MU PRÉFACE
tible est doué d'une vie propre; et l'organisme entier n'est que l'assemblage consensuel et hiérarchique de ces éléments naturellement animés, essentiellement pénétrés d'une force d'évolution continue qui se propage sans interruption au moyen des germes. Qu'ont besoin ceux-ci d'être animés par un principe distinct, puisqu'ils le sont intérieurement et par eux-mêmes?
La science des modificateurs de l'organisme, agents de l'hygiène ou agents de la thérapeutique, peut donc se développer normalement. La Matière médicale est entrée dans cette voie régulière et définitive. Elle se meut librement dans la physiologie et dans la clinique. En étudiant l'action des médicaments sur les animaux sains, comme la toxicologie l'avait fait pour les poisons, elle a créé la pathologie expérimentale, pathologie artificielle à côté de la pathologie naturelle, et elle a pu vérifier ce que d'autres et nous-mêmes avions professé depuis longtemps, savoir, que c'est par l'action pathogénétique dont elles sont douées, que les substances médicinales actives modifient les maladies et peuvent les guérir. Il y a vingt ans que nous avons même essayé de déterminer quelques-unes des lois de cette grande observation. On le peut voir dans Ylnlroduclion qui suit. Elle a paru, en 1847, avec la troisième édition de ce Traité. Nous n'avons rien voulu y changer.
La Matière médicale et la Thérapeutique continuent donc à tenter avec une sincère ardeur des méthodes nouvelles, et elles aspirent par ces méthodes à un état plus positif et plus scientifique. Nous espérons que cette direction les y conduira; nous en sommes même certains, et nous nous y associons aujourd'hui comme autrefois : les augmentations dont nous avons enrichi cette huitième édition le prouveront assez. Mais si l'on veut que ce progrès soit vraiment médical, et que l'art en profite, il faut bien se persuader que la pathologie ne peut pas se déduire à priori de la physiologie, ni la thérapeutique de la toxicologie et de la pathologie expérimentale.
On ne peut pas recommencer la médecine tous les jours.
PRÉFACE. is Le progrès qui ne s'appuie pas sur la tradition médicale est un faux progrès, condamné à périr. Par tradition médicale, nous entendons la somme des vérités générales acquises et transmises dans l'art sans interruption. La science doit procéder dans son évolution comme les êtres dans la leur. Chaque règne de la nature a pour fondement et condition d'existence le règne qui le précède ; et dans chaque règne, chaque ordre, chaque classe supposent un ordre et une classe moins développés et moins riches, dans lesquels ils s'enracinent et sans lesquels ils seraient inconcevables. On observe le même processus en embryologie. La bonne science évolue donc comme la nature et, en définitive, comme l'esprit humain; et les idées, les méthodes qui ne sont pas régies par cette loi sont nécessairement éphémères.
La tentative hardie de Descartes, excellente pour la connaissance de soi-même ou la philosophie, bonne encore pour une science pure quelconque, la physiologie, par exemple, est inapplicable à un art, impossible pour la médecine.
La Médecine ne peut pas attendre. Il faut qu'elle agisse toujours. On ne peut pas dire à un malade : Nous vous donnerons le kina ou l'émétique lorsque nous aurons terminé nos expériences physiologiques, et que nous saurons comment agissent ces médicaments, car « l'occasion est fugitive et l'expérimentation trompeuse. » (Hippocrate.) D'ailleurs, connaîtrions-nous les forces de l'émétique et du quinquina, si nous avions dû tirer scientifiquement cette connaissance de la physiologie? Il est permis d'en douter. La meilleure part de ce que nous savons en thérapeutique nous vient de l'art, de l'empirisme, des tâtonnements de l'expérience clinique dirigés par la nécessité et la sympathie.
Qu'aujourd'hui, que nous connaissons les agents thérapeutiques cliniquement et par l'art, nous cherchions à les connaître physiologiquement ou par la science , non-seulement cela est possible, mais cela est nécessaire. La science doit donc venir au secours de l'art, l'éclairer, le perfectionner, l'organiser, si nous pouvons ainsi dire, et lui donner de plus en