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CARACTÈRES BOTANIQUES DES SOLANÉES

Les Solanées (qui, dit-on, tirent leur nom de solari soulager) sont des plantes de la série des dicotylédones monopétales; à (leurs hermaphrodites à cinq divisions ordinairement régulières au calice et à la corolle, à cinq étamines hypogynes ; l'ovaire, libre à un seul style, se change en fruit, en baie ou en capsule à deux loges polyspermes.

Los feuilles sont alternes; elles ont nne couleur livide, noirâtre, couleur qui indique, en général, des propriétés délétères ;

Hic niger est : Uinc tu. Romane, caveio,

disaient déjà les Romains {Flora Lapp, p. 17(;).

La plupart des plantes de celte famille

ont une odeur désagréable et une couleur sombre.

Le principe qui domine dans les Solanées estnarcotico-âcre; il a été découvert par M. Desfosses, qui lui a donné le nom de solanine. Brandes démontra la présence de ce principe actif dans un assez grand nombre d'espèces, et donna le nom d'atropine, daturine, hyosciamine , aux alcalis qu'il disait avoir obtenus de la belladone, de la stramoine et de la jusquiame officinale. Plus tard, MM. Geiger et liesse sont parvenus à isoler ces alcalis et à les obtenir ù l'état de pureté. En faisant l'histoire de chacune des Solanées vireuses, nous donnerons les caractères et les propriétés de ces différents alcalis végétaux.

BELLADONE

BELLADONE

La Belladone (Alropa MIndona, l.) est une plante vivace , indigène, qui croît dans les lieux sombres, le long- des vieux murs et des décombres, et qui fleurit de juin à août.

Parties utilisées. Toute la plante.

Caractères botaniques. Tige herbacée, dressée, rameuse, cylindrique, haute de 50 centimètres à 1 mèlre; feuilles ovales, aiguës, grandes, alternes, et géminées au sommet des rameaux, d'un vert foncé; fleurs grandes, d'un rouge vineux, solitaires, pendantes et axillaires; calice à cinq divisions profondes et aiguës, persistant ; corolle subcainpanulée ; cinq étamines à anthères ovoïdes, baie arrondie à deux loges, d'abord verte, puis rouge, et ensuite presque noire.

L'aspect de ce fruit l'a fait souvent confondre avec la cerise noire, et cette confusion a été la cause de plusieurs empoisonnements. La baie de Belladone est ronde , entourée à la base d'un calice persistant, marquée d'un sillon qui indique la place de la cloison intérieure : elle renferme un grand nombre de petites graines réniformes.

Le fruit de cerise, au contraire, est un drupe unilobulaire à calice caduc, et renferme un seul noyau.

Cette plante contient, d'après Brandes : malate acide d'alropine, 1,51 ; gomme, 8,33 ; amidon 1,25 ; cldorophylle résineuse, 5,84 ; ligneux, 13,7; deux matières extractives azotées [phyteuma colla, p'eitdotoxine). M. Lûbekind en a isolé un autre alcaloïde, la Belladonine, etc.; l'eau et l'alcool s'emparent de ses principes actifs.

Uatropine a été trouvée dans les racines, les feuilles et les tiges de la Belladone.

Les Solanées employées en médecine ayant, à quelque chose près, des propriétés communes, nous ne ferons une histoire détaillée que de la Belladone, dont nous prendrons pour type les préparations, parce qu'elles sont le plus habituellement en usage.

Préparations dont la Belladone est la base.

Nous admettrons , ainsi que nous l'avons fait pour les préparations opiacées, la division de M Soubeiran. Nous indiquerons : 1" l'action de l'eau sur la Belladone ; 2» l'action de l'alcool; 3" celle de l'éther; 4" celle des corps gras ou résineux. Quelques mots d'abord sur la préparation de la poudre de llelladone, excel lent médicament sur les effets duquel on peut entièrement compter lorsqu'il n'a

subi aucune altération. Cette poudre se prépare en pulvérisant dans un mortier les feuilles ou la racine séchées avec soin. On arrête l'opération quand les quatre cinquièmes de la feuille ont été pulvérisés. M. Soubeiran a trouvé qu'un poids égal de la poudre et dri résidu donnait, par l'alcool à 56", un poids presque semblable d'extrait soc.

La poudre de Belladone ne doit être jiréparée qu'en très-petites quantités à la ibis.

Produits par l'eau. L'eau dissout les parties actives des Solanées; on les retrouve dans le suc de la plante et dans le liquide qui résulte du traitement de la plante sèche par l'eau.

Les préparations les plus usitées sont les exirai's. On en prépare plusieurs sortes avec la Belladone.

1° Extrait de Belladone avec le suc dépuré et clarifié.

Voici la préparation :

On confuse la plante, on exprime le suc, on pile de nouveau le marc, et on le soumet à la presse. On porte alors le suc dans une bassine, et on le chauffe à la chaleur du bain-marie ; quand il est coagulé, on le passe à travers une étoffe de laine, et on l'évaporé en consistance d'extrait à la chaleur du bain-marie ; cet extrait ne contient ni l'albumine végétale, ni la chlorophylle, ni aucun des principes insolubles que le suc de Belladone peut renfermer. Il a été adopté par le Codex.

2o- Extrait de Belladone avec la fécule verle ou obtenu avec le suc non dépuré.

On pile la plante dans un mortier; on en exprime le suc avec les mains, puis on le met à la presse. Le but de ces manipulations est de conserver dans le suc la plus grande partie des parties insolubles; quand on met immédiatement la plante pilée à la presse, une grande partie de ces matières reste emprisonnée dans le marc. On passe le suc à travers un linge, seulement pour retenir les débris de plante qui ont été entraînés, puis on le partage en couches minces sur des assiettes, et on le fait sécher à l'étuve à une chaleur de 36 à 40°; quand le suc est tout à fait desséché, on le tire de l'étuve, et quand il a attiré assez d'humidité atmosphérique pour être ramolli en consistance d'extrait, on l'enlève avec un couteau à lame tronquée, et on le conserve dans des pots ou des flacons que l'on bouche exactement.

3» Extrait de Belladone par l'eau (Extrait aqueux).

On réduit la Belladone en poudre demi-fine, on l'humecte avec la moitié de son poids d'eau froide, et on la traite par déplacement avec de l'eau h. 20", avec la précaution de cesser de recueillir les liqueurs aussitôt qu'elles passent peu chargées; on les chauffe, on les passe, et les évapore promptementà la température du bain-marie. L'expérience a appris que la matière active se retrouve dans la liqueur aqueuse, et comme la Belladone se prête bien à la lixiviation et que les produits sont assez concentrés pour ne pas rester longtemps sur le feu, l'extrait de Belladone préparé de cette manière doit être efficace. (Pharm. de Soubeiran.)

M. Soubeiran admet comme identiques les extraits obtenus par l'eau ou par le suc dépuré. Sous cette forme, et quand ils sont préparés avec soin, ce sont de fort bons médicaments, qui deviennent d'un usage fréquent en thérapeutique.

On administre les extraits de Belladone en solution dans l'eau, soit en potions, soit pour des lotions ou des injections. On leur donne souvent la forme de pilules.

Les fumigations de Belladone sont surtout recommandées. Voici leur mode d'administration :

Pr. : Infusion de sauge, 1,000 grammes. Poudre de Belladone, 4 —

On mêle ces matières dans un flacon à fumigations (voy. Chlore), et l'on opère à la manière ordinaire à la température de 40 à 50". Une autre méthode, peut-être plus efTicace, consiste à fumer dans une pipe les feuilles desséchées avec soin, ou bien à les rouler dans du papier et à les employer sous forme de cigarettes.

Sirop de Belladone {Syrupus Belladonœ).

Teinture de Belladone. 75 grammes.

Sirop de sucre 1,000 —

Prenez 100 grammes de sirop de sucre, portez-les à l'ébullition; ajoutez la teinture, continuez de faire bouillir, jusqu'à ce que le sirop soit ramené au poids de 100 grammes; mélangez avec le reste du sirop de sucre.

5 grammes (une cuillerée à café) de ce sirop correspondent à 37 centigrammes de teinture de Belladone ou à 12 milligrammes d'extrait alcoolique. (Codex.)

Sirop calmant opio-belladoné (Dubail).

Pr. : Extrait d'opium. . . 0,15 centigr. — de Belladone. 0,10 — Sirop de capillaire du Canada 90 grammes.

F. s. a. — A prendre par cuillerées h café, trois dans les vingt-quatre heures.

Sirop de B^dladone composé.

Feuilles sèches de Belladone. 30gram.

— de digitale i

pourprée. | ati 4 —

— de morclle. )

Réduisez les plantes en poudre grossière et faites-les infuser à une douce chaleur pendant quarante -huit heures, dans une quantité suffisante d'eau pour obtenir 380 grammes d'infnsé, que vous filtrerez ; ajoutez 730 grammes de sucre blanc, faites fondre à une douce chaleur; passez.

On administre ce sirop pour les enfants de six mois à un an, à la dose d'une demicuillerée il café, matin et soir, les trois premiers jours; ensuite une cuillerée à café, matin et soir.

Pour les enfants d'un à deux ans, une cuillerée à café, matin et soir.

De doux à quatre ans, trois cuillerées à café par jour, une le matin, à. midi et le soir.

De quatre à. six ans, quatre cuillerées à café par jour. (Delpech.)

Les produits par l'alcool sont aussi d'une assez grande importance. Nous citerons :

Extrait alcoolique de BeUadore, qui se prépare de la manière suivante :

On mêle la poudre de Belladone avec la moitié de son poids d'alcool à 00". On la place, en la tassant, dans l'appareil à lixiviation, et au bout de douze heures on la lessive avec trois parties d'alcool au même degré. On chasse celui-ci au moyen de l'eau, en ayant soin de s'arrêter aussitôt que la liqueur qui passe fait naître un trouble dans les premières liqueurs.

On distille les liqueurs pour en retirer l'alcool, et on les évapore au bain-marie en consistance d'extrait. Cet extrait ne contient pas l'albumine, car elle a été coagulée par l'alcool ; mais il contient la chlorophylle , et bien certainement la partie active de la plante.

Teinture de Belladone.

{ Tinctura de Belladonâ) .

Pr. : Feuilles sèches de Belladone en poudre demi-fine. 100 grammes.

Alcool à 60» q. s.

Introduisez la poudre de Belladone dans un appareil à déplacement dont la douille est garnie de coton ; lassez convenablement, versez à sa surface , peu à peu et avec précaution , assez d'alcool pour l'imbiber complètement. Ajoutez alors de nouvel alcool pour déplacer celui qui mouille la poudre. Continuez ainsi jusqu'à ce que vous ayez obtenu 5 parties en poids de liquide pour une de substance employée. Filtrez. (Codex.)

BELLADONE

Alcoolature de Belladone {Alcoolalura de Bctladond).

Pr. : Feuilles de Belladone cueillies au commencement de

la floraison 1,000 gram.

Alcool à 90» 1,000 —

Contusez les feuilles, ajoutez l'alcool.

Après dix jours de contact, passez avec expression; filtrez. (Codex.)

Cette dernière préparation doit être efficace, en ce qu'elle conserve parfaitement tous les principes actifs de la plante.

Produits par t'élher. Quoique peu usitée, nous conseillerons comme un médicament fort actif la teinture élhérée de Belladone, ainsi préparée :

Pr. • Belladone sèche 1 partie.

Etlier sulfurique 4 —

On réduit la Belladone en poudre demifine, ou l'introduit dans l'appareil à lixiviation de Robiquet, et l'on traite par l'éther ; quand celui-ci a épuisé son action, on déplace par l'eau la portion de liqueur éthérée qui a été retenue par la poudre.

Produits par des corps gras ou résineux- Les deux principales préparations que nous devons mentionner sont le baume tranquille {oleum composilum dictum balsamum trunquillans] et la pommade ou l'onguent populéumipommatumpopuleum).

Le baume tranquille est une dissolution dans l'huile des principes narcotiques des Solanéos 'et de l'huile essentielle d'un grand nombre de plantes aromatiques.

L'ong-uent populéum a pour formule ;

Bourgeons secs de peuplier. 800 gram.

Feuilles récentes de pavot. . 500 —

— de Belladone .... 500 —

— de jusquiame. . . . 500 —

— récentes de morelle. 500 — Graisse de porc 4,000 —

Ces deux médicaments, autrefois d'un usage fréquent, sont actuellement un peu oubliés, mais c'est ri tort.

Indiquons la racine de Belladone, les fruits elles, semences, comme jouissant de propriétés énergiques et faisant partie de quelques préparations. Voici quelques formules usitées : d'abord la poudre de Welsler, dont la racine de Belladone est la base :

Pr. : Poudre de racine de Belladone 1 gram.

Poudre de réglisse. ... 4 —

Mêlez exactement et divisez en 72 prises, dont chacune contient 15 milligrammes de Belladone.

D'après M. Hiriz, de Strasbourg, l'ex-

trait de racine de Belladone est cinq fois plus actif que l'extrait do feuilles. Nos expériences nous ont démontré que l'extrait de racine de Belladone renferme trois fois plus d'atropine que l'extrait de feuilles. (Delpech.)

I^^e rob de liclladone , obtenu avec les baies h. maturité, dont on extrait le suc. On chaufl'e au bain-marie, on passe et on évapore en consistance d'extrait. On prépare de même un extrait de semences qui mériterait d'être employé de préférence i beaucoup d'autres préparations, en raison de ses effets plus constants.

Atropine. C^'-PP^AzO".

{Alropina).

Racine de Belladone

fraîche 10,000 gram.

Potasse caustique. . . q. s.

Chloroforme 200 —

Alcool à 90° q. s.

