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ACTION THÉRAPEUTIQUE DU PLOMB

Les préparations de Plomb employées le plus souvent en médecine sont : le Plomb métallique, la litharge, le minium, l'iodure de Plomb, le sous-carbonate, et surtout les acétates, sur lesquels nous insisterons plus particulièrement.

PLO.MB.

Plomb métallique. — Le Plomb métallique a été employé seulement pour l'usage externe en lames minces pour recouvrir et comprimer les vieux ulcères des extrémités inférieures. [Bulletin de Thérapeutique^ 1836, l. X.) Cette médication, évidemment utile, est trop rarement employée de nos jours; et quoiqu'elle ne vaille pas en général les bandelettes circulaires de diachylon, elle est pourtant préférable quand il s'agit de soutenir une cicatrice revêtue seulement d'une pellicule mince que le diachylon irriterait ou ramollirait.

Le pansement des plaies par les plaques de Plomb est devenu méthodique entre les mains du docteur Burgraeve, et les malades de son service, à l'hôpital de Gand, sont pansés presque exclusivement de cette manière. Les résultats que nous avons pu en voir à cette clinique nous ont pleinement satisfaits.

Litharge. — La litharge ne s'emploie jamais pure, mais seulement combinée avec les graisses, les huiles fixes, au moyen desquelles elle forme des emplâtres, des onguents, des sparadraps, certains cérats qui sont d'un usage extrêmement commun en chirurgie ; les plus employés sont : l'emplâtre simple de diachylon, diapalme, de Canet, de Yigo, diabotanum, etc., etc. Ces emplâtres divers sont tous astringents et conviennent à merveille dans le traitement des vieux ulcères et des plaies suppurantes. On sait ce que M. Philippe Boyer a obtenu des bandelettes de diachylon dans le traitement des ulcères des extrémités inférieures ; il a constaté qu'en entourant toute la partie malade de bandelettes qui fissent une fois et demie le tour du membre malade, et en renouvelant l'appareil seulement une ou deux fois par semaine, les malades pouvaient vaquer à leurs occupations, et que la cicatrice se faisait plus solidement et plus rapidement que par toute autre méthode.

isiinium. — Le minium a des propriétés analogues à celles de la litharge, et il ne s'emploie non plus que pour l'usage externe, et sert à composer des onguents et des emplâtres. Ces emplâtres sont astringents, styptiques, et sont en général employés dans les mêmes circonstances que ceux dans la composition desquels entre la litharge.

On fait avec l'huile d'olive et le minium un emplâtre mou que quelques empiriques conseillent dans le traitement du cancer. Nous avons été témoins d'un cas de guérison extraordinaire par ce remède. C'était chez une jeune femme de vingt-deux ans qui portait à la mamelle une tumeur que l'on regardait comme cancéreuse, et que l'on voulait amputer. Avant de se décider à l'opération, elle voulut faire usage de l'emplâtre de minium, qu'elle tint constamment appliqué sur la tumeur; et, après trois mois, la résolution était complète. Il est bien probable que, dans ce cas, il s'agissait seulement d'un engorgement chronique non cancéreux; mais le fait n'en est pas moins remarquable ; et toutes les fois que l'on peut conserver quelques doutes sur la nature d'une tumeur, il sera convenable d'essayer de tous les moyens topiques dont l'art ou le hasard ùï\1 enseigné l'utilité au médecin.

MÉDICAMENTS ASTRINGENTS

Les trochisques, dits de minium, et qui, par le fait, doivent leurs propriétés principales au bichlorure de mercure qu'ils contiennent en si grande proportion, sont employés comme escharotiques pour ouvrir les bubons vénériens, pour agrandir les trajets fistuleux. On les applique au centre des parties malades.

Viodure de Plomb a été introduit dans la matière médicale par Cottereau et Verdé-Delisle ; Guersant, de l'hôpital des Enfants, l'a également essayé d'après ce qu'en avaient dit ces derniers {Journal hebdomadaire, année 1831. — Revue médicale, 1831, p. 292). Cet iodure, donné àl'intérieur à la dose de 5 milligrammes à la fois, ou incorporé avec de l'axonge dans la proportion d'un septième, a été tenté contre certains engorgements scrofuleux; nous l'avons souvent employé avec quelque succès en frictions sur le ventre et sur le sein dans les engorgements chroniques.

Le sous-carbonate de Plomb, ou blanc de céruse, n'est jamais employé à l'intérieur ; on le prescrit incorporé à l'axonge, aux graisses, au cérat, comme astringent et répcrcussif dans les brûlures, les ulcères de mauvais carac-tère. On a également appliqué avec succès une espèce de pâte, faite avec de l'eau et du blanc de céruse, sur le trajet des nerfs, dans la névralgie faciale. (Ouvrard, Bull, de Thérapeut., 1837, t. VII.— Millet, ibid.)

Acétates «le Plomb. — Mais les acétates de Plomb sont d'un usage tellement commun dans la chirurgie, et même en médecine, et leur effiencité est si bien constatée, que nous nous arrêterons d'une manière plus spéciale sur ces préparations.

Acétate neutre de Plomb. — Cet acétate est connu plus particulièrement sous les noms de : sd de Saturne, sucre de Saturne, acétate de Plomb cristallisé. Il ne s'emploie guère qu'à l'intérieur, le sous-acétate étant plus particulièrement réservé à l'usage chirurgical. Toutefois, on doit dire que le sel de Saturne a exactement les mêmes propriétés que le sous-acétate, et qu'il peut être utilisé comme ce dernier dans le traitement des maladies externes, et réciproquement. Quoiqu'on prescrive ordinairement l'acétate neutre à l'intérieur, on n'obtiendrait pas des effets moins certains et moins prompts de l'extrait de Saturne.

L'acétate neutre se donne à l'intérieur dans le traitement de la diarrhée chronique, soit que cette supersécrétion soit due à l'inflammation catarrhale de la membrane muqueuse de l'intestin, soit qu'il existe des ulcérations plus ou moins nombreuses. Toutefois, on doit faire observer que le sel de Saturne ne devra être donné par la bouche que dans le cas oi^i l'on aura lieu de supposer que le siège du mal est dans le côlon transverse et l'estomac, car, s'il occupe la dernière portion du gros intestin, les lavements seront de beaucoup préférables. Il a encore été conseillé dans le mélœna, dans la gastrite chronique, dans les vomissements muqueux.

Ici il n'agit que topiquement; mais, porté dans le torrent circulatoire, il modifie probablement la crase du sang et s'oppose aux sécrétions morbides, qu'il affaiblit un peu. Ainsi les hémorrhagies nasales, utérines,

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intestinales, ont été, dit-on, avantageusement traitées par l'emploi simultané de l'acétate de Plomb à l'intérieur et à l'extérieur, et même par l'usage exclusivement interne de ce sel. Toutefois, nous confessons franchement que cet agent thérapeutique ne nous a paru doué d'aucune propriété astringente active, à moins qu'il ne fût employé topiquement. Il en est de même pour la leucorrhée, la blennorrhagie, qui ont pu quelquefois être un peu modifiées par de hautes doses de sucre de Saturne prises à l'intérieur, mais qui ne sont ordinairement bien guéries par ce sel que s'il est appliqué localement.

Il y a peu d'années, Fouquier, reprenant les expériences tentées par Ettmuller, Pringle, Amelung, etc., etc., conseilla l'acétate neutre de Plomb à l'intérieur aux phthisiques, dans le but de faire cesser les sueurs et la diarrhée colliquative. 11 parvenait, sans doute, à suspendre la diarrhée ; mais, malgré ce qu'il a dit de l'efficacité de ce moyen pour arrêter les sueurs, nous n'avons presque jamais pu la constater dans de nombreux essais que nous avons tentés. La dose, dans ce cas, est de 5 à 60 centigrammes dans les vingt-quatre heures. Quant à l'action réellement curative de l'acétate de Plomb dans la phthisie pulmonaire, elle est loin d'être parfaitement démontrée, quoi qu'en aient pu dire les nombreux auteurs cités par Gmelin dans V Apparatus medicaminum. 11 ressort toutefois de ces nombreux témoignages, qu'il n'est pas permis de nier complètement que l'acétate de Plomb ait pu être utile dans des catarrhes et dans des bronchorrhées chroniques, et même, h un certain degré, dans la phthisie elle-même.

A cet égard, de nouvelles expérimentations, faites dans ces dernières années, méritent de trouver ici leur place. M. Beau, qui très-probablement n'avait pas connaissance des travaux de ses devanciers, avait cru remarquer que la phthisie pulmonaire n'existait que très-exceptionnellement chez les ouvriers qui manient le plomb. Il pensa donc que la diathèse tuberculeuse pourrait être combattue par le même moyen, auquel il attribuait ici une action préservatrice. Dans ce but, il chercha à déterminer chez ses malades une sorte d'intoxication saturnine, en la dirigeant d'ailleurs de manière à ne produire que des symptômes légers et faciles à maîtriser. Il administre des pilules contenant 10 centigrammes de céruse, et par une augmentation rapide, mais progressive, il arrive en quelques jours à en faire prendre de six à huit par jour. Il a soin d'en suspendre l'usage ou d'en diminuer la dose aussitôt qu'il se manifeste de l'arthralgie, ou bien lorsque le malade présente le liséré des gencives, de l'analgésie, ou le teint ictéroïde qui caractérisent le premier degré de l'empoisonnement saturnin.

M. Beau cite un certain nombre de cas où, sous l'influence de cette médication, il a vu certains symptômes de la phthisie, notamment la toux et l'expectoration, Irès-favorablement modifiés, et même, dans quelques cas, la maladie enrayée dans sa marche. Toutefois, il ne rapporte pas d'exemples de guérison complète ou définitive. 11 importe d'à-

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jouter qu'il seconde ce traitement par une alimentation tonique et fortement réparatrice.

A l'imitation de M. Beau, un autre médecin, le docteur Funel, a employé dans le même but non plus le carbonate, mais l'acétate de Plomb, et il rapporte quelques faits où cette médication paraît avoir donné d'utiles résultats. Voici d'ailleurs comment il explique le mode d'action de ce médicament : transporté au moyen de l'absorption sur la muqueuse pulmonaire, le sel de Plomb agirait en diminuant la sécrétion de cette membrane, comme le font les résineux, les balsamiques, le soufre, l'iode, etc.; d'où il résulte que les tubercules ou les granulations seraient maintenus dans un état de siccité peu favorable au travail de ramollissement et consécutivement à la fonte de ces produits morbides. Ainsi, dans l'opinion de l'auteur, le Plomb n'exercerait ni cbez les ouvriers, ni chez les malades traités, aucune influence directe et spécifique sur le travail de la tuberculisation elle-même; et ainsi, il n'y aurait pas à invoquer ici une véritable immunité ; mais le véritable rôle de cet agent consisterait à s'opposer, par une action toute locale, à l'évolution des produits tuberculeux, de manière à arrêter, pendant un temps plus ou moins long, les progrès de la maladie, quelquefois même à amener une véritable guérison.

Notre intention n'est ni de discuter cette interprétation, ni de contester les résultats qui ont été produits en faveur de cette médication qui, on l'a vu, est loin d'être nouvelle. Mais, en admettant que les avantages qu'on lui attribue soient réels, nous pensons qu'ils sont contre-balancés par les graves inconvénients attachés à l'intoxication saturnine, inconvénients tels que, dans un certain nombre des observations citées, on a été obligé de suspendre très-vite l'usage du remède. Aussi, nous pensons que cette médication n'a guère de chance de se faire accepter comme médication générale dans la phthisie pulmonaire, pas plus comme méthode prophylactique que comme méthode curative. Toutefois, il est possible que, maniée avec prudence et employée dans certaines phthisies avec bronchorrhée épuisante, la médication par les sels de Plomb soit appelée à rendre quelques bons services. C'est à ce titre que nous avons cru devoir lui donner ici cette mention particulière.

AfTectioiis nerveuses. — On a encore vanté ce moyen dans l'épilepsie, dans la nymphomanie, etc., etc.; mais les faits sont si peu nombreux, et la plupart des observations sont si incomplètes, qu'on ne peut y ajouter 'foi, pas plus qu'à tant d'autres remèdes préconisés dans les mômes atfections. M. Levrat-Perroton rapporte quatorze exemples de succès de l'acétate neutre de Plomb par pilules de 25 milligrammes et du sous-acétate (douze gouttes dans une potion), associés, il est vrai, à divers antispasmodiques dans les névroses du cœur ainsi que dans l'hystérie ; mais tous ces faits manquent de critique et surtout de diagnostic rigoureux. Son utilité dans les névralgies superficielles est un fait mieux constaté.

