‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/Chapitre 65 sur 146 · MÉDICAMENTS IRRITANTS · texte numérisé non relu

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ment cette maladie ; oa peut même dire que, dans les cas de goutte héréditaire et fortement constitutionnelle, cette médication se montre généralement impuissante.

Mais on ne peut nier non plus que, dans les cas de goutte simple et régulière, elle ne procure une amélioration plus ou moins marquée; ainsi elle diminue en général la fréquence, la longueur et l intensité des accès, atténue ou même fait quelquefois disparaître les accidents locaux qui en sont la conséquence. Bien qu'elle n'ait le plus ordinairement que peu d'action sur les nodus et les autres concrétions tophacées déposées autour des articulations, elle parvient toutefois assez facilement à résoudre, au moins en partie, les engorgements qui proviennent de la rigidité des ligaments et de la contracture des muscles.

Mais aussi, pour être vrai, on ne peut taire que, dans bon nombre de cas, Tusage de l'eau de Yichy ne produise, soit une aggravation immédiate, soit des accidents divers après un certain laps de temps. Les mauvais résultats s'observent surtout dans la goutte anormale et irrégulière, et notamment dans la forme spéciale dite atonique. Enfln, pour dire toute notre pensée, nous avons de bonnes raisons de croire que les eaux de Vichy ont été fatales plus d'une fois en causant de fâcheuses métastases.

Du reste, nous n'avons pas à revenir sur ce que nous avons exposé plus haut, relativement aux dangers qui peuvent résulter de l'abus et de l'usage intempestif des alcalins.

Lorsque l'on veut combattre la gravelle, le sesquicarbonate ou le bicarbonate de Soude se donnent pendant deux ou trois mois à la dose de 2 à 30 grammes péir jour, dans un, deux ou trois litres d'eau.

Diabète. — Déjà, au siècle dernier, on avait reconnu l'utUité des alcalins dans le diabète. C'était l'eau de chaux qui était alors prescrite aui diabétiques, comme moyen d'apaiser leur soif ardente et de diminuer la sécrétion rénale. Les vétérinaires guérissent très-bien, chez les chevaux, une maladie qu'on appelle la pisse, en donnant du blanc d'Espagne délayé dans l'eau. Aujourd'hui, les alcahns sont variés à l'infini ; on donne le carbonate de chaux, le bicarbonate de Soude, la magnésie, etc. Mais il ne faut pas s'y tromper, ces médicaments alcalins n'agissent pas dans l'économie comme ils réduisent les liquides sucrés dans le verre à expérience. Ils agissent en tant que modificateurs puissants de la nutrition, ils mettent les malades dans des conditions particulières, en vertu desquelles la production anormale exagérée du sucre n'a plus heu. Aussi, ne faut-U point tenter d'obtenir une alcahsation à outrance; ces remèdes doivent être donnés uniquement à titre d'adjuvants, à dose modérée, et seulement pendant un certain temps, huit à dix jours de suite chaque mois et pas davantage.

MODE D'AD>n>nSTRAn05 ET DOSE.

En bain, la Soude caustique se donne à la dose de 30 à 60 grammes;

SOUDE

— • en lotions pour la peau, le sous-carbonate est employé à la dose de 4 grammes pour 400 grammes d'eau ; — en lotions pour les membranes muqueuses de la vulve, du vagin et du gland, 4 grammes pour 250 grammes à 350 grammes d'eau. Le sous-carbonate se donne à la dose de 30 centigrammes à 2 grammes à l'intérieur, par jour, dans un véhicule quelconque. — Le bicarbonate se prend à une dose beaucoup plus considérable.

Nous passerons ici sous silence les propriétés antivomitives des bicarbonates de potasse et de Soude associés aux acides, de manière à faire une vive effervescence, et nous renverrons nos lecteurs au chapitre consacré à l'étude du gaz acide carbonique.

Eaux minérales bicarbonatées sodiques. — Ces eaux, ainsi que le fait remarquer M. Bavmd-Favdel {Traité des Eaux minérales) , se présentent dans des conditions géographiques toutes particulières; leur origine est essentiellement volcanique : en France, elles sont groupées autour des montagnes de l'Auvergne , sur les bords du Rhin, dans la chaîne du Taunus; en Autriche, dans ce qu'on appelle la Suisse saxonne. Ces eaux contiennent surtout de la Soude et des acides carbonique, sulfurique et chlorhydrique. On y trouve encore, mais en petite quantité, la potasse, la chaux, la magnésie, la strontiane, du fer et de l'arsenic.

Ces eaux contiennent aussi presque toutes un excès d'acide carbonique, qui contribue à en maintenir la composition d'une manière plus stable : c'est pour cette raison que les eaux bicarbonatées sodiques se conservent beaucoup mieux que les eaux sulfureuses, par exemple.

Nous donnons ici la proportion de bicarbonate de Soude contenue dans les principales eaux alcalines :

Par 1

ilre.

Saint-Martin-de-Fenouilla (Pyrénées-Orientales).

* Chateauneuf (Puy-de-Dôme)

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CHAUX

Noiisne dirons rien du Calcium, découvert par Davy, si ce n'est qu'il est la base métallique de la Chaux, et qu'on no peut l'extraire qu'en réunissant les moyens chimiques aux procédés galvaniques. Cette base n'est nullement employée en médecine.

La Chaux, Ca!x (Chaux vive, protoxyde de Calcium, oxyde calcique), est toujours un produit de l'art ; on l'extrait du souscarbonate de Chaux par une forte calcinalion.

La Chaux est en masses blanches ou d'un blanc grisâtre, d'une saveur chaude, âcre, alcaline ; elle verdit fortement le sirop de violettes, et rougit la teinture de curcuma.

Elle est fort peu soluble; suivant Wollaston, il faudrait 778 parties d'eau froide et 1,270 parties d'eau bouillante pour dissoudre une partie de Chaux.

Exposée à l'air, elle absorbe en se délitant l'eau et l'acide carbonique, acquiert plus de blancheur et de légèreté, et repasse à l'état de sous-carbonate de Chaux ou de Chaux éteinte à l'air. Jetée dans l'eau, elle en solidifie 31 pour 100 de son propre poids en dégageant beaucoup de chaleur, et se réduit en poudre blanche h. laquelle on a donné le nom A'hydrate de chaux. Cet hydrate, délayé dans l'eau de manière à former une bouillie très-claire, constitue le lail de Chaux.

La Chaux caustique est aujourd'hui peu employée, on lui préfère la potasse caustique. Lorsqu'on l'associe au savon ou à des poudres, elle fait la base des poudres ou des pâtes épilatoires. Elle fait également la base de la ■pommade des frères Mahon. Voici la recette indiquée par plusieurs auteurs, mais nous la croyons inexacte :

Pr. : Axonge G4 gram.

Soude du commerce. . . 12

Chaux 8

Mêlez.

Elle entre aussi dans la composition de la poudre de Vienne [voir art. Potasse).

Eau de Chaux.

On prend une partie d'hydrate de chaux et 100 parties d'eau de rivière; on délaye la chaux dans l'eau, et on laisse en contact dans un vase fermé en agitant de temps en temps ; au bout de quelques heures, on laisse reposer, on décante et on filtre. L'eau de Chaux doit être conservée dans des vases fermés, car l'acide

carbonique de l'air pourrait se combiner à la chaux et la transformer en carbonate. Elle ne contient pas 5 centigrammes de Chaux vive par 30 grammes.

On emploie l'eau de Chaux à l'intérieur, en boisson, coupée avec du lait ou des tisanes adoucissantes; à l'extérieur, en fomentation, en injections, etc.

A l'extérieur, l'eau de Chaux est la base du Uniment oléocalcaire, si employé contre les brûlures, et dont voici la formule :

Eau de chaux 900 gr.

Huile d'amandes douces. 100

On agite fortement dans un vase, on laisse déposer, et on sépare la masse molle savonneuse qui surnage. (Codex.)

En général, les. pharmacopées prescrivent de mélanger P. E. d'huile d'amandes et d'eau de Chaux. Si l'on ajoute à 2oO grammes de Uniment oléocalcaire 4 grammes de laudanum de Sydenham, on a le liniment caflcaire opiacé.

Carbonate de Chaux, CaO,C02.

Carbonas caldcus.

(Sous-carbonate de Chaux, carbonate calcique.)

Ce sel est blanc, insipide, soluble dans l'eau à la faveur d'un excès d'acide carbonique, faisant effervescence par les acides un peu forts. Il existe en très-grande abondance dans la nature; il constitue le marbre, la craie. Uni au phosphate de Chaux, il forme en partie la base du squelette des animaux; le corail, la nacre de perles, le test des mollusques, les yeux d'écrevisses, etc., en sont presque entièrement composés.

Le sous-carbonate de Chaux était autrefois beaucoup plus employé qu'il ne l'est actuellement. On prescrit cependant encore assez souvent la poud' e d'yeux d'écrevisses. Ceux-ci, comme on le sait, ne sont autre chose que des concrétions calcaires que l'on trouve dans l'estomac des écrevisses (cancer astacus). On sophistique aujourd'hui les yeux d'écrevisses avec du carbonate de Chaux que l'on associe à un peu de phosphate de Chaux et de magnésie, et que l'on unit à l'aide de la gélatine. Sophistiquée ou non, la poudre d'yeux d'écrevisses a les mnmes propriétés.

Le sous-carbonate de Chaux entrait jadis dans diverses préparations officinales renommées comme absorbantes, telles que la pourpre d arum composée, la confection d'hyacinthe, la poudre anglaise, etc.

CHAUX

Phosphate de Chaux, 3CaO,Ph05.

{Phosphas calcicus.)

C'est un sel insoluble, blanc, pulvérulent, insipide. Il constitue presque en entier la corne de cerf calcinée qui entre dans la composition de la décoction blanche de Sydeiiham. Du reste, son action thérapeutique est à peu près la même que celle du sous-carbonate.

Le phosphate de Chaux, terre des os, terre animale, phosphas calcicus, s'obtient en desséchant des os d'animaux dans un fourneau, et en chauffant jusqu'à ce que les os soient blancs et friables. On les laisse refroidir et on les pulvérise. Ce sont les os calcinés, ossa usta alba.

Le phosphate calcaire s'obtenait autrefois par la calcination de la corne de cerf (cornu cervi uslum).

Le phosphate de Chaux officinal s'obtient en traitant 500 grammes d'os calcinés par 800 d'acide chlorhydrique , et ajoutant assez d'eau pour former une pâte claire. On laisse réagir pendant quelques jours en remuant de temps en temps.

Délayez la masse dans 5 à GOOO grammes d'eau; laissez reposer; filtrez; traitez le liquide par un léger excès d'ammoniaque. Faites bouillir une minute; laissez déposer; décantez; lavez le précipité de phosphate calcaire produit; faites - le égoutter et sécher. (Codex.)

Phosphate de Chaux gélatineux ou hydraté.

MM. Possoz et Collas, à peu près en même temps, ont proposé l'emploi de ce produit comme préférable à celui du Codex.

Cet hydrate gélatineux,*d'une solution plus facile dans l'estomac, et, par conséquent, d'une efficacité thérapeutique plus grande, est préparé par M. Collas de la manière suivante :

Os calcinés pulvérisés. . . 100 gr.

Acide chlorhydrique. . . . 160

Sur les os placés dans une terrine, on verse l'acide par petites parties, en agitant sans cesse ; on abandonne le mélange à lui-même pendant quarante-huit heures, et on délaye le magma dans 2000 grammes d'eau; on filtre; dans cette solution, on en verse une autre de 240 grammes de carbonate de soude dans 800 grammes d'eau, en agitant constamment. Le dépôt recueilli, lavé à grande eau et égoutté, est placé entre deux plaques de plâtre bien sèches, de manière à avoir un phos-

phate gélatineux contenant 2 parties d'eau d'hydratation pour 1 partie de phosphate sec. Plus sec, il ne se délaye que trèsdifficilement dans l'eau; plus hydraté, il se met en bouillie.

M. Collas substitua ce phosphate gélatineux â la corne de cerf calcinée dans la décoction blanche de Sydenham. Il en fait aussi des pastilles de 1 gramme, ainsi composées :

Phosphate de chaux hydraté. 150 gr.

Sucre pulvérisé 1000

Gomme pulvérisée 30

On aromatise avec l'essence de menthe ou l'eau de fleurs d'oranger.

Nous ne ferons que citer le phosphate acide ou biphosphate de Chaux, qui ne sert qu'à obtenir du phosphore et des phosphates.

Décoction blanche de Sydenham.

[Decoctum album.)

Corne de cerf calcinée et por-

phyrisée 10 gr.

Mie de pain 20

Gomme arabique pulvérisée. . 10

Sucre blanc 00

Eau de fleurs d'oranger. ... 10

Eau commune q. s.