Écrasez la racine de Belladone, humcctez-laavec de l'eau; exprimez le suc; délayez le résidu dans une petite quantité d'eau et exprimez de nouveau. Réunissez les liquides et laissez-les reposer quelques heures. Séparez-les du dépôt par décantation; faites bouillir dans une bassine de cuivre pour coaguler l'albumine, puis filtrez. Versez dans la liqueur refroidie de la potasse caustique jusqu'à réaction alcaline, et ajoutez-y la moitié du cliloroforme. Agitez vivement dans ua flacon bien bouché, et séparez à l'aide d'un entonnoir à robinet la couche de chloroforme du liquide aqueux. Agitez ce dernier avec le reste du chloroforme.

Réunissez les solutions chloroformiques, nitrez-les en couvrant l'entonnoir et distillez au bain-marie , en ayant soin de bien refroidir le récipient pour condenser le chloroforme. Faites bouillir le résidu de la distillation dans l'alcool à. 90"; décolorez la solution par le cliarbon, filtrezla bouillante, et abandonnez la liqueur à l'évaporation spontanée.

L'atropine se déposera de la solulion alcoolique sous forme de petites aiguilles soyeuses, blanches.

Ces cristaux sont inodores, ils ont une saveur amère et acre; ils se dissolvent dans 500 parties d'eau froide, dans 30 parties d'eau bouillante, 8 parties d'alcool à QO" et 00 parties d'éther.

L'atropine a été combinée avec un certain nombre d'acides, soit minéraux, soit végétaux. Parmi les principaux composés, nous distinguerons le sulfate et le valérianate d'atropine, qui sont journellement employés avec avantage tant à l'extérieur qu'ii. l'intérieur. — La base et les sels sont administrés à peu près aux mêmes doses : à l'intérieur, de 1 à 15 milligrammes.

Méthode endermique. Atropine ou sulfate d'atropine, 5 centigrammes, divisés en 20 prises, une ou deux chaque

jour, et même plus, sur la peau nouvellement dénudée par un vésicatoire.

Voici quelques-unes des préparations les plus usitées :

Gouttes ou teinture d'atropine.

Atropine 1 gramme.

Alcool ;i 90" 40 —

Faites dissoudre. On prescrit cette teinture dans une potion à la dose de 1 à 5 gouttes.

Granules d'atropine {Granula curn atropinâ).

Atropine 0,10 centig.

Sucre de lait 4 grammes.

Gomme arabique pulvérisée 0,90 centig.

Sirop de miel q. s.

Triturez longtemps l'atropine dans un mortier de porcelaine avec le sucre de lait, que vous ajouterez par petites parties à la fois; mêlez la gomme arabique, et faites avec le sirop une masse pilulairc kien homogène. Divisez en cent granules que vous argenterez.

Chaque granule contient 1 milligramme d'atropine.

Valèrianate d'atropine.

CsiHssAzO^CioHsO^riO.

( Valcras alropinœ).

Acide valérianiqiii'. ... q. v.

Atropine q. s.

Etlier q. s.

Dissolvez l'acide valérianique dansl'éther, ajoutez la quantité d'atropine nécessaire pour saturer la solution, et laissez évaporer l'éther spontanément.

Le valèrianate d'atropine se dépose sous forme de croûtes blanches légères, formées par un amas do petits cristaux. Il fond il 320. Il est très-soluble dans l'eau, et beaucoup moins dans l'alcool et dans l'éther.

Potion.

Pr. : Infusion de tilleul . . . 120 gram. Valèrianate d'atropine. 1 millig.

Sirop de Tolu 30 gram.

A prendre par cuillerées à café toutes les d<'mi-houros dans la coqueluche.

Sulfate d'atropine [Sulfas atropinœ).

Pour préparer ce sel, on délaye l'atro pine en poudre fine dans deux fois son poids d'eau distillée; on ajoute de l'acide sulfurique au dixième, en quantité exactement suffisante pour dissoudre le tout, et l'on fait évaporer à siccité dans une étuve îl la température de 30 à 40".

Le sulfate d'atropine constitue une poudre blanche entièrement et facilement soluble dans l'eau.

Collyre de sulfate d'atropine.

Sulfate d'atropine . . . 0,03 centig.

Eau distillée 10 grammes.

HISTORIQUE

L'histoire médicale de la Belladone est fort obscure. On ignore aujourd'hui si nous devons attribuer à cette plante ce que les anciens ont écrit du strycimm manicos, et ce que, dans un temps plus rapproché de nous, on a dit de la mandragore, et en général des plantes connues sous le nom commun d'herbes aux sorciers.

, Les propriétés vénéneuses de la Belladone étaient depuis longtemps connues des empoisonneurs et des magiciens italiens; mais ce n'est guère que vers la fin du dix-septième siècle que nous trouvons quelques traces de l'emploi thérapeutique de celte plante. Longtemps les vertus précieuses de la Belladone et des autres Solanées vireuses restèrent dans le domaine exclusif des empiriques et des prétendus sorciers ; il est impossible que des propriétés aussi actives n'aient pas été exploitées par la cupidité et par l'ignorance avant que les médecins s'en soient occupés,

Munch {Hannon Magaz., ann. 1767, p. lOH, et ann. 1769, p. 195) raconte qu'une femme de la campagne de l'clectorat de Hanovre employait la Belladone contre le cancer et les tumeurs en général dès l'année 1683,

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et que, plus de cent ans auparavant, on employait dans le même pays, et contre la même maladie, un onguent dans la composition duquel entrait la Belladone.

Le premier ouvrage authentique publié sur la matière est de Melchior Frick (Friccius, Paradoxa de Venenis. August. Vind., 1710). Dans cet écrit remarquable et fort rare, et qui probablement fut connu de Stoerck, l'auteur cite de nombreuses cures obtenues par lui avec le sublimé corrosif, l'arsenic, l'aconit, la jusquiame, la Belladone, la ciguë, etc., etc. (Vo)/. Harles, de Arsenici usu in medicinâ, Nuremberg, 1811, p. 63). Si l'on en croit Murray {Apparat, inedicam., t. I, p. 634), iTn certain Brumen est le premier médecin qui, au commencement du dix-huitième siècle, usa contre les tumeurs cancéreuses d'une préparation de Belladone. Ce secret fut par lui transmis à un médecin de Wiesbaden nommé Spaelh, mort en 1775. Cependant^ dans un ouvrage de thérapeutique l)ublié en 172b [Conspect. therap. genet'al., 1725, p. 491), Junker parle de cet arcane que Spaeth lui avait fait connaître. Michel Alberti, en 1739, publia une dissertation sur la Belladone, comme spécifique du cancer occulte. Dans la collection des thèses de Haller (t. II, n° 41), il est encore question du même moyen employé dans la même circonstance. Enfin, dans tous les recueils publiés pendant la dernière moitié du dix-huitième siècle, l'efficacité de la Belladone dans le traitement du cancer est constatée par un grand nombre de faits plus ou moins authentiques. Cette môme période a vu publier aussi un grand nombre de faits contradictoires.

Il est évident que toute la difficulté roulait sur le peu de précision du diagnostic ; ce n'est guère que depuis le commencement de ce siècle que l'on a appris à distinguer les tumeurs cancéreuses des autres tumeurs que l'art et la nature guérissent facilement ; et aujourd'hui on est bien d'accord sur ce point, savoir : que l'on calme évidemment, par l'emploi local ou interne de la Belladone, les douleurs les plus aiguës du cancer, mais que peut-être jamais, par ce moyen, on n'a guéri une véritable tumeur carcinomateuse. D'un autre côté, il est incontestable que les applications extérieures de Belladone soulagent rapidement les douleurs dont certaines tumeurs inflammatoires sont souvent le siège, et amènent, dans un temps plus ou moins long, la résolution de ces mêmes tumeurs. Ainsi s'expliquent les dissidences qui ont éclaté sur ce sujet entre les praticiens des derniers siècles, dissidences qui ont eu lieu également pour la ciguë, le datura, l'aconit, etc.

Les propriétés stupéfiantes de la Belladone, que de nombreux empoisonnements avaient permis de constater, engagèrent les médecins à user de cette plante comme succédanée de l'Opium. D'autres propriétés spéciales, que le hasard seul a fait découvrir, ont augmenté encore les ressources thérapeutiques que cette plante précieuse offre à ceux qui savent s'en servir.

La Belladone fut d'abord administrée comme somnifère, et si quelque

chose doit étonner, c'est que tous les auteurs de matière médicale vantent encore ses vertus hypnotiques. Or il résulte des nombreux essais que nous avons tentés chez l'homme, que la Belladone, appliquée à l'extérieur, ou donnée à l'intérieur, sous quelque forme que ce soit, loin de produire le sommeil, cause le plus souvent une exaltation nerveuse extraordinaire, pourvu que les doses aient été un peu élevées : il est vrai que chez certains malades, que de violentes douleurs empêchaient de dormir, la Belladone rend souvent le sommeil; mais il y a ici un effet thérapeutique complexe, et il est plus conforme à l'analogie d'attribuer le sommeil à la cessation de la douleur qu'à la vertu assoupissante de la Belladone.

Nous n'hésitons pas à dire, et cela pour l'avoir constaté par de trèsnombreuses expériences, que, de tous les médicaments employés contre le symptôme douleur, il n'en est pas qui nous ait semblé plus constamment efficace que la Belladone. Mais ici il faut soigneusement distinguer, car, dans les douleurs internes, l'opium est ordinairement plus utile ; mais il n'en est plus de même pour les douleurs extérieures.

ACTION PHYSIOLOGIQUE

Giacomini raconte, d'après Montano, que Jes Syriens, pour se distrair des rêveries tristes et se donner une sorte d'ivresse, ont recours à cette plante, et que les Égyptiens s'en servaient comme hypnotique. Mais, de nos jours, on a eu de fréquentes occasions d'observer l'action de la Belladone sur l'homme sain, par les nombreux cas d'empoisonnement qui se sont présentés. La fréquence de cet empoisonnement est due à ce que les baies de Belladone ressemblent à des cerises et tentent non-seulement les enfants, mais encore les hommes imprévoyants. Pour ne citer qu'un fait de ce genre, nous rappellerons ce qu'a rapporté M. Gaultier de Claubry :

«Le 14 septembre 1813, dans les environs de Pirna, plus de cent soixante soldats s'empoisonnèrent avec des baies de Belladone. Plusieurs d'entre eux moururent en quelques jours dans l'endroit même oii ils avaient mangé des fruits. Ceux qui n'avaient pris que six ou huit baies seulement présentèrent les phénomènes de l'empoisonnement, n

Giacomini donne encore une nombreuse liste des auteurs qui ont écrit sur l'action physiologique de la Belladone observée tant sur l'homme que sur les animaux. Depuis 1838, cette étude a été faite avec plus de précision, en employant, non plus la Belladone, mais l'atropine, qui paraît en posséder toutes les propriétés actives. C'est à MM. Bouchardat et Stuart Cooper que nous devons les premières recherches de ce genre. (Gazette médicale, 1848, et Annuaire de Thérapeutique.) Wbarton Jones, de son côté, a observé directement que l'atropine accélère la circulation dans les petites artères, en diminuant leur cahbre, et amène ensuite une stase sanguine des veines d'abord, puis bientôt des capillaires.

BELLADONE

Depuis eux, il faut citer Sclirolî, Botkin, BezoW, Blœbaum et beaucoup d'autres dont on trouvera la liste dans les ouvrages de Giacomini, Tardieu {Étude de V empoisonnement), Gubler [Commentaire thérapeutique du Codex, 1868), Hirtz (Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie, art. Belladone), et enfin la thèse de M. Meuriot (1868).

Les efTets de la Belladone sont variables, suivant l'époque à laquelle elle est récoltée (SchrofT), et diminuent quand la Belladone est cultivée (Millet et Léon Marchand). Pour éviter ces causes d'erreur, MM. Bouchardat et Stuart Cooper ont employé de préférence l'atropine ; mais cet alcaloïde n'est pas sans offrir lui-même certaines variations. M. Hepp, de Strasbourg, dont l'opinion est d'un si grand poids, pense que l'atropine impure et unie à un principe résineux détermine des phénomènes cérébraux plus prompts et plus intenses que ne le fait l'alcaloïde pur- De son côté, M. Hirtz croit qu'on produit plus facilement le délire avec l'extrait de Belladone qu'avec l'atropine.

D'après M. Gubler, l'atropine, appliquée en quantité notable sur les muqueuses ou la peau dénudée, détermine une sensation de picotement et de cuisson, et de la fluxion sanguine. C'est ce qu'on observe si fréquemment sur la conjonctive. Une goutte d'une solution de sulfate d'atropine au centième suffit pour déterminer presque immédiatement de la rougeur, du larmoiement, et enfin ce phénomène si curieux de la dilatation de la pupille.

La dilatation de la pupille est bien un phénomène local, car on observo la mydriase la plus considérable, sans que l'œil du côté opposé soit affecté et sans qu'il survienne de troubles généraux. La solution d'atropine instillée dans la conjonctive est absorbée par la cornée et se mêle au liquide de la chambre antérieure, si bien que l'humeur aqueuse peut être employée elle-même comme agent mydriatique. (Gosselin, Gaz. hebd., 18oo.) De Grœfe a obtenu cette pénétration de la Belladone d'une manière encore plus prompte, en excisant une partie de l'épaisseur de la cornée, ou en injectant une solution d'atropine directement dans la chambre antérieure. (Liebreich, Recueil des travaux de la Société médicale allemande de Paris, 1863.)

La mydriase peut s'obtenir chez l'homme, le chien, la grenouille, et surtout chez le chat, qui offre, à cet égard, la plus vive sensibilité. On la produit moins facilement sur le lapin et très-difficilement chez les poissons.

La pupille une fois dilatée, l'action de la Belladone persiste plus ou moins longtemps, suivant la dose ; mais il est bon de savoir qu'il pourra suffire, pour avoir un résultat appréciable, d'une dose excessivement faible. Une goutte de solution, contenant 1/128 600 de sulfate d'atropine a suffi à de Ruyter pour dilater la pupille d'un chien pendant dix-huit heures. (Cité par Meuriot, loc. cit., p. 1 18.)