Nous ne devons pas omettre ici ce que l'on a dit de l'emploi interne et

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externe de l'acétate de Plomb dans le traitement de l'anévrisme du cœur et dans celui des anévrismes des grosses artères. A Paris, c'est surtout à KorefT et à Dupuytren que l'on doit d'avoir popularisé cette méthode ; ils donnaient à l'intérieur des doses énormes d'acétate neutre de Plomb : d'abord 5 centigrammes le matin, et graduellement jusqu'à 1, 2 et même 4 grammes pfir jour; en même temps qu'ils tenaient continuellement appliquées sur la région du cœur, ou sur la tumeur anévrismale, des compresses imbibées d'eau de Goulard. Ils secondaient ce traitement par les émissions sanguines, la diète et le repos. Ce traitement, qui d'ailleurs avait été indiqué longtemps avant eux, a été certainement suivi de résultats heureux, et devrait être plus souvent employé qu'il ne l'est. Si maintenant nous réfléchissons aux effets physiologiques du Plomb, qui, certainement, rend la circulation plus lente et le pouls plus petit, en même temps que peut-être il diminue le calibre des vaisseaux, on concevra qu'il doive être utile dans les maladies du centre circulatoire et des artères.

Nous devons ajouter que cette médication a été reprise dans ces dernières années par Brachet, de Lyon, qui, pour combattre avec plus de chances de succès les hypertrophies du cœur, a cru devoir associer la digitale à l'acétate de Plomb. Voici quelle était sa formule : acétate de Plomb, 2 grammes ; extrait de digitale, i gramme ; pour vingt pilules. Il donnait d'abord deux pilules par jour, et en augmentant d'une pilule de cinq en cinq jours, il arrivait à donner deux pilules matin et soir. Dans les anévrismes confirmés, ou dans les hypertrophies tout à fait organiques, il n'obtenait le plus souvent qu'une amélioration passagère, tandis que, dans les cas d'hypertrophie récente ou peu avancée, l'efficacité de cette médication ne lui paraissait pas douteuse.

Mais ces faits, présentés par M. Brachet à l'Académie, avaient rencontré plus d'un contradicteur. Nous citerons M. Robert entre autres, qui, ayant vu l'acétate de Plomb échouer généralement dans l'hypertrophie véritable, était porté à considérer les faits rapportés par M. Brachet comme des cas de simple névrose du cœur, et, par suite, à attribuer les bons effets de la médication à son action sédative sur l'organe central de la circulation. Toutefois, nous ne devons pas taire que tout récemment M. le docteur Yalentin, de Vitry-le-Français, vient de répéter les expériences de M. Brachet, et que, grâce à la même formule, il a obtenu de bons résultats dans certaines affections offrant les signes d'une hypertrophie du cœur encore peu avancée. Selon cet auteur, l'acétate de Plomb, pris à l'intérieur, agirait sur le centre circulatoire comme il agit sur les tubes artériels dans les anévrismes externes accessibles aux applications topiques, c'est-à-dire par son astringence, en favorisant le resserrement et la crispation des capillaires du cœur, et en favorisant ainsi l'absorption des molécules hypertrophiques. Bien que la plupart des faits rapportés par M. Brachet, ou par M. Valentin, en faveur de cette médication, puissent offrir matière à discussion, et que les résultats obtenus

MÉDICAMENTS ASTRINGENTS

soient loin d'être parfaitement décisifs, nous pensons néanmoins que ces résultats sont très-suffisants pour inviter à de nouvelles expérimentations, et pour autoriser même des espérances de succès, autant du moins que peut le comporter une affection grave et résistante de sa nature, telle qne l'hypertrophie du cœur, pour peu qu'elle ait déjà une certaine durée.

Sous-acétate de Plomb. — Ce sel, connu SOUS le nom d'exlrait de Saturne, acétate de Plomb liquide, vinaigre de Saturne, Eau de Saturne, Eau de Goulard, est décomposé par l'eau non distillée en acétate de potasse, de chaux ou de soude, et en sulfate, chlorure, carhonate et phosphate de Plomh, qui se précipitent dans la liqueur devenue ainsi laiteuse, et connue dans cet état sous les noms d'eau végéto-minérale, eau de Goulard.

L'eau blanche, ou eau de Saturne, diffère de l'eau de Goulard en ce qu'elle ne renferme pas d'alcool ; cependant on les confond très-souvent ensemble.

C'est sous cette dernière forme que le sous-acétate de Plomb est ordinairement employé ; pur, il est peu usité.

C'est un des astringents les plus connus. Mise en contact avec la peau, avec une plaie, l'eau de Goulard en chasse le sang, l'affaisse, la racornit, la ride, et, en un mot, repousse les liquides des tissus. Cette action astringente si puissante n'est pas accompagnée de douleurs : et même les douleurs, s'il en existait, sont ordinairement calmées.

lUalatlies de la peau. — Dans les brûlures au premier degré, et dans celles qui sont passées à la suppuration, l'eau de Goulard est appliquée d'une manière continue sur les parties malades à l'aide de compresses que l'on a soin de tenir constamment imbibées. Le même moyen est employé dans les dartres, celles seulement qui ont le caractère aigu, telles que l'eczéma simple, et certains herpès; dans les affections cutanées chroniques prurigineuses, telles que l'eczéma chronique ; dans les ulcères des membres inférieurs, lors surtout qu'ils ont une disposition à saigner, que les bords deviennent œdémateux et se déchirent.

La transpiration des pieds prend quelquefois une telle àcreté, qu'elle amène à sa suite l'usure de la peau entre les orteils; il en résulte une exsudation d'une odeur infecte et, ce qui est plus grave, une surface ulcéreuse qui, par son extrême sensibilité, va jusqu'à gêner la marche et empêcher même les ouvriers de travailler.

Pour guérir cette infirmité, on fait pénétrer dans les orteils quelques gouttes du liquide dont suit la formule :

Oxyde rouge de Plomb 1 gram.

Sous-acétate de Plomb liqiiidr 29

Cette application, faite tous les huit jours, est suffisante pour guérir l'affection et en prévenir le retour.

Au dire de l'auteur, M. A. Gaffard, d'Aurillac, ce liquide modère seulement la transpiration, sans la supprimer complètement; il la rend ino-

PLOMB

dore, et ïa peau reprend son épaisseur primitive sans cesser d'être souple. Nous voulons bien accepter cette médication, mais c'est à la condition de l'employer avec prudence et d'en surveiller l'emploi ; car on sait combien la suppression brusque d'une transpiration locale, si elle est ancienne et si elle a le cfiractère d'un émonctoire, peut entraîner de graves inconvénients pour la santé générale.

Maladies des membranes muqueuses. — En Collyre, l'eau de Goulard

est employée dans les ophthalmies catarrhales, scrofuleuses ; en injections, dans les fosses nasales, pour le coryza chronique, l'ozène; dans le conduit auditif, pour l'otorrhée; dans le vagin, dans l'urètre, pour la leucorrhée, la blennorrhagie ; dans le rectum, pour la proctorrhée, le flux purulent hémorrhoïdal, la diarrhée chronique qui suit les dysenteries et qui est due à des ulcérations des dernières parties du gros intestin ; en gargarisme, dans l'angine catarrhale, dans l'œdème de la luette, dans la stomatite aphtheuse.

Une application de ce médicament a été faite il y a quelques années par M. le docteur Barthez, alors médecin en chef de l'hôpital militaire de Saint-Denis. Il ne s'agit plus seulement de la dysenterie chronique, mais de cette maladie à l'état aigu. Nous empruntons à la Gazette des hôpitaux (décembre 1845) la relation suivante des succès obtenus dans ce cas par M. Barthez.

« Depuis le mois d'août, M. le docteur Barthez a eu occasion de soigner un grand nombre de malades atteints de dysenterie, dont plusieurs ont succombé malgré l'emploi des moyens généralement usités. Voyant leur peu de succès, M. Barthez recourut au sous-acétate de Plomb. Procédant avec la mesure que réclame un médicament de cette nature, il est arrivé à pouvoir prescrire en lavement jusqu'à 100 gouttes d'extrait de Saturne ou bien 5 grammes pour 300 grammes d'eau tiède, sans aucun accident. Quant à la dysenterie, elle a été arrêtée presque subitement.

« Une condition est nécessaire au succès de la médication, c'est que le remède soit appliqué dès le début de la maladie. Plus tard, le rectum est tellement irrité, que le lavement ne peut être retenu. »

Plus récemment, M. Barthez a lu à la Société des médecins des hôpitaux de Paris un nouveau travail sur le même sujet. Il est arrivé, dans le traitement des dysenteries aiguës, à la dose énorme de 30, 40, 100 grammes dans un lavement, et cela sans produire d'accidents toxiques. Ces résultats ont été confirmés par des expériences ultérieures de M. Boudin, alors qu'il était médecin en chef de l'hôpital militaire du Roule.

Le sous-acétate de Plomb a été employé par lui en lavement sur plus de SSO à 600 malades, atteints de diarrhée, de dysenterie ou de choléra épidémique. Le médicament, dissous dans 100 grammes d'eau distillée, a été donné depuis dix jusqu'à soixante grammes dans les vingt-quatre heures, en plusieurs quarts de lavement. Non-seulement l'innocuité du sous-acétate de Plomb ainsi manié a été complète, mais encore

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les résult.its thérapeutiques se sont montrés les plus satisfaisants.

Encouragé par cette innocuité, M. Boudin a administré le même médicament pur, c'est-à-dire sans addition aucune, par la bouche, contre les vomissements persistants de six ou huit cholériques, vomissements rebelles à tous les moyens ordinaires. Ici encore l'innocuité s'esl montrée complète, et dans plusieurs cas la cessation des vomissements ne s'est pas fait attendre. M. Boudin pense que le sous-acétate de Plomb liquide administré à faibles doses ne présenterait peut-être pas la même innocuité, en ce qu'il pourrait ne pas s'opposer aussi complètement à l'absorption.

Toutefois, il est des circonstances oîi il faut augmenter encore davantage la dose du sous-acétate de Plomb, si l'on veut atteindre le but curatif que l'on se propose. Ainsi, M. Sommé, d'Anvers, a démontré que la solution de sous-acétate de Plomb était un des meilleurs moyens à employer dans le traitement du ptyalisme mercuriel , à la condition de mettre une dose suffisante de sel en dissolution dans l'eau; il faisait des gargarismes et des collutoires dans lesquels l'extrait de Saturne entrait dans la proportion énorme d'un huitième et même d'un sixième, et M. Ricord a dernièrement fait voir que les blennorrhagies et ulcérations blennorrhagiques du col de l'utérus, chez les femmes, ne cédaient rapidement et efficacement qu'en introduisant dans le vagin et en mettant en contact avec le museau de tanche un tampon, imbibé d'une solution analogue à celle que M. Sommé préconise dans le traitement de la salivation hydrargyrique. ^

Les gargarismes d'acétate de Plomb ont un inconvénient contre lequel se révoltent ordinairement les malades : les dents prennent une teinte noire horrible, qui disparaît, il est vrai, plus ou moins complètement après le traitement, mais qui, pendant quelques jours, donne à la bouche un aspect repoussant.

Hcinori-hagics. — L'eau blanche et l'extrait de Saturne employés purs ne pourraient probablement pas conjurer une hémorrhagie dépendeant de l'ouverture d'un gros vaisseau artériel ou veineux ; mais ce moyen thérapeutique est un des plus efficaces que l'on puisse employer dans les hémorrhagies baveuses et capillaires qui suivent les grandes opérations, dans celles qui se font à la surface des plaies cancéreuses, des ulcères fongueux, dans celles qui s'exhalent des membranes nmqueuses, telles que celles du nez, de l'utérus, etc., etc.

