CHAPITRE PREMIER
MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS
FER
Le Fer, ferrum, xiX\i^ des Grecs, Mars des alchimistes, est un des métaux le plus anciennement connus; c'est celui que la nature a répandu le plus abondamment.
Il est allié à la plupart des minéraux; les végétaux et les animaux en contiennent aussi en quantité assez notable pour que l'existence en soit facilement démontrée.
Le Fer est d'un gris bleuâtre, à texture fibreuse, très-dur, très-tenace et surtout très-ductile ; il a une odeur particulière •et une saveur styptique ; sa densité est de 7,60 (sept fois et demie plus pesant que l'eau) ; sa fusion a lieu à, 150" du pyromètre de Wedgwood ; facilement oxydable k l'air humide ; décomposant l'eau à la chaleur rouge en «'emparant de son oxygène; à la température ordinaire, n'exerçant aucune action sur l'eau distillée et non aérée, etc. Il est en outre attirablc à l'aimant et susceptible de devenir magnétique.
Le Fer est employé en médecine à l'état de métal, d'oxyde et de sel. Nous l'examinerons successivement sous ces différentes formes.
I. Fer à l'élat miflalUque. Il s'emploie toujours en poudre fine, obtenue soit par la lime, et souvent alors atténuée sous le porphyre, soit par la réduction du peroxyde au moyen de l'hydrogène.
La limaille de Fer ( limatura Martis, sco/js ferri. limalura ferri prœparala du Codex) est blanche, brillante avec éclat métallique; elle est soluble en totalité dans l'acide chlorhydrique, avec dégagement d'hydrogène, et donne une dissolution h. peine colorée.
Préparation. On prend du Fer doux et on divise le métal à l'aide d'une lime d'acier, connue dans le commerce sous le nom de lime à main bitarde, de manière à obtenir une poudre grossière et d'un grain toujours uniforme. La limaille est brillante et complètement attirable à l'aimant.
(Codex.) Ainsi préparée, elle doit être conservée dans des flacons bien bouchés.
La limaille dite porpliyrisée {limalura ferri supra porphyritem leviiiata) n'a pas l'aspect brillant de l'autre ; elle s'oxyde beaucoup plus facilement lorsqu'on la prépare.
Pour l'obtenir, il faut prendre la limaille préparée selon le procédé du Codex, et la porphyriser par petite quantité et ii sec, jusqu'à ce qu'elle soit réduite en poudre très-fine. Elle doit être garantie le plus possible du contact de l'air humide, et être conservée dans des flacons secs et hermétiquement bouchés.
Il faut porter une grande attention dans le choix de la limaille, parce que souvent elle contient des parcelles de cuivre qui peuvent donner lieu à des accidents. Pour constater la présence du cuivre, il suffit de recouvrir la limaille îi essuyer par de l'ammoniaque liquide, qui prend bientôt une coloration bleue si elle renferme des parcelles de cuivre. Quant au zinc que la limaille de Fer contient quelquefois, on en constate la présence par le barreau aimanté.
Cette poudre métallique entre dans quelques préparations officinales et magristrales. Nous donnerons les principales formules.
lo Tablettes martiales :
Fer por[)hyrisé [ferrum supra
porphyrilem leviyalum). . . 17 gr.
Sucre blanc ( saccharum album) 180 gr.
Poudre de cannelle ( pulvis cinnamomi), 2 gr.
Mucilage lie goimno adragante tmucilagu cuni gumini tragacanlhd) q. g.
F. s. a. des tablettes de 50 centi-
MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
grammes, qui contiendront cliacune 5 centigrammes de Fer. (Soubeiran.)
2° Pilules martiales de Sydenham :
Limaille de Fer porphyrisée. q. v.
Extrait d'absinthe q. s.
F. s. a des pilules de 30 centigrammes.
Le Fer réduit par l'hydrogène (ferrum ope hydrogenii paralum) se présente en poudre impalpable d'un gris de fer, fortement attirable à l'aimant. M. Quevenne, qui en a le premier proposé l'emploi dans ces derniers temps, le prépare en faisant passer un courant de gaz hydrogène sur l'oxyde fcrroso-ferrique, chauffé au rouge dans un tube de porcelaine. Le colcotar, retenant une forte proportion de sulfate de Fer indécomposé, fournirait un mélange de Fer métallique et de sulfure de Fer, lequel, au contact des acides de l'estomac, dégagerait de l'acide sulfhydrique, et serait la source de renvois nidoreux. Aussi M.Véron a-t-il tout récemment conseillé d'avoir recours au peroxyde précipité du perchlorure par l'ammoniaque, et de le chauffer dans une bouteille à mercure préalablement percée à son fond. Le sel ammoniac qu'il retient, se volatilisant alors, a l'avantage de diviser la masse et de favoriser l'action de l'hydrogène. C'est cette dernière préparation que le Codex vient d'adopter.
Il importe, comme le recommandent MM. Soubeiran et Dublanc, de ne pas trop élever la température, sous peine de voir le métal s'agglutiner en lamelles ductiles.
Le Fer, réduit par l'hydrogène, se dissout dans l'acide chlorhydrique en dégageant de l'hydrogène inodore. La solution de protochlorure de Fer ainsi obtenue, traitée par le cyanure jaune de potassium, donne un précipité qui est entièrement blanc, et qui ne devient bleu qu'au contact de l'air. (Codex.)
Le Fer métallique n'est absorbé qu'à la faveur de sa dissolution dans les acides du suc gastrique, d'où l'indication de le donner avec des aliments, pourvu que ceuxci ne soient pas trop chargés de graisse et ne renferment que peu de tannin ou de soufre.
Le Fer réduit peut être substitué avantageusement au Fer en limaille dans toutes les formules qui ont celui-ci pour base, mais à dose moins forte.
MM. Miquelard et Quevenne l'unissent au sucre et au chocolat pour en faire des granules et des pastilles.
Dragées au Fer réduit ( Miquelard et Quevenne).
Fer réduit par l'hydrogène. 2 k.
Sucre blanc 18 k.
Pour quarante mille dragées que l'on préparera à la manière des anis, en ayant le soin d'interposer le Fer entre deux couches de sucre. On pourra les aromatiser à volonté.
Chaque dragée contient 5 centigrammes de Fer.
Ces dragées sont dénuées de saveur ferrugineuse, et forment un bonbon agréable que l'on peut laisser fondre dans la bouche ou croquer à volonté. Elles ont, sur les pastillesde chocolat, le grand avantage de pouvoir se conserver indéfiniment.
Dose : Débuter par deux dragées et augmenter d'une fois tous les jours, jusqu'à 10 et quelquefois 13. — On les prend de préférence au momentdes repas, alors que la sécrétion du suc gastrique est abondamment provoquée par l'acte de la digestion.
Pastilles de chocolat au Fer réduit (Miquelard et Quevenne).
Fer réduit 1 kiiog.
Chocolat fin à la vanille. 19 kilog.
M. s. a., et faites des pastilles rapprochant le plus possible du poids de 1 gram. Chacune contiendra un vingtième de son poids de Fer ou environ 5 centigram.
Cette préparation se dose bien, est facile à obtenir des pharmaciens, et nous pensons, avec Soubeiran et Réveil, qu'elle est préférable aux dragées de chocolat et de Fer réduit, qui ont l'inconvénient de ne pouvoir donner un médicament exactement titré.
Dose : Comme pour les dragées au Fer réduit.
Chocolat au Fer réduit :
Fer réduit 25 gram.
Chocolat fin 5 kilog.
M. S. A. Cette proportion a été calculée pour qu'une fraction de tablette de 40 gr., qui est la quantité que l'on consomme ordinairement pour une tasse de chocolat, renfermât 0,20 de Fer réduit.
Ce chocol it est plus actif que celui qui est préparé au safran de mars; mais, comme celui au protocarbonate de Fer, il offre le désagrément de prendre une teinte noirâtre, lorsqu'on le fait bouillir avec du lait.
On a reproché au Fer métallique de produire des éructations nidoreuses, et on les a attribuées au sulfure de Fer renfermé dans les préparations. M. Quevenne s'est assuré que le Fer, exempt de tout composé sulfuré, produit encore des renvois suifhydriques ; il a vu aussi que le chocolat ferrugineux amenait rarement cet inconvénient.
M. Mialhe explique l'éructation par la décomposition de l'eau sous l'innuenco du Fer métallique et des acides de l'estomac. Dans ce cas, l'hydrogène se combinerait au soufre renfermé dans les résidus alimentaires.
Les expériences récentes de MM. Deschamps (d'Avallon), de Luca et L. Dussart, ont démontré que le Fer réduit était souvent très-impur, et qu'il pouvait renfermer jusqu'à 50 p. 100 de corps étrangers, parmi lesquels dominent lesoxydes de Fer avec des traces de soufre, d'arsenic, de phosphore, de silicium, etc., de telle sorte
que M. Deschamps propose de revenir ii l'ancienne limaille de fer porphyrisée^ et M. de Luca conseille de réduire le Fer du chlorure et de conserver le produit dans des ampoules de verre, ce qui serait certainement une excellente chose,mais d'une exécution fort difficile.