Il faut donc choisir, pour dilater la pupille, quand on veut faire l'exploration des parties intérieures des yeux, une solution assez intense

pour obtenir la mydriase en quelques instants, et assez faible pour ne pas laisser la vue troublée trop longtemps. On donne, en général, la préférence à une solution qui contient un demi-gramme pour 100 d'atropine, et se formule très-facilement de la manière suivante :

Si l'on trouvait qu'à la suite de l'application de cette solution, la vue fût troublée trop longtemps, on pourrait ramener la pupille à son état normal, par l'électricité, l'opium ou la fève de Galabar.

En même temps que la pupille est dilatée, certains troubles se produisent dans la vue, et l'accommodation, en particulier, est diminuée ou momentanément abolie, quelle que soit la vision ordinaire du patient.

Pendant ce temps-là, les autres parties de l'œil restent intactes; on n'observe ni diminution de sensibilité, ni hyperémie de la rétine. Les objets paraissent, au contraire, plus éclairés et la lumière est moins facilement supportée.

Quel est le mécanisme de cette action de la Belladone sur la pupille, ou plutôt, sur quel élément de l'œil agit cette substance?

Une première expérience semble exclure la moelle et le cerveau, et localiser dans l'œil même l'action de la Belladone ; elle consiste à prendre un œil séparé de l'orbite et à le soumettre à l'action de l'atropine ; on observe alors, d'après M. Meuriot (p. 123), que la pupille se dilate, si l'on a soin de ne pas attendre que les fibres musculaires aient perdu leur excitabilité. [Id., p. 121.) — C'est donc sur un élément anatomique de l'œil lui-même que la Belladone localise son action élective. Mais, quel est-il ? Ce n'est pas la rétine, car les amaurotiques sont sensibles à l'atropine. (Ruette).

On a supposé tour à tour que l'action se portait, soit sur les vaisseaux, soit sur les fibres élastiques de l'iris ; mais ces hypothèses n'ont pu se soutenir, et le problème est loin d'être résolu.

En admettant comme démontré que la Belladone agit sur les fibres musculaires de l'iris et sur les nerfs qui les animent, il y a encore toute une série d'explications qui se présentent à l'esprit.

Le propre de tout corps au repos, ou tout au moins en équilibre, est d'être soumis à deux ou plusieurs forces opposées qui se contre-balancent. La rupture de cet équilibre peut tenir à deux ordres de causes tout à fait contraires, c'est-à-dire à l'augmentation de l'une des forces ou à la diminution de la force antagoniste.

Appliquons cette proposition à l'iris : La dilatation moyenne de la pupille est la résultante des deux forces opposées : l'une qui se compose des fibres circulaires, c'est-à-dire du sphincter de l'iris et du nerf qui l'anime, branche de la troisième paire, ou nerf oculo-moteur commun. La force antagoniste comprend les libres radiées qui forment le dilata-

Sulfate neutre d'alropine Eau distillée

BELLADONE

teur de la pupille et sont animées par un filet provenant de la portion cervicale du grand sympathique.

Y a-t-il donc, dans le cas présent, un affaiblissement des organes delà constrietion, ou excitation des organes de la dilatation ? Il est très-important de poser ce problème de la manière la plus précise, car il se représentera quand il s'agira d'expliquer une action thérapeutique quelconque^ et nous devons faire observer que le plus souvent on n'y prend pas garde, au grand détriment des théories qu'on propose.

L'hypothèse qui tend à prédominer est celle qui admet un affaiblissement dans l'action du sphincter ou du nerf de la troisième paire ; elle s'appuie sur ce qu'on a observé dans certains cas une paralysie des extrémités périphériques du nerf de la troisième paire, paralysie caractérisée par la perte des mouvements du globe oculaire, le strabisme et en particulier par la chute de la paupière supérieure. (Réveillé- Parise, Burton et Jakson, Andrew, cités par Meuriot, Thèse, p. 122.)

Cette théorie n'est pourtant pas à l'abri de tout reproche : on lui oppose ce fait, qu'après la section de la troisième paire, l'atropine ne devrait plus pouvoir dilater la pupille, et que pourtant elle n'a presque rien perdu de son action. (Budge, Cl. Bernard.) Il en est de môme dans le cas de paralysie de ce nerf (Ruette, Donders), oii l'atropine agit encore sur la pupille. D'autre part, si l'on fait la section des nerfs plus près de l'œil et si l'on coupe tous les nerfs ciliaires, la Belladone peut encore dilater la pupille. Bien plus, en coupant le sphincter de l'iris, comme l'a fait Czermak, on voit le dilatateur se contracter encore, et cette action est si évidente, que Wharton Jones, de Ruyter, Ruette, Trasbot et Weber admettent l'hypothèse opposée , c'est-à-dire que la Belladone agit en excitant le muscle dilatateur. (Meuriot, p. 134.)

Le problème est, comme on peut en juger par ces expériences, trèsloin d'être résolu, et la Belladone agit bien vraisemblablement sur le constricteur comme sur le dilatateur de l'iris ; on a cherché alors l'explication dans une différence de structure de ces deux ordres de muscles ou dans une différence de résistance au poison offerte par les deux ordres de nerfs, et par laquelle le nerf oculo-moteur résisterait moins que le nerf sympatique à l'agent médicamenteux. (Budge, Zelenski.)

En résumé : affaiblissement de l'excitabilité du nerf moteur oculaire commun, diminution de la contractiUté du muscle sphincter de la pupille; puis, d'autre part, excitation du nerf grand sympathique et du muscle dilatateur , telle est l'hypothèse la plus soutenable à l'heure qu'il est.

Donnée à l'intérieur, la Belladone peut encore dilater la pupille, mais ce n'est pas là le premier phénomène de l'absorption du médicament.

Ce que l'on observe tout d'ahord, c'est la sécheresse de la gorge et de la bouche, en même temps que la soif; puis, les muqueuses ])uccale et pharyngienne n'ont plus que des sécrétions insuffisantes. La sécheresse

de la bouche, jointe à ]a constriction du pharynx, amène de la difficulté de parler et d'avaler.

. Pour produire ces premiers effets de l'atropine, il suffit d'une bien faible dose. Gciger, Brandes et Hesse les ont obtenus sur eux-mêmes, en mettant un instant sur la langue 5 milligrammes d'atropine et crachant aussitôt après, et Pfitzner a vu les mêmes symptômes se présenter avec une dose moitié moindre. (Hirtz, Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie, t. IV, p. 757.)

En même temps que ces symptômes, et môme un peu plus tôt, selon Schroff, après l'administration d'une dose moyenne (5 centigrammes d'extrait de feuilles, 1 centigramme d'extrait de racine ou 1 milligramme d'atropine), on voit, le pouls diminuer, et cela d'une manière d'autant plus sensible que la dose a été plus forte, en même temps que la chaleur de la peau baisse un peu. Lichtenfels et Frolich ont confirmé cette observation et noté, en outre, la dysphagie et l'aphonie.

On voit l'économie éprouver en même temps une sorte de fièvre ; la face devient pâle, le malade frissonne et se plaint de mal à la tête ; puis bientôt apparaît une rougeur vineuse sur la face et le cou et la partie supérieure du tronc.

Si, au lieu de ces doses médicamenteuses, on arrive à des quantités plus élevées, on observe des phénomènes plus graves, qui sont, en réalité, ceux de l'empoisonnement par la Belladone.

On voit alors, au bout d'un temps assez court, quelquefois presque aussitôt après l'administration du médicament, la sécheresse et le spasme de la gorge amener l'impossibilité d'avaler et l'apholiie. Les malades sont pris de vertiges et de nausées, mais rarement ils vomissent. Les pupilles se dilatent, la vue devient confuse et peut se troubler jusqu'à arriver à la cécité complète. Ils sont d'abord pâles et chancelants, ils peuvent môme tomber en syncope. Le pouls est petit et concentré, fréquent ; puis, peu de temps après, les phénomènes changent et le pouls devient, au contraire, plein et dur, en môme temps que la peau devient chaude, vultueuse, et se couvre d'une rougeur uniforme, lie de vin, qui ressemble d'une manière frappante à l'éruption scarlatineuse, et produit une démangeaison assez vive. Les yeux sont rouges et injectés, la vessie et le rectum sont atteints d'un affaiblissement qui peut aller jusqu'à l'impuissance.

Tandis que les enfants ont des convulsions, les adultes sont pris d'un délire en général gai, turbulent, érotique, avec des périodes d'hallucination et d'excitation furieuse, alternant avec la stupeur et la prostration. La scène se termine par du coma, des convulsions et la mort, après une durée d'un, deux à trois jours, quelquefois au bout de quelques heures seulement. (Tardieu, Etude de l'empoisonnement, p. 730.)

Ce qu'il y a de remarquable dans cet empoisonnement, comme dans ceux que produisent les autres stupéfiants ou les narcotiques, c'est que la guérison peut survenir alors que les phénomènes ont été assez graves

BELLADONE

pour faire croire à une mort prochaine. Dans ce cas, la guérison commence par des sueurs abondantes et s'achève au bout de quatre à six jours.

L'atropine s'élimine par les urines. Quelques-uns supposent, en outre, que l'exanthème belladone est une preuve d'élimination par la peau ; mais ce n'est là qu'une hypothèse. Quant aux sécrétions, l'atropine les diminue considérablement. Quelques médecins ont fait à cet égard une erreur notoire. L'atropine n'a qu'une action sur les sécrétions, elle le^ diminue considérablement et les suspend presque tout à fait. Pourtant, si elle est appliquée localement, elle provoquera des sécrétions abondantes. Ce n'est Va. qu'un effet d'irritation locale, l'atropiae agit ici tout simplement comme le ferait un irritant chimique ou mécanique quelconque. Seulement, chaque organe répond à sa manière cà l'irritation, les plaies par de la douleur, les muqueuses par des sécrétions.

Revenons maintenant sur quelques phénomènes produits par la Belladone, et examinons les explications qu'on a cru pouvoir tirer des expériences sur les animaux. Nous avons dit qu'on observe d'abord la pfdeur des téguments^ puis une rougeur scarlatiniforme. Ce fait s'explique assez bien par l'expérience de Wharton Jones. Cet expérimentateur, en plaçant sous le porte-objet la membrane interdigitale d'une patte postérieure d'une grenouille, a observé d'abord que les petites artères diminuent de calibre et que la circulation s'y accélère. Mais il a vu en même temps que les veines ne participent pas à cette excitation, celles-ci sont bientôt gorgées de sang, puis l'obstruction augmente peu à peu, et bientôt les capillaires et les artérioles elles-mêmes deviennent le siège d'une stase sanguine analogue. Cette expérience est très-curieuse, mais elle serait beaucoup plus probante si l'atropine n'était pas un irritant, car on ne voit que les phénomènes de l'inflammation, phénomènes qu'on peut produire avec un irritant quelconque, soit chimique, soit physique.

L'expérience faite par M. Meuriot est plus probante ; il a obtenu le même résultat en observant sous le microscope, pendant plusieurs heures, des grenouilles empoisonnées par l'atropine introduite par un autre point de l'économie (p. 41).

Nous nous arrêterons là et nous ne poursuivrons pas plus loin toutes les hypothèses que l'on a pu ingénier pour expliquer tous les détails de l'action de la Belladone. Ces hypothèses sont pour la plupart des affirmations pures et simples, et elles sont si nombreuses, qu'elles suffiraient à occuper tout un volume.

Névralgies. A l'intérieur, la Belladone a été souvent employée dans le traitement des névralgies ; on l'a donnée sous forme de poudre, d'infusion, de décoction, d'extrait, de teinture : ce moyen réussit évidem-

ment. Dans les névralgies, nous l'administrons ordinairement de la manière suivante : nous faisons préparer des pilules de l centigramme d'extrait, et nous en ordonnons une toutes les heures, jusqu'à ce qu'il se manifeste des vertiges. Ordinairement les douleurs sont déjà diminuées ; il convient alors d'éloigner les doses, car on verrait bientôt se manifester du délire, qui, pour n'avoir rien de grave, n'en doit pas moins être évité, à moins que la douleur ne puisse être calmée autremem. Nous continuons ainsi pendant plusieurs jours, jusqu'à ce que le malade n'éprouve plus aucun accident névralgique. C'est surtout dans le traitement de la névralgie de la face que nous avons fait usage de ce moyen. Il ne nous a pas à beaucoup près aussi bien réussi dans la sciatique. Nous devons dire que, même pour les névralgies de la face, la Belladone seule n'a pas toujours suffi à k complète curation, et qu'il a été quelquefois nécessaire, pour prévenir le retour de la maladie, de donner de fortes doses de sulfate de quinine ou de préparations martiales. Toutefois» dans les névralgies fugaces, il est inutile d'avoir recours à ces derniers moyens.

Mais, quand le nerf malade est situé superficiellement, les applications de Belladone sur la peau revêtue de son épidcrme ont une efficacité incontestable. Nous avons vu plusieurs névralgies sus-orbitaires guéries dans l'espace d'une demi-heure par l'application de l'extrait de Belladone sur l'arcade sourciUère; et quand la maladie était périodique, chaque accès était facilement prévenu en usant préalablement du même moyen. Que si, malgré l'absence de la douleur, le malade éprouvait néanmoins le malaise qui ordinairement accompagne le paro.xysme, la quinine terminait tout. Le même m.oyen réussit assez bien encore pour calmer les névralgies temporales ; mais il échoue souvent quand le mal occupe le nerf maxillaire inférieur ou le sous-orbitaire, ce qui tient sans doute à la plus grande profondeur où ces nerfs se trouvent placés. Jamais, par ce moyen, nous n'avons pu calmer de douleurs sciatiques.