Il nous reste à parler de l'application que l'on a faite du sous-acétate de Plomb à la confection des moxas. Cette idée est de Marmorat {Juurn. des Connaiss. méd.-chir., t. II, p. 172). Ce médecin avait sans doute été conduit à celte découverte par Cadet et Rathelot, qui avaient conseillé, pour faire des mèches d'artillerie et d'artifice, de les tremper dans une solution concentrée d'acétate neutre de Plomb {Bull. dePharm., t. IV, p. 419). (( Les moxa,s, dont la préparation est la plus simple, l'emploi le plus commode, l'action \\ plus régulière et la plus facile à régler, sont,

PLOMB

dit Marmorat, ceux que l'on fait avec du papier préalablement trempé dans l'extrait de Saturne et séché. C'est lui que j'appelle papier-moxa ; il doit être sans colle ou légèrement collé ; alors il prend feu au briquet et brûle comme de l'amadou. On le conserve dans un portefeuille, et quelques instants suffisent à la préparation d'un moxa; on en coupe une bande de quelques lignes de hauteur que l'on roule sur elle-même, de manière à avoir un cylindre du diamètre désiré. La combustion est trop rapide ou trop lente, selon qu'il est trop peu ou trop serré. »

Le tarmate de Plomb a été employé dans le traitement des ulcères gangréneux. On en fait une pommade en l'incorporant à quatre ou six fois son poids d'axonge, et on en enduit des plumasseaux ou des gâteaux de charpie que l'on applique sur les surfaces ulcérées. Ce moyen, suivant M. Yott {Gaz. des hôpit., t. XI, n° 143), calme rapidement les douleurs et amène une guérison assez prompte.

MODE d'administration ET DOSES.

Nous avons dit plus haut comment le sparadrap de diachylon était «onseillé dans le traitement des ulcères.

'L'onguent de la mère est particulièrement considéré comme maturatif pour hâter la suppuration des furoncles et des abcès froids; on l'étend sur un morceau de peau que l'on applique sur la partie enflammée.

Vemplâtre de Nuremberg, ainsi que Vemplâtre de miniutn simple, dont nous avons indiqué la composition, s'étendent également sur de la peau ou sur une toile, et sont appliqués sur les tumeurs chroniques pour en obtenir la résolution ; on en renouvelle l'application tous les deux ou trois jours, et on la continue pendant plusieurs mois.

Vemplâtre de céruse s'emploie de la même manière que les précédents : on le laisse appliqué sur la partie aussi longtemps que les douleurs névralgiques peuvent durer.

Vacétate neutre de Plomb se donne à l'intérieur ou dissous dans l'eau distillée, ou en pilules. La dose, dans les cas les plus ordinaires, est de 10 centigrammes à 1 gramme. En collyre, il se donne à la dose de 25 à 30 centigrammes pour 30 grammes d'eau distillée. La dose est en quelque sorte illimitée pour les injections urétrales et les lavements, ainsi que pour les injections vaginales.

Le sous-acétate de Plomb s'emploie pur pour toucher le col utérin dans le cas de leucorrhée avec ulcération superficielle, et même dans le cas de blennorrhagie vaginale ; dans ce cas, on fait, sur la membrane muqueuse, une lotion avec un pinceau imbibe d'extrait de Saturne.

Le nitrate de Plomb a été proposé par MM. Raphanel et Ledoyen comme un moyen général de désinfection. M. Bouchardat a fait sur cette importante question un rapport à l'Académie, en février 1854. D'après ce savant chimiste, la solution de nitrate de Plomb exerce sur les matières solides et liquides à désinfecter une action prompte et complète;

MÉDICAMENTS ASTRINGENTS

la mauvaise odeur se trouve immédiatement neutralisée. Mais ce procédé a contre lui plusieurs inconvénients plus ou moins graves. D'abord le nitrate de Plomb est d'un prix plus élevé que les autres agents de désinfection, tels que l'acétate de Plomb, le cbloriire de zinc; et puis son action toxique, lente et insidieuse, de plus la couleur foncée du sulfure de Plomb qui résulte de son contact avec les matières chargées d'hydrogène sulfuré, toutes ces causes empêcheront l'adoption générale de ce procédé, soit pour la vidange des fosses d'aisances, soit comme moyen de désinfection des casernes, des amphithéâtres de dissection, soit surtout comme moyen de conservation des pièces anatomiques. Sous ce dernier rapport surtout, le chlorure de zinc est évidemment préférable au nitrate de Plomb , par la raison qu'il donne lieu à un sulfure de zinc hlanc.

Toutefois la solution de nitrate de Plomb est appelée à rendre des services dans la thérapeutique chirurgicale, en débarrassant de leur odeur fétide les plaies de mauvais caractère. 11 est bon de savoir que déjà autrefois ce sel avait été utilisé à ce point de vue ; ainsi il entrait comme partie active dans la préparation désignée, dans la Pharmacopée de Van-Mons, sous le nom de baume de Plomb.

Toutefois, il est juste de reconnaître qu'on doit à MM. Raphanel et Ledoyen d'avoir fait ressortir avec raison la propriété désinfectante du nitrate de Plomb dans le pansement des plaies. A cet égard, ce sel vient se placer sur la même ligne que l'acétate de Plomb.

A ce titre donc, le nitrate de Plomb mérite d'être recommandé aux chirurgiens.

La dose est la môme à peu près que pour l'acétate de Plomb. ALUN.

MATIÈRE MÉOlCALE.

L'Alun, Alitmen, sulfate d'alumine et de polaxse uu d ammoniaque,

KO A103, 3S03-H24Aq, est un sel incolore, inodore, cristallisé en beaux octaèdres. Il a une saveur douceâtre, astringente et acide; il rougit le papier de tournesol. Insoluble dans l'alcool absolu, il se dissout dans son poids d'eau à 90O c, et dans 18 fois son poids d'eau froide.

Pour les usages cbirurgicaux on emploie quelquefois l'alun calciné.

h'Alun calciné, sulfate d'alumine et de potasse desséché, se prépare en faisant chauffer dans un pot de terre l'Alun du commerce réduit en poudre grossière. Le feu doit être conduit doucement, de manière que l'Alun fonde dans son eau de cristallisation, et que celle-ci s'évapore.

L'Alun bien calciné est soluble dans l'eau, quoique à un moindre degré que l'Alun cristallisé ; mais il se dissout avec une extrême lenteur, et cette lenteur est telle qu'au premier abord le sel semble tout à fait insoluble.

On peut substituer sans inconvénient pour l'usage médical l'Alun d'ammoniaque à celui de potasse, mais ce dernier renferme souvent du fer; il a alors une teinte rosée. On connaît dans le commerce trois sortes d'Alun de potasse :

10 L'Alun de Rome est préparé avec une roche que l'on trouve dans plusieurs endroits d'Italie, surtout à la Tolfa: il renferme un peu de silice et du fer ;

2° L'Alun de Liège est préparé en mélangeant la pyrite de fer et de l'alumine par l'exposition h l'air humide; les sulfures se changent en sulfates ; à l'aide de lava-

ALUN

ges et de cristallisations répétées on sépare le sulfate de fer, et on fait bouillir les eaux mères avec du sulfate de potasse ou du sulfate d'ammoniaque ; 3" L'Alun de Paris, qui est le plus pur,

s'obtient en calcinant l'argile pour peroxyder le fer ; puis l'argile ainsi calcinée est dissoute dans l'acide sulfurique, et on ajoute à la solution du sulfate de potasse.

Les plus anciens auteurs ont fait usage de l'Alun, etl'on peut dire même que ce médicament a longtemps été la base de presque toutes les préparations externes. Les découvertes de la chimie ont singulièrement étendu le domaine de la matière médicale, et peu à peu de nouvelles substances ont dépossédé l'Alun do la prééminence qu'il avait acquise dans les premiers âges de la médecine. Quoique la plupart des effets thérapeutiques de l'Alun puissent être obtenus par d'autres agents, nous croyons néanmoins devoir insister sur les propriétés d'une substance qui se trouve partout à vil prix, et qui entre encore aujourd'hui dans un grand nombre de recettes populaires que les habitants des campagnes emploient dans le traitement de leurs maladies ou de celles des animaux domestiques.

ACTION PHYSIOLOGIQUE DE l'alUN.

Lorsqu'on met l'Alun en contact avec un tissu qui contient beaucoup de vaisseaux sanguins, on voit bientôt le sang se retirer ; la turgescence et en même temps la coloration diminuent rapidement, et le tissu paraît comme flétri. Mais si l'Alun a été mis en plus grande quantité sur la partie, ou si son emploi a été fréquemment réitéré, cette astriction, cette flétrissure dont nous venons de parler n'est pas de longue durée, et bientôt succèdent les phénomènes qui caractérisent une véritable inflammation.

A l'intérieur, l'Alun pris à forte dose de l à 4 grammes provoque des pincements d'estomac, de la difficulté de digérer ; et si la dose est doublée ou triplée, il survient souvent des vomissements et de la diarrhée.

M. Mialhe attribue à l'Alun des propriétés qu'il ne possède évidemment pas ; nous craignons bien qu'il n'ait été trompé par des expériences de laboratoire, peu concluantes ici. Il établit que l'Alun en présence des alcahs cède une partie de son acide et se transforme en sel basique insoluble.

Lors donc qu'on introduit une dissolution dans l'estomac et que l'absorption l'amène dans les premiers capillaires veineux, le sous-sel aluminique se précipite. C'est ainsi qu'il explique l'effet primitif, l'astriction.

L'action des alcalis du sang continuant à s'exercer, l'alumine est mise en liberté ; mais à l'état naissant elle se dissout dans les liqueurs alcalines; elle passe donc dans la circulation et communique une grande fluidité aux humeurs.

On voit d'après cela qu'il faudrait employer l'Alun à faible dose pour causer l'astriction, et à doses fortes si l'on voulait qu'il agît comme dé-

MÉDICAMENTS ASTRINGENTS

tersif ou désobstruant : nous ne savons ce que de nouvelles expériences chimiques feront voir, mais évidemment M. Mialhe se trompe : l'effet astrictif se prolonge lorsque le médicament a été absorbé ; trop de résultats thérapeutiques le démontrent.

ACTION THÉRAPEUTIQUE DE l'aLUN.

Emploi de l'Alun comme topique. — L'effet primitif de l'Alun, que l'expérience peut constater un grand nombre de fois, mit les médecins sur la voie des usages auxquels ils pouvaient employer ce médicament ; et comme dans l'hémorrhagie, dans l'inflammation et dans les flux divers, la présence du sang dans le tissa était le phénomène le plus saillant, on dut d'abord essayer l'Alun contre les maladies que l'on rangeait dans les trois grandes catégories que nous venons de désigner, et on multiplia promptement les expériences qui démontrent en effet son utilité.

Hémorrhagies. — Chez les jeunes gens, au moment de la puberté; chez les enfants, pendant la coqueluche, ou lorsqu'ils ont fait de trop grandes pertes de sang, il survient des saignements de nez qui sont souvent suivis d'accidents immédiats fort graves, ou qui sont la cause de maladies difficiles à combattre, telles que l'aménorrhée, les pâles couleurs et diverses névroses. Lorsque le sang tarde à s'arrêter, l'inspiration, par le nez, d'eau alumineuse réussit à suspendre et à prévenir les épistaxis ; lorsque la solution d'Alun ne suffit pas, nous faisons prendre, plusieurs^ fois par jour, 25 ou 30 centigrammes d'Alun finement pulvérisé en guise de tabac : ce moyen dispense ordinairement d'avoir recours au tamponnement, avec lequel il peut d'ailleurs être combiné. Cette médication topique n'empêche pas d'administrer à l'intérieur la poudre de quinquina si efficace dans cette forme d'hémorrhagie. C'est surtout pour arrêter les héinorrhagies utérines à la suite de l'accouchement que l'Alun a été conseillé. Rivière l'injectait dans l'utérus et le vagin, dissous dans une décoction astringente (Oper. omn.). Leak le dissolvait dans l'eau et l'employait de la môme manière {Practical Observations, etc.). Smellie imbibait une éponge avec une forte dissolution d'Alun et l'enfonçait dans le vagin {CoUect. of prœlernatural cases). Fabrice de Hilden saupoudrait d'Alun un tampon qu'il introduisait aussi profondément qu'il le pouvait (£'/)ïs;o/a;'Hm centuiHœ).'De pareils moyens^ efficaces le plus souvent quand la métrorrhngie succède à l'accouchement, ou lorsqu'elle survient pendant le cours de l'allaitement, au moment du sevrage ou vers l'âge critique, ne procureraient qu'un soulagement momentané dans le cas où elle reconnaîtrait pour cause l'implantation du placenta sur le col, l'existence d'un polype dans la cavité utérine, ou bien encore le ramollissement d'une tumeur cancéreuse.

