‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/Chapitre 68 sur 146 · ACIDE 'CHLORHYDRIQUE · texte numérisé non relu

ACIDE 'CHLORHYDRIQUE

L'acide chlorhydrique liquide, le seul qui, de nos jours, soit employé en médecine, est un des caustiques que Ton emploie le plus communément; l'eschare qu'il détermine est superficielle, et la plaie qui suit la

CHLORE

chute de l'eschare se déterge rapidement. A l'intérieur, c'est, par conséquent, un poison irritant et énergique.

Cet acide, préconisé par Boerhaave, par Van Swieten, par Marteau, de Granvilliers, n'était presque plus employé de nos jours; mais M. Bretonneau, de Tours, a de nouveau appelé l'attention sur ses utiles propriétés ; il l'employait dans les maladies couenneuses des membranes muqueuse? pour produire une cautérisation superficielle. (Voyez Traité de la Diphthérite.) Il veut que l'acide soit fumant. 11 fait observer que cet acide, comme presque tous les acides minéraux, coagule l'albumine qui fait partie du mucus de sécrétion, et qui produit, en outre, une inflammation pelliculaire qu'il faut bien se garder de confondre avec celle dont on veut empêcher la formation, la reproduction ou l'extension. C'est une erreur de ce genre qui a fait dire à M. Baup que l'acide chlorhydrique propageait l'inflammation couenneuse. C'est encore au moyen de cet acide, appliqué topiquement, que l'illustre praticien de Tours combat efficacement quelques maladies chroniques et squammeuses de la peau.

M. Ricord, à l'hôpital des vénériens, a fait, il y a un certain nombre d'années, une heureuse application de l'acide chlorhydrique concentré au traitement du ptyalisme mercuriel. Il avait remarqué, comme l'avaient déjà fait avant lui beaucoup de médecins, que la salivation ne tenait pas, comme on le disait, à l'irritation directe des glandes salivaires par le mercure, mais bien à l'inflammation des gencives, qui toujours, mercurielle ou non, donnait lieu à la salivation. Or, pour prévenir le ptyalisme, il pensa que toute la thérapeutique devait tendre à empêcher l'inflammation mercurielle des gencives. Dès qu'il voit les gencives des dents incisives inférieures se gonfler, il les cautérise immédiatement avec de l'acide chlorhydrique fumant, et il répète cette opération tous les jours une fois, jusqu'à ce que l'inflammation soit dissipée. Il se sert, pour cette opération, d'un petit pinceau qu'il passe légèrement sur les gencives, ayant soin d'éviter les dents.

Dans les ulcères sanieux des amygdales, des gencives, des joues, dans les aphthes, dans le muguet, l'acide chlorhydrique, ou pur ou mêlé à moitié de son poids de miel rosat, déterge rapidement la membrane muqueuse. C'est avec le même succès qu'on l'a employé dans la pourriture d'hôpital, maladie qui s'accompagne d'exsudations couenneuses et pultacées assez analogues à celles qui se développent dans la bouche et sur les tonsilles. (Voyez, pour les citations, Gmelin, Apparatus med.^ pars II, vol. I, p. 53.)

«.Quelques médecins ont conseillé, pour le traitement des engelures, des lotions faites avec un mélange d'acide chlorhydrique et d'eau. (Linné, cité par Gmelin, loco suprà dicto; Journ. de Vandermonde, t. VII, p. 154.) Ce moyen nous a paru généralement assez efficace. Rowley se vantait de guérir la goutte erratique en faisant mettre les pieds du malade dans un pédiluve aiguisé d'acide chlorhydrique. {Treatise of the régulai-, etc., Gout, London, 1792.) Plenck prétend avoir guéri une teigne opiniâtre à

MÉDICAMENTS IRRITANTS

l'aide d'une pomiricade composée avec une partie d'acide chlorhydrique, une partie d'onguent d'althéa, et quatre d'onguent de genièvre. [Vide Gmelin, p. 55, loco cit.)

A l'intérieur, l'acide chlorhydrique a été conseillé, dans les mêmes circonstances que le Chlore, comme antiseptique, ou comme tempérament au môme titre que les autres acides. (Voyez t. II, Médicaments sédatifs.)

L'acide chlorhydrique a été également conseillé comme désinfectant, et cela longtemps avant le Chlore ; Guyton de Morveau est le premier qui, en 1773, ait eu l'idée de l'employer en fumigations à la désinfection des caves sépulcrales de Dijon, puis des cachots des prisons de la ville, où régnait une grande mortalité.

MODE d'administration ET DOSES.

L'acide chlorhydrique peut être employé concentré ; ordinairement on le mêle au miel ou à l'eau, dans des proportions tellement variables qu'il est impossible de les indiquer ici. Pour les jDains de pieds, on met ordinairement de 125 à 250 grammes d'acide pour 6 à 8 litres d'eau chaude; à l'intérieur, nous le prescrivons de la manière suivante :

Potion antidyspeptique de Trousseau.

Pr. : Jalep gommeux 123 gi'am.

Acide chlorhydriquo 3 à 10 goutt.

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