Le mode d'application auquel nous avons le plus souvent recours est le suivant : nous faisons préparer une solution comme suit :

Nous en faisons imbiber des compresses qui sont appliquées sur les parties douloureuses, puis recouvertes d'un morceau de taffetas ciré pour conserver l'humidité, et le tout est maintenu pa.r un ruban ou par un mouchoir. Cette application est renouvelée plusieurs fois en vingt-quatre heures, et chaque fois continuée pendant au moins une heure. Suivant les individus, l'action de cette solution est puissante ou inefficace ; il ne reste qu'à diminuer ou augmenter la proportion d'atropine. Lorsque le trouble de la vue, la sécheresse de la gorge sont portés trop loin, la dose doit être diminuée ou l'application sera moins souvent renouvelée;

Sulfate noTilrc d'airopiue.

Eau distillée

BELLADONE

mais lorsque, d'une part, les phénomènes d'absorption du médicament sont peu prononcés, et que, d'autre part, la douleur n'est pas calmée, il convient d'élever la dose et de rendre l'application presque continue. Lorsque la névralgie n'existe que dans un point très-limité, on doit faire usage d'une solution d'atropine beaucoup plus concentrée, IS centigrammes pour dO grammes d'eau un peu alcoolisée. La solution est alors appliquée avec le doigt par gouttes. On fait deux ou trois fois par heure une petite friction, qui suffit souvent pour produire un effet très-puissant. Lorsque la névralgie occupe le cuir chevelu, par exemple lorsqu'elle a atteint le nerf occipital, il faut mouiller assez fortement la racine des cheveux et la peau du crâne, et l'absorption se fait alors avec une grande facilité. Les solutions d'atropine réussissent encore assez bien, en applications topiques, dans les névralgies du plexus cervical superficiel ; elles sont loin d'être aussi utiles pour les névralgies intercostales, brachiales, et elles perdent presque toute leur efficacité dans les névralgies du plexus lombaire, dans celles du nerf sciatique et dans celles des viscères abdominaux. Si l'application à la surface de la peau n'a pas une action suffisante, on a recours à l'injection sous-cutanée. (Voir, à la fin de l'article Belladone, le mode d'administration.)

L'insuffisance de la Belladone appliquée sur la peau dans le traitement des névralgies profondes nous paraissait dépendre de la difficulté de l'absorption. Nous résolûmes alors de mettre l'extrait de la plante en contact avec le derme dénudé. Cet essai fut couronné du plus grand succès, et plusieurs sciatiques récentes traitées par ce moyen furent guéries en quelques jours. Quand cette névralgie datait de plusieurs mois, les douleurs ne se dissipaient pas entièrement, et nous eûmes alors recours au moyen suivant : entre le grand trochanter et l'ischion, nous faisions à la peau une incision qui pénétrait jusqu'au tissu cellulaire graisseux, et, dans cette espèce de cautère, nous introduisions, en guise de pois, des bols ou trochisques de grosseur variable, formulés de la manière suivante :

Pour faire une masse pilulaire.

Diviser en vingt bols que l'on fera sécher à l'étuve.

Chaque pois médicamenteux contient 10 centigrammes d'extrait d'opium et autant de Belladone. Le gaïac et la gomme adragante n'ont ici d'autre usage que de donner à la masse une dureté fort grande, sans empêcher pourtant que les pois se ramollissent et cèdent une partie des principes vireux qu'ils contiennent.

Nous en faisons mettre dans la plaie au moins deux, quelquefois trois, et nous les maintenons avec une pièce de sparadrap de diacbylon, audessous de laquelle nous faisons placer une petite plaque de plomb très-

Extrait de Belladone

Extrait d'opium

Poudre de gaïac finement tamisue. . . . Mucilage de gomme adragante

2 grammes.

m MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS.

ilexible, ou plusieurs feuilles d'étain réunies. 11 est convenable de mettre dans la plaie, en même temps que les pois médicamenteux, un pois à manger bien sec, qui, pendant la journée, se gonfle considérablement et maintient toujours la plaie parfaitement béante. L'absorption des agents vireux, appliqués de la façon que nous venons d'indiquer, est assez active, et il est facile de graduer l'action stupéfiante, en augmentant ou en diminuant la quantité des bols introduits ; on arrive au même but en faisant préparer des pois médicamenteux dans la composition desquels on fera entrer une moindre proportion d'opium et de Belladone.

Nous ne faisons faire ordinairement qu'un pansement en vingt-quatre heures. Toutefois, on obtient plus rapidement la guérison en pansant matin et soir, sauf à mettre chaque fois une moindre quantité de pois. Il importe, pour tirer de cette médication tout l'avantage que l'on est en droit d'en attendre, de tenir constamment l'économie sous l'influence des agents thérapeutiques. On continue ainsi, tant que durent les souffrances ; quand elles ont disparu, on ne met plus chaque fois qu'un pois médicamenteux avec un pois à manger sec; et lorsque, depuis huit ou dix jours, le mal est parfaitement dissipé, on panse, comme un simple cautère avec des pois non médicamenteux. Après bien des tentatives diverses, nous devons déclarer que ce mode de traitement est celui qui nous a le mieux réussi dans la névralgie sciatique.

La dose d'extrait de Belladone que l'on peut mettre sur la surface des vésicatoires ne doit pas dépasser 30 centigrammes, et il convient de commencer par une moindre quantité ; autrement, on voit survenir du délire et quelques-uns des accidents propres à l'intoxication par les solanées vireuses.

Il est une chose dont on doit prévenir les praticiens : c'est que l'tapplication de l'extrait de Belladone sur le derme dénudé cause de très-vives douleurs. Pour y obvier, nous avons l'habitude d'enduire d'extrait un morceau de toile fine que nous appliquons du côté où nous n'avons pas mis l'extrait. Nous recouvrons le tout d'un morceau de sparadrap agglutinatif. L'extrait se dissout ainsi peu à peu et ne cause aucune douleur.

Colique de plomb. L'efficacité, bien constatée par Stoll, de la jusquiame dans le traitement de la colique de plomb, et l'identité d'action de cette plante avec celle de la Belladone, engagea M. le docteur Malherbe, de Nantes, à essayer la Belladone dans le traitement de cette affection si douloureuse, et les faits qu'il a publiés, en 1850, dans le Journalde médecine et de chirurgie, rédigé par M. Malgaigne, démontrent l'efficacité de cet héroïque remède. — La Belladone peut, dans ce cas, être donnée à doses beaucoup plus élevées que dans les maladies non douloureuses. Sous l'influence de cet agent thérapeutique, le plus grand nombre des malades éprouvent du soulagement du premier au troisième jour ; la guérison est obtenue du sixième au onzième. — On commence

BELLADONE. 179

par 5 centigrammes d'extrait unis à 10 centigrammes de poudre de r,\cine de Belladone; on augmente s'il n'y a pas d'effets toxiques ou thérapeutiques produits ; on diminue dans le cas contraire. Conjointement on donne chaque jour un ou deux lavements de 2 à 5 centigrammes d'extrait, et l'on fait des onctions sur le ventre avec une pommade belladonée. On a réussi depuis avec les injections sous-cutanées.

La colique nerveuse des pays chauds, si fréquente chez les marins qui naviguent entre les tropiques, et sur laquelle M. le docteur Fonssagrives a publié un travail fort intéressant dans les Archives générales de médecine (oct. 1832), a été traitée par lui à l'aide de la Belladone avec un succès qu'on ne saurait proclamer trop haut. Ce médicament précieux n'exclut pas d'ailleurs l'emploi des purgatifs, qui ne doivent être donnés que quand les douleurs sont calmées.

Douleurs. Dans les maladies douloureuses, quelle que soit d'ailleurs leur nature, il est souvent fort important de calmer la douleur; et dès que ce symptôme a disparu, les autres accidents se dissipent sans peine. Ceci, par exemple, s'applique aux fissures de l'anus, aux crevasses hémorrhoïdales. Une pommade composée de 4 grammes d'extrait de Belladone sur 8 grammes d'axonge ou de cérat est le meilleur topique que l'on puisse employer dans ce cas. Mais si l'on croit convenable d'introduire dans le rectum des mèches ou des suppositoires enduits de ce médicament, la dose devra être fort modérée ; autrement on courrait risque de voir se développer des symptômes cérébraux asse? graves.

Dans l'arthritis aiguë, dans la goutte, lorsque ces deux maladies ont leur siège dans une articulation environnée de peu de parties molles, nous avons pu calmer les douleurs les plus atroces par l'application d'un cataplasme ainsi composé : mie de pain, quantité indéterminée; eau, quantité suffisante ; quand le cataplasme est cuit, on y ajoute 40 à 100 grammes d'alcool camphré, et à la surface on étend une couche de bouillie faite avec 10 grammes d'extrait de Belladone, 5 grammes d'opium, 10 grammes de camphre en poudre. — Le cataplasme doit être tellement épais, qu'il conserve, sur la table, la forme du vase dans lequel on l'a fait cuire ; cette condition est de rigueur. Le cataplasme est enveloppé de flanelle et de taffetas ciré, et peut rester appliqué huit à dix jours sans s'altérer. Nous avons, par ce moyen, guéri en assez peu de temps des inflammations très-graves du genou qui avaient amené une flexion complète de la jambe sur la cuisse.

De simples cataplasmes faits avec la décoction de 30 grammes de Belladone dans 1 kilogramme d'eau, et de la farine de graine de lin, soulagent efficacement les douleurs que causent les abcès superficiels, certaines affections de la peau, les cancers ulcérés, les phlegmasies du testicule, l'inflammation blennorrhagique du bulbe de l'urètre. Dans

m MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS.

cette dernière maladie, on obtient plus d'avantages des frictions faites le long du canal avec l'extrait pur.

Nous avons pour habitude, dans les otalgies, défaire dans l'oreille des injections avec une décoction de Belladone, et de faire porter ensuite un morceau de coton imbibé de baume tranquille : or on sait que le baume tranquille n'est autre chose qu'une digestion de plantes vireuses dans l'huile. Dans les douleurs de dents, on soulage rapidement les malades en plaçant dans la dent cariée 2 centigrammes et demi d'extrait de Belladone. Des lotions avec la teinture de Belladone sont un moyen trèsefflcace pour calmer les douleurs que laisse l'application des sinapismes.

Les douleurs névralgiques de l'utérus sont très -avantageusement corabcittues par l'usage de petits tampons de coton renfermant une pilule de 5 à 10 centigrammes d'extrait de Belladone et portés jusqu'au fond du vagin ; le fil qui entoure le petit tampon reste à la vulve, et le tampon introduit le soir est retiré le matin.

Lorsque la douleur est très-localisée, on a avantage à pratiquer l'injection sous-cutanée. Ce mode d'administration de l'atropine réussit particulièrement bien dans la névralgie utérine, à moins, toutefois, que les femmes ne soient atteintes d'un nervosisme exagéré, auquel cas la Belladone est mal supportée.

Riiuinatisme^ goutte. Enfin, dans la goutte et dans le rhumatisme articulaire, maladies si cruellement douloureuses, plusieurs praticiens ont employé avec succès l'extrait de Belladone ou de datura stramonium à l'intérieur. Ils donnent i centigramme d'extrait toutes les heures; le délire apparaît ordinairement le deuxième jour ; ils continuent nonobstant, et, quelle que soit la violence des accidents cérébraux, ils insistent sur le médicament jusqu'à ce que la douleur et la tuméfaction soient entièrement dissipées. M. le docteur Lebreton, qui a souvent mis en pratique cette médication hardie, nous a maintes fois répété que les rhumatismes aigus cédaient dans l'espace d'une semaine, et que jamais il n'avait vu les désordres cérébraux avoir la moindre conséquence fâcheuse. Sur la foi de ce praticien, nous avons tenté cette médication, que d'ailleurs Mtinch et Ziegler avaient jadis préconisée (Murray, App. rned., t. I, p. 649). Dans notre hôpital et dans notre pratique, nous avons administré la Belladone en poudre ou en extrait à des malados atteints de rhumatisme articulaire aigu. Le premier jour, nous donnons de 25 à 40 centigrammes d'extrait en huit pilules, dans le courant des vingtquatre heures. Chaque jour la dose est augmentée, jusqu'à ce qu'il survienne un peu de délire ; nous restons alors à la même dose pendant trois ou quatre jours, puis nous la diminuons graduellement. En même temps, et cette précaution est de la plus haute importance, nous administrons chaque jour une dose de calomel et de jalap ou tout autre purgatif, de manière à tenir toujours le ventre relâché.

BELLADONE. 481

Au bout de quelques jours, l'amendement est très-notiible, et ordinairement le rhumatisme aigu est guéri après douze ou quinze jours de traitement. Quelquefois pourtant, nous avons vu cette médication échouer complètement ; mais, par contre, nous avons vu quelques malades entièrement guéris le troisième, quatrième ou cinquième jour du traitement.

Il convient, quand les douleurs ont disparu, de donner encore pendant quelque temps des purgatifs, qui préviendront plus certainement la récidive.

Ce que nous disons ici de la Belladone dans le traitement du rhumatisme s'applique également; au datura stramonium, dont les doses doivent être moins élevées que celles de la Belladone.

Névroses. Pendant la dernière moitié du siècle dernier, la Belladone fut regardée comme un spécifique de l'hydrophobie, et Murray [Apparat, med.^ 1. 1, p. 639) nous a fait connaîl;re le résultat de nombreuses expériences tentées à ce sujet. 11 est malheureusement vrai qu'aucune de ces expériences n'est concluante, et que la plupart sont apocryphes. De nos jours on a acquis la triste conviction de l'inutilité des moyens divers vantés jusqu'ici dans le traitement de la rage.