Triturez dans un mortier de marbre la • corne de cerf et la gomme; ajoutez la mie de pain et le sucre ; triturez de nouveau pour avoir un mélange exact. Mettez celui-ci sur le feu avec un peu plus d'un litre d'eau ; chauffez en agitant continuellement jusqu'à l'ébullition, et faites bouillir pendant un quart d'heure dans un vase couvert. Passez avec légère expression à travers une étamine peu serrée; faites dissoudre le sucre, et aromatisez avec l'eau de fleurs d'oranger. Les quantités précédentes doivent donner un litre de décoction blanche.

Saccharale de Chaux.

Ce sel doit ses propriétés à la quantité vraiment énorme de Chaux que le sucre en dissolution peut absorber. Il a une saveur caustique très-prononcée. Il se prépare en saturant le sirop de sucre par la Chaux et en filtrant ; il est parfaitement transparent et ne trouble pas l'eau dans laquelle on le verse.

C'est M. Béral qui, le premier, l'a préparé et a fixé l'attention des médecins sur les composés de sucre auxquels on mêle des substances médicamenteuses. Cette forme d'administration est très-commode et mérite un emploi plus fréquent.

La Chaux est moins caustique que la potasse et la soude. Il est rare pourtant qu'on l'emploie seule pour remplir cette indication. Associée à par-

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lies égales de savon médicinal, elle servait jadis à escharifier des verrues, des fongosités, à modilier la surface de certaines plaies carcinomateuses, et à détruire quelques tumeurs superficielles {Ancien Journal de Médecine, t. LXXX, p. 309). Nous avons dit plus haut, en traitant de la potasse, comment, sous le nom de caustique de Vienne, on avait fait une poudre extrêmement énergique en mélangeant 6 parties de chaux vive et 5 de potasse, comment la thérapeutique chirurgicale pouvait tirer également un utile parti de la pâte d'Else, faite avec l'opium, la potasse et la Chaux. M. Jobert a employé avec succès le caustique de Vienne en badigeonnages contre les loupes.

Un médecin anglais, M. le docteur Osborne, a proposé, dans le Dublin Journal, un nouveau moyen d'ustion ou de cautérisation en remplacement du moxa ordinaire.

Ce moyen consiste dans l'emploi de la Chaux : vive un fragment de cette substance, de 12 millimètres environ d'épaisseur, mais aussi récente que possible (cette condition est indispensable au succès), est placé dans un porte-moxa, ou sur une carte percée à son centre d'une ouverture circulaire, et l'instrument est appliqué sur le point de la peau où l'ustion doit être pratiquée. Alors, on laisse tomber quelques gouttes d'eau sur la Chaux, qui se gonfle et se délite immédiatement en laissant dégager une chaleur dont l'intensité peut être évaluée à peu près à 187°, 5 de l'échelle thermométrique centigrade : aussi faut-il avoir bien soin de retirer le petit appareil et la substance alcahne avant que tout le calorique qui doit se produire se soit développé; car, sans cette précaution, le derme se trouverait sans aucun doute désorganisé dans toute son épaisseur. On conçoit donc qu'il est facile d'obtenir une eschare plus ou moins profonde, suivant le plus ou moins de temps qu'on laisse la Chaux en contact avec la peau après l'instillation de l'eau.

M. Osborne pense que ce moxa mérite, dans plusieurs cas, d'être préféré à tous ceux dont on a fait usage jusqu'ici. Il produit instantanément une chaleur d'une grande intensité, et l'on a ainsi l'avantage d'obtenir une action à la fois rapide et profonde, sans que les sujets soient épouvantés par l'aspect du feu et des étincelles que lancent presque toujours les corps en ignition.

Cet alcali fait la base de la plupart des pommades épilatoires, de celle entre autres qu'emploient les frères Mahon pour faire tomber les cheveux dans la teigne, pommade qui est en même temps curatrice ; ainsi que des poudres dépilatoires en l'associant à l'orpiment, mélange qui n'est pas sans danger et qui peut môme causer des accidents terribles', lorsqu'on en fait usage pour enlever les poils qui reposent sur des surfaces ulcérées.

M. Boettger, chimiste distingué de Francfort-sur-le-Mein, aie premier signalé le sulfhydrate de sulfure de calcium comme pouvant offrir à la thérapeutique un dépilatoire d'une grande énergie.

Cette matière s'obtient en faisant absorber du gaz sulfhydrique, jusqu'à saturation, par une bouillie formée de deux parties de chaux éteinte, ou

CHAUX

hydratée sèche, et de trois parties d'eau. Elle se présente sous la forme d'une gelée de couleur blanc verdâtre.

Pour l'employer, il suffit d'en étendre une couche de l'épaisseur de 2 millimètres environ sur la partie qu'on veut dépouiller de ses poils. En enlevant ensuite la pâte, après deux ou trois minutes d'application, à l'aide, soitd'un couteau d'ivoire, soit d'un linge, on trouve la peau sousjacente entièrement débarrassée des poils qui la recouvraient, et cela sans que l'épiderme soit en aucune manière entamé ou excorié, et sans que l'individu ait ressenti autre chose que de la cuisson.

M. Martens, dans une note lue à l'Académie de médecine de Bruxelles, a préconisé fortement cette substance contre la teigne. Il recommande d'en faire une ou deux applications par jour, et de la laisser chaque fois pendant trois à cinq minutes en contact avec les portions du cuir chevelu qui sont le siège du mal.

Tout en engageant les praticiens à tenter l'essai de ce nouveau moyen lorsqu'ils en trouveront l'occasion, il faut les prévenir en même temps que, dans certains cas, l'épiderme se trouve légèrement attaqué, et que souvent l'action du médicament détermine de la rougeur et de la douleur. D'ailleurs, ces signes d'irritation sont, en général, trop minimes pour contre-indiquer l'emploi de ce moyen {Bulletin de T Académie de médecine de Belgique).

Hufeland a employé contre la teigne un mélange de parties égales d'huile d'olive et de Chaux {Journ. de Leroux, t. XVI, p. 128). Ce liniment réussit encore bien dans le traitement des engelures et des dartres qui s'accompagnent de violentes démangeaisons.

Le liniment oléocalcaire, composé en formant un savonule avec une, deux ou troisparties d'eau de Chaux pour quatre parties d'huile d'amandes douces, a été particulièrement conseillé par M. Velpeau dans le traitement de la brûlure, et l'emploi de ce médicament a procuré des avantages réels dans les brûlures aux trois premiers degrés, c'est-à-dire alors même que la peau, mortitiée^dans une certaine partie de son épaisseur, doit suppurer et donner heu à une cicatrice.

Lorsqu'il y a simple rubéfaction et même vésication, les onctions avec le liniment oléocalcaire procurent fréquemment une résolution trèsprompte.

.1 Sur une vieille femme affectée de brûlure au troisième degré à la partie antérieure de la poitrine, la débilité augmentée par l'abondance de la suppuration faisait des progrès alarmants, lorsque l'application du liniment amena la dessiccation, et par suite le rétablissement des forces, avec une rapidité qu'on n'avait pas lieu d'espérer chez un sujet si considérablement appauvri [Bull, de Thér., t. XIV, février 1838).

Ce liniment est encore employé avec grand avantage pour calmer les démangeaisons cruelles de quelques maladies dartreuses.

A l'extérieur, l'eau de Chaux est employée aux mêmes usages que les solutions faibles de sous-carbonate de soude, de potasse. On ne peut lui

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refuser une grande puissance pour hâter la cicatrisation des vieux ulcères atoniques de la peau, et pour calmer les démangeaisons de la peau et des parties génitales ; en gargarisme, elle est utile quand les gencives sont molles, fongueuses, et que la membrane muqueuse qui tapisse le voile du palais et les amygdales est le siège d'une plilegmasie ancienne et peu intense.

A l'intérieur, elle s'emploie, comme la soude et la potasse, chez les personnes qui ont des digestions pénibles avec tendance à l'acescence; toutefois, il faut faire cette importante distinction : quand les troubles digestifs s'accompagnent de diarrhée, ce qui surtout est très-commun chez les enfants, l'eau de Chaux est de beaucoup préférable aux carbonates de soude et de potasse, car son emploi constipe plutôt qu'il ne relâche, et c'est le contraire pour les deux sels alcalins dont nous venons de parler. Quand, au contraire, la maladie de l'estomac s'accompagne de tendance à la constipation, il faut préférer la soude et la potasse.

Quelle qu'ait été la célébrité lithontriptique de l'eau de Chaux, il est évident que ce médicament ne peut être utile, dans cette circonstance, que si les graviers etles calculs sont spécialement formés d'acide urique, tandis qu'elle augmente le mal quand les calculs sont formés par des sels calcaires.

Dans les diarrhées chroniques, dans celles qui tiennent à l'existence d'ulcérations de l'intestin grêle, et principalement du gros intestin, l'eau de Chaux prise en boisson ou en lavement a été conseillée jadis, et préconisée de nouveau par M. Bretonneau, de Tours, dans les diarrhées qui retardent la convalescence des dothinentériques et des dysentériques. Dans la dothinentérie, M. Bretonneau donne ordinairement l'eau de Chaux à la dose de 30 à 60 grammes par jour coupée avec du lait chaud et sucré ; dans la dysenterie, il l'emploie de la même manière, mais en même temps il fait, matin et soir, donner un lavement entier dans lequel il fait entrer 120 à 200 grammes d'eau de Chaux et 3 ou 4 gouttes de laudanum de Rousseau.

Mongenot a encore employé avec succès contre la coqueluche un mélange d'eau de Chaux et de lait, à parties égales (Journ. génér. de Méd., t. XLIV, p. 290).

La Chaux caustique, telle qu'elle est vendue dans le commerce, a été utilisée pour faire des bains de vapeur de la manière suivante : on] enveloppe un morceau de Chaux, de 1 à 2 kilogrammes, avec un linge grossier et bien mouillé, et on le place dans le lit du malade, dont les draps et les couvertures ont été préalablement soulevés et soutenus avec des cerceaux. Dès que la Chaux commence à absorber l'eau, sa température s'élève, l'eau se vaporise, et si l'on a soin de mettre de temps en temps de l'eau nouvelle, bientôt il s'élève des vapeurs abondantes et trèschaudes, qui enveloppent le malade, et provoquent chez lui la série des phénomènes que l'on a droit d'attendre d'un bain de vapeur ordinaire.

Par le même procédé, on peut administrer une sorte de bain de va-

CHAUX

peur local, en appliquant le linge mouillé qui sert à envelopper les fragments de Chaux sur la partie du corps oii il est utile de diriger spécialement la chaleur et la vapeur.

. A l'aide de ce moyen aussi simple qu'économique, il nous est arrivé de triompher en quelques jours de diverses douleurs rhumatismales, surtout de lumbago et de sciatique, qui avaient résisté à d'autres médications. 11 importe toutefois que le malade soit bien averti de surveiller avec soin l'action de ce petit appareil, et de l'écarter de temps en temps de la partie sur laquelle il est appliqué, lorsqu'il sent que le dégagement de calorique devient trop intense ; autrement il courrait risque parfois de se brûler. Aussi, pour plus de précaution, nous conseillons, dans ce cas, d'envelopper la Chaux dans un linge épais, plié en plusieurs doubles, et d'éviter de le serrer trop étroitement. Ajoutons que ce linge peut être à volonté préalablement imbibé d'eau simple, ou d'une décoction de guimauve ou de sureau, etc., suivant l'indication particulière qu'on voudra remplir.

Des carbonates de chaux, le sous-carbonate est seul employé. Il fait la base de préparations dites absorbantes, dont les plus renommées sont la poudre d'yeux d'écrevisse, les magistères de corail, de nacre de perles.

La poudre dHyeux d'écrevisse est fort efficace dans les vomissements et les diarrhées des jeunes enfants, et chez les adultes elle rend encore d'utiles services, lorsque l'estomac sécrète une grande quantité d'acide et que la diarrhée accompagne cette mauvaise disposition du ventricule. La poudre d'yeux d'écrevisse se donne, chez les enfants à la mamelle, à la dose de 20 à 60 centigrammes par jour; dans l'âge adulte, la dose est ordinairement de 4 grammes à chaque repas.

Le phosphate de Chaux constitue presque en entier la corne de cerf calcinée qui entre dans la composition de la décoction blanche de Sydenham. Le phosphate de Chaux se donne aux mêmes doses et jouit des mêmes propriétés que le sous-carbonate.

Le phosphate de Chaux vient, dans ces derniers temps, d'être l'objet de recherches physiologiques et d'applications pratiques aussi neuves qu'intéressantes.

