle avait prise.

Dans un cas de diabète sucré, le professeur Forget, de Strasbourg, a donné journellement 2 grammes d'Opium sans aucun inconvénient. Ce médicament est le seul qui ait diminué la quantité d'urines.

On pourrait aujourd'hui essayer la narcéine dans le même but.

C'est probablement d'après le môme mode d'action que ce médicament est vraiment utile dans les hémorrhagies. Whytt le préconise spécialement dans les métrorrhagies qui suivent l'avortement ou l'enfantement, et, dans ce cas, on l'associe cà l'acide sullurique. Nous avouons que nous nous expliquons mal cette influence, lorsque surtout nous avons constaté par l'expérience qu'il provoquait le flux menstruel. Toujours est-il que, dans plusieurs cas d'hémoptysie, nous avons administré l'Opium avec avantage, et plus haut nous avons vu que M. Béhier venait de confirmer ces excellents résultats dans des hémoptysies liées à la phthisie pulmonaire.

Dans le ptyalisme mercuriel, Hunter conseillait des collutoires fortement opiacés. Il nous semble que, dans ce cas, il serait bon de donner eu même temps de l'Opium à l'intérieur.

Déjà plusieurs fois, dans le cours de cet article, nous avons vu que l'Opium s'associait utilement à quelques substances médicamenteuses. Le but du médecin, en faisant cette association, peut être ou d'user des propriétés spéciales de l'Opium pour en obtenir un effet thérapeutique qui vienne en aide à l'action thérapeutique principale qu'il veut obtenir par l'autre médicament, ou bien de mettre, avec le secours de l'Opium, l'organisme en état de supporter la substance médicamenteuse sur laquelle on compte spécialement. Ainsi, en combinant l'Opium et le mercure, l'Opium et certains antispasmodiques, on utilise toutes les actions thérapeutiques associées ; mais lorsqu'un malade ne peut, sans \omir, supporter le sulfate de quinine, si l'on donne un peu d'Opium en même temps, l'Opium ne sert pour ainsi dire que de passe-port, et le

sulfate de quinine est ici le seul agent thérapeutique. C'est ici le lieu de se rappeler ce que nous avons dit de l'antagonisme réciproque de l'Opium et des solances vireuses, dont l'association a pour effet de neutraliser ou tout au moins de mitiger l'action de ces substances.

L'Opium est un des médicaments dont les médecins et les malades onî le plus de tendance à abuser ; mais on ne le donne pas toujours sims inconvénient. Dans les coliques violentes qui accompagnent une indigestion, dans les diarrhées ou dans toute autre supersécrélion qui auraient un caractère critique, en ce sens qu'elles soulageraient le malade, l'Opium pourrait devenir un médicamment fort dangereux.

Quant à l'abus que les malades en peuvent faire, il y a cela de grave, qu'ils sont obligés d'user de doses successivement croissantes, et qu'invités sans cesse par le bien-être momentané qu'ils en éprouvent, ils finissent par se tenir dans un état perpétuel d'ivresse, et tombent bientôt dans ce marasme physique et moral oii sont plongés ces Orientaux que les voyageurs nous dépeignent et dont nous avons parlé plus haut.

Nous voulons aussi parler de l'intluence extraordinaire que de trèspetites doses de ce médicament exercent sur les enfants à la mamelle. 11 nous est souvent arrivé de produire un effet narcotique évident avec un quart de goutte de laudanum de Sydenham, ce qui équivaut à un demi-milligramme, c'est-à-dire à un centième de grain d'Opium. Aussi faut-il être singulièrement circonspect lorsque l'on administre aux petits enfants les préparations thébaïques.

Nous ne terminerons pas ce qui est relatif à l'Opium sans dire un mot de deux préparations célèbres, la thériaque et le diascordium , qui doivent une partie de leurs propriétés à l'Opium qu'elles contiennent. Sans doute on a singulièrement exagéré les vertus de cet assemblage bizarre de substances diverses; mais, en restant dans le vrai, on est forcé de convenir que l'on obtient avec ces composés pharmaceutiques quelques guérisons que l'on n'eût pu aussi certainement obtenir avec l'Opium.