Le Fer associé à la pepsine a donné de bons résultats contre la dyspepsie, la gastralgie, etc. Voici la formule proposée par Revuil :
Pepsine pure 2 gram.
Fer réduit 1
Extrait d'absinthe . . 1
Excipient q. s.
Mêlez et divisez en 20 pilules; prendre 2 pilules une heure après le repas.
II. Oxydes. Le Fer forme avec l'oxygène deux combinaisons, savoir : le prolo et le sesquioxyde (peroxyde^. Ce qu'on appelait autrefois deuloxyde (oxyde noir, oxyde ferroso-ferrique, éthiops martial) est une combinaison de protoxyde et de sesquioxyde de Fer.
Protoxyde {oxydum ferrosum, Berz., PeO). Il n'est usité en médecine que combiné avec les acides; il est précipité de ses dissolutions par les alcalis sous la forme d'une gelée blanche, floconneuse, qui en quelques instants passe au vert et, plus tard, au jaune rougeàtre, en absorl)ant l'oxygène de l'air.
Sesquioxyde ou peroyyde {oxydum ferricuin, Berz., Pe^O^). Il est très-abondant dans la nature et constitue les minerais connus sous les noms d'hématite et de Fer oUgiste ; sa couleur est d'un rouge violet plus ou moins foncé.
Les variétés artificielles du sesquioxyde de Fer sont encore aujourd'hui désignées sous de vieilles dénominations, selon leur mode de préparation et suivant qu'elles son t hydratées ou anhydres; tels sont : le colcotar ou rouge d'Angleterre, rouge de Prusse {oxydum ferricum igne paratum.
Codex), obtenu par la calcination du protosulfate de Fer, jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus de vapeurs acides. Le résidu doit être lavé à l'eau bouillante, desséché et porphyrisé.
2» Le safran de mars astringent, qui n'est autre chose que le safran de mars apéritif, qui, chauffé à une certaine température, a perdu son eau.
3» Le safran de mars apéritif {oxydum ferricum aqud medianle paratum, Codex), improprement appelé carbonate ou souscarbonate de Fer, est un composé très-variable ; il fait presque toujours effervescence avec les acides, ce qui tient à ce qu'il n'a pas été assez longtemps exposé à l'air. Cependant Soubeiran a trouvé 8 p. 100 d'acide carbonique dans un safran de mars qui était resté longtemps exposé à l'air, et qu'on avait lavé avec le plus grand soin. Il contiendra d'autant plus de carbonate qu'il aura été desséché avec plus de rapidité.
On l'obtient en décomposant le sulfate do protoxyde de Fer en dissolution par le
carbonate de soude,lavant le précipité avec soin et exposant à l'air jusqu'à siccité.
La rouille n'est autre chose que du peroxyde de Fer hydraté joint à du carbonate d'ammoniaque qui s'est formé aux dépens de l'azote, de l'air et de l'hydrogène contenu dans l'eau et l'atmosphère.
Ajoutons que le safran de mars du commerce est rarement pur, et renferme souvent du cuivre, du sulfate et du carbonate de soude.
Le peroxyde de Fer, Fe-O^-f-SAq, à l'état d'hydrate, est beaucoup plus employé que toutes ces anciennes préparations pharmaceutiques. Il se présente sous forme de bouillie rougeâtre, qu'on obtient en prenant :
Solution offiicinale de perchlorure de
Fer q. V.
étendant de 100 parties d'eau, versant dans une quantité d'ammoniaque plus que suffisante pour précipiter tout le Fer, laissant déposer, lavant à grande eau, jusqu'à ce que cette eau de lavage ne précipite plus par le nitrate d'argent acidulé d'acide nitrique. Le produit doit être conservé sous l'eau distillée à une température non inférieure à -l-12o. Récemment préparé, il est plus sûrement contre-poison de l'arsenic. (Codex.)
L'éthiops martial, FeO, Fe^O', autrefois deutoxyde, oxyde magnétique, sert à préparer des tablettes, des pilules, etc.
Tablettes d'éthiops martial (Traité de
Pharm. de Soubeiran).
Pr. : Oxyde de Fer noir. . 4 gram.
Cannelle en poudre . 1
Sucre 20
Mucilage de gomme
adragante s. q.
F. s. a. des tablettes de 60 centigrammes. Chacune d'elles contient 10 centigrammes d'éthiops martial (pharmacopée d'Anvers).
Pilules de fer de Swédiaur.
Pr. : Oxyde de Fer noir ... q. s.
Extrait d'absinthe. ... s. q.
F. s. a. des pilules de 30 centigrammes.
Le peroxyde de Fer, sous ses différentes formes, a reçu des applications plus nombreuses. C'est avec lui qu'on prépare les chocolats ferrugineux, les tablettes oii le Fer est associé à la cannelle en poudre et à la gomme adragante, etc. On l'a incorporé dernièrement avec succès à la pâte pour en faire des pains ferrugineux; mode d'administration que les malades préfèrent souvent à tout autre, parce qu'il laisse en quelque sorte oublier le médicament.
Le colcotar fait la base du fameux emplâtre de Canet {onguent de Canet) dont voici la formule :
Pr. : Emplâtre simple . . . 100 gram.
— diacliylon gom. . . 100
Cire jaune iOO
Huile (l'olive 80
Colcotar JOO(Cod.).
MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
On brise sur un porphyre le colcot.ir avec le tiers de l'huile; d'autres l'ois on lait liquéfier les emplâtres et la cire avec le reste de l'huile; on ajoute le colcotar, et l'on remue jusqu'à ce que la masse cmplastique soit presque entièrement refroidie.
Le safran de mars apéritif entre dans la composition de la poudre cachectique d'Hartmann, ainsi formulée :
Pr. : Safran de mars apéritif. . . '1
Cannelle en poudre 2
Sucre 5
Mêlez.
Il n'est pas indifférent d'employer l'une ou l'autre des variétés de Fer oxydé. Le protoxyde est plus facilement absorbé, car il demande moins d'acide pour se dissoudre; mais il constitue une préparation trop instable. L'oxyde noir {oxyde ferrosoferrique) présente , jusqu'à un certain point, l'avantage de l'oxyde ferreux ; de plus il est stable ; seulement sa cohésion est assez grande. Le sesquioxyde exige plus d'acide pour se dissoudre ; mais, en revanche, lorsqu'il est hydraté et en gelée, il se laisse attaquer avec la plus grande facilité : c'est la variété que nous préférons.
Le safran de mars apéritif viendrait en seconde ligne ; il faut rejeter le safran de mars astringent, qui est privé de son eau, et surtout le colcotar, qui a perdu son calorique combiné et a pris une cohésion telle qu'il est presque inattaquable par les acides.
III. Sels. Le Fer se combine avec tous les acides et forme des sels nombreux.
Carbonate de Fer, FeO, GO- (carbonate de protoxyde. carbonate ferreux, Berz.).
C'est un sel d'un blanc terne, inodore, assez soluble dans l'eau, à la faveur d'un excès d'acide carbonique. A l'état humide, il absorbe avec énergie l'oxygène de l'air, il se transforme bientôt en hydrate de peroxyde, en passant successivement au vert et au rouge. Ce sel fait partie d'un grand nombre d'eaux ferrugineuses naturelles (Forges, Aumale, Cambo, etc.), où il est souvent retenu en dissolution par un excès d'acide (Spa, Pyrmont, Contrexeville. Vais, etc.).
M. Meillet prépare le protocarbonate de Fer en faisant réagir par voie humide du carbonate de soude sur du sulfate de protoxyde de Fer bien pur, lavant dans une atmosphère d'acide carbonique, et saturant de ce gaz, à une pression de plusieurs atmosphères, le précipité qui renferme toujours, sans cela, de l'hydrate de protoxyde. Ce sel doit être soigneusement abrité du contact de l'air.
II entre dans la composition des poudres ferrugineuses de Menzer, qu'on prescrit de la manière suivante :
Pr. : Sulfate de Fer cristallisé
en poudre 2 gram.
Sucre en poudre G
Mêlez et divisez en 12 paquets étiqueté? n" 1. D'autre part,
Pr. : Bicarbonate de soude. . . 2 gram. Sucre blanc en poudre. . 6
Mêlez et divisez en 12 paquets étiquetés n» 2.
On fait dissoudre séparément un paque* n" 1 et un paquet n" 2 dans quelques cuillerées d'eau; puis on mélange les deux dissolutions lorsqu'on veut s'en servir.
Dans ce mode de [(réparation, on n'a pas à craindre la suroxydation diiFer, puisque le carbonate se forme au moment même de l'emploi. Un paquet contient 15 centigrammes de sulfate de Fer et donne naissance presque exactement à 5 centigrammes de carbonate de Fer. (Soubeii'an.)
La poudre ferrugineuse de Quosneville présente à peu près la même composition.