D'après M. Mouriès, un de nos chimistes les plus distingués, le phosphate de Chaux joue, chez les animaux, un rôle plus important qu'on ne le pensait jusqu'à ce jour. Indépendamment de son influence sur le travail de l'ossification, ce sel aurait encore une action spéciale sur l'irritabilité, sans laquelle il ne saurait y avoir ni assimilation, ni nutrition. Aussi l'insuffisance de ce principe, lorsqu'elle est portée à un haut degré, entraîne-t-elle la mort avec tous les symptômes de l'inanition, tandis que lorsqu'elle est moins prononcée, elle engendre la série des nombreuses affections qui se rattachent au lymphatisme. M. Mouriès, par ses recherches et ses analyses, a été conduit à reconnaître que l'alimentation des habitants des villes est généralement défectueuse sous ce rapport, et qu'au lieu de 6 grammes de phosphate de Chaux, qui seraient, selon lui, la

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dose nécessaire pour suffire aux besoins de l'économie, la ration journalière des femmes dans les villes ne contient que la moitié de cette dose.

Comme conséquence de ce fait, l'auteur aurait constaté que le lait des nourrices des villes est peu riche en sels fixes, et surtout ne contient pas la proportion voulue de phosphate calcaire.

Il résulte donc que le fœtus et l'enfant en bas âge doivent souffrir considérablement de l'absence de cet élément indispensable à leur existence et à leur développement. De là une des principales causes de l'énorme accroissement du chifTre des mort-nés; de là encore la source de tant de maladies chez les enfants, et de la très-grande mortalité de ces mêmes enfants dans les grandes viUes.

Or, pour remédier en très-grande partie à ces causes de maladies et de mortalité, M. Mouriès a proposé d'introduire dans le régime alimentaire des femmes enceintes, des nourrices et des enfants, ce même principe nutritif qui se trouve être insuffisant. Dans ce but, M. Mouriès a eu l'idée d'associer le phosphate de Chaux à une matière animale de nature albumineuse, et il en a composé une préparation qui, sous forme de semoule, est donnée en potage, soit aux mères ou aux nourrices, soit aux enfants eux-mêmes, dans les cas où on a des raisons de croire que la proportion normale de phosphate calcaire se trouve en déficit dans les aliments ou dans le lait, ou bien lorsque l'état de santé de l'enfant paraît exiger une dose plus forte de ce principe.

A l'appui de ces considérations toutes théoriques, M. Mouriès présente un certain nombre de faits dans lesquels ce genre d'alimentation aurait eu pour effet, d'une part, d'abaisser dans certaines familles la proportion des mort-nés; et, d'autre part, de diminuer le nombre des maladies lymphatiques chez les enfants, et même de contribuer à guérir ces mêmes maladies, lorsqu'elles n'avaient pu être prévenues.

Parmi les affections, se rattachant au lymphatisme, qui sont susceptibles d'être modifiées avec avantage par cette alimentationprotéino-phosphatée, l'auteur signale la débilité native, le rachitis, la déviation de la taille, la déformation des os, la dentition retardée, la croissance difficile.

Voilà certainement des idées fort ingénieuses et des recherches du plus grand intérêt. Mais quels résultats pratiques ces idées doivent-elles produire définitivement, et quels services ces recherches sont-elles appelées à rendre, soit au point de vue de l'hygiène et de la prophylaxie, soit au point de vue de la thérapeutique des maladies de la première enfance ? Ce sont là des problèmes que des observations ultérieures plus nombreuses et des expériences encore plus précises sont seules capables de résoudre.

Peut-être, à cet égard, n'est-il pas inutile de rappeler qu'antérieurement aux recherches de M. Mouriès, quelques médecins avaient songé à traiter par le phosphate de Chaux certaines maladies du système osseux, telles que le rachitis et l'ostéomalacie, mais que les résultats obtenus n'avaient pas réalisé complètement les espérances qu'avait dû faire naître

BARYTE.

cette application, si rationnelle en apparence, de la chimie à la médecine pratique.

Hâtons-nous d'ajouter, toutefois, qu'en raison de son extrême importance, cette question mérite assurément d'être reprise à nouveau ; et faisons des vœux pour que la préparation de M. Mouriès, après de nouvelles épreuves, reste pour la thérapeutique et l'hygiène un bon remède et un bon aliment.

Le saccharate de Chaux, dont nous avons indiqué le mode de préparation en traitant des divers composés calcaires, a été proposé pour la première fois par M. le docteur Capitaine, agrégé près la Faculté de médecine de Paris, et employé par nous, à l'hôpital Necker, dans le traitement des diarrhées chroniques des enfants. Ce médicament, qui est d'une alcalinité extrême, ne peut se donner pur : on l'étend de 20 à 30 fois son poids de sirop simple, et alors on peut l'administrer sous forme de sirop; cette forme est celle que l'on doit préférer. Le saccharate de Chaux sa turé se donne, pour les enfants, à la dose de 1 à 2 grammes dans l'espace de vingt-quatre heures ; aux adultes, à la dose de 5 à 10 grammes.

A l'hôpital Necker, nous étions dans l'habitude de faire mettre, dans chaque pot de lait destiné à former un supplément de nourriture pour les enfants à la mamelle, 50 centigrammes de saccharate de Chaux. Cette précaution nous a paru utile, d'une part, pour empêcher le lait de passer aussi vite àl'acescence; d'autre part, pour diminuer la tendance que les enfants ont à la diarrhée. Et, en comparant ici l'eau de Chaux au bicarbonate de soude, que nous employons de la même manière et dans le même but (voyez Soudé), il nous a semblé que le saccharate de Chaux l'emportait sur le sel de soude.

BARYTE.

La Baryte (protoxyde de baryum), BaO, est d'une couleur blanc grisâtre, en masse poreuse, très-difficilement fusible. Cet al- ■cali est très-vénéneux et très-caustique; à l'air, il est avide d'eau et d'acide carbonique; il estsoluble dans 30 parties d'eau froide et 10 parties d'eau bouillante.

Découverte par Scheele en 1774, la Baryte s'obtient en décomposant le nitrate de Baryte par la chaleur.

On l'emploie quelquefois en solution à l'extérieur.

Uniment barytiqtie.

Pr. : Eau de Baryte saturée à froid. 1 part- Huile d'olive G

Carbonate de Daryte, BaO,C02. Blanc, insoluble dans l'eau; regardé comme base

de plusieurs traitements antidartreux secrets. On l'obtient par double décomposition du chlorhydrate de Baryte par le carbonate de soude.

Chlorhydrate de Baryte (hydrochlorate, muriate de Baryte, chlorure de baryum), BnC/. Il est le produit de l'art. Cristallisable îi l'air, soluble dans l'eau, sa saveur est ;\cre et piquante.

D'après les expériences de M. Brodie et de M. Orfila, c'est un des poisons minéraux les plus énergiques.

Après avoir été fréquemment mis en usage par les médecins anglais et allemands, ce sel n'est presque plus employé; il méritait cependant quelque attention comme agent thérapeutique. Lisfranc, h.

l'hôpital de la Pitié, l'avait remis en honneur et en avait obtenu des succès dans le traitement de l'affection scrofuleuse.

MÉDICAMENTS IRRITANTS

Le chlorhydrate de Baryte a joui, depuis quelques années, d'une certaine réputation dans le traitement des tumeurs blanches.

Crawford fut le premier qui, en 1780, reconnut les bons effets de ce remède dans les scrofule;

Plus tard, le professeur Scassi, de Gênes, fit des recherches sur ce médicament. Depuis^, en Italie, MM. Mojon, Nongiardini, Ferrari, etc., etc., ont obtenu de beaux résultats. Ultérieurement, en France, à l'instigation de M. Pirondi, les essais des praticiens italiens ont été répétés à la Pitié par Lisfranc avec des avantages incontestables.

Voici le mode d'administration :

Lisfranc commençait ordinairement par la dose de 30 centigrammes dans 125 grammes d'eau distillée; toutes les heures le malade prend une cuillerée à bouche de cette solution, excepté une heure avant et deux heures après le repas. Chose remarquable, il faut que le malade, pour supporter le médicament, s'abstienne de boire du vin et de manger de la viande, et soit soumis à l'eau pure et à une alimentation végétale. Au bout de huit jours, à moins qu'il ne survienne des accidents notables, on porte la dose à 60 centigrammes pour la même quantité d'eau distillée, et ainsi de suite en allant graduellement.

Lisfranc a administré jusqu'à la dose de 3 grammes.

Quelquefois, à la suite de l'administration du chlorhydrate de Baryte, douleurs vers l'estomac, nausées, vomissements, etc., etc.; alors on suspend pendant quelques jours. Ces accidents, ou ces premiers symptômes d'empoisonnement, sont facilement dissipés par l'emploi du blanc d'œuf, ou par le vin sucré, qui avait été conseillé dans ces cas par M. Pirondi {^Bulletin de thérap., t. X, 11^ hvraison).

LITHINE.

La Lithine, oxyde de lithium, a été découverte en 1817, par M.Arfwedson dans trois minéraux de l'île d'Uto, en Suède : le triphane, le pétalile et la tourmaline rouge. Depuis lors, cette substance a été trouvée dans d'autres minéraux, et principalement dans une variété de mica, nommée lépidolite, et dans la triphylline. Ajoutons que des analyses récentes ont fait reconnaître la Lithine dans un certain groupe d'eaux minérales à base alcaline, et notamment dans les eaux de Garlsbad, deMarienbad, de Kissingen, d'Emps, de Tœplitz, de Vichy.

La Lithine est une substance blanche, cristalline, d'une saveur caustique et d'une réaction alcaline prononcée, très-analogue à la potasse et à la soude. Par quelques-uns de ses caractères chimiques, elle se rapproche

LITHIXE.

beaucoup de ces bases, et, par d'autres, delà magnésie et de la chaux. Davy a extrait de la Lithine le lithium ; c'est un métal très-oxydable à l'air, qui ressemble beaucoup à l'argent par sa belle couleur blanche ; il se fait remarquer par un caractère tout particulier, c'est-à-dire par sa trèsfaible densité, qui est fort inférieure à celle de l'eau, et même à celle de tout liquide connu.

" La Lithine a été assez récemment introduite dans la thérapeutique par M. Garrod, médecin anglais. D'après cet auteur, qui a publié un remarquable Timté de la Goutte, cette substance serait appelée à rendre d'importants services à la thérapeutique; il la considère surtout comme un remède très-utile dans la diathèse goutteuse, au même titre que la potasse et la soude ; il est même porté à lui accorder la supériorité sur ces deux substances alcalines.

Parmi les divers composés qui ont pour base la Lithine, M. Garrod recommande particulièrement le protocarbonate. Ce sel diffère des autres carbonates alcalins, en ce qu'il est peu soluble dans l'eau ; mais un excès d'acide carbonique augmente sa solubilité. Par sa saveur, il se rapproche beaucoup du bicarbonate de soude. Comme l'équivalent de la Lithine est faible, il en résulte qu'elle possède, ainsi que son carbonate, le pouvoir de neutraliser énergiquement les acides.

Mais la propriété de la Lithine sur laquelle nous voulons appeler principalement l'attention, c'est la facilité avec laquelle elle dissout l'acide urique, l'urate de Lithine étant le plus soluble des urates. On conçoit que cette propriété remarquable devait naturellement conduire à utihser cette substance dans la goutte, oii il existe une prédominance si évidente de l'acide urique et de divers urates très-peu solubles qui, on le sait, constituent la principale matière des concrétions articulaires.

Nous n'avons pas à entrer ici dans le détail des expériences chimiques instituées par M. Garrod pour démontrer la puissance dissolvante de la Lithine sur les urates, et surtout pour faire connaître avec précision les proportions diverses d'urate de soude rendues solubles, suivant qu'on emploie tels ou tels sels de Lithine, comme le carbonate, le sulfate, ou le chlorure, soit comparés entre eux, soit mis en parallèle avec les résultats analogues obtenus avec les sels de soude ou de potasse correspondants.

Qu'il nous suffise de dire que ces expériences, faites sur des têtes d'os hérissées de nodosités goutteuses, ou sur des ligaments infiltrés d'urate de soude, ont généralement témoigné delà supériorité des sels de Lithine sur les autres alcalins concurremment essayés. Hâtons-nous, toutefois, d'ajouter que ces résultats donnés par la chimie, quoique très-séduisants au premier abord, ne doivent être nullement considérés par le thérapeutiste comme des preuves de l'efficacité certaine des agents mis en expérience, et qu'ici la chnique seule est appelée à juger en dernier ressort.

Mais la Lithine étant encore en France d'importation toute récente, et notre propre expérience étant à cet égard absolument nulle, nous de-

m MÉDICAMENTS IRRITANTS,

vrons forcément nous borner à invoquer l'autorité de M. Garrod, qui, à la suite d'études consciencieuses et d'essais déjà nombreux, a été conduit à accorder à ce nouvel agent une véritable valeur. Comme il importe d'ailleurs de faire connaître d'une manière exacte, soit les principales indications thérapeutiques, soit le meilleur mode d'administration de ce médicament, nous croyons, à cet effet, ne pouvoir mieux faire que d'emprunter à l'auteur lui-même, qui, pour la rédaction de cet article, nous a servi de guide, les lignes suivantes :

« Quant à l'action du carbonate de Lithine administré à l'intérieur, M. Garrod a voulu l'établir clairement, et depuis plusieurs années qu'il le conseille, soit dans les cas de diatbèse urique liée à la gravelle, soit dans la goutte chronique, il en a toujours obtenu les résultats les plus satisfaisants. Pris à l'intérieur, et deux ou trois fois le jour, à la dose de un à quatre grains dissous dans l'eau, il ne produit aucun phénomène physiologique direct; mais chez les sujets qui rendent de la gravelle urique, il exerce une influence marquée, en diminuant l'abondance des dépôts, et même en les faisant entièrement cesser. Du reste, comme son ingestion n'a jamais déterminé d'accidents fâcheux, M. Garrod le considère comme le remède le plus propre à éloigner les attaques de goutte, et à améliorer l'état des malades.

