‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/Chapitre 47 sur 146 · TODE · texte numérisé non relu

TODE

à dix fois son poids d'axonge, contre les maladies chroniques de la peau. A l'intérieur, on le donne comme antisyphilitique à la dose de 13 à 20 centigrammes par jour.

Tartrate de Mercure. — Ce sel, qu'il ne faut pas confondre avec le Mercure tartratisé, était employé jadis comme antisyphilitique à la dose de 5 à 10 centigrammes. Il faisait la base de la liqueur fondante de Diener, et de l'eau végéto-mercurielle de Pressavin.

Telles sont les préparations mercurielles que les médecins ont combinées de toutes façons et associées de mille manières, de sorte qu'il serait tout à fait impossible de donner une idée des caprices auxquels a été soumis le Mercure, et des formes sous lesquelles les médecins et les charlatans Font présenté aux malades.

Adjuvants et correctifs. — Le mercurc a souvent sur le tube digestif une action irritante qui n'est pas sans inconvénients. Ces inconvénients sont de deux sortes. Il peut en résulter d'abord une inflammation chronique de la membrane muqueuse; et dans le cas où la préparation mercurielle produit la diarrhée, elle n'est pas absorbée, et par conséquent n'a plus les propriétés altérantes que l'on voulait utiliser. L'expérience a prouvé que, en général, il était convenable d'unir l'opium au Mercure, afm, d'une part, de neutraliser son action irritante, et, d'autre part, d'empêcher la diarrhée.

Quant aux adjuvants que l'on est dans l'usage d'associer au Mercure, ce sont ordinairement des sudorifiques, et nous avons dit plus haut ce que nous en pensons.

IODE

L'Iode (du grec îof'^r,;, violacé; ainsi nommé par Gay-Lussac à cause de la belle couleur violette de sa vapeur) est un corps simple, métalloïde, découvert en 1812 par Courtois dans les eaux mères des soudes de varech.

On ne le rencontre pas libre dans la nature. Il existe à l'état d'iodure de potassium ou de sodium dans certains polypiers, tels que les éponges parmi les algues, les coralliiies; dans la plupart des algues thalassiophytcs, et même, comme l'a démontré M. Chatin, dans la plupart des plantes d'eau douce.

Ces productions puisent l'Iode dans le liquide au sein duquel elles s'accroissent; elles le retiennent, l'emmagasinent, pour ainsi dire, de telle façon qu'elles en renferment une proportion parfois assez considérable, tandis que les eaux elles-mêmes ne contiennent que des traces de ce corps simple. Aussi est-ce d'abord dans les fucus connus sous le nom de varechs que l'Iode a été découvert.

Aujourd'hui on est arrivé, par des procédés délicats, à en constater la présence non-seulement dans les mers, mais encore dans un grand nombre d'eaux minérales.

Les principales sources iodurées sont:

en France, celles de Salies (Basses-Pyrénées), de Cauterets (0. Henry, Filhol et Réveil), de Saint-Sauveur, de Baréges (Hautes-Pyrénées), de Plombières (Vosges) (Réveil). M. 0. Henry a trouvé dans celles d'Evaux (Creuse) des indices de principe iodique; les algues croissant dans ces sources en renfermaient une notable proportion, aussi bien que d'autres conferves prises îl Néris et à Vichy.

En Allemagne, Heilbronn et Kissingen ^Bavière), Tatenhausen ( Westphalie ), Hombourg, Nauheim (Hesse), Kreutznach (Prusse), possèdent des eaux iodées. En Savoie, l'eau d'Aix et celle de Challes contiennentde l'Iode. En Italie, on compte celles de Saleset, de Gastel-Novo, d'Asti (Piémont), et de Montechia (Naples); en Espagne, celles des puits de Saragoss •.

MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

L'Amérique fournit aussi des eaux chargées d'un principe iodique; à Saragota (Etats-Unis), certaines eaux renferment de l'iodure de sodium.

Enfin, dans ces derniers temps, on a découvert de l'iodure de magnésium dans une source de l'île de Ceylan (Asie).

Le moyen le plus exact pour constater la présence d'une trace d'Iode consiste à faire évaporer le liquide qui tient l'iodure en dissolution, en ajoutant à la liqueur un peu de potasse caustique : le liquide concentré est traité à chaud par un peu d'amidon et par l'acide nitrique nitreux : il se produit une belle coloration bleue.

Le procédé de M. J. Bonis est encore plus sensible, il consiste à faire bouillir les eaux avec du perchlorure de fer; tout l'Iode se dégage dans les premières liqueurs distillées.

L'Iode se présente sous forme de lamelles d'un gris bleuâtre, à érlal nirliillique; il a une odeur fort aiialdi^iii' à icllc du chlore, une saveur àm' et il(' sa-i-i'aljlc. Il fond à 1070, et se volaliNsc à 173» en vapeur violette. Trî's-|icii si il uMc dans l'eau, soluble dans l'alnxil et dans l'éllier. Il colore l'amidon en bleu, la peau et le papier en jaune.

Sa pesanteur spécifique est de 4,948.

Mode d'extraclion. On incinère les varechs, on lessive leurs cendn^s, et on les dépouille autant que possible des sels étrangers par des évaporalions et des refroidissements réitérés; puis on verse dans les eaux mères de l'acide sulfuriquo concentré; on ajoute du bioxyde de manganèse, et l'on chauffe de nouveau. On obtient alors l'Iode, qui se volatilise en poudre; on le lave, et, chauffé dans une cornue, il se volatilise et se condense en lamelles dans le récipient. On le sèche ensuite entre des feuilles de papier, et on le conserve dans des flacons bien bouchés.

L'Iode pur doit être entièrement volatilisable par la chaleur et soluble en entier dans l'alcool; on trouve souvent dans le commerce de l'Iode renfermant du fer ou de la houille, et qui ne remplit pas ces deux conditions.

L'Iode libre n'est guère employé que dans la thérapeutique externe : ici la pratique est parfaitement d'accord avec les données rationnelles fournies par la chimie.

Ce corps simple, en effet, en contact avec les carbonates alcalins de nos humeurs et du sang en particulier, doit donner naissance à de l'iodure de sodium, et c'est par conséquent dans cet état seulement qu'il manifeste ses effets dynamiques.

Au contraire, l'action locale, irritante ou caustique, appartient à l'Iode luimême.

Le coagulum scariforme produit sur nos tissus par l'Iode à l'état solide est, suivant la remarque de M. Mialhe, beaucoup plus facilement dissous par les carbonates alcalins que celui que forme

le tannin dans les mêmes circonstances.

Par ce fait on explique, en partie, comment il se fait qu'une inflammation gangréueuse des bourses se développe souvent dans les cas où l'injection vineuse s'infiltre dans le tissu cellulaire, tandis que cet accident n'est presque pas à redouter avec les injections iodées.

On donne l'Iode : 1" en soluliun aqueuse et en teinture, éthérée ou alcoolique, que l'on prépare avec : Iode, 1 p. ; alcool ou éther, 12 p. (Codex.)

Faites dissoudre à la température ordinaire.

Solution iodée, dite de Guibou7-t, pour injections :

Iode 5 gr.

lodure de potassium. . S

Alcool à 90" centig.. . 5

Eau distillée 100

Injection iodée (Velpeau).

l'einture d'Iode SOO gr.

Eau ordinaire 100

Dans les cas d'hydrocèle et autres accumulations séreuses ou sanguines liquides des cavités closes.

M. Mialhe s'est assuré que dans cette préparation les 17 18 d'Iode sont précipités si l'on emploie la teinture d'Iode récemment préparée ; en vieillissant, cette teinture d'Iode perd peu à peu la propriété d'être précipitée; c'est qu'il s'est formé de l'acide et de l'éther iodhydriques: il en résulte que la teinture d'Iode est un médicament variable dans sa composition, conséquemment dans ses effets.

La teinture d'Iode précipite d'autant moins par l'eau qu'elle est plus ancienne^ traitée par des feuilles d'argent, celles-oi enlèvent tout l'Iode, et dans le liquide incolore qui reste, traité par le chlore, il se produit une coloration qui est due à l'Iode mis en liberté.

Solution iodée rubéfiante.

Iode 10 gr.

lodure de potassium... 20 Eau distillée 120

Faites dissoudre par trituration dans un mortier de verre. On l'emploie pour exciter les ulcérations scrofuleuses, ou bien en l'étendant un peu, pour toucher les gencives dans l'ébranlement des dents.

Solution iodée caustique.

Iode 10 gr.

lodure de potassium.. . 10 Eau distillée 20

' On l'emploie quand la solution précédente n'agit plus, pour aviver les ulcères scrofuleux, pour toucher les cicatrices vicieuses. On s'en sert encore en badigeonnages quand on vett exercer une action fortement rubéfiante et révulsive sur cer-

IODE

taines parties peu sensibles, par exemple au niveau des articulations, dans les cas d'Iiydarthoses, d'hygromas, etc.

2» En pommade, formée avec 1 gramme d'Iode et 16 grammes d'axonge.

3» En fumigations. On fait passer une grande quantité d'air dans de l'eau à 50 ou (jO degrés contenant de l'Iode, et l'on en aspire la vapeur, qui se forme bientôt dans l'appareil.

fodures métalliques.

lodure de potassium. Kl (iodure potassique, Berz., hydriodrate de potasse). Il est blanc, cristallisant en cubes, déliquescent à l'air et très-soluble dans l'eau et dans l'alcool; ce sel contient 76,33 d'Iode et 23,67 de potassium. Il peut, comme les autres iodures alcalins, se charger d'une plus grande quantité d'Iode; il passe alors à l'état d'iudure de potassium ioduré.

On prépare l'iodure de potassium en mettant dans une chaudière de fonte 100 parties d'Iode, 30 parties de limaille de fer et 500 parties d'eau distillée ; on agite et l'on chauffe jusqu'à ce que la liqueur devienne presque incolore. On filtre alors, et on lave le résidu avec un peu d'eau pure. On verse ensuite dans la liqueur une dissolution de carbonate de potasse(80 parties environ), puis ou filtre et on lave le résidu ; on ajoute l'eau de lavage à la liqueur filtrée, et l'on évapore dans uae capsule de porcelaine. L'iodure cristallisé se dépose par un refroidissement lent.

Solution d'iodure de potassium pour l'usage interne (G. Paul).

Iodure de potassium 15

Sirop d'écorce d'orange amère. 35

Chaque cuillerée à bouche contient t gramme d'iodure de potassium.

Pommade d'iodure de potassium.

Pr. : Iodure de potassium. 4 gr.

Axonge benzoïnée . . 30

L'iodure de potassium ne se dissout pas dans l'axonge, et alors l'absorption ne se fait pas; il faut donc, pour la préparation de cette pommade, faire dissoudre le sel dans^ un peu d'eau et mieux dans de la glycérine, qui s'incorpore facilement aux corps gras.

On emploie souvent de préférence les préparations avec l'iodure de potassium iodurp

M. Lugol en a donné diverses formules pour eaux minérales, pour bains, pour pommade, collyre, etc.

lodu.e de haryum, Bal (iodure barytique, Berz., hydriodate de baryte, iodhydrate de baryte).

Il est blanc, cristallisé en petites aiguilles, d'une saveur acre, déliquescent et très-soluble dans l'eau.

U est composé de baryum, 35,17: Iode,

On l'obtient en précipitant une dissolution d'iodure de fer par la baryte.

Go sel a été employé avec avantage par MM. Biett et Lugol.

Pommade d'iodure de baryum.

Pr. : Iodure do bai'yum. 20 centigr.

Axonge 30

Mêlez.

Iodure de sodium (Nal). L'iodure de sodium est blanc, cristallisé en tables hexagonales, déliquescent, soluble dans l'eau et l'alcool. Il se trouve à l'état naturel dans quelques plantes marines, associé à l'iodure de potassium, et se prépare en décomposant une dissolution d'iodure de zinc par une dissolution bouillante de carbonate de soude. Il faut avoir le soin de laisser un petit excès de carbonate de soude : on filtre et on fait évaporer.

L'iodure de calcium (hydriodate de chaux), indiqué par Bréra, a reçu les mêmes applications.

Nous ne séparerons pas de ce sel les préparations d'épongés autrefois fort usitées, et qui paraissent ne devoir leur etîîcacité qu'à la présence de l'iodure de calcium.

Actuellement on emploie la poudre d'éponges torréfiées et non calcinées. Sa couleur doit être rousse ; si elle était noire, l'éponge aurait déjà perdu son principe iodique.

La poudre d'éponge s'administre à l'intérieur par prises de 1 gramme environ : on en prépare des bols et des tablettes. On l'applique aussi topiquement.

Iodure de soufre (sulfure d'Iode). Il se présente en masse brune, à texture cristalline.

Cet iodure médicinal est composé de 79,70 d'Iode et de 20,30 de soufre.

On l'obtient par la combinaison directe de l'Iode et du soufre.

Il a été employé par Biett en pommade, dont la composition est la même que celle d'iodure de baryum.

Iodure de fer. (Voir Matière médicale au mot Fer, p. 7.)

Iodure de plomb (Pbl), iodure plombique, Berz. U est d'un beau jaune d'or, soluble dans 1,235 son poids d'eau froide, •peu soluble aussi dans l'eau bouillante (1/192) ; il se précipite par le refroidissement en paillettes brillantes qui se ternissent à la lumière.

Nitrate de plomb 100 gr.

Iodure de potassium . . . 100

Dissolvez le nitrate de plomb à froid dans une quantité d'eau suffisante, et, d'autre part, préparez une solution concentrée d'iodure de potassium. Versi-z à froid et par petites portions la solution d'iodure dans celle de nitrate, jusqu'à ce qu'elle cesse d'y produire un précipité jaune; lavez le dépôt d'iodure de plomb

MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

a l'eau distillée froide, et séchez-le à la température de l'étuve.

Pommade d'iodure de plomb.

Pr. : lodure de plomb. 4 à 8gr.

•Vxoiige benzoïuée. 30 Mêlez. (Codex.)

On le donne à l'intérieur en pilules de 25 à 30 centigr.

lodure de mercure. ( V. Mercure, p. 233.)

lodure d'ammonium oniodhydrale d'ammoniaque ( AZH3IH = AZH4I). L'iodhydrate d'ammoniaque jouit de toutes les propriétés de l'iodure de potassium, seulement il est plus excitant et on l'emploie à plus faible dose. On l'obtient en décomposant l'iodure de fer par le suifhydrate d'ammoniaque ; on peut obtenir de même les iodures de baryum et de calcium, que l'on a plus spécialement préconisés comme antiscrofuleux; mais ces sels se décomposent facilement.

lodure de zinc (Znl). L'iodure de zinc est un sel parlailement défini, très-stable, (|ui agit comme l'iodure de potassium, mais qui doit être employé à dose beaucoup plus faible, parce .qu'il conserve les propriétés irritantes des sels de zinc ; il est préférable à l'iodure de plomb, car il est plus soluble. On l'obtient par combinaison directe du zinc avec l'Iode, au contact de l'eau. La dose pour la pommade est de 1/20 d'iodure.

lodure de cadmium (Cdl). L'iodure de cadmium est un sel blanc, nacré, trèsbrillant. Il ne s'altère pas à l'air, est trèssoluble, et forme avec les corps gras des pommades très-blanches, qui ne se colorent pas îi l'air. Dose : 2 grammes d'iodure pour 8 grammes d'axonge. (Garrod.)

loduremanganeux Çi^lnl) . L'iodure manganeux se prépare en décomposani, une solution d'iodure de baryum par du sulfate de protoxyde de manganèse, et faisant évapirer à l'ùbii de l'air, en présence de la cliaux vive.

lodure de (/uinine (C^» H'^ AzO^IH) et iodure de cinchonine (C^o H'^ AzO, III). Ces deux sels s'obtiennent par combinaison directe de l'Iode, de la quinine et de la cinchonine à équivalents égaux; on ajoute de l'eau dans la proportion do 30 pour 1 d'iodure. Ce sont des composés mal définis, d'un aspect résinoïde, inodores, insijiides, solubles dans l'alcool, mais insolubles dans l'eau.

lodure de zinc et de morphine {Znl, C3*Hi9Az06IH).

Ce sel s'obtient en faisant bouillir 1 gr. d'iodure d'iodhydrate de morphine avec 50 gr. d'eau et 10 gr. de limaille de zinc. On filtre bouillant, et on obtient des cristaux aiguillés radiés. Ce sel est considéré comme calmant et antispasmodique.

S'emploie en pilules de 1 centigramme.

L'iodure d'iodhydrate de morphine (C»*H'» AzO«, — Ul,l) qui sert à sa prépa-

ration s'obtient par la précipitation d'un sel de morphine par l'iodure de potassium ioduré.

lodure de zinc et de strychnine (Znl, C**H2*Az2 08IH).

L'iodure de zinc et de strychnine s'obtient en chauffant pendant plusieurs jours de l'eau, de l'iodure d'iodhydrate de strychnine (C^^H^^Az^O», IH, I) et du zinc, et on filtre les liqueurs chaudes. Ce sel est soluble dans l'eau et l'alcool ; il s'emploie contre les névroses et surtout contre l'épilepsie.

Teinture d'Iode morphinée.

Pr. : Teinture d'Iode ... 15 gr.

Sulfate de morphine. 2 Cette préparation produit des effets de somnolence en même temps que la cessation de la douleur.

lodhydrale de morphine (C5ni'9AzO«IH).

Ce sel s'obtient par double décomposition de l'iodure de potassium et du sulfate de morphine.

Pommade d'iodhydrate de morphine ioduré.

lodure de potassium. ... 3 gr.

lodhydrate de morphine. . 1

Axonge 40

Mêlez. En frictions soir et matin.

lodure d'arsenic. Sa couleur est d'un rouge de laque; il est très-fusible, soluble dans l'eau; il est employé en pommade, composée avec 5 centigr. d'iodure pour 4 grammes d'axonge.

lodure d'arsenic et de mercure. Donovan a proposé d'employer contre la lèpre, le lupus, le psoriasis, la combinaison d'iodure de mercure et d'iodure d'arsenic.