Les flux hémorrhoïdaux immodérés devront être combattus d'une manière analogue, aussi bien que les hémorrhagics qui suivent souvent l'ex-

ALUN. 191 cision des tumeurs hémorrhoïdales. Ainsi on pourra, à l'exemple de Paul d'Égine, administrer plusieurs lavements alumineux, ou bien encore imiter Helvétius, qui composait avec de l'Alun un suppositoire qu'il introduisait dans le rectum. Quant à l'hématurie, on ne parvient pas souvent à l'arrêter par des injections alumineuses, car elle tient rarement à une exhalation sur la surface de la membrane muqueuse vésicale ; et le plus ordinairement, au contraire, elle reconnaît pour cause ou de graves lésions des reins, ou le passage d'un calcul dans les bassinets et les uretères, ou bien encore l'existence d'un cancer de la vessie.

L'Alun réussit encore fort bien à suspendre les hémorrhagies traumatiques, mais seulement quand de petits vaisseaux sont ouverts. Ainsi, lorsqu'à la suite d'une amputation ou d'une autre opération grave, le sang continue d'imbiber les pièces de l'appareil, et que l'hémorrhagie menace les jours du malade, on a conseillé de saupoudrer d'Alun et d'imbiber de solution alumineuse la charpie qui recouvre immédiatement la plaie. Quelquefois, chez les enfants cachectiques, chez ceux auxquels on a déjà fait perdre du sang, il arrive qu'une piqûre de sangsue continue de couler ; et une blessure aussi légère suffit pour causer la mort, comme on en a des exemples malheureusement trop fréquents. Avant d'avoir recours à l'application des serres-fines, à la suture, à la cautérisation ou à une compression qui, d'ailleurs, est souvent impraticable, on devra recouvrir d'Alun pulvérisé la petite plaie et les parties environnantes, ou bien encore faire avec de l'Alun, comme l'ont conseillé dans des cas analogues Borelli et Diemerbroeck, de petits clous ou des cônes dont la pointe sera introduite dans la solution de continuité, et maintenue soit avec un bandage, soit avec le doigt. Ce dernier moyen, tout simple qu'il est, réussira parfaitement encore lorsqu'on voudra arrêter les hémorrhagies graves qui suivent si souvent l'avulsion d'une dent.

Les hémorrhagies des gencives et du pharynx sont tous les jours combattues avec avantage par des gargarismes alumineux.

On a conseillé encore cette médication topique dans l'hématémèse et dans le mélaena. Nous avouons que nous en concevons l'utilité quand le sang s'exhale à la surface de la membrane muqueuse ou du fond d'une ulcération superficielle de l'estomac ou des intestins ; mais quand l'hémorrhagie, comme il arrive le plus souvent, tient à une profonde dégénérescence de tissu, il est bien certain que les préparations alumineuses, à quelque dose et sous quelque forme qu'elles soient administrées, ne feront tout au plus que retarder l'inévitable terminaison de toutes les maladies de ce genre, et ne parviendront d'ailleurs que rarement à réprimer l'hémorrhagie.

Emploi de l'Alun comme topique dans les inflammations. — Toutes les fois qu'une inflammation est circonscrite à une partie du corps trèslimitée et qu'elle se lie à un petit nombre de désordres généraux, on peut, sans inconvénient, la traiter par des répercussifs, c'est-à-dire par des médicaments qui classent le sang des vaisseaux d'une manière presque

m MÉDICAMENTS ASTRINGENTS,

mécanique. Aussi s'est-on toujours loué de l'emploi de l'Alun dans les ophthalmies légères et dans les phlegmasics superficielles de la membrane buccale. Saint-Yves faisait fréquemment usage de l'Alun dans le traitement du ptérygion et dans celui des taies qui succèdent à la variole ou qui persistent après la cicatrisation des ulcères de la cornée {Nouveau Traité des Maladies des Yeux, p. 150). Il mêlait de l'Alun calciné avec du sucre et du phosphate de chaux et insufflait cette poudre dans les yeux. Lindt employait le même remède pour guérir le chémosis. Richter le conseille pour combattre le staphylôme {Obs. chirurg., fasc. 2, p. lOi) : une simple solution d'Alun remplit parfaitement le môme but. Rivière préconise les gargarismes alumineux et les insufflations d'Alun pour réprimer l'allongement de la luette et la tuméfaction chronique des amygdales {Op. omn. med. pi^ax., liv. VI, p. 92). Le même auteur, après Dioscoride et Paul d'Égine, regarde ce traitement comme très-efficace encore pour combattre les maladies des gencives qui s'accompagnent d'ulcération et de gonflement.

Arétée, Celse, Paul d'Elgine, et tous les auteurs qui leur ont succédé, se sont accordés sur les avantages que l'on retire de l'emploi de l'Alun dans l'angine catarrhale et môme dans l'angine tonsillaire sans tendance à la suppuration. Nous avouons que nous avons eu souvent à nous applaudir d'avoir fait usage de cette médication. Presque tous les auteurs que nous venons de citer regardent encore le même moyen comme trèsefficace dans le traitement des aphthes, de l'angine aphtheuse et de l'angine maligne ou gangréneuse.

Avant les travaux de M, B retonneau sur les inflammations spéciales du tissu muqueux (Paris, 1826), la plus grande obscurité régnait sur la nature de la maladie que les écrivains désignaient sous le nom d'angine maligne ou gangréneuse. Mais depuis la publication de l'ouvrage de ce praticien, on put aisément apprécier et en quelque sorte classer les méthodes thérapeutiques employées contre l'angine gangréneuse, et faire tourner à notre profit l'expérience de nos devanciers.

M. Bretonneau apprit d' Arétée que, dans la diphthérite pharyngienne, les gargarismes alumineux et les insufflations d'Alun suffisaient pour arrêter le développement et l'extension des fausses membranes dans les voies aériennes, et par conséquent pour prévenir le croup. 11 employa cette médication avec un succès qui dépassa son attente ; et nous-mêmc' en 1828, ayant reçu une mission médicale dans plusieurs départements où la diphthérite régnait épidémiquement, nous avons pu nous convaincre de l'extrême efficacité de l'Alun. Quand la diphthérite est bornée aux gencives, et qu'elle constitue une maladie connue dans les campagnes sous le nom de chancre, un collutoire fait avec une solution d'Alun dans de l'eau vinaigrée et miellée suffit pou-r arrêter le mal, qui avait résisté quelquefois des mois entiers aux médications les plus diverses et les plus énergiques. Lorsqu'elle se développe sur les amygdales, on peut à la rigueur se borner à de simples gargarismes, si le malade est adulte et si

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l'on peut compter sur son exactitude ; mais il est plus prudent d'insuffler l'Alun pulvérisé. Dans les campagnes, nous nous servions ordinairement d'un fuseau de rouet, d'un morceau de sureau dont la moelle avait été enlevée, ou bien d'une tige de roseau, et nous instruisions les parents à faire eux-mêmes cette insufflation, dont ils s'acquittaient ordinairement avec la plus grande facilité. Nous chargions une des extrémités du tube de 4 grammes d'Alun pulvérisé : appliquant alors la langue sur cette extrémité, nous accumulions de l'air dans la bouche, et soufflant brusquement en même temps que nous éloignions la langue, nous envoyions dans toute 1 arrière-bouche une grande quantité d'Alun qui se trouvait également en contact avec l'entrée du larynx, de l'œsophage et des fosses nasales. Les cris du malade, son agitation, nous servaient parfaitement, et pour faire l'insufflation nous profitions autant que possible du moment où il faisait une grande inspiration. Cette opération, que nous faisons répéter cinq, six ethuit fois par jour, est ordinairement suivie d'efforts de vomissements et d'une salivation abondante ; mais après un quart d'heure tout ce désordre est calmé, et il arrive souvent que la diphthérite, même la plus grave, lorsqu'elle n'a point encore envahi l'intérieur du larynx, cède, en quelques jours, à cette médication. Quand la diphthérite s'étend à la peau, au mamelon ou à la membrane muqueuse des organes de la génération, ce qui est fort commun lorsque la maladie règne épidémiquement (voir notre mémoire sur la diphthérite cutanée. Archives générales de médecine, t. XXIII, p. 383), des lotions alumineuses fréquemment répétées guérissent non sans difficulté cette phlegmasie souvent si redoutable.

Le môme remède est encore conseillé dans le traitement des aphthes •qui occupent la bouche et le pharynx, dans le muguet, ainsi que dans l'angine et dans la stomatite pultacées. Nous l'avons souvent employé avec grand succès dans le traitement de l'angine scarlatineuse, à moins que celle-ci ne persistât lorsque déjà l'exanthème cutané avait entièrement disparu.

L'Alun s'emploie encore avec avantage pour guérir, chez les femmes et surtout chez les très-jeunes filles, certaines phlegmasies aiguës de la vulve qui régnent quelquefois épidémiquement, surtout dans les classes pauvres, et qui s'accompagnent d'écoulements puriformes ou d'exsudations membraniformes. On sait combien il importe de remédier vite à ces irritations et sécrétions vulvaires qui, chez les petites filles, sont si souvent l'origine de mauvaises habitudes. Disons toutefois qu'ici l'Alun, tout utile qu'il est, n'a pas l'efficacité du nitrate d'argent, qui réussit à guérir souvent à la fois la maladie et le vice.

Contre les végétations peu volumineuses de la vulve, l'Alun est employé avec un véritable succès; on l'applique alors en poudre, et on renouvelle souvent cette appUcation. Contre l'inflammation de la membrane muqueuse du vagin et la blennorrhagie, les injections alumineuses sont un des meilleurs adjuvants du nitrate d'argent. — Terminons enfin en disant

MÉDICAMENTS ASTRINGENTS

qucles solutions d'Alun trouvent aussi leur application pour soulager les insupportables démangeaisons vers les organes extérieurs de la génération, auxquelles les femmes sont si snjettes. Toutefois, nous préférons dans ce cas à l'Alun le carbonate de potasse ou de soude, et le sublimé.

L'Alun est employé avec beaucoup d'avantage dans les maladies des organes de la génération chez les femmes. Dans ce cas, c'est en solution plus ou moins concentrée, et surtout en poudre qu'il est administré. Ainsi, pour combattre les granulations ou ulcérations superficielles qui siègent sur le col utérin, on forme un petit tampon de ouate de coton dans l'intérieur duquel on enferme une certaine quantité de poudre d'Alun, et on laisse ce tampon appliqué directement sur le col utérin. Un bout de fil sert à retirer ce petit tampon. Ou bien encore on insuffle celte même poudre sur le col utérin ou sur la surface intérieure du vagin, en se servant du spéculum.

D'autres fois, si l'on veut faire pénétrer le médicament dans la cavité du col pour traiter la leucorrhée qui résulte de la sécrétion morbide des follicules, on y introduit des mèches enduites de poudre alumineuse, ou bien de petits cristaux d'Alun que l'on taille.

Le tampon avec la poudre alumineuse peut encore être utile dans les cas de prolapsus de la matrice, qui reconnaissent pour cause le relâchement du vagin, si commun après l'accouchement ou les leucorrhées chroniques.

Un dentiste de Paris, M. Lefoulon, qui s'était acquis une grande réputation dans le traitement des caries douloureuses des dents, a rendu publique la méthode qu'il employait. Il fait avec l'Alun, l'éther sulfuriquf^ et un peu de mucilage de gomme, une pâte molle dont il remplit la cavité de la dent malade. Le pansement est répété deux fois par jour, tant que la douleur existe ; puis une fois par jour pendant deux ou trois semaines, jusqu'à ce que le nerf dentaire ne soit plus sensible. On peut alors plomber la dent, ou se contenter de recourir à la pâte alumineuse éthérée une fois tous les huit à quinze jours.

Bennati {Bulletin général de Thérapeutique, t. I, p. 26a) a publié un travail intéressant dans lequel il démontre l'utilité des gargarismes alumineux dans quelques cas d'aphonie, et dans de graves altérations du timbre de la voix. Mais il fait faire en même temps à son malade certains exercices vocaux auxquels il attache une grande importance.

On comprend aisément aussi comment M. Payan (d'Aix) a pu guérir une surdité qui coïncidait avec une inflammation chronique des amygdales, par des applications répétées d'Alun sur les tonsilles. C'est ainsi que nous-mêmes, et tant d'autres, nous sommes servis du nitrate d'argent dans des circonstances semblables.

