MÉDICAIMENTS ALTÉRANTS
dents qui forcent, dans certains cas, de suspendre l'emploi de ces
derniers.
4° Outre les propriétés qui lui sont communes avec l'iode, l'Iodoforme jouit de vertus spéciales : il calme les douleurs dans certaines affections névralgiques, et détermine une sorte d'anesthésie locale et partielle du rectum, lorsqu'il a été déposé dans cet organe.
Les principales maladies dans lesquelles ces auteurs ont employé l'Iodoforme avec le plus d'avantage sont : le goitre endémique, la maladie scrofuleuse, le rachitisme, la syphilis, notamment dans les accidents tertiaires, certaines affections du col de la vessie ou de la prostate, quelques névralgies et principalement la névralgie faciale et la gastralgie. Il a été conseillé en outre dans le traitement de la phthisie pulmonaire, surtout :-ous forme de vapeurs. A cet égard, ses propriétés anesthésiques semblent devoir lui conférer une véritable supériorité sur les vapeurs de l'iode. Les doses auxquelles on l'administre à l'intérieur sont de 5, 10, 15 centigrammes. M. Bouchardat a élevé la dose jusqu'à 60 centigrammes.
L'Iodoforme a d'ailleurs l'avantage de se prêter aux préparations pharmaceutiques les plus importantes. On le prescrit ordinairement en pilules et en pastilles.
Il se dissout très -bien dans l'huile ; aussi en l'associant à une huile aromatique d'un goût et d'une saveur agréables^, on donne naissance à une huile iodoformique qui pourrait, dans certains cas, remplacer l'huile (le foie de morue.
A l'extérieur, on administre l'Iodoforme en pommades, en liniments et en suppositoires. Sous cette dernière forme, il exerce sur les sphincters une action anesthésique des plus remarquables, à ce point que le malade n'a plus le sentiment de la défécation. On pressent facilement dans quelles circonstances la thérapeutique chirurgicale pourrait utiliser cette propriété. Nous ignorons si des essais ont été faits sur la fissure à l'anus.
Sous forme de pommade ou de baume iodoformique, on s'en est servi avec quelques succès pour combattre la douleur dans les diverses névralgies, et notamment en applications sur les tumeurs cancéreuses ulcérées.
A Londres, M. Greenlach , de Saint - Bartolomew's hospital , et M. Nunn, de Middlesex hospital, l'emploient pour le même usage, incorporé dans du beurre de cacao. Ils ont pu, de cette manière, calmer des douleurs produites par le cancer utérin. A l'intérieur, l'action de l'Iodoforme leur a paru douteuse.
^'oublions pas de noter encore que les médecins allemands vantent beaucoup ces préparations dans certaines affections de la peau, et qu'ils prétendent en avoir obtenu de grands succès dans l'eczéma chronique, le psoriasis, la lèpre, eto. Disons enfin qu'un honorable pharmacien de Paris vient de composer, avec l'Iodoforme et le fer réduit, des pilules iodoformo-ferriques, préparation qui, par sa grande stabilité, aurait un îivantage marqué sur l'iodure de fer, dont l'altérabilité est bien connue.
D'après ces données, l'Iodoforme paraît se recommander à la fois par
HUILE DE MORUE
deux propriétés essentielles : 1° h titre d'altérant et de résolutif; 2° comme anesthésique. Faisons des vœux pour que ce nouveau médicament obtienne gain de cause devant l'expérimentation ultérieure.
Pilules d'Iodo forme (Boucliardat).
lodoformiî 2 grammes.
Extrait d'absinthe q. s.
Pour 36 pilulcSj 3 par jour.
Pilules iodo forma- fen-ées.
lodoforme 10 grammes.
Fer réduit 10 —
P. S. D. 100 pilules, 1 à 4 par jour.
Suppositoire (Maître).
Beurre de cacao 30 grammes.
lodoforme 1 à 2 —
Faites fondre le beurre de cacao à une douce chaleur, ajoutez l'Iodoforme en poudre, agitez et divisez en six suppositoires.