Les pilules de Griffiih, tant vantées en Angleterre, sont formées par la double décomposition du sulfate de Fer et du sous-carbonate de potasse ou de soude ; celles du docteur Blaud, qui ne sont qu'une imitation des pilules de Grifflth, sont représentées par la formule suivante:
Pr. : Sulfate de protoxyde de Fer, purifié,
desséché et pulvérisé. 30 gram.
Carbonate de potasse pur
et sec 30
Gomme arabique pulvérisée 5
Eau 30
Sirop simple 15
M. s. a. et faites des pilules d'environ 40 centigrammes. (Codex.)
Ces pilules, mieux supportées parlieaucoup de malades que les pilules de Vallet, renferment du sulfate de protoxyde de Fer et du carbonate de potasse non décomposés. Mais ces deux sels, en réagissant l'un sur l'autre, forment du sulfate de potasse et du carbonate de protoxyde de Fer, de sorte que la masse pilulaire renferme réellement quatre sels.
Il est certain que ces pilules renferment un peu de sulfate de Fer.
C'est à l'excès de carbonate alcalin que M. Mialhe attribue ce fait, que les pilules de Blaud sont plus aisément et plus longtemps supportées par les malades.
MM. Henry et Guibourt, en conseillant de remplacer le carbonate par le bicarbonate dans la composition du médicament, ont eu pour but de remédier à l'altération trop prompte de ces pilules.
Le mellite ferrugineux de M. Vallet est plus constant. Ce pharmacien est parvenu, autant que possible, à s'op[>oser à l'oxygénation du carbonate de Fer, en se servant du sucre et du miel comme préservatifs.L'idée première de cette importante amélioration est due au docteur Bccker, et a été mise en pratique par M. Bauer, pharmacien à Mulhausen.
Vovons la composition des pilules de Vallet.
Pr. : Protosulfate de Fer par
et cristallisé 1000 gram.
Carbonate de soude cristallisé 1200
Miel blanc 300
Sucre do lait 300
Sucre blanc q. s.
Faites dissoudre à chaud le sulfate de Fer dans quantité suffisante d'eau privée d'air par l'ébullition et contenant un vingtième do son poids de sucre. Opérez de même la solution du carbonate de soude dans de l'eau non aérée et sucrée ; réunissez les deux liquides dans un flacon bouché qui en soit presque entièrement rempli. Agitez, puis laissez reposer pour opérer la précipitation du carbonate de Fer hydraté. Décantez le liquide surnageant et remplacez-le par de l'eau sucrée et privée d'air. Continuez ce lavage envase clos, jusqu'à ce que le liquide n'enlève plus de sel alcalin. Décantez une dernière fois ; jetez le carbonate de Fer sur une toile serrée, imprégnée de sirop de sucre. Exprimez graduellement et fortement et mettez le carbonate dans une capsule avec le miel. On remarque que le mélange se liquéfie par l'action du miel sur l'eau contenue dans le carbonate; ajoutez le sucre de lait et concentrez très-promptement le mélange au bain-marie, jusqu'à consistance d'extrait.
Pour faire les pilules, on mêle trois parties du composé ci-dessus avec une partie d'un mélange à parties égales de poudre de réglisse et de poudre de guimauve, et l'on en forme des pilules de 25 centigrammes, qui doivent être argentées et conservées dans des flacons bien bouchés. (Codex.)
Ces pilules jouissent d'une réputation méritée; non-seulement le miel s'oppose à la suroxydation du Fer, mais encore il sert à le dissoudre en se transformant en acide lactique pendant la digestion. Toutefois elles ne contiennent pas, comme celles de Blaud, un excès de carbonate alcalin qui sature, fort utilement dans certains cas, une petite quantité des acides de l'estomac.
Sulfate de Fer {vitriolum des anciens, couperose verte, sulfate de protoxyde, sulfas (errosus, etc., FeO,S03-i-7Aq). Il est solide, cristallisé en prismes rhomboïdaux, d'un vert bleuâtre ; il a une saveur styptique très-prononcée, qui rappelle celle de l'encre. Il est soluble dans son poids d'eau froide et les trois quarts de son poids d'eau bouillante, insoluble dans l'alcool.
Il renferme 45 p. 100 d'eau et 20 p. 100 de fer métallique.
Préj)aratwn. Le protosulfato s'obtient en traitant la limaille de Fer par l'acide sulfurique étendu d'eau. Il vaut mieux, pour les usages de la médecine, le préparer directement, parce que celui du commerce contient presque toujours du
cuivre et d'autres substances étrangères.
Nous dirons qu'il fait partie d'un assez grand nombre de préparations pharmaceutiques, où il est souvent décomposé et ramené à l'état de carbonate de Fer ; qu'il fait la base du sirop chalybé de Willis, de t'eau chalybée, etc.
Ce sel est aussi le principe minérali sateur de plusieurs eaux ferrugineuses naturelles.
On prépare également avec lui quelques eaux gazeuses artificielles.
Les médicaments autrefois connus sous les dénominations de sel de mars de Rivière et de poudre sympatliique de Digby sont : le premier, un sulfate de For impur; le second, un sulfate de Fer privé de son eau de cristallisation.
M. Velpeau préconise le sulfate de Fer contre l'érysipèle de cause locale ; il emploie la solution suivante :
Pr. : Sulfate de protoxyde de Fer. GO gr- Eau 1000
Faites dissoudre.
Il incorpore également le sulfate ferreux dans de l'axonge pour eu faire une pommade.
Mixture ferrugineuse pour usage externe (Trousseau).
Sulfate ferreux 10 gram.
Tannin 2
Eau CO
Contre les ulcères phagédéniqiies.
Glycéré de sulfate de fer (Réveil).
Sulfate ferreux pulvérisé. 60 gram.
Glycérine 100
Contre l'érysipèle.
Sulfate de Fer et de quinine, sel double cristallisé en prismes blancs, trôs-soluble dans l'eau et l'alcool. Employé comme tonique et fébrifuge.
Sulfate de peroxyde de fer, Fe^OS-f-S^SO '.
Seul, le sulfate de peroxyde de fer n'est pas usité en médecine ; mais on l'emploie combiné à des éléments organiques, qui le dissimulent de telle manière que sa saveur propre disparaît complètement.
On emploie le sulfate fernique albiimino-alcalin, le pyrophosphate ferrique, les tartrates et les citrates doubles de peroxyde de Fer et de potasse ou d'ammoniaque. Tous ces composés possèdent les propriétés reconstituantes du Fer, mais ils n'en ont pas le caractère astringent. La saveur est presque nulle et l'usage en devient alors plus agréable et plus facile.
Sirop ferrugineux de Lassaigne.
Blanc d'œuf. 110 gram.
Eau 200
Faites de l'eau albumiueuse ; filtrez.
MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
D'autre part, dissolvez :
Persulfate de fer. . . . 3sr,50
Mêlez les deux liqueurs et ajoutez à une solution faite avec :
Potasse à l'alcool. . . 3 gram.
Eau 55
Faites alors dissoudre à froid : sucre, 590 grammes, et filtrez.
La solution est jaune orangé foncé.
Il doit y avoir une combinaison triple d'albumine, de fer et d'alcali.
Dix grammes de ce sirop contiennent 1 centigramme de Fer îi l'état de peroxyde. La saveur est alcaline et non ferrugineuse.
Sulfate de Fer et de potasse, alun de Fer, KO,S03,Fe''03,3S03-|-2'hAq. Excellent astringent, trop peu employé.
Tartrales de Fer. On vient de proposer l'emploi du tartrate ferreux; quant au tarh ale ferrique, il se trouve implicitemeut dans certaines préparations officinales, comme le tartrate de protoxydc.
Ni l'un ni l'autre jusqu'ici n'avaient fait la base d'une formule.
Tartrate de potasse et de Fer, KO,FeO, C^H^O'". Le prototartrate de Fer et de potasse, au contraire, constitue l'agent actif d'un grand nombre d'anciennes préparations dont quelques-unes sont encore usitées. Le tartre chaiybé et la teinture de mars tartarisée sont deux préparations fort analogues.
Vextrait de mars ne diffère de la teinture de mars tartarisée que par son degré de concentration.
En ajoutant une partie de tartrate neutre de potasse à quatre de teinture, et évaporant à siccité, on fait le tartre martial soluble.
Les boules de mars ou de Nancy sont composées avec la limaille de Fer, le tartre rouge et les espèces vulnéraires ; l'eau de boule doit sa coloration noire au tannate de Fer.
Le tartrate de potasse et de Fer est encore la base de quelques autres composés, tels que la teinture de Ludwig, le baume vulnéraire de Dippd, etc., médicaments presque -oubliés; nous exceptons cependant le chali/bé qu'on prescrit souvent, et qui résulte de l'action du vin blanc sur la limaille de Fer (30 grammes de celle-ci par 1000 grammes de liquide).
Eau martiale (Trousseau).
Tartrate de Fer et de potasse. 1 gram. Eau de Seltz factice 1000
Vin chaiybé de Souheiran.