Les chirurgiens font encore un usage assez fréquent de l'Alun pour réprimer les bourgeons charnus, les fongosités qui se développent à la surface des plaies; il suffit alors de l'employer en solution : mais si l'on veut produire une forte astriction et combattre des excroissances de na-

ALUN. 19S ture syphilitique ou autre qui ont une certaine dureté, on préfère l'Alun en poudre, et surtout l'Alun calciné.

Ongle incarné. — Le docteur Sommé (d'Anvers) a proposé l'Alun calciné comme moyen curatif de l'ongle incarné. Il n'a recours qu'à l'Alun, sans opération préalable. Avec un stylet aplati, on enfonce l'Alun aussi profondément qu'il est possible entre les chairs et l'ongle. 11 se forme une croûte que l'on enlève avec précaution deux fois par jour d'abord, puis une seule fois. Si on laissait la croûte formée par l'Alun, la matière purulente resterait renfermée sous elle , la maladie persisterait, et on n'obtiendrait d'autre résultat que de fatiguer le malade. Il faut ajouter que, quoique simple et de facile application, cette médication ne laisse pas que d'exiger, pour réussir, beaucoup de soins et de persévérance. {Ann. de la Soc. de Médecine d'Anuers.)

Associé au blanc d'œuf et à l'eau-de-vie camphrée, l'Alun forme un liniment propre à fortifier la peau contre les engelures et contre les effets d'un décubitus prolongé. (Mérat et Delens, Dict. vniv. de Mat.méd., t. I, p. 209.)

On a encore vanté l'action topique de ce médicament pour guérir certains flux; ainsi des collutoires alumineux réussissent' très-bien dans la salivation mercurielle, et lorsque cette supersécrélion reconnaît pour cause une inflammation de la membrane muqueuse de la bouche ; mais ce n'est pas sans un grand péril, comme le fait fort bien observer Gmelin (Apparatus med., t. I, p. 121), que l'on supprime par ce moyen ou le flux de quelques vieux ulcères, ou des sueurs partielles qui incommodent par leur abondance ou par leur fétidité. La même réflexion s'applique au traitement topique de la leucorrhée.

On n'a pas les mêmes dangers à redouter lorsque l'on emploie l'Alun comme topique pour combattre les diarrhées rebelles, les vomissements glaireux, et quelques autres accidents qui sont sous la dépendance d'une phlegmasie chronique de la membrane muqueuse du canal digestif. Dans ce cas, pour suivre le précepte de Paul d'Égine, de Zacutus, de Bissot, on fait précéder l'usage de l'Alun par l'administration de quelques évacuants. Nous avons vu Récamier, négligeant ce conseil, réussir néanmoins à calmer des vomissements et une diarrhée fort rebelles en associant à l'Alun de faibles proportions d'opium ; et MM. Fouquier et Barthez s'applaudissent d'avoir administré l'Alun dans la dothinentérie (fièvre putride), comme moyen de réprimer le travail d'ulcération des follicules, de favoriser leur cicatrisation, d'arrêter les hémorrhagies et la diarrhée, et de faciliter la digestion pendant la convalescence. La dose qu'ils administrent dans les vingt-quatre heures varie de 1 à 8 grammes.

De l'emploi de l'Alun comme médicament non topique. — Jusqu'ici

nous avons étudié l'action que l'Alun pouvait exercer sur les parties avec lesquelles il était en contact direct : nous indiquerons maintenant ses effets sur les organes internes, lorsqu'il a été absorbé dans les premières voies et qu'il est mis secondairement en contact immédiat avec les tissus

MÉDICAMENTS ASTRINGENTS

divers. C'est surtout dans le traitement des hémorrhagies que l'Alun a »'té employé à haute dose suivant cette méthode ; et presque tous les auteurs que nous avons déjà cités dans le cours de cet article ont rapporté des faits nombreux pour démontrer l'utilité de cette médication. Hertz l'a conseillé dans l'aifaiblissement de la contractilitc du col de la vessie et dans l'incontinence d'urine qui en est la conséquence : Mead et Vogel, dans le diabète (Mead, Oper. omnia, liv. II, p. 48; Vogel, De cognoseendis et curandis morbis, p. 281); Thompson, dans le traitement des Ilueurs blanches opiniâtres, et pour remédier à ce qu'il a appelé le relâchement des vésicules séminales, et aux pollutions et à la spermatorrhée qui, selon cet auteur, peuvent être la suite de ce relâchement. Quelquesuns ont constaté son utilité dans le cas où des sueurs trop abondantes Jettent le malade dans un extrême affaiblissement.

Quelques praticiens, séduits par les avantages qu'ils avaient retirés des injections alumineuses dans le traitement de quelques leucorrhées graves qu'ils croyaient symptomatiques d'un carcinome de l'utérus, ont voulu que l'Alun fût un spécifique contre le cancer, et ils ont prodigué ce médicament tant h l'intérieur qu'à l'extérieur avec des succès variés. Récamier, à qui la science doit de si utiles travaux sur le cancer, a suivi avec une persévérance qu'on ne saurait trop louer une série d'expériences nombreuses sur cette médication, mais jamais il n'a guéri un carcinome dont il avait pu constater l'existence par le spéculum et par le toucher.

Nous avouons que nous ne croyons pas davantage à la vertu fébrifuge de l'Alun, malgré l'imposant témoignage de Boerhaave, de Lind, de Monro; et nous ne croyons pas surtout, quoi qu'en puissent dire Muller et Furstenau (Muller, Diss. de Aluminis solutione vitriolatâ ; Fr. Furstenau, De Alumine dissertatio) , que ce médicament doive être mis sur le môme rang que le quinquina dans le traitement des fièvres intermittentes.

Mais aujourd'hui quelques praticiens prétendent que dans la colique <le plomb les préparations alumineuses guérissent presque aussi sûrement et avec presque autant de rapidité que le fameux traitement de la Charité. Grashius, l'auteur de cette méthode, administrait 50 centigrammes à 1 gramme d'Alun plusieurs fois par jour {Diss. de Colicâ pictorum, Amstelod., 1732). Thomas Percival [Médical and expérimental Essays, t. II, p. 194), Quarin {Animadversiones practicœ in diverses morbos), l'administraient, dans ce cas, mêlé à du sucre, à du blanc de baleine, à <le la gomme arabique, et l'associaient à l'opium. Kapeler, médecin de l'hôpital Saint-Antoine, a, en quelque sorte, importé chez nous cette médication, et il donne pendant six, huit, dix jours de suite \ à 12 grammes d'Alun dans un julep gommeux [Arch. gén. de Méd., t. XVIII, p. 370, Mémoire de M. Mantunceix). Un grand nombre de médecins des hôpitaux de Paris, et, entre autres, M. Gendrin, ont sanctionné par leur propre expérience la méthode de Grashius; mais ce dernier a pensé que l'Alun n'agissait que par l'acide sulfurique en excès qu'il contenait; et, d'après

ALUN

cette idée, il a administré, plusieurs jours de suite, aux malades atteints de la colique de plomb, 4 à 8 grammes d'acide étendu dans une quantité suffisante de tisane. Il est probable que ce praticien a obtenu des succès ; mais nous devons dire que nous n'avons pas été heureux en répétant ses essais, tandis qu'il est bien facile de se convaincre de l'utilité de l'Alun dans le traitement de la colique des peintres, utilité moindre toutefois que celle des purgatifs associés aux stupéfiants.

A l'intérieur, il est rare qu'on puisse porter la dose de l'Alun à plus de 8 grammes à la fois sans provoquer des vomissements, des coliques et des purgations. On en donne ordinairement 30 à 40 centigrammes plusieurs fois par jour ; mais, pour combattre la colique de plomb, la quantité en est portée beaucoup plus haut. Du reste, on peut élever la dose jusque-là qu'elle ne cause pas d'accidents du côté des organes digestifs ; et la susceptibilité individuelle des malades doit seule nous servir de guide.

MODES d'administration ET DOSES.

Pour l'usage externe, on se sert le plus ordinairement d'une solution saturée à froid. Toutefois, dans les collyres, il convient de commencer par de moindres doses, et de les élever en raison des douleurs que provoquera le médicament et des changements qu'il apportera dans la maladie.

On n'emploie plus guère aujourd'hui l'Alun calciné, qui a une activité fort variable : l'Alun non calciné remplit beaucoup mieux toutes les vues du thérapeutiste, à moins, comme nous l'avons dit plus haut, que l'on ne veuille produire une astriction très-forte, et réprimer ou des fongosités considérables ou des tubercules infiammatoires.

Pour l'usage thérapeutique exîerne, — M. le docteur HomoUe vient

de préconiser le sulfate simple d'Alumine comme bien supérieur à l'Alun.

Le sulfate d'alumine du commerce contenant un excès d'acide, une certaine proportion de fer et un peu d'Alun, on le purifie en précipitant le fer par le ferrocyanure de potassium; on sature l'acide libre par l'alumine en gelée ; enfin, la différence de solubilité permet de séparer l'alun cristallisé. Le sulfate simple est, en effet, très-remarquable par sa solubilité : deux parties d'eau peuvent dissoudre trois parties de ce sel, et cette portion saturée laisse déposer les particules d'alun interposées dans la masse.

La saveur du sulfate d'alumine est franchement styptique, sans arrièregoût désagréable ; c'est la solution saturée (trois parties de sel pour deux parties d'eau) marquant 130" au densimètre, que M. Homolle a adoptée comme d'un emploi plus facile.

L'application de cette solution se fait au moyen d'un pinceau à lavis qui n'est pas altéré par le sel. On peut la prolonger plus ou moins ; le simple contact avec le tissu qu'on veut modifier produit une impression

Mf-DICAMENTS ASTRINGENTS.

suffisante, et l'on peut, au moyen d'une injection d'eau, la rendre aussi légère et aussi peu durable qu'on le désire. Dans les cas où l'on veut obtenir des effets plus énergiques, l'application peut se faire au moyen de charpie ou d'amiante imbibée de la solution saturée, de manière à former une pâte qu'on applique en couche mince sur la surface ulcérée, et qu'on peut laisser plusieurs heures en place.

Le sulfate simple d'alumine ayant l'inconvénient de brûler le linge et d'altérer les instruments en acier, à cause de l'acide libre qu'il contient, M. HomoUe eut l'idée de saturer cet acide libre par l'oxyde de zinc au lieu de l'alumine en gelée, et il adopta définitivement cette dernière préparation, qui est douée d'une action plus énergique. Il réserve toutefois le sulfate simple pour les affections de la gorge, en raison de sa saveur moins acre et moins désagréable que le sulfate double d'alumine et de zinc.

Le mode d'application de ce sel double d'alumine et de zinc est exactement le même que celui du sel simple ; toutefois on peut, avec la solution saturée de sulfate d'alumine et de zinc, épaissie au moyen de la poudre de guimauve jusqu'à consistance de pâte un peu ferme, préparer (les trochisques, des pastilles et des olives qui permettent d'obtenir, par une application prolongée, une action plus profonde, surtout lorsqu'on veut détruire des tissus cancéreux, doués d'une propriété d'expansion et de reproduction très-actives.

En mêlant la solution saturée de sulfate d'alumine et de zinc avec parties égales de glycérine pure, on obtient une préparation d'un emploi facile pour applications et pansements, et qui n'offre pas l'inconvénient de se dessécher à la surface des tissus.

On préparc aussi pour pansements un cérat selon la formule suivante ;

solution saturée de sulfate d'alumine et zinc . . '6 gram.

Huile d'amandes douces 10

Cérat blanc 'JO

Les affections dans lesquelles M. Homolle a obtenu les meilleurs effets de ce puissant modificateur de la vitalité des tissus sont : les angines tonsillaires et pharyngiennes, notamment l'angine couenneuse diphthéritique et l'angine granuleuse pharyngienne, ordinairement si tenace ; l'hypertrophie des amygdales, les polypes muqueux des fosses nasales, l'ongle incarné, les ulcères scrofuleux, les nœvus et les végétations vasculaires, les aifections inflammatoires du col de l'utérus, surtout avec granulations et ulcérations, et enfin les déplacements de cet organe. Le sulfate simple d'alumine et le sulfate double d'alumine et de zinc possèdent de plus une action spéciale sur le cancer ulcéré dont ils enrayent ou modifient f;ivora])lement la marche, agissant dans ce cas particuher à la fois comme caustique, désinfectant et hémostatique ; souvent ils réussissent mieux que les narcotiques à calmer les douleurs propres au cancer, et retardent notablement le développement de la cachexie.