Postales d' lodoforme (Boucliardat).
lodoforme 5 grammes.
Sucre blanc 100 —
Essence de menthe 1 —
Mucilage de gomme adragaute q. s.
F. S. A. des tablettes de 1 gramme, 5 ou C par jour.
Poudres.
lodoforme pulvéï-is.' 10 grammes.
Sucre 80 —
Sucre vanillé 10 —
Mêlez et divisez en 100 prises, à prendre 3 par jour.
M. Hardouin a fait aussi des cigarettes iodoformiques.
HUILE DE MORUE
Quand les morues sont pècliées, on les ouvre et l'on enlève le foie, que l'on jette dans de grandes cuves exposées à l'ardeur du soleil. Il s'écoule alors une huile limpide, peu odorante, très-recherchée dans le commerce, et qui passe pour n'avoir aucune vertu médicale. Bientôt un commencement de putréfaction s'empare de ces foies, et il se sépare une nouvelle quantité d'huile brune et transparente.
qui a une saveur de poisson et détermine une sensation âpre dans le fond de la gorge quand on l'avale.
Le docteur Kopp, de Hanau, soupçonnant déjà depuis longtemps la présenc<^ de l'iode dans l'Huile de foie de Morue, avait engagé M. Hopfer à s'en assurer.
L'expérience eut lieu de la manière suivante :
Une livre de foie de morue, d'un jauno
iMÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
brun rougeâtre, fut sapouiru''tî par une solution de soude caustique ou excès. Le savon obtenu lut carbonisé, et le résidu lessivé. On ajouta de l'acide suifurique à la solution, mais non jusqu'à saturation complète, puis l'on lit cristalliser le sulfate de soude, et on évapora les eaux mères jusqu'à siccité. On mit le résidu dans un petit flacon avec un peu d'eau, et l'on y ajouta de l'accide suifurique concentré avec un peu de peroxyde de manganèse ; alors un papier enduit d'empois et lixé au bouchon fut coloré eu un beau bleu.
Une autre portion de résidu, traitée par l'amidon et l'acide nitrique, donna également de l'iodure d'amidon bleu.
M. Ilausmunii est arrivé au même résultat par l'emploi d'un procédé différent, sans avoir eu connaissance de celui de M. Uopler, et semble montrer en outre que l'Huile de foie de Morue foncée contient un peu plus d'iode que celle qui est d'une couleur claire.
Il se demande si les propriétés attribuées jusqu'ici à l'Huile de foie de Morue seraient dues exclusivement à la présence de l'iode dans ce corps gras {Bulletin tliérapeul.. t. XHI, oct. 1837).
M. de Jongh a récemment examiné l'Huile de foie dite de Bergen, qui se tire des différentes espèces de gadus (morrhua, molva, carbonarius, callarias, pallachius et merlanchius). Celle de Morue est la meilleure et la plus odorante. On en distingue trois variétés : l'Huile blanche, qui se sépare la première et spontanément des foies entassés dans des cuves; l'Huile brune, qui se sépare plus tard, et l'Huile noire, qui vient surnager l'eau avec laquelle on a fait bouillir les foies qui ont déjà fourni l'Huile blanche et l'Huile brune.
M. de Jongh a analysé ces trois espèces, venant tlirectement de Bergen.
Nous nous bornerons à rapporter ici les réflexions qu'ont suggérées ces analyses à M. l^oudet, qui en rend compte (Journal de l'harmacie, mai 1844).
« En examinant, dit-il, la liste des nombreux pioduits que M. de Jongli a retirés des Huiles de foie, on voit qu'indépendamment des corps gras, des matériaux de la bile dont elles sont en grande partie formées, et de l'iode que l'analyse y a signalé depuis longtemps, elles contiennent du chlore, du brome et du phosphore. La présence de ces trois corps, doués de propriétés si énergiques, offre de nouveaux moyens d'expliquer l'influence toute spéciale de ces Huiles sur certaines maladies, influence que l'on avait jusqu'ici attribuée à l'iode, et qui ne doit pas lui appartenir exclusivement.