Pr. : Tartrate de protox. de Fer. 1 gr.
Acide tartrique 1
Vin blanc 1000
Tartrate ferrico-potassique, KO,Fe20"-,C8H40'o.
Tartras fen ico-potassicus (Codex).
Bitartrate de potasse jjulvérisé. . 100 gr. Peroxyde de ter hydraté q. s.
L'hydrate ferrique étant obtenu sous forme d'une gelée humide, déterminez la quantité d'eau qu'il renferme en en desséciiant 10 grammes. Mettez dans une capsule de porcelaine la quantité de cet hydrate qui correspond à 43 grammes d'oxyde ferrique sec, et ajoutez-y la crème de tartre pulvérisée; faites digérer le tout pendant deux heures à 60". Filtrez et distribuez la liqueur en couches minces sur des assiettes, que vous placerez dans une étuve chauffée à 40 ou 50». Détachez le sel lorsqu'il est sec et conservez-le dans des flacons bien bouchés.
Pour l'obtenir sous forme d'écaillés, vous étendrez, à l'aide d'un pinceau, une solution sirupeuse de ce sel sur des plaques de verre que vous placerez dans une étuve modérément chauffée. Le tartrate ferrico-potassique ainsi préparé se présente sous forme d'écaillés brillantes d'un grenat foncé. Sa saveur est légèrement atramentaire.
Il est soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool.
Il renferme 21 p. 100 de fer métallique.
Ce sel paraît appelé à jouer un grand rôle parmi les préparations martiales. En effet, il est soluble dans l'eau en presque toutes proportions; il se dissout aussi trèsbien dans l'alcool, et pourtant il n'a qu'une saveur styptique très-peu marquée.
Le tartrate ferrico-potassique pourrait être absorbé jusque dans l'intestin grêle, car il jouit de la précieuse propriété de résister à l'action décomposante des alcalis les plus énergiques ; ce qui ne l'empêche pas de céder son fer au sang, si tant est que le Fer agisse de cette manière, attendu que, dans les secondes voies, il subit la loi commune aux sels à acides organiques, loi si bien établie par Wœhler, c'està-dire qu'il se transforme en carbonate.
Voici deux préparations que donne le Codex :
Sirop de tartrate ferrico-potassique {Syrupus cum tartrate ferrico-potassico).
Tartrate ferrico - potassique en
paillettes 25 gr.
Eau distillée de cannelle 25
Sirop de sucre 950
Dissolvez le tartrate dans l'eau de cannelle, filtrez et mélangez la dissolution avec le sirop de sucre.
20 grammes de ce sirop contiennent 0g'',50 de tartrate ferrico-potassique, correspondant h 08'',10 de Fer.
Tablettes ferrugineuses {Tabella cum tartrate ferrico-potassico).
Tartrate ferrico-potassique. . 50 gram.
Sucre blanc 1000
Sucre vanillé 30
Mucilage de gomme adragante. 100
Faites des tablettes du poids de 1 gr., dont chacune contient OS'jOS de tartrate ferrico-potassique.
FER
M. Mialhe propose les formules suivantes :
Pilules ferrugineuses au tartrate ferricopotassique.
Pr. : Tartrate ferrico-potassique. 25 gram. Sirop de gomme, q. s. . (environ 5)
Faites 100 pilules; chacune pèsera environ 30 centigrammes et contiendra 25 centigr. de tartrate ferrico-potassique.
Sirop ferrugineux au tartrate ferricopotassique (Mialhe).
Pr. : Sirop de sucre blanc 500 gr.
Tartrate ferrico-potassique, Eau de cannelle, de chacun. 16
Ce sirop contient 1 gramme de sel de Fer par 30 grammes. Néanmoins son goût n'est pas désagréable.
Eau ferrée gazeuse au tartrate ferricopotassique (Mialhe).
Pr. : Eau (une bouteille). . . 650 gram. Bicarbonate de soude. . 5 Tartrate ferrico-potassique. 1 Acide citrique transparent. 4
Faites dissoudre le bicarbonate de soude et le sel ferrique dans l'eau et filtrez ; cela fait, introduisez la solution salino-ferrée dans une bouteille à eau gazeuse ; ajoutez l'acide citrique entier ; bouchez et ficelez ; puis agitez un instant la bouteille pour rendre plus prompte la dissolution de l'acide citrique.
Cette eau, quoique très-chargée de Fer, a une saveur martiale à peine sensible : on peut la prendre seule ou coupée avec du vin, dont elle ne trouble pas sensiblement la transparence.
Solution ferrugineuse pour eau ferrée au tartrate ferrico-potassique (Mialhe).
Pr.:Eau 500 gr.
Tartrate ferrico-potassique. . 30 Dissolvez et filtrez.
Cette solution est destinée à remplacer l'eau ferrée gazeuse chez les personnes qui trouvent trop onéreux l'usage de cette dernière préparation. A cet effet, on en verse une cuillerée à bouche dans une bouteille d'eau.
Le tartrate de potasse et de Fer est souvent imparfaitement soluble dans l'eau, ce qui doit être attribué à une mauvaise préparation. Un pharmacien militaire, M. Roger, a publié un procédé de préparation qui donne un produit d'une pureté irréprochable.
Prolo-iodure de fer neutre, FeL Ce sel est en plaques très-fragiles à cassure cristalline ; sa couleur est le vert tirant sur le brun ; sa saveur est atramentaire et sa dissolution aqueuse est verdàtre.
Ce sel se forme directement, quand on met en présence de l'eau, de l'iode et un excès de Fer. M. Dupasquier prépare
ainsi ce qu'il appelle sa solution normale :
Pr. : Iode 50 gram.
Fil de Fer 100
Le fil de Fer, en fragments de la longueur d'environ 2 centimètres, est introduit dans un flacon à l'émeri; on ajoute l'eau, l'iode, et l'on bouche. On peut élever la température à 80° pour favoriser la réaction.
Pour avoir le proto-iodure neutre solide, il suffit, comme l'a fait M. Mialhe, d'amener cette liqueur à un degré de concentration tel, qu'en la coulant sur an corps froid, une plaque de porcelaine, par exemple, elle se fige instantanément.
Quelque précaution qu'on prenne pour le conserver, l'iodure ferreux neutre solide ne tarde pas à s'altérer : l'oxygène de l'air transforme peu à peu le Fer en peroxyde, et dégage de l'iode. D'où il suit qu'à l'état solide, la combinaison d'iode et do Fer est un médicament incertain ; il faudrait éviter de le prescrire sous cette forme, et s'en tenir plutôt à la solution normale de M. Dupasquier ou à sa solution au dixième ainsi formulée :
Pr. : Iode 37g'-,879
Fil de Fer 75
Eau distillée 400
Encore est-il que l'iodure ferreux doit être en partie décomposé par les acides de l'estomac ; et ce qui parvient dans le sang doit, en présence du carbonate de soude, donner naissance à de l'iodure de sodium et à. du carbonate de Fer. Il semble donc plus rationnel d'administrer concurremment l'iodure de potassium et les bonnes préparations martiales, que d'avoir recours à l'iodure de Fer dans le cas où la chlorose se complique d'une affection scrofuleuse, etc.
La formule suivante a été employée, avec grand succès, contre la gonorrhée; elle a surtout l'avantage de ne déterminer aucune douleur.
Pr. : Eau 220 gram.
Iode 1 ,^ „
Limaille de Fer. / Faites bouillir, filtrez, ajoutez :
Sirop de gomme. ... 30 gram.
Il était important de pouvoir obtenir des pilules d'iodure de Fer, inaltérables à l'action de l'air et de l'humidité, sans odeur ni saveur de Fer et d'iode, et susceptibles de se conserver indéfiniment. Or, M. Blancard a réussi à atteindre ce résultat, et le Codex a adopté sa formule.
Pilules de proto-iodure de Fer, selon la formule de Blancard [Pilulœ cum iodureto ferroso).
Iode 40 gram.
Limaille de Fer pure. . 20
Eau distillée GO
Miel blanc 50
MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
Mettez dans un ballon de verre l'eau, l'iode et le Fer ; agitez vivement, puis bouchez le ballon. Au bout de peu de temps, dès que la couleur est devenue verditre, filtrez-la au-dessus d'une capsule tarée, contenant le miel. Lavez le ballon et le filtre avec 10 grammes de nouvelle eau légèrement miellée, et évaporez les liqueurs réunies, jusqu'à ce que le produit soit réduit à 100 grammes. Ajoutez ù ce produit, lorsqu'il sera presque entièrement refroidi, un mélange, à parties égales, de poudres de réglisse et de guimauve, en quantité suffisante pour former une masse homogène, que vous diviserez en 1,000 pilules.
Pour mettre ces pilules à l'abri de l'action de l'air, on les jette, à mesure qu'on les forme, dans de la poudre de Fer porphyrisée ; puis on les recouvre^ en dernier lieu, d'une solution concentrée de résine mastic et de baume de Tolu dans l'éther.