BISMUTH

Ajoutons enfin que M. HomoUe applique, avec un succès complet, à l'embaumement et à la conservation des cadavres, la solution de sulfate double d'alumine et de zinc. {Union médicale, février 1861.)

A l'exemple de M. Homolle, M. Bouchardat emploie égalemenv avec succès le sulfate d'alumine; il en recommande notamment l'usage contre l'ozène et dans le catarrhe vésical et vaginal. Un pharmacien de Paris a eu l'idée de chauffer ce sel avec une certaine proportion de benjoin; ce mélange doime une liqueur hémostatique des plus efficaces.

CADMIUM.

SULFATE DE CADMIUM.

Sel incolore, déliquescent à l'air, cristallisant en prismes rectangulaires, soluble dans l'eau, très-astringent, agissant à la manière du sulfate de zinc, mais il est dix fois plus actif que celui-ci.

MM. de Graefe et Giordano ont employé le sulfate de Cadmium pour combattre les inflammations de l'œil qui reconnaissent une cause dyscrasique.

MM. Tott, Kopp, Ansiaux, Himly, Guillié et Rosenbauer l'ont employé dans le traitement des taches et des opacités de la cornée ; enfin M. Zinke l'a prescrit en injection dans l'otorrhée et la blennorrhée.

Collyre (Froiimullcr).

Sulfate de Cadmium. ............ 0^20 gram.

Eau distillée de roses 45,00

Laudanum de Sydenliam 2àC

A instiller par goutte dans l'œil contre les ulcères de la cornée.

Le sulfate de nickel se rapproche, par ses propriétés, du sulfate do Cadmium, mais il est moins actif. M. le professeur Simpson l'a employé avec succès dans un cas de migraine périodique.

Le sulfate d'alumine et de fer, l'alun de fer ou sulfate de potasse et de sesquioxyde de fer, le sulfate d'ammoniaque et de sesquioxyde de fer ont été proposés pour remplacer l'alun ordinaire. Le docteur Tyler Smith considère ces derniers sels comme étant plus astringents que l'alun et ne possédant pas les propriétés excitantes des autres préparations ferrugineuses; d'ailleurs, rien ne nous paraît justifier ces assertions. On les emploie à la môme dose que l'alun.

BISMUTH

Le Bismuth {Bismuthiim, Wismuthum, de 9,8, il fond à. 264» en se contractant,

Marcosila,noms Ounciens :llismuth,dlainde car les parties encore solides restent îi la

(j'arr) est un métal blanc, un p 'U roiigcà- surface du bain. C'est de tous los métaux

irOj à cassure laniclleuscj sa densité est celui qui cristallise le mieur et le plus

aisément par voie de fusion ; on obtient lies trémies irisées de plus belles couleurs, parce qu'elles sont recouvertes d'une pellicule d'oxyde très-mince qui décompose la lumière. Les acides clilorhydrique et sull'uriqu(; ne réagissent sur lui que s'ils sont concentrés et bouillants, tandis que l'acide azotique le transforme facilement en azotate de Bismuth.

Cet azotate étendu d'eau se décompose en azotate acide soluble et sous-azotate insoluble, qui lavé et séché était connu autrefois sous les noms de magistère de Bismuth, de blanc de fard. Le Bismuth contient presque toujours de l'arsenic et du soufre; pour l'en débarrasser on le fond deux ou trois fois avec un vingtième d'azotate de potasse, et on le chauffe au rouge : l'arsenic et le soufre restent dans

la scorie à l'état d'arséniate et de sulfate de potasse.

Le sous-azotate et le carbonate de Bismuth sont les seules préparations employées en médecine.

Le sous-nitrate de Bismuth, appelé quelquefois à tort oxyde blanc de bismuth, et aussi blanc de perle, est, sous forme de poudre d'un beau blanc, composé de petits cristaux brillants; il est insipide, inodore, peu soluble dans l'eau. On obtient ce sel en faisant tomber goutte à goutte, dans une grande quantité d'eau, une solution de nitrate de Bismuth, et lavant soigneusement le précipité.

Le sous-nitrate de Bismuth entre dans la composition de la youdre de Wendl et de celle de liobert- Thomas.

Le sous-nitrate de Bismuth n'était d'abord employé gue comme fard ; c'est à peine si quelques médecins l'avaient conseillé dans l'usage médical avant Odier, de Genève, qui, en 1786, publia son premier travail sur la matière.

Le Bismuth ne ftit d'abord employé que comme fard, ainsi que nous venons de le dire, et il resta presque exclusivement dans le domaine des parfumeurs, qui, pour le mettre en crédit, vantèrent son extrême efficacité dans la couperose et dans diverses alTections cutanées du visage. Le fait est que, de tous les cosmétiques employés par les femmes pour donner à la peau une teinte blanche, le sous-nitrate de Bismuth est le plus innocent, et, nous ajouterons, le plus propre peut-être à modifier heureusement certaines affections de la peau du visage, telles que la couperose, par exemple, et les eczémas chroniques.

L'usage interne du Bismuth date de la fin du dernier siècle; Odier, de Genève, est le premier qui l'ait conseillé. Déjà, en 1739, on lisait dans les observations de Pott l'histoire d'un homme qui avait éprouvé de graves accidents gastriques à la suite de l'ingestion du Bismuth. Un fait du même genre, emprunté au tome V des Annales cliniques de Heidelberg, et inséré dans le vingt-troisième volume des Archives de médecine, page 43 '(, prouve que le sous-nitrate de Bismuth a pu une fois, à la dose de 8 grammes, causer des accidents toxiques d'une gravité extrême et la mort.

Il nous est impossible d'admettre sans réflexion les faits que nous venons de citer. Nous ne les nierons pas, parce que cette manière est trop commode dans la science, mais nous les expliquerons.

Le Bismuth, comme on sait, est presque toujours mélangé d'ime grande proportion d'arsenic, et dans la préparation du sous-nitrate, il faut prendre quelque précaution, autrement le sous-nitrate pourrait contenir un peu d'arsenic. Si, en effet, le Bismuth n'a pu être préalablement purgé

BISMUTH

de tout l'arsonic qu'il recèle, et que, dans la préparation de ce métal, on ne le traite pas assez longtemps avec la potasse pour que l'arsenic soit entièrement converti en arséniate, et si l'on n'évapore pas assez pour chasser une grande partie de l'excès d'acide, une partie de l'arséniate de Bismuth reste dans la dissolution et est entraînée lorsque l'on précipite par l'eau le sous-nitrate de Bismuth.

D'après cela, il est facile de comprendre que ce médicament mal préparé puisse causer les accidents que nous avons signalés plus haut.

Mais lorsque le sous-nitrate de Bismuth a été préparé avec du métal parfaitement pur, précipité et hien lavé, il peut être donné, en une seule fois, à la dose de 1, 2, 3 et même 4 grammes, sans faire éprouver le plus léger malaise ; et nous pouvons le proclamer d'autant plus hautement, que, dans notre hôpital, dans notre pratique particulière, nous conseillons ce médicament tous les jours , sans que jamais nous ayons vu le plus léger accident nous faire concevoir la moindre appréhension. M. le docteur Monnerel a été beaiicoup plus loin que nous, et prétend que l'on peut avec avantage, et sans aucun inconvénient, porter la dose de Bismuth à 10, 15, 30 et jusqu'à 60 grammes par jour.

Odier, de Genève, dans le mémoire qu'il avait publié en 1786 dans le Journal de médecine, avait indiqué toutes les propriétés importantes du sous-nitrate de Bismuth, et il est inconcevable, vraiment, que ce médicament ait été aussitôt oublié que vanté, bien qu'il jouisse d'une incontestable efficacité. C'est à M. Bretonneau, de Tours, que l'on doit, en France du moins, la réhabilitation du Bismuth; et, par nos travaux publiés en divers journaux, nous avons peut-être contribué nous-mêmes à lui rendre le rang qu'il devait occuper en thérapeutique.

Odier le conseillait dans les maladies de l'estomac qui dépendent de la trop grande irritabilité de la membrane musculaire de ce viscère, dans l'hystérie, dans la coUque, dans la diarrhée, dans les troubles de la menstruation accompagnés de palpitations de cœur et de douleurs de tête, dans la gastrite. Carminati , dans ses Opuscules thérapeutiques (Paris, 1783), reconnaît son efficacité dans la gastralgie, dans la débilité de l'estomac avec tendance aux spasmes, dans l'hystérie; Bonnat {Journ. de médecine, 1688), dans les douleurs chroniques de l'estomac.

Enfin Odier, revenant sur les effets de ce médicament, dit que, dans un cas, il l'a vu calmer de violentes douleurs d'estomac causées par un squirrhe ; mais il reconnaît qu'il ne pouvait rien contre la maladie ellemême, non plus que contre les lésions organiques graves des viscères gastriques.

Il nous reste maintenant à donner le résultat de l'expérience de M. Bretonneau et de la nôtre propre. Nous avons si souvent conseillé le Bismuth, et nous le donnons encore à tant de malades que, plus que personne peut-être, nous pouvons indiquer les applications thérapeutiques que l'on peut en faire.

Usage interne, aialadies de l'estomac Il est certain que les ma-

MÉDICAMENTS ASTRINGENTS

ladies de l'estomac sont heureusement modifiées par le sous-nitrate de Bismuth ; mais les indications données par Odier, par Carminati et par Bonnat sont tellement vagues, dans l'état actuel de la science, qu'il est essentiel de préciser un peu davantage.

Le sous-nitrate de Bismuth convient aux personnes dont les digestions sont habituellement laborieuses et s'accompagnent de tendance à la diarrhée.

Quand les éructations sont acides, ou qu'il n'y a que des flatuosités purement inodores, il convient d'associer ,au Bismuth de faibles proportions de carbonate de magnésie ou de bicarbonate de soude avec quelques gouttes de laudanum.

Quand il y a des éructations nidoreuses, le Bismuth échoue presque toujours, à moins que, au préalable, on n'ait administré un purgatif salin.

11 est donc particulièrement utile dans la gastrite subaiguë, dans la gastrite chronique, et dans la gastralgie qui se complique d'un état d'irritation de la membrane muqueuse de l'estomac.

Mais quand la gastralgie s'accompagne de constipation habituelle, qu'il n'y a pas de vomissements, ou que les vomissements sont purement glaireux et insipides ou acides; quand elle complique la chlorose et qu'elle alterne, comme il arrive souvent, avec la névralgie temporo-faciale ou avec un rhumatisme ; quand elle se lie à l'hypochondrie, à la leucorrhée, au flux immodéré des hémorrhoïdes ou à tout autre flux que la diarrhée, le sous-nitrate de Bismuth ne rend que peu de services.

Toutefois, dans quelques-uns de ces cas même, le Bismuth reprendra des avantages plus marqués, si on a le soin de lui associer une certaine dose de magnésie, dans le but de neutraliser l'acidité des premières voies ou de remédier à la constipation. La poudre américaine, ou poudre de Paterson, qui jouit d'une grande réputation aux États-Unis et en Angleterre, n'est autre chose que le Bismuth associé à la magnésie. Le seul inconvénient de cette poudre, d'ailleurs très-efficace, est de présenter les éléments composants dans des proportions fixes et invariables, tandis que les besoins de la pratique doivent exiger que chacun de ces éléments soit donné dans des proportions diverses, et selon la mesure nécessaire pour produire le résultat particulier qu'on désire obtenir.

Les vomissements des enfants qui se lient à la dentition , et qui précèdent quelquefois le ramollissement de la membrane muqueuse de l'estomac, ceux qui succèdent aux indigestions que cause leur extrême voracité, ceux qui accompagnent le muguet, sont heureusement combattus par le sous-nitrate de Bismuth.

Maladies de l'intestin. Diarrhée. — Quant aux maladies de l'intestin proprement dit, celles qui sont modifiées par le Bismuth sont analogues aux affections de l'estomac qui guérissent à l'aide du même moyen.

Lorsque la diarrhée succède à une dothinentérie grave, ou que, dans le cours de cette pyrexie, la fièvre ayant notablement cédé, les évacuations alvines persistent avec opiniâtreté , le Bismuth donné seul, à la

BISMUTH

dose (le 2 à 8 grammes par jour, rend souvent de grands services; Fadjonction d'une petite proportion d'eau de chaux (15 à 40 grammes par jour) est souvent bien utile. Enfin le médicament échoue quelquefois complètement, si l'on n'accompagne l'administration de chaque dose de celle d'une très-minime quantité d'opium.