La thériaque est particulièrement conseillée dans les fièvres de mauvais caractère, dans les varioles confluentes, la rougeole, lorsque l'éruption s'affaisse et que de graves désordres surviennent, soit du côté de la tête, soit du côté de la poitrine; ou bien encore lorsque, au début de l'éruption, une violente diarrhée jette le malade dans l'aî'aiblissement et ne lui laisse plus assez de force pour suffire à l'élimination du principe morbifique. La thériaque est encore préférée à l'Opium dans le traitement des gastralgies et des entéralgies, de celles surtout qui sont liées à l'état de chlorose; unie aux médicaments ferrugineux, elle les fait mieux tolérer, et complète une guérison que le fer seul n'eût pu obtenir. Dans cette circonstance, la thériaque est donnée ou associée au fer lui-même ^ à la dose de 1 à 2 grammes par jour ; ou seule, en un bol, de 1 gramme une ou deux fois par jour, et notamment le matin à jeun et le soir, au .moment où le malade se couche. Lorsque l'usage interne de la thériaque

répugne trop aux malades, ou qu'elle trouble leurs digestions, on applique le médicament sur le creux de l'eslomac ou sur le ventre, sous forme d'emplàtrc. «

Le diascordiian est particulièrement conseillé dans la diarrhée, mais surtout quand les accidents intlammatoires sont un peu dissipés. Dans les diarrhées chroniques, il a une grande utilité ; dans ce cas, on le prescrit à la dose de 1 à 2 grammes dans les vingt-quatre heures. A mesure que le malade s'habitue au médicament, il convient d'en augmenter la dose. On comprend à merveille comment le diascordium, dans la composition duquel il entre une grande quantité de substances riches en tannin, agit à la manière des astringents, et a, de plus qu'eux, la propriété de calmer les douleurs locales

Empoisonnement par la BeUadone. Voici ce qu'on trouve dans Giacomini ( Traité philosophique et expérimental de matière médicale et thérapeutique, traduit par Mojon et Rognetla, 1839, p. 537) :

« L'expérience avait déjà appris aux anciens ce qu'une bonne philosophie pathologique nous démontr^ savoir : que les effets toxiques de la Belladone sont anéantis par les substances hypersthénisantes. Prosper Alpin et Nobel avaient déjà remarqué que l'Opium combiné à la Belladone affaiblit déjà l'action de cette dernière. Bonnet traitait l'empoisonnement en question par les alexipharmaques et les excitants; Camerarius aussi avait recours aux mêmes moyens ; les excitants et la thériaque étaient prescrits par Faber, le vin par Schenk, les bezoars, les aromatiques et les huiles volatiles par Valentini. Lippi compte plusieurs guérisons à l'aide du laudanum de Sydcnham ; Laurand sauva, au moyen d'une potion éthérée, un enfant qui avait pris environ 1 gramme d'extrait de Belladone. De cinq individus qui avaient pris aussi de ce même extrait, et qui en éprouvèrent des effets plus ou moins graves, celui qui avrdt bu par-dessus du vin blanc en fut promptement délivré. »

Peu de temps après, Corrigan et Graves firent observer que lorsqu'il y avait délire avec contraction de la pupille, la Belladone réussissait mieux, tandis que si la pupille était dilatée, l'Opium devait être préféré.

En 1843, Angelo Poma fit usage de l'Opium comme contre-poison de la Belladone.

Plus tard, en 1858, Cazin rapporta deux observations de Lindsey et déclara que lui-même avait guéri par l'Opium deux malades empoisonnés par les feuilles de la Belladone.

Enfin en 1859, Benjamin Bell, puis M. Béhier posèrent d'une manière définitive l'antagonisme de l'Opium et de la Belladone. Plus tard, M. Béhier y revint dans ses recherches sur la méthode hypodermique.

Nous possédons aujourd'hui un certain nombre d'observations trèsprécises sur la guérison par l'Opium de malades empoisonnés par la Belladone; ces observations sont dues à Benjamin Bell, Béhier, Lee, Macnamora, Seaton, Erlenmaycr, Onsum, Bathurst Woodman et Fron-

OPIUM

muller. {Voy. Constantin Paul, De rantagonisme en pathologie et en thérapeutique, et Schmidt's Jahrbiicher, 1863, t. II, p. 282.)