« Que ce soit le carbonate de Lithine qu'on administre, ou un autre sel de cette base, on le fera prendre sous la forme de poudre dissoute dans une certaine quantité d'eau ordinaire, ou mieux d'eau gazeuse ; et s'il y a nécessité d'administrer une forte proportion d'alcali, on pourra associer le carbonate de Lithine à quelque sel de potasse, tel que le carbonate ou le citrate, en choisissant toujours l'eau gazeuse pour véhicule. Enfin, il est des cas où des applications locales calment les douleurs des goutteux ; et, ici encore, les préparations de Lithine méritent d'être prises en considération. » {Union médicale, 12 décembre 1862.)

Ajoutons que M. Ure a proposé d'utiliser le carbonate de Lithine en injections dans la vessie, comme dissolvant des calculs urinaires.

Nous terminerons par une réflexion qui ne nous paraît pas sans importance, c'est que parmi les eaux minérales qui possèdent une efficacité incontestable dans les affections goutteuses, peut-être n'en existe-t-il pas une seule où l'analyse chimique n'ait fait découvrir une certaine proportion de Lithine, unie à d'autres substances alcalines.

: Assurément, nous ne prétendons pas donner cette coïncidence comme une preuve décisive en faveur de la vertu antigoutteuse de la Lithine, et encore moins de sa prééminence sur tous les autres agents du même ordre ; mais on conviendra toutefois que cette considération, qui concorde, d'ailleurs, tant avec les données fournies par la chimie qu'avec les résultats cliniques déjà obtenus, est plus que suffisante pour inviter à de nouveaux essais et pour autoriser même de très-légitimes espérances.

AMMONIAQUE

AMMONIAQUE

L'Ammoniaque est le résultat d'une combinaison de deux volumes d'azote avec six volumes d'hydrogène. C'est un gaz sans couleur, d'une odeur vive et pénétrante, caractéristique, d'une saveur acre, brûlante et même un peu corrosive. Sa densité est de 0,591. Il est extrêmement soluble dans l'eau, qui, suivant Davy, peut en dissoudre jusqu'à 670 fois son volume.

Pourtant il a si peu d'affinité pour l'eau, qu'il s'échappe sans cesse de sa dissolution, et qu'au bout d'un certain temps, en laissant ouvert le flacon qui le renferme, on ne retrouverait plus dans l'eau qu'une trèspetite proportion d'Ammoniaque ou de carbonate ammoniacal. D'oîi la nécessité de s'assurer de la force de la dissolution au moyen de l'aréomètre avant de l'employer.

Ammoniaque liquide.

Alcali volatil, alcali volatil fluor, esprit de sel ammoniac, AzIPjHO.

{Ammonia ac.ud solula.)

C'est une dissolution plus ou moins saturée de gaz ammoniac dans l'eau; ses propriétés sont celles de l'Ammoniaque gazeuse. Elle est incolore, transparente, fortement alcaline, et a une odeur excessivement pénétrante et insupportable.

Préparation. — On obtient l'ammoniaque liquide par la décomposition du sulfateou du chlorhydrate d'Ammoniaque au moyen de la chaux.

La chauxse combine à l'acide sulfurique ou à l'acide chlorhydrique, et l'ammoniaque qui est mise en liberté est reçue dans des flacons qui contiennent de l'eau.

Le Codex prescrit de ne faire usage que de l'Ammoniaque qui marque 22" ou 25o à l'aréomètre de Baumé.

On fait, en médecine, un fréquent usage de l'Ammoniaque sous diverses formes.

Elle entre dans une foule de préparations officinales, dont les plus importantes sont :

Potion ammoniacale {Potio cum ammoniô).

Eau commune 100 gram.

Sirop de sucre 30

Ammoniaque liquide. 06^,50 Mêlez.

Pommade ammoniacale ou de Gondret.

Pr. : Suif. 1 part.

Axonge 1

Ammoniaque à 23o . . 2

Faites liquéfier le suif et l'axonge dans

un flacon à large ouverture; ajoutez l'Ammoniaque, fermez le flacon et agitez vivement; tenez le flacon plongé dans l'eau froide en ayant soin d'agiter de temps en temps jusqu'à ce que la pommade soit refroidie. Cette formule du Codex est, quant aux détails, tout à fait insuffisante, ainsi que nous l'avons démontré dans le Journal des Connaissances médico-chirurqicales (n" G, décembre 1839). Voici notre formule :

Suif 2 à 4 gr.

Axonge récente 16 gram.

Ammoniaque à 22°. . . 16

On fait d'abord fondre l'axonge et le suif dans un flacon que l'on plonge à cet efl'et dans l'eau chaude, puis on agite un peu. Lorsque l'axonge est fondue, on laisse doucement refroidir jusqu'à ce qu'elle commence à prendre une couleur légèrement opaline. On verse alors l'Ammoniaque.

Il faut, dès qu'on l'a ajoutée, fermer vivement le flacon et le ficeler, puis agiter jusqu'à ce que l'axonge et l'Ammoniaque combinées forment une masse crémeuse.

Si la pommade devient grumeleuse, il faut remettre ce flacon dans l'eau chaude et faire subir au mélange, pendant une ou deux minutes, de nouvelles succussions.

Si, au contraire, la pommade se prend en crème, on met tout de suite le flacon sous un filet d'eau froide, et on l'y laisse refroidir.

Nous recommandons de ne jamais faire plus de 40 grammes de pommade à la fois, et de se servir d'un flacon bouché à l'émori qui puisse au moins contenir 123 grammes de matière. Toutes ces minuties de préparation ne sont pas inutiles.

D'après quelques expériences faites par nous à l'hôpital Necker, on arrive à un résultat plus constant en ajoutant à l'axonge 2 à 4 grammes de suif de mouton. — Disons enfin que la pommade ammoniacale doit être d'une blancheur éclatante, qu'elle doit être homogène, c'està-dire avoir l'aspect gras de la crème, car si elle est grenue, la préparation est manquée : dans ce cas, l'Ammoniaque n'est pas combinée, elle s'écoule dès qu'on applique la pommade sur la peau, etl'axonge et le suif restent seuls. L'homogénéité de la pommade est la condition essentielle de de son activité; il ne peut y avoir de pommade énergique si elle est grumeleuse.

Elle doit avoir une consistance telle, qu'elle ne fuse pas à une température de 30» centigrades, c'est-à-dire à la tempéra-

MÉDICAMENTS IRRITANTS

ture la plus élevée de la surface du corps. Cette circonstance est encore d'une importance extrême ; car la pommade trop molle s'étale ou s'écoule, et, dans tous les cas, elle perd de son activité, et va porter son action sur des parties qu'elle devait respecter.

Nous n'avons tant insisté sur tous ces détails qu'à raison de la grande difTiculté de préparation de la pommade ammoniacale et de son extrême utilité thérapeutique externe.

Baume opodeldoch.

Pr. : Savon de graisse de veau. 32 gr.

Camphre 2i

Ammoniaque liquide. . . 8 Essence de romarin. . . 6

Essence de thym 4

Alcool à 86» 2S0

On dissout les essences dans l'alcool et l'on distille au bain-marie à siccité; on met cet alcool dans un matras avec le savon bien râpé; on fait dissoudre à la chaleur du bain-marie, on ajoute le camphre, et quand il est dissous, on ajoute l'Ammoniaque ; on fUtre à chaud, et l'on reçoit le liquide dans de petits flacons allongés h. large ouverture ; on les ferme aussitôt avec un bouchon qui a été trempé dans la cire, ou, mieux encore, qui a été enveloppé dans une feuille d'étain. (Soubeiran.)

Eau de Luce.

Pr. : Huile de succin rectifiée. 8 gr.

Savon blanc 4

Baume de la Mecque. . . 4 Alcool à 86» 192

Faites macérer pendant huit jours ; filtrez et conservez pour l'usage. On prépare l'eau de Luce en ajoutant 1 partie de la teinture précédente à 16 parties d'Ammoniaque liquide à 22o.

Le savon n'entre pas dans toutes les formules d'eau de Luce ; il donne plus de fixité au mélange laiteux. (Soubeiran.)

On prépare aussi un Uniment volatil ou ammoniacal avec huile d'olive 125 grammes et Ammoniaque liquide à 22» 16 grammes. On fait le mélange dans une fiole que l'on tient bien bouchée.

Si, avant d'ajouter l'Ammoniaque, on fait dissoudre 8 grammes de camphre dans l'huile, on a le Uniment volatil camphré, dont l'usage est assez fréquent.

Uatcool ammoniacal (liqueur d'Ammoniaque vineuse) est également employé et se prépare de la manière suivante :

Pr. : Ammoniaque liquide à SO" c. 1 part.

Alcool à 86» 2

Mêlez.

On y ajoute quelquefois une huile volatile, d'anis, de girofle ou de citron ; on s'en sert assez souvent pour préparer des

teintures avec l'assa-fœtida, la valériane, etc.

L'Ammoniaque liquide fait la base de la potion antiacide de Chevalier.

Pr. : Eau distillée 160 gram.

Eau de menthe 16

Ammoniaque liquide. . 3 gout.

Mêlez.

A prendre en deux fois.

En ajoutant douze gouttes d'Ammoniaque au lieu de trois, on a la potion conire l'ivresse.

Carbonate d'Ammoniaque, AzH3,2HO,CO^ [Carbonas ammoniœ.)

Ce sel est connu aussi sous les noms anciens d'alcali volatil concret, sel volatil d'Angleterre, etc., et sous les dénominations plus récentes de sous-carbonate d'Ammoniaque, sesquicarbonate.

Il est blanc, d'une odeur ammoniacale très-prononcée, soluble dans deux fois son poids d'eau; il se volatilise sans se décomposer.

On l'obtient en décomposant le chlorhydrate d'Ammoniaque par le carbonate de chaux.

L'action du sesquicarbonate est à peu près celle de l'Ammoniaque; seulement son activité est beaucoup moindre. Ce sel alcalin entre dans la composition des gouttes céphaliques anglaises, de l'alcool aromatique de Sylvius, de l'eau de corne de cerf composée, etc.

II fait aussi partie du cérat de Rocheux contre le croup, dont voici la formule :

Pr. : Cérat sans eau 8 part.

Sesquicarbonate d'Ammoniaque 1

Mêlez.

Chlorhydrate d'Ammoniaque, AzH',IICL (Hydrochlorate, muriate d'Ammoniaque, sel ammoniacal.)

Il est blanc, inodore, d'une saveur âcre, piquante et urineuse, cristallisant en cubes ou en octaèdres, soluble dans près de trois fois son poids d'eau à 15°; l'eau bouillante en dissout un poids égal au sien; il est beaucoup moins soluble dans l'alcool. Il est entièrement volatil et indécomposable au feu.

Le sel ammoniacal du commerce est en pains ronds, aplatis, d'une apparence de glace, et comme légèrement flexible sous le marteau lorsqu'on veut le casser. Il est quelquefois coloré par une matière fuligineuse. On le purifie par solution et cristallisation.

On l'obtient en sublimant le sulfate d'Ammoniaque avec le chlorure de sodium.

AMMONIAQUE

Comme médicament, le chlorhydrate d'Ammoniaque a été jadis fort usité. Il entre dans la composition du vin anliscorbutique, de la foudre de Leayson, du collier de Morand, etc.

On fait aussi avec ce sel des sachets irritants et résolutifs, composés de chaux éteinte, de sel ammoniac, de chacun 1 partie; on mêle les matières en poudre, et on les place entre deux couches de coton qu'on enveloppe ensuite d'une mousseline piquée.

Poudre contre le goitre :

Pr. : Chaux éteinte 4 gr.

Chlorhydrate d' -Ammoniaque. 4 lodure de potassium 1

Acétate d'Ammoniaque.

{Acelas Ammonicus aquâ solutus.)

Il est blanc, inodore, d'une saveur àcre; très-soluble dans l'eau et dans l'alcool.

L'acétate d'Ammoniaque n'est pas employé en médecine à l'état solide ; il n'est usité que sous forme liquide, ce qui constitue le médicament autrefois connu sous le nom d'esprit de Mindererus.