Soubeiran a modifié ainsi le procédé de Donovan pour obtenir ce produit :

Pr. : lodure arsénieux. . . 1 gr.

Bi-iod un- de mercure. 1

Après avoir délayé les deux iodures dans un peu d'eau, on verse dessus de l'eau bouillante qui les dissout, on filtre et l'on ajoute : eau, q. s. pour obtenir 100 grammes de liquide.

Potion de Donovan.

Solution iodo-arsenic-mercure. 4 gr.

Eau distillée 80

Sirop de gingembre ..... 16

Cette potion contient 4 centigrammes de chacun des iodures. Elle se prend à la dose de trois à quatre cuillerées par jour.

lodure d'or. Il est pulvérulent, jaune verdàtre, insoluble dans l'eau froide, décomposablc par la chaleur. Il contient un tiers de son poids d'Iode. On l'obtient en précipitant le chlorure d'or par l'iodure

IODE

de potassium. Ce sel s'emploie de la même manière que les iodures de mercure.

Nous indiquerons encore Viudure d'amidon comme ayant aussi quelque usage thérapeutique.

Le docteur Buchanan le préfère aux autres composés d'Iode, et le prépare en divisant lB',30 d'Iode dans un peu d'eau, et le mêlant ensuite à 123 gram. d'amidon en poudre. 4 gram. de ce mélange contiennent 13 centigr. d'Iode. On l'administre sous forme de poudre et de tisane :

Poudre d'iodure d'amidon.

Iode 1 gr.

Amidon 24

Eau q. s.

Triturez et laissez sécher.

Dose 20 à 50 centigrammes et plus.

Tisane d'iodure d'amidon.

Amidon 20 gr.

Eau bouillante 1000

Sirop de gomme GO

Teinture d'Iode 10

Soubeiran indique aussi un sirop d'iodure d'amidon.

Pr. : Amidon nitrique. . 8Gsr.

Iode en poudre . . 4 ,30

Eau 520

Sucre 1 ,0(iO

Ce sirop contient à peu près 2s',3 par kilogramme.

Acide iodiqve (10'-+- aq). L'acide iodique est solide, cristallisé en tables hexagonales, incolore, inodore; sa saveur est très-acide, sa densité plus grande que celle de l'acide sulfurique ; il est soluble dans l'eau et l'alcool, est déliquescent et décomposable par la chaleur. Il forme des sels dans lesquels l'oxygène de la base est à l'oxygène de l'acide dans le rapport de 1 à 3. Enfin, il attaque tous les métaux, même l'or.

loddie de potasse (KO, 10^). lodale de soude (NaO, lO-'). Ces sels ont été proposés par MM. Demarquay et Gustin pour remplacer le chlorate de potasse et le chlorate de soude. La dose varie de 23 centigrammes à 18^,30.

Liqueur iodo-tannique. (Voir Tannin, p. 138.)

On fait aussi des cigarettes iodées et des cigares, connus en Allemagne sous le nom de cigares d'Eckert.

Nous allons d'abord étudier l'action physiologique de l'Iode ; puis, après avoir rapidement exposé les phénomènes toxiques qu'il produit lorsqu'on l'administre à hautes doses, nous insisterons plus particulièrement sur ses propriétés thérapeutiques.

ACTION PHYSIOLOGIQUE DE l'IODE.

L'Iode et ses préparations diverses exercent une action topique irritante incontestable, et cette irritation peut aller jusqu'à l'eschariflcation. Aussi ne devons-nous pas être étonnés qu'ingéré dans l'estomac, ou introduit dans le rectum, dans le vagin, dans le canal de l'urètre, ou mis en contact avec la membrane muqueuse de l'œil, il provoque une inflammation locale proportionnée à la dose et à la nature du composé iodique. Ici commencent les effets toxiques dont nous nous occuperons plus bas.

Mais quand l'Iode est administré à des doses modérées, aux doses où généralement on l'emploie en thérapeutique, il a des effets locaux et généraux d'autant plus intéressants à étudier, que la plupart de ses propriétés thérapeutiques dérivent, ce qui n'est pas ordinaire, de ses propriétés physiologi(jues appréciables.

Effets locaux — Ses effets locaux sont excitants et même irritants, et sous ce rapport l'Iode et ses préparations se placent parmi les agents les plus importants de la médication homœopathique ou sul)stitutive.

MÉDICÂÎMENTS ALTÉRANTS.

Outre cette action irritante qui, dans les premiers temps, avait à peu près exclusivement fixé l'attention des thérapentistes, l'Iode est encore doué d'une propriété remarquable qui mérite d'être d'autant mieux connue qu'en elle réside peut-être la véritable cause de l'efficacité merveilleuse de cette substance dans un très-grand nombre de maladies trèsdiverses en apparence : nous voulons parler de sa propriété antiseptique ou antiputride.

En supposant, ce qui n'est pas démontré pour nous, que les premiers observateurs, Lugol par exemple, eussent vaguement entrevu la propriété détersive ou antiseptique de l'Iode, nous n'hésitons pas à affirmer qu'à M. Boinet, plus qu'à tout autre, revient le mérite d'avoir reconnu cliniquement la modification particulière qu'exerce cet agent médicamenteux sur les tissus affectés d'inflammation suppurative, et d'avoir fait ressortir la propriété qu'il possède d'agir consécutivement sur le pus, de le changer, et de lui enlever ses mauvaises qualités, fussent-elles même contagieuses et virulentes.

Ce fait capital, grâce aux travaux persévérants de cet observateur, se trouvait parfaitement établi, et, on peut le dire, universellement utilisé. Quel est, en effet, le médecin qui ne connût et qui surtout ne mît presque journellement à profit cette vertu si précieuse des préparations iodées pour modifier les plaies de mauvaise nature, pour tarir les diverses sécrétions purulentes ou tout au moins pour les assainir plus efficacement peut-être qu'avec tout autre agent de la matière médicale ?

Mais si la propriété caractéristique de l'Iode était bien connue, il n'en était peut-être pas de même de son mode d'action intime, ou du moins si la raison de cette propriété n'était plus complètement un mystère, on ne peut nier pourtant qu'il ne restât encore ici plus d'un point à élucider.

Déjà, à cet égard, la chimie physiologique avait fourni quelques lumières. Ainsi, Magendie, après Liebig, avait constaté expérimentalement que la librine, immergée dans l'eau, n'avait, au bout de quelques jours, contracté aucune odeur de putréfaction ; et il en avait tiré la conséquence que cette substance pourrait être employée pour la conservation des pièces anatomiques.

Les choses en étaient là, lorsque, pour éclairer cette question encore obscure, M. Duroy, pharmacien-chimiste, de Paris, eut l'idée d'instituer une série d'expériences dans lesquelles il fut conduit à mettre l'Iode successivement en rapport avec un certain nombre de substances animales ; et, grâce à ces expériences habilement exécutées, il obtint de trèscurieux résultats.

L'occasion lui fit faire ses premiers essais sur du pus provenant d'un abcès par congestion, dans lequel on avait pratiqué une injection iodée. Or, voici ce qu'il observa :

Yingt-quatre heures après son extraction, ce mélange de matière purulente et d'Iode, malgré son exposition à l'air, à la température de 20

IODE

à 23°, n'avait point encore contracté d'odeur ; il était sensiblement alcalin, sans que la potasse y fît dégager la moindre trace d'ammoniaque.

Au bout de huit jours, une légère odeur commença seulement à s'y manifester ; il la fit aussitôt disparaître en y ajoutant deux gouttes de teinture d'Iode.

Pendant plus d'un mois, le mélange resta dans un état de stabilité absolue, sans aucun signe de fermentation.

En regard du mélange dont il vient d'être question, du pus venant du même abcès et recueilli au moment de la ponction, fut examiné sans y ajouter d'Iode.

Au bout de vingt-quatre heures, ce pus non iodé avait une odeur fétide, une alcalinité prononcée et dégageait de l'ammoniaque au contact de la potasse.

Cette première expérience, dont nous ne pouvons donner ici qu'une analyse très-sommaire, avait eu pour résultat de démontrer deux faits importants, très-probablement corrélatifs, savoir : l'affinité très-remarquable de l'Iode pour le pus, et, d'autre part, la non-altération, après un assez long laps de temps, de la matière purulente à laquelle se trouvait combiné l'Iode.

M. Duroy n'en resta pas là : mais il répéta les mêmes expériences sur différentes matières animales, et entre autres sur le lait, le sang, l'albumine (blanc d'œuf), ainsi que sur le gluten, et il ari'iva aux résultats les plus remarquables.

Ainsi, ces diverses substances auxquelles on avait ajouté 1 centigramme d'Iode par gramme, se trouvaient au bout d'un mois dans un parfait état de conservation, tandis que les mêmes substances non iodées, étudiées parallèlement, étaient en décomposition complète et dégageaient une odeur insupportable, même bien avant ce laps de temps.

Dérireux de se rendre compte de ces résultats, l'auteur se demande sur quels principes l'Iode, dans ces cas, porte spécialement son action. Relativement au pus, par exemple, l'Iode s'adresse-t-il aux corps élémentaires (hydrogène, oxygène) ou aux principes immédiats, comme l'albumine, la fibrine, la caséine, ou tout autre dérivé protéique contenu dans le pus, et tenant son origine du sang ? A priori, cette dernière supposition lui paraît la plus probable, malgré l'analogie qui dispose à considérer le rôle de l'Iode conformément à celui du chlore, lequel, on le sait, a la plus grande tendance à soustraire l'hydrogène des composés organiques.

Si l'on considère toutefois, ajoute l'auteur, que l'Iode combiné à la température ordinaire avec de l'albumine, du sang ou du gluten, ne produit pas d'acide, immédiatement du moins ; que ces composés protéiques, rendus parfaitement neutres, ont toujours la puissance de soustraire l'Iode uni à l'amidon, il est bien permis de croire que ce métalloïde s'y porte à l'état élémentaire.

En faveur de cette opinion, l'auteur peut encore faire valoir cette con-

MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

sidération qui ressort de ses expériences elles-mêmes, à savoir : que l'Iode n'a qu'une très-faible action désorganisatrice, qui ne change pas la consistance ni l'homogénéité du lait, du sang et de l'albumine, qu'il n'altère pas non plus la texture ni l'élasticité du gluten.

Enfin, de ses expériences qui concordent d'ailleurs parfaitement avec les faits thérapeutiques les mieux établis, M. Duroy tire un certain nombre de propositions générales, dont les unes nous semblent très-légitimement déduites, mais dont quelques autres demanderaient peut-être à être soumises à de nouvelles vérifications.

Voici quelles sont ces propositions :

1". L'iode est un puissant antiseptique ; il arrête et prévient la fermentation putride ; il manifeste cette propriété envers les solides et les humeurs de l'organisme animal, même en présence de l'air ;

2«. Il se combine chimiquement aux matières animales (chair, sang, albumine, lait, etc.), sans altérer sensiblement leurs formes. Il se comporte de même en s'unissant au gluten;

3°. L'Iode a une affinité plus forte pour les substances protéiques que pour l'amidon ;

4'. Contrairement à l'opinion assez généralement reçue, l'Iode élémentaire pur, ou en solution aqueuse à l'aide de l'iodure de potassium, fluidifie les liquides animaux et le sang en particulier, ainsi que l'avait déjà constaté M. PoisieuUe;

5^ Mais comme l'alcool, son dissolvant ordinaire, produit en injection la coagulation du pus, et que le coagulum pourrait s'opposer à la pénétration du médicament dans toute l'étendue des trajets fistuleux, il serait préférable de se servir, au lieu de teinture alcoolique, d'une solution aqueuse d'iode, favorisée avec une partie égale dlodure de potassium ;

6°. Il serait rationnel de tenter l'application interne et externe de l'Iode dans les empoisonnements miasmatiques, dans les maladies épidémiques et putrides (choléra, fièvre jaune, fièvre typhoïde, pourriture d'hôpital, gangrène, etc.). Ne pourrait-il pas combattre l'action des venins et des virus ?

N'oublions pas de faire remarquer, relativement à cette dernière question , qu'il semblerait résulter des expérimentations communiquées récemment à l'Académie des sciences par deux médecins américains, MM. Brainard et Greene, que l'Iode et le brome posséderaient une action neutralisante des plus remarquables contre le poison du crotale et contre le curare.

Pour terminer, nous ajouterons que, jusqu'à ce jour, l'amidon était regardé comme le meilleur moyen de combattre l'empoisonnement par l'Iode. Mais d'après ces données nouvelles, il est permis de croire que, contre l'intoxication iodique, on emploierait avec non moins d'avantage le lait ou l'albumine.

En résumé, si M. Boinet a le mérite d'avoir reconnu et démontré par les faits cliniques la propriété détersive et antiseptique de l'Iode, on ne

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peut refuser à M. Duroy d'avoir complété cette étude en précisant plus nettement le mod-; d'action de cette substance.

Si, pour M. Boinet, l'Iode empêchait l'infection purulente en vertu de sa causticité ou de toute autre action modificatrice non suffisamment déterminée, et consécutivement en s'opposant à l'absorption des matières putrides, M. Duroy, de son côté, a prouvé expérimentalement que l'Iode agit d'une manière directe, instantanée, non-seulement sur les tissus malades, mais sur les humeurs elles-mêmes, et qu'en se combinant chimiquement à ces humeurs et à ces tissus, il fait obstacle à l'action malfaisante de l'air et détruit le principe putride pour ainsi dire sur place. De ■ces faits et de ces explications, il est résulté une conséquence pratique importante, c'est que désormais on ne verra plus simplement dans l'Iode un agent thérapeutique, mais qu'on sera conduit à l'employer comme puissant préservatif, toutes les fois qu'on voudra éviter l'infection purulente ou arrêter la fermentation putride.

Les recherches de M. Duroy sont, comme on peut le voir, pleines ■d'originalité et d'intérêt. Considérées dans les expériences qui leur ont servi de base, et dans les déductions que l'auteur a su en tirer et dans celles qu'il est possible d'en tirer encore, ces recherches nous paraissent devoir produire d'utiles résultats.

D'une part, elles conduiront sans aucun doute lespathologistesà donner leur interprétation rationnelle et vraie à des faits thérapeutiques importants et nombreux, aujourd'hui acquis à la science, faits encore mal expliqués ou restés j usqu'à ce jour dans le domaine du pur empirisme ; nous pourrons citer entre autres les résultats des injections d'Iode dans les abcès par congestion, et dans les autres cavités purulentes, ainsi que les succès des inhalations iodées dans le catarrhe chronique et surtout dans certains cas de phthisie pulmonaire, etc., etc.

D'autre part, ces mêmes recherches ne peuvent tarder à susciter des expérimentations analogues de chimie physiologique, et vraisemblablement aussi à ouvrir la voie à des applications pratiques nouvelles de ce même agent.

En résumé, ces études expérimentales, poursuivies avec intelligence, nous paraissent destinées d'abord à mieux faire apprécier le mode d'action physiologique de l'Iode, et ensuite à agrandir de plus en plus son rôle thérapeutique, ou, pour mieux dire, à tirer bientôt de ce précieux médicament, qui a déjà tant donné, tout ce qu'il peut receler encore de bon et d'utile.

Effets gcncranx. — Absorhé par les voies respiratoires, ou par la peau, ou mieux par la membrane muqueuse du tube digestif, l'Iode cause des symptômes d'excitation générale fort sensibles, et, à ce titre, ce médicament pourrait être rangé parmi les excitants. Il donne d'abord de la sécheresse et de l'ardeur du pharynx, et, si le médicament est continué, il survient une véritable angine, en même temps que les glandes salivaires excitées fournissent une sécrétion plus abondante , un véritable

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ptyalisme. La circulation devient plus active et la peau plus chaude ; mais, suivant M. le professeur Kiiss, de Strasbourg (Joubin, Thèse de Strasbourg, 1864), cette accélération du pouls s'observe surtout chez les gens dont la circulation est généralement calme. Le pouls, après avoir été ample et plein, devient au contraire petit et déprimé, puis revient à l'état normal. Chez les gens à circulation active, il n'en serait pas de même et la saturation iodique serait difficile à obtenir. L'appétit, au contraire, augmente d'une manière notable et les fonctions digestives s'exécutent avec une perfection inaccoutumée.

Un des accidents les plus communs des préparations iodées est un coryza très-violent, qui s'accompagne de céphalalgie frontale, de larmoiement et souvent d'une injection assez vive de la conjonctive. L'insomnie est chose commune. On observe même quelquefois des symptômes cérébraux qui généralement n'ont aucune gravité, mais qui inquiètent quelquefois le malade, quand il est méticuleux, et le médecin, quand il ne connaît pas bien la portée du remède qu'il emploie. Ce sont d'abord une céphalalgie, ordinairement frontale, avec des élancements assez douloureux dans les yeux et dans les oreilles, quelquefois des tintouins et des éblouissements passagers. Ces symptômes cérébraux, que nous n'avons jamais vus aller jusqu'au délire ou à la convulsion, peuvent simuler pourtant une sorte d'ivresse que M. Lugol a appelée ivresse iodique. A ces signes, M. Kiiss en ajoute d'autres, qu'une grande expérience de l'administration de l'iodure de potassium lui fait regarder comme presque constants. Ce sont des névralgies et en particulier des névralgies de la tête, qui peuvent être assez douloureuses pour forcer le médecin à suspendre le traitement. En outre, les éruptions propres à l'Iode, comme l'érythème, l'acné iodique, se montreraient d'abord dans le voisinage des parties malades, et seraient précédées d'un œdème locahsé dans le même point et surtout d'un enduit lisse, grisâtre, tout spécial de la langue, qui permettrait de considérer les éruptions comme imminentes. Enfin, la sécrétion urinaire est ordinairement augmentée, pourvu toutefois qu'il n'y ait pas de sueurs trop abondantes, auquel cas l'urine coule en moindre quantité que dans l'état ordinaire.