Dans les diarrhées qui semblent être au canal alimentaire ce que le catarrhe pulmonaire est à l'appareil respiratoire, et que l'on pourrait, à bon droit, appeler aussi catarrhe intestinal, l'emploi du sous-nitrate de Bismuth, après la première ardeur de fièvre passée, est parfaitement indiqué. Le médicament donné en poudre dans un pain d'autel , ou en mixture dans de l'eau épaissie à l'aide de la gomme-adragante , devra «tre pris à jeun le soir, et dans l'intervalle des repas, et, chez les enfants qui répugneront à ce mode d'administration, au moment même où l'on donne les aliments.

Dans les épidémies de choléra qui ont désolé la France en 1832, 1 849 et 1854, le sous-nitrate de Bismuth a été appelé à rendre d'immenses services dans le traitement de la diarrhée dite prémonitoire. En 1832, quoi que nous eussions fait pour en populariser l'emploi, peu de praticiens avaient voulu l'essayer; mais, en 1849, le remède compta un peu plus de partisans; et en 1834, il devint d'un usage tellement général, que les pharmaciens en distribuaient chaque jour d'énormes quantités, et sur l'ordonnance des médecins, et même sans ordonnances, avec d'autant plus de sécurité que le Bismuth est du très-petit nombre des remèdes qui, bien que doués d'une incontestable efficacité, jouissent pourtant d'une innocuité complète.

On était dans l'habitude de lui associer de très-faibles quantités d'opium. Cette adjonction, qui est vraiment utile quand la diarrhée débute et qu'elle est vive, devient nuisible, au contraire, un peu plus tard; et une forte dose de Bismuth le matin et le soir, avec quelque peu d'eau de Vichy ou d'eau de chaux aux repas, laisse à l'estomac le ressort nécessaire à l'accomplissement de ses fonctions, en même temps qu'il lutte efficacement contre l'exagération des sécrétions intestinales.

Le sous-nitrate de Bismuth convient particulièrement aux enfants débiles, qui éprouvent de la diarrhée sous l'influence de la moindre cause; et surtout au moment du sevrage, lorsque les viscères gastriques se révoltent contre une alimentation nouvelle, ou bien encore lorsque le dévoiement, qui accompagne habituellement la dentition, persiste encore après l'éruption de la dent.

Usage externe. — M. Bretonneau est, à notre connaissance, le premier médecin qui ait utilisé le sous-nitrate de Bismuth dans le traitement des maladies externes. Il emploie surtout ce sel dans les ophthalmies catarrhales à l'état subaigu et chronique. 11 insuffle dans l'œil de 1 à 2 décigrammes de sel, une ou deux fois par jour ; ou bien encore, il fait renverser la tête du malade, entr'ouvre l'œil et y répand une pincée de Bismuth. Quelquefois aussi il saupoudre de la même manière les ulcères

sanieux et ceux qui causent de vives douleurs. Enfin, dans certaines dartres, toiles que l'eczéraa'chronique, l'impétigo, dans l'ectropion, il calme les démangeaisons et accélère la guérison, en enduisant la peau d'une pâte faite avec de l'eau et du magistère de Bismuth.

Notre ami, M. le docteur Lasègue, par une heureuse induction, a appliqué au traitement de la colite aiguë et chronique le médicament topique si heureusement employé par M. Bretonneau. Il fait faire une mixture avec quelques œufs crus, ou bien avec du mucilage de gomme-adragant, ou de pépins de coings, et du sous-nitrate de Bismuth à la dose de 2, 4 et jusqu'à 10 grammes, et il injecte cette mixture dans le rectum, après l'avoir au préalable nettoyé avec un clystère d'eau ordinaire. Cette injection, qui est toujours très-facilement supportée, peut être répétée deux et trois fois par jour, et cela plusieurs semaines de suite, si besoin est.

Cet exemple a porté ses fruits, et M. le docteur Caby a imité M. Lasègue, en portant dans le canal de l'urètre et dans le vagin atteints de blennorrhagie soit aiguë, soit chronique, une mixture épaisse de Bismuth. Il faut toutefois, quand on fait une injection de ce genre dans le canal urétral de la femme, éviter d'aller jusqu'à la vessie, le Bismuth pouvant, s'il est déposé dans le réservoir de l'urine, devenir l'occasion d'une agrégation calculeuse.

Enfin M. Lasègue, dans les dartres humides, recouvre les parties malades d'une bouillie de Bismuth et d'eau, et par-dessus il met un cataplasme de fécule auquel on ajoute de la glycérine, pour en empêcher la dessiccation.

Si maintenant on cherche à se rendre compte du mode d'action théra-: peutique du sous-nitrate de Bismuth, on sera vraiment embarrassé; on ne saisit en effet aucun effet intermédiaire entre l'emploi du médicament et son résultat curatif. Malgré l'attention que nous y avons mise, nous n'avons pu apercevoir la moindre influence sur les fonctions générales. Quand un individu en bonne santé prend du sous-nitrate de Bismuth, le seul phénomène que l'on remarque, c'est la constipation ; mais les fonctions nerveuses, la chaleur animale, les mouvements du cœur, les sécrétions urinaire et cutanée ne sont pas influencés d'une manière appréciable.

Toutefois, quand on étudie attentivement les effets thérapeutiques de ce sel dans les maladies externes, et ceux qu'il produit dans les affections internes, on ne peut méconnaître que son mode d'action a la plus grande analogie avec celui des substances légèrement astringentes. Mais en même temps on ne peut lui refuser des propriétés sédatives, surtout dans les névroses ou névralgies gastro-intestinales; et cette considération nous avait dé"terminés, dans les éditions précédentes, à ranger le Bismuth dans la classe des sédatifs ou coutro-stimulants.

Mais après mlire réflexion, et en tenant compte de sa propriété dominante et la plus évidemment caractéristique, nous avons pensé que la place véritable du sous-nitrat* de Bismuth se trouvait à côté des astrin-

BISMUTH

gents minéraux ; c'est pourquoi nous avons cru devoir l'étudier après le plomb et l'alun.

Avant de terminer ce qui est relatif à l'action thérapeutique du sousnitrate de Bismuth, nous devons prévenir les praticiens que les garderobes, pendant l'administration de ce sel et encore quelques jours après, ont une teinte gris noirâtre très-prononcée qui inquiète souvent les familles et même le médecin.

Modes d'administration et doses. — Le SOUS-nitrate de bismuth, à

cause de son insipidité, est très-facile à administrer; il n'est pas besoin de le déguiser, et c'est une chose précieuse pour les enfants surtout. On le donne en poudre aux adultes dans une cuillerée de potage ou de confiture; aux enfants, mêlé à un peu de sirop, de confiture ou de miel, ou bien encore dans leur bouillie. Pour les enfants, nous faisons faire des tablettes qui contiennent chacune 5 centigrammes de sel. Cette espèce de bonbon est fort goûtée des enfants, qui en redemandent avec empressement. On pourrait, dans chaque pastille, mettre beaucoup plus de Bismuth.

La dose pour les adultes est de 1 à 4 grammes dans les vingt-quatre heures ; pour les enfants, de 1 à 5 décigrammes. M. Monneret, comme nous l'avons dit, porte la dose dix fois plus haut.

Le Bisinuth se donne au moment du repas, autant que possible. Quand les spasmes et les douleurs d'estomac se montrent pendant la nuit ou de grand matin, il convient de l'administrer au moment oii les malades se mettent au lit.

Nous avons vu souvent des dames qui, pour blanchir la peau, faisaient usage du sous-nitrate de Bismuth ou des pâtes qui en renfermaient; mais souvent il arrivait, à la suite d'émanations sulfureuses, que la coloration passait rapidement au noir. C'est là un accident désagréable que les médecins des eaux sulfureuses ont également occasion d'observer; cette coloration, quoique fort tenace, puisqu'elle ne disparaît complètement que par la chute de l'épiderme, peut cependant être bien diminuée par les lotions souvent répétées avec une solution très-étendue de chlorure de sodiun,!.

Sous-carbonate de Bismuth. — A côté du sous-nitrate vient se placer naturellement le sous-carbonate de Bismuth que le professeur Lannon, de Bruxelles, vient d'introduire récemment dans la thérapeutique.

D'après les observations faites par cet auteur, ce sel possède toutes les propriétés depuis longtemps acquises au sous-nitrate, et de plus il posséderait quelques qualités qui, dans certains cas, lui mériteraient la préférence sur cette dernière préparation.

On sait, en effet, que le sous-nitrate est fort peu soluble dans le suc gastrique, et que cette insolubilité non-seulement le rend inefficace dans un certain nombre de circonstances où il paraît bien indiqué, mais qu'il u l'inconvénient de déterminer parfois des pesanteurs et même des pincements d'estomac assez incommodes.

MÉDICAMENTS ASTRINGENTS

Le sous-carbonate, au contraire, est solublc dans le suc gastrique ; son action est prompte et il ne produit aucun sentiment de pesanteur. En outre, il constipe rarement, colore les selles moins que le sous-nitrate, et il peut être employé pendant un temps assez long sans fatiguer les organes digestifs, comme le fait le magistère de Bismuth.

D'après M. Lannon, l'action primitive du sous-carbonate de Bismuth serait sédative, et ultérieurement, si l'on vient à prolonger son usage, il finit par provoquer les phénomènes qui résultent de l'emploi des toniques.

Le sous-carbonate aura la préférence sur le sous-nitrate de Bismuth,, dans les gastralgies compliquées d'une certaine nuance d'irritation, avec langue rouge et pointue, et surtout dans les digestions laborieuses, accompagnées d'éructations nidoreuses ou acides.

Dans ces conditions, il neutralise avantageusement les acides en excès, ce que ne fait pas le sous-nitrate, et en même temps il calme assez promptement les douleurs gastriques, les vomissements et la diarrhée, rétablit l'appétit ; en un mot, il ramène peu à peu les fonctions digestives à l'état normal. S'il en était ainsi, dans ces cas spéciaux, le sous-carbonate remplacerait avec succès à lui seul le mélange souvent nécessaire du sous-nitrate de Bismuth avec la craie ou la poudre d'yeux d'écrevisscs.

On donne ce médicament dans un peu d'eau ou de confitures ; chez les. enfants, on le mêle à leur bouillie. La dose pour les adultes est de 1 à 3 grammes dans la journée, et pour les enfants de 10 à 40 centigrammes..

ACIDES

Un peu plus loin, au chapitre des Irritants, nous traiterons des Acides concentrés, et nous dirons quels services ils rendent dans la thérapeutique chirurgicale; nous ferons voir en même temps qu'ils sont d'un grand secours aux médecins en qualité de tempérants, lorsqu'ils sont prisà l'intérieur et à très- faible dose, et nous aurons plus tard à nous en occuper en traitant des médicaments tempérants.

Cette influence que les Acides, pris à faible dose, exercent sur les pyrexies, est due probablement aux modifications que ces agents exercent sur l'état et la composition du sang. L'anatomie pathologique démontre, en effet, que,tandisqu'on trouve le sang dissous chez les animaux que l'on a soumis pendant longtemps à l'usage de hautes doses d'alcalins, on le voit, au contraire, plus coagulé, plus plastique chez ceux qui ont pris des Acides pendant longtemps : ce dernier état du sang est tout à fait analogue à celui que Gohier, de Lyon, a constaté chez les chevaux auxquels il avait fait prendre de grandes quantités de tan. On comprend alors comment, en augmentant ladose de l'Acide, jusque-là pourtant qu'il ne s'ensuive pas une irritation locale trop vive, on obtiendra des moditications du sang encore plus manifestes.

Les solutions fortement acides sont donc conseillées dans les mômes

ACIDES

cas que les astringents, mais c'est surtout dans les hémorrhagies et dans les 11 ux chroniques qu'il est convenable de les employer.

Les principaux Acides employés à l'intérieur comme astringents sont : les Acides sulfurique, nitrique, chlorhydrique, citrique, acétique. La dose, pour l'Acide sulfurique et pour l'Acide nitrique, est de 2 à 8 grammes en vingt-quatre heures ; pour l'Acide chlorhydrique, de 4 à 12 grammes; pour l'Acide citrique, de 12 à 24 grammes. Ce dernier s'emploie surtout combiné au suc de limon ; on prescrit alors 2 à 8 cuillerées à bouche de jus de limon ou de citron que les malades peuvent avaler pur. Il en est de même pour le vinaigre de table.