On l'obtient liquide, suivant la formule

du Codex, en saturant l'acide acétique par le carbonate d'Ammoniaque très-pur, de manière îi avoir un liquide incolore neutre dont la densité soit de 1,036. Mais d'après ce dernier procédé de préparation, l'acétate d'Ammoniaque a des propriétés beaucoup moins actives; il ne contient plus de cette huile pyrogénée qui s'y trouvait quand on avait recours au mode de préparation jadis usité.

Voici en quoi il consistait. On faisait dissoudre carbonate d'Ammoniaque dans le vinaigre aistillé, avec la précaution de séparer, pendant la distillation, les premiers deux tiers du produit trop aqueux; l'Ammoniaque dont on se servait était le carbonate d'Ammoniaque chargé d'huile empyrcumatique, tel que le donne la distillation de la corne de cerf (sel volatil de corne de cerf). L'acétate d'Ammoniaque ainsi préparé était beaucoup plus actif; c'est réellement à tort que le Codex a modifié la formule de cette ancienne préparation. (Souboiran.)

D'ailleurs, M. Dumas a trouvé par l'analyse que l'acétate d'Ammoniaque préparé au moyen de l'esprit volatil de corne de cerf renfermait, outre les matières empyreumatiques, une petite quantité d'êther cyanique (cyanate d'éther).

L'Ammoniaque liquide {alcali volatil, alcali volatil fluor, esprit de sel ammoniac] est un poison irritant des plus violents. Nous traiterons d'abord de son emploi comme irritant, et nous indiquerons ensuite sommairement les usages internes auxquels on l'a employé.

DE l'emploi ds l'ammoniaque comme remède externe.

Appliquée sur la peau, l'Ammoniaque, lorsqu'elle est concentrée, produit rapidement un sentiment de cuisson suivi de rougeur, de vésication, et enfin d'esctiare superficielle. Cette précieuse propriété a rendu de grands services aux thérapeutistes, et tous les jours, lorsque nous voulons produire une vésication rapide, nous avons recours à l'Ammoniaque plutôt qu'à l'eau chaude, qu'à l'alcool enflammé, et qu'aux autres moyens dont la portée n'est pas aussi facilement appréciable. La même substance est employée aussi dans les cas où nous avons besoin de provoquer une rubéfaction de la peau qui ne persiste que peu de temps.

Pour produire la rubéfaction de la peau, on imbibe d'Ammoniaque un morceau de flanelle que l'on promène sur la partie en frottant assez fortement. Quand l'Ammoniaque marque de 18 à 23 degrés, cinq minutes suffisent pour produire l'effet désiré sur une peau fine et vasculaire; mais il faut employer un temps beaucoup plus long lorsque l'alcali est faible, et que l'épiderme est sale ou épais. L'érythème déterminé par ce moyen dure rarement plus de deux heures.

MÉDICAMENTS IRRITANTS

Lorsque l'on veut produire la vésication, on doit s'y prendre différemment. Divers procédés ont été conseillés. On frotte la partie avec une Uanelle ou un morceau de linge, jusqu'à ce que l'épiderme se soulève. Ce moyen réussit assez bien ; mais il n'est applicable que sur les malades privés de sentiment; car, lorsque la sensibilité eBt intacte et que le derme est mis à nu dans quelques points, le contact de l'alcali volatil détermine des douleurs excessives. Quelques personnes imlùbent d'Ammoniaque un morceau de papier brouillard, mais sans aucun résultat. Nous nous servons quelquefois du procédé suivant : nous taillons une compresse en huit ou dix doubles, de la forme et de la grandeur que nous désirons; nous l'imbibons d'Ammoniaque à 22 degrés au moins, et nous l'appliquons sur la partie ; puis, de minute en minute, et à mesure que l'Ammoniaque s'évapore, nous en mettons une nouvelle quantité, de manière à tenir toujours la compresse complètement imbibée.

Un quart d'heure suffit ordinairement pour produire la vésication. Toutefois, il arrive encore assez souvent qu'on attende inutilement une demi-heure et même une heure avant d'obtenir l'effet désiré. Cela tient sans doute à ce que l'Ammoniaque qui est en contact avec la peau perd promptement son activité à cause de la rapide volatilisation du gaz ; ce qui tend à le prouver, c'est que si le gaz ammoniac est retenu par un corps gras, tel que l'huile, et surtout l'axonge, la vésication a lieu beaucoup plus promptement que lorsqu'on emploie le moyen indiqué plus haut. Le docteur Boniface a imaginé un excellent moyen pour empêcher la volatilisation de l'Ammoniaque : il imbibe d'alcali volatil une rondelle d'agaric officinal. Or, on sait qu'une des surfaces de l'agaric est molle et spongieuse, tandis que l'autre est dense et lisse. Il applique sur la peau la surface spongieuse, et, l'imperméabilité de l'autre surface empêchant que le gaz ne s'échappe, la vésication s'effectue avec presque autant de rapidité que si l'on s'était servi d'un Uniment ammoniacal ou d'une pommade.

M. Bretonneau se sert depuis longtemps d'un dé à coudre, que l'on remplit d'un morceau de coton cardé imbibé d'Ammoniaque ou d'une petite cupule de fer-blanc, ce qui revient au môme.

Ce mode d'application rend aussi plus active la pommade ammoniacale, et nous conseillons de l'employer.

Il était d'autant plus important d'insister sur ces 'moyens, que la préparation de la pommade ammoniacale est longue et très-difficile, et qu'il est quelquefois nécessaire de ne pas perdre un instant.

Lorsqu'on veut employer la pommade ammoniacale, on la prend avec une spatule, et on la modèle en une petite masse, dont le dianïètre dépasse rarement celui d'une pièce d'un franc. Au moment oh. elle est appliquée sur la peau, elle produit un sentiment de froid qui ne dure qu'un instant, et qui est remplacé par un sentiment de chaleur auquel, deux ou trots minutes après, succède celui de la cuisson. Cette sensation n'est pas, à beaucoup près, aussi pénible qu'on pourrait le présumer, d'après

AMMONIAQUE. 4?5S la rapidité avec laquelle se fait la vésication ; elle est portée à un si faible degré, que jamais les malades ne témoignent de véritable douleur. Trois, cinq, dix ou quinze minutes après l'application de la pommade, l'épiderme est soulevé. 11 y a pourtant des différences nombreuses qui dépendent surtout du siège du vésicatoire et de l'activité de la pommade. Du reste, il faut attendre, avant d'enlever la pommade, qu'on voie apparaître autour d'elle une petite auréole rouge. Cet érythème est l'indice certain que la phlyctène commence à se former, et, en laissant l'Ammoniaque plus longtemps en contact avec la peau, on risquerait de produire une eschare superficielle.

Lorsque la pommade est enlevée, tantôt on trouve l'épiderme soulevé et ne formant qu'une seule bulle, tantôt il est ridé, et la sérosité est renfermée dans plusieurs cellules : dans ce dernier cas, il est utile d'exercer préalablement quelques frictions sur l'épiderme; on le détache ainsi d'une manière plus complète, et les plis qu'on lui fait subir permettent de le saisir avec l'ongle et de l'arracher avec plus de facilité. Le derme mis à nu doit être d'un rouge pâle ; mais, s'il est d'un rouge vif et s'il est marbré de petites ecchymoses, il faut en conclure que l'Ammoniaque est restée trop longtemps appUquée, et, en effet, il se forme une eschare superficielle.

Le plus souvent, les vésicatoires ammoniacaux sont faits dans le but de mettre sur le derme dénudé des médicaments qui soient absorbés. Or, quand la substance médicamenteuse a été placée sur la plaie, nous pansons de la manière suivante : une petite rondelle de taffetas ciré est appliquée immédiatement; elle est destinée à entretenir l'humidité et à empêcher que la surface du vésicatoire ne se dessèche ; on la recouvre ensuite d'un morceau de taffetas d'Angleterre qui la déborde.

Au second pansement, on trouve la surface du vésicatoire recouverte d'une fausse membrane d'un blanc jaunâtre, qui fait quelquefois saillie au-dessus de la peau, et qui, d'autres fois^, plus mince, reste au niveau de l'épiderme, ou paraît même enfoncée. Cette fausse membrane, dont l'existence est constante lorsque le pansement a été fait suivant le mode que nous avons indiqué, varie seulement par ses divers degrés d'épaisseur, toujours en raison de l'activité de la pommade, de la durée de son application, et du temps qui s'est écoulé entre le premier et le second pansement. Il est indispensable d'enlever cette fausse membrane, autrement l'absorption se ferait mal.

Pendant'les trois premiers jours, la fausse membrane qui se reproduit à chaque pansement s'enlève avec facilité ; mais, le quatrième et le cinquième, elle finit par adhérer intimement au derme et par subir une espèce d'organisation. Vers le sixième jour, on n'aperçoit plus qu'une cicatrice rougeâtre qui disparaît complètement après un temps plus ou moins long.

Lorsque la pommade est restée trop longtemps en contact avec la peau il s'est produit une eschare superficielle qui ne se détache qu'avec difli-

m MÉDICAMENTS IRRITANTS.

culté, et qui laisse souvent après elle une cicatrice indélébile. Ainsi, lorsqu'on veut employer l'Ammoniaque comme caustique, on laisse la pommade en contact avec la peau pendant une demi-heure et même davantage. Toutefois, ce moyen de cautérisation est beaucoup moins rapide et moins sûr que l'emploi combiné de la potasse et de la chaux.

L'action rubéfiante de l'Ammoniaque est tous les jours employée pour aviver les plaies et les fistules, pour exciter la peau dans le but de guérir les engorgements chroniques, les douleurs rhumatismales, ou seulement pour provoquer sur une partie une fluxion dérivative.

Son action cautérisante a été mise à profit contre le tic douloureux, par M. Herber de Nestaesten, à l'exemple de Thilenius [Biblioth. méd., t. XLIII, p. 102), et contre les maux de dents dus à la carie. M. Gondret {Considérations sur l'usagedu feu ctsur un nouvel épispadque, Paris, 1819) s'en est servi, dit-il, avec quelques succès pour cautériser profondément la peau du crâne, dans le but de guérir des affections chroniques du cerveau, les cataractes commençantes, l'amaurose, etc., etc.

On avait vu que l'Ammoniaque mise en petite quantité dans un collyre était fort utile dans le traitement d'un grand nombre d'ophthalmies, soit aiguës, soit chroniques; l'analogie engagea Pringle à la conseiller contre l'angine à la dose de 13 à 30 grammes dans un gargarisme de SOO grammes ; et, de nos jours, nous avons vu M. Gondret traiter la teigne par des lotions ammoniacales très-actives ; médication qui réussissait sans doute, mais qui faisait acheter la guérison par d'insupportables douleurs. M. Girard, de Lyon, l'indique étendue d'eau comme propre à prévenir l'inflammation dans les cas de brûlure; et MM. Mérat et de Lens ont usé du même moyen pour guérir les flueurs blanches simples en mettant dans le liquide de l'injection un peu plus d'Ammoniaque. Lavagna, au contraire, produisait un écoulement leucorrhéique de la vulve et du vagin, à la suite duquel la fluxion menstruelle ne tardait pas à s'établir. C'est ainsi qu'il traitait l'aménorrhée, et Nisato s'applaudit d'avoir suivi cette méthode. L'injection dont il se servait était formulée de la manière suivante : lait, 500 grammes; Ammoniaque, de 8 à 13 grammes.

M. Aran, qui a souvent répété les injections ammoniacales proposées par Lavagna et par Ashwel, affirme qu'elles lui ont donné des résultats très-remarquables chez des jeunes filles vierges, chez lesquelles l'établissement des règles se faisait avec difficulté. Il met 10 à 12 gouttes d'Ammoniaque dans 30 à 43 grammes de lait tiède, il augmente de 3 goutteschaque jour jusqu'à ce que l'action irritante soit devenue difficile à sup. porter ; on peut aller ainsi jusqu'à 30 à 60 gouttes chez les personnes peu irritables. Les injections sont prises le soir en se couchant, dans une situation telle que le liquide soit retenu pendant 10 minutes au moins ; on les répète plusieurs jours de suite, et quelquefois deux fois par jour.

Mais si l'Ammoniaque, employée comme médicament topique, a réussi à rappeler les règles, La Pira, au contraire, la regarde comme hémosta-

AMMONIAQUE. 457 tique lorsqu'elle est étendue de quatre parties d'eau; et Girard, de Lyon, la prescrit en injections à la dose de 4 grammes par livre d'eau contre le cancer ulcéré de la matrice, dont elle supprime l'odeur, calme les douleurs et modère l'hémorrhagie.

Enfin, on a conseillé et on emploie vulgairement l'Ammoniaque pure ou étendue d'eau pour cautériser ou pour laver les plaies faites par des animaux enragés ou venimeux, médication inutile, comme l'ont démontré surabondamment les expériences de l'illustre Fontana, et nuisible en ce sens qu'elle peut inspirer une funeste sécurité, et empêcher que l'on ne fasse usage de moyens plus actifs.