Après l'entière dessiccation du vernis résineux, on renferme les pilules dans des flacons de verre que l'on bouche hermétiquement. (Codex.)
Chaque pilule est formée de 5 centigrammes d'iodure ferreux, de 1 centigramme de Fer porphyrisé, le tout recouvert d'une couche de Tolu, qui pèse à peine 3 milligrammes, si elle est simple, et de 5 à 6 milligrammes, si elle est double.
Sirop d'iodure de Fer {Syrupus cum iodureto ferroso).
Iode 4sf,2D
Limaille de Fer 2
Eau distillée 10
Sirop de gomme 783
Sirop de fleurs d'oranger. 200
Mettez l'iode dans un petit ballon de verre avec l'eau distillée ; ajoutez la limaille de Fer par petites portions et en agitant chaque fois ; laissez la réaction s'opérer pendant quelques instants; puis chauffez doucement, jusqu'à ce que la liqueur ait acquis la couleur verte propre >ux protosels de fer.
D'autre part, pesez dans un flacon taré les sirops de gomme et de fleurs d'oranger; filtrez au-dessus de ce mélange, la solution d'iodure de fer; lavez le filtre avec une quantité d'eau suffisante pour compléter 1000 grammes. Mélangez et conservez à l'abri de la lumière. (Codex.)
20 grammes de ce sirop contiennent
10 centigrammes d'iodure de fer.
Chlorures de Fer. Ils sont au nombre de
deux :
1» Protochlorure, FeCl. Peu employé, à cause de son instabilité.
2» Perchlorure {chlorurelum ferricum, chlorhydrate de peroxyde de Fer, FeSCl'j.
11 est d'une couleur rougeâtre, très-deliquescent, d'une saveur excessivement styptique, volatil à une température peu élevée ; très-soluble dans l'eau, dans l'alcool et dans l'éther.
Il se prépare en dissolvant l'oxyde rouge
de Fer [oxydum ferricvm) dans quantité suffisante d'acide chlorhydrique • on évapore la dissolution jusqu'à siccite aubainmarie.
Le perchlorure de Fer ainsi préparé est rarement pur, très-déliquescent, parce qu'il renferme de l'eau.
Il vaut mieux l'obtenir en faisant passer un courant de chlore à travers un tube chauffé et renfermant du fil de Fer tourné en spirale. On obtient ainsi un perchlorure anhydre.
Au moyen du percliloruro de Fer anhydre, on peut préparer une solution à 30» ou à 40°.
M. Adrian a proposé de faire dissoudre le Fer dans l'acide chlorhydrique, de dissoudre dans l'eau le protochlorure de Fer et de faire passer un courant de chlore jusqu'à ce que la liqueur ne précipite plus par le ferri-cyanure de potassium. On le ramène au degré voulu en ajoutant de l'eau.
Ce mode de préparation a été adopté par les auteurs du Codex, qui conseillent d'opérer de cette manière :
Solution officinale de perchlorure de Fer {Chlorurelum ferricum aqud solutum).
Tournure de Fer 1000 gram.
Acide chlorhydrique à 1,17. q. s.
Étendez l'acide de 3 fois son poids d'eau et versez-le sur la tournure de Fer. Agitez de temps à autre de manière à renouveler les surfaces de contact entre le métal et le liquide; lorsque la solution, en présence d'un excès de tournure, ne donne plus lieu à aucun dégagement de gaz, le Fer dissous est tout entier à l'état de protochlorure. Essayez la densité de la solution de protochlorure de Fer et ramenezla au degré densimétrique 1,10.
Laissez reposer pendant quelque temps cette solution de protochlorure de Fer; dès qu'elle est éclaircie, introduisez-la dans une série de flacons d'un appareil de Wolf disposé pour recevoir un dégagement de chlore : ce gaz sera successivement absorbé par le contenu des flacons.
La durée du courant du gaz doit varier selon la quantité de dissolution sur laquelle on agit; l'opération est assez longue, mais elle va pour ainsi dire seule et sans surveillance. On reconnaît que le Fer de chaque flacon est complètement perchloruré en essayant la solution au moyen du cyanure ferrico-potassique, qui ne doit plus donner trace de bleu de Prusse, v.
Lorsque le Fer est entièrement à l'état de perchlorure, la solution est versée dans une capsule de porcelaine, que l'on chauffe au bain-marie à une température qui ne doit pas dépasser SO» centigrades. On agite vivement le liquide tant qu'il y a le moindre dégagement de chlore. En général, la solution du perchlorure de fer ainsi obtenue marque plus de 1,26 au densimètre (30» Baumé) ; on la ramène à cette densité par l'addition d'une suffisante quan-
FER
iilé d'eau distillée; sa composition est i\\ors représentée en centièmes par :
Perchlorure de Fer anhydre. . 26 gram.
Eau 74
Pour arriver îi obtenir rapidement des solutions à des degrés de concentration inférieurs, on peut se servir des indications suivantes :
Solution , Eau distillée Solution officinale donnent marquant
20 gram. 5 1,21 dens. (25" B.)
Il résulte d'un travail de MM. Giraldès et Goubaux que :
1» Le perchlorure de Fer à 45» (Baumé) ne doit pas être employé soit dans le traitement des anévrisraes, soit dans le traitement des tumeurs érectiles ; son usage peut être suivi d'accidents graves.
2» Le perchlorure de Fer à 30°, ou mieux •encore à 20», peut être employé dans le traitement des anévrismes et des tumeurs ■érectiles veineuses et artérielles.
3» Le perchlorure de Fer à 30» peut être employé dans les kystes hématodes.
4» Le perchlorure de Fer de 30» à 40» peut être employé comme modificateur des plaies en suppuration.
5» Enfin le perchlorure de Fer à 43» et 49° peut être employé avec avantage pour arrêter les hémorrhagies en nappe après les opérations, ondes hémorrhagies secondaires après les amputations.
Pommade au perchlorure de Fer.
Axonge 30 gram.
Perchlorure de Fer îi 30°. 2
Perchlorure de Ferà 30». 1 gram.
Sirop de cannelle 30
F. s. a. A prendre par cuillerées contre les hémoptysies, aussi dans les diarrhées de la fièvre typhoïde.
Injection.
Eau froide 1 litre.
" Perchlorure de Fer à 40°. . 8 gram.
Contre les hémorrhagies utérines.
Sirop de perchlorure de Fer {Syrupus cum chlorurelo ferrico).
Solution officinale de perchlorure de Fer 15 gram.
Sirop de sucre , . . 983
Mélangez la solution avec le sirop de sucre.
20 grammes de ce sirop contiennent environ 0b'',10 de perchlorure de Fer.
Ce sirop constitue un médicament in-
constant dans sa composition, le perchlorure ne tardant pas h se transformer en protochlorure et il se décolorer. Il ne doit être préparé qu'au moment du besoin.
(Codex.)
A prendre par cuillerées contre les diarrhées, les dyssenteries.
Ce sel entre dans la composition de quelques eaux minérales factices. Il sert de base à la teinture de Bestuchef ou de Klaproth, qui n'est qu'un mélange de perchlorure sec 4 grammes et de liqueur d'Hofimann 28 grammes.
Il faut conserver cette teinture à l'abri de la lumière.
Teinture de sesquichlorure de Fer (formule anglaise).
Sesquioxyde de Fer . . . 180 gram.
Acide chlorhydrique. . . 700
Faites digérer dans un flacon pendant
trois jours en ayant soin d'agiter de temps
en temps ; ajoutez :
Alcool rectifié. . . . 4320 gram.
Filtrez et conservez.
Préparation très-employée en Angleterre à la dose de 10, 30 et même GO gouttes.
CoUodion ferrugineux,
CoUodion ordinaire . . i . . , , , Teinture de Bestuchef. 1 P^"^*" ''S^^""^-
Glycéré de perchlorure de Fer.
Glycérine 40 gram.
Perchlorure de Fer à 30°. 4
L'acétate de Fer (acétate de peroxyde) est liquide, de couleur rouge grenat, extrêmement soluble.
Il a été conseillé pour la préparation du vin ferrugineux, mais il est préférable d'employer le citrate de Fer.
On admet trois citrates. Voici les préparations indiquées par M. Béral :
1° Le citrate ferrique, ou citrate
de peroxyde de Fer, (3 Fe2 03,) C''^H5 0<i -1-10 Aq.
On obtient le citrate de Fer peroxyde sous la forme de paillettes transparentes et d'une couleur de grenat. Ce sel, remai'quable sous tous les rapports, se dissout dans l'eau avec la plus grande facilité; sa solution est stable; et sa saveur \wvl prononcée peut encore être atténuée, sans inconvénient pour l'usage médical, à l'aide d'une faible portion de soude ou d'ammonia([ue.
Ce sel ferrugineux peut rivaliser avec les meilleures préparations martiales; on peut le faire entrer dans la confection de tablettes, de pastilles, de pilules, où il remplacera avantageusement le protolactate de Fer, qui a une saveur très-désagréable.
