‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/Chapitre 69 sur 146 · CHLORURES ALCALINS · texte numérisé non relu

CHLORURES ALCALINS

Il y a longtemps que l'eau de Javelle est employée dans les arts pour le blanchiment; dès 1789, ce moyen était généralement connu. Percy, dit-on {Revue médicale, 1820), mais le fait est fort contestable, se servit de ce chlorure à l'armée du Rhin, en 1793, contre la pourriture d'hôpital,

La chlorure de chaux fut indiqué en 1801 par Guyton de Morveau [foco cit.) comme désinfectant, et par Alyon en 1803 {Annal, de Chimie, t. LUI) comme un préservatif de la contagion.

Mais le premier emploi médical bien authentique des chlorures appartient évidemment à Masuyer, de Strasbourg. En effet, dans un ouvrage qu'il publia en 1811 [Observations sur la maladie dite fièvre des hôpitaux), il raconte comment, se servant de la propriété qu'a le chlorure de chaux de dégager lentement le Chlore, il en faisait placer entre les lits des malades, et désinfectait de cette manière l'atmosphère des salles d'hôpital. Suivirent les travaux de Gimbernat, de Bories, de Pâtissier, et enfin ceux de Labarraque, qui indiquèrent de la manière la plus explicite les propriétés désinfectantes de divers chlorures alcalins.

Toutefois, c'est réellement à Labarraque que l'on doit, non pas d'avoir

CHLORE

•démontré les propriétés désinfectantes des chlorures, mais d'avoir, par un enthousiasme peut-être exagéré, forcé en quelque sorte les médecins à les employer dans toutes sortes de maladies tant internes qu'externes.

C'est surtout en 1825, 26 et 27, que les chlorures menacèrent d'envahir presque toute la thérapeutique chirurgicale, battue en brèche et détruite par l'école du Val-de-Grâce ; mais peu à peu l'engouement se passa, et il resta des chlorures ce qu'il devait en rester.

Nous n'avons plus rien à dire ici des chlorures comme désinfectants ; nous en avons surabondamment traité plus haut en parlant du Chlore. Nous ne nous occuperons ici que de quelques autres propriétés qu'ils ne doivent pas seulement au Chlore.

Les chlorures ont été donnés à l'intérieur dans le même cas que le Chlore; mais de nos jours quelques personnes, et M. Bouillaud entre antres {Traité des Fièvres essentielles, p. 304), en avaient fait pressentir l'utilité dans le traitement de la dothinentérie ; plus tard, M. Chomel a contribué à jeter une grande faveur sur l'emploi des chlorures dans le traitement de cette maladie. Depuis lors, cet observateur a reconnu leur inutilité, trompé qu'il avait été par la bénignité plus grande des dothinentéries qu'il avait traitées par les chlorures.

Les chlorures, en tant que doués d'une très-grande alcalinité, ont été employés à l'extérieur, et ont des propriétés analogues aux solutions de carbonate de soude et de potasse, et à l'eau de chaux. C'est probablement de cette manière qu'ils guérissent une multitude d'afTections chirurgicales.

Ainsi, dans la blennorrhagie urétrale, et surtout dans la blennorrhagie vaginale, ainsi que dans la leucorrhée, qui reconnaît pour cause, soit une pblegmasie du col utérin, soit une inflammation chronique de la membrane muqueuse qui tapisse le vagin, les injections avec le chlorure de chaux, de soude ou de potasse réussissent au même titre que les solutions alcalines, dont nous avons plus haut constaté l'utiUté (Daumas, T/ièses de la Faculté de Paris, 1826, n" 120 ; Biache et JoUy, Dict. de Méd. , 2' édit., t. VII, p. 431).

Ainsi, dans le prurit de la vulve (Darling, Med. repository, feb. 1826), dansles affections herpétiques superficielles (Alibert, Nouv. élém. de Thér., t. II, p. 433), dans la ga]e(Derheims,Fontanetti, Hospitaltransact. Med., t. X, p. 385 ; Journ. des Conn. med., t. I, p. 233), dans quelques maladies du cuir chevelu (Chevalier, Art de préparer les chlorures ; Roche, Cottereau, ibid.), les chlorures alcalins n'ont plus ni moins de vertus que les diverses solutions de soude, de potasse ou de chaux, qui réussissent généralement bien dans les mêmes circonstances.