Le carbonate et le chlorhydrate d'Ammoniaque sont les seuls sels ammoniacaux dont se serve la thérapeutique chirurgicale. Appliqué à l'extérieur, le carbonate peut, comme l'Ammoniaque, produire promptement tous les degrés de l'irritation, depuis la rubéfaction jusqu'à la cautérisation. Chaussier le croyait même préférable à la pommade de Gondret, qui perd en peu de jours ses propriétés. (Mérat et de Lens, Dictionn. de Mat. méd., t. I, p. 245.)

Le chlorhydrate est employé extérieurement dans les mêmes circonstances que l'Ammoniaque, à cela près qu'il ne pourrait produire la cautérisation. C'est surtout comme stimulant local qu'on le prescrit, dissous dans l'eau, dans des décoctions excitantes, dans du vin rouge. Une so lution d'hydrochlorate d'Ammoniaque est un des résolutifs les plus puissants, et que l'on emploie surtout dans les cas de contusion, de fracture, d'entorse, d'engelures, d'engorgements chroniques, scorbutiques, de tumeurs de diverses natures, etc. On en fait dissoudre de 15 à 60 grammes dans 1,000 grammes de liquide, suivant les propriétés plus ou moins excitantes qu'on veut communiquer à celui-ci.

L'usage externe de l'Ammoniaque a été encore préconisé par quelques médecins, entre autres M. Ducros (de Sixt), qui, dans le traitement de l'asthme nerveux, du catarrhe capillaire, de la coqueluche et du hoquet spasmodique, ont porté sur la membrane muqueuse du pharynx un pinceau imbibé d'Ammoniaque liquide. Chez quelques malades susceptibles, l'inspiration immédiate du gaz ammoniac qui se fait au moment de l'application du médicament détermine un spasme de la glotte tel, que la respiration peut rester suspendue pendant plusieurs secondes, et que la vie semble menacée gravement.

Aussi cette cautérisation du pharynx doit-elle être faite d'abord avec de l'Ammoniaque très-faible, et plus tard seulement avec de l'Ammoniaque concentrée. Quelques médecins obtiennent les mêmes résultats en cautérisant la voûte palatine.

Notre opinion est que ce dernier procédé doit être généralement préféré, par la raison que, sans faire courir au malade les mômes dangers que la cautérisation pharyngienne, il donne exactement les mêmes résultats.

Pour faire cette cautérisation, on se sert d'un pinceau qu'on commence par tremper dans l'Ammoniaque liquide, puis légèrement dans l'eau.

MÉDICAMENTS IRRITANTS

Après l'avoir flairé pour s'assurer que les vapeurs qui se dégagent ne sont pas trop abondantes, on le porte sur le voile du palais ou sur la voûte palatine, que l'on badigeonne très-rapidement. Trois ou quatre secondes suffisent.

Après un moment d'anxiété plus ou moins vive, et après une quinte de toux suivie de l'expectoration plus ou moins abondante de mucosités striées de sang, le m.ilade, revenu à lui-môme, accuse le plus souvent un soulagement assez notable, par la cessation de la dyspnée, et l'éloignemcnt, s'il en existait, des accès de sufTocation. Le plus souvent, sans doute, cette rémission n'est que temporaire, mais il n'en est pas moins vrai que dans un certain nombre de cas l'attaque d'asthme se trouve enrayée, et, à en croire quelques médecins, on aurait même obtenu par ce moyeu quelques guérisons complètes.

Disons enfin que le procédé le plus simple, et celui dont nous faisons le plus habituellement usage, consiste à tenir dans la chambre des malades un vase contenant de l'eau dans laquelle on aura versé de l'Ammoniaque, et ce moyen nous donne souvent de bons résultats dans l'asthme nerveux, dans la coqueluche et dans le catarrhe capillaire.

USAGE INTERNE DE l'aMMONIAQUE.

Action physiologique. — On a fait de l'Ammoniaque un usage peutêtre trop imprudent en médecine ; il s'en faut de beaucoup qu'on accorde aujourd'hui à ce médicament la confiance qu'il avait usurpée dans le courant du siècle dernier.

En administrant à l'intérieur l'Ammoniaque à doses qui ne puissent pas produire d'effets toxiques, on développe chez le sujet de l'expérience, des phénomènes assez remarquables : un sentiment d'excitation générale se manifeste promptement, la circulation s'accélère, la peau s'échauffe et se couvre de sueur ; la sécrétion des membranes muqueuses, celle des reins deviennent plus abondantes. Cet état dure peu, et il est peu de substances dont l'action soit aussi passagère.

Les thérapeutistes ne pouvaient manquer d'utiliser ces propriétés ; aussi l'Ammoniaque fut-elle employée avec avantage dans le cas oii il était urgent d'exciter l'organisme, par exemple, lorsque le défaut de réaction vitale ne permettait pas à une éruption cutanée de se porter au dehors, ou quand, dans le cours d'une maladie grave, une profonde prostration mettait les malades en un péril imminent. Toutefois, on ne peut se dissimuler que, même lorsque l'emploi de l'Ammoniaque paraît le mieux indiqué, on n'atteint pas souvent le but qu'on se propose, et que plus souvent encore on le dépasse. C'est ainsi que les phénomènes d'excitation nerveuse remplacent la stupeur et jettent le malade dans un danger aussi grand que celui dont on venait de le tirer. (Récamier, Leçons orales sur le choléra.)

Mais, si l'on ne peut pas toujours calculer la portée de ce médicament

AMMONIAQUE. .iaO

lorsque toutes les fonctions sont profondément troublées, il n'en est pas de même quand on l'administre à des malades chez lesquels une affection locale peu sérieuse n'entraîne pas de graves désordres secondaires. Ainsi, dans le rhumatisme, dans la syphilis constitutionnelle, dans toutes les circonstances, en un mot, oîi l'on doit provoquer la sueur, on administre avec un grand avantage l'Ammoniaque (Brachet, De l'emploi de l'opium dans les phlegmasies, 1828). Dans tous ces cas, l'Ammoniaque s'administre dans un julep, à la dose de quinze gouttes, de 2 et même de 4 grammes, dans les vingt-quatre heures. De même, on facilite singulièrement l'éruption menstruelle, surtout quand elle est douloureuse, par l'emploi de l'alcali volatil (Nisato).

11 est pourtant une observation pratique qu'il ne faut pas perdré 3e] vue. Administrée à doses trop élevées, l'Ammoniaque liquide peut occasionner des hémorrhagies diverses, telles que des hémoptysies plus ou moins graves, avec affaiblissement général. De plus, l'usage longtemps continué des préparations ammoniacales jette dans un état cachectique fort grave, suivant la remarque d'Huxham {loco citato), et il faudrait craindre de confondre la modification organique dont nous voulons parler ici avec la cachexie mercurielle, syphilitique, scorbutique ou chlorotique, avec laquelle elle a, d'ailleurs, tant de ressemblance, et qu'elle aggraverait très-probablement.

Il est fort remarquable, d'une part, que tous les animaux empoisonnés par l'Ammoniaque, ou par tout autre alcali, aient le sang tout à fait incoagulable, et, d'autre part, que cette altération du sang, qui amène, il est vrai, à la longue, la cachexie dont nous parlions tout à l'heure, soit probablement la cause des modifications de sécrétion de presque tous les organes glanduleux. Nous voyons, en effet, que, sous l'influence de l'Ammoniaque, l'expectoration devient moins visqueuse, les urines coulent plus claires et plus abondantes, le lait lui-même devient, chez les nourrices, plus ténu qu'il n'était auparavant. Or, on conçoit maintenant pourquoi l'Ammoniaque se donne avec tant d'avantage dans les catarrhes accompagnés de dyspnée, dans les engorgements laiteux, dans les cas de leucophlegmasie.

Maladies spasmodiqnes. — Gullen regardait l'Ammoniaque comme le meilleur antispasmodique. M. Levrat-Perroton l'a préconisée contre la coqueluche. On l'a conseillée dans le cas de migraine, à la dose de cinq ou six gouttes dans une infusion de tilleul ou de feuilles d'oranger. M. le docteur Baraillier, de Toulon, affirme que dans les accès de céphalalgies nerveuses le chlorhydrate d'Ammoniaque procure un soulagement presque immédiat; il administre dans ce cas 3 grammes en trois fois à une demi-heure d'intervalle dans une potion. Nous ne parlerons pas des avantages de l'Ammoniaque dans la paralysie. Il est trop évident que l'on ne peut ajouter grande confiance à ce que dit Bichat à cet égard, d'après Jahan delà Chesne [Journ. de méd., t. XIX, p. 2G0). Fournier Pescay et François d'Auxerre l'ont regardée comme le moyen le moins

/,G0 MÉDICAMENTS IRRITANTS

infidèle dans le traitement du tétanos (Dici. des Sciences méd., t. LV p. 31); lorsque, par ce moyen, on veut combattre le tétanos, la dose de l'Ammoniaque doit être considérable, on peut la porter chaque jour jusqu'à 15 grammes, que l'on a soin de fractionner.

M. Martinet a pensé même quel'épilepsie pouvait être prévenue par ce médicament ; la condition de succès, c'est que l'attaque soit précédée de prodromes, et que, pendant ces prodromes, le malade avale rapidement une certaine dose d'une potion ammoniacale qu'il porte toujours sur lui.

Diabète. — Nous avons vu plus haut, en parlant de la soude et de la potasse, que ces agents avaient été employés, en tant qu'alcalins, dans le diabète du traitement sucré. Déjà quelques médecins, frappés de la sécheresse de la peau chez les diabétiques, et croyant solliciter les sueurs avec l'Ammoniaque ou le carbonate d'Ammoniaque, avaient donné cet agent comme sudorifique ; et, en effet, ils obtinrent un amendement qu'ils attribuèrent à l'action diaphorétique du médicament, tandis qu'il fallait plutôt l'attribuer à ses qualités alcalines.

Hodges {London Med. Gaz.) cite l'histoire d'une jeune fiUe de dix-sept ans, diabétique à un très-haut degré, et qui rendait jusqu'à 12 litres d'urine en vingt-quatre heures. Il administra d'abord 25 centigrammes de carbonate d'Ammoniaque toutes les trois heures; en même temps il donnait, pour alimentation exclusive, du café, du lard, de la viande, des végétaux non sucrés. La maladie fut amendée en quatre jours, et guérie en deux mois et demi.

M. Barlow a une autre théorie qui se rapproche de la véritable. Il pense, et cette manière de voir lui appartient exclusivement, que l'augmentation dans la quantité de l'urine doit être rapportée à' la propriété diurétique du sucre, c'est-à-dire à l'action excitante que ce corps exerce sur les reins.

Il prescrit le sesquicarbonate d'Ammoniaque à la dose de 25 à 30 centigrammes et môme davantage, avec quelques gouttes de teinture d'opium dans une infusion amère, et il fait répéter cette prise toutes les six heures- Avec cela, la diète animale et l'usage des plantes dites antiscorbutiques.

Il rapporte quatre observations à l'appui de ce traitement thérapeuticohygiénique ; mais il a soin, d'ailleurs, d'avertir qu'il est bien éloigné de présenter cette médication comme devant être couronnée de succès dans i tous les cas. (British and foreign médical Revicw, octobre 1841.) 1

Syncope. — L'Ammoniaque, ou plutôt la vapeur ammoniacale, est employée tous les jours dans le cas de syncope, ou lorsqu'à la suite d'une J affection cérébrale quelconque un malade tarde à reprendre l'usage de ses sens. 11 est inutile de faire ressortir les graves inconvénients qui 1 peuvent résulter de l'inspiration longtemps prolongée de la valeur ammoniacale. Sans doute, on doit exciter par ce moyen la membrane muqueuse du nez et du larynx ; mais les observations de Majault {Réflexions sur quelques préparations chimiques, etc.; Paris, 1779, in-8°), celles de

AMMONIAQUE. 4G1 Fourcroy [Encycl. mêth.), de Pcrcy {Bull, de la Faculté de Paris., 1815, p. 517), prouvent que l'emploi d'un moyen aussi énergique et aussi dangereux ne devrait pas être confié, comme cela se pratique tous les jours, à des mains inhabiles et imprudentes.

Cependant, on doit dire qu'un observateur digne de quelque confiance. Sage, a rappelé rapidement à la vie des animaux qu'il avait asphyxiés par l'acide carbonique, en leur faisant parvenir de la vapeur ammoniacale dans les bronches et dans les fosses nasales. Agissait-il ici simplement en stimulant les nerfs qui se distribuent à ces organes, ou bien en neutralisant l'acide contenu dans les canaux aérifères.

Pneumatose. — Cette action neutraUsante de l'Ammoniaque a été employée avec beaucoup de bonheur par les vétérinaires dans le cas de distension gazeuse de la panse chez les ruminants [Bulletin des Se. méd. de Férussac, mai 1826). On administre à l'animal un breuvage contenant une grande quantité d'Ammoniaque, qui, se combinant avec le gaz acide carbonique, qui distend le rumen, fait immédiatement disparaître le météorisme, en même temps qu'elle suspend la fermentation dans la masse alimentaire. Cette médication doit passer dans la thérapeutique de l'homme, surtout si l'on a égard aux expériences des chimistes, qui prouvent que l'acide carbonique est, pour la plus grande part, dans les gaz qui se développent naturellement ou accidentellement dans les voies digestives. Certes, on conçoit l'utilité que pourraient avoir les potions ammoniacales ou des lavements de même nature dans le traitement de certains météorismes.

