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MÉDICATION PURGATIVE

Sous le nom générique de Purgatifs, on comprend tous les médicaments qui donnent lieu à la diarrhée.

Ceux qui évacuent faiblement, sans coliques, prenaient jadis le nom de laxatifs : ceux qui purgent violemment, celui de drastiques; ceux dont l'activité est moyenne étaient appelés minoratifs.

Le sens étymologique du mot purgatif n'est pas très-parfaitement connu. Les uns veulent que ce mot soit tout simplement synonyme d'evacuant. En elfet, les produits tels que les fécès, les urines, les règles, étaient considérés comme des substances impures, et l'évacuation de ces produits comme une purgation; les médicaments qui sollicitaient ou qui favorisaient ces évacuations étaient des purgatifs. Mais quand la médecine humorale domina la pathologie, on vit rendre, mêlées aux urines, aux selles, des humeurs que l'on regardait comme la cause des maladies : on supposa alors que les humeurs peccantes étaient éconduites par les médicaments diurétiques et surtout par ceux qui donnaient lieu à lu

MÉDICATION ÉVACUANTE.

diarrhée ; et la dénomination de purgatif eut alors le double sens d'e'ya- ".uant et de purificateur. De nos jours, bien que l'on ait fait table rase de toutes les théories humorales de nos devanciers, et que, sous peine de ridicule, on croie devoir être solidiste, on a pourtant conservé le nom de purgatifs aux médicaments qui sollicitent la diarrhée, sans attacher désormais à ce mot le sens que les anciens lui donnaient.

Pour bien comprendre le mode d'action des purgatifs, il sera bon d'entrer dans le détail de quelques expériences curieuses tentées par M. Bretonneau sur ces agents de la matière médicale.

En appliquant sur la peau dénudée et sur les membranes muqueuses accessibles à la vue les substances purgatives diverses, M. Bretonneau constata des différences considérables. Les unes irritaient légèrement et passagèrement, les autres enflammaient profondément la partie; quelques-unes semblaient être aussi inertes qu'une décoction émolliente. Lessels neutres étaient dans le premier cas, les purgatifs tirés de la famille des euphorbiacées étaient dans le second; dans le troisième se trouvaient les purgatifs mucoso-sucrés et la plupart de ceux qui sont drastiques au plus haut degré, tels que la gomme-gutte, l'aloès, le jalap, la scammonée, le turbith, le séné, etc., etc.

On arrivait tout d'abord k cette conséquence, savoir : que l'action purgative, si énergique qu'elle fût, pouvait être parfaitement indépendante des propriétés irritantes topiques; que, par conséquent, les purgatifs se comportaient d'une manière différente les uns des autres. Ainsi, tandis que les euphorbiacées déterminaient sur la membrane muqueuse gastrointestinale une inflammation analogue à celle qu'elles produisent sur la peau, et par suite une supersécrétion du foie, du pjincréas et de la membrane muqueuse, les convolvulacées n'avaient, primitivement du moins, aucune influence irritante sur la membrane muqueuse, et leurs effets purgatifs devaient nécessairement être attribués à une autre cause. Enfin les sels neutres déterminaient un afflux passager de mucosités et de sucs biliaire et pancréatique dans le canal alimentaire, et seulement une irritation très-passagère du tégument interne.

Si l'on veut maintenant, pour juger le mode d'action des divers purgatifs, examiner ce qui se passe pour les sécrétions locales relativement aux agents qui peuvent les augmenter, on verra que certains sialagogues n'ont de puissance que par l'inflammation qu'ils déterminent sur les gencives et sur le reste de la membrane muqueuse de la bouche ; de ce nombre sont les mercuriaux et tous les topiques capables d'enllammer localement. Les purgatifs analogues seront les euphorbiacées, les prépîirations antimoniales, l'ipécacuanha, la violette, etc., etc. Dans ce cas, la sécrétion du foie et du pancréas sera sollicitée par l'inflammation du duodénum, comme la sécrétion des glandes salivaires l'était tout à l'heure par la phlogose ou l'ulcération de la bouche.

Les sialagogues agissent encore en stimulant vivement, mais trèssuperficiellement, la membrane muqueuse. Certains sels, le tabac, le

MÉDICATION ÉVACUANTE.

poivre, le pyrèthro, sont dans ce cas. Les purgatifs analogues sont les sels neutres, la graine de moutarde (1), etc.

Enfin certains médicaments excitent très-vivement la sécrétion des glandes salivaires, sans posséder d'ailleurs aucunes propriétés irritantes topiques, sans déterminer aucune irritation de la membrane muqueuse buccale ; de ce nombre sont les substances fortement sapides, telles que le sucre, les amers, le piment, beaucoup d'huiles essentielles. Les purgatifs analogues sont les musoco-sucrés, le jalap, l'aloès, le séné, etc., etc.

L'estomac et l'intestin sont-ils, dans leurs rapports avec le foie et le pancréas, placés de même que la bouche l'est avec les glandes salivaires ? c'est ce qu'il est tout à fait impossible de décider péremptoirement; c'est ce que l'analogie permet de croire ; et même l'observation directe semblerait le démontrer : car si, comme la chose est évidente, les purgatifs que nous venons d'énumérer ne sont doués d'aucunes propriétés irritantes, comment provoqueraient-ils une supersécrétion des glandes annexées à l'intestin, s'ils n'agissaient sympathiquement sur ces glandes comme les corps sapides agissent sur la parotide, indépendamment de toute action topique irritante ?

Mais l'intervention nerveuse seule, indépendamment de toute autre cause, peut encore provoquer une abondante sécrétion de salive, comme on le voit alors que le souvenir ou le désir d'un mets fait venir l'eau à la bouche; delà même manière, une cause morale, la joie et surtout la peur peuvent donner une diarrhée soudaine et aussi vive que celle qui aurait été sollicitée par un purgatif drastique. Nous n'oserions affirmer néanmoins que cette forme de diarrhée soit analogue au genre de salivation dont nous parlions tout à l'heure ; elle est peut-être aussi analogue à la sueur qui, sous l'inlluence des émotions morales, peut tout à coup ruisseler delà surface du corps. Toujours est-il qu'il faut admettre comme fait une diarrhée nerveuse comme une sueur nerveuse.

Or il ne répugne pas d'admettre que certains agents purgatifs, ceux surtout que nous avons rangés dans la dernière catégorie, peuvent, quand ils ont été absorbés, modifier le système nerveux dans un tel sens que la réaction se fasse sur la membrane musculeuse des intestins, de la même manière que l'ergot de seigle introduit dans l'estomac, et absorbé, va solliciter l'influence nerveuse vers le tissu musculaire de l'utérus. Et remarquez que, en comparant le mode d'action des purgatifs à celui de l'ergot de seigle, nous résolvons tout de suite une grave objection que l'on tirait de la rapidité d'action, attandu que l'ergot de seigle agit encoro plus rapidement que le plus actif de ces purgatifs.

De quelque manière d'ailleurs que l'on envisage le mode d'action des substances purgatives, les phénomènes organiques sont toujours les mômes : irritation de la membrane muqueuse; augmentation du mou-

(1) Si nous avons omis de parler de la graine de moutarde dans nos purgatifs, c'est que déjîi nous nous en étions occupés dans ce volume, à l'article des Irritants

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