L'Acide sulfurique se donne à la dose de 2 grammes par litre d'eau sucrée sous le nom de limonade sulfurique ; il vaut mieux encore prescrire dans le même but de Veau de Rabel ou Acide sulfurique alcoolisé à la dose de 8 grammes pour 1 kilogramme d'eau commune.

Si le malade ne peut ingérer une grande quantité de boisson, l'Acide sera pris dans un julep que l'on sucrera abondamment et qu'on prendra seulement par cuillerées.

Le vinaigre, qui n'est autre chose que l'acide acétique étendu, jouit dos propriétés des Acides que nous venons de passer en revue. Pour supprimer les hémorrhagies, on donne à l'intérieur le vinaigre de table pur à la dose de 60 à 250 grammes par jour.

Employés topiquement, les Acides, un peu moins affaiblis que pour l'usage interne, exercent une action styptique très - évidente, comma on peut s'en convaincre en examinant les lèvres d'une personne qui mange une salade un peu vinaigrée. Ils s'emploient de la même manière que les astringents divers, dont nous avons traité déjà fort longuement.

En septembre 1854,|M. le docteur Le Cœur (deCaen) fit connaître, dans les journaux de médecine, un nouveau traitement de la gale à l'aide du vinaigre ordinaire :

« Un des inconvénients,. dit-il, des plaisirs de la chasse et des promenades dans la campagne, est, pour beaucoup de personnes, l'insertion sous l'épiderme d'un petit ciron microscopique du genre acarus, variété de sarcopte, qui, une fois logé dans les tissus, détermine à la peau de petites vésicules, à auréole inflammatoire parfois, accompagnées d'atroces démangeaisons. Ce petit acarus est vulgairement désigné sous les noms de rouget, ou bête d'août. Le meilleur moyen de le détruire et de faire disparaître promptement les accidents, ou plutôt l'incommodité qu'il occasionne, consiste à pratiquer, sur les parties affectées, de vigoureuses frictions à l'aide de fort vinaigre. Conduit par l'analogie, j'ai appliqué, depuis quelque temps, ce moyen au traitement de la gale, dont les vésicules reconnaissent aussi pour cause la présence sous l'épiderme d'un sarcopte (nocturne, selon le docteur Aubé ; V acarus ou le sarcoptes scabiei). Sur dix individus j'ai déjà mis ce traitement en usage, et toujours avec un entier succès. Je ne puis qu'engager mes confrères à l'essayer à leur

208 MÉDICAMENTS ASTRINGENTS

tour. Je fais pratiquer, trois fois par jour, sur les parties affectées, à l'aide d'un éponge un peu rude, imbibée de bon vinaigre, des frictions assez fortes pour pénétrer la peau et déchirer les vésicules. Dans aucun de ces dix cas, la réussite ne s'est fait attendre. La moyenne du traitement a été de moins de cinq jours ; et je pense qu'à l'aide de frictions générales, exactement pratiquées de la même manière, cette moyenne de temps pourrait être abrégée. Il est inutile, je le crois, de faire ressortir les avantages de cet agent thérapeutique sur ceux jusqu'ici préconisés dans le traitement de la gale. L'économie, l'absence d'odeur désagréable, la célérité d'application h l'insu de tout le monde, et la facilité d'action, doivent lui assurer la préférence sur presque tous ceux jusqu'ici recommandés. Quant à moi, il m'a procuré des résultats supérieurs. Peut-être obtiendrait-on le même but à l'aide de frictions pratiquées avec les Acides minéraux étendus d'eau. Cela est probable; mais je ne les ai pas encore expérimentées. »

Nous devons ajouter que depuis longues années dans nos départements du Midi on traite avec succès la gale avec l'eau acidulée par l'Acide sulfurique, qui coûte encore moins cher que le vinaigre (eau 100, Acide sulfurique l).

Ici nous croyons utile de consigner les résultats d'expériences assez nombreuses que nous avons instituées sur l'action de quelques Acides dans certaines affections des voies digestives, caractérisées surtout par la dyspepsie ou l'anorexie.

Voici par quelle circonstance nous avons été conduits à cette médication. Il y a quelques années, dînant à côté d'un touriste-voyageur, nous apprîmes de lui que, forcé, dans ses nombreuses pérégrinations, de suivre les régimes les plus différents, il devait à l'Acide chlorhydrique seul le pouvoir de digérer que ces changements de régime lui avaient fait perdre. Il en portait toujours sur lui un petit flacon, et à la fin de chaque repas, il en prenait 4, 5, 6, 8 gouttes. Le fait nous parut intéressant, et immédiatement il nous remit en mémoire quelques lectures d'auteurs anglais oii il était question de dyspepsies traitées par des mixtures avec l'Acide chlorhydrique. Mais en remontant aux sources, il nous fut impossible de trouver nulle part ce traitement formulé d'une manière un peu précise. Nous dûmes, en conséquence, prendre le parti d'expérimenter pour ainsi dire à nouveau. Dans le principe, nous procédâmes, de toute nécessité, un peu au hasard et avec timidité. Toutefois, nous eûmes la satisfaction de remarquer que dans quelques cas, encore mal déterminés d'ailleurs, l'Acide chlorhydrique nous rendait d'utiles services. Mais depuis lors, grâce à des observations nombreuses, et grâce surtout à l'analyse attentive des faits, nous croyons être arrivés à pouvoir préciser dans quels cas et dans quelles formes spéciales de dyspepsies cette médication est le mieux appropriée. Or, son utilité nous paraît surtout bien marquée dans les dyspepsies liées aux affections chroniques fébriles, et noamment à la phthisie pulmonaire, c'est-à-dire dans des cas où jusqu'ici

ACIDES

les alcalins étaient employés assez généralement d'une manière à peu près exclusive.

Dans l'impossibilité oii nous sommes d'entrer ici dans de grands détails à cet égard, qu'on nous permette de renvoyer aux articles et aux observations qui ont été publiés sur ce sujet dans V Union médicale (juillet 1837). On y verra qu'un certain nombre de malades, et surtout de phthisiques, depuis longtemps sans appétit, ou digérant avec la plus grande difficulté, ont dû à quelques gouttes d'Acide chlorhydrique administrées à chaque repas le retour de l'appétit et la faculté de digérer avec une certaine facilité; d'où, comme conséquence importante, une notable amélioration dans l'état général des malades, et quelquefois même un temps d'arrêt des plus prononcés dans la marche de la phthisie qui, jusque-là, faisait les progrès les plus menaçants.

Sur ces faits nous avons, comme de raison, essayé d'établir une théorie. On sait que les sucs gastriques sont naturellement acides et que leur acidité est principalement due à l'Acide lactique, dont la présence a été démontrée par Graves, et plus tard par Berzélius. On y trouve, de plus, une certaine proportion d'Acide phosphorique et d'Acide chlorhydrique. C'est au moment de la digestion que ces sucs acides de l'estomac sont sécrétés avec le plus d'abondance, et leur sécrétion est nécessaire à l'accomplissement de la fonction. D'autre part, M. G. Bernard a démontré que, dans toute affection fébrile, et notamment dans toute affection inflammatoire de l'organe gastrique, cette sécrétion des sucs acides était plus ou moins complètement enrayée, à ce point même que le suc gastrique se trouvait réduit souvent au simple mucus stomacal. Or, l'expérience vient nous montrer que c'est précisément dans les dyspepsies ou les anorexies liées aux affections chroniques avec fièvre, ou compliquées d'un certain degré de phlegmasie gastrique, que les Acides trouvent leur principale indication.

Assurément, pour un chimiàtre, la conclusion ne se ferait pas attendre, et il n'hésiterait guère à attribuer l'efficacité de l'Acide à une action purement chimique, c'est-à-dire en restituant directement et immédiatement au suc gastrique la proportion d'Acide qui lui manquait. Quant à nous, cette interprétation si satisfaisante ne nous satisfait nullement ; et, au risque d'être accusés de donner dans le vague ou dans les abstractions vitalistes, nous aimons mieux croire que l'Acide chlorhydrique dans ces cas, de môme que les alcalins dans des cas tout à fait analogues, agissent comme, stomachiques ou modificateurs spéciaux du sens gastrique, c'est-àà-dire qu'en vertu d'une action élective toute vitale ou d'une stimulation spécifique, cet Acide a pour effet primitif de réintégrer la sécrétion gastrique dans ses divers éléments et dans ses qualités normales, et pour résultat consécutif de rétablir et de régulariser la faculté digestive et assimilatrice.

Une conséquence toute naturelle de la théorie chimique nous invitait d'ailleurs à pousser plus loin nos expériences. Gomme l'Acide lactique

MÉDICAMENTS ASTRINGENTS

domine dans le suc gastrique, il était permis de supposer que cet Acide devait avoir dans les dyspepsies des avantages au moins aussi marqués que l'Acide chlorhydrique. En conséquence, nous donnons l'Acide lactique, d'abord à la dose de 40, 15, 20 gouttes; mais ces doses étant sans effet appréciable, nous allons jusqu'à 2 et 3 grammes. Mais qu'arrive-t-ii? L'une de nos malades vomit l'Acide lactique; l'autre, qui avait éprouvé du bien de l'Acide chlorhydrique, reprend sa dyspepsie sous l'influence de l'Acide lactique ; plusieurs malades toutefois, grâce à cet agent, digèrent un peu mieux qu'auparavant, mais ces résultats sont incomparablement moins satisfaisants qu'avec l'Acide chlorhydrique.

En résumé, nos observations sur l'action des Acides nous conduisent à cette conclusion, à savoir : que dans les dyspepsies liées aux affections chroniques, soit du thorax, soit du ventre, l'Acide chlorhydrique, et plus exceptionnellement l'Acide lactique, pris immédiatement avant ou après le repas, à la dose de quelques gouttes diluées dans un peu d'eau, sont d'une véritable utilité dans un grand nombre de circonstances ; et que, par conséquent, contrairement k l'opinion et à la pratique à peu près générales, les alcalins sont loin d'être les seuls et uniques agents dont la Thérapeutique puisse disposer pour combattre les dyspepsies. Ce point désormais admis, ce sera l'œuvre de la Clinique de déterminer les indications spéciales qui devront faire donner la préférence ici aux Acides, là aux alcalins.

BORAX ou BI-BORATE DE SOUDE.

MATIÈRE 3IÉDICALE.

Borax on bi-borate de soucie.

Le Borax {Tinckal, chrysocole, soude boratée, Boras sodicus,

2B03, NaO lOAq),

se trouve en dissolution dans les eaux de plusieurs lacs d'Asie ; en Chine, au Tliibet, dans l'Inde anglaise. Autrefois on obtenait par l'évaporation des eaux qui le contiennent un produit connu commercialement sous le nom de Tinckal ; c'est le Borax naturel. On le purifiait et il prenait la dénomination de Borax rafllné.

On obtient aujourd'hui le Borax artificiel, en faisant dissoudre dans l'eau bouillante dix parties d'acide borique de Toscane, et douze parties de carbonate de soude cristallisé. D'après les observations de M. Payen, si on laisse refroidir lentement une dissolution concentrée de Borax dans l'eau bouillanle, entre 79» et 56°, elle laisse déposer des octaèdres réguliers qui constituent le Borax oclaédrique. Ce Borax ne renferme que 30 pour 100 d'eau de cristallisation ; et sa composition peut être représentée par 2B0*, NaO -I- 5.\q. La

solution moins concentrée laisse déposer à SO" un Borax identique au Tinckal ou Borax naturel. Il se présente sous la forme de prismes rhomboïdaux obliques. De ces deux Borax, le prismatique et Voclaédrique, c'est le premier qui est employé en médecine.

Il est en gros cristaux, légèrement opaques, s'eflleurissant à l'air, d'une saveur alcaline, verdissant le sirop de violettes, soluble dans dix parties d'eau froide et dans deux parties d'eau bouillante; insoluble dans l'alcool à 90». Il est résolutif, astringent, et s'emploie à l'intérieur, comme sédatif, fondant, emménagogue; son usage est le plus souvent externe.

Pour l'emploi pharmaceutique, on l'administre sous forme de sirop, lotion, gargarisme, collutoire, pommade, glycéré.

Quant au Borax oclaédrique, \\ est seulement usité dans les arts, pour souder les métaux; le meilleur pour cet usage est celui qui a été fondu.

D'autres borates ont été proposés pour l'usage médical; tels que le borate d'ammoniaque et celui de potasse, qui s'obtiennent directement. Onaaussi précoaisé

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