Le citrate ferriqae, le seul trôs-emplnyc, ne se trouve en paillettes brillantes et
MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
transparentes que lorsqu'on y ajoute de l'ammoniaque. C'est d'ailleurs ce que font tous les fabricants. C'est donc un sel de Fer ammoniacal qui est réellement employé.
Sirop de citrate de Fer (Béral).
Pr. : Sirop de sucre 470 gram.
Citrate de peroxyde de
Fer liquide 30
Mêlez, aromatisez avec
alcoolat de citron. . .
20 Le citrate ferreux, ou cilrale de protoxyde de Fer, (FeO)2HO, C«2H5 0",IIO.
On propare ce sel en traitant de la limaille de Fer par l'acide citrique préalablement dissous dans de l'eau distillée. Ce citrate est blanc, peu soluble et pulvérulent. L'action de la lumière le colore promptement, et celle de l'air humide en modifie la constitution, en faisant passer le Fer à un degré supérieur d'oxydation. Ce citrate a une saveur atramentaire trèsprononcée.
3° Le citrate d'oxyde de Fer magnétique. Combiné à l'acido citrique, l'oxyde de Fer magnétique fournit un sel incristallisable, d'une couleur verte, et pouvant être obtenu en paillettes transparentes. Ce sel est soluble et très-actif; mais comme il a une saveur atramentaire des plus prononcées, il ne peut être employé qu'à l'extérieur. Sa solution, chose remarquable, ne s'altère pas et conserve sa couleur verte, quoique exposée à l'action prolongée de l'air atmosphérique.
Citrate de Fer et de quinine.
Le citrate de Fer et de quinii e est un sel nouveau qui manquait à la thérapeutique. C'est vui médicament formé par la combinaison de quatre parties de citrate de Fer avec une partie d citrate de quinine. On l'obtient sous !a forme de paillettes transparentes, solubles, très-amères, et d'une couleur de grenat.
C'est surtout sous la forme de pilules qu'il convient d'employer le citrate de Fer et de quinine, à cause de sa grande amertume.
Le citrate de Fer et d'ammoniaque est le sel que l'on obtient lorsqu'on verse quelques gouttes d'ammoniaque dans une solution de citrate ferrique.
Cilrale de Fer ammoniacal [diras ammoniaco-ferricus).
Acide citrique cristallisé. . . 100 gram.
Peroxyde de Fer hydraté. . . q. s.
Ammoniaque liquide, environ 18
Mettez l'acide citrique dans une capsule de porcelaine avec la quantité d'hydrate ferrique qui correspond à 53 grammes d'oxyde sec; ajoutez ensuite l'ammoniaque, et faites digérer le tout pendant quel-
que temps à GO'. Laissez refroidir, filtrez ; rapprochez en consistance sirupeuse et distribuez la liqueur en couches minces sur des assiettes que vous placerez dans une étuve chauffée à 40» ou 50°. Pour l'obtenir en écailles, vous étendrez, à l'aide d'un pinceau, la liqueur sirupeuse sur des lames de verre que vous placerez dans une étuve. (Codex.)
Sirop de citrate de Fer ammoniacal {Syrupus cum rilrate ferricoammoniacale).
Citrate de Fer ammoniacial
en paillettes 23 gram.
Eau distillée de cannelle. . . 25
Sirop de sucre 950
Dissolvez le citrate dans l'eau de cannelle; filtrez, et mélangez la dissolution avec le sirop de sucre. 20 grammes de ce sirop contiennent 0e'',50 de citrate de Fer ammoniacal, correspondant à 0e^,06 de Fer.
Pilules (Béral).
Sucre en poudre 12 gram.
Citrate de Fer ammoniacal . . 4 Mucilage de gomme 5
Faites des pilules de 20 centigrammes.
Citrate de Fer et de magnésie.
M. "Van den Corput obtient ce sel en faisant dissoudre 2 atomes d'oxyde ferrique récemment précipité dans un soluté de 3 atomes d'acide citrique; puis on sature la liqueur par du carbonate de magnésie, et l'on évapore à siccité. Ce sel est en écailles brillantes, soluble dans l'eau et insoluble dans l'alcool et l'éther, il ne détermine pas la constipation que produisent ordinairement les autres préparations ferrugineuses.
Sirop de cilrale de Fer et de magnésie.
Citrate de Fer et de magnésie. 8 gram. Eau de fleurs d'oranger ... 15 Sirop de sucre 180
Le valérianate et les phosphates de Fer sont peu usités.
Le prololarlale de Fer,
Fe 0, ce H» O^-f 3Aq, s'obtient en faisant agir de l'acide lactique étendu sur de la limaille de Fer. Mais ce sel s'obtient plus généralement en traitant le lactate de chaux par le sulfate de protoxyde de Fer. On sépare le sulfate de chaux formé et l'on fait évaporer le liquide h siccité. On fait avec ce sel des pastilles; on peut encore en faire des pilules qu'on enveloppe d'une lame d'argent pour pallier la saveur atramentaire peu agréable : elles contiennent 5 centigrammes de lactacte de Fer. Il existe aussi un sirop de protolactate de Fer.
Cette préparation n'est pas aussi nouvelle qu'on se l'imagine : Gmelin la cite, dans l'Apparalus medicaminum, sous le
FER
nom de sérum laclis chalyheatum. Voici ;i ce sujet le texte latin : Sérum lactis consiieta ralioneparalum, in quocandens ferrum exslinctum fuit, roborantem ferrivirtulem cum atténuante seri conjunctam possidens.
Tannale de peroxyde de Fer (Béral).
S'obtient par l'addition d'un décoctum de noix de galle à une solution d'un sel de Fer peroxydé. Le tannate est bleu, insoluble, sans saveur. Ses propriétés sont peu prononcées.
Sirop de tannate Ce Fer (Trousseau).
Pr. : Sirop simple 375 gram.
Sirop de vinaigre framboise 123 gram.
Citrate d'oxyde de Fer magnétique 10 gram.
Extrait aqueux de noix de galle 4 gram.
Préparer selon l'art.
Nous avons les premiers fait préparer ce sirop. Comme le Fer, dans cette préparation, est à l'état de tannate ferroso-ferrique et associé à un acide, il est soluble, sapide et susceptible de recevoir d'utiles applications.
Malale de Fer. Il jouit des mêmes propriétés que les autres ferrugineux ; il s'obtient en faisant digérer de la limaille de Fer porphyrisée avec du suc de pommes aigres à la température de 25 degrés. On le donne à la dose de 20 centigrammes à 2 grammes.
Pyropliosphate de Fer. Ce sel vient d'être récemment introduit dans la thérapeutique par M. E. Robiquet. Déjà à plusieurs reprises on ave ! t essayé d'employer le pyrophosphate de Fer, mais on avait été forcé d'y renoncer à, cause de la grande quantité de pyrophosphate de soude nécessaire pour le maintenir en dissolution dans l'eau : mélange qui a l'inconvénient do lui donner une saveur salée peu agréable, et qui ne l'empêche pas, après un temps plus ou moins long, de noircir à l'air en prenant un goût métallique de plus en plus prononcé.
Il fallait donc chercher un autre dissolvant; M. Robiquet a trouvé le citrate d'ammoniaque, qui a le double avantage de pouvoir être employé en très-petite quantité et de dissimuler Je Fer chimiquement aux réactifs.
La dissolution du pyrophosphate de Fer dans une liqueur citro-ammoniacale paraît se conserver des mois entiers sans altération, et donne un sirop qui n'a pas la saveur désagréable des composés ferrugineux.
La facilité avec laquelle l'économie se l'assimile, l'absence de toute saveur styptique, sa parfaite solubilité dans l'eau, la double influence qu'en raison de ses deux éléments formateurs il semble devoir exer-
cer tant sur la composition du système os seux que sur la reconstitution du -.ang : telles sont les qualités qui recommandent à priori cette nouvelle préparation ferrugineuse. A ce titre, nous lui donnerions volontiers la préférence, chez certains enfants délicats, joignant à l'anémie chlorotique une disposition au rachitisme. Voici les principales formes pharmaceutiques qui ont été proposées par MM. Robiquet, Persozj Leras, Gremish.
Sirop ferrugineux.
Pyrophosphate de Fer citro-ammoniacal. . . 10 gram.
Sirop simple 900
Sirop de fleurs d'oranger. 100
F. s. a. un sirop par simple solution, et colorez avec q, s. de teinture de cochfenille ou d'orcanette ; chaque gramme de ce sirop contient Og'',01 de sel de Fer, et chaque cuillerée à bouche environ 08^,20.
Dragées ferrugineuses.
Pyrophosphate de Fer citro-ammoniacal. . . 50 gram.
A diviser en 500 dragées contenant chacune Ogr^io de sel de Fer.
Vin de quinquina ferrugineux ( Vinum de cinchona martiatum ).
Citrate de Fer ammoniacal. 5 gr.
Vin de quinquina huanuco au malaga 1000 gr.
Faites dissoudre le citrate de Fer dans deux fois son poids d'eau distillée ; mélangez la solution au vin de quinquina, et filtrez.