C'est probablement à cette même propriété et au môme mode d'action que les chlorures doivent de modifier avantageusement non-seulement l'ophthalmie blennorrhagique, et cela au môme titre que la blennorrhagie des parties génitales, mais aussi l'ophthalmie scrofuleuse et même l'ophthalmie épidémique (Yarlez, Dict.de Mératet de Lens, t. II, p. 339;

MÉDICAMENTS IRRITANTS

Gulhric, London med. nnd phys. Journ., nov. 18^7; Hesberg, Gaz. mcd. de Paris, 1831, p. 183).

Il est assez probable, nous le répétons, que ces chlorures n'ont de part dans la guérison des maladies que nous venons de passer en revue que comme alcalins. En est-il de même pour les affections que nous allons indiquer maintenant? c'est ce que pourraient seules décider des expériences comparatives.

Lisfranc, l'un des plus grands partisans des chlorures, et qui les avait employés avec un grand avantage dans le traitement des ulcères chroniques, vanta surtout leur efficacité dans la brûlure; à l'exemple de Dupuytren, il prétendait qu'il n'y avait pas de médication plus active dans le traitement de la brûlure au deuxième et au troisième degré ; mais il s'en faut de beaucoup que l'expérience des autres chirurgiens ait ratifié ce que ces deux praticiens avaient avancé; et même, après s'être longtemps disputé la priorité de cette découverte, les deux antagonistes abandonnèrent bientôt un moyen qui assurément ne méritait pas les honneurs d'un semblable débat.

Quant à l'emploi des chlorures dans le traitement de la pourriture d'hôpital et des inflammations couenneuses et pultacées de la bouche qui, si souvent, chez les enfants, donnent lieu à la gangrène des joues, maladie presque toujours mortelle, il a été suivi de succès non équivoques, si l'on croit les témoignages de Percy (Mérat et de Lens), de Darling^ [loco cit.), de M. Roche [Voy. Chevallier) et surtout de M. Bouneau, médecin de l'hôpital des Enfants de Paris (Blache, DicL de Méd., 2« édit., t. VIII, p. 434). Ce dernier se borne exclusivement à l'usage du chlorure de chaux sec. Ordinairement, il se sert d'un morceau de papier roulé, qu'il plonge dans de l'eau pour en humecter la surface : il l'introduit ensuite dans un flacon rempli de chlorure de chaux sec, et le promène ainsi chargé de la substance pulvérulente sur les parties affectées. Une ou deux minutes après, il fait gargariser le malade pour le débarrasser du chlorure dont le séjour pourrait irriter les tissus voisins.

Ajoutons que tout récemment M. le docteur Hervieux a constaté la trèsremarquable efficacité dos pansements des plaies de mauvais caractère avec des morceaux d'éponge imbibés d'une solution de chlorure de soude au quart, au cinquième, et même plus affaiblie, suivant l'irritabilité des parties malades.

M. Siméon a proposé le Chlore pour combattre l'empoisonnement par l'acide cyanhydrique ; le Chlore s'empare de l'hydrogène, et le cyanogène est mis à nu. M. Orfila a expérimenté ce moyen et l'a trouvé excellent; il emploie un mélange de quatre parties d'eau pour une partie de Chlore liquide.

M. Mialhe préfère passer sous le nez du malade une compresse chlorovinaigrée préparée en mettant du Chlorure de chaux dans de l'eau vinaigrée.

CHLORE

MODE d'administration ET DOSES.

A l'intérieur, le chlorure de soude se donne à la dose de 1 à 10 grammes par jour, dans un véhicule non acide. Le chlorure de chaux se donne en pilules, ou dissous dans un véhicule quelconque à la dose de 20 centigrammes à l gramme et demi par jour.