Epiiepsie. Quand on s'est rendu compte de l'extrême difficulté de la curation de l'épilepsie, on est peu disposé à accueillir les faits de guérison que l'on attribue à la Belladone, comme à tant d'autres substances. Ce scepticisme toutefois ne doit pas dépasser certaines bornes, et l'on ne peut se refuser à croire au témoignage de médecins graves. Greding (voyez Murray, Apparat, med., t. 1. p 646) a plusieurs fois administré la Belladone, soit en poudre, soit en extrait, à des malades atteints d'une épilepsie simple ou compliquée de manie ; il n'en a pas guéri, mais il a singulièrement amendé les accidents. Leuret, à Bicêtre, et M. Rictird ont publié vingt-deux observations qui confirment celles de Greding [Gaz. méd , 1838, n° 12). Mais les deux Miinch ont vu quelques cas de complète guérison, chez des individus qu'une frayeur subite, que la suppression du flux menstruel avaient rendus épileptiques, chez lesquels, par conséquent, la maladie semblait liée à une lésion cérébrale moins grave.

M. Bretonneau est le médecin qui, de nos jours, a manié la Belladone avec le plus de persévérance et de succès. Il a, comme Greding, employé souvent ce médicament dans le traitement de l'épilepsie, et il est parvenu assez souvent à enrayer le mal, et quelquefois à le guérir complètement.

Aujourd'hui que nous sommes arrivés à un âge assez avancé, et que, depuis près de trente ans, nous avons pu expérimenter, dans le traitement de l'épilepsie, la méthode de M. Bretonneau, cette méthode nous a paru être la moins inefficace que nous ayons jamais tentée ou vu tenter.

Nous avons obtenu un certain nombre de guérisons solides ; nous avons vu survenir dans beaucoup de cas une amélioration que nous n'aurions osé espérer ; mais le plus souvent, avouons-le, la médication par la Belladone a échoué complètement.

> La Belladone n'est donc pas, il s'en faut de beaucoup, le spécifique de l'épilepsio ; mais elle rend plus de services que les sels d'argent, de cuivre et de zinc ; ce qui n'empêche pas que, lorsqu'elle a échoué, nous ne recourions quelquefois avec un certain avantage à ces substances minérales.

Mais nous ne saurions assez dire que, dans le traitement de cette névrose si grave et si rebelle, la patience et la persévérance de la part du médecin et de la part du malade, sont la condition capitale. Une année suffit à peine pour connaître l'influence de la Belladone; mais si, l'année d'après, il y a quelque amendement, il faut insister encore deux, trois, quatre ans, de manière à maîtriser le système nerveux.

On fait préparer des pilules contenant l centigramme d'extrait de Belladone et autant de poudre. — Le premier mois, on en donne une, le matin, si les accès ont lieu surtout pendant le soir, ou bien, le soir, si les accidents surviennent plus particulièrement la nuit. Chaque mois on donne une pilule de plus, et quelle que soit la ^ose, on l'administre toujours au même moment. On arrive ainsi à donner cinq, dix, quinze, vingt pilules chaque fois, en n'ayant d'autres limites que la tolérance du malade et l'influence que le médicament exerce sur la maladie. — Si la Belladone est difficilement supportée, on n'augmente la dose que tous les deux, trois, quatre mois ; il en est de même si la névrose a été fortement modifiée.

Depuis quelques années, nous employons l'atropine de préférence à la Belladone. Voici de quelle manière : nous faisons préparer une solution au centième :

Une goutte de cette solution contient un demi-milligramme de sel atropique.

Nous donnons d'abord une goutte seulement de cette solution, puis nous augmentons la dose d'une goutte de mois en mois, comme nous augmentions d'une pilule.

Convulsions. Nous avons eu bien souvent h nous louer de la Belladone dans le traitement des maladies convulsives, mais surtout dans celui de l'éclampsie des entants et des femmes en couches : nous ne comptons guère sur ce moyen au début des convulsions ; mais lorsqu'elles se renouvellent plusieurs fois par jour et plusieurs jours de suite, la Belladone administrée à faible dose amène quelquefois des résultats inespérés.

C'est surtout dans les convulsions épileptiformes unilatérales ou par-

Pr. : Sulfate neutre d'atropine.

Eau-de-vie blanche. . . ,

BELLADONE. 183

tielles que nous avons obtenu de bons résultats de ce médicament, lors même que ces convulsions étaient symptomatiques d'une grave lésion organique.

Tétanos. Le docteur Lenoir a publié, il y a quelques années, quatre faits de guérison de tétanos traumatiqae obtenue par l'emploi de la saignée, suivie de celui des bains de vapeur et de la Belladone à dose élevée. Il commence par de vigoureuses saignées, et, immédiatement après, il fait prendre matin et soir un bain de vapeur de deux heures au moins. En même temps il administre, dans le courant de la journée, des doses de Belladone pour amener un peu de stupéfaction. Il prolonge cette médication jusqu'au moment où les spasmes ont entièrement disparu et encore quelques jours par delà.

Paralysies. Des succès que M. Bretonneau avait obtenus dans les maladies convulsives oti il y avait eu même de la paralysie l'engagèrent à tenter le même moyen dans le traitement de certaines paralysies, lors même qu'elles ne se compliquaient d'aucun phénomène spasmodique. Il a obtenu dans plusieurs cas de paraplégie une guérison aussi inespérée que peu explicable, et nous avons été témoins de quelques résultats auxquels nous étions loin de nous attendre. Mais lorsqu'il s'agit d'une hémiplégie^ à moins qu'il n'y ait en môme temps spasmes convulsifs, il n'obtient rien en général.

Incontinence nocturne de l'urine chez les enfants. Cette triste infirmité, dont la cause prochaine est généralement si difficile à apprécier, a été traitée avec un succès bien extraordinaire par M. Bretonneau, et plus tard, par nous-mêmes et par d'autres praticiens qui avaient eu connaissance de cette méthode.

i II suffit de donner le soir, une heure avant que les enfants se couchent, i à 4 centigrammes de poudre et d'extrait de Belladone ; il est rare qu'après une semaine de traitement, il n'y ait pas un amendement notable : on continue jusqu'à ce que l'incontinence ait cessé. On suspend alors pendant huit jours pour reprendre pendant quinze, cesser de nouveau, et recommencer chaque mois pendant huit jours, quelques mois de suite. La longue durée du traitement que nous indiquons ici est ordinairement superflue; mais, pour assurer la guérison, pour prévenir certainement les récidives, il vaut mieux pécher par excès que par défaut de précautions ; et il est d'autant plus facile de soumettre les enfants à cette médication en apparence énergique, que les enfants n'ont et ne peuvent avoir aucune répugnance à faire usage de la poudre et de l'extrait de Belladone, qui, eux-mêmes à peu près insipides, peuvent être mêlés à du sucre en poudre. Dans certains cas rebelles, il faut porter la dose d'extrait et de poudre à 15 et 20 centigrammes en une seule fois, au moment de se mettre au lit; en même temps on fait sur l'hypo-

gastre des frictions avec une mixture aqueuse d'extrait de Belladone.

Si maintenant on cherche à expliquer le mode d'action de la Belladone dans l'incontinence nocturne de l'urine, chez les jeunes enfants et chez les adolescents, on voit d'abord que, ainsi que nous l'avons dit plus haut en parlant de l'action physiologique du médicament, la Belladone, prise à doses assez élevées, diminue la contractilité des fibres musculaires de la vessie, propriété qui a surtout été mise en lumière par les expériences que M. le docteur Commaille a faites sur lui-même.

Lorsque l'incontinence nocturne a duré longtemps et qu'elle s'observe chez un adolescent, le traitement n'est pas, à beaucoup près, aussi simple. Il faut quelquefois, pendfint un à deux ans, insister sur le remède; en augmenter chaque mois les doses, comme nous avons recommandé de le faire dans le cas d'épilepsie, et continuer longtemps après que les accidents nocturnes ont entièrement cessé. Trop souvent nous avons vu l'incontinence revenir alors que, depuis un, deux, quatre mois, la guérison semblait assurée. Souvent aussi lorsque, pendant les premiers mois du traitement, la Belladone a enrayé le mal, il est opportun d'en cesser l'usage et de la remplacer quelque temps par des préparations de noix vomique.

Si maintenant on considère que, ainsi que l'a constaté M. Bretonneau, ainsi que nous l'avons constaté nous-mêmes, la plupart des malades atteints de cette incontinence pissent, pendant le jour, avec une raideur extrême, tout en restant parfaitement capables de retenir leurs urines, on comprend que, pendant le sommeil, le sphincter vésical venant à se relâcher, alors que la vessie conserve une tonicité extraordinaire, les urines s'échappent involontairement, et la Belladone agit utilement ici précisém.ent en diminuant cette tonicité exagérée du plan musculaire de la vessie.

Remarquons aussi que la Belladone, si efficace dans le traitement de l'incontinence nocturm de l'urine, est inutile et souvent même nuisible dans l'incontinence à la fois diurne et nocturne; aussi observe-t-on que, le plus souvent, chez les malades de cette dernière catégorie, le jet de l'urine est flasque, contrairement à ce que l'on voit chez ceux qui urinent seulement pendant le sommeil. Chez eux, les préparations de noix vomique sont plus particulièrement indiquées.

^ On est autorisé à conclure de ces faits que dans l'incontinence nocturne, chez les enfants, l'efficacité de la Belladone doit être attribuée à l'action sédative qu'elle exerce sur le col vésical et la portion prostatique de l'urètre

La Belladone possède aussi une propriété anaphrodisiaque qui, déjà indiquée par quelques auteurs, a été très-positivement confirmée par M. Heustis. Chez un malade auquel ce médecin administrait cette substance pour une coqueluche intense, il remarqua qu'elle supprimait jusqu'aux érections pendant toute la durée de son administration, et tant que la dose était suffisante pour entretenir une légère stupéfaction. Trois

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doses d'un centigramme produisaient invariablement cet effet. Chez d'autres sujets atteints de chaude-pisse cordée, le résultat fut le même.

M. Heustis essaya alors la même médication chez un individu sujet à de fréquentes pollutions nocturnes, et le succès fut complet, bien que la Belladone n'eût produit aucun phénomène physiologique appréciable [Archives, mars î839).

Gastralgie, eiitépaigîe, constipation. Les préparations de Bellaîone sont encore bien souvent employées dans le traitement des gastralgies et des entéralgies. On en obtient surtout de bons effets pour combattre ces tiraillements douloureux et ces besoins incessants qu'on observe dans certaines formes de dyspepsie. On doit surtout à M. Bretonneau d'avoir plus nettement que personne formulé l'indication de ce remède dans l'affection qui nous occupe. Il proscrit la Belladone toutes les fois qu'il y a tendance à la diarrhée, et alors il lui préfère l'opium ; au contraire, lorsqu'il y a constipation, et c'est le cas le plus ordinaire, il fait prendre une très-petite quantité de Belladone, soit en mangeant, soit au moment où le malade se couche.

C'est de la même manière qu'il traite souvent la constipation, celle surtout que l'on observe chez les hypocondriaques et chez les femmes nerveuses.

Il est remarquable que certaines personnes dont les entrailles ne peuvent être émues que par les purgatifs les plus énergiques, sont sollicitées à aller chaque jour à la garde-robe par les doses de Belladone les plus minimes. Une, deux, quatre pilules contenant chacune 1 centigramme d'extrait et autant de poudre sont ordinairement suffisantes. Quelquefois une simple cuillerée à café d'huile de ricin ou de magnésie, prise le soir, en sus de la Belladone, complète l'effet que l'on n'obtenait pas avec celle-ci.

Lorsque les garde-robes sont régularisées et que chaque jour, en se présentant, à la même heure, à la chaise, le malade obtient une évacuation, on suspend l'emploi de l'huile de ricin et successivement on diminue la dose de la Belladone, puis on en cesse l'usage.

On sait que bien des gens ne peuvent obtenir de garde robes qu'après avoir fumé une pipe ou un cigare ; est-ce par le principe solanique commun que le Tabac et la Belladone agissent contre la constipation ?

Folie. L'espèce de parenté qui existe entre la rage et la folie engagea, dit Murray, à essayer la Belladone dans le traitement de cette dernière maladie. On fit des tentatives réitérées, et plusieurs auteurs ont proclamé d'assez nombreux succès; l'analogie, ce guide si souvent utile en thérapeutique, devait conduire à user de ce moyen dans le traitement de la folie, par cela même que la Belladone, prise à une dose plus élevée, produit une folie passagère.

De nos jours, en effet, quelques expérimentateurs affirment s'en être

bien trouvés, notamment dans les monomanies accompagnées d'hallucinations fixes. C'est de la même manière que M. Moreau (de Tours) a employé le datura stramonium. (Voy. infrà.)

Maladies des yeux. On avait facilement constaté que toutes les solanées vireuses avaient une propriété commune, celle de dilater la pupille. Cette dilatation fut bientôt mise à profit par les chirurgiens dans les maladies des* yeux , d'abord pour faciliter l'opération de la cataracte par abaissement ou par extraction, et ensuite pour s'opposer aux coarctations douloureuses de l'iris dans certaines ophthalmies. On put aussi, par ce moyen, empêcher les bords de la plaie de l'iris de se réunir, lorsque l'on avait pratiqué une pupille artificielle, et Himly a proposé l'emploi de la Belladone pour s'assurer si l'iris est adhérent, et pour empêcher cette adhérence, en suspendant de temps en temps son administration, afin de produire des resserrements et des dilatations alternatifs de l'iris. (Mérat et de Lens, Dict. de mat. méd., 1. 1, p. 492.) Pour parvenir au but qu'ils se proposent, les chirurgiens emploient la Belladone de diverses manières : tantôt ils se bornent à faire sur la paupière et sur le sourcil de l'œil malade des frictions avec l'extrait , tantôt ils appliquent sur l'œil un cataplasme fait avec une décoction de Belladone ; quelques-uns préfèrent instiller dans l'œil même de l'extrait ou du suc de la plante dissous dans de l'eau; enfin, aujourd'hui on emploie généralement une solution d'atropine à 0,25 pour 100 dont on instille une goutte entre les paupières. Ce dernier moyen est peut-être le plus sûr, et il n'est pas moins rapide que les autres. Parmi les remèdes employés pour combattre l'iritis, un de ceux auxquels la plupart des ophthalmologisles accordent une grande efficacité, c'est la Belladone ou le datura stramonium employés de la manière que nous venons d'indiquer.