Suivant M. Kiiss, on devra observer les préceptes suivants dans l'administration des doses du médicament :

On commencera par s'assurer de l'état du pouls du patient. Si l'on trouve que sa circulation est ordinairement fréquente, on pourra de suite aborder les hautes doses, car le malade sera très-vraisemblablement réfractaire à l'iodisme. Si, au contraire, le malade a une circulation lente et faible, il faudra commencer par des doses minimes et augmenter lentement, en surveillant l'état de la langue, qui par son enduit lisse et grisâtre indiquera la saturation et l'imminence des éruptions.

Suivant M. Kiiss, les effets thérapeutiques n'apparaîtront qu'après tous ces symptômes de l'action physiologique.

Chez les femmes, l'Iode cause encore des phénomènes spéciaux du

IODE

■côté de la menstruation : à peu près constamment une exagération du flux menstruel, et, chez quelques-unes de véritables hémorrhagies [Journ. compl. du Dict. des Sciences niéd., t. XXXV, p. 359). Ces effets, nous les avons nous-mêmes constatés un grand nombre de fois, et nous verrons plus tard à quelles conséquences thérapeutiques ils ont conduit Bréra et quelques autres praticiens.

Il est une autre forme d'iodisme ou de cachexie iodique, déjà signalée par Coindet, qui a été étudiée tout particulièrement dans ces dernières années par Rilliet, sous le nom d'iodisme constitutionnel.

Dans cette forme d'intoxication iodique, à l'inverse de ce qu'on observe dans la précédente, les effets produits seraient, d'après Rilliet, à peu près indépendants soit des doses du médicament, soit des espèces de préparations employées.

Ici ce serait l'Iode, en tant que substance ayant une action spéciale sur l'économie, qui donnerait lieu cà un empoisonnement spécial, peu importe la forme sous laquelle on l'administre. Bien plus, ce serait même lorsqu'il est donné à petites doses que l'Iode produirait avec plus de facilité l'iodisme constitutionnel. L'auteur rapporte, à l'appui de cette proposition, un certain nornbre de faits dans lesquels l'iodure de potassium, donné à la dose de I centigramme à 2 milligrammes en pilules ou en solution, ou bien à la dose d'un demi-centigramme en frictions, aurait déterminé cette sorte d'empoisonnement.

D'après ce même auteur, l'iodisme constitutionnel serait caractérisé par un ensemble de symptômes dont les plus saillants sont : un amaigrissement rapide, un appétit exagéré et des palpitations nerveuses.

Cet amaigrissement est parfois tellement effrayant, que les malades deviennent en peu de temps méconnaissables, et prennent l'apparence d'individus en proie à la tuberculisation aiguë. Cet amaigrissement se manifeste d'abord par l'atrophie de certains organes glanduleux, pour lesquels l'Iode paraît avoir une affinité spéciale, la glande typhoïde, les mamelles, les testicules. Le visage maigrit avec le reste du corps, mais bientôt la maigreur devient générale.

A ces trois phénomènes, tout à fait caractéristiques et à peu près constants : le mai'asme aigu, la boulimie, les palpitations nerveuses, viennent s'ajouter plus tard d'autres troubles fonctionnels du côté du système nerveux, ayant une grande analogie avec ceux qu'on observe dans l'hypochondrie et l'hystérie.

Il importe d'ailleurs de faire remarquer que ces cas d'intoxication iodique, constituant l'iodisme constitutionnel, auraient été le plus généralement observés à Genève, et, de plus, chez des personnes affectées de goitre.

Présenter, comme étant assez communs dans la pratique, ces faits d'intoxication par l'Iode administré à petites doses, soit comme moyen hygiénique, soit comme agent thérapeutique, c'était heurter de front l'opinion générale, et en même temps c'était s'exposer à jeter une sorte

MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

de défaveur sur une médication qu'on était liabitué à regarder comme aussi inofîensive qu'efficace. — A ce double titre, il n'y a donc pas lieu de s'étonner si la communication faite par Rilliet souleva une si vive discussion au sein de l'Académie et dans la presse entière.

Beaucoup de ceux qui prirent part au débat, n'ayant jamais observé aucun accident à la suite d'un long usage des préparations iodées, n'hésitèrent pas à rejeter d'une manière absolue le rapport de causalité qu'on prétendait établir entre cet ensemble de phénomènes morbides tout à fait insolites, et l'Iode donné à haute, et surtout à très-petite dose.

Mais une pareille fin de non-recevoir, opposée à des observateurs, tels que Rilliet, M. Barthez et quelques autres non moins recommandables, n'était guère admissible. Il y avait une autre manière d'interpréter les choses, à la fois plus rationnelle et plus vraie : c'était, tout en acceptant les faits d'intoxication iodique comme bien réels, de les considérer comme des faits rares, d'un caractère tout exceptionnel, et pouvant être rapportés à des circonstances très-spéciales de climat, de localité, d'idiosyncrasie, peut-être même à une coïncidence avec un état morbide particulier, telle que l'affection goitreuse. — Nous tenons d'ailleurs à ajouter, qu'après sérieux examen, telle fut l'opinion à laquelle finit par se rallier le plus grand nombre.

Ainsi considéré, l'iodisme constitutionnel rentrait dans les idées reçues, et il venait se placer tout naturellement à côté d'autres faits du même genre généralement acceptés, tels que les cas d'hydrargyrisme ou de narcotisme déterminés par de très-petites doses de mercure ou d'opium. Il est impossible de nier, en effet, qu'il est certains individus prédisposés, chez qui telles ou telles substances médicamenteuses produisent presque nécessairement des effets toxiques, si minime qu'en soit la dose.

Toutefois, relativement à la question qui nous occupe ici, nous devrons ajouter une remarque : puisque des faits antérieurs ont montré que les personnes affectées de goitre paraissent offrir une susceptibilité particulière à l'égard des préparations iodées, la prudence nous commandera de surveiller de plus près, dans cette circonstance, les effets de ce médicament, et surtout d'en suspendre l'usage dès l'apparition des premiers accidents qui pourraient faire craindre cette forme d'intoxication grave, décrite sous le nom d'iodisme constitutionnel.

L'absorption de l'Iode est incroyablement rapide. « Très-peu de temps après l'administration de l'hyd iodate de potasse, dit Wallace (yoMr;/r// des connaissances médico-chirui^yicales, t. IV, p. 138), vous pouvez constater sa présence dans l'urine. Sur un chien empoisonné par l'Iode, M. O'Shanguessy l'a découvert dans l'urine quatre minutes après l'ingestion. Il n'est pas moins remarquable avec quelle vitesse l'urine cesse d'en manifester les traces aussitôt que l'on en interrompt l'usage. En général, quelque grande quantité d'hydriodate de potasse que le malade ait prise, quel que soit le degré de saturation de son urine, quelques

IODE. 303 jours d'interruption dans l'emploi de ce remède suffisent pour qu'il n'en reste qu'une légère trace, mais cette trace continuera d'être perceptible pendant plusieurs jours. Ces faits prouvent que l'hydriodate de potasse quitte l'économie aussi rapidement qu'il y entre. La sécrétion rénale n'est pas non plus le seul émonctoire qui donne issue à l'Iode dans l'économie. Si l'on administre cette substance à une nourrice, on la retrouve dans son lait et même dans l'urine de l'enfant qu'elle allaite ; vous la découvrez toujours dans la salive, et j'en ai constaté la présence dans les larmes de plusieurs malades affectés d'iritis avec larmoiement. »

Ces expériences avaient été faites déjà par le docteur Wœhler en 1826 [Zeischrift fur Physiologie von Tiedemann). « Je fis, dit cet auteur, prendre sur du pain quatre grains d'Iode dissous dans de l'alcool, à une chienne qui allaitait ses petits. Cinq heures après, un des petits était mort. On put découvrir l'Iode non-seulement dans le lait caillé contenu dans l'estomac du petit, mais encore très-distinctement dans son urine. Cette expérience démontre, par conséquent, à la fois le passage de l'Iode dans l'urine et dans le lait. »

Quelque temps avant ces expériences, Wœhler avait vu Tiedemann et Gmelin constater la présence de l'Iode dans l'urine d'un cheval auquel on avait fait prendre une solution d'hydriodate de potasse contenant une once d'Iode. [Journal des progrès, t. I, p. 43.)

Plus récemment encore (Journal des connaissances médico-chirurgicales, t. IV, p. 200), M. Eugène Péligot a répété sur des ânesses quelques-unes de ces expériences, et constate que leur lait contenait manifestement de l'Iode quand on leur avait fait prendre des quantités suffisantes de ce médicament.

On sait que quelques individus, surtout parmi les enfants en bas âge, ne peuvent tolérer ni l'Iode ni les iodures administrés en nature, même à très-faible dose, notamment si l'usage en est longtemps continué. Pour obvier à cet inconvénient, MM. Labourdette et Duménil, reprenant les expériences de M. Lebreton et de M. Péligot, viennent de faire tout récemment pour l'Iode, ce que d'autres avaient fait pour le mercure, le chlorure de sodium, etc., c'est-à-dire qu'après avoir fait prendre ce médicament, dans certaines proportions déterminées, à des femelles de mammifères (vaches et chèvres), ils ont administré aux enfants le lait de ces animaux.

Le lait ainsi obtenu ne saurait, au dire de ces observateurs, être assimilé au lait simplement additionné d'Iode. Ses propriétés physiques sont notablement différentes, de même ses réactions avec l'amidon, le chlore, etc. Il contient au maximum 237 milligrammes de composé iodique par litre. Les 23/100"'" seulement du médicament sont éliminés par la sécrétion mammaire; l'urine, les fèces renferment des quantités considérables d'Iode.

Quant aux effets thérapeutiques du lait médicamenteux iodé, ils sont des plus remarquables ; sans action sur la peau et les membranes mu-

MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

queuses, il exerce une action tonique et reconstituante qui permet de considérer cette substance ainsi administrée comme un excellent anliscrofulcux, et peut-être en obtiendra-t-on d'utiles résultats contre la phthisie pulmonaire, à l'instar du lait chloruré. (Académie de médecine, mai 1836.)

Ajoutons enfin que, dans ces derniers temps, M. Claude Bernard et M. Quévenne ont fait, chacun de son côté, soit sur des animaux, soit sur eux-mêmes, des expériences entièrement confirmatives de celles que nous venons de rappeler, expériences qui mettent hors de doute le passage extrêmement rapide de l'Iode par les divers émonctoires, et notamment par les glandes salivaires et les reins.

En effet, ce double mouvement d'absorption et d'élimination est tel, qu'au bout de quelques minutes, alors même qu'on n'a fait qu'appliquer un peu de teinture d'Iode sur la peau (Delioux, Bull, de Thérap., 1861, t. LXI), celte substance peut être saisie par les réactifs dans la salive et dans l'urine ; et puis, en moins de vingt-quatre heures, plus des trois quarts de l'Iode ingéré se trouvent rejetés hors de l'économie par ces diverses voies d'excrétion.

Il faut maintenant aborder les graves reproches que l'on a faits à l'Iode. Il s'en faut de beaucoup que dans les reproches et dans les éloges on soit resté dans les limites de la vérité. Les uns ont prétendu que cet héroïque médicament ne pouvait jamais produire d'accidents; d'autres ont pensé, au contraire, qu'il en déterminait de fort graves. Si l'on en croit certains médecins, l'usage longtemps continué de hautes doses d'Iode produit d'abord un amaigrissement considérable ; la peau devient visqueuse, sale ; les urines présentent une pellicule irisée ; les selles sont plus fréquentes, plus jaunes; le sperme s'écoule plus abondamment, ainsi que les règles ; le sang devient plus liquide, les digestions s'altèrent, l'irritabilité des nerfs augmente. Si l'on persiste, il survient de la fièvre, les glandes se fondent, la phthisie nerveuse survient.

Wallace {loco cit.), grand partisan de l'Iode, a vu, pendant l'emploi de l'iodure de potassium à haute dose, survenir chez trois malades des symptômes de pleurésie aiguë qu'il attribue lui-même au médicament. licite aussi l'exemple d'un malade qui, après l'usage inconsidéré de l'Iode, fut pris de tremblements et de mouvements oscillatoires dans les yeux, symptômes déjà notés par le docteur John de Meiningen cité par Wallace.

Mojsisovitz, de Vienne, qui a expérimenté l'Iode et ses diverses préparations sur plus de 800 malades, blâme énergiquement l'emploi de la teinture d'Iode, qu'il accuse de produire les accidents les plus graves, tels que la fonte des seins et des testicules, la dyspnée, les crachements de sang, les battements de cœur et la constipation. Ces craintes sont évidemment exagérées : souvent et longtemps nous avons donné cette teinture sans causer d'accidents sérieux.

Mais, comme le fait très-bien observer ce dernier [loco cit.) et Zink {Jou}\ compl. du Dkt. des Sciences méd., avril et mai 1824), cette fonte

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de la glcinde mammaire, des testicules, du tissu cellulaire, des différents parenchymes, ces accidents nerveux divers sont extrêmement rares, et c'est à peine si un médecin, dans le cours d'une longue pratique, a l'occasion d'observer un ou deux faits de ce genre. D'ailleurs les témoignages de Baup {Biblioth. univ. de Genève, t. XVIII), ceux de Garro {ibid.), ceux de M. Richmond [Arch. gcn. de Méd., t. IV, p. 324) vengent suffisamment riode des imputations injustes dont il avait été l'objet.

Il en est de l'Iode comme du mercure. Si ce dernier médicament est administré imprudemment, il peut causer des accidents qui ne sont pas sans gravité ; mais ce n'est pas une raison pour rayer du catalogue de la matière médicale l'un des agents les plus puissants et les plus utiles. D'une part, on ne peut le nier, il est des constitutions qui ne peuvent tolérer de faibles doses d'Iode, mais ces cas sont rares; d'autre part, les personnes les plus robustes peuvent, quand le médicament est administré par une main imprudente, éprouver des accidents fort sérieux. Tout doit donc être imputé au médecin et non à l'agent de la médication.

Action toxiqué. — Dès que la dose de l'Iode a dépassé certaines bornes, il se produit, du côté des organes digestifs, des désordres semblables à ceux que causent les poisons irritants : inflammation, ulcération, quelquefois gangrène de la membrane muqueuse du tube digestif. Cet empoisonnement a pourtant des symptômes mixtes, ceux qui résultent de l'action irritante de la substance sur l'estomac et sur les intestins, et ceux qui dérivent de l'absorption du poison ; ces derniers sont : le délire, une excitation analogue à l'ivresse, de l'oppression. L'Iode, injecté dans les veines, produit une mort presque aussi prompte que l'acide cyanhydrique, sans doute par les modifications qu'il exerce sur le cerveau et sur la moelle épinière.

ACTION THÉRAPEUTIQUE DE l'iODE ET DE SES PRÉPARATIONS.

C'est à Coindet, de Genève, que l'on doit d'avoir introduit l'Iode dans la thérapeutique. Courtois, qui avait découvert l'Iode, et ceux qui, après lui, avaient fait des travaux chimiques sur cette substance, ayant trouvé de l'Iode dans l'éponge brûlée, remède empirique si évidemment utile dans le goitre, Coindet imagina que l'Iode pourrait bien être la partie efficace de cette substance, et en conséquence il administra à l'intérieur, puis à l'extérieur, la teinture d'Iode aux goitreux. Le succès dépassa son attente, et, en peu de mois, il put avoir recueilli assez de faits pour rendre public le résultat de ses expériences. Dès lors l'Iode prit droit de cité dans la thérapeutique; et tandis que Bréra, à Padoue, répétait en grand les expériences de Coindet, Biett, à Paris, essayait dans les maladies chroniques vénériennes l'association du mercure et de l'Iode, et les iodures de mercure prenaient en médecine un rang important. Depuis lors un si grand nombre de faits sont venus augmenter ceux qui avaient été observés par les auteurs cités plus haut, que l'histoire de l'Iode est au-

MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

jourd'hui aussi avancée que celle de la plupart des médicaments les mieux connus.

Nous allons d'abord passer en revue les applications thérapeutiques qui dérivent de l'action résolutive du médicament; ultérieurement, nous traiterons des autres indications thérapeutiques que l'Iode remplit.

Goitre. — Ce fut d'abord contre le goitre, ainsi que nous l'avons dit plus haut, que Coindet fit usage de l'Iode ; dès les premiers temps de sa pratique, il guérit, dit Coster [Arch. génér. de Méd., t. II, p. 431), près des deux tiers des malades sur une centaine dont Coster recueillit l'observation. Bréra, de son côté {Saggio clinico suW lodo, Pad., 1822), publia des résultats qui, pour n'être pas aussi brillants que ceux dont parle Coster, n'en confirmaient pas moins ceux de Coindet. Janson, de Lyon (Arch. génér. de Méd., t. IV, p. 77), Angelot (lô/c?., t. XII, p. 135)^ et tant d'autres dont on peut connaître les noms et les travaux dans l'excellente compilation de M. Bayle [Biblioth. thcrap., t. 1"), déposèrent tous dans le même sens que Coindet, Costa et Bréra. Cependant il s'en faut de beaucoup que, à Londres, à Paris, et dans quelques grandes villes d'Allemagne, on ait eu à se louer de l'Iode dans le traitement du goitre autant que nos confrères de Suisse et d'Italie. Cela tient à quelques circonstances qu'il est fort essentiel d'indiquer ici. Il y a, entre le goitre des Alpes et celui qui se développe à Paris, par exemple, une grande différence, différence démontrée par la nature même des lésions anatomiques, que l'autopsie permet de reconnaître. Léveillé, Eymery, Fodéré, Itard, ont en effet constaté que le goitre contracté dans les pays de montagnes se guérit souvent par le seul fait du retour des malades dans les contrées où le goitre n'est pas endémique [Arch. génér. de Méd.y t. XXII, p. 135) ; et Itard a vu à Lausanne un pensionnat consacré à de jeunes Anglais, oii presque tous les élèves étaient atteints du goitre, et auxquels on ne donnait aucun remède, parce qu'on savait que le retour dans leur pays suffirait pour les guérir. Ce goitre ne tient qu'à une hypertrophie de la glande thyroïde, et, à ce titre, il se guérit avec facilité. Il n'y a donc rien d'extraordinaire dans les résultats de Coindet, de Coster, de Bréra, de Janson, d'Angelot, qui observaient dans des pays où le bronchocèle est endémique ; mais les goitres que l'on observe à Paris et dans d'autres contrées ne sont plus, en général, de simples développements du corps thyroïde, mais des dégénérences squirrheuses, encéphaloïdes, tuberculeuses, osseuses, tophacées, cartilagineuses, kysteuses, de cet organe ; doit-on être surpris alors que l'Iode ne réussisse plus aussi bien, et même qu'il semble quelquefois donner lieu à des accidents locaux en hâtant la fonte purulente de ces productions morbides diverses? Bien souvent, en thérapeutique, on s'accuse réciproquement de mauvaise foi, alors que tout simplement on n'a pas appliqué le remède aux mêmes maladies.