« C'est au phosphore, selon toute vraisemblance, que l'on doit surtout rapporter l'action merveilleuse de ces Huiles dans les cas de rachitisme. »
Ajoutons que les analyses de M. de Jongh prouvent que les principes actifs, iode, phosphore, etc., sont en plus forte
proportion dans l'Huile noire que dans les deux autres espèces, ce qui s'accorde avec les résultats de M. Ilausmann.
L'Huile noire renferme en p'ilre une petite quantité de fer.
Un i)eut reconnaître la falsuication de l'Huile de Morue à certains caractères, tels que la résistance à la congélation, la densité, le degré de la solubilité dans l'alcool, la solubilité dans l'eau et la proportion d'extrait fourni par les différentes Huiles de Morue. Mais tous ces caractères demandent, pour être constatés, l'intervention de procédés trop savants ou trop compliqués pour la masse des praticirns.
Il existe heureusement un autre caractère que l'on doit à M. Gobley, caractère qui est à la portée de tous, et qui peut sufflre dans la généralité des cas. Il consiste à instiller goutte à goutte dans l'Huile de Morue l'acide suifurique concentré. En tombant, cet acide produit un mouvement centrifuge particulier à l'endroit où se fait le contact, et en même temps il se manifeste une belle couleur violette passant au pourpre par l'agitation du mélange.
Cette réaction serait due à l'acide cliolinique contenu, avec d'autres matériaux de la bile, dans l'Huile de foie de Morue.
Le Codex indique la préparation suivante :
Foies de morue récents. . , q. v.
Débarrassez-les des membranes qui y adhèrent, coupez-les et faites les chauffer au bain-marie dans une bassine étamée, en remuant continuellement, jusqu'à ce que l'huile vienne à la surface. Passez avec une légère expression à travers un tissu de laine; abandonnez l'huile à ellemême pendant quelques jours, et filtrezla au papier. L'huile ainsi obtenue est d'tme couleur légèrement ambrée. On doit la préférer, pour l'usage médical, aux huiles très-blanches, qui ont été décolorées par un agent chimique.
Jusque dans ces derniers temps, l'Huile de foie de Morue était seule employée, mais, depuis le travail de M. Gobley, l'usage de l'Huile de foie de raie commence à se répandre. Celle-ci a sur la première l'avantage d'être infiniment moins désagréable à la vue, au goût et à l'odorat. Sa composition paraît être tout à fait semblable à celle de l'Huile de Morue; on l'a même trouvée plus chargée d'iode. D'ailleurs on peut se procurer l'Huile de raie au même prix que l'autre.
L'Huile de foie de Morue a, depuis quelques années, pris un rang très-important parmi les substances médicamenteuses inscrites dans notre matière médicale; on ne peut donc passer sous silence les nouveaux modes d'administration que l'on propose pour ce produit, surtout lorsque leur objet principal est de masquer son odeur et sa saveur, insupportables, comme on le sait, pour beaucoup de
HUILE DE MORUE
malades. C'est le cas des formules suivantes, indiquées récemment par M. Deschamps :
1» Savon d'Huile de foie de Morue.
Pr. : Huile de foie de Morue. 600 gr.
Soude caustique 80 —
Eau 20 —
Faire dissoudre la soude dans l'eau, puis mêler S. A. le soluté avec l'huile.
Ce savon pourrait être employé à la manière des emplâtres, et servir ainsi au pansement des plaies, car il n'est pas alcalin. Il contient, par chaque 8 grammes, 5 grammes 1/2 d'Huile.
2» Baume d'Huile de foie de Morue.
Pr. ; Savon d'Huile de foie de
Morue 60 gr.
Alcool à 90" centésimaux. . GO
On fait dissoudre le savon dans l'alcool à la température du bain-marie, puis on coule la solution dans des flacons à baume opodeldoch, et l'on bouche ensuite avec soin.
Trente-deux grammes de ce baume représentent onze grammes d'Huile de foie de Morue.