Ce qui est frappant dans ces observations, c'est que les individus empoisonnés par la belladone ont pu prendre des doses énormes d'Opium sans offrir les phénomènes de l'intoxication par ce dernier médicament. Nous pouvons citer, par exemple, l'observation d'un enfant de six ans, soigné par Lee, qui, empoisonné par 10 grammes d'extrait de belladone, put prendre 120 gouttes de laudanum en l'espace de trois heures sans avoir de narcotisme. Il fut guéri le jour même.

Il en résulte clairement que le meilleur contre-poison de la belladone est l'Opium et qu'on devra l'administrer avec confiance à haute dose.

Prolongement de l'anestliésie cSiloroforinique par l'Opium. Le

professeur Nussbaum, ayant à opérer un malade atteint de carcinome de la région sous-claviculaire, lit, pendant l'anesthésie produite par le chloroforme, une injection sous-cutanée de 5 centigrammes d'acétate de morphine. L'opéré ne se réveilla pas et dormit d'une manière tranquille pendant douze heures. Pendant ce sommeil, il supporta, sans la moindre réaction, dès piqûres d'épingle, des incisions et même le cautère actuel. Cette tentative a été répétée trois fois avec le même succès sur trois autres opérés. {Bulletin de Tliérapeutique , 1864, t. I, p. 40.) La Société de médecine de Versailles a répété cette expérience sur des animaux, et déclare avoir constaté l'exactitude du fait avancé par le profes- .seur Nussbaum. [Id. , p. 233.)

Substances synergiques et auxiliaires de l'Opium. La morphine

Tî'a pour synergiques que la codéine et la narcéine. Les substances qu'on peut employer comme auxiliaires sont : 1° les stimulants diifusibles, et, en particulier, l'alcool ; 2° les antispasmodiques, la chaleur; 3° les stupéfiants de la sensibilité, c'est-à-dire les alcaloïdes des solanées et des renonculacées.

Substances antagonistes. Ce sont les acides, les astringents, les médicaments qui resserrent les petits vaisseaux, comme le froid, la belladone (Bell, Béhier), le sulfate de quinine (Gubler) et le bromure de potassium.

Substances incompatibles. Le tannin agit comme antidote de la morphine.

MODES d'administration.

Ijextrait aqueux, extrait gommeux d'Opium," ou l'extrait thébaïque, sera pris par nous comme type posologique. Il se donne en pilules ou dissous dans une potion, à une dose qui varie

depuis S milligrammes jusqu'à 5 à 10 centigrammes. Chez quelques malades, la dose a pu être élevée jusqu'à 15 grammes dans un jour; mais ici nous ne devons pas nous occuper de ces faits exceptionnels. . Vexirait privé de narcoline ne diffère en rien du précédent par ses propriétés, quoi qu'on ait pu en dire.

Le sirop d'Opium contient 4 centigrammes d'extrait d'Opium pour 20 grammes de sirop simple.

Le sirop de karabé, que l'on prescrit fort souvent quand les malades méticuleux ne veulent pas prendre d'Opium , contient sensiblement les mêmes proportions d'Opium que le précédent.

Ces deux sirops se donnent à des doses de 10 à 30 grammes ; ils servent à édulcorer des potions.

Les pilules de cynoglosse, de 20 centigrammes, très-fréquemment employées dans le même cas que le sirop de karabé, contiennent 2 centigrammes d'extrait aqueux d'Opium ; leur dose sera graduée, en conséquence, de 5 à 40 centigrammes par jour.

La teinture d'Opium contient à peu près 5 centigrammes d'extrait aqueux sur 15 gouttes d'alcool; elle se donne dans des potions, à la dose de 5 à 30 gouttes, ou bien sert à arroser des cataplasmes, à rendre stupéfiantes des injections vaginales, des lotions, etc., etc.

V extrait alcoolique, de même que l'extrait aqueux.

La teinture d'Opium ammoniacale ne s'emploie que pour l'usage interne ; 40 gouttes correspondent à 5 centigrammes d'extrait aqueux.