On a beaucoup discuté, et pourtant on ne sait rien encore de positif sur

IODE

la cause du goitre ; les uns ont cru trouver cette cause dans des circonstances météorologiques et orographiques, les autres, dans l'usage de l'eau de neige, etc. Plus récemment M. Grange, de Genève, dans des travaux intéressants sur la cause du goitre et du crctinisme, et les moyens d'en préserver les populations, a essayé de démontrer que ces affections endémiques devaient être attribuées aux terrains magnésiens et aux eaux riches en sels magnésiens. Dans une carte de distributions du goitre et du crétinisme en France qu'il a dressée, on voit que, contrairement à l'opinion reçue, le goitre est répandu dans les pays de plaine : il est endémique dans l'Oise, l'Aisne, la Somme, le Nord, ainsi que dans les pays où les montagnes sont d'une hauteur moyenne, les Vosges, le Lyonnais, le Jura, la Drôme, etc., etc.

L'auteur a cherché en outre à connaître les rapports de l'affection scrofuleuse avec le goitre; il a démontré qu'il n'existait aucun rapport entre ces deux maladies. En effet, les contrées dans lesquelles le goitre fait le plus de ravages sont celles où le vice scrofuleux en fait le moins; telles sont les Pyrénées (Académie des sciences, séance du 29 avril 1850).

Nous croyons que, avant d'admettre l'opinion de M. Grange, on doit faire de nombreuses analyses des os et des tumeurs goitreuses des personnes atteintes de cette maladie.

Les premières recherches de M. Chatin ont fait connaître que l'Iode existe non-seulement dans les eaux de la mer, ce que tout le monde savait, mais encore dans les eaux douces. Toutefois les eaux à leur source en sont ordinairement dépourvues, et c'est dans leur cours que les rivières s'en chargent en traversant des terrains qui en contiennent, et en recevant des débris organiques de plantes et d'animaux. Il démontre que l'Iode est un élément du corps de l'homme et un élément nécessaire qui lui est fourni parles eaux des fleuves ou des puits dont il fait usage. Que si, dans les montagnes, les eaux qui résultent de la fonte des neiges, et qui n'ont pu se charger d'Iode, servent à la boisson de l'homme, celui-ci se trouvera dans des conditions anormales, d'où certaines maladies, et le goitre en particulier.

Poursuivant ses belles recherches. M, Chatin est parvenu à constater la présence d'une certaine proportion d'Iode dans l'atmosphère.

Cet Iode est fixé dans le corps animal par l'acte de la respiration. Ainsi] l'analyse démontre que les gaz expirés ne renferment plus que la cinquième partie environ d'Iode contenu dans l'air inspiré.

L'air des lieux mal aérés et surhabités est en partie privé de son Iode.

Les eaux pluviales sont beaucoup plus riches en Iode que les autres eaux douces.

La proportion de l'Iode dans ces eaux indique approximativement l'état de l'ioduration de l'air dans un pays donné, et peut ainsi servir de moyen d'analyse.

La neige est iodurée, ainsi que la rosée, mais moins que la pluie.

La principale source de l'Iode de l'air réside dans les eaux, qui tendent

MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

continuellement à se dépouiller en tout (les eaux douces) ou en partie (eau de mer) de l'Iode qu'elles contiennent.

Dans le but de tirer de ses recherches quelques déductions pratiques, M. Chatin a partagé la France en diverses zones plus ou moins iodées, et il a indiqué les moyens de rétablir l'équilibre soit en tirant des produits des zones moins favorisées, ou en utilisant ceux de leur propre sol. Il conseille, par exemple, d'iodifler le sol par les engrais, parles irrigations, en mettant cà profit les ressources minérales qui portent l'Iode en dissolution, et en iodifiant les produits qui servent à nourrir les animaux destinés à l'alimentation de l'homme.

Ajoutons que M. Chatin a trouvé que les liqueurs fermentées, le vin, le cidre, le poiré, etc., sont plus iodurées que les eaux douces ordinaires; que le lait, et surtout le lait d'cânesse, est très-riche en Iode, plus même que le vin, et qu'enfin les œufs en contiennent une telle proportion qu'un œuf pesant 50 grammes est plus ioduré qu'un litre de lait de vache, et autant que deux litres de vin et de bonne eau.

Disons encore que l'Iode a été trouvé en assez grande quantité dans les animaux d'eaux douces, notamment dans les écrevisses, les grenouilles, les goujons, etc., ainsi que dans les plantes aquatiques, le cresson, le phellandrium, le beccabunga, surtout celui des ruisseaux. Notons ici qu'en général les plantes qui croissent dans les eaux courantes sont plus riches en Iode que celles qui vivent dans les eaux stagnantes.

Ici l'on ne peut s'empêcher de faire une remarque, c'est que la plupart des substances, prises soit dans le règne animal ' soit dans le règne végétal, que les thérapeutistes présentent comme les pectoraux, les antiscrofuleux et les antiscorbutiques par excellence, sont généralement riches en Iode. Ici, comme en beaucoup d'autres choses, l'observation n'avait pas attendu l'analyse chimique pour reconnaître la propriété de bien des remèdes devenus populaires; on est heureux toutefois de voir la science leur apporter sa sanction, et rationaliser une sanction si utile, restée longtemps à l'état empirique.

Terminons en disant que M. Chatin est arrivé, grâce à ces belles études, à une autre conclusion pratique des plus importantes : c'est que deux des plus grandes infirmités chez l'homme, l'une du corps (le goitre), l'autre de l'intelligence (le crétinisme), reconnaissent pour cause principale le défaut ou la diminution dans la proportion normale de l'Iode contenu dans l'air et les eaux, et par conséquent que le remède préventif ou curatif de ce double fléau consisterait à rendre à l'économie ce principe qui lui manque et qui lui est indispensable, comme le fer lui est indispensable; et le meilleur moyen serait un régime dans lequel les boissons et les aliments iodurés occuperaient une place importante.

Ajoutons, enfin, que quelques remèdes empiriques conseillés contre le goitre, l'éponge brûlée, les cendres du fucus vesiculosus vantées par Russell sous le nom d'œthiops végétal, et enfin la poudre de Sensy, dont ]MM. Guibourt et Gendrin ont fait l'analyse [Journal général de Méd.,

t. CV, p. 116), ne doivent leurs propriétés thérapeutiques qu'à l'Iode qu'ils contiennent en proportions plus ou moins grandes.

Scrofules. — L'utilité de l'Iode dans le goitre, que l'opinion générale des pathologistes range, à tort suivant nous, parmi les affections strumeuses, engagea Coindet et Bréra à essayer le même moyen dans les autres formes de la scrofule : les engorgements et les ulcérations des ganglions lymphatiques du cou, l'atrophie mésentérique, les tumeurs blanches, etc. [Biblioth. univ. de Genève, t. XIV et XVI, et Arch. gén. de Méd., t. Il, p. 430). Plus tard, Sablairolles [Nom. biblioth. méd., t. II, p. 385, 1823), Benaven [Revue méd., 1824, t. IV, p. 83), Gairdner [Revue méd., t. I, p. 490), Manson [Recherches sur les effets de l'Iode, etc, Londres, 1825), et tant d'autres dont on trouvera les travaux analysés dans la Biblothèque thérapeutique de M. Bayle, préconisèrent également l'Iode dans le traitement des scrofules. Mais Lugol, médecin de l'hôpital Saint- Louis, est certainement celui qui a le plus contribué à populariser l'usage de l'Iode dans les maladies scrofuleuses. Il publia en 1828 un premier mémoire sur la matière, dans lequel il fit connaître les heureux effets des bains iodés, qu'il employait de préférence. Sur 169 scrofuleux traités dans l'espace de six mois par l'Iode seulement, et dans les circonstances peu favorables oii se trouvent ordinairement les hôpitaux, 36 furent parfaitement guéris, et 30 avaient subi une amélioration marquée.

Les résultats proclamés par Luge) ont dû être, à cette époque, taxés d'exagération. Il était, en effet, difficile d'accepter de prime abord que, chez des sujets profondément cachectiques et atteints d'altérations graves et anciennes du système osseux, l'Iode eût le privilège d'opérer des guérisons qui, jusque-là, avaient été refusées à tout autre agent de la matière médicale; et l'on était d'autant mieux fondé à douter de ces miracles, que, par malheur, l'hôpital Saint-Louis semblait en être seul le théâtre.

Toutefois, depuis vingt-cinq ans, la lumière s'est faite, et l'expérience a parlé. Sans doute ici il a été commis des exagérations et même des méprises, comme il arrive au début de toute expérimentation. Mais, ne craignons pas de le dire avec un de nos écrivains les plus impartiaux : en voyant le chemin que l'Iode a fait en thérapeutique, et le rôle de plus en plus considérable qu'il tend à jouer dans l'air, les eaux et les lieux, la mémoire de Lugol doit être exonérée de sa prédilection vive et passionnée pour cet agent, dont il n'avait cependant qu'à peine soupçonné la souveraine importance.

A coup sûr, personne aujourd'hui ne sera disposé à reconnaître à l'Iode cette vertu spécifique et presque infaillible qui lui était attribuée dans toutes les formes de scrofules indistinctement, depuis l'adénite simple jusqu'à la carie osseuse et la dégénérescence tuberculeuse des ganglions mésentériques ou autres; mais, d'autre part, il n'en reste pas moins avéré que la matière médicale ne possède pas de modificateur plus

ilfiniCAMENTS ALTÉRANTS.

puissant que ce métalloïde pour l'opposer à ce groupe nombreux de formes morbides qui relèvent du lymphatisme; et l'on ne peut nier non plus que, dans bien des cas, il ne jouisse d'une efficacité réelle contre la diathèse scrofuleuse elle-même.

Ainsi, quand les glandes lymphatiques ne sont pas converties en matière tuberculeuse, et que la période inflammatoire est passée, il est certain que l'usage interne et externe de l'Iode amène une résolution plus rapide que tout autre moyen thérapeutique. 11 en est de même pour les tumeurs articulaires lorsqu'elles ne s'accompagnent pas encore de dégénérescences tuberculeuses qui en signalent la terminaison, et que surtout les poumons ne sont pas remplis de tubercules.

M. Bazin (Scî-ofule, 2« édit., 1861) regarde l'Iode comme un excellent médicament de la première période de la scrofule ; il lui croit le pouvoir de reculer et d'amoindrir les accidents secondaires. Il l'emploie sous forme de sirop antiscorbutique, de sirop de raifort iodé et de sirop d'iodure de fer.

Contre les écrouelles, il emploie h l'extérieur l'Iode, l'iodure de potassium, l'iodure de plomb et l'iodure de soufre. Mais pour les accidents qu'il appelle ternaires ou quaternaires de la scrofule, il ne compte plus sur l'Iode, et c'est à l'huile de foie de morue qu'il donne la préférence.

Nous ne pouvons pourtant passer sous silence les faits curieux de guérison de carie des vertèbres rapportés par Patterson, de Dublin {Journ. des connaiss. méd.-chir., t. I", p. 123). Ce praticien a rapporté trois observations dont voici l'analyse : 1" fait. Il s'agit d'un jeune homme de quatorze ans qui avait une vertèbre déjcà complètement afljiissée. On lui donna cinq gouttes de teinture d'Iode trois fois par jour, et tous les accidents se guérirent en deux mois. 2' fait. Une femme de vingt-six ans avait une gibbosité lombaire et un abcès par congestion dans l'aine, de la fièvre hectique, etc.. etc. Elle prit dix gouttes de teinture d'Iode trois fois par jour, et fut guérie après trois mois de traitement. 3" fait. Une jeune demoiselle avait, depuis plusieurs années, une saillie de vertèbres avec engourdissement des jambes. L'usage de la teinture d'Iode la guérit en peu de mois.

Nous n'avons nous-mêmes donné la teinture d'Iode qu'une fois dans les circonstances indiquées par Patterson ; c'était à un homme de quarante-cinq ans qui avait une carie des vertèbres avec abcès par congestion. L'application des cautères sur les lombes et l'usage de la teinture d'Iode pendant six mois (trente gouttes par jour) permirent au mal de rester stationnaire pendant deux ans. Plusieurs années après, le malade mourut. Ici, il est tout à fait impossible de dire si l'amendement était dù aux cautères ou à l'Iode.

Nous savons que d'autres faits de guérison, dans la scrofule osseuse et dans le mal de Pott, ont été publiés par divers observateurs et particulièrement par M. le docteur Abeille; et, bien que, le plus ordinairement, la médication employée ait été assez complexe, nous serions très-disposés

IODE. 311

à reconnaître que la préparation iodée a dû avoir la plus grande part dans la guérison. Nous ajouterons d'ailleurs que, dans ces cas spéciaux, l'iodure de fer nous paraît mériter la préférence en raison de sa propriété plus franchement reconstituante.

Tumeurs diverses. — Ce que nous disions tout à l'heure des tumeurs scrofuleuses s'applique également aux tumeurs squirrheuses. On peut sans doute espérer la résolution de ces tumeurs quand elles ne sont pas encore dégénérées et qu'il n'existe pas de diathèse ; mais dès que le cancer est bien nettement déterminé, on ne peut malheureusement pas compter sur la guérison. Il faut, certes, attacher peu de confiance aux faits de guérison de cancer rapportés par divers auteurs que cite M. Bayle dans sa Bibliothèque thérapeutique. Les expériences de M. Gendrin [Journ. gên. de Méd., t. CVII, p. 248) rendent raison des prétendus succès obtenus par les auteurs auxquels nous faisions allusion tout à l'heure. M. Gendrin a constaté, en effet, que si l'état des tumeurs cancéreuses semblait s'amender sous l'influence de l'Iode, ce que l'on obtient égalelement parla compression, parles excitants appliqués souvent à la peau, par les résolutifs divers, c'est que, dans une tumeur cancéreuse, il y a deux éléments bien distincts : le cancer, que, jusqu'ici, aucune médication connue n'a pu modifier, et, de plus, l'inflammation chronique du tissu cellulaire environnant, qui ne diffère pas sensiblement des phlegmasies cellulaires ordinaires, et qui peut, à ce titre, se guérir sous l'influence des moyens résolutifs.

On ne peut contester que, dans des cas où la guérison était peu probable, les frictions avec la pommade d'iodure de plomb à haute dose, les lotions avec la teinture d'Iode sur le ventre en même temps que l'on appliquait des cataplasmes de ciguë, ont réussi à amener la résolution de tumeurs mésentériques nombreuses, qui avaient causé un épanchement de sérosité dans l'abdomen, pour lequel plusieurs ponctions avaient été tentées. Deux faits de ce genre se sont autrefois présentés dans notre service de l'hôpital Necker ; et, depuis, il nous a été donné d'obtenir de bons résultats dans quelques circonstances analogues. Peut-être conviendrait-il de rapprocher de ces faits ceux qui ont été publiés parle docteur Garlik {Gaz. méd., 1839, n" 7. Extrait des journaux anglais).

Engorgement laiteux des nouvelles accouchées. — M. Rousset (de

Bordeaux), confiant dans les propriétés résolutives de l'iodure de potassium, a administré ce médicament aux nouvelles accouchées qui, ne nourrissant pas, sont tourmentées par l'engorgement laiteux des mamelles. Il le donne à la dose de O^^So à 0s'',45 par jour. Il est rare, dit-il, que, de cette manière, l'engorgement dure plus de trois jours et se termine par un abcès, Billi (de Milan) aurait obtenu le même succès [Bulletin de thérapeutique, 1863, t. 65 \

Hydrocèie. — L'actiou résolutive de l'Iode a été expérimentée par M. Ricord dans le traitement de l'hydrocèle. Il emploie la teinture d'Iode étendue d'eau distillée et appliquée sur la tumeur à l'aide de compi'esses

MÉDICAMliNTS ALTÉRANTS.

qui en sont imbibées et dont on enveloppe le scrotum. Les différents degrés auxquels il emploie cette teinture sont les suivants : pour 90 grammes d'eau distillée, il met 4, 8, 12, 24 grammes de teinture d'Iode. Chez les malades dont la peau est très-délicate et l'épiderme mince, la plus faible proportion suffit. Lorsqu'il y a moins de sensibilité et plus de dureté dans les tissus, on augmente la quantité de teinture. 11 faut, pour que le médicament agisse, que les malades éprouvent une sensation de chaleur assez vive, mais supportable, et que, sans brûlure ni vésication, la peau du scrotum brunisse, l'épiderme se parcheminant et formant des écailles qui se détachent en laissant au-dessous une sorte de transpiration grasse. Tant qu'on n'obtient pas ces résultats, il faut augmenter la dose de la teinture d'Iode, la quantité d'eau distillée restant la même ; mais quand on est arrivé à produire ces effets, on s'en tient au même degré de concentration de la teinture en renouvelant deux fois par jour les compresses qui en sont imbibées. S'il survient de la douleur, on suspend pendant quelques jours et l'on reprend ensuite jusqu'à disparition complète de l'hydrocèle. Le traitement demande un mois en général [Jovm. des connaiss. méd.-chir., t. I", p. 140). C'est dans le même but que M. Martin Solon conseille l'application de la teinture d'Iode sur l'abdomen, pour résoudre les épanchements de la cavité péritonéale {Dict. de Méd. prat., t. X, p. 519). Aujourd'hui cette médication est devenue en quelque sorte vulgaire; il n'est guère d'épanchement qui n'ait été attaqué par l'application externe de la teinture d'Iode avec quelques avantages, notamment les épanchements des articulations, sans oublier même ceux de la plèvre et du péricarde.