Une cuillerée à bouche de cette préparation contient 10 centigrammes de sel ferrique. (Codex.)
Nitrate de Fer, Fe'O' (Az05,3HO). Il a été introduit dans la thérapeutique par ■Williams Kerr. On fait dissoudre dans l'acide étendu du fil de Fer non oxydé ; on doit obtenir une liqueur d'une densité égale à 1,107.
La pharmacopée de Dublin désigne cette préparation sous le nom de liquor ferri nilratis. Elle s'emploie comme astringent dans les diarrhées muqueuses non accompagnées d'ulcérations intestinales.
C'est une préparation très-usitée aux Etats-Unis et en Angleterre ; elle se donne par gouttes, 20 à 30 par jour.
Arsénite et arséniate de Fer. Ces deux sels sont peu employés en thérapeutique, car ils sont loin de posséder la valeur des préparations arsénicales et ferriques données séparément.
Sulfure de Fer hydraté. Proposé par Mialhe comme contre-poison du bichlorure de mercure. Il pourrait de même servir de contre-poison à l'arsenic, l'antimoine, le cuivre, l'étain, le plomb, avec lesquels il donnerait des sulfures insolubles.
MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
Talleau général de la composition des préparalions de Fer.
Fer mélall.
Fer mûtalliquc 100
Oxyde noir 72
— l'erriquo G9
Sulfure ferreux 02
Hydrate fcrrique 56
Carbonate ferreux 50
Chlorure ferreux 43
Phosphate ferreux 39
Acétate ferriquc 37
Chlorure ferrique 34
Pyrophosphatc ferriquc 30
Sulfate ferrique 28
Ferm^lalL
Chlorure ferreux 27
Chlorure ferrique hydraté. . . 26
Tartrate ferrique 25
Citrate ferrique 22
Tartrate ferrico-potassique. . . 21
Laclate ferreux 20
Sulfate ferreux 20
lodure ferreux 18
Phosphate citro-ammoniacal. . 18
Tannate ferrique 16
Citrate de fer et d'ammoniaque. 12
Chlorure ferrique ammoniacal. 11
Les préparations ferrugineuses, presque bannies de la thérapeutique française pendant que florissait la doctrine du Val-de-Grâc?, ont, depuis vingt et quelques années, reçu une impulsion nouvelle, à lii quelle nous ne sommes peut-être pas étrangers; et aujourd'hui non-seulement elles ont repris la place importante qu'elles occupaient dans le siècle dernier, mais encore elles ont été prodiguées avec imprudence et administrées avec trop peu de circonspection. Quoi qu'il en soit, il est peu de médecins qui, de nos jours, n'emploient souvent le Fer et qui ne le placent, dans l'ordre de son utilité, à côté du quinquina, du mercure, de l'opium, de la belladone, etc., etc.
DE l'existence DU FER DANS LE SANG.
Le Fer n'est point une substance étrangère à l'organisme, il est facile de s'en assurer par la simple incinération du cadavre, car c'est le Fer qui donne à ces cendres leur couleur rouge brune. Mais si, au lieu de faire l'incinération en masse, on examine séparément les différents organes, on voit que le Fer n'est pas répandu uniformément dans l'organisme. Le Fer est avant tout une partie constituante du sang et en particulier des globules rouges : il fait partie de leur matière colorante, l'hématine ; aussi faut-il avoir soin de débarrasser un organe du sang qu'il coi tient pour savoir si cet organe renferme réellement du Fer.
L'analyse ainsi conduite a montré l'existence normale du Fer dans le suc gastrique, dans les cheveux, dans les plumes des oiseaux, dans le blanc et le jaune de l'œuf de poule, dans le chyle, la lymphe, la bile, dans les calculs biliaires, dans le pigment noir des yeux, enfin dans le lait et l'urine, mais seulement à l'état de traces.
La quantité de Fer relativement la plus importante se trouve dans le sang, mais elle n'a pu réahser l'espérance de Menghinus, de pouvoir
FER
avec le Fer du sang forger des clous, des épées, des bagues; pas plus que celle de Deyeux et de Parmentier, de frapper des médailles avec le sang des hommes célèbres.
Voici, d'après Nasse [Handwôrterbuch der Phys. Bd 1. Artikel Blut, S. 108), les proportions d'oxyde de Fer qu'on trouve dans 1000 parties de sang :
Homme 0,832 d'oxyde de Fer.
Femme 0,779 —
Chien 0,833 —
Oie 0,822 —
Porc 0,782 —
Poule 0,765 —
Bœuf. 0,717 —
Cheval 0,697 —
Mouton 0,671 —
Chat 0,610 —
Dinde 0,568 —
Chèvre 0,469 —
Ces récentes analyses donnent au sang une plus grande proportion de Fer que M. Dumas ne lui avait accordée, car, pour ce chimiste, il n'y avait que 16 centigrammes (0,16) de Fer dans 1 kilogramme de sang ; d'un autre côté, Barruel était tombé dans l'excès opposé en donnant comme moyenne 1 gramme pour 1000.
Si l'on se rappelle que 0,80 d'oxyde de Fer renferment 0,535 de Fer métallique, que le poids moyen de l'homme est de 70 kilogrammes et que le sang représente environ le onzième de son poids, on arrive à cette conclusion, que le corps de l'homme contient en moyenne 3e'',4996 de Fer métallique (Gorup-Besanez, Lehrbuch der Physiologischen Chemiey 1862, p. 124).
L'hématine contenant une proportion à peu près constante de Fer, il semble au premier abord que la proportion du Fer au sang soit constante, pourtant il n'en est rien. Voici les résultats fournis par les analyses; on a trouvé :
Chez l'homme. . 1 partie de Fer pour 230 parties do globules. C. Schmidt.
— 1 — 231 — Becquerel et Rodier.
Chez le bœuf.. . 1 — 194 — C. Schmidt.
Chez le porc. . . 1 — 220 — —
Chez la poule . . 1 — 304 — —
— i — 310 — Hennoberg.
On voit par là que le sang du bœuf est plus riche en Fer que celui de l'homme, que celui du porc en contient presque autant, mais que celui de la poule en contient beaucoup moins (Gorup-Besanez, loc. cit.).
Le Fer est contenu tout entier dans l'hémoglobine; mais sous quelle forme, dans quel état et dans quelles proportions? D'après Berzelius, 100 parties de sang frais renferment 0,76 d'hématine. Or, l'hémoglobine contient, d'après Hope, 0,06 pour 100 d'oxyde de fer; d'après Lehmann, 0,09 à 0,10. Les recherches de Teichmann et de Rollett confirment plei-
MÉDICAJIENTS RECONSTITUANTS.
nement les données fournies par Lecanu, qui fixe cette quantité à 0,10 pour 100. Il y aurait donc 0,076 d'oxyde, c'est-à-dire environ 0,43 de fer métallique dans 100 grammes de sang : c'est précisément la conclusion récemment formulée par Pelouze (Sée, Du Sang et des Anémies, p. 9).
La migration du Fer dans l'organisme est aussi entourée de beaucoup d'obscurités, cependant il est certains points sur lesquels la lumière commence à se faire.
Le Fer pénètre dans l'organisme par les aliments et les boissons, il en entre même chaque jour dans le tube digestif une quantité assez grande pour qu'on puisse toujours en retirer des parties solides des excréments. Il n'est pas aussi facile de dire par quelle voie le Fer contenu dans le sang sort de l'organisme. On a supposé que puisque les liquides de la bile sont riches en Fer, que les calculs biliaires ont souvent pour noyau des corpuscules sanguins altérés, l'élimination du Fer devait se faire par la bile, et qu'alors une partie était reprise par les intestins et l'autre expulsée avec les résidus de la digestion. Mais c'est là une assertion qui demande à être démontrée. Ce qui paraît admis par tout le monde, c'est que le Fer jouit d'une force histogénique sur les éléments figurés du sang.
Puisque le sang, et surtout les globules, jouent un si grand rôle dans les maladies que le Fer a pour but de guérir, qu'on nous permette de rappeler quelques-unes dos propriétés du sang et des globules sanguins que les travaux modernes ont fait connaître.
Le sang, comme le dit M. Claude Bernard {Revue des Cours scienti figues, 3° année, n» 4), est un milieu intérieur dont la fonction est de nourrir les éléments histologiques et qui contient les conditions du milieu extérieur général unies à certaines autres qui lui sont propres. Ce milieu intérieur partage avec le milieu extérieur cette condition de n'être pas partout identique à lui-même, si bien que pour être exact il ne faudrait pas dire le sang, mais bien les sangs. En effet, le sang veineux varie au sortir de chaque organe et même dans chaque organe, suivant l'état de repos ou d'activité fonctionnelle.