A l'extérieur, les chlorures de soude et de potasse s'emploient purs, seulement quand on veut agir sur les surfaces recouvertes de couennes, de concrétions pultacées ou de détritus sphacélés. Ordinairement, on les étend de deux, trois, et jusqu'à dix fois leur poids d'eau, suivant la sensibilité des parties auxquelles on les applique, ou suivant la nature de la maladie. Pour un grand bain, on met ordinairement de 1 à 3 kilogrammes de chlorure de soude ou de potasse.

Le chlorure de chaux soc ne doit être employé que dans les mêmes circonstances où nous avons dit que l'on faisait usage des deux autres chlorures, sans y ajouter de l'eau.

Ordinairement, on met 20 centigrammes à 15 grammes de chlorure par 30 grammes d'eau, suivant qu'on veut agir doucement ou avec énergie. Dans un grand bain, on ne doit pas mettre moins de 60 grammes, ni plus de 230 grammes de chlorure sec.

Chlorure d'Antimoine (voyez t. II, art. Antimoine) ; Chlorure d'arsenic (voyez t. I, Arsenic) ; Chlorure de zinc (voyez plus bas, art. Zmc) ; Protochlorure ou deutochlorure de mercure (voyez plus haut. Mercure).

Nous joignons ici la liste des eaux minérales chlorurées :

* Balaruc [Hérault). Température, 50 degrés centigrades. Contient, par litre : 10 grammes de chlorure de sodium, de magnésium et de calcium, et une petite pro- ■ portion de bromure de potassium. Ces eaux sont aussi arsénicales.

* Bourbonne-les-Bains [Haute-Marne). Température, 50 degrés centigrades. Contient, par litre : chlorures de sodium et de calcium, 7 grammes environ ; bromure de sodium, 5 centigrammes. Ces eaux sont arsénicales.

* LuxEuiL [Haule- Saône). Température, 17 à 46 degrés centigrades. Contient, par litre, sels et matières bitumineuses, 24 centigrammes.

* Saint-Gervais [Savoie). Température, 41 degrés centigrades. Contient, par litre,

4 grammes environ de sels.

* WiESBADEN [Duché de Nassau). Température, 68 degrés centigrades. Par litre,

5 grammes de sels environ.

* NiEDERBRONN [Bos-Rhin). Température, 17 degrés centigrades. Contient, par litre, 4 grammes de sels environ. Ces eaux sont iodo-bromurées"et ferrugineuses.

* EvAux [Creuse). Température, 58 degrés centigrades. Contient, par litre, 3 grammes environ de sels. (Avec les chlorures on trouve iode, brome et lilhine.)

* Bade ou Baden [Grand-Duché de Bade). Température, 46 à 65 degrés centigrades. Contient, par litre, 2 grammes de sels et une petite proportion d'acide sulfhydrique.

* Baden [Suisse). Température, 52 degrés centigrades. Contient, par litre, 3 grammes de sels environ.

* Bourbon-Lancy [Saône- et- Loire). Température, 43 à 64 degrés centigrades. Contient 17 décigrammes de sels par litre.

480 MÉDICAMENTS IRRITANTS

* Chatel-Guyon {Puy-de-Dôme). Température, 35 degrés centigrades. Sulfate de magnésie et chlorure, 1 gramme.

Citons encore :

* NÉRis {Allier). Température, 52 degrés centigrades. Contient aussi du bicarbonate de soude.

La Bourboule {Puy-de-Dôme). Température, 52 degrés centigrades. Ces eaux sont fortement arsénicales.

* Saint-Nectaire {Puy-de-Dôme). Température, 22 à 44 degrés centigrades. Contient aussi du bicarbonate de soude.

Lamotte-les-Bains {Isère). Température, 60 degrés centigrades.

* Salins {Jura). Eaux froides. Est aussi iodo-bromurée.

* Sotteville-lès-Rouen {Seine-Inférieure). Froide.

* HoMBOURG {flesse). Froide.

* KissiNGEN {Bavière). Froide. Contient de l'iode et de la lithine.

EAUX CHLORURÉES SODIQUES SULFUREUSES.

* Uriage {Isère). Température, 26 degrés centigrades.

* Aix-la-Chapelle {Prusse). Température, de 44 à 55 degrés centigrades.

ACIDE AZOTIQUE. (acide nitrique^ esprit de nitre, eau forte, acidum nitricum (Ai:0^,4H0).