D'autre part, M. A. Bérard et M. Tonnelle (de Tours) ont fait une très-heureuse application de ce moyen au traitement de la cataracte. Nonseulement, à l'exemple de plusieurs chirurgiens, ils emploient la Belladone avant l'opération, mais encore ils en font usage lorsque l'opération est exécutée ; et par là, outre qu'on agrandit le champ de la vision, on prévient l'inflammation et les adhérences de l'iris, si communes et si fâcheuses après l'extraction ou l'abaissement du cristallin.

C'est principalement dans certaines affections de l'iris qui tendent à oblitérer la pupille, et à la suite de l'opération de la cataracte, que la Belladone , appliquée de cette façon , a produit les effets les plus remarquables.

Dans l'iritis membraneuse, les adhérences étendues sous forme de rayons du bord de la pupille au centre du cristallin s'allongent peu à peu sous l'influence du remède, et à des degrés qui varient selon leur consistance et leur ancienneté.

La petite circonférence de l'iris devient inégale , anguleuse ; il s'y

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forme de petites courbes rentrantes, comme autant de petites pupilles partielles.

Les extrémités de ces courbes, retenues par les adhérences membraneuses, offrent alors, et quelquefois pendant un temps très-long, des saillies anguleuses qui peu à peu s'amincissent et disparaissent progressivement, tantôt par suite d'une sorte d'usure, tantôt par un véritable décollement.

Il n'est pas rare d'en voir les débris flotter au centre de la pupille, jusqu'à ce que' l'absorption les ait complètement détruits. Nous avons vu quelquefois, dans ce cas, les points d'insertion de ces membranes à la capsule du cristallin , présentant déjà un commencement notable d'opacité, reprendre peu à peu leur transparence, et la vue se rétablir complètement.

Dans d'autres cas plus graves, oii la pupille était presque entièrement oblitérée par des produits membraneux, M. Tonnellé a pu rétablir peu à peu cette ouverture et, avec elle, la vision.

Dans ce cas, tantôt il se fait une petite dilatation partielle de la pupille dans un point de la petite circonférence de l'iris, d'où résulte une sorte de pupille annexe qui s'agrandit progressivement ; tantôt la toile membraneuse paraît s'amincir peu à peu vers son centre; elle s'use, puis se déchire, ou bien se dissipe et se fond en quelque sorte graduellement comme un nuage.

C'est le plus souvent de cette façon que les choses se passent pour les fausses membranes qui surviennent à la suite de l'opération de la cataracte, et c'est aussi dans ce casque M. Tonnellé obtient les succès lesplus complets. Conduit par l'observation à reconnaître que la cataracte secondaire, qui rend si souvent infructueuse pour le malade ^'opération le plus heureusement pratiquée, n'est toujours que le résultat de l'iritis membraneuse et le produit même des fausses membranes propres à ce genre d'affection, il a appliqué la Belladone, selon la méthode indiquée plus haut, au traitement de cette maladie, et presque toujours avec un succès complet, si le remède était appliqué à temps. Ce moyen doit être employé dès le quatrième jour, époque où se forment ordinairement les produits membraneux.

Pour cela, il importe beaucoup que l'opérateur se fasse une règle d'examiner avec soin, dès le quatrième jour, les malades qu'il a soumis à l'opération. Il n'est pas nécessaire d'exposer les yeux à une lumière vive qui pourrait nuire à la vue; il suffit de les faire ouvrir dans un demi-jour. Si le malade voit, il est inutile d'insister; mais s'il ne voit pas nettement, surtout après l'extraction, et qu'il n'existe point de gonflement inflammatoire de l'œil, il y a presque certitude qu'il existe une cataracte secondaire, et il n'y a aucun inconvénient à s'en assurer par un examen prompt et avec toutes les précautions possibles.

Plus on s'éloigne de l'invasion du mal, plus la destruction des mem-

branes est lente et difficile. Toutefois M. Tonnellé est parvenu à les détruire au huitième, quelquefois au douzième jour.

Il arrive assez souvent que les membranes ne se détachent que d'un côté ; il ne faut point s'en inquiéter. Si la Belladone est continuée suffisamment, l'absorption détruit peu à peu celles qui restent, et on les voit se réduire à un petit liséré qui borde tout ou partie du bord pupillaire.

Dans le cas où les préparations de Belladone, employées comme il a été dit, ne parviennent pas à détruire les membranes développées soit à la suite de l'iritis, soit à la suite de la cataracte, elles ont encore fimmense avAntage de s'opposer à l'oblitération de la pupille, qui ne manquerait pas de se rétrécir peu à peu et de se réduire à un point grisâtre : circonstance qui ne laisse plus que la chance aventureuse de la pupille artificielle.

M. Tonnellé combine alors l'emploi simultané de la Belladone et de l'aiguille, de manière que ces deux moyens se prêtent un appui mutuel.

Dans le cas où il reste quelques rayons membraneux , il introduit une aiguille étroite, légèrement courbe sur son plat, tranchante sur les côtés, dans la chambre antérieure, par la cornée, en dirige la pointe entre l'iris et le cristallin, et coupe rapidement les adhérences.

Il est quelquefois nécessaire de revenir à deux ou trois reprises à cette petite opération, qui est sans douleur pour le malade et toujours sans aucun inconvénient, si elle est faite convenablement. La Belladone doit du reste être continuée immédiatement après pour prévenir de nouvelles adhérences; le succès n'est certain qu'à cette condition.

Dans le cas de cataracte secondaire, lorsque les membranes ont pris trop de consistance, lesquelles sont réfractaires à la Belladone, le môme procédé doit être mis en usage et les produits membraneux largement détachés; mais c'est dans ce cas surtout que la Belladone doit être mise €n usage ; c'est ici surtout qu'elle est indispensable pour prévenir une nouvelle adhérence qui ne manquerait pas de se produire.

Au moyen de la Belladone, au contraire, le lambeau reste constamment flottant, et l'absorption ne tarde pas à le détruire.

On peut affirmer que de cette façon on parvient à triompher presque constamment de l'affection qu'on a appelée cataracte secondaire, et qui est une des causes les plus fréquentes de tous les insuccès de l'opération de la cataracte par extraction.

«Dans les cas les plus graves et les plus rebelles, M. Tonnellé a été quelquefois dans la nécessité de ftiire deux ou trois introductions d'aiguilles et d'employer la Belladone pendant six semaines ou deux mois. Jamais il n'a remarqué que l'emploi prolongé de ce moyen ait diminué en quoi que ce soit la sensibilité de l'œil.

On conçoit, d'après ce qui précède, comment certains praticiens ont pu croire qu'ils avaient guéri des cataractes sans opération, alors qu'il ne

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s'agissait que de simples produits membraneux développés à la suite de l'iritis.

M. Tonnellé emploie encore avec succès les préparations de Bellvidone d'une manière continue dans toutes les blessures qui intéressent l'iris; l'effet de ces lésions étant constamment de déterminer le resserrement, et par suite l'oblitération de la pupille, il a recours à ces préparations dès que l'inflammation a été suffisamment amortie par l'eau froide ; de cette façon, il prévient presque toujours les adhérences membraneuses, et dans les cas rares où il ne peut y parvenir^ il maintient la pupille dans im état de dilatation suffisant pour que la destruction de Ces membranes au moyen de l'aiguille ne présente plus de difficulté ; il se sert aussi de ce moyen dans le cas d'opération de cataracte par broiement. On évite ainsi les adhérences qui s'établissent trop souvent entre les débris de la capsule et l'iris, et on accélère de beaucoup la résorption de ces débris en les mettant largement en contact avec l'humeur aqueuse. L'observîition prouve que l'emploi de la Belladone dans ce cas est d'une utilité telle, qu'il peut seul assurer le succès.

Quant h l'usage qu'un grand nombre de praticiens font de ce moyen pour disposer les malades à l'opération de la cataracte, M. Tonnellé le réserve pour l'abaissement ; mais il le proscrit d'une manière absolue pour l'extraction.

En effet, la dilatation artificielle de la pupille, inutile pour favoriser l'issue du cristallin, expose l'iris, pendant l'opération, au tranchant de l'instrument, et, après l'opération, à des adhérences vicieuses de la cornée.

Dans les ophthalmies des enfants, qui s'accompagnent si souvent d'iritis, l'emploi simultané du calomel à doses fractionnées et de la Belladone appliquée en frictions autour de l'orbite, rend les plus utiles services. La Belladone toutefois doit être continuée aussi longtemps que l'œil reste sensible à l'action de la lumière.

Goarctation des sphincters. Si la Belladone mettait ainsi dans le relâchement le muscle de l'iris, elle devait agir de môme sur les autres muscles. L'analogie conduisit donc à faire usage de la Belladone dans la constriction de l'anus, dans celle de l'urètre, et enfin dans celle du col de l'utérus. Ce fut Ghaussier qui eut cette dernière idée : chez les primipares et chez les autres femmes dont le col ne se dilatait pas après de violentes et longues contractions utérines, il enduisait l'orifice utérin avec l'extrait mou de Belladone associé au cérat. Cet exemple, suivi par Mandt {Rust's Magazine, t. XIX, p. 350), l'a été également par beaucoup d'autres praticiens, et Spath a publié plusieurs faits qui témoignent de l'extrême utilité de ce moyen thérapeutique {Gaz. méd., 1838, n° 2). En même temps, il convient quelquefois de donner l'ergot de seigle, afin d'augmenter l'énergie des contractions utérines, pendant que la Belladone fait cesser la rigidité du col.

Le cérat que l'on emploie dans celte circonstance, comme dans toutes celles oii l'on veut unir l'extrait de Belladone à un corps gras, doit être préparé avec du cérat sans eau que l'on incorpore selon l'art avec de l'eau tenant en dissolution la quantité d'extrait que l'on veut employer. Il convient que la quantité d'eau soit la même que celle que l'on prend pour la confection du cérat de Galien. La proportion d'extrait de Belladone varie depuis un quart jusqu'à un huitième de la masse totale.

Constriction de l'urètre ; îléus ; hernies. Le docteur Holbrook pres •

crivait des lavements avecl'infusion de quelques centigrammes de feuilles de Belladone, et des injections de même nature, aussi bien que des fomentations sur le périnée, pour combattre la constriction spasmodique ou inflammatoire du canal de l'urètre {Bulletin des sciences méd., t. I, p. 362) ; et Will, chirurgien des dispensaires de Londres, a proposé, dans la même maladie, d'introduire dans le canal des bougies enduites d'un peu d'extrait de Belladone {Journal des progrès, t. I, p. 97). Enfin, des chirurgiens ont dit s'être servis avec avantage de lavements de Belladone et d'applications topiques d'extrait étendu sur des cataplasmes pour opérer un relâchement dans les fibres des aponévroses abdominales, dans le cas de hernie étranglée. Ainsi, RoUon de Sainte-Foix a publié dans le Bulletin de Thérapeutique (t. X, 1836) l'histoire d'une hernie étranglée difficilement réductible, et dont on put opérer aisément la réduction après application sur la tumeur d'un épithème d'extrait de Belladone. On lit aussi, dans la Gazette médicale (1838, n° 8), l'histoire de quatre cas d'étranglements intestinaux, guéris après l'usage de lavements composés avec l'infusion de 4 grammes de racine de Belladone et 30 grammes de fleurs de camomille.

Douleurs utérines, dysménorrhée, rétention du flux menstruel.

Lorsque les douleurs utérines dépendent d'une névralgie, ce qui est assez commun chez les femmes chlorotiques, ou bien d'une fluxion inflammatoire, d'un déplacement, les injections vaginales faites avec une forte décoction de Belladone (13 à 60 grammes) pour un litre et demi, et l'épétées deux ou trois fois par jour, sont en général fort utiles ; on atteint encore le même but en injectant dans le rectum une petite quantité d'eau, à laquelle on ajoute 10 à 20 gouttes de teinture de Belladone. Nous employons encore un autre procédé dont nous avons parlé plus haut, surtout quand les douleurs utérines s'accompagnent de leucorrhée et d'ulcérations superficielles du museau de tanche : nous faisons un plumasseau avec de l'ouate de coton, dans lequel nous enfermons une pilule de 5 à 10 centigrammes d'extrait de Belladone et 30 à 40 centigrammes de tannin en poudre ; le plumasseau est lié avec un fil double auquel on laisse au moins 10 à 13 centimètres de longueur, et ce petit tampon est porté avec le doigt jusqu'au col de l'utérus. Ce pansement,

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que les femmes apprennent à faire elles-mêmes sans difficulté, est répété chaque soir après une injection destinée à bien nettoyer le vagin et le col de l'utérus. Le lendemain, au réveil, on retire aisément le tampon au moyen d'uîi fil dont l'extrémité est restée entre les lèvres de la vulve. Ce pansement, fort simple, a le double avantage de guérir des phlegmasies du col utérin, pour lesquelles on emploie souvent un traitement fort énergique, et de dissiper des douleurs quelquefois si vives dont la matrice est le siège. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que le spéculum est ici tout à fait inutile.