Acescence. — C'est encore de la même manière qu'agit l'Ammoniaque dans le traitement des empoisonnements par les acides, et dans celui des acidités de l'estomac : la formule que conseille M. Chevallier, pour ce dernier cas, est la suivante : eau distillée, 150 grammes ; eau distillée de menthe, 15 grammes; Ammoniaque, 3 gouttes : à prendre en une ou deux fois [Journal des connaissances méd.-chir., 1. 1, p. 342).

Alcoolisme. — Mais c'est surtout dans le cas d'empoisonnement par l'alcool et par les virus animaux que l'on a exagéré, de la manière la plus ridicule, pour ne pas dire la plus mensongère, les vertus de l'alcali volatil. Sans doute, dans l'ivresse légère, comme le prouvent les observations de Girard et celles de Chevalier [Revue médicale, novembre 1823), de Piazza [Bull, de thérap., t. VII, 1834), on retire de bons effets de l'emploi de l'Ammoniaque, à la dose de 15 à 20 gouttes dans un verre d'eau sucrée, quoique Chantourelle invoque aussi des faits pour combattre cette opinion ; mais quand l'ivresse est portée à un haut degré, il est trop vrai que l'alcali volatil est insuffisant ; toutefois, nous devons dire que M. Rigal (Arc^. gén. de Méd., t. XVII, p. 601) cite l'histoire d'un mendiant ivre-mort que l'on ne put rappeler à la vie qu'en lui faisant avaler d'abord 8 gouttes, et puis 4 gouttes d'Ammoniaque.

M. Tessier, de Lyon, qui a une très-grande confiance dans l'Ammoniaque, et qui la considère comme un de nos meilleurs alexipharmaques,

MÉDICAMENTS IRRITANTS

prétend l'avoir employée avec avantage contre certaines lésions permanentes, résultant de l'abus des liqueurs alcooliques, telle que l'amblyopie. 11 ajoute qu'il en a observé de très-bons effets dans les maladies causées par les émanations de feuilles de tabac.

Après avoir inutilement eu recours à tous les moyens qui ont été successivement recommandés jusqu'ici dans le traitement de la chorée des ivrognes, M. Scharn a pensé que cette maladie, n'étant autre chose que l'ivresse elle-même parvenue à son apogée, devait être traitée par les mêmes moyens qui réussissaient contre cette dernière, et que, par conséquent, l'Ammoniaque devait être parfaitement apte à remplir toutes les indications qui sont susceptibles de se rencontrer dans les cas de ce genre.

Partant de cette idée évidemment fausse, ce médecin a prescrit contre le delirium tremens la liqueur ammoniacale pyro-huileuse, ou plus simplement le succinate ammonique.

A l'aide de ce simple moyen, il a vu, dit-il, les accidents les plus graves, le délire le plus furieux, céder comme par enchantement après quelques heures de traitement, et sans qu'il ait été besoin de recourir à l'emploi d'aucun agent thérapeutique. Ultérieurement, M. Brachet, de Lyon, a aussi préconisé l'Ammoniaque liquide à la dose de 45 gouttes dans un verre d'eau contre le délirium tremens (Casper's Woschenschrift).

Empoisonnement par les venins. — Quant à la réputation, même

populaire, que l'Ammoniaque a acquise dans le traitement des empoisonnements par morsures d'animaux venimeux, elle se fonde sur le fait célèbre de Bernard de Jussieu, fait si mal observé et si mal jugé. Vainement Fontana, le toxicologiste le plus logicien, l'expérimentateur le plus ingénieux et le plus habile, a-t-il démontré la puérilité de l'observation de Jussieu {Exp. sur le venin de la vipère) ; vainement a-t-on constaté mille fois que la morsure de la vipère et que les blessures faites par la plupart des insectes venimeux causent rarement la mort, on n'en a pas moins persisté à croire que l'eau de Luce et l'Ammoniaque empêchent de mourir le petit nombre de malades à qui on les administre. Quant à nous, nous n'avons jamais vu l'usage externe ou interne de l'Ammoniaque modifier, en quoi que ce fût, les symptômes de l'empoisonnement causé par les blessures des animaux venimeux ; et, loin de p<artager l'opinion de Manglini {sul Veneno délia vipera, m-i°, 1809), de Sonnini [Journ. de Physique, 1776, t. VIII, p. ■474), de Sage, nous nous rangeons, au contraire, à celle de Fontana et de Gaspard {Journ. de Phys. de Magendie, t. I, p. 248), qui pensent que l'Ammoniaque et ses combinaisons, telles que l'eau de Luce, etc., sont nuisibles, ou tout au moins inutiles.

Empoisonnement par l'acide cyanhydrique. — Ce que nOUS venonS

de dire peut s'appliquer encore à l'empoisonnement par l'acide hydrocyanique. Nous avons été témoins des expériences de Dupiiy, d'Alfort, expériences qui tendaient à démontrer l'utilité de l'alcali volatil et du

AMMONIAQUE. m

carbonate d'Ammoniaque dans le traitement de cet empoisonnement. Nous pouvons affirmer qu'un cheval empoisonné par 36 gouttes d'acide prussique de Scheele guérit spontanément au bout de deux heures, et que le même cheval, empoisonné le lendemain de la même manière, et traité un quart d'heure après par le carbonate d'Ammoniaque, guérit encore comme la veille, mais resta un peu plus longtemps malade ; et cependant ce fait singulier, dont on omit les circonstances les plus importantes, exerça sur l'esprit des médecins la même influence que celui de Bernard de Jussieu, et l'Ammoniaque fut regardée comme l'antidote de l'acide hydrocyanique, aussi à juste titre qu'elle l'avait été des venins de la vipère, du scorpion, de l'abeille, etc., etc.

COMPOSZS AMMONIACAUX.

On emploie, surtout en médecine, trois sels ammoniacaux, le carbonate, l'acétate et l'hydrochlorate d'Ammoniaque.

CARBONATE d'amMONIAQUE.

Ce sel, fortement alcalin, ne doit ses propriétés thérapeutiques qu'à l'Ammoniaque. Aussi, ne voyons-nous rien qui lui soit spécial. 11 s'administre à dose deux fois plus considérable que l'Ammoniaque.

En Angleterre, on emploie ce sel dans les cas de syncope, d'épilepsie ; on le fait respirer avec précaution aux malades : il est placé dans un flacon à large ouverture, bouché à l'émeri, et le sel est aromatisé avec des essences diverses.

Peyrilhe et, après lui, Biett, avaient obtenu des résultfits favorables de l'emploi du sous-carbonate d'Ammoniaque dans quelques formes invétérées de syphiUs et notamment dans les syphilides.

C'est à leur exemple que M. Cazenave a proposé ce médicament comme succédané des préparations arsenicales dans certaines affections squammeuses, tels que le psoriasis et la lèpre vulgaire. Il fait prendre chaque jour de une à trois cuillerées à bouche du mélange suivant : sous-carbonate d'Ammoniaque, 2 grammes; sirop sudorifique du Codex, 200 grammes. Après un intervahe de trois à huit jours, on voit les squammes se détacher; celles qui se reforment sont de plus en plus minces et ternes ; les plaques qui les supportent s'affaissent, la rougeur s'éteint et s'efface ; et, au bout d'un temps plus ou moins long, la guérison est complète et €t souvent durable [Annales des mal. de la peau, oct. 1831).

ACÉTATE d'ammoniaque.

Ce que nous venons de dire du carbonate d'Ammoniaque pourrait s'appliquer aussi à l'acétale. Cependant, on ne peut passer sous silence ce

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qu'ont dit de l'esprit de Minderer, Boerhaave, Cullen, Selle et tant d'autres. Tous ces écrivains et ceux de notre époque s'accordent à reconnaître à l'acétate d'Ammoniaque la propriété de rendre plus active la circulation, les sécrétions, etc., etc., propriété qui lui est commune avec l'alcali volatil (Cullen, A]at. méd., t. Il, p. 366; Selle, Obs. de méd., p. 70). Quant à l'influence de ce médicament sur l'ivresse (Mazuyer, Gazette de Santé, novembre 1826), sur la migraine (Ibid.), sur les douleurs utérines qui accompagnent la fluxion menstruelle, elle n'a rien qui ne paraisse conforme à ce qui a déjà été dit de l'Ammoniaque. Cependant l'acétate d'Ammoniaque a été employé, dans ces derniers temps, d'une manière plus spéciale, comme sédatif de l'action de l'utérus. M. Patin a rapporté diverses observations qui tendent à prouver que ce médicament, administré dans le cas de menstruation excessive, trop fréquente, d'hémorrhagies utérines provenant même de cancer utérin, diminue l'abondance ou la fréquence de l'écoulement. On donne alors le médicament à la dose de 15 grammes dans les vingt-quatre heures en quatre prises. L'ucétate d'Ammoniaque, suivant le môme médecin, lui a réussi souvent dans le cas de menstruation difficile, douloureuse. L'administration du médicament fait cesser les douleurs et facilite par là l'écoulement. On peut donner 50 à 72 gouttes, divisées en deux doses et mêlées à une verrée de liquide sucré. Aussitôt que les douleurs, les malaises de l'époque menstruelle se font sentir, on fait prendre une première dose, et, une demi-heure après, on donne la seconde dose, s'il en est besoin, dose qu'on pourrait augmenter suivant l'intensité des symptômes.

Il rapporte encore un cas de nymphomanie très-avantageusement traité par le même moyen. Puis, passant à quelques inductions analogiques, il pense que l'acétate d'Ammoniaque pourrait encore être très-utile aux femmes disposées à l'avortement par suite de l'afflux du sang vers l'utérus, dans les inflammations de la matrice et des ovaires, dans les lésions organiques de ces parties (Arch. gén. de Méd., t. XVIII, p. 217).

Le chlorhydrate d'Ammoniaque ne diffère non plus des composés précédents par aucune propriété spéciale, comme on peut s'en convaincre par ce qu'ont dit Frédéric Hoffmann et Arnold de son influence sur la sécrétion pulmonaire {Journal complémentaire, t. XXVI, p. 300), Kortunn, Kuntzmann, des avantages qu'il présente dans le traitement du rhumatisme, etc. Aussi n'insisterons-nous pas davantage sur ce médicament ; seulement, nous devons dire qu'il était jadis souvent employé dans le traitement des fièvres intermittentes (StoU) ; mais, le plus souvent, on l'associait, dans ce cas, au quinquina ou à quelque amer.

Toutefois, nous ne passerons pas sous silence l'emploi qui a été fait de ce sel dans la dysphagie spasmodique, parle docteur Fischer. Il le donne dans ce cas à la dose de 125 centigrammes toutes les deux heures, et dans le fait qu'il rapporte le moyen fut continué pendant onze semaines (^Arch. gén. de Méd., t. II, p. 118).

Le chlorhydrate d'Ammoniaque jouit d'une très-grande réputation

AiMMONIAQUE. iCjy,

parmi los médecins allemands, comme résolutif dans les bronchites chroniques.

M. le docteur Delvaux, de Bruxelles, dit en avoir retiré de très-bons résultats à la dose de 1 gramme à 3 grammes dans les vingt-quatre heures. Ce sel provoque ordinairement une forte transpiration, des urines abondantes. Sous l'influence de ce moyen, la dyspnée diminue, la toux devient moins fatigante, l'expectoration plus facile et moins abondante, et l'appétit ne tarde pas à renaître [Journal de Bruxelles, 1854).

M. Ruete, de Gœttingen, préconise le sel ammoniac (chlorhydrate d'Ammoniaque) comme puissant préservatif contre la suppression de la sueur des pieds. Il en a, dit-il, éprouvé l'infaillibilité par des expériences nombreuses dans les cas môme les plus opiniâtres.

Quand la sueur des pieds est supprimée, particulièrement chez des goutteux ou chez les malades affectés de rhumatismes, qui d'ordinaire ne supportent pas les bains de pieds, et ont besoin que la transpiration soit promptement rétablie. M. Ruete a constamment obtenu en peu de jours, au moyen du procédé suivant, les plus heureux résultats. On saupoudre un bas avec une petite cuillerée de sel ammoniac et deux fois autant de chaux vive; le malade met ce bas le soir avant de se coucher, et le conserve toute la nuit. Dans les cas les moins graves, il suffit de réitérer quelquefois ce procédé ; dans les cas opiniâtres, il est nécessaire aussi de préparer le bas le matin pour le porter dans la journée.

