‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 48 sur 335 · CIGUË · texte numérisé non relu

CIGUË

avec une espèce de cuirasse de peau enduite d'une couche épaisse d'emplâtre de Ciguë. Cette cuirasse est renouvelée tous les quatre ou cinq jours. Ce moyen si simple calme la toux et rend l'expectoration plus facile, en même temps qu'il tempère les douleurs de poitrine si communes chez les phthisiques. Sous l'influence de cette médication, la fièvre ordinairement se modère ; en un mot, nous avons obtenu chez plusieurs poitrinaires, dont les tubercules étaient peu nombreux et dont la maladie marchait avec quelque lenteur, nous avons, disons-nous, obtenu un amendement et une suspension des accidents, que nous n'aurions eus peut-être par aucune autre médication connue.

Est-ce donc à dire que nous prétendions guérir le cancer et la phthisie, ces maladies qui sont l'écueil de la thérapeutique et le désespoir des praticiens? A Dieu ne plaise qu'on nous suppose une pareille prétention ; mais nous croyons qu'à l'aide de la Ciguë, on peut, dans un certain nombre de cas, modérer le travail inflammatoire intime, qui hâte la dégénérescence des cancers, leur ramollissement, et qui désorganise si rapi dément les poumons de ceux qui n'avaient d'abord qu'un petit nombre de tubercules.

Si, comme il n'est guère permis d'en douter, d'après ce que nous venons de dire, on parvenait à résoudre des tumeurs de nature grave, il était raisonnable d'essayer dans le traitement des scrofules cette même médication, qui d'ailleurs est tout à fait exempte d'inconvénients.

Scrofule. Les faits rapportés par le judicieux Marteau de Grandvilliers (loc. cit.), par Mutcau de Roquemont {ibid., 1764, t. XX, p. 554), par Dupuis de la Porcherie (iùid., 1763, t. XXII, p. 219), par Lemoine [loc. cit.), par Colhn (loc. cit.), et ultérieurement par Hufeland [Traité des scrofules, p. 236)^ prouvent que, si l'usage interne de la Ciguë ne guérit pas toujours les tumeurs scrofuleuses, dans quelques cas, du moins, il les fait disparaître, et amende sensiblement l'état général. Dans ces derniers temps, Baudelocque, à l'hôpital des Enfants, a aussi obtenu beaucoup de succès par l'emploi de ce médicament.

Il a eu recours, pour l'usage intérieur, à l'extrait alcoolique, qu'il a administré en pilules. Il a commencé par la dose de 10 centigrammes matin et soir, et l'on a augmenté chaque semaine de 20 centigrammes. Sur sept filles traitées par la Ciguë, il en est cinq chez lesquelles l'extrait a été porté graduellement jusqu'à 3 grammes et demi par jour.

Pour l'usage externe, on fait appliquer sur les tumeurs et sur les ulcères scrofuleux de la Ciguë fraîche préalablement écrasée (Bulletin de Thérap., 1835, t. IX, 4« livr.).

Disons enfin, comme confirmation de ces résultats, que M. Bazin, ayant repris les expériences sur la Ciguë, en a obtenu de très-notables avantages dans la première période de la scrofule; dans ces cas, il a l'habitude de l'associer aux préparations d'iode. M. Laboulbène en a obtenu également de bons résultats dans des engorgements chroniques

2ri2 MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS.

mono-articulaires chez des scrofuleux. {Bulletin de Tliér., 1862, t. II, p. 289.)

Dartres. On a encore conseillé le même moyen dans quelques maladies de la peau, telles que les dartres, la teigne, etc. {Journal de Vandermonde, 1772, t. XXXVIII, p. 139. — Ibid., 1790, p. 135. —Journ. rjén. de méd , t. XXXVIII, p. 437). Mais les faits cités dans ces journaux par Lecomte de Préval, par Waton, sont loin d'être concluants. Au contraire, les faits curieux rapportés par Fantonetti {Go,z. méd., t. V, p. 226) démontrent que, dans le traitement de dartres sous forme aiguë et chronique, les bains faits avec de l'eau de Ciguë ont une grande efficacité.