Injections iodées. — Depuis une vingtaine d'années, l'Iode, sous forme d'injections, a conquis une place importante dans la thérapeutique chirurgicale. 11 n'est presque pas de cavité, soit naturelle, soit accidentelle, oii l'on n'ait fait pénétrer aujourd'hui ce médicament, dans le but d'obtenir l'adhésion des parois, ou bien d'en modifier les surfaces internes et d'amener à la suite la résolution des divers états morbides dont ces organes peuvent être affectés, soit phlegmasies aiguës et chroniques, soit vices de sécrétion, etc.

Parmi les médecins qui ont le plus contribué à propager cette méthode des injections iodées, nous placerons en première ligne MM. Velpeau et Martin (de Calcutta), puis MM. Boinet, Borelli (de Turin), Jobert de Lamballe, Abeille, etc., et nous allons successivement passer en revue les principales maladies oii ce moyen précieux est appliqué chaque jour avec un succès vraiment remarquable.

C'est par les injections dans la tunique vaginale avec la teinture d'Iode que cette méthode s'est introduite dans la thérapeutique chirurgicale. Pour ce cas spécial, elles ont été proposées et préconisées par M. Velpeau, par M. Martin (de Calcutta), O'Brien (Gazette méd., 1838), par M. Oppcnheim (fii/Z/e^m de thér., 1839) et beaucoup d'autres.

Mais c'est à M. Velpeau surtout que revient à la fois le mérite de l'initiative et de l'expérimentation en grand sur le vaste théâtre de l'hôpital de la Charité.

Depuis lors, il n'est guère de chirurgien qui n'ait répété ces essais avec avantage, et l'on peut dire qu'aujourd'hui la méthode des injections à la teinture d'Iode a détrôné complètement celle des injections vineuses dans lu cure radicale de l'hydrocèle.

« Il me paraît prouvé, dit M. Velpeau {Annales de la Chir. française et étrangère, avril 1843) :

(( i° Que la teinture d'Iode provoque avec autant de certitude qu'aucun autre liquide l'inQammation adhésive des cavités closes;

(( 2° Que cette teinture expose moins que le vin à l'inflammation purulente ;

« 3» Qu'elle favorise manifestement la résolution des engorgements simples qui compliquent les hydropisies ;

« 4° Qu'infiltrée dans le tissu cellulaire, elle peut ne pas amener d'inflammation gangréneuse. »

Enhardi par ses succès dans l'hydropisie de la tunique vaginale, M. Velpeau a injecté de l'Iode dans beaucoup d'autres cavités closes, normales ou accidentelles, que ces cavités renfermassent de la sérosité, ou bien même du sang plus ou moins altéré, mais liquide.

Il n'a pas hésité même à porter la teinture d'Iode, étendue d'eau, dans la synoviale du genou, et jusque dans des sacs herniaires communiquant avec la grande cavité péritonéale.

Aucun accident n'est survenu.

En définitive, le chirurgien de la Charité possède aujourd'hui plusieurs centaines d'observations qui établissent incontestablement l'efficacité de l'Iode dans les cas précisés plus haut.

11 emploie habituellement un mélange de deux parties d'eau ordinaire pour une partie de teinture d'Iode.

M. Mialhe, dans son traité de l'art de formuler, condamne cette formule, parce que les 17/18™" de l'Iode sont précipités; il propose une formule plus rationnelle qu'il fait filtrer. Nous ne saurions être de l'avis de M. Mialhe. Qu'importe, en effet, qu'une formule soit rationelle ou non, pourvu que le remède agisse bien? Or, celle de M. Velpeau est dans ce cas; nous la conservons, et nous préférerons celle que M. Mialhe veut lui substituer, quand il sera prouvé qu'elle agit mieux.

M. Jobert, quia étendu l'usage des injections iodées aux cavités purulentes, emploie ordinairement la teintare d'Iode pure.

Rappelons encore que A. Bérard préférait également l'injection iodée pour les hydrocèles, et, en général, pour les affections contre lesquelles M. Velpeau la préconise. Il a justifié sa préférence par plus de 200 succès. Cinq fois il a injecté de l'Iode dans l'articulation fémoro-tibiale, sans développer d'accidents sérieux. Les proportions adoptées par lui étaient : parties égales de teinture d'Iode et d'eau.

MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

M. Faurès (Comptes rendus de hi Soc. méd. de Toulouse, 1861) a repris le procédé de Martin (de Calcutta), qui consiste à injecter seulement quelques gouttes de teinture d'Iode. Dans un cas d'hydrocèle double existant chez un chanoine, la guérison a été obtenue le dixième jour. Mais n'auniit on pas à craindre, parce procédé, la gangrène des bourses?

Hydartli roses, liydropisies des bourses muqueuses, articulaires et

tendineuses. — Guidés par les succès obtenus à l'aide des injections dans la tunique vaginale, les chirurgiens et les vétérinaires ne tardèrent pas à essayer à l'envi ces mêmes injections dans les diverses cavités closes, soit naturelles ou accidentelles. Ainsi, d'abord on les utilisa dans diverses sortes de kystes séreux. {Bulletin de Thérapeutique, 1841); puis dans certains abcès de grande dimension {Gazette médicale, 1846).

En 1847, M. U. Leblanc, l'un de nos vétérinaires les plus distingués, a essaye, de concert avec le docteur Thierry, les injections iodées dans les tumeurs synoviales diverses des chevaux; et ces deux praticiens ont constaté, d'une part, que l'inflammation causée par l'injection était en général modérée et peu douloureuse ; d'autre part, qu'elle suffisait pour empêcher le retour de la lésion.

M. Reynaud regarde l'Iode comme un agent beaucoup plus actif que les résolutifs ordinaires, et qui n'a pas les inconvénients des autres modes de traitement. Longtemps avant que MM. Velpeau et Ricord employassent la teinture d'Iode contre l'hydrocèle, on opposait, à l'hôpital de la marine de Toulon, le même moyen à l'hydropisie des bourses muqueuses. Dans l'espace de quelques jours on obtient à peu près constamment la résolution complète d'hygromas anciens et volumineux, sans que le traitement donne lieu à des accidents. Voici la manière de l'employer : Si la tumeur est accompagnée de gonflement inflammatoire des parties voisines, on le combat par des moyens appropriés. Lorsque l'inflammation est dissipée, le malade est soumis à un régime un peu sévère, le membre placé dans un repos complet, et l'on fait matin et soir, ou trois fois le jour, une friction avec 8 grammes de pommade composée de :

lodure do potassium 8 g;rani.

Axonge 30

Dissolvez l'iodure dans un peu d'eau, et ajoutez l'axonge.

Après chaque friction, on recouvre la partie d'un large cataplasme de farine de graine de lin. Quelques effets obtenus avec l'iodure de plomb tendent à faire regarder ce sel comme plus actif encore que l'iodure de potassium. Au bout de quelques jours, la peau, d'abord jaune, puis brune, se plisse, se tanne et tombe en écailles. La tumeur se ramollit, se divise d'abord en plusieurs lobules, et ne tarde pas à disparaître complètement. Il reste alors au point qu'elle occupait un peu d'épaississement, qui se dissipe bientôt lui-môme après quelques frictions, de sorte que, le traitement terminé, la partie est rendue à son état normal.

IODE

La durée moyenne de ce traitement est de quinze jours.

M. Cabissol cite onze observations qui ont établi pleinement les suc(;ès du traitement et l'incontestable supériorité de l'Iode sur les autres résolutifs dans l'hydropisie des bourses muqueuses {Bull, de T/iérap.,t. XIV, février 1838).

Depuis lors, le traitement de ces petites tumeurs appelées ganglions, non plus seulement à l'aide des frictions iodées, mais bien des injections dans l'intérieur du kyste, s'est tout à fait popularisé. Dans ces cas, on emploie le plus ordinairement la teinture d'Iode pure. Parmi les médecins qui ont fait usage avec succès de ces injections, nous citerons M. le professeur Borelli, de Turin. Dans un mémoire publié dans la Gazette médicale sa.vde, (1832), cet auteur cite un certain nombre d'observations qui témoignent de l'efficacité non moins que de l'innocuité de ce traitement.

Dans les cas assez fréquents oii l'hydarthrose résiste aux moyens internes et externes, et notamment aux vésicatoires appliqués sur le siège de l'épanchement, les injections iodées faites dans la cavité articulaire offrent une précieuse ressource qu'il importe de ne pas négliger. Parmi les chirurgiens, les uns, comme M. Velpeau, sans redouter beaucoup l'entrée de quelques bulles d'air dans la capsule articulaire, pratiquent la ponction à l'aide d'un trocart très-fin ; niais la plupart, pour éviter cet accident, si peu grave qu'il puisse être, préfèrent recourir à la méthode sous-cutanée. Aujourd'hui l'expérience a démontré que les injections iodées dans les cavités articulaires, pratiquées selon les règles posées par MM. Velpeau, Bonnet, Abeille, Robert, etc , n'entraînent généralement aucun danger sérieux, et amènent dans la très-grande majorité des cas la résolution de l'épanchement et la guérison définitive, quand la maladie n'est compliquée d'aucune altération profonde des parties molles ou dures. Quelques beaux succès obtenus récemment par M. Robert ont mis ce fait hors de toute contestation. Dans le principe, on supposait que l'Iode guérissait en provoquant une inflammation adhésive ; mais les recherches nouvelles faites par M. Hutin tendent à démontrer qu'ici, comme dans la cure des hydrocèles, cette inflammation adhésive fait le plus souvent défaut," et que les injections iodées agissent simplement en modifiant spécifiquement la membrane synoviale, et en réintégrant consécutivement à l'état normal les fonctions perverties des surfaces sécrétantes. En effet, s'il y avait production d'adhérences, on ne pourrait s'expliquer comment des articulations tenues plus ou moins longtemps immo'uiles jusqu'au moment de l'injection, reprendraient de la mobilité à mesure que l'épanchement articulaire diminue. Il est probable, d'ailleurs, qu'il se passe ici ce qui a été constaté non-seulement dans la tunique vaginale, mais dans les kystes ovariques traités par les injections iodées, dans lesquels l'examen cadavérique a fait constater une absence complète d'adhérences entre les surfaces, ou a fait voir seulement des adhérences partielles, et dans lesquels, par conséquent, la guérison s'était opérée par le retrait gra-

MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

duel des parois du kyste jusqu'à refTacement plus ou moins complet de la cavité accidentelle.

Injectious iodées dans l'ascite. — L'analogie, ce guide souvent si sûr et toujours nécessaire en thérapeutique, devait conduire les praticiens à injecter dans le péritoine une solution iodée, au lieu des injections alcoolisées que M. Bretonneau, en 1820, avait osé conseiller, et dont le danger est trop évident. MM. DieulaFoy etLeriche ont introduit, en 1847, cette heureuse modification, et ils ont publié des faits parfaitement détaillés, desquels il résulte que, dans l'ascite, qui semble dépendre d'une péritonite simple chronique, les injections iodées peuvent amener une guérison rapide et complète. M. Leriche recommande de ne faire qu'une injection après que la cavité péritonéale a été vidée. La proportion de teinture d'Iode est la suivante :

Ces premiers succès ne tardèrent pas à provoquer de nouvelles tentatives, et en peu de temps les faits se multiplièrent. Parmi les médecins qui s'occupèrent spécialement des injections iodées dans l'ascite, nous citerons MM. Boinet, Oré (de Bordeaux) et M. Paul Dard, élève de M. Tessier, de Lyon, qui, dans différents recueils scientifiques, ont publié successivement d'importants travaux sur cette intéressante question.

Or, des observations déjà assez nombreuses qui forment la base de ces travaux, il ressort un fait auquel on ne se serait guère attendu, fait qui pourtant exige encore plus ample vérification : c'est que les injections iodées dans le péritoine constitueraient une médication non-seulement efficace, mais presque inoffensive, lorsqu'elle est exécutée dans de bonnes conditions et suivant certaines règles.

A cet égard, l'expérience a prescrit un certain nombre d'indications ou de contre-indications qu'il importe de faire connaître. Ainsi, l'injection iodée serait non- seulement sans aucun avantage, mais dangereuse lorsque l'ascite est symptomatique d'une affection organique quelconque du cœur, du foie, de la rate, des reins, etc.

Elle devra être réservée pour certains cas assez rares où cette ascite reconnnaît pour cause une péritonite chronique ou une simple irritation sécrétoire de la membrane péritonéale soit idiopathique, soit consécutive à des troubles de la menstruation, à une phlegmasie du voisinage, à l'entérite, par exemple, ou bien encore à une ascite survenant à la suite d'une altération du sang, d'un état cachectique. Ajoutons encore que, dans ces cas même, on ne devra jamais recourir à l'injection iodée qu'alors que tous les moyens habituellement employés auront échoué.

Si l'ascite est très- volumineuse, on aura la précaution de faire une première ponction pour diminuer l'étendue de la surface péritonéale, par conséquent l'étendue de la phlegmasie artificielle que doit déterminer la

Teinture d'Iode. . . .

lodurc de potassium.

Eau distillée

30 gram.

IODE

teinture d'Iode. Il est recommandé, d'autre part, de ne pas vider entièrement la cavité du péritoine, mais d'y laisser 1 à 2 litres de sérosité afin de répandre uniformément la teinture d'Iode sur toute la surface péritonéale, et d'empêcher son contact immédiat avec le liquide irritant, sous peine de donner lieu à une péritonite mortelle.

La dose totale du liquide injecté ne devra pas dépasser 250 grammes. Enfin, on évitera de pousser d'un seul coup l'injection ; mais on l'insinuera graduellement, et les aides auront soin de malaxer doucement le ventre pour rendre le mélange plus intime, et pour le faire pénétrer dans toutes les anfractuosités de la cavité péritonéale.

Injections iodées dans la cavité pleurale. — En présence deS résultats obtenus dans l'ascite, rien n'était plus naturel que de porter l'Iode dans la cavité pleurale, en d'autres termes, d'associer les injections iodées à la thoracentèse. C'est ce que nous avons fait nous-mêmes dans certains cas d'épanchements de pus dans la plèvre, lorsque, après des ponctions répétées, le liquide purulent tendait à se reproduire sans cesse; et déjà plusieurs fois nous avons été assez heureux pour obtenir la guérison, lorsque l'épanchement n'était pas compUqué de tubercules. (V. le Bull, de la Société des hôpitaux, septembre 1854.)

D'autres médecins, entre autres MM. Legroux, Boinet, Aran, etc., ont répété les mêmes expériences ; et aujourd'hui les cas de succès sont tellement nombreux et si bien constatés, qu'il n'est plus possible de révoquer en doute l'utilité d'une médication qui, dans le principe, avait été accusée de témérité.

Enfin, n'oublions pas d'ajouter ici qu'enhardi par les résultats obtenus dans l'hydro-thorax et même dans l'hydro-pneumothorax, M. Aran n'a pas craint de porter les injections iodées jusque dans le péricarde et que cette tentative a réussi.

Injections iodées dans le spina bifida. — Debout, l'ancien rédacteur

du Bulletin de Thérapeutique, terminait ainsi, en 1860, un rapport sur le spina bifida, lu à la Société de chirurgie. « De toutes les méthodes thérapeutiques connues, l'emploi des injections iodées constitue le traitement le plus efficace et le plus inoffensif de ce vice de conformation. » La même année, le dbcteur Coates, de Salisbury, employa aussi l'injection iodée sur un enfant de trois mois atteint de spina bifida. Il retira par le trocart 8 grammes de liquide transparent, et injecta la même quantité d'une solution d'Iode à 1,5 pour 100. Le lendemain de l'opération, l'enfant eut des convulsions des mains et des pieds, mais la guérison fut prompte et complète au bout de deux mois. {The lancet, 3 mars 1866.)

si!}'(tropisies de l'ovaire. — Thompson {Eléments of materia medica and iherapeutics), donna l'Iode à haute dose à l'intérieur (180 gouttes par jour), et guérit, dit-il, trois femmes sur cinq. Depuis lors, on a cité encore quelques cas de guérisons de kystes ovariques obtenus par l'Iode à l'intérieur, employé concurremment avec les frictions sur la tumeur. Ces résultats, bien que rares et exceptionnels, sont néanmoins suffisants

MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

pour inviter les praticiens à ne pas négliger cette médication inoffensive, au lieu de recourir prématurément à la méthode par la ponction et les injections, ou même à celle de l'ovariotomie.

De tous les praticiens, M. Boinet est, sans contredit, celui à qui l'on doit le plus pour la cure radicale des hydropisies de l'ovaire. On sait quels débats a suscités il y a quelques années cette grave question. Nous n'avons pas à nous en occuper; mais nous nous bornerons à signaler les conditions générales où cette cure peut être tentée légitimement Ainsi, dans les cas oii le kyste est uniloculaire, ou quand, formé de plusieurs loges, il ne contient qu'un liquide séreux ou séro-purulent, quand, surtout, il n'est compliqué d'aucune lésion organique, quel que soit d'ailleurs le volume de la tumeur, la ponction suivie des injections iodées peut offrir des chances de succès. A cet égard, un certain nombre d'observations, citées tant par M. Boinet que par d'autres praticiens, ne permettent guère le doute sur la réalité d'une guérison plus ou moins complète. Les injections iodées opèrent ici par un double mécanisme, soit qu'elles déterminent une inflammation adhésive (effet d'ailleurs trèscontesté), soit plutôt qu'elles agissent en exerçant une modification toute spécifique sur la surface sécrétante et sur le produit de la sécrétion. Quelle que soit la nature de cette action, l'observation démontre que le liquide épanché, soit séreux, soit purulent, tend à devenir de jour en jour de meilleure nature, et à diminuer de quantité jusqu'à ce qu'il se tarisse complètement. En même temps le kyste revenant peu à peu sur lui-même finit par ne plus constituer qu'une masse celluleuse sans cavité, et par se réduire même à une sorte de moignon à peu près inerte. Tel est le cas le plus heureux, et, on peut le dire, tout à fait exceptionnel.