M. Claude Bernard a montré, par exemple, que le sang le plus alcalin est celui de la rate, et le moins alcalin celui des muscles en fonction, si bien que, dans un même système circulatoire, il y a production de l'alcalinité en certains points et destruction de l'alcalinité en certains autres. Ce sont là autant de découvertes qui ne manqueront pas de jeter plus tard un jour tout particulier sur la valeur de certaines dyscrasies, mais jusqu'à présent la pathogénie n'a pu en tirer que des inductions.
Laissons pour l'instant ces recherches, qui sont en voie de développement, et voyons les progrès récemment accomplis dans l'étude de l'anatomie et de la physiologie des globules sanguins, que M. G. Sée particulièrement nous a fait connaître dans ses leçons faites en 1864 à l'hôpital Beaujon, et que la Gazette des hôpitaux a reproduites en 186S.
Le globule rouge est une cellule, et cependant il ne renferme pas les caractères fondamentaux que Schwann regardait comme nécessaires,
FER
c'est-à-dire la présence d'une enveloppe, d'un contenu et d'un noyau. Schultze, en 1861, reconnut non-seulement, comme Virchow et Brucke l'avaient déjà fait, que la présence du noyau dans le globule sanguin est accessoire, mais que la membrane d'enveloppe peut manquer aussi. Il vit, par exemple, que, chez les animaux inférieurs, le globule sanguin n'est limité que par une condensation plus grande des couches périphériques, et, regardant le globule sanguin comme la cellule par excellence, il en vint à formuler cette' théorie, que ce n'est pas, comme le croyait Schwann, le noyau qui est la nnrtie primitive de la cellule, mais bien ce qu'on appelait le contenu et qu'il appela, lui, le protoplasma. Ce qui est résulté plus encore des travaux de Schultze, c'est qu'on a démontré que le globule sanguin aune vie propre et qu'il ne prend pas seulement par endosmose dans le plasma les matériaux qui le constituent. Une première preuve de son indépendance, c'est qu'il ne contient ni fibrine, ni albumine, tandis qu'au contraire il renferme une substance cristallisable, l'hématine, qui ne se trouve pas dans le plasma. Mais si cette propriété était la seule du globule sanguin, et si, tout en ne prenant ni l'albumine ni la fibrine, il prenait les matières salines, cette preuve de l'indépendance du globule serait insuffisante. Si l'on veut bien se rappeler les expériences de Graham sur la dialyse, on remarquera que le propre de certaines membranes est de ne pas laisser passer les matières que Graham a appelées coZ/oi'rfes et d'attirerau contraire fortement les substances salines, ou plutôt cristalloïdes. Or, le globule sanguin, qui ne prend pas au plasma ses matières albuminoïdes, ne lui prend pas non plus ses matières salines, si bien qu'en définitive la composition chimique du globule sanguin diffère totalement de celle de son milieu.
Le globule possède du Fer, le plasma n'en a pas. Le globule rouge contient surtout du phosphate et très-peu de chlorure, tandis que le plasma contient beaucoup moins de chlorure et dix fois moins de phosphates que les globules. La potasse existe dans les globules et se trouve à peine dans le plasma. Le globule a donc une vie propre dans le plasma comme l'organisme a la sienne propre dans l'atmosphère, et la base de sa constitution est l'hématine, qu'a isolée Funcke et que là découverte de l'hématoïdine par Virchow et Robin dans le sang extravasé avait déjà fait prévoir. Enfin, outre ses propriétés physiques et chimiques, le globule sanguin jouit de propriétés vitales, ou, comme l'on dit aujourd'hui, biologiques. Le globule sanguin est contractile, RoUett l'a démontré en soumettant à l'influ'-^.nce de l'électricité des globules sanguins emprisonnés dans la gélatine. Sous l'influence de décharges légères, on voit sous le microscope les globules s'allonger; et ce qui prouve que cette propriété est une véritable propriété vitale, c'est qu'on peut tuer les globules sanguins par des décharges électriques plus fortes, tout comme on peut les empoisonner isolément par l'action de l'oxyde de carbone.
Ce qu'il est plus difficile de savoir, c'est comment naissent et meurent les globules sanguins; question encore pleine d'obscurité. Pour arriver à
MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
la résoudre, on a injecté du sang de mammifère à des oiseaux et à des mammifères du sang d'oiseau, et comme ces globules n'ont pas la même forme, il est jusqu'à un certain point possible de les distinguer. On a constaté en général qu'ils duraient plusieurs semaines.
La naissance des globules n'est guère mieux connue. Pendant la vie intra-utérine, le foie en serait, dit-on, l'organe formateur; mais, après la naissance, ils seraient formés par les glandes lymphatiques, les follicules solitaires et agmincs de l'intestin, par le tissu adénoïde, le tissu conjonctif, la rate, le thymus et la glande thyroïde.
Tout cela, comme on le voit, est encore très-problématique ; néanmoins, à mesure qu'on avance dans le problème, on reconnaît et l'on démontre de plus en plus que le corps vivant, tout en tombant sous les lois physiques et chimiques, possède des propriétés vitales qui dominent souvent les précédentes. Ces découvertes sont donc une confirmation manifeste des doctrines qui forment l'esprit de ce traité.
ACTION PHYSIOLOGIQUE DU FER SUR l'iIOMME SAIN.
Les préparations marti.iles données à l'intérieur exercent sur l'homme et sur la femme en état de santé des effets peu considérables, mais qui pourtant méritent d'être notés.
Sous leur influence il ne se produit aucun effet sensible immédiatement ; mais après huit ou quinze jours, il se manifeste quelquefois un sentiment de plénitude qui jette dans un malaise indéfinissable. La tète alors est lourde et douloureuse, l'intelligence moins nette ; en un mot, surviennent les signes de la pléthore vasculaire ; le visage, la poitrine, le dos se recouvrent assez souvent de pustules d'acné {varus sebaceus), qui ne disparaissent que lorsqu'on a cessé le Fer depuis quelque temps. 11 n'y a pas de fièvre, pas d'excitation proprement dite, pas de modifications dans les sécrétions.
La pléthore dont nous venons de parler, peu dangereuse en général chez l'homme doué d'une santé parfaite, n'est pas exempte d'inconvénients sérieux chez les individus prédisposés à la phthisie pulmonaire et surtout aux hémoptysies; chez les femmes fortement colorées dont le flux menstruel est ou supprimé ou trop peu abondant.
Ses eff"ets sur l'estomac sont peu appréciables. Il n'augmente pas l'appétit ; il le diminue même assez souvent, et cause des pesanteurs d'estomac, des éructations nidoreuses, de la diarrhée, et plus fréquemment de la constipation.
Les garde-robes prennent presque toujours une couleur noire analogue à celle de l'encre ; ce phénomène en a souvent imposé aux médecins pour des déjections mélaniques. Cette teinte noire, suivant Barruel, est due à l'action de l'acide gallique ou de l'acide tanniqne qui se trouvent mêlés à nos aliments. M. Bonnet, de Lyon, l'attribue à la combinaison du soufre
avec le Fer, et, dans ce cas, il croit à la formation d'un sulfure de Fer.
L'opinion de Barruel réunit en sa faveur le plus de probabilités. Nous voyons, en effet, la langue, les dents elles-mêmes se colorer en noir chez les femmes qui prennent des boissons ferrugineuses et, en même temps, des substances qui, comme le vin rouge, contiennent beaucoup de tannin. D'autre part, les enfants qui tettent exclusivement n'ont pas de selles noires après l'emploi des martiaux. On a vu, il est vrai, des malades qui, plusieurs jours après avoir cessé l'usage d'aliments dans lesquels il y avait du tannin, avaient encore des selles noires ; mais il était, dans ce cas, raisonnable de supposer que les matières nouvelles étaient colorées par d'autres qui étaient plus anciennes, et dont le gros intestin ne s'était pas encore entièrement débarrassé.
Quelques praticiens ont constaté que les préparations ferrugineuses donnaient lieu à un orgasme vénérien assez énergique. Nous avons pu nous-mêmes être témoins de cet effet.
Assez souvent encore, chez les femmes, l'usage des martiaux, à dose peu élevée, détermine, du côté de la vessie, une vive irritation manifestée par de fréquentes envies d'uriner, des cuissons dans le méat urinaire, petits accidents qui cèdent facilement à l'usage des bains de siége^ des lotions émollientes ou du poivre cubèbe.
L'influence du Fer sur la menstruation est tout autre que celle qui lui est ordinairement attribuée. Suivant tous les thérapeutistes, les martiaux rendent les règles plus actives ; mais des relevés faits avec soin nous ont prouvé que si, dans quelques cas, l'hémorrhagie menstruelle devenait en effet plus abondante chez les femmes bien portantes qui prenaient du Fer, ce flux était au contraire ou retardé ou diminué chez le plus grand nombre. Nous verrons plus bas quelles raisons ont fait adopter généralement l'opinion contraire.
Topiquement, les ferrugineux exercent sur les tissus une action astringente; ils modèrent la suppuration des ulcères, hâtent la cicatrisation des plaies, tempèrent les hémorrhagies. Les préparations solubles sont évidemment les plus astringentes ; les moins solubles ont néanmoins quelques propriétés styptiques.