GIGUE
La familli; des Ombellifères cjntient cjtiatro espèces de Ciguë employées en médecine. Ce sont : la gi-ande Cigiié, la Ciguë vireuse, la Ciguë aquatique ou Phellanririe, et la petite Ciguë.
Touti'P vos plantes sont de la série des dicotylédones polypétales hypogynes de Jussieu, pentandrio digynie de Linné.
La grande Ciguë (Conium maculalurn, L. ; Cicula major^ Lam. ; C. ofpcinalis) est une plante bisannuelle, de trois à quatre pieds de haut, dont la tige creuse est couverte, surtout quand elle est jeune, de taches d'un rouge brun, d'où l'épithète de maculalurn.
Caractères génériques. Involucre à trois ou cinq folioles réfléchies; involucelles à trois folioles, disposées du côté extérieur de l'ombelle; calice entier ; pétales inégaux obcordés, à bords fléchis en dedans; fruit ovale, globuleux, à côtes bossues et tuberculeuses.
Caractères spécifiques. Folioles do l'involucelle lancéolées , plus courtes que l'ombellule.
Cette plante a une odeur nauséeuse, fétide ; elle croit dans les lieux incultes et humides ou pierreux du midi de la France; elle fleurit en juin et juillet. ^ Parties usitées. Les feuilles.
Le principe actif de la Ciguë a d'abord été recherché par Brandes, qui lui donna le nom de conin ; mais le docteur Paris pensa que ce produit était un corps complexe, et que le principe actif résidait dans nue matière de nature résineuse soluble dans l'éther. Enfin Gieseck, et un peu
plus tard Geiger, sont arrivés à des résultats plus précis : ils ont reconnu que les propriétés toxiques de la Ciguë tiennent à la présence d'une base alcaline, qu'ils ont nommée cicu(me. — Depuis lors, cette substance, étudiée par MM. Henry, Boutron et Christison, a reçu le nom de conicine.
La conicine, C'^H'^Az, est liquide, huileuse, jaunâtre ; sa saveur est acre ; son odeur forte rappelle celle de la Ciguë et du tabac ; elle est soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther; elle neutralise les acides, et forme des sels cristallisables qui s'altèrent facilement. Au contact de l'air, la conicine donne naissance à de l'ammoniaque et à une matière résineuse, suivant Geiger. i
Cet alcali organique a été retiré des feuilles de Ciguë ; mais il se trouve en proportion plus grande dans les fruits.
Pour l'obtenir, on distille les fruits de Ciguë avec de la polasse caustique en dissolution étendue aussi longtemps que le produit de la distillation conserve de l'odeur. On sature la liqueur distillée avec do l'acide sulfurique, et on évapore on sirop. On ajoute au produit un mélange de deux parties d'alcool et une partie d'éther , tant qu'il se précipite du sulfate d'ammoniaque, et l'on active l'alcool par la distillation. On met le résidu dans une cornue avec une dissolution de potasse caustique très-concentrée, et l'on distille de nouveau. La conicine est alors ?i l'état d'hydrate; on l'obtient anhydre en la distillant sur du chlorure de calcium.
ClGUE.
Il résulte des recherches récentes de MM. "Von Planta et Kekulé que la cicutine du commerce est un mélange de deux alcalis homologues de ciculine et de méthylcicvtirip. Enfin, M. T. Wertheim a trouvé mêlé à la cicutine obtenue par la distillation des fleurs fraîches un nouvel alcaloïde qu'il a désigné sous le nom de coriliydrine.
La. Cigvë vireuse {Cicufa virosa, L., Cicutaria aqualicn, Lam.), que plusieurs auteurs confondent encore avec la Ciguë aquatique [Phellandrium aquaticum), croît sur le bord des étangs et dans les eaux stagnantes. Sa tige est haute d'un îi deux pieds, cylindrique et fistuleuse : ses feuilles sont grandes, doux ou trois fois ailées, composées de folioles lancéolées, un peu étroites, pointues et dentées en scie ; ses fleurs sont blanches et disposées en ombelles lâches. Sa racine contient un suc jaune, très-àcre.
Caractères génériques. Involucre nul ou à une foliole ; involucelles à trois ou cinq folioles trûs-longues; calice à cinq dents feuillues; pétales ovales, entiers, courbés au sommet, presque égaux; fruit arrondi, contracté sur le côté, didyme ; carpelles à cinq côtés, égales, dont les deux latérales un peu élargies ; semence cylindrique.
Caractères spMfiques. Ombelles opposées aux feuilles; pétioles marginés, obtus.
I^a Ciguë vireuse est un poison narcotico-ûcre plus énergique encore que la grande Ciguë (Mératetde Lens).