Cet acide, dernier terme de l'oxygénation de l'azote, a été découvert par Raymond Lulle, en distillant un mélange d'azotate de potasse et d'argile. Celui du commerce est toujours en combinaison avec une certaine quantité d'eau ; aussi il est liquide, incolore, lorsqu'il est très-concentré, d'une odeur forte particulière, d'une extrême causticité ; il bout à 86 degrés et colore en jaune les matières organiques, qu'il dissout le plus souvent; sa pesanteur spécifique est de 1,51 ; sa composition est de 35,41 d'azote, 100 d'oxygène.

^('réparation. On l'obtient en décomposant l'azotate de potasse (vulgairement nitre, salpêtre) par l'acide sulfurique.

L'Acide azotique s'en dégage sous la forme de vapeurs d'abord blanches, que l'on condense à mesure, et qui se colorent ensuite, parce qu'à la fin de l'opération il n'y a plus assez d'eau dans l'acide sulfurique du mélange pour maintenir la composition de la dernière portion d'Acide azotique; celle-ci se dégage alors après s'être convertie en gaz oxygène et en vapeurs d'acide hypoazotique.

L'Acide azotique ainsi préparé contient un peu d'acide chlorhydrique provenant du salpêtre, et d'acide sulfurique. On le

débarrasse du premier par quelques gouttes de nitrate argentique, et du second par le nitrate de baryte.

L'Acide du commerce est quelquefois coloré en jaune, ce qui tient, soit à ce qu'il a dissous les particules organiques répandues dans l'atmosphère, soit à ce que, sous l'influence de la lumière directe, une petite portion s'est décomposée en oxygène et en Acide hypoazotique rutilant.

Les usages de l'Acide azotique sont nombreux.

Limonade azotique.

Pr. : Acide azotique pur . . 2 gram.

Eau 1000

Sirop de sucre 100

Mêlez. (Codex.)

L'Acide nitrique alcoolisé, esprit de nitre dulcifié, s'obtient en mêlant 3 parties d'alcool à 33 degrés et 1 partie d'Acide azotique.

Potion azotique (Bouley).

Pr. : .Julep gommeux 120 grara.

Rhum 30

Acide nitrique .... 1

ACIDE AZOTIQUE. i8l

Tisane azotique. azotique à 35 degrés. Au moment du mélange des deux acides, il y a coloration

Pr. : Infusion de fleurs de ge- en jaune ; elle est due à unu formation de

nêt 300 gram. chlore et d'Acide hypoazotique qui ros-

Sirop de sucre 100 tent en dissolution ; l'oxygène d'une par- Acide nitrique 5 lie de l'Acide azotique et l'hydrogène

d'une partie de l'acide chlorhydrique for-

On emploie principalement l'Acide azo- ment de l'eau. ^

tique comme caustique, et en lotions, où L'eau regale est employée quelquefois à

il entre 4 grammes d'Acide azotique et l'intérieur comme antisyphilitique; à 1 ex-

500 grammes d'eau. térieur, elle sert à préparer des pediluves

La cautérisation transcurrente par l'A- excitants, des bains, des fumigations, etc.

cide azotique, conseillée dans les paraly- Cet Acide peut, en un mot, être regarde

sies et dans d'autres cas, se pratique de comme un succédané de l'acide chlorhy-

la manière suivante : drique.

On prend un tube en verre de 0>o,005 , de diamètre, effilé à l'une de ses extré- Nitrates ou azotates caustiques. mités. On y introduit de l'amiante de Deux n«7raf6S caustiques sont employés manière qu'une portion de celui-ci fasse médecine, et jouent dans la théLpeupinceau à 1 extrémité effilée. Le tube est ^. , extrêmement important; ouvert par 1 autre bout ; on i:>troduit de ^ i^,^ ligne, le nitrate d'ari 'Acide azotique monohydrate ou tout au- , ^J-^ , ^j^f ' tre caustique liquide, et, à l aide de ce ° ' pinceau inaltérable, on pratique la cautérisation. Nitrate de potasse.

Caustique au papier. Caustique moxa au charbon (Bonnefond).