Mais, d'autre p irt, l'expérience a montré que cette méthode échoue à peu près complètement, et même n'est pas sans danger, lorsqu'on l'emploie dans des kystes multiloculaires, à parois très-dures et épaisses, et à cavité considérable, surtout si le liquide est très-visqueux ou sanguinolent. Alors il est prudent de s'abstenir.

Pour obtenir de cette médication de bons résultats, il est d'ailleurs une infinité de conditions à remplir, de précautions à prendre, et un modits faciendi tout particulier à connaître et à suivre.

A cet égard, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer au mémoire inséré par M. Boinet dans le Bulletin de T/iérapeu/ique, août 18o2, et surtout au Traité complet qu'il a publié sous le titre /odotfiérapie, où il expose dans le plus grand détail ces conditions, ces précautions et ce modus fuciendi, en un mot tout ce qui, après un diagnostic exact de la maladie, est de nature à assurer le succès (2' édit. 1865).

N'oublions pas d'ajouter surtout que, dans cette question très-délicate, le praticien devra désormais tenir grand compte des enseignements précieux qu'a apportés la dernière discussion académique. En effet, si d'une part, cette discussion a été une occasion de faire triompher la cause des injections iodées dans les kystes ovariques, en prouvant que cette opéra-

IODE. 319

tion pratiquée dans des conditions favorables était à peu près sans danger, et le plus souvent souvent suivie d'une guérison soit temporaire, soit quelquefois même délinitive , d'autre part, elle aura eu pour résultat de faire connaître ou de mieux préciser certaines contre-indications qui commandent généralement l'abstention, et, par conséquent, elle aura trèsheureusement servi à arrêter les praticiens dans cette voie d'engouement irréfléchi qui, sans nul doute, avait déjà été funeste à plus d'un malade.

Abcès par congestion. — Une des applications les plus importantes de la méthode des injections iodées consiste dans la cure radicale des abcès par congestion. C'est encore à M. Boinet qu'on doit cette extension de la méthode, et déjà, en 1850, il annonçait devant la Société de chirurgie avoir obtenu plusieurs guérisons, à l'aide des injections dans la cavité purulente, combinées avec l'emploi des préparations iodurées à l'intérieur. On pourra lire avec intérêt une observation de ce genre, publiée dans V Union médicale, septembre 1853, par M. le docteur Foucault, de Nanterre ; il s'agit d'un abcès par congestion avec fistule, datant de huit mois, dont la guérison fut obtenue en deux mois par quatre injections iodées auxquelles on associa les préparations d'Iode à l'intérieur.

Abcès avec décollements, fistules à l'anus. — M. Boinet est certainement le médecin qui a le plus contribué à généraliser les diverses applications topiques de la teinture d'Iode. Ainsi, entre ses mains, les injections iodées faites dans les grandes cavités closes que laissent les abcès avec décollements de la peau sont devenues un moyen puissant de curation.

Plus tard, il a étendu ce moyen au traitement des fistules à l'anus ; et dans un mémoire, lu en 1853 devant l'Académie des sciences, il a présenté un certain nombre d'observations qui tendent à montrer qu'il est possible d'obtenir par les injections la guérison de toutes les variétés de fistules à l'anus, fistules borgnes ou incomplètes, fistules complètes, fistules profondes avec clapiers et décollements de l'intestin, fistules chez les tuberculeux, et il donne surtout la préférence à cette médication dans les espèces de fistules oii la méthode par incision est impuissante ou dangereuse, par exemple, dans celles qui s'étendent profondément, ou qui dépendent d'une carie ou d'une altération quelconque de l'ischion, du coccyx, du sacrum, etc.

Si ces résultats se confirment, comme déjà un certain nombre de tentatives heureuses faites ultérieurement par d'autres chirurgiens permettent de l'espérer, cette méthode aurait, sur la méthode par incision, l'avantage de guérir avec moins de danger et d'inconvénient; ainsi elle n'empêche pas les malades de vaquer à leurs affaires, et elle leur épargne des pansements douloureux. Du reste, si cette méthode échoue, elle n'aggrfive jamais la position des malades; il paraît donc rationnel de la mettre en usage avant de recourir à l'instrument tranchant.

Injections dans le sac herniaire. — Enfin, pour terminer ce qui a trait aux injections dans les cavités closes, nous dirons que quelques

MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

médecins, parmi lesquels nous citerons M. Jobert, ont eu l'idée de tenter la cure radicale des hernies en injectant de la teinture d'Iode dans l'intérieur du sac herniaire, et que cette médication compte aujourd'hui un assez bon nombre de succès.

Badigeonnagc avec la teinture «l'Iode. — Si l'Iode a, COmme nOUS

venons de le voir, une si grande utilité lorsqu'on l'emploie sous forme d'injections dans les cavités closes, soit naturelles, soit accidentelles, il ne présente pas de moindres avantages, lorsqu'on l'applique sous forme de bodigeonnagcs, soit sur tout l'ensemble du tégument externe, soit sur certaines parties du tégument interne qui sont accessibles à ce mode d'emploi.

Les badigeonnages avec la teinture d'Iode, pratiqués sur la surface cutanée, sont journellement mis en usage, soit à titre de révulsif, soit comme moyen de faire absorber le médicament et de résoudre les phlegmasies sous-jacentes; ces applicat ns, faites sur les parois thoraciques, sont souvent employées dans un certain nombre d'affections subaiguës de la poitrine, telles que pleurésies légères, ou pleurodynies, phthisies partielles, pneumonies lobulaires circonscrites, ne s'accompagnant pas d'une trop vive réaction inflammatoire.

Dans ces cas, ce moyen révulsif peut assez bien suppléer aux vcsicatoires dont il a les avantages sans en avoir les inconvénients; il est surtout préférable chez les femmes à peau déliccite, chez les enfants, et généralement chez les sujets nerveux qui seraient trop irrités par les cantharides.

Les badigeonnages avec la teinture d'Iode trouvent encore fréquemment leur indication à une certaine période des grands épanchements pleurétiques, soit aigus, soit chroniques, alors que la cure par les vésicatoires étant épuisée, il reste encore beaucoup de liquide dans la plèvre,, et que le travail de résorption, après un temps d'arrêt plus ou moins long, a besoin de recevoir une nouvelle impulsion C'est ce qu'on aura lieu d'observer souvent dans les épanchements de forme latente, notamment dans ceux qui sont liés à la diathèse tuberculeuse.

Ces mêmes applications iodées seront également pratiquées avec succès sur les parois abdominales dans un certain nombre d'affections de forme subaiguë et chronique, et plus particulièrement dans les engorgements des différents organes dans cette cavité ; nous citerons, entre autres, les engorgements des glandes mésentériques, chez les enfants, oii plusieurs fois nous avons obtenu de ce moyen des avantages très-marqués.

On fait encore un usage fréquent des badigeonnages avec la teinture d'Iode dans les affections articulaires ; ainsi, vers la fin des rhumatismes aigus, lorsque les derniers restes des épanchements synoviaux tardent à se résorber; plus souvent encore dans les arthrites chroniques, dans les tumeurs blanches commençantes; enfin, dans les hydarthroses et dans l'hygroma. Toutefois, nous ferons observer que, dans ces derniers cas,

IODE. m

l'action de la teinture d'Iode ordinaire est trop superficielle et généralement insuffisante ; il est nécessaire de lui substituer une préparation plus énergique, c'est-à-dire la solution d'Iode dite caustique.

En résumé, nous pouvons dire qu'il n'est peut-être pas un seul point de la surface cutanée qui ne soit susceptible de recevoir cette application topique par la teinture d'Iode, si l'on a à résoudre une phlegmasie ou un engorgement inflammatoire, ayant son siège soit immédiatement au-dessous de ce point lui-même, soit dans son voisinage.

C'est ainsi qu'à l'exemple des médecins belges, nous avons l'habitude, dans diverses ophthalmies, surtout dans les kératites ulcéreuses ou granuleuses, de faire usage des applications de la teinture d'Iode, soit sur la paupière elle-même, soit sur le front et sur la tempe du côté malade.

M. Gallard a étendu l'application de ces badigeonnages aux ulcères fongueux du col de la matrice {Bullet. de Thérap., 1865, 30 juillet). C'est, en outre, un des meilleurs résolutifs des engorgements utérins et de la paramétritis.

Maladies de la peau. — Les préparations d'Iode et notamment la teinture d'Iode, appliquées sur la peau enflammée, possèdent la propriété remarquable de diminuer, d'arrêter et de faire disparaître l'inflammation et SCS phénomènes locaux. Ainsi, à l'aide de badigeonnages avec cette teinture, on réussit assez souvent à faire avorter un érysipèle, à résoudre ou à modifier plus ou moins avantageusement des adénites et des angioleucitesqui menaçaient de s'étendre, et même à arrêter dans leur évolution les pustules de la variole, dans certaines régions oii il importe de prévenir des cicatrices difformes, à la face par exemple.

A ce point de vue, on peut considérer la teinture d'Iode comme un excellent antiphlogistique, qui vient se placer à peu près sur la même ligne que le nitrate d'argent.

A l'égard des maladies chroniques de la peau, notamment des affections dartreuses, l'Iode a fait depuis longtemps ses preuves.

Déjà nous avons parlé de l'action des iodures de mercure, en tant que préparations mercurielles, dans le traitement des maladies cutanées ; ils agissent là sans doute à la fois comme irritants locaux et par des propriétés spéciales altérantes. Dans certaines maladies cutanées, celles qui sont liées à la constitution scrofuleuse, celles aussi qui s'accompagnent d'engorgement de la peau et de gonflements tuberculeux, les iodures de mercure sont particulièrement indiqués.

Maladies des membranes maqucnses. — L'analogie de texture engagea les médecins à expérimenter les préparations d'Iode dans les phlegmasies chroniques des membranes muqueuses. Ainsi, M. Hanelle, dans la deuxième période de l'ophthalmie égyptienne, fait appliquer sur la conjonctive une solution d'iodure dans l'eau distillée. Sa formule est la suivante : Iode, 10 centigrammes; iodure de potassium, 6 centigrammes; eau distillée, 30 grammes. {Gaz. méd., 1839, n° 4.)

. Malgré des assertions contraires, l'expérience a démontré que le contact de la teinture d'Iode sur les membranes muqueuses n'est nullement douloureux, en supposant, bien entendu, qu'il n'existe aucun point de solution de continuité, ou que la muqueuse ne soit pas dépouillée de son épithélium. Ainsi, M. Boinet a fait voir qu'on peut badigeonner presque àl'insu des malades la muqueuse pharyngienne et buccale, les amygdales, le col de l'utérus, le vagin, etc., sans déterminer de douleur, mais à la condition que la teinture iodique ne touchera pas les orifices des cavités muqueuses, car en ce point ofi existe la transition entre la muqueuse et la peau, et où le tissu est infiniment plus fin et plus sensible, ce contact produit une douleur très-vive, et même aussi vive que lorsqu'on applique de la teinture d'Iode sur la peau dénudée de son épiderme, ou sur une plaie récente. Aussi M. Boinet recommande-t-il expressément de ne toucher que la muqueuse et rien que la muqueuse, sous peine de produire des douleurs inutiles.

Il fait d'ailleurs remarquer avec beaucoup de raison que, si l'on vient à pratiquer successivement plusieurs badigeonnages sur la même partie, il se passe sur la muqueuse ce qui a lieu pour la peau, c'est-à-dire qu'à la suite de la desquamation les badigeonnages que l'on pratique ultérieurement ne peuvent manquer de déterminer de la douleur.

Quelle que soit la nature des affections ayant leur siège sur la membrane muqueuse de la bouche et de l'arrière-gorge, spécifiques ou non, il n'en est aucune qui n'ait été soumise avec avantage aux applications iodées. Ainsi, soit en gargarismes, soit sous forme de collutoires ou de badigeonnages à l'aide d'un pinceau, la teinture d'Iode a rendu des services signalés dans les stomatites simples ou gangréneuses, dans les diphthérites pultacées, couenneuses et gangréneuses, et enfin dans l'angine granuleuse pharyngée, maladie toujours si réfractaire. Nous pouvons en dire autant relativement aux diverses affections ulcéreuses, purulentes, gangréneuses, syphilitiques, dans les plaies atteintes de pourriture d'hôpital et généralement dans toutes les affections de nature septique.

M. Boinet qui, plus que personne, a contribué à généraliser l'emploi de ces applications topiques à la plupart des inflammations des membranes muqueuses, en obtient journellement les plus grands avantages dans les granulations et les ulcérations du col de la matrice, et il les préconise surtout dans les vaginites aiguës ou chroniques, simples ou virulentes. Dans ce cas, il badigeonne avec la teinture d'Iode pure tout le canal vulvo-ulérin, depuis le col de la matrice jusqu'à l'entrée du vagin. Une seule application suffit ordinairement. Par mesure de précaution, dans le cas de blennorrhagie virulente, il a soin de badigeonner les grandes et les petites lèvres avec leurs replis, et puis il termine par une injection dans la partie antérieure du canal de l'urètre, mais seulement avec un mélange à parties égales de teinture et d'eau, avec la précaution d'empêcher le liquide de pénétrer dans la vessie. Ce traitement paraît préférable à M. Boinet à la cautérisation avec le nitrate d'argent,

IODE

(l'une part, parce qu'il est beaucoup moins douloureux, et, de l'autre, qu'il est d'uae application plus prompte, plus facile et enfin plus efficîice, {Union médicale, septembre 1853.)

Dysenterie chronique. — M. le docteur Delioux ( Union médicale , 1833) a eu l'idée d'employer l'Iode en injections rectales pour combattre la dysenterie chronique. En modifiant directement à l'aide de cet agent la surface de la membrane muqueuse chroniquement enflammée, il dit avoir obtenu des succès remarquables. Il donne ces lavements à la dose de 10 à 30 grammes de teinture d'Iode, maintenue soluble par 1 à 2 grammes d'iodure de potassium pour 200 à 230 grammes d'eau. Sur 12 cas consignés dans son mémoire, l'affection intestinale a été notablement amendée ou guérie 10 fois ; dans deux cas seulement il y a eu insuccès, mais non aggravation, M. Delioux affirme qu'en général ces lavements ne produisent que de légères coliques, et quand elles sont un peu vives, on les calme facilement par un lavement laudanisé. L'auteur fait d'ailleurs observer qu'en raison de la faculté d'absorption dont est doué l'intestin, les lavements pourraient servir de moyen d'introduire l'Iode au sein de l'organisme, dans certains états morbides généraux qui peuvent en réclamer l'usage.

Comme on vient de le voir, il est un très-grand nombre de maladies, soit des cavités séreuses, soit du tégument externe et interne, où l'Iode, administré en injections et en applications encore plus directes, a rendu les services les plus signalés. Aussi peut-on dire que l'extension donnée depuis quelques années à l'emploi topique de ce médicament constitue une des plus précieuses conquêtes de la thérapeutique.

Et pourtant, si rapide et si grande qu'ait été cette extension, il est facile déjuger que, sous ce rapport, il reste encore des applications nouvelles à tenter, et sans nul doute plus d'un utile résultat à recueillir.

En effet, grâce à cette propriété éminemment antiseptique et résolutive, aujourd'hui si bien constatée, l'Iode devra trouver son indication toutes les fois qu'il s'agira, soit d'assainir une plaie de mauvais caractère, soit de modifier une surface vicieusement sécrétante, ou de résoudre une phlegmasie de nature chronique et de tendance réfractaire. Or, quel que soit d'ailleurs le siège de la lésion, qu'elle affecte la surface de la peau ou le point le plus caché d'une membrane muqueuse, ou même qu'elle réside dans les profondeurs d'une cavité séreuse, synoviale, ou autre, on sera autorisé à tout attendre de l'Iode, pour peu que cette lésion soit accessible à l'action topique de ce médicament.

C'est qu'en effet, comme l'a démontré l'expérience, la matière médicale ne possède guère de modificateur externe à la fois plus efficace et plus inoffensif que l'Iode. Aussi, à ce titre, nous n'hésitons pas à le placer à côté du nitrate d'argent comme l'un des plus précieux agents de la médication substitutive.

MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

Syphilis. — L'action résolutive puissante de l'Iode, son influence sur la nutrition, avaient fait penser qu'il pourrait être administré avec avantage dans le traitement de la syphilis constitutionnelle. Déjà, depuis plusieurs années, l'iodure de mercure était employé comme antisyphilitique, et l'expérience avait démontré qu'il était surtout utile dans les maladies vénériennes chroniques. Les heureux succès obtenus par ce moyen nouveau étaient-ils imputables au mercure seul ou bien à l'Iode, ou bien à la combinaison de ces deux agents ? Wallace, de Dublin, a tranché la question, et a démontré que l'Iode est aussi utile que le mercure dans le traitement de la syphilis constitutionnelle {Journ. des connaiss. méd.chir., t. IV, p. 157). Sur 142 malades traités, il y en avait 6 affectés d'iritis, 6 d'engorgement du testicule, 10 de maladies diverses des os et des articulations, 97 de syphilides cutanées, 20 de lésions de la membrane muqueuse de la bouche, du nez, de la gorge; enfin, l'Iode fut également administré chez trois femmes enceintes, dans le but de soustraire le fœtus à l'infection syphilitique. La préparation qu'il emploie est la mixtura hydriodatis potassœ, qui contient 8 grammes d'Iodure de potassium pour 250 grammes d'eau distillée. Les adultes prennent de cette inixture une cuillerée à bouche quatre fois par jour; soit 60 grammes, c'est-à-dire 2 grammes d'Iodure de potassium.