Il est un autre genre de douleurs utérines qui tient évidemment à la rétention du flux menstruel, et que l'on combat efficacement par des applications de Belladone. Les femmes éprouvent tous les signes de la menstruation, savoir : de la céphalalgie, du gonflement des seins, de l'inappétence, quelquefois de la diarrhée, etc., etc. A ces symptômes se joint une pesanteur hypogastrique considérable, puis de vives douleurs revenant par paroxysmes comme celles de l'enfantement. Bientôt le sang paraît et s'écoule en caillots ; les douleurs alors diminuent, et le flux sanguin est remplacé par un écoulement puriforme, ayant quelquefois la fétidité des lochies. Cependant, si l'on a pratiqué le toucher au moment où les douleurs avaient le plus d'intensité, on a trouvé l'utérus trèsvolumineux, l'ouverture du col resserrée. Que si, huit jours plus tard, on s'assure de nouveau de l'état de la matrice, on la trouve revenue à son volume normal. M. Bretonneau, qui a parfaitement suivi cette évolution pathologique et qui a insisté avec soin sur les erreurs de diagnostic auxquelles pouvait donner lieu la maladie que nous venons de décrire, a pensé que la rigidité du col utérin s'opposait à l'écoulement du flux menstruel, que le sang s'accumulait dans la cavité de la matrice, distendant douloureusement le viscère, et que la médication la plus utile consistait à porter sur le col de l'utérus de l'extrait de Belladone, en même temps que l'on fait prendre à la malade quelques grammes d'acétate d'ammoniaque.

Le tampon de Belladone, sans addition de tannin, appliqué seulement pendant la nuit, a ici une grande efficacité ; mais on peut tout simplement porter avec le doigt et laisser sur le col de la matrice un petit bol de 5 à 10 centigrammes d'extrait de Belladone.

La forme de dysménorrhée que nous venons de décrire appartient plutôt aux femmes déjà arrivées à l'âge mûr, qu'à celles qui entrent dans l'adolescence. Toutefois, et c'est un point sur lequel les bons observateurs sont d'accord, la dysménorrhée, si commune à l'époque de la puberté, reconnaît souvent aussi les mêmes causes que celles que nous venons d'indiquer, savoir : une fluxion utérine et la rétention du sang dans la cavité de la matrice subitement distendue et se contractant avec énergie pour se débarrasser d'un produit étranger. On comprend que chez les jeunes filles les injections vaginales ou anales avec la Belladone sont seules convenables. Les applications directes faites avec le

doigt ou à l'aide du spéculum doivent être proscrites pour des motifs dont il est inutile d'indiquer la convenance.

Les applications locales de Belladone sont souvent efficaces pour diminuer ou supprimer la sécrétion lactée. Elles sont préférables àl'iodure de potassium, surtout quand, pour des raisons particulières, il n'est besoin d'agir que sur une seule mamelle. Préconisé par Goldun et Rewmann, ce moyen a été depuis expérimenté avec grand succès par Frend. Déjà Aran avait signalé les propriétés antilaiteuses de la Belladone ; il la donnait à l'intérieur, mais non en applications locales {Journal hebd., sept. 1858).

Vomissements pendant la grossesse. M. Bretonneau, frappé, comme tous les praticiens, de l'extrême difficulté que l'on éprouvait quelquefois à arrêter les vomissements des femmes enceintes, fut conduit par la théorie à opposer la Belladone à ces accidents. 11 pensa que les vomissements étaient dus à une résistance spasmodique de l'utérus, qui refusait de se laisser distendre par le produit de la conception. Cette résistance, douloureuse dans quelques cas, devenait par sympathie la cause des vomissements. Cette idée, à laquelle on pourrait faire sans doute de légitimes objections, et à laquelle son auteur n'attache lui-même qu'une importance très-secondaire, l'engagea à essayer des frictions de Belladone sur la peau de la région hypogastrique, et cette médication lui réussit au delà de ses espérances. A son exemple, nous avons employé cette médication, et nous en avons souvent obtenu d'heureux résultats.

M. Bretonneau emploie une mixture faite avec l'extrait de Belladone ramolli et rendu demi-liquide à l'aide d'une petite quantité d'eau. Il préfère de beaucoup cette préparation à un mélange d'extrait et de graisse. La malade fait, deux ou trois fois par jour, une friction sur la peau de la région hypogastrique, en ayant soin de mouiller son doigt quand la mixture se sèche. La friction dure huit à dix minutes. Quand elle est terminée, on recouvre les parties avec une compresse mouillée, et pardessus on place un morceau de taffetas ciré. 11 est rare que plusieurs jours se passent avant que les vomissements aient cessé, ou qu'ils aient singulièrement diminué.

Mais, dans certains cas plus graves, et ces cas ne sont malheureusement pas rares, la Belladone reste impuissante comme tous les autres moyens, et il ne reste souvent que la triste et regrettable ressource de l'avortement provoqué.

Ilans une circonstance où cette opération allait être pratiquée pour sauver la femme, M. Cazeaux, qui avait essayé vainement la Belladone suivant la méthode de M. Bretonneau, pensa qu'il obtiendrait un effet plus sûr en appliquant sur le col même et dans la cavité du col une grande quantité d'extrait de Belladone, et cette petite opération, qu'il répéta une fois, plusieurs jours de suite, amena une guérison rapide et inespérée.

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Coqueluche. L'analogie a encore conduit Buchhave (Mnrray, App. med., t. I, p. 648) à administrer la Belladone dans la coqueluche. On croyait voir dans cette maladie un spasme des bronches, delà glotte et des muscles respirateurs. Que cette opinion sur la nature de cette maladie soit juste ou non, toujours est-il que, dès que la période convulsive {le la coqueluche est commencée, l'usage de la Belladone est suivi de résultats fort avantageux. M. Bretonneau administre la poudre de Belladone invariablement en une seule dose, soit le matin, soit le soir; il commence par 1 centigramme d'extrait et augmente tousies deux jours de 1 centigramme jusqu'à ce que la toux soit très-notablement amendée. Si, après quelques jours, le mal reste stationnaire, il augmente encore, de manière toutefois à ne jamais produire d'effets toxiques. Si, avec la même dose, il voit le mal rétrocéder, il diminue graduellement, et ne cesse entièrement que lorsque la coqueluche est réduite aux termes d'un simple catarrhe. Nous avons pu nous-mêmes constater bien souvent la remarquable efficacité de ce moyen ; mais nous sommes dans l'habitude de donner concurremment quelques vomitifs, lorsque la Belladone n'agit pas avec assez de rapidité. D'autres associent ce médicament de la manière suivante : poudre de Belladone, 20 centigrammes ; extrait aqueux d'opium, 20 centigrammes ; extrait de valériane, 2 grammes pour seize pilules ; en prendre de une à quatre par jour. Pour les enfants qui répugnent à prendre des pilules, nous faisons composer le sirop suivant : extrait de Belladone, 20 centigrammes ; faites dissoudre dans sirop d'opium et de fleurs d'oranger, de chaque 30 grammes ; en prendre dans les vingt-quatre heures depuis une jusqu'à huit cuillerées à café. Cette méthode nous a paru beaucoup moins efficace que celle que M. Bretonneau a conseillée.

Depuis que l'atropine est entrée dans le domaine de la thérapeutique, nous la substituons à la Belladone. Nous faisons préparer, pour les enfants très-jeunes, une mixture contenant 1 centigramme de sulfate neutre d'atropine pour 200 grammes d'eau distillée : 5 grammes, c'est-à-dire une cuillerée à café, de la solution répondent donc à un quart de milligramme de sel d'atropine. Le médicament est donné d'abord à la dose d'une cuillerée à café, et successivement à des doses plus élevées, en ayant soin, si l'on augmente les doses, de les donner ensemble, d'un seul coup, le matin à jeun, et non pas dans le courant de la journée.

Mais si la Belladone administrée, soit dans la coqueluche, soit dans divers catarrhes qui s'accompagnent de symptômes nerveux, procure souvent la sédation que l'on attend, d'autre part, il arrive que bien souvent elle cause une insomnie contre laquelle il convient de lutter, soit avec l'opium, soit avec la valériane ; et c'est cette considération surtout qui nous engage à prescrire quelquefois ces deux médicaments en même temps que la Belladone.

Asthme. Dans l'asthme dit essentiel, nous voulons parler de celui qui

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ne s'accompagne d'aucune altération organique appréciable du cœur ou du poumon, sauf quelquefois de l'emphysème pulmonaire, et qui souvent, est tout à fait intermittent, on retire quelque avantage de l'administration de la Belladone à l'intérieur; mais ces bons résultats ne peuvent se comparer à ceux que l'on obtient en faisant fumer la feuille sèche mêlée à du tabac ou seule. Nous avons vu deux fois des dyspnées intermittentes, durant depuis longtemps et revenant chaque nuit avec une opiniâtreté désespérante, céder complètement par l'usage de la fumée de Belladone ou de datura stramonium. Souvent encore nous avons, sans guérir parfaitement le malade, produit une amélioration qu'aucune autre médication n'avait ol)tonue.

M. Bretonneau, l'homme que nous connaissions qui manie le mieux les médicaments, se loue au contraire beaucoup de l'usage interne de la Belladone dans le traitement de l'asthme nerveux. Pendant l'accès, il compte plutôt sur les cigarettes de Belladone ou de straraoine ; mais il a surtout recours à l'emploi intérieur de la Belladone pour prévenir le retour de la maladie.

Il prescrit aux malades pendant plusieurs mois, et même plusieurs années de suite, en laissant des intervalles d'autant plus grands que les effets obtenus sont plus satisfaisants, il prescrit, disons-nous, en une seule dose, comme pour la coqueluche, de 1 à 10 centigrammes de poudre de racine de Belladone, unis à moitié moins d'extrait de la même plante. Il n'attache pas beaucoup d'importance à ce que l'on prenne de fortes doses, pourvu que l'économie reste d'une manière permanente sous l'influence du médicament, ce qui se constate par un léger sentiment de sécheresse de la gorge, par la dilatation habituelle des pupilles et par des garde-robes en général plus copieuses et plus faciles.

Pendant longtemps des cigarettes préparées par un certain Espic, de Bordeaux, ont joui d'une grande renommée dans le traitement de l'asthme essentiel et des catarrhes pulmonaires compliqués d'accidents nerveux. Elles se préparent de la manière suivante :

Pr. : Feuilles choisies de Belladone 30 centigrammes.

— do jusquiame l.'i —

— de stramoine 13 —

— de pliellandro aquatique. 5 —

Extrait gommoux d'opium 13 milligrammes.

Eau de laurier-cerise q. s.

Les feuilles, séchées avec soin et mondées de leurs nervures, sont hachées et mélangées exactement. L'opium est dissous dans quantité suffisante d'eau de lauiier-cerise ; le solutum est réparti également sur la masse.

Le papier qui sert à confectionner les cigarettes est préalablement lavé avec le maceratum des plantes ci-dessus décrites, dans l'eau distillée de laurier-cerise et séché convenablement.

BELLADONE

Fumer deux h quatre cigarettes par jour.

Le docteur Guyot Dannecy, de Bordeaux [Journal de Bordeaux, septembre 1864), fait observer que dans la combustion despapiers belladonés une partie brûle incomplètement et fournit des vapeurs irritantes pour les organes respiratoires des asthmatiques. Il propose de remplacer le papier par des feuilles fraîches de Belladone que l'on plonge pendant vingtquatre heures dans une solution salpêtrée à 10 pour 100. Ces préparations se consument en totalité.

Hémoptysie. Schrœder, dans l'hémoptysie, a conseillé 'de faire respirer la fumée des feuilles de Belladone brûlées sur des charbons. Il affirme que l'hémorrhagie pulmonaire s'est toujours arrêtée presque immédiatement après l'emploi de ce remède.

Scarlatine. Il nous reste à parler de la propriété remarquable qu'aurait la Belladone de préserver de la scarlatine. Hufeland est celui qui a le plus contribué à accréditer cette idée, qui d'ailleurs appartient à Hahnemann ; il affirme qu'en administrant la Belladone aux personnes soumises à la contagion de la scarlatine, elles ne la contracteront pas dans le moment. Les journaux allemands fourmillent de faits qui semblent confirmer cette singulière idée. Quelque imposantes que soient les autorités qui vantent la vertu prophylactique de la Belladone dans le cas qui nous occupe, nous avouerons que nous ne pouvons que rester dans le doute, attendu que nous ne savons jusqu'à quel point les praticiens dont nous récusons ici presque entièrement les conclusions avaient justement apprécié tous les effets des influences épidémiques. La Belladone administrée dans ce but se donne à la dose de 1 centigramme plusieurs fois par jour, soit en poudre, soit en extrait.

Empoisonuement par l'Opium, antagonisme par la Belladone.

Dès 1570, Prosper Alpin avait observé qu'en associant l'Opium à la Belladone, cette dernière substance paraissait moins active ; d'autre part, on connaissait de nombreux faits d'empoisonnement par la Belladone guéris par la thériaque. Giacomini alla plus loin : il formula d'une manière précise l'opposition de certaines propriétés de l'Opium et de la Belladone. Vers la même époque, Graves et Corrigan observèrent, d'autre part, que la Belladone réussissait très-bien dans les cas de délire accompagnés de constriction de la pupille, tandis que l'Opium donnait de meilleurs résultats quand la pupille était dilatée. Enfin, en 1854, le docteur Anderson lut devant la Société physiologique d'Edimbourg un travail dans lequel il affirma nettement l'antagonisme de l'Opium et de la Belladone. Il apporta à l'appui de cette théorie deux observations trèsremarquables : dans la première, il s'agissait d'un individu qui, ayant été empoisonné par une forte dose de chlorhydrate de morphine, fut guéri par 24 grammes de teinture de Belladone. La seconde avait trait à une

m MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS.

femme qui avait tenté de se suicider en avalant 20 grammes de laudanum. La pompe stomacale, l'électricité et d'autres moyens avaienL été employés sans succès, lorsque Anderson se décida à employer la teinture de Belladone. Une once fut administrée en une fois, plus deux drachmes au bout d'une demi-heure, et au bout de cinq heures, tous les symptômes de l'intoxication opiacée avaient disparu.

Depuis cette époque,plusieurs médecins suivirent son exemple.

