‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 47 sur 335 · GIGUE · texte numérisé non relu

GIGUE

des nausées et des défaillances, on éprouve une fatigue extrême. Les sécrétions cutanées ou urinaires sont ordinairement augmentées^ mais rarement elles le sont en même temps. La peau est le siège d'une sensation de fourmillement désagréable et quelquefois d'éruptions érythémateuses (Earle et Wight).

Ehrhart, dans sa Dissertation sur la Ciguë, pense que cette plante a été employée par Hippocrate, et désignée par ce grand homme sous le nom de koneion {vMvt'.y/), qui lui a été conservé. Arétée {De Morbis acutis, lib. II, cap. H) regardait l'emploi extérieur de la Ciguë comme propre à éteindre les désirs amoureux. Pline (lib. XXVI) prétendait qu'à l'aide de cette plante on pouvait guérir les tumeurs, les ulcères cacoëthes. Avicenne (lib. II, tract. 2) la vantait également dans le traitement des tumeurs des mamelles et des testicules. Plus tard, et de siècle en siècle, il se trouve quelques auteurs pour rappeler les idées de Pline et d'Avicenne, et pour conseiller encore la Ciguë dans les mêmes circonstances oh ceux-ci l'avaient employée.

Cancer. En 1761, Storck, médecin d'un des hôpitaux de Vienne, contre qui l'illustre de Haen s'est peut-être trop élevé, publia ses fameuses expériences sur plusieurs médicaments vireux, et, entre autres, sur la Ciguë. Ce médecin, à qui la thérapeutique doit quelques bons médicaments, vanta avec exagération les vertus extraordinaires de la Ciguë dans le traitement des cancers. Après lui, vingt médecins se disputèrent l'honneur d'être encore plus enthousiastes que lui, et bientôt les éloges mensongers donnés à la Ciguë ne trouvèrent plus de créance, et le médicament tomba dans un discrédit qu'il ne méritait pas tout à fait; car la confiance que l'on accordait à la Ciguë se fondait sur quelques faits très-réels. Ces faits, quoique souvent mal interprétés par ceux qui les ont observés, n'en sont pas moins précieux; ils prouvent que des tumeurs diverses, ou du sein ou du testicule, de nature en apparence cancéreuse, ont été les unes amendées, les autres guéries par l'emploi interne ou externe de la Ciguë.

A l'intérieur, Storck donnait l'extrait de la Ciguë, d'abord à la dose de S centigrammes matin et soir, et il augmentait graduellement et allait ainsi jusqu'à 4 et 6 grammes par jour. Quelquefois il se servait de la poudre fraîche au lieu de l'extrait. Il ne l'employait que rarement comme topique ; et, dans ce cas, il se servait des feuilles et de la tige ou de la racine écrasées. La plupart de ceux qui ont imité Storck regardaient comme très-utile d'associer l'usage des purgatifs à celui de la Ciguë, et ils donnaient tous les jours un drastique à leurs malades [Journal de médecine de Vandermonde, t. XV, p. 121.)

Les histoires citées par Marteau de Grandvilliers {Ancien Journal de med., 1771, t. XIV, p. 121), celles de Décotes fils {ibid., 1762, t. XVI,

2r;0 MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS.

p. 35), de Porte {ibid., 1762, t. XVII, p. 3/i6), de Larranture [ibid., 1764, t. XX, p. 502), de Renard {ibid., 1765, t. XVIII, p. 411), de Masars, de Caselles [ibid., 1760, t. XXXIV, p. 255), de Lemoine [ibid., 1772, t. XXXVII, p. 129), de Buissonnat {ibid., 1787, t. LXX, p. 449), de CoUin [Ann. méd., t. II, p. 84), de plusieurs autres praticiens dont la bonne foi ne peut être suspectée, ne permettent pas de douter que l'usage interne de la poudre de racines et de l'extrait de Ciguë a guéri des tumeurs diverses qui avaient le caractère squirrheux. Mais il y a loin de là à l'engouement de Storck et de CoUin, son élève, qui, se fondant sur quelques succès peu nombreux, prétendaient avoir trouvé le moyen de guérir tous les cancers. Toutefois nous devons ici un aveu.

Lorsque, en 1836, nous imprimions la première édition de cet ouvrage, nous étions plus incrédules que nous ne le sommes aujourd'hui sur le compte de la Ciguë ; mais, depuis cette époque, nous avons, à l'hôpital et dans notre pratique particulière, expérimenté beaucoup ce médicament, et nous devons déclarer qu'il nous a paru un des agents les plus puissants dans le traitement des engorgements chroniques. Par l'emploi longtemps continué des cataplasmes de Ciguë sur le ventre, nous avons vu se guérir des hydropisies ascites, dues, les unes à une péritonite chronique, les autres à la présence de tumeurs nombreuses dans la cavité abdominale. Dans quelques cas, les tumeurs elles-mêmes purent se résoudre entièrement. Dans d'autres circonstances analogues, nous avons obtenu, sinon une guérison complète, du moins un amendement trèsnotable ; mais le plus souvent le remède est resté sans effet. Chez une vieille femme de soixante et onze ans, l'usage des mêmes moyens arrêta les progrès d'une tumeur au sein, dont MM. Cloquet et Bérard avaient constaté le caractère cancéreux et dont l'ulcération leur semblait imminente. Dans tous les cas que nous rapportons ici, la Ciguë ne fut pas donnée à l'intérieur, mais appliquée topiquement sous forme de cataplasmes faits avec trois quarts de poudre de Ciguë et un quart de farine de graine de lin. Ces cataplasmes sont encore plus efficaces et beaucoup moins coûteux, quand on se contente de recourir au cataplasme de graine de lin recouvert d'une couche de bouillie faite avec de la poudre de Ciguë et de l'eau de graine de lin très-épaisse. Concurremment on fit sur la partie des frictions, deux fois par jour, avec la pommade d'iodure de plomb, et des lotions avec la teinture d'iode; à l'intérieur, nous prescrivions l'acide arsénieux à la dose de 25 décimilligrammes jusqu'à 1 centigramme. Quoique, dans un traitement aussi complexe, il semble difficile de savoir au juste quelle est la substance qui a le plus utilement agi, nous dirons qu'en variant le traitement accessoire, qui a aussi de l'importance, et en nous contentant de l'emploi extérieur de la Ciguë, nous obtenions des effets évidemment utiles.

Phthisie. Il n'est pas jusqu'à la phthisie pulmonaire que nous n'ayons essayé de traiter par la Ciguë. Nous faisons recouvrir toute la poitrine

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