30 Pilules de savon d'Huile de foie de Morue.
Pr. : Savon d'Huile de foie de
Morue 10
On roule le savon dans la poudre de gomme adragante, puis on le divise en vingt pilules bien égales que l'on rend inodores en les recouvrant de deux couches successives de miel et de gomme.
Pour cela on fait dissoudre à chaud soixante parties en poids de miel blanc solide dans six parties d'eau, et l'on se sert de soluté obtenu pour mouiller la surface des pilules; après quoi on laisse tomber ces dernières dans la poudre de gomme adragante. Lorsqu'elles ont été convenablement roulées dans cette poudre, on les abandonne à elles-mêmes jusqu'à ce qu'elles soient bien sèches, et on les traite une seconde fois, et de la manière qui vient d'être indiquée, par l'eau miellée et par la poudre de gomme. Ces deux couches sont suffisantes pour empêcher que l'odeur ou la saveur propres au savon ne soit perçue par les organes des malades.
Chacune de ces pilules représente quarante centigrammes de savon, contenant deux cents milligrammes d'Huile.
Le savon d'Huile de foie de Morue n'a pas besoin d'être préparé longtemps îi l'avance pour être propre aux usages de
l'art de guérir, car on peut l'employer au bout de douze heures de préparation {Journal de Chimie médicale).
Gelée d'fJuile de foie de Morue.
Grénétine ou gélatine pure. 20 gr.
(ou fucus crispus 25 gr.).
Eau pure 550 —
Sirop de Tolu 150 —
Huile de foie de Morue ambrée 250 —
Obtenez 125 grammes de gelée, ajoutez le sirop et l'huile, puis 25 gouttes de teinture de Tolu et 6 gouttes d'essence d'amandes amères. Battez vivement dans un bain-marie froid, et coulez encore chaud dans un flacon à large ouverture.
Plusieurs personnes, entre autres M. Marchai de Calvi, M. Personne, pharmacien de l'hôpital du Midi, M. Berthe, etc., ont publié des formules d'Huile iodée pour remplacer l'Huile de Morue.
Nous pensons qu'il serait difficile de faire entrer l'iode à un état de combinaison semblable à celle où il existe dans l'Huile de Morue. D'ailleurs il est très-probable que l'odeur particulière de l'Huile de Morue, que l'on a attribuée au phocénate de glycérine, entre pour quelque chose dans l'action thérapeutique de cette Huile.
Depuis quelques années l'Huile de foie de Morue, véritable et pure, tendait à devenir excessivement rare, et la sophistication de la plupart des Huiles du commerce était tellement générale que, déjà, dès l'année 1852, le docteur Homolle, très-compétent en cette matière, ne craignait pas d'affirmer dans un rapport que trouver une huile, qui provînt exclusivement des foies de Morues, serait entièrement impossible.
Pour remédier à ces fraudes et pour fournir à la pharmacie des huiles parfaitement pures et bien préparées, le docteur Delattre, de Dieppe, entreprit des recherches chimiques comparatives sur l'Huile de foie de Morue et sur les huiles qu'on retire des foies de poissons du genre squale^ qui est très-nombreux en espèces, ainsi que sur les huiles du genre raie.
Par ses analyses, il est arrivé à démontrer que toutes ces huiles, sans exception, contiennent, dansdes proportions d'ailleurs variables, suivant le genre du poisson, de l'iode, du chlore, du phosphore, du soufre, et de plus une matière colorante aromatique, qu'il nomme gaduine dans les morues, rajanine dans les raies, squaline dans les squales. En outre, il s'est attaché à démontrer un second point très-important pour la pratique médicale, à savoir : que les proportions, spéciales à chaque huile, des principes énumérés ci-dessus, confèrent à chacun de ces produits des propriétés thérapeutiques particulières.
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
Les diverses espèces d'huile de foie de morue sont ainsi composées d'après les analyses de Girardin et Delattre.
Vierge
Ambrée
Blonde
Itrune
Oléine.
Margarine.
S.OBO