Le laudanum de Sydenliam est la préparation le plus ordinairement employée. L'odeur de safran, qui répugne singulièrement aux malades, oblige souvent à recourir, soit au laudanum de Rousseau, soit, ce qui vaut mieux, à la teinture thébaïque. 37 gouttes de laudanum de Sydenbam correspondent à peu près à 5 centigrammes d'extrait aqueux. Cette préparation s'emploie exactement dans les mêmes cas que la teinture thébaïque, dont nous avons parlé tout à l'heure.

Le laudanum de Rousseau se donne le plus souvent à l'intérieur, soit en potions, soit en lavements; il est fort énergique. 32 gouttes de ce laudanum correspondent à 10 centigrammes d'extrait d'Opium. Il est donc deux fois plus actif que le laudanum de Sydenham , et deux fois plus que la teinture thébaïque. ^

La poudre de Dotver , principalement conseillée dans les affections rhumatismales, les dysenteries, les diarrhées chroniques, contient un dixième de son poids d'Opium ; elle doit, par conséquent, être donnée à une dose qui varie de 10 centigrammes à 1 et 2 grammes.

Vacétate de morphine doit être proscrit de la thérapeutique, en raison de son peu de solubilité.

Le ctilorhydrate et le sulfate de morphine sont à l'extrait d'Opium comme 5:1.

A l'intérieur, ils se donnent à une dose qui varie de 5 milligrammes à 5 centigrammes ; à l'extérieur et sur le derme dénudé, depuis 1 jusqu'à

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10 centigrammes, et en injection hypodermique à la dose de S à IS milligrammes, c'est-à-dire de 2 à 6 gouttes, de la solution suivante :

Chlorhydrate ou sulfate de morphine 1 gramme.

Eau distillée 20 —

Le sirop de morphine contient 1 centigramme de chlorhydrate de morphine pour 20 grammes de sirop. 11 sert à édulcorer des potions.

La codéine et le chlorhydrate de codéine se donnent à l'intérieur en pilules ou en potions, à la dose de 1 à 10 centigramraesr

La narcotine et le chlorhydrate de narcotine se donnent de la même manière et aux mêmes doses que la codéine.

La narcéine se donne à la dose de 1 à 10 centigrammes.

Les têtes de pavot se prennent en infusion, ou en décoction. En infusion pour tisane, une demi-tête de pavot (une tête de pavot pèse environ 8 grammes), brisée en petits fragments pour un litre d'eau bouillante, suffit pour donner à l'eau des propriétés fortement calmantes. La décoc tion est surtout employée pour injections vaginales, fomentations, cataplasmes, bains locaux, demi-bains, etc. La quantité de têtes de pavot doit, dans ce cas, être considérable; mais il faut, pour la préparation des lavements, la plus grande circonspection; il n'y a pas d'année que l'on ne signale des empoisonnements par des lavements de décoctions de têtes de pavot. Pour un lavement pesant SOO grammes, une demitête de pavot (4 grammes) suffira le plus souvent. Cemode d'administration est fort dangereux, surtout pour les enfants, en ce sens que si le lavement est conservé, la quantité d'Opium absorbée peut être considérable. D'ailleurs, les têtes de pavot doivent toujours être prescrites au poids et non en nombre.

Le sirop diacode contient 30 centigrammes d'extrait d'Opium pour 20 grammes. On le donne pur, ou bien il sert à édulcorer les potions.

L'Opium indigène ne diffère en rien, quant à ses propriétés, de l'Opium exotique. (Voir ce que nous avons dit de l'Affium d'Aubergier, p. 115 et suiv.)

Enfin les pétales du Papaver rhœas, ou fleurs de coquelicot, sont employés seulement en infusion pour faire des tisanes, à la dose de 8 à 10 grammes pour un litre d'eau bouillante.

Dans cet article nous n'avons indiqué que les principales préparations d'Opium, laissant au médecin le soin de varier les prescriptions magistrales qu'il pourra faire. Les doses que nous avons indiquées n'ont rien d'absolu : les dispositions individuelles des malades doivent les faire varier à l'infini.

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