Pr. : Acide azotique monohydraté. q. v. P^- = Gomme adragant . . . . . 5 gr.

Papier blanc de soie q. s. P?"dre de charbon végétal. 16

Nitrate de potasse 2

On en fait une pâte homogène que l'on

applique sur les parties que l'on veut eau- Faites un mucilage épais, ajoutez les

tériser. poudres et réduisez en pâte homogène

. . jusqu'à consistance convenable. On roule

Acide Chloro-mtrique. cylindres de plusieurs calibres; on fait

(Eau régale, acide nitro-muriatique.) sécher. Pour employer les cylindres, on les enflamme à une de leurs extrémités.

Il s'obtient en mélangeant 3 parties d'à- et on les applique ainsi allumés sur la

cide chlorhydrique avec 1 partie d'Acide partie qu'on veut cautériser.

THERAPEUTIQUE.

L'Acide azotique, très-souvent employé dans les arts, est, avec l'acide sulfurique, une des substances dont se servent le plus souvent ceux qui veulent se donner la mort. Les symptômes de cet empoisonnement ne diffèrent pas de ceux qui sont causés ordinairement par l'ingestion des poisons les plus irritants.

< Laissé en contact avec la peau ou une membrane muqueuse, il produit une eschare d'autant plus profonde que le contact a été plus prolongé. Quand il est seulement appliqué légèrement à la surface d'une plaie ou d'une membrane muqueuse, il coagule immédiatement l'albumine, et forme une petite eschare superficielle assez semblable à celle que produit le nitrate d'argent. Cette eschare se détache au bout de peu de jours, et permet de constater que l'action du caustique n'a pas pénétré profondément. On s'en sert pour cautériser les ulcères de la gorge, du nez, de la bouche, de l'utérus, etc., etc., pour détruire les verrues, les excroissances, les bourgeons charnus luxuriants.

Dans ces derniers temps, le docteur Hamon, de Fresney-sur-Sarthe, a

MÉDICAMENTS IRRITANTS

préconisé la cautérisation par l'Acide nitrique monobydraté, de préférence h l'acide siilfurique, qui lui paraît plus douloureux. C'est un des caustiques les plus puissants dont le médecin puisse disposer. L'auteur le considère comme d'un emploi sûr et facile, pour peu qu'on ait appris à le manier et à en faire convenablement usage. Il indique d'ailleurs les procédés les plus ingénieux pour l'emploi de la cautérisation nitrique sous les formes les plus diverses : cautérisation ponctuée, linéaire, transcurrentc, en roseau ; et finalement, il n'hésite pas à lui attribuer la supériorité sur la cautérisation ignée. M. Hamon a appliqué avec succès la cautérisation nitrique à un certain nombre d'affections plus ou moins rebelles, nous citerons particulièrement les arthrites chroniques, les tumeurs blanches, certaines alfections utérines, diverses névralgies et notamment la cystalgie.

Ajoutons qu'à l'exemple d'un médecin anglais, le docteur Aikin, de Dublin, M. Hamon eut l'idée d'employer la cautérisation nitrique à la cure radicale du prolapsus du rectum, et que, grâce h. un procédé trèssimple, il obtint chez deux enfants une guérison facile et prompte, sans que cette opération ait déterminé le moindre accident {Union médicale, nov. et déc. 1859).

Enfin, on peut employer l'acide nitrique comme rubéfiant de la peau, suivant la méthode de HuU [London medicalJournal, 1820). Ce médecin étend l'acide sur la peau, et quand le malade éprouve une forte cuisson, on essuie soigneusement la partie, que l'on recouvre d'un cataplasme.

L'Acide azotique, sous forme de limonade, est utilement employé dans diverses maladies inflammatoires, comme moyen tempérant. On en a surtout constaté les bons effets dans certaines affections de la peau, essentiellement rebelles, telles que les éruptions eczémateuses, impétigineuses, etc.

Dans ces derniers temps, la limonade azotique a été proposée par quelques médecins allemands pour combattre l'albuminurie. Mais les essais qui ont été faits en France ont donné les résultats les plus incertains et les plus variables.