L'auteur regarde ces bains et les lotions avec la décoction ou l'infusion de Ciguë comme fort calmants, résolutifs et dessiccatifs; il en a fait l'expérience un assez grand nombre de fois, et rapporte plusieurs observations à l'appui de ce qu'il avance : ce remède agit promptement et ne produit jamais d'accidents quand on sait s'en servir. On prépare le bain de Ciguë en faisant infuser dans de l'eau bouillante, dès la veille, ou bien bouillir, huit à dix poignées de Ciguë sèche ou fraîche, dans huit ou dix litres d'eau, qu'on verse ensuite dans l'eau de la baignoire, chaude de 26 à 27 degrés Réaumur. Le malade doit y rester une heure ou doux; la baignoire doit être bien couverte à l'aide d'une couverture de laine et d'un drap qu'on serre autour du cou du malade, afin que la vapeur ne lui occasionne pas de maux de tête ou des vertiges. D'après l'auteur, la Ciguë agit par le principe alcaloïde qu'elle contient; cela explique, d'après lui, pourquoi la décoction et l'infusion de cette plante sont également efficaces, car ce principe ne s'évapore point comme la partie volatile des plantes aromatiques qu'on emploie au même office. Dans les maladies cutanées les plus incommodes, M. Fantonetti regarde les bains en question comme le remède calmant et contro-stimulant par excellence.

Coqueluche. L'action stupéfiante de la Ciguë a été utilisée contre la coqueluche, par Schlessinger {Bibl. méd., t. LVII, p. 379), et plus tard par Butter et Odier (Mérat et de Lens, Dict. de Tkér.^ t. II, p. 389). Le premier faisait dissoudre, dans 60 grammes d'eau, 5 centigrammes d'émétique, y délayait 10 centigrammes d'extrait de Ciguë, et ajoutait 13 grammes de sirop de framboise; il faisait prendre cette dose en deux jours, et le succès en fut aussi prompt qu'efficace. Ici, évidemment, la médication est trop complexe pour qu'on puisse juger ce que pourrait l'action isolée de la Ciguë.

L'inspiration de vapeurs cicutées a été conseillée par Alibert contre la phthisie ; mais il est à craindre que ce thérapeutiste n'ait hasardé ce conseil sans faits qui l'appuyassent. Toutefois c'est un point à revoir.

Chaussier, Duméril, Guersant, prescrivent la Ciguë dans les névralgies. [Dict. des Sciences méd,, t. V, p. 212.)

ClGUE.

Saiyrîasîs. Nous avons dit plus haut qu'Arétée la considérait comme propre à éteindre les désirs amoureux ; et c'est surtout d'après* ce témoignage, et d'après celui de saint Jérôme, qui rapporte que les prêtres égyptiens se réduisaient à l'impuissance en buvant tous les jours un peu de Ciguë, que, de nos jours, on a cru devoir la prescrire pour combattre le satyriasis et la nymphomanie.

Un fait isolé a été rapporté par Masars de Caselles {Journ. de Vand., 1770, t. XXXIV, p. 253), c'est celui d'un prêtre qui était atteint de la cataracte, et dont l'état fut très-sensiblement amendé par l'usage de la Ciguë. L'auteur qui rapporte ce fait n'a pas lui-même fait attention à cette particularité, savoir, que la Ciguë, comme presque tous les stupéfiants, dilate la pupille, et qu'en vertu de cette dilatation, le champ de la vision s'élargissant, les rayons lumineux peuvent tomber sur la rétine, sans que d'ailleurs le cristallin lui-même ait subi aucune modification.

La Ciguë se donne, sous forme d'extrait, aux doses que nous avons indiquées plus haut. On donne la poudre de feuilles depuis S centigrammes jusqu'à 2 grammes par jour. En décoction, la feuille ou les fruits s'administrent à la dose de 30 centigrammes à 8 grammes pour 300 grammes d'eau, pour l'usage externe.

L'emplâtre de Ciguë est préparé par plusieurs procédés ; mais, de même que pour la belladone, on préfère celui de Planche, qui consiste à mélanger l'extrait de Ciguë avec la cire et la résine élémi. C'est un bon fondant, et il fait partie de l'emplâtre des quatre fondants.

La conicine est employée par quelques médecins de préférence à la Ciguë. Fronmueller, qui a fait sur ce principe immédiat un grand nombre d'expériences cliniques, la regarde comme utile contre la scrofule, et surtout l'ophthalmie scrofuleuse. Elle est spécialement indiquée chez les sujets doués d'une excessive sensibilité, avec prédominance du spasme des paupières, photophobie, écoulement de larmes et vives douleurs.

Dans la plupart de ces cas, Fronmueller a obtenu des succès marqués à l'aide de la conicine ; toutefois il déclare avoir prescrit simultanément un régime approprié, des bains et des moyens locaux.

Voici la formule que ce praticien met hnbituellement en usage ;

Pr. : Conicine 3 ou 4 gouttes.

M. et P. dissoudre S. A.

Pour une solution qu'on administre, trois fois par jour, à la dose de 15 à 30 gouttes dans une tasse d'eau convenablement édulcorée. Pour plus de précision, nous dirons que la dose ordinaire de la conicine ne

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