Nous avons les premiers expérimenté la méthode de Wallace, en 1835, à Paris, et nous en avons constaté les heureux effets. Mais M. Ricord, à la tête d'un hôpital des vénériens, a pu reprendre ces expériences sur une très-grande échelle, et il est arrivé à placer l'iodure de potassium au même rang que le mercure dans le traitement des maladies syphilitiques. 11 a surtout recours à ce médicament dans ce qu'il appelle les accidents tertiaires. Voici, suivant lui, l'ordre des symptômes qui cèdent à l'emploi de l'iodure de potassium : les tubercules profonds de la peau et des membranes muqueuses ; les tubercules du tissu cellulaire, vulgairement connus sous le nom de tumeurs gommeuses ; les périostoses, la carie, les exostoses, les douleurs ostéocopes, etc., etc. — Les doses d'Iodure de potassium que M. Ricord emploie sont de beaucoup supérieures à celles que conseille Wallace ; il commence par 1 gramme par jour dans une potion, et il va jusqu'à 4 grammes, sans produire d'accidents. M. Bullock a publié également des faits qui déposent dans le même sens que ceux qui ont été observés par Wallace, M. Ricord et iious{Fnince méd.Jévv. 1839).

A cette occasion, nous croyons utile de faire une remarque au sujet •de la puissance d'action comparative du mercure et de l'Iode, dans leurs rapports avec les diverses manifestations de la syphilis constitutionnelle.

Selon M. Ricord, le mercure serait le véritable spécifique des acciden.tB secondaires, tandis que l'iodure de potassium n'aurait d'efficacité védle que dans les accidents tertiaires.

Cette manière de voir, qui est vraie en général, cesse d'être exacte lorsqu'elle se produit sous une forme aussi absolue.

IODE

A coup sûr, le mercure ne possède plus généralement contre les accidents tertiaires cette même efficacité dont il jouit incontestablement contre les accidents secondaires. Cependant les faits les plus positifs attestent que là encore non-seulement le mercure est loin de se montrer impuissant, mais que dans certains cas même il est supérieur à l'Iode lui-même.

Ainsi, bien des praticiens ont pu, comme nous, l'employer avec un plein succès non-seulement contre certaines périostoses formant la transition du second au troisième degré de la syphilis constitutionnelle, mais même encore contre des exostoses anciennes, et autres phénomène , morbides, appartenant évidemment aux accidents de troisième génération. Et réciproquement, l'Iode, bien que généralement plus efficace ■contre les accidents tertiaires, ne laisse pas que de l'emporter à son tour sur le mercure dans certaines ulcérations du pharynx et quelques autres manifestations de la syphilis secondaire.

Quant aux affections viscérales syphilitiques, leur traitement n'est pas aussi bien défini que celui des accidents secondaires ou tertiaires. L'iodure de potassium est généralement employé d'abord, et parfois il suffit à guérir. Oppolzer de Vienne (Schmidt's lahrbûc/ier, 1866, 4), Leudet de Rouen en ont obtenu de très-bons effets dans la sj'philis hépatique; Rollet {Traité des maladies vénériennes, 1866), dans la syphilis pulmonaire; et MM. Gros et Lancereaux {Des affections nerveuses syphilitiques, 1861), ainsi que M. Zambaco [M., 1862), dans les affections nerveuses syphilitiques. Cependant, quand l'amélioration n'arrive pas promptement et qu'il s'agit surtout d'une affection cérébrale syphilitique, nous avons recours au mercure suivant la méthode de Boerhaave.

Déjà, avant Wallace, et avant que l'Iode eût été employé contre la syphilis, Girtanner donnait l'éponge brûlée contre les ulcères vénériens de la gorge. Dès 1821 , Martini de Lubeck conçut l'idée de substituer l'Iode à l'éponge brûlée dans le traitement des chancres syphilitiques du pharynx, à l'exemple de Coindet, qui avait fait si heureusement cette même substitution pour le goitre. Depuis lors d a eu de nombreuses occasions de donner l'Iode et l'Iode seul, dans cette grave manifestation de la syphilis, et il a eu lieu de s'en applaudir {Journ. des connaiss. mèdchir., t. 1"^ p. 90). Le docteur Henri Gouraud nous a dit avoir usé avec avantage du même moyen dans les angines chroniques qui n'avaient rien de vénérien. Nous-mêmes, plusieurs fois, nous avons, dans les mêmes circonstances, obtenu des succès que nous n'avions pu avoir par d'autres moyens.

En 1824, M. Richond publia, dans les Archives générales de médecine (t.IV, p. 321), un mémoire très-curieux sur l'emploi de la teinture d'Iode dans le traitement de la blennorrhagie et des bubons vénériens. Pour la blennorrhagie, il donne ce médicament aux doses de 20, 30, 40 et môme 50 gouttes matin et soir, dans des potions gommeuses que le malade prend en une fois. Il gradue les doses de la manière suivante : premier

jour, 15 gouttes le matin ; second jour, 25 gouttes; troisième jour, 30. 11 commence ensuite à en donner 15 gouttes le soir, et il augmente de la sorte jusqu'à 30 gouttes soir et matin. 11 reste à cette dose pendant trois ou quatre jours, et, s'il ne survient pas de signes d'irritation gastrique, il en prescrit 40 et même 50 gouttes matin et soir. Préalablement M. Richond calme les accidents inflammatoires du canal de l'urètre par des applications locales de sangsues. D'après les faits publiés par M. Richond, la durée moyenne du traitement semblerait être de trente jours à peu près. Quand l'Iode est inefficace, il donne alors le copahu, qui, suivant lui, agit alors beaucoup plus utilement.

Le traitement des bubons par l'Iode, conseillé par M. Richond, est purement local. Après avoir calmé l'inflammation développée dans le ganglion lymphatique, il fait faire, sur la tumeur même, cinq ou six frictions chaque jour pendant quelques minutes, à la dose de 4 ou 8 grammes de teinture, ou pure ou incorporée à l'axonge, ou suspendue dans un véhicule huileux. Quand les frictions sont faites avec exactitude, la diminution de l'engorgement, dit M. Richond, est ordinairement appréciable au bout de quatre à cinq jours, et la guérison opérée au bout de huit à dix (/oco cit.).

Les résultats obtenus par M. Richond sont brillants, et il serait à souhaiter que tous ceux qui ont expérimenté après lui eussent été aussi heureux.

S'il est incontestable aujourd'hui que l'iodure de potassium rend, dans la syphilis constitutionnelle, des services aussi importants que le mercure, on ne peut nier que l'association de ces deux héroïques remèdes n'ait une puissance thérapeutique immense. L'expérience a prononcé à cet égard. Le proto iodure de mercure, expérimenté en grand, d'abord par Biett et ensuite par tous les médecins ; l'iodhydrargyrate d'iodure de potassium (iodure double de mercure et de potassium), conseillé par M. Puche (/?«//. thérap., mars 1839), occupent aujourd'hui dans la thérapeutique des maladies vériennes un rang très-élevé. Ces deux médicaments se donnent en pilules à la dose de 1 à 10 centigrammes associés à un peu d'opium, afin de mitiger leurs qualités irritantes.

Ainéiiorriiée. — L'augmentation qu'éprouvait le flux menstruel sous l'influence de l'Iode, lorsqu'on administrait ce médicament pour une affection quelconque, engagea Bréra à tenter ce moyen dans l'aménorrhée. Les faits qu'il rapporte dans le Saggio clinico [Arch. gén. de méd., t. Il, p. 439 et suivantes) ne sont pas très-concluants, non plus que ceux de Coindet et de Sablairolles. Nous-mêmes nous avons expérimenté cet agent thérapeutique dans l'aménorrhée, et nous avons obtenu quelques résultats assez analogues à ceux de Bréra [{Journ. des connaiss. méd.-ckir., t. p. 74). Toutefois, en poursuivant nos expériences pendant plusieurs années, nous en sommes arrivés à formuler les indications de l'Iode dans l'aménorrhée de la manière suivante :

IODE

Chez les filles chlorotiques, l'Iode n'a amené aucun résultat tant que les martiaux n'ont pas été préalablement administrés ; mais lorsque le sang est reconstitué, l'administration de l'Iode augmente évidemment le flux menstruel, et le fait apparaître plus tôt que si l'on eût laissé agir la nature. Quand les femmes sont fortement colorées, que les règles sont peu abondantes et en môme temps douloureuses, l'Iode, il est vrai, augmente l'écoulement du sang, mais il augmente en même temps l'intensité des douleurs et cause quelquefois des métrites. Il est, au contraire, véritablement utile chez les femmes bien colorées dont les règles sont peu abondantes, et qui, pendant la menstruation, n'éprouvent pas de douleurs utérines. Dans l'aménorrhée proprement dite, il est convenable de continuer pendant longtemps l'usage de l'Iode. Il faut, pendant deux ou trois mois, donner tous les jours 25 ou 30 gouttes de teinture, ou une cuillerée à bouche au moins de la mixture d'hydriodate de potasse de Wallace, dont nous avons parlé plus haut.

M. Boinet a signalé un fait curieux relativement à la propriété emménagogue de l'Iode : c'est que toutes les fois qu'il lui est arrivé d'employer h procédé du badigeonnage avec la teinture d'Iode sur le col de la matrice ef sur le vagin, il a presque constamment provoqué le flux menstruel. Cette remarque l'a conduit à toucher avec la teinture d'Iode le col utérin et une partie du vagin, dans certains cas de règles difficiles ou d'aménorrhée complète; et il dit avoir obtenu le plus souvent par ce procédé le retour des règles. De là il tire cette conclusion fort sage : c'est qu'on devra toujours s'abstenir de cette pratique chez les femmes enceintes.

Lcucoi-i-hée. — 11 est assez singulier qu'un médicament qui provoque si évidemment le flux menstruel ait été conseillé par Bréra, Gimelle, SablairoUes, dans le traitement de la leucorrhée ; mais on ne peut pas mieux exphquer ici l'utilité de l'Iode que dans la blennorrhagie. M. Pierquin a employé avec succès l'iodure de fer dans cette même affection (Mérat et de Lens, t. III, p. 633). Dans la blennorrhée, M. Ricord se loue beaucoup de ce médicament.

Goutte, Rhumatisme. — M. Gendrin se loue beaucoup de l'emploi interne et externe de l'Iode dans le traitement de la goutte. Il affirme que, dans la plupart des cas, l'Iode fait disparaître en quelques jours les plus vives attaques de la goutte aiguë. Il ne néglige pas non plus ce moyen dans la goutte chronique, soit pour résoudre les nodosités et les tophus, soit, à l'intérieur, pour modifier l'état général. Déjà, avant lui, "Valentin, de Nancy, avait conseillé l'éponge calcinée contre la goutte {Journ. génér. de Méd., t. CIV, p. 59).

Nous pouvons ajouter que plus d'une fois, dans la forme atonique de la goutte, l'iodure de potassium nous a rendu à nous-mêmes des services que nous n'avions retirés d'aucun autre remède.

M. le docteur Aubrun a employé avec avantage l'iodure de potassium

328 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS,

dans le rhumatisme articulaire aigu ou su])aigu, et surtout dans certains cas où l'état de faiblesse du sujet ne permettait pas l'emploi des émissions sanguines {Gaz. méd., 1843).

Plus tard, le docteur Izarié a publié dans VUnion médicale (avril 1852) plusieurs faits qui tendent h démontrer l'efficacité de ce môme médicament à doses élevées (de4 à 8 grammes) dans le traitement de la sciatique.

La gucrison a été tellement rapide qu'il n'est guère possible ici d'attribuer au hasard des résultats aussi heureux.

Nous-mêmes, il y a quelques années, nous avons eu occasion de donner des soins à un malade d'un tempérament excessivement nerveux, affecté d'une sciatique des plus douloureuses et des plus réfractaires qui, après avoir résisté à divers moyens et notamment aux larges vésicatoires et aux préparations de morphine, céda assez rapidement à l'usage à l'iodure de potassium donné à assez fortes doses.

En regard de ces sciatiques rhumatismales guéries par l'iodure de potassium, viennent naturellement se placer les sciatiques ou autres névralgies de nature syphilitique, traitées avec succès par le même moyen.

M. le docteur Gérard, de Lyon, a rapporté plusieurs faits appartenant à cette dernière catégorie dans VUnion médicale, mai 1852.

Faisons remarquer ici que si l'iodure de potassium a pu être utile dans certaines névralgies rhumatismales, il n'en est pas moins vrai que son efficacité est encore mieux établie dans les névralgies d'origine syphilitique. Aussi lorsqu'on se trouvera en présence de certaines névralgies rebelles, à exacerbations nocturnes, on ne devra pas oublier de rechercher avec soin si elles ne pourraient pas se rattacher h la vérole constitutionnelle, afin de recourir immédiatement à la médication spécifique. Nous ajouterons que, même dans le doute, il n'y aurait aucun inconvénient à s'adresser à l'iodure de potassium qui répond avantageusement à des états morbides de nature diverse.

Graveiie. — Après le rhumatisme et la goutte, nous devrons mentionner la gravelle comme pouvant être modifiée avec avantage par les préparations iodées. Nous savons en effet que quelques médecins, M. Henry de Saint-Arnoult entre autres, ont observé des cas de gravelle ancienne, et s'accompagnanl de phénomènes graves du côté des reins, où l'usage prolongé de l'iodure de potassium, k petites doses, avait donné les résultiits les plus heureux. Il est possible assurément que l'iodure de potassium, par ses propriétés spéciales, ait une action directe sur la sécrétion morbide qui caractérise la gravelle; mais peut-être aussi la cause principale de son efficacité doit-elle être cherchée dans l'influence exercée par ce médicament sur la diathèse arthritique, dont la gravelle est si souvent un mode de manifestation.

Asthme spasmodique. — Quelques médecins, en Angleterre et en France, ont conseillé l'usage de l'iodure de potassium dans le traitement de l'asthme spasmodique. Chez nous, M. Aubrée, médecin et pharmacien

IODE. 329 à Bury (Charente), a tout particulièrement recommandé l'emploi de ce remède. Il fait un élixir avec la décoction de polygala, lé sirop d'opium et l'iodure de potassium, et, en insistant longtemps sur cette médication, il obtient de très-heureux résultats. De notre côté, nous avons eu occasion d'essayer l'iodure de potassium dans l'asthme spasmodique, et nous pouvons affirmer qu'en plusieurs circonstances nous lui avons reconnu une efficacité vraiment remarquable. A quel titre ce remède agit-il ? Seraitce en vertu de sa propriété antigoutteuse, ainsi que nous le disions tout à l'heure pour la gravelle, ou bien en vertu d'une action tout particulièrement appropriée à l'asthme spasmodique? C'est une question que nous ne saurions décider; mais le fait en lui-même n'en est pas moins trèspositif.

Anévrj'sme de l'aorte. — Le docteur Chuckerbutty, médecin à Calcutta, a publié deux observations dans lesquelles l'iodure de potassium, donné à la dose de O^^eO par jour, aurait soulagé notablement des malades atteints d'an évrysmes de l'aorte. {Bull, de Thérap., 1862, t. LXIII).

Phthisie pulmonaire. — L'emploi de l'Iode sous forme d'inspirations n'est pas tout à fait nouveau. Proposé, en 1828, par M. le docteur Berton, contre les bronchites chroniques et contre la phthisie pulmonaire, ce moyen fut essayé à l'hôpital des Enfants par Baudelocque, qui regarda les vapeurs d'Iode comme plus nuisibles qu'utiles aux phthisiques; et dès lors il n'en fut plus question en France.

Mais, en Angleterre, cette méthode fut reprise par Murray et L. Scudamore, qui affirmèrent en avoir obtenu de bons résultats, tandis que, à la même époque, le docteur Pereira déclare avoir essayé les inspirations iodées dans le traitement de la phthisie pulmonaire sans en avoir vu résulter aucune amélioration marquée.

Ce moyen était à peu près généralement oublié, lorsque M. Piorry vint rappeler l'attention des médecins, tant sur l'emploi des vapeurs iodées dans la phthisie pulmonaire, que sur l'administration à l'intérieur de l'Iode et des iodures dans cette maladie.

C'est d'après les indications de M. Piorry que M. le docteur Ghartroule s'est occupé d'une manière toute spéciale de cette question de thérapeutique, et notamment de l'emploi de l'Iôde sous forme de vapeurs. Il fait inspirer ces vapeurs soit au moyen de cigarettes, soit surtout à l'aide d'un appareil spécial, qui est très-analogue à celui dont se servait Cottereau pour ses inspirations de chlore. Plus tard, M. Danger présenta à l'Académie des sciences un appareil du même genre, d'un mécanisme trèssimple, à l'aide duquel le malade peut aspirer de l'air pur, sec et chaud, qui est saturé d'Iode amené à l'état de vapeur, et qui pénètre à cet état de pureté dans les dernières ramifications bronchiques (août 1833).

D'autres médecins, à l'exemple de M. Piorry, se contentent d'entourer le malade d'une atmosphère iodée en plaçant, auprès du lit du malade, des soucoupes contenant une certaine quantité de cette substance volatile. Généralement on ajoute à ces inspirations iodées des applications,

sur le thorax, avec la teinture' d'Iode affaiblie, et de plus on leur associe l'Iode et les iodures à l'intérieur.

Que ce médicament, sous ces formes diverses, agisse comme modificateur direct des bronches ou comme reconstituant de tout l'organisme, il est certain, d'une part, qu'il exerce une influence favorable contre le lymphatisme et contre la diathèse strumeuse ; et, d'autre part, on ne peut nier que dans un assez grand nombre de cas il n'ait rendu de véritables services à des individus tuberculeux, soit en modifiant avantageusement ces bronchorrhées concomitantes qui épuisent la plupart des phthisiques, soit en ranimant l'appétit et les forces de ces malades énervés et cachectiques qui peuplent nos hôpitaux.