Le docteur Mancy, de Cincinnati, fit connaître le résultat d'un semblable traitement, dans lequel la Belladone avait été seule employée, et enfin, en 1859, parut, dans l'Union médicale, un mémoire de Benjamin Bell, dans lequel deux cas d'intoxication par la morphine avaient été avantageusement combattus par des injections hypodermiques d'atropine.

Depuis la publication, en France, du mémoire de Benjamin Bell, MM. Béhier, Blondeau, Lubelsky, Dodeuil et nous-mêmes, avons publié des faits semblables. (Voyez Bulletin deThérap.,l8b6, et G. Paul, Thèse d'agrégation. De l'antagonisme en pathologie et en thérapeutique .)

Dans ce mode de traitement, une chose est à remarquer : c'est que l'on peut donner aux malades de très-hautes doses de Belladone sans voir apparaître les signes de l'intoxication belladonée, pendant que les symptômes du narcotisme s'amoindrissent. Nous en avons donné un exemple, que nous croyons très-probant, dans le Bulletin de Thérapeutique (t. LXXII, p. 320).

Pourtant la conviction a été loin d'être générale, et l'antagonisme de l'Opium et de la Belladone n'a pas été regardé comme démontré par un certain nombre de médecins. Cela tient à ce que ce problème est complexe et en renferme plusieurs d'ordres différents.

1° Est-il vrai que la Belladone fasse cesser le narcotisme, et, réciproquement, que l'Opium fasse cesser les symptômes de l'intoxication belladonée ? A cette première question, il faut, suivant nous, répondre par l'affirmative.

Les faits que nous avons cités k propos de l'Opium employé comme médicament de l'intoxication belladonée et ceux qui précèdent le prouvent d'une manière irrécusable, suivant nous. On peut même ajouter que la quantité d'Opium nécessaire pour combattre l'intoxication belladonée doit être, selon M. Béhier, plus élevée que la dose de Belladone administrée.

2" L'économie reste-t-elle indifférente à l'action d'un mélange d'atropine et d'Opium ?

On peut encore ici répondre par l'affirmative, quand les doses ne sont pas excessives. Mais, dans ce dernier cas, l'antagonisme n'existe plus. M. Claude Bernard et M. Vella, en étudiant l'antagonisme du curare et de la strychnine, ont bien établi cette distinction, et c'est pour ne l'avoir pas observée que M. Camus, employant des doses beaucoup trop fortes, est arrivé à nier l'antagonisme.

BELLADONE

Voici comment M. Claude Bernard explique l'antagonisme du curare et de la strychnine :

« Le curare est une substance qui agit particulièrement sur les sécrétions pour en augmenter l'activité dans des proportions souvent considérables. Or, dans l'empoisonnement par la strychnine, le curare doit agir en favorisant l'élimination de la strychnine par la suractivité qu'il donne à toutes les sécrétions et en particulier à la sécrétion urinaire ; car, lorsqu'un poison est entré dans le sang, il n'y a guère d'autre moyen que l'élimination pour combattre ses effets. On ne peut donc sauver un individu empoisonné par la strychnine qu'autant que la dose qui a été prise, quoique mortelle, ne sera pas exagérée; car, si, après l'action éliminatrice du curare, il reste encore assez de strychnine pour tuer, l'empoisonnement reprendra comme si l'on n'avait rien fait. »

3° Le problème de l'antagonisme a été posé d'une tout autre manière, qui consiste à rechercher si deux substances ont sur chaque élément de l'organisme une action opposée, telle que, données toutes deux à la fois et dans certaines proportions équivalentes, elles n'altéreront pas l'équilibre de l'organisme, comme dans une bonne balance deux poids égaux ne changent pas l'équilibre. Cette dernière question ne peut se juger que par des expériences sur les animaux. Or, quand il s'agit de Belladone, il ne faut pas oublier que certaines espèces animales sont moins impressionnées que d'autres. Le lapin, d'après M. Bouchardat, peut manger impunément des feuilles de Belladone et rendre de l'atropine dans ses urines, si bien qu'on avait proposé de fabriquer l'atropine en nourrissant des lapins de feuilles de Belladone. Giacomini prétend que les chèvres jouissent de la même immunité. Le cabiai et le rat, d'après M. Meuriot, sont dans le même cas.

Ajoutons que, quand il s'agit de phénomènes cérébraux, comme ceux que produisent l'Opium et la Belladone, les animaux inférieurs ne donnent que peu de renseignements. C'est donc chez le chien, le chat, le cheval (Trasbot) et l'homme que l'on peut arriver à résoudre ce problème.

Les expériences de Benjamin Bell faites sur le lapin, celles de M. Camus (de Saint-Quentin) {Gaz. hebd., 1865) faites sur le lapin et le moineau, celles du docteur Bois (d'Aurillac) {Gaz. des ffôp., 17 juin 1865), sont donc encore insuffisantes. Nous espérions que la thèse de M. Meuriot renfermerait des détails à ce sujet, mais l'action de la Belladone n'y a été comparée qu'à celle du bromure de potassium.

Substances synergiques de la Belladone. Les autres solanées

vireuses, datura, jusquiame et tabac ont une action presque identique, et jouissent du même pouvoir mydriatique. Si la Belladone est employée comme antispasmodique, on pourra lui associer l'opium, l'acide cyanhydrique et la lobélie. Si, au contraire, l'atropine a été employée comme &édatif, on pourra administrer dans le même sens le bromure de potassium, la quinine, l'ergot de seigle et l'arsenic.

Substances antagonistes. Nous avons établi plus haut ce qu'il fallait entendre par antagonisme, il ne sera question ici que de l'action sur la pupille. Il faut citer, comme antagonisme à ce point de vue, la strychnine, l'opium et surtout la fève de Calabar.

Antidotes. Le tannin et les substances qui en renferment annulent l'effet de l'atropine.

MODES d'administration ET DOSES.

La forme la plus simple et la plus convenable pour administrer la Belladone àl'intérieur serait la poudre de racines ou de feuilles, si la poudre était toujours fraîche : on devrait commencer par 1 à 25 centigrammes le premier jour, et il est rare de pouvoir porter la dose plus haut que 60 centigrammes ou 1 gramme, sans déterminer des phénomènes cérébraux assez violents. Les feuilles et les tiges en infusion seront prescrites à la dose de 30 centigrammes à \ gramme et demi, et nous insistons d'autant plus sur ces doses, que beaucoup d'auteurs, qui probablement se sont servis de feuilles altérées, conseillent de prendre l'infusion de 4 grammes de la plante : or nous avons déterminé plusieurs fois le délire, la diarrhée et une énorme dilatation des pupilles avec l'infusion de 60 centigrammes. En décoction, pour l'usage interne, la dose sera la même que pour l'infusion ; l'extrait a une activité un peu moindre que celle delà poudre; la teinture alcoolique se prend à la dose de 6, 12, 24 et môme 36 gouttes. Comme prophylactique de la scarlatine, on fait prendre 4 gouttes de teinture de Belladone dans un demi-verre d'eau sucrée et l'on administre une cuillerée à bouche de ce mélange toutes les heures ; on augmente la dose de 2 gouttes de teinture toutes les deux heures jusqu'à 10; moitié dose pour les jeunes enfants. Pour l'usage externe, on n'emploie guère que l'extrait, la teinture alcoolique et la décoction. Les doses ne peuvent pas être indiquées, car eUes varient suivant les circonstances. Les décoctions dont nous nous servons souvent, pour l'usage externe, sont faites ordinairement avec 30 ou 60 grammes de la plante pour un à deux litres d'eau. Le suc des baies de Belladone ne s'emploie guère que dans les maladies des yeux ; on en instille une ou deux gouttes entre les paupières.

M. le docteur Lusana a publié, en 18.11, dans la Gazctta mcdica Lombarda, un travail fort intéressant sur l'emploi thérapeutique de l'Atropine, principe actif des solanées du genre Atropa. Il répéta d'abord les expériences toxicologiques de Quaglino et Manzolini, et les essais thérapeutiques de Brookes, Bouchardat et Stuart Cooper. Il put constater que, bien que cet agent fût fort énergique, il n'était pourtant pas aussi dangereux pour l'homme que l'avaient prétendu les observateurs dont nous venons de citer les noms, et il s'enhardit jusqu'à donner, cinq fois par

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jour, jusqu'à 3 centigrammes d'atropine sans produire d'autres effets que ceux qui appartiennent à de fortes doses de Belladone.

Il applique ce remède au traitement des névralgies, delà danse de Saint-Guy, de l'épilepsie, avec un certain succès. Quand on lit attentivement les observations, d'ailleurs très-détaillées, qu'il donne, on se convainc aisément que, entre les effets de l'atropine et ceux de la poudre de Belladone, il n'y a pas la plus légère différence, que les doses seules doivent changer, et que, en un mot, il en est de l'atropine relativement à la Belladone, comme de la morphine relativement à l'jopium, comme de la digitaline relativement à la digitale. Il était intéressant sans doute, au point de vue chimique, de découvrir ces principes immédiats, comme en général tous les principes immédiats qui constituent les parties éminemment actives des médicaments. Mais le bénéfice qu'a retiré la thérapeutique de cette découverte a-t-il toujours la valeur extrême qu'on s'est plu à lui attribuer? Si, pour le quinquina, il y a un véritable avantage, dans beaucoup de cas, à avoir un alcaloïde qui, sous un petit volume, jouisse d'une action aussi sûre qu'énergique et dont l'administration soit beaucoup plus facile, en est-il de même relativement à la Belladone et même à la digitale, qui sont si faciles à administrer en nature, et qui, sous un très-faible volume, possèdent une extrême énergie ?

Si maintenant il est permis de faire valoir ici une autre considération, on comprendra que le médecin ne doit jamais, à moins d'urgence, substituer des médicaments d'un prix extrêmement élevé, à des substances dont la valeur vénale est presque nulle et dont l'activité est fort grande.

Hâtons-nous d'ajouter pourtant que toutes les fois que la chimie aura trouvé dans un principe immédiat un produit fixe, parfaitement bien défini, d'un dosage facile, et surtout doué d'une grande facilité d'absorption, nous serons tout disposés à faire bon accueil à ce nouveau produit; et tout en donnant la préférence, pour l'usage général, aux substances ■en nature, là oii l'expérience aura consacré la sûreté et l'efficacité de leur action, nous accorderons volontiers la supériorit5 à ces principes actifs alors qu'il s'agira de remplir certaines indications spéciales, par exemple quand le médicament demandera à être employé par la méthode endermique. (Voir plus haut, à la matière médicale, l'article Atropine.)

C'est ici le lieu d'ajouter que, depuis quelques années, l'atropine est utilisée d'une manière heureuse par la méthode nouvelle des injections sous-cutanées, autrement dite, méthode hypodermique.

Cette méthode est due, comme on le sait, au docteur Alex. Wood, d'Édimbourg. Dans le principe, on employait dans ces injections, qu'on pratique au niveau de la branche nerveuse affectée de névralgie, diverses substances narcotiques, telles que la teinture acétique d'opium, la morphine et l'atropine, liais aujourd'hui il est à peu près généralement re-

connu que, de toutes ces substances, l'atropine est celle qui jouit ici de la plus grande efficacité.

C'est M. le docteur Béhier qui, le premier, a importé en France cette nouvelle méthode, et il est juste d'ajouter que, grâce à son travail intéressant présenté cà l'Académie, il a le mérite de l'avoir fait prendre immédiatement en très-sérieuse considération parmi nous. Un peu plus tard, quelques autres médecins, parmi lesquels nous citerons particulièrement MM. Becquerel et Hérard, vinrent confirmer par leurs observations les heureux résultats obtenus antérieurement ; de plus, en démontrant l'innocuité presque constante des injections médicamenteuses, tant dans leurs effets locaux que généraux , ils réussirent à dissiper certaines préventions qui s'étaient produites dès le principe, et de ce moment, cette précieuse méthode fut définitivement acquise à la thérapeutique.

Voici le procédé que suit et recommande M. Béhier. Il emploie une solution de sulfate d'atropine, dans la proportion de 30 centigrammes pour 30 grammes d'eau distillée, ce qui donne exactement 2/10 de milligramme de sel pour chaque goutte de la solution. Il se sert, pour faire l'injection, de la petite seringue de Pravaz. Chaque quart de tour du piston, qui est à vis, donne issue à une goufte du liquide médicamenteux ; la canule contient de 4 à 6 gouttes, de manière que 5 gouttes (ou 5 quarts de révolution du piston) représentent 1 milligramme de sulfate d'atropine. A cette dose, qui est la dose ordinaire pour un adulte, l'injection hypodermique donne lieu presque constamment à des phénomènes d'intoxication atropique plus ou moins intenses suivant les individus ; et quand ils dépassent une certaine mesure, M. Béhier les combat avec avantage par l'opium sous forme d'extrait ou de sirop diacode.

Une première injection suffît quelquefois pour faire disparaître l'affection névralgique, mais le plus souvent elle ne fait que la calmer momentanément, et dans ce cas il est nécessaire de revenir à cette injection à plusieurs reprises, suivant l'ancienneté ou le degré de résistance de la maladie.

Si au lieu d'une névralgie ou d'une douleur rhumatique ou autre, on a à combattre une paralysie locale, on a recours aux injections de sulfate de strychnine.

En résumé, la méthode des injections hypodermiques est devenue une très-précieuse ressource dans le traitement des névralgies, pour peu qu'on ait affaire à des névralgies un peu profondes ou réfractaires. On en s. également obtenu d'utiles résultats dans certaines paralysies, plus ou moins localisées, et même dans des paraplégies, à condition toutefois que ces paralysies ne fussent pas sous la dépendance d'une lésion cérébro-spinale profonde, ou bien que cette lésion, déjà ancienne et en quelque sorte vieillie, eût perdu son caractère de cause active.

Encouragés par les tentatives de MM. Gubler, Moutard-Martin,

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