A la vérité, il y aurait lieu de s'étonner qu'il en fût autrement, si l'on considère que ce moyen était dirigé contre une maladie qui, sous une même dénomination, représente des effets morbides si différents.

Pour nous, voici ce qu'un examen attentif des faits nous permet d'établir à cet égard.

Lorsqu'on s'adresse à l'albuminurie aiguë ou récente, c'est à-dire lorsque la lésion rénale, soit primitive ou secondaire, paraît ne consister que dans une simple hyperémie, ou dans une congestion inflammatoire plus ou moins intense, la limonade azotique donne le plus souvent d'excellents résultats. Cette limonade est administrée tiède, et à la dose de 20 à 60 gouttes d'Acide azotique par litre d'eau, que le malade boit par petites tasses dans les vingt-quatre heures.

Cette boisson détermine assez ordinairement une diurèse des plus

ARGENT

abondantes, quelquefois même excessive, et il n'est pas rare alors que dans l'espace de quinze jours et môme de cinq à six jours, si la maladie est toute récente, l'hydropisie du tissu cellulaire d'abord, puis celle des cavités séreuses (lorsqu'elles coexistent avec l'albuminurie), disparaissent plus ou moins complètement, en même temps que les urines perdent peu à peu de leur proportion d'albumine, jusqu'à ce qu'elles finissent par ne plus donner de précipité.

Dans le cas oîi la maladie est un peu plus avancée, c'est-à-dire lorsqu'elleconstitue le second degré de la néphrite albumineuse, la médication nitrique est encore utile, mais ses avantages sont plus limités et plus incertains. Pourtant elle réussit encore assez souvent, au dire de quelques praticiens, à arrêter la maladie dans sa marche, et à prévenir son passage à l'état chronique.

Mais quand l'anasarque etl'albuminurie sont lices à une dégénérescence du tissu des reins, en d'autres termes, quand on a affaire à la maladie de Bright confirmée et passée à l'état chronique, la limonade nitrique échoue à peu près complètement, ou, pour mieux dire, elle n'a ni plus ni moins d'efficacité que la plupart des autres moyens que l'on oppose à cette affection si réfractaire.

Pourtant, il y a ici une remarque à faire : c'est que dans les cas mômes où la médication nitrique n'a pas la moindre action curative sur la lésion rénale, trop ancienne et trop profonde, elle ne laisse pas d'exercer quelquefois une influence marquée sur l'hydropisie concomitante; ainsi il n'est pas très- rare alors de voir des épanchenients cellulaires et séreux se résorber et disparaître pendant un temps plus ou moins long, tandis que l'albuminurie elle-même se trouve à peine modifiée, et survit à ces divers épanchements.

ARGENT

Argent purifié (Codex) (Argentum repurgatum).

Pr. : Argent de monnaie. . . 100 Acide nitrique à 1,42. . 140 Eau distillée 60

Mettez le tout dans un matras, et chauffez modérément au bain de sable : le métal se dissoudra avec un dégagement considérable de gaz nitreux; faites bouillir quelques instants, laissez reposer. Versez la liqueur décantée dans une grande quantité d'eau pure, et précipitez-en l'argent à l'état de chlorure, en y ajoutant de l'acide chlorhydrique en excès. Lavez exactement le précipité, faites-le sécher; mêlez-le avec la moitié de son poids de carbonate de soude anhydre, et chauffez le mélange pendant une heure dans un

creuset de Hesse placé au milieu d'un fourneau à réverbère. Vous obtiendrez, en brisant le creuset, un culot d'argent pur et une scorie de chlorure de sodium. Faites fondre le métal seul dans un nouveau creuset, et projetez-le dans l'eau pour le diviser en grenaille.

On n'emploie guère en médecine que le Nitrate et le Chlorure d'Argent.

Le Nilrale d'Argent {nilras argenlicm incristallos concreius). ÀgO.XzO'', se présente sous deux formes dans les officines de pharmacie, cristallisé ou fondu. Le Nitrate d'Argent cristallisé est blanc, d'une saveur excessivement caustique ; il cristallise en lames larges et minces; il se colore en noir, à la lumi&re; il tache la peau en violet d'une manière indélébile. Disons aussi qu'il est soluble dans son poids d'eau distillée, décomposable dans l'eau ordi-

MÉDICAMENTS IRRITANTS

naire, et que l'alcool le dissout à chaud en grande quantité.