Mais qu'au moyen de l'Iode employé en vapeurs ou autrement, on ait obtenu, ainsi qu'on s'en flatte, des guérisons solides et complètes, ou qu'on ait réussi seulement à arrêter d'une manière presque indéfinie le travail de luberculisation, c'est là une prétention qui jusqu'ici ne nous paraît pas justifiée par une expérience suffisante.

Laryngites, bronchites, catarrhes. — Que si pour bien des praticiens l'efficacité de l'Iode est encore douteuse dans la phthisie pulmonaire, il n'en est plus de même dans les bronchorrhées ou le catarrhe de la membrane muqueuse des bronches, oti il est évidemment utile, comme il l'est dans le catarrhe de l'urètre, du vagin et de l'utérus. Aussi nous recommandons avec confiance les inspirations iodées, sous diverses formes, dans le traitement de certaines laryngites, et de bronchites passées à l'état chronique, où bien des fois nous avons été en mesure de constater par nous-mêmes leur efficacité.

Fièvre typhoïde ou putride. — Nous avons dit que l'iode jouissait de propriétés antiseptiques des plus remarquables. A ce titre il était assez naturel qu'on cherchât à utiliser ces propriétés dans les différentes maladies où l'on observe des phénomènes de putridité ou d'empoisonnement septique du sang. Déjà M. Boinet et M. Aran avaient fait quelques essais des préparations iodées dans la fièvre typhoïde, et ils en avaient obtenu des résultats assez heureux. Plus récemment, M. le docteur Magonty a repris cette médication, qui avait eu d'ailleurs peu de retentissement, et ill'a formulée d'une manière plus précise. Il fait prendre aux adultes de trois à quatre cuillerées par jour d'une solution contenant 5 centigrammes d'Iode, et 2 grammes d'iodure de potassium, pour 240 grammes d'eau distillée. En même temps il prescrit par jour deux lavements contenant chacun 5 centigrammes d'Iode, 50 centigrammes d'iodure, pour 125 grammes d'eau distillée. Les résultats obtenus par cette médication n'ont qu'un seul défaut, c'est d'être beaucoup trop beaux, puisque sur 21 malades l'auteur a compté 21 succès.

M. Régis, suivant les mêmes données, a calmé les phénomènes ataxiques dans une épidémie de fièvre typhoïde, en donnant chaque jour à ses malades 4 gouttes de teinture d'ode dans une potion calmante, {Gazelle hebdomadaire^ 18(j5).

IODE. 331

Assurément, malgré ces succès, nous ne serions pas disposés à proposer la médication iodée comme méthode générale de traitement de la fièvre typhoïde. Mais, d'autre part, comme nous ne voyons aucune raison de la proscrire d'une manière absolue, il nous semblerait assez rationnel d'y avoir recours dans certaines formes de fièvre typhoïde, où domine dès le début la putridité ou la septicémie.

Au même titre, nous ne serions pas éloignés de faire appel à cette médication dans une autre maladie bien autrement septique et bien autrement grave : nous voulons parler de la fièvre puerpérale, surtout quand elle revêt le caractère épidémique. Déjà l'on a cité, en faveur de cette médication, quelques cas de guérison; ces faits, quoique assez peu concluants, et surtout l'impuissance bien reconnue de tous nos moyens contre cette terrible maladie, sont des motifs suffisants pour autoriser ici de nouvelles expérimentations sur ce puissant antiseptique.

Méningite tuberculeuse, hydrocéplialîe aiguë et chronique. — Enfin, il n'est pas jusqu'à la méningite tuberculeuse qu'on n'ait eu la prétention de guérir par l'iodure de potassium donné à hautes doses.

Déjà il y a plus de vingt ans, Rœser recommandait ce médicament contre l'hydrocéphalie aiguë; et depuis lors, à son exemple, un certain nombre de médecins anglais, jouissant d'une grande autorité, tels que Copland, Evanson, Wood, John Goldstream, etc., se sont prononcés en faveur de cette médication. Plus récemment, M. Laffore, d'Agen, et M. Schœpf Merceï, de Pesth, ont affirmé son efficacité avec une confiance voisine de l'enthousiasme. Ainsi M. Laffore déclarait, dans un travail présenté à l'Académie de médecine de Paris, que, dans sept cas de méningite tuberculeuse, dont plusieurs offraient les symptômes de la troisième période, l'iodure de potassium à la dose de 3 grammes avait réussi. Mais faisons observer que ce médecin vint, à Paris, expérimenter à l'hôpital des Enfants, et qu'il n'a obtenu aucun résultat avantageux.

Nous-mêmes, d'après les invitations qui nous ont été souvent adressées par d'autres confrères ayant certaine confiance dans ce moyen, et surtout en désespoir de cause vis-à-vis d'une maladie presque invariablement mortelle, nous nous sommes décidés bien des fois, soit à l'hôpital ou en ville, à c^dministrer l'iodure de potassium dans la fièvre cérébrale des enfants, notamment dans la méningite présumée tuberculeuse. Mais jamais il ne nous est arrivé d'obtenir, nous ne dirons pas un succès, mais même une amélioration assez marquée pour nous encourager dans nos essais. Nous n'ignorons pas assurément que d'autres praticiens prétendent avoir été plus heureux que nous ; mais il n'est peut-être pas inutile de faire observer qu'il existe à cet égard certaines causes d'erreur ou d'illusion dont on ne sait pas toujours bien se défendre.

niorve chronique. — Bien qu'il ne soit pas légitime d'assimiler, comme l'a fait M. Dupuy, d'Alfort, la morve chronique des chevaux à la phthisie tuberculeuse de l'homme, cependant l'incurabilité ordinaire de

MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

la morve donne quelque valeur au fait rapporté par Thompson, et doit engager les médecins et les vétérinaires à recourir h l'Iode dans des cas où l'art serait impuissant pour amener, dans l'état d'une partie malade, d'heureuses modifications. Voici le fait rapporté par Thompson :

On administra à un cheval morveiix, trois ou quatre fois par jour, dans de l'eau, 150 gouttes de forte teinture d'Iode. Cette médication fut continuée régulièrement pendant six semaines, durant desquelles on ne donna pas moins de 430 gouttes par jour, et souvent plus de 5 à 600. Les effets avantageux de cette solution devinrent évidents en peu de jours, et au bout de sept semaines l'animal était presque complètement guéri.

Quatre ans après cette guérison, il n'y avait pas eu de récidive.

La morve avait-elle été bien constatée? D'après le docteur Thompson, tous les symptômes étaient évidents. {Gaz. mcd., 1847, n° 42.)

Salivation mercurieiie. — Le docteur Knod communiqua, il y a quelques années, au journal d'Hufeland, la découverte qu'il avait faite de la propriété que possède l'Iode d'arrêter la salivation. Kluge a employé cette méthode avec le plus grand succès sur dix-sept malades à l'hôpital de la Charité de Beriin. La douleur et le gonflement des glandes et la salivation ont cessé au bout de quatre à six jours d'administration de l'Iode, et même des ulcères syphilitiques n'ont pas tardé à guérir. La dose administrée a été de 10 centigrammes par jour, et a été peu à peu: portée à 20 centigrammes. La formule employée est la suivante :

Donner à prendre par jour, d'abord quatre demi-cuillerées, et puis quatre cuillerées entières de cette mixture. (Hufeland, Journ., ap. 1833, et Journ. des connaissances inéd.-chir., t. I"', p. 89.).

Tout le monde sait combien la salivation qui coïncide avec la grossesse est réfractaire dans la majorité des cas. Sous ce rapport, nous avons lu avec intérêt une observation publiée par le docteur Lemaëstre, oii une salivation qui, par son abondance, menaçait d'épuiser la malade et s'était montrée jusque-là rebelle à tous les moyens employés, avait été guérie assez rapidement par l'iodure de potassium administré sous forme de pastilles. On donnait quatre à cinq de ces pastilles par jour, avec recommandation de les laisser fondre dans la bouche, et d'avaler la salive.

Ajoutons que l'iodure de potassium, en vertu d'une action élective sur les glandes mammaires, jouit d'une remarquable propriété antilaiteuse qui peut être utilisée chez beaucoup de femmes. On l'administre à la suite de l'accouchement à la dose de 40 à 50 centigrammes par jour, lorsque la mère ne devant pas nourrir, la sécrétion laiteuse est inutile, ou peut même devenir nuisible par son abondance ou sa persistance. Le

Prenez : Iode

Faites dissoudre dans : Esprit-de-vin . . . Ajoutez : Eau de cannelle,

25 centigrammes.

8 grammes.

80 grammes.

16 grammes.

Sirop de sucre.

médicament est particulièrement indiqué lorsque l'engorgement des mamelles menace de se terminer par un phlegmon, ou même lorsque cette complication est survenue, et que les abcès ne cessent de se reproduire et donnent lieu à une suppuration épuisante.

Accidents causés par le mercure et par le plomb. — MM. Natalis Guillot etMelsens ont constaté par l'expérience que l'administration de l'iodure de potassium faisait cesser les tremblements mercuriels , et qu'elle modérait ou faisait disparaître les graves accidents que l'on observe si souvent chez les ouvriers qui travaillent le plomb. Ils portent graduellement la dose de l'iodure de potassium jusqu'à 4, et même jusqu'à 6 grammes par jour.

Dans un travail plus récent [Journal de chimie médicale, 1849, p. 136), M. Melsens a proposé l'iodure de potassium dans le traitement des empoisonnements chroniques par les composés plombiques et mercureux. Sous l'influence de l'iodure de potassium, ces composés sont rapidement éliminés parles urines. Mais il faut donner ce sel à faible dose, car une dose élevée déterminerait la dissolution d'une grande quantité de composés plombiques ou mercureux accumulés dans l'économie, et l'on risquerait de produire ainsi un empoisonnement aigu.

Ebranlement des dents. — Parmi les causes qui produisent l'ébranlement d'une ou de plusieurs dents, il n'y en a pas de plus commune que l'inflammation de la membrane alvéolaire. Quelquefois le point de départ de cette inflammation est dans la dent elle-même, ou dans les gencives : •d'autres fois, au contraire, elle part du périoste qui tapisse l'alvéole, et gagne la racine de la dent et la gencive, causant beaucoup de douleur et de gonflement; bientôt il se produit un état spongieux delà gencive; par l'eifet de la tuméfaction des tissus, la racine de la dent est repoussée hors de l'alvéole, et il n'est pas rare que la dent ébranlée flnisse par tomber entièrement, bien qu'elle ne présente aucune trace d'altération.

La marche de cette affection est ordinairement accompagnée d'une vive -flouleur et d'un écoulement puriforme, qui s'établit entre les gencives et le périoste enflammé. Souvent on se borne à l'application de quelques sangsues sur la partie douloureuse, et dans les cas graves à des incisions profondes, pratiquées sur les gencives et le périoste enflammés. « Un de mes malades, dit Graves, atteint de cette affection, fut traité par cette méthode, et bien qu'entre les mains d'un habile chirurgien et d'un dentiste éminent, il perdit successivement une canine gauche et une molaire de la mâchoire supérieure. L'extraction de ces dents lui procura un soulagement momentané ; mais au bout de quelques jours, les douleurs revenaient aussi fortes qu'auparavant, et l'on ne lui proposa d'autre moyen de salut que d'arracher ainsi toutes les dents, à mesure qu'elles perdraient leur solidité. Après divers essais, il vint me trouver, et, me rappelant que, l'année précédente, je l'avais traité avec succès d'une affec-

MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

tion périostique du sternum et des côtes par l'hydriodate de potasse, je lui recommandai d'en prendre 50 centigrammes trois fois par jour, et aussitôt il éprouva une amélioration manifeste; la douleur et l'inflammation disparurent immédiatement, et, au bout de dix jours, les dents étaient tout à fait consolidées. La pcriostite qu'avait eue ce malade était de nature rhumatismale ; sa constitution était saine, et il n'était âgé que de quarante-quatre ans. »

Toutefois, nous devons ajouter que dans cette gingivite grave, avec ébranlement des dents, la médication iodique à l'intérieur est le plus généralement insuffisante, et qu'il convient de lui associer la médication topique. Dans ce cas, M. Marchai, de Calvi, recommande la solution aqueuse iodée de Lugol, de préférence à la teinture d'Iode et par suite à son action modificatrice. Ajoutons qu'ici l'emploi topique de l'Iode est doublement utile, car, outre son action essentielle et curative sur la partie malade, il agit encore comme antiseptique, en corrigeant la mauvaise odeur de la bouche. A cette occasion, nous ne devons pas oublier de recommander encore l'Iode pour combattre le coryza chronique, et surtout l'ozène, maladie si souvent réfractaire; dans ce cas, on emploie la solution aqueuse ou même la teinture d'Iode, qu'on porte dans l'intérieur des fosses nasales, à l'aide d'un pinceau, ou au moyen d'une injection. — Dans le même but, on prendra avec avantage 8 à 12 prises par jour de la poudre suivante, proposée par le docteur Sobrier : lodure de soufre, 30 centigrammes; sous-nitrate de bismuth, 4 grammes, poudre de réglisse, 8 grammes.

Maladies nerveuses. — Que dire maintenant des divers essais de M. Man'jon dans le traitement de la chorée et des paralysies diverses? Les faits rapportés par cet auteur ne sont pas tout à fait dépourvus d'intérêt; mais, en vérité, ils sont bien peu concluants. Nous devons mentionner toutefois que la teinture d'Iode, h petite dose, a été proposée comme un des meilleurs agents contre les vomissements qui tourmentent si péniblement les femmes enceintes.

Enfin, nous terminerons par le fait curieux annoncé par M. Donné en 1826, savoir: que la teinture d'Iode est le meilleur moyen à employer contre l'empoisonnement par la morphine, la strychnine et les autres alcalis végétaux. Il se forme, dans cette circonstance, des composés qui, suivant M. Donné, n'ont pas d'action nuisible. Toutefois ces faits ont besoin de confirmation.

MODE d'administration ET DOSES .

Iode. — Rarement employé à l'intérieur à l'état pur; il se donne en pilules, mêlé à l'opium, à la dose de 1 à 5 centigrammes par jour. En boisson, dissous dans l'eau, càla dose de 5 centigrammes par litre d'eau.

IODE

Le plus ordinairement, l'Iode est employé concurremment avec l'iodure de potassium qui le maintient en dissolution.

En vapeur. — Placé dans une soucoupe, auprès du lit, l'Iode se volatilise, et le malade peut ainsi inspirer un air imprégné de vapeurs iodées.

Ou bien on met l'Iode dans l'eau, dont on élève la température. Divers appareils ont été inventés pour faciliter les inhalations des vapeurs d'Iode. On l'a encore, dans cette intention, associé au chloroforme.

En Allemagne, on fait des cigares iodés connus sous le nom de cigares d'Eckert.

En bain. — Dissous dans l'eau à la faveur de l'iodure de potassium. Les bains iodés de Lugol sont pour les adultes ainsi composés : Iode,

4 à 8 grammes; iodure de potassium, 8 à 30 grammes.

En lotions ou badigeonnages . — Nous avons vu que l'Iode, sous forme de teinture, peut être appliqué sur la peau revêtue de son épiderme, dans un double but, soit comme révulsif, soit comme moyen de faire absorber le médicament et d'agir sur l'ensemble de l'économie.

On a nié à tort l'absorption de l'Iode par la peau. Qu'on applique sur l'abdomen, ou sur le devant du thorax, une couche de teinture d'Iode pure, ou mieux encore étendue d'eau, et l'on pourra s'assurer avec le papier réactif que l'Iode passe assez rapidement dans les urines. Cette voie d'introduction n'est pas à négliger ; en effet, il est certain nombre de malades, surtout parmi les scrofuleux, réclamant la médication iodée, dont les voies digestives ne peuvent, en raison de leur extrême susceptibilité, supporter ni l'Iode ni aucune de ses préparations. Or, dans ce cas, c'est une précieuse ressource que de pouvoir introduire dans l'économie, sans offenser des organes aussi importants que les organes digestifs, un médicament qui, déposé sur le tégument externe, va à l'adresse de l'affection qui le réclame, et qui bien souvent, en effet, s'en trouve très-avantageusement modifiée.

Teinture alcoolique Iode. — Vingt gouttes de cette teinture contiennent

5 centigrammes d'Iode. C'est, avec l'iodure de potassium, la plus commode de toutes les préparations iodiques ; elle sert également pour les fumigations, pour les lotions, pour les injections, pour les bains, pour les boissons. Elle se donne à l'intérieur, à la dose de 4 à 40 gouttes, trois fois par jour; à l'extérieur, les doses sont illimitées.

Sirop iodique. — Il se prépare en mêlant à froid 20 gouttes de teinture alcoolique d'Iode dans 30 grammes de sirop de sucre. On en donne, par jour, depuis 15 grammes jusqu'à 120 grammes.

Iodure de soufre. — lia été employé pour la première fois par Biettdans les maladies tuberculeuses de la peau. On mêle ordinairement de 5 à 20 centigrammes d'iodure de soufre pour 4 grammes d'axonge.

Iodure de potassium. — C'est la préparation d'Iode dont on se sert le plus fréquemment. Wallace, ainsi que nous l'avons dit plus haut, l'emploie à l'intérieur plus volontiers encore que la teinture. On le porte chaque jour jusqu'à la dose de 1 à 4 grammes, sans aucun inconvénient.

iMÉDICAMENTS ALTI-RANTS.

Incorporé à l'axonge, l'iodure de potassium forme une des pommades résolutives le plus ordinairement employées.

V hydriodate loduré de potasse entre dans la composition de la liqueur de Coindet. Il sert à préparer les eaux minérales artificielles iodurées que Lugol a employées en bains ou en boissons. Voici comment ce dernier prépare les solutions, diversement chargées, qu'il fait prendre à l'intérieur :

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