EFFETS PHYSIOLOGIQUES DU CHLORE
Le Chlore, mis en contact avec les membranes muqueuses ou avec la peau, est un irritant des plus énergiques. Les effets notés par M. William Wallace [Arch. gén. de Méd., t. V, p. 118) sont les suivants : lorsque l'on expose un individu, dans un appareil convenable, à l'action du Chlore suffisamment mêlé à de l'air ou à de la vapeur d'eau, sous une température de 43" cent., il commence au bout de 10 à 12 minutes à éprouver, en divers points de la peau, une sensation comparable à la piqûre de très-petits insectes ; ce prurit est accompagné de sueurs plus abondantes que n'en solliciterait l'air seulement chargé de vapeur d'eau à la même température ; si l'opération est continuée, la peau finit par se recouvrir de petites vésicules.
Lors maintenant que l'on dirige sur une partie quelconque du corps une douche d'eau chargée de Chlore, la peau rougit rapidement, devient douloureuse, et l'inflammation persiste pendant quelques jours, après quoi l'épiderme se détacheparsqnammes, comme à la suited'un érysipèle.
Mis en contact avec les membranes muqueuses, soit à l'état de gaz, soit en dissolution dans l'eau, soit mêlé à la vapeur aqueuse, il y déterminera tous les phénomènes de l'inflammation.
Le Chlore est impropre à la respiration, il tue avec une extrême rapidité. Dans les ateliers où l'on en dégage beaucoup, les ouvriers, si l'on en croit Christison (On Poisons, p. 697, 2« édit.), finissent par n'en plus être incommodés; les fonctions s'exécutent môme chez eux avec une
CHLORE
parfaite régularité; la seule chose que l'on remarque, c'est qu'ils maigrissent d'abord et ne peuvent ensuite reprendre d'embonpoint.
On peut, à l'intérieur, et sans qu'il en résulte d'inconvénients, donner 20 à 30 gouttes de Chlore liquide étendu dans 100 à 125 grammes, mais une dose plus élevée cause des vomissements et des coliques, et agit à la manière des poisons irritants (Orfda, ToxicoL).
Le Chlore attaque la plupart des matières organiques humides. Il les détruit en s'emparant d'une partie de leur hydrogène, et le changeant en eau et en acide hydrochlorique. Cette action destructive du Chlore a été surtout utilisée en médecine, bien plus que son action irritante locale.
En effet, c'est principalement comme désinfectant et comme neutralisateur de miasmes qu'il a joui d'une réputation qui a été en partie méritée.
C'est en général à Guyton de Morveau que l'on attribue la découverte de l'action désinfectante du Chlore, et son application en grand à la désinfection des fosses d'aisance, des cimetières, des hôpitaux, etc., etc., mais en consultant les curieuses recherches faites par MM. Mérat et de- Lens {Dict. de Mat. méd., t. Il, p. 241), on reste convaincu que c'est Hallé qui, le premier, en 1785, signala, dans son rapport sur les fosses d'aisances, la propriété antiseptique du Chlore. En 1791, Fourcroy le recommande comme propre à désinfecter les cimetières, les caveaux funéraires, les étables, dans les casd'épizooties, à détruire les effluves infectes, les virus contagieux, les miasmes délétères {Encyclop. méthod., Médecine, t. VI, p. 599). Ce n'est guère qu'au commencement de ce siècle que Guyon de Morveau popularisa ces idées, grâce à son opiniâtreté; et, sous ce rapport, on lui doit quelque reconnaissance. Jusqu'en 1815, on n'employait à cet usage que le Chlore gazeux; ce fut alors seulement que Thénard proposa le Chlore liquide, moyen plus commode, plus facilement applicable, et qui, certes, est au moins aussi utile comme désinfectant que les chlorures alcalins.