Préparation. On l'obtient de la manière suivante :

Pr. : Argent de coupelle .... 1 part. Acide azotique îi 33 degrés. 2

On met l'Argent dans un matras, on y introduit l'acide azotique, et l'on opfre la dissolution à l'aide d'une douce chaleur; il se dégage du bioxyde d'azote, et il se fait de l'Azotate ou Nitrate d'Argent.

On verse la dissolution dans une capsule, et elle donne du Nitrate d'Argent cristallisé par le refroidissement ; les eaux mères évaporées donnent une nouvelle quantité de cristaux.

L'Argent dont on s'est servi contient souvent du cuivre; la dissolution acide a alors une couleur bleue; on la purifie en l'évaporant à siccité et en faisant fondre le sel dans un creuset d'Argent; le nitrate de cuivre est décomposé, et le Nitrate d'Argent se dissout dans l'eau tout à fait pure.

Quels sont les modes d'administration du Nitrate d'Argent cristallisé? Voici les principales formules :

Solution caustique.

Pr. : Eau distillée .... 25 gram.

Nitrate d'Argent. . 0g"',50 à 5 gr.

Pilules de Nitrate d'Argent.

Pr. : Nitrate d'Argent cristallisé. Oe^,10

Mie de pain 2

F. S. A. vingt pilules.

Pilules au Nitrate d'Argent inaltérables.

1° Pilules de Nitrate d'Argent à la silice :

Pr. : Nitrate d'Argent cristallisé. Os'",20 Silice préparée 2

Mucilage de gomme adragant, le moins possible.

Broyez les sels ensemble et ajoutez le mucilage; roulez en vingt pilules que l'on fera sécher à l'obscurité.

2" Pilules de Nitrate d'Argent au nitrate de potasse :

Pr. : Nitrate d'Argent cristallise. 08^,20

— de potasse 2

Opérez comme pour les précédentes.

Lavement avec le Nitrate d'Argent.

Pr. : Eau distillée 500

Nitrate d'Argent 0g'',25

S. (Hôpital Necker.)

Potion astringente.

Pr. : Nitrate d'argent. . Oe^,Oi à OK'jOS Sirop simple ... 20

F. S. Prendre par cuillerées îi café dans le courant de la journée.

Collyre cathélérique.

Pr. : Eau distillée lOOSi-

Nitrate d'Argent cristallisé 0 ,15

S. (Ricord.)

Pommade ophthalmique.

Pr. : Nitrate d'argent Os^^lO

Axonge 10

Mêlez sur un porphyre. (Velpeau.)

Nitrate d'Argent fondu (Pierre infernale).

Il est en petits cylindres de la grosseur d'un tuyau de plume, d'une couleur gris ardoisé, k cassure radiée et cristalline. On obtient ces cylindres en coulant, dans une lingotière préalablement chauffée et enduite d'un peu de suif, le Nitrate d'Argent cristallisé que l'on a fondu dans un creuset d'argent ou de platine. Il se solidifie en refroidissant. Dans cet état, il est tout à fait pur et ne contient pas d'eau de cristallisation. On a l'habitude de conserver les bâtons de Nitrate d'Argent dans des flacons que l'on remplit avec des graines de lin pour éviter que les chocs ne brisent les cylindres ; mais à la longue ces graines font éprouver au nitrate une légère décomposition.

M. Uuméril a proposé d'entourer les bâtons de Nitrate d'Argent avec de la cire à cacheter. On taille ces crayons, qui sont très-commodes lorsqu'il s'agit de cautériser un trajet fistuleux.

On se sert du Nitrate d'Argent fondu ou pierre infernale surtout à l'extérieur; c'est le cathélérique le plus employé ; c'est aussi l'un des meilleurs agents de substitution.

Chlorure d'Argrni.

