X PRÉFACE
plus conscience de lui-même. Mais quelques services que la science rende à l'art, quelque muni qu'il soit par elle de faits positifs et de théories aussi approximativement justes que possible, l'art sera toujours lui, toujours souverain, pénétrant toujours plus avant dans le secret des maladies par le sentiment médical, que la science la plus positive par ses connaissances toujours provisoires. La science, c'est l'instrument indéfiniment perfectible ; l'art, c'est la main qui sent, qui sympathise, qui se meut d'elle-même et s'assimile l'instrument. .\ussi, la vraie science médicale serait celle qui appuierait sur des faits démontrés, qui expliquerait à l'esprit et qui traduirait en principes les aperceptions profondes en vertu desquelles un médecin de génie, incapable souvent d'en rendre compte lui-même, voit et agit de telle ou telle manière conforme à la vérité pratique.
Mais quoi, si l'art est personnel à ce point, comment se pourra-t-il transmettre, et que deviendra l'enseignement?
L'art et la science se pénètrent mutuellement ; un double courant va constamment de l'un à l'autre. L'art pose des problèmes à la science et lui donne des directions. La science cherche, résout, découvre, et la puissance de l'art s'en accroît.
L'art rend la science vivante et la fait sentir. Sans lui, elle reste froide et inféconde. On ne sait dire lequel des deux rend le plus de services à l'autre. Ce qu'il y a de certain pourtant, c'est que l'artiste enseigne d'une manière plus pénétrante que le savant, et que la physiologie d'un clinicien, vous saisissant tout entier, peut défier l'esprit d'oublier jamais ses leçons.
L'art, à sa plus haute puissance, se confond avec le génie ; c'est lui qui recule les horizons, découvre et montre des voies nouvelles. Le talent représente plutôt la science; il réglemente l'art ou le génie, le plie aux méthodes et le rend didactique.
Voilà l'idéal qui s'étend toujours devant nos efi'orts, parce que le vrai est infini.
PREFACE. Xî
Réalisons donc, autant qu'il est en nous, l'union de la science et de l'art, et, pour ce qui nous regarde dans cet ouvrage, l'influence réciproque de la physiologie et de la thérapeutique.
Une partie des changements et des additions qui distinguent cette huitième édition de la précédente se rapportent à cet objet. Les progrès de la physiologie et de la pathologie expérimentales nous en ont fait un devoir; les autres augmentations importantes que compte cette édition sont formées des acquisitions que la Matière médicale et la Thérapeutique ont faites depuis quelques années.
Voici les médicaments dont l'action physiologique, mieux connue d'après les travaux modernes, a été revue et augmentée :
Parmi les substances médicinales qui agissent spécialement sur la nutrition et la sanguification : les préparations de fer, de mercure, d'arsenic et d'argent.
Parmi celles qui agissent plus spécialement : 1° sur l'innervation centrale : l'opium et ses nouveaux alcaloïdes ; les anesthésiques, le protoxyde d'azote, la quinine, l'alcool ; l'électricité : emploi des courants continus , le massage ; 2" sur l'innervation des diverses parties de l'appareil circulatoire : la digitale, les antimoniaux ; enfin, le bromure de potassium, dont l'action est mixte et se partage entre plusieurs effets sur le système nerveux, dont il modère les sympathies et les phénomènes réflexes.
La précédente édition ne contenait pas l'histoire du curare et de la fève de Calabar. Ces substances, ayant pris rang dans la Matière médicale, ont dû entrer dans cette huitième édition.
Nous avons dû nous occuper aussi de deux questions importantes : l'une, de thérapeutique générale, l'antagonisme des médicaments; l'autre, d'application pratique, l'emploi des médicaments par la voie des injections sous-cutanées.
On a ajouté aux articles Cubèbe et Noix muscade d'utiles considérations pratiques. Les médecins trouveront de plus,
su PRÉFACE.
dans cette huitième édition, un compendium sur les Eaux minérales.
La Matière médicale a été corrigée et refondue d'après les indications du nouveau Codex et de l'officine Dorvault. Cette révision est due aux soins savants et précis de M. Delpech, un de nos pharmaciens les plus distingués, membre et trésorier de la Société de thérapeutique.
Ces additions, à quelque ordre de matières qu'elles appartiennent, n'ont en rien changé le plan primitif, ni surtout l'esprit général de notre Traité. Nous ne le ferions plus aujourd'hui comme il y a trente ans; mais, si l'on doit revoir et mettre au courant une œuvre de ce genre, on ne la recommence pas.
Nous sommes jaloux, au contraire, de conserver au Traité DE Thérapeutique le caractère de son origine et le cachet de son temps. Il a été fait avec foi et amour. Que cette marque lui reste jusqu'au terme de sa destinée.
C'est parce que nous étions sûrs que ce vœu serait compris et respecté par M. le docteur Constantin Paul, professeur agrégé de l'École de médecine de Paris (et, depuis que cette Préface a été écrite, médecin des hôpitaux), que nous lui avons confié la révision de cette huitième édition. Il s'en est acquitté sous nos yeux avec une intelligence et un soin que nous sommes heureux de reconnaître ici.
Paris, 2o mai 18G7.