I^a ]7e/i7e CiguÈ' [Mihusa cynapiim), vulgairement faux persil, Ciguë des jardins, croît dans les lieux cultivés; sa tige est haute d'un pied et demi, rameuse, glabre et cannelée; ses feuilles sont d'un vert foncé, deux ou trois fois ailées, à folioles pointues et pinnatifides; les fleurs sont blanches et forment d£s ombelles planes très-garnies, dépourvues d'involucres.
Caractères génériques. Involucre nul ou composé d'un ou deux folioles; involucelles unilatérales, triphylles, pendantes ; calice entier ; pétales inégaux, à bords obovés, fléchis en dedans ; fruit ovoïde strié ou sillonné ; semence demi-globuleuse.
Caractères spécifiques. Toutes les feuilles semblables.
Cette plante a donné souvent lieu à de funestes accidents à cause de sa ressemblance avec le persil. Mais l'asthusa exhale une odeur nauséeuse ; sa tige est ornairement violette ou rougeâtre à la base, et couverte d'un enduit glauque ; ses feuilles sont d'un vert noirâtre, ses involucelles caractéristiques ; ses fleurs blanches, et non jaunâtres comme dans le persil.
La Ciguë aquatique {Phellandrium aquaticum), vulgairement fenouil aquatique, est une plante très-commune dans les mares, s'élevant à la hauteur de deux ou
trois pieds. Sa racine est pivotante et munie d'un grand nombre de fibres verticillées ; sa tige est creuse, ses feuilles sont très-divisées ; ses fleurs blanches, très-petites, sont disposées en ombelles de dix à douze rayons. Les fruits sont ovoïdes allongés, régulièrement striés, glabres, un peu luisants et rougeâtres, formés de deux carpelles soudés. Le fruit entier offre une odeur très-forte ; la saveur en est acre et un peu aromatique.
Les propriétés délétères de cette plante sont moins marquées que celles des autres espèces de Ciguë.
Toutefois le principe actif do la Phellandrie isolé par M, Hutct et désigné par lui sous le nom de Phellandrine est un. principe toxique très-actif.
Les fruits de la Phellandrie aquatique ont été employés comme apéritifs, diurétiques, emménagogues, expectorants et sédatil's. C'est surtout contre les affections de poitrine qu'on les a employés.
Sous la forme de poudre, la dose initiale est de 2o à 30 centigrammes, on peut l'élever jusqu'à 1 gramme. On l'a encore préconisé conire les ulcères rebelles, la dyspepsie et les fièvres intermittentes.
i^ous indiquerons aussi VJEnanlhe safranée {/Enantlie crocala, L.), genre trèsvoisin du phellandrium, et qui contient dans sa racine un suc jaune éminemment vénéneux.
Nous avons pensé qu'il était important do donner scrupuleusement les caractères botaniques de ces diverses espèces de Ciguë, dont les propriétés toxiques se touchent.
La grande Ciguë est, selon nous, i tort, presque exclusivement employée ; les autres genres, considérés comme inefficaces, jouissent cependant de qualités énergiques et mériteraient une place parmi les agents thérapeutiques. Il était donc à propos de les faire connaître et d'en signaler les caractères différentiels, afin d'éviter des méprises funestes ; et puis, fort souvent, dans les campagnes, on est forcé d'avoir recours aux succédanés d'une plante, soit à cause de la rareté, soit en raison de Yhabilal, qui fréquemment varie suivant les espèces.
Nous ne dirons rien des préparations officinales de la Ciguë, sinon qu'elles sont absolument les mêmes que pour la belladone.
Celles qui sont le plus fréquemment employées sont Ve.rtrait de Ciguë sous forme de pilules, et la poudre de feuilles pour emplâtre et pour cataplasmes. L'extrait de suc non dépuré de Ciguë et l'alcoolature sont de fort bonnes préparations.
Le Codex prépare deux extraits de Ciguë, l'un avec les feuilles et l'autre avec les semences; ce dernier est le plus actif.
La conicine étant volatile, les préparations de Ciguë seront d'autant plus actives qu'elles auront été obtenues à froid ou à une température peu élevée ; c'est
ce qui explique les différences qui existent dans l'action des divers extraits de Ciguë.
Les fruits de Ciguë se sont quelquefois trouvés mêlés à ceux d'anis; on les
distingue par leur compression, on ce qu'ils sont légèrement arqués et moins verts que ceux d'anis.
Ils constituent la partie la plus active de la plante.
HISTORIQUE
La grande Ciguë, connue de toute antiquité comme poison, et rarement employée comme médicament, a été plus particulièrement introduite dans la matière médicale vers le milieu du siècle dernier, et bientôt elle a joui d'une célébrité que l'expérience n'a pas entièrement consacrée.