Nous dirons quelques mots de ce sel, qui depuis une vingtaine d'années a été réintégré par nous dans la thérapeutique. Après avoir été assez fréquemment employé par les anciens, ce médicament fut banni comme tant d'autres, sans qu'aucune raison réelle d'insuccès eiit pu motiver sa proscription.

Voici ses principaux caractères : il est blanc naturellement, mais il prend une couleur noirâtre au double contact de l'air et de l'eau; il est insoluble dans tous les acides, soluble seulement dans l'ammoniaque, l'acide chlorhydrique et les chlorures solubles.

On l'obtient en décomposant un sel d'Argent par l'acide chlorhydrique ; il se forme un précipité blanc caséiforme de chlorure d'Argent. Il était autrefois connu sous les noms d'Argent corné, de lune cornée.

Nous administrons le chlorure d'Argent, dans l'épilepsie, dans la chorée, etc., sous forme de pilules de 10 centigrammes chacune.

ARGENT

Pilules.

Pr. : Chlorure d'Argent Os^^ao

— de sodium 0 ,50

Mie de pain 1

Pour vingt pilules.

lodure d'Argent, Agi (loduretum argenticum).

L'Iodure d'Argent s'obtient en mêlant un soluté d'iodurc de potassium avec un autre soluté au Nitrate d'Argent. Il se présente sous forme de poudre d'un blanc

jaunâtre dans l'eau, l'alcool et l'ammoniaque. Cette préparation a les mêmes usages que le chlorure.

Hyposulflte de soude et d'Argent.

Ce sel s'obtient en dissolvant l'oxyde d'Argent précipité dans une solution d'hyposulfite de soude; il cristallise etestsoluble dans l'eau. M. Delioux, de Rochefort, l'a employé comme astringent à la place du Nitrate d'Argent, qui est beaucoup plus irritant : on l'emploie d'ailleurs dans les mêmes cas, en solution dans l'eau distillée dans les proportions de 1 à 2 centièmes.

Historique. — L'emploi des préparations d'Argent date des alchimistes : l'Argent, qui, selon eux, correspondait à la lune, l'astre des fous, idiots ou lunatiques, devait être, par cela même, le remède des maladies cérébrales.

De tous les sels d'Argent, le Nitrate a toujours été le plus employé. Angelo Sola, qui en fit usage un des premiers (1614), l'employait sous les noms de cristaux de Diane, caustique lunaire, centaure minéral, etc., contre les hydropisies et les maladies cérébrales. Mais on ne tarda pas à craindre que ce médicament ne produisît des maladies de l'intestin, et, dans le but de parer à un tel inconvénient, le Nitrate d'Argent fut associé au Nitrate de Potasse et prescrit sous le nom de lu7ie hydragogue. Boerhaave, qui donnait le cristal de lune, administrait ensuite de l'extrait de baies de genièvre pour redonner du ton aux intestins débilités par ce médicament. Abandonné ensuite pendant de longues années, le Nitrate d'Argent fut repris par les médecins anglais à la fin du siècle dernier.

Sims, de Londres, d'abord, puis Duncan, Wilson et Powel, en Angleterre, et Cappe, en Amérique, le vantèrent dans l'épilepsie et les névroses en général.

Nous citerons, comme travaux plus modernes, la Thèse de Butini (Montpellier, 181S), la Monographie de Krahmer (1845), et l'excellent article de MM. Gharcot et Bail dans le Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales. C'est à ces derniers auteurs, en particulier, que nous avons emprunté la plupart des détails suivants, qui concernent l'action physiologique.

ACTION PHYSIOLOGIQUE DES PRÉPARATIONS D' ARGENT PRISES A l'INTÉRIEUR.

Orflla pensait que « le Nitrate d'Argent détruit immédiatement la vie en agissant sur les poumons et le système nerveux, lorsqu'il est injecté dans les veines des chiens, à la dose d'un demi-grain ou de trois quarts de grain. » Krahmer, qui répéta les expériences d'Orfila avec du nitrate et du chlorure ammoniacal, vit que l'action sur les poumons consistait dans la sécrétion d'une quantité énorme d'écume bronchique qui amenait l'asphyxie. Cette action sur la muqueuse bronchique n'appartient pour-

Page 1