Dans ce mélange, l'acide salin s'allie à la chaux, el l'Ammoniaque dégagée doit être regardée ici comme le principe le plus efficace. Les pieds éprouvent une chaleur agréable, une légère cuisson, de la démangeaison^ et une abondante sueur ne tarde pas à paraître [Encycl. des Se. médic, Extrait des journaux allemands. 3' cahier, juillet 1839).

P/tosphate d'Ammoniaque. — Ce sel a été conseillé par Buckler (de Baltimore), qui le considère comme très-efficace contre la goutte, le rhumatisme, et contre toutes les maladies aiguës ou chroniques qui dépendent de la diathèse urique. MM. Edwards et Mattei (de Bastia) ont appuyé cette opinion. M. Delioux de Savignac {Die t. encyclopédique, art. Ammoniaque) dit que ses expériences lui ont montré que, dans le rhumatisme articulaire aigu traité par ce moyen, les urines devenaient limpides et ne déposaient plus d'acide urique. Ce sel a été donné à la dose de 2 à 16 grammes et jusqu'à 20 grammes dans le diabète sucré (Bouchardat).

Valérianate d'Ammoniaque. — Conseillé par Pierlot, ce médicament, selon MM. Moreau (de Tours) et Mesnel, serait appelé à jouir d'une certaine vogue dans les névroses. Dose, 4 grammes par jour dans une potion.

MÉDICAMENTS IRRITANTS

CHLORE

Le Chlore est un corps simple découvert en 1771 par Sclieele, qui lui donna le nom d'acide marin déphlogistiqué (il était alors regardé comme un corps composé) ; plus tard, BcrthoUet le désigna sous celui d'acide murialique oxygéné; enfin le nom de Chlore, du grec x^^f'^i, ^^^'^> '"i donné par Ampère.

■ Le Chlore est en effet de couleur jaune verdàtre ; il est gazeux; mais il peut être obtenu liquide : son odeur est vive, pénétrante, presque suffoquante, caractéristique. L'eau en dissout deux fois son volume. Son affinité pour l'hydrogène est telle, qu'il l'enlève à un très-grand nombre de matières organiques qui ne peuvent exister sans cet élément : c'est ainsi que toutes les matières colorantes sont décomposées par lui, et laissent à leur place une matière plus ou moins brune qu'on pourrait croire identique dans tous les cas. Son action délétère s'explique de la mèmi' façon.

Sa densité est de 2,421.

Préparation. On obtient le Chlore par la réaction de l'acide chlorhydrique sur le peroxyde de manganèse. Il se fait de l'eau, du protochlorure de manganèse et du Chlore. (Voir les détails de l'extraction dans les traités de chimie.)

Chlore liquide.

(Eau chlorée, hydrochlore.)

Il offre tous les caractères et la plupart des propriétés du Chlore gazeux. Il contient ordinairement, avons-nous dit, deux fois son volume de Chlore (près de 3 grammes 1/2 par 500 grammes). Comme le Chlore gazeux, il possède aussi la faculté de décolorer et de désinfecter les matières végétales ou animales; enfin, il est fort employé comme réactif en chimie, et dans les recherches médico-légales.

Pour obtenir le Chlore liquide, on fait passer dans l'eau distillée le Chlore qui s'est produit en faisant réagir l'acide chlorhydrique sur le bioxyde du manganèse.

Mentionnons les principaux détails de l'opération. On met dans un matras ou dans une cornue de grès 125 parties de manganèse et 500 parties d'acide chlorhydrique; on adapte l'appareil de Woulf, et on chauffe graduellement. Le premier flacon doit contenir peu d'eau, destinée à laver le Chlore. La quantité de matière indiquée donne assez de Chlore pour saturer 1500 parties d'eau distillée. Le Chlore liquide marque 200 degrés chlorométriques; il doit ètreconservé dansdes flacons en verre jaune foncé ou revêtus de papier noir, pour le soustraire îi la lumière.

Le Chlore gazeux a été et est encore fort employé à l'intérieur en fumigations. Voici de quel appareil MM. Coltereau et Cannai se sont servis pour faire aspirer du Chlore, m.ôlé à la vapeur d'eau. Leur appareil, de la plus grande simplicité, se réduit à un flacon à trois tubulures. La tubulure moyenne est fermée par un bouchon percé par son centr.', dans lequel est ajusté un tube qui de l'extérieur plonge jusqu'au fond du flacon. L'une des tubulures latérales sert pour remplir le flacon ; on le bouche hermétiquement lorsqu'on a jeté dans l'appareil ce qu'on veut y mettre; l'autre est fermé d'un bouchon percé qui est traversé par un tube qui s'enfonce de quelques lignes seulement au delà de la partie interne du bouchon, et qui ressort en se coudant et en affectant une forme qui le rende facile à placer dans la bouche.

On met dans le flacon de l'eau à 33 degrés Cart., qui le remplisse à moitié seulement, puis on jette depuis 2 jusqu'à 10 et 15 gouttes de Chlore liquide.

Quand maintenant le malade aspire, l'air entre par la tubulure médiane, traverse l'eau qu'il agite, et se charge de vapeur contenant une quantité plus ou moins considérable de Chlore.

Le Chlore gazeux a été surtout employé comme moyen de désinfection. Guyton de Morveau, le premier, en a préconisé les avantages hygiéniques. Voici comme on le prépare (Codex) :

Fumigations désinfectantes.

(Fumigations guytoniennes.)

Pr. : Chlorure de sodium. ... 30 part.

Bioxyde de manganèse. . 10

.Acide sulfurique 20

Eau commune 20

Mêlez le Chlorure de sodium, l'oxyde de manganèse et l'eau dans une capsule (le verre ou de terre, et ajoutez ensuite l'acide sulfurique. Il se dégagera bientôt des vapeurs d'un jaune verdàtre qui deviendront plus abondantes.

Si l'on agite ce mélange, il convient d'employer à cet usage un tube de verre ou une baguette de porcelaine.

La pièce dans laquelle se fait la fumigation doit être tenue parfaitement close au moins pendant une demi-heure.

L'hydrochlore ou Chlore liquide est employé en potions. »

La formule la plus usitée est la suivante :

Pr. : Chlore liquide ... 15 à 20 goutt.

Eau 123 gram.

Sirop simple 32

Mêlez.

CHLORE

On le prescrit aussi sous forme de pommade faite avec 1 partie de Clilore liquide et 4 parties d'axonge.

Acide chlorhydrique.

(Acide hydrochlorique, muriatique, esprit de sel fumant, acide marin, acidum chlorhydricum, HCl.)

L'acide chlorhydrique existe naturellement en forte proportion dans les vapeurs acides qui s'échappent des volcans, et qui, se condensant, se dissolvent dans les eaux du voisinage auxquelles elles communiquent des propriétés acides trés-prononcées parfois, comme dans le Rio-Vinagre.

Cet acide est le résultat de la combinaison, à volumes égaux, de gaz hydrogène et de gaz Chlore. Il est gazeux, d'une odeur très-piquante, d'une saveur acre et caustique; il se liquéfie sous une pression de 40 atmosphères; sa densité est de l,2tj.

Le gaz chlorhydrique a une très-grande affinité pour l'eau; en contact avec la vapeur aqueuse de l'atmosphère, il s'en empare et produit des vapeurs blanches.

L'eau en dissout 480 fois son volume ou environ les trois quarts de son poids, et constitue ainsi l'acide i hlorhydrique liquide (acidum chlorhydricum aquâ soluium).

Pour l'obtenir, on décompose le chlorure de sodium par l'acide sulfurique à 66 degrés, et l'on fait passer le gaz h travers de l'eau. On se sert pour cette préparation de l'appareil de Woulf. Dans cette opération, l'eau de l'acide sulfurique est décomposée, l'oxygène se porte sur la base du sel marin, "et forme de la soude qui s'unit à l'acide sulfurique; l'hydrogène de l'eau se combine au Chlore, et l'acide chlorhydrique est ainsi formé.

Cet acide est fumant, incolore, et marque ordinairement 22 degrés Baumé. Dans cet état de concentration, il est caustique ; sa densité est de 1,17.

L'acide chlorhydrique est usité à l'intérieur et à l'extérieur. A l'état de pureté, il ne doit décolorer ni le sulfate d'indigo ni le permanganate de potasse. L'acide chlorhydrique mêlé à l'alcool prend le nom d'acide chlorhydrique alcoolisé ou espritde-sel dulcifié. Pour l'obtenir, on prend 1 partie d'acide et 2 parties d'alcool à 90 degrés.

Limonade muriatiqite (ou chlorhydrique).

Pr. : Sirop de sucre 123 gram.

Eau 873

Acide chlorhydrique. . 4 à 6

Sirop chlorhydrique.

Pr. : Acide chlorhydrique . . G gram.

Sirop de sucre 500

Mêlez.

Gargarisme chlorhydrique.

Pr. : Décoction d'orge .... 500 gram.

Acide chlorhydrique. . 2 Miel rosat ou sirop de

mûres Ci

Mêlez.

Collutoire.

Adl'chthydriqûe.' 1 P^^-^i^^ ^S^^^^-

Pédiluve chlorhydrique

Pr. : Acide chlorhydrique

du commerce ... 60 à 123 gr.

Eau 6à8 lit.

Sous cette forme, l'acide chlorhydrique était regardé comme spécialement utile pour rappeler aux pieds la goutte ; c'est ce que l'on nommait eau de Gundran (.Merat et de Lens).

Chlorures d'oxydes alcalins.

Ils décolorent les couleurs végétales, ils changent l'acide sulfureux en acide sulfurique et les protoxydes métalliques en peroxydes.

Le chlorure de potasse (hypochloris pofassicus). connu sous le nom d'eau de Javelle, est un liquide ordinairement presque incolore, quelquefois plus ou moins violacé, ce qu'il 'doit alors h un peu d'oxyde de manganèse. Il a l'odeur du C'ilorc affaibli ; sa saveur est alcaline et chlorée. Il est presque inclusivement employé dans les arts.

Le chlorure de chaux, hypochloris calcicus (chlorite, hypochlorite de chaux) se tro\ive dans le commerce sous forme de poudre d'un blanc légèrement jaunâtre, d'une odeur forte de Chlore, et d'une saveur très-désagréable.

On en connaît deux espèces : le chlorure de chaux sec et le chlorure de chaux liquide

Le premier s'obtient en faisant arriver du Chlore gazeux sur l'hydrate de chaux en poudre fine, jusqu'à ce que celui-ci refuse d'en prendre davantage.

Le second (hypochloris calcicus aqud solutus) est incolore et possède les mêmes caractères que le chlorure sec. \l est décomposable par presque tous les acides, qui en dégagent le Chlore.

On le prépare d'après le procédé suivant :

Hypochlorite de chaux liquide.

Chlorure de chaux liquide.

[Hypochloris calcicus aqud so'.ulus.)

Pr. : Chlorure de chaux sec. 100 gram. Eau commune 4500

Triturez le chlorure de chaux dans un mortier de porcelaine avec ime partie de

MÉDICAMENTS IRRITANTS

l'eau; quand il sera bien divisé, séparez avec décantation les parties les plus ténues ; triturez le dépôt, délayez-le dans une nouvelle portion d'eau ; décantez encore, ainsi de suite, jusqu'à ce que vous ayez parfaitement divisé le chlorure et employé toute l'eau prescrite ; mélangez les liqueurs, filtrez-les et conservez-les dans des vases bien bouchés, que vous tiendrez dans un lieu frais.

Le chlorure de chaux liquide doit contenir doux fois son volume do Chlore; on dit alors qu'il a 200 degrés chlorométriques. Chaque degré chlorométrique représente, dans la liqueur, un centième de Chlore en volume.

Le chlorure de chaux liquide s'emploie fréquemment pour le pansement des plaies ; mais on doit le couper avec de l'eau pour le ramener à un état plus faible de concentration (22 à 120 degrés).

Le chlorure de soude (chlorite, hypochlorite de soude, liqueur de Labarraque, hypochloris soticus aqud, solulus) est liquide, incolore ou jaune verdâtre, d'une saveur alcaline et chlorée; il est formé de 1 proportion de soude et 1 proportion de Chlore.

Voici sa préparation d'après le nouveau Codex :

Pr. : Clilorure de chaux sec. 100 gram. Carbonate de soude

cristallisé 200

Eau commune 4500

Délayez le chlorure de chaux dans les deux tiers de la quantité d'eau prescrite, en opérant comme il a été dit pour le chlorure de chaux. D'autre part, faites dissoudre le carbonate de soude dans le tiers d'eau restant; mélangez les deux dissolutions ; laissez déposer et filtrez.

Le chlorure de soude liquide doit, comme le chlorure de chaux, contenir deux fois son volume de Chlore, ou avoir 200 degrés chlorométriques. On y laisse un petit excès de carbonate alcalin, qui rend sa conservation plus certaine ; il faut le conserver dans des vases bien bouchés et dans un lieu frais.

Le chlorure de soude est souvent préféré au chlorure de chaux. La force chlorométrique doit être également réglée par le médecin suivant le besoin.

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