EMPLOI DE LA MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE DANS LES FIEVRES CATARRHALES
Ceux qui nient le caractère nosologique spécial du rhumatisme articulaire aigu, sont les mêmes qui ne voient dans la fièvre catarrhale qu'une hronchite vulgaire avec fièvre symptomatique, et qui se précipitent sur cette hronchite avec des saignées, comme sur un foyer d'incendie dont il faut couper la propagation.
La Médication antiphlogistique n'est pas, si l'on peut ainsi dire, le traitement naturel de la fièvre catarrhale. Elle n'y est qu'accessoirement indiquée. Lorsque la fièvre est simple, sans prédominance d'un élément inflammatoire ou pléthorique prononcé, sans congestion pulmonaire trop violente; que les frissons vagues et irréguliers sont incessants, et qu'il n'y a pas cet endolorissement général avec oppression des forces, gonflement de la face, toux déchirante, sentiment de tension et de plénitude générales, la saignée est inutile certainement, et elle peut être nuisible.
L'état catarrhal et l'état inflammatoire sont différents, quoique voisins en quelque sorte. Le premier se distingue du second en ce que les irritations qui l'accompagnent ne se terminent pas par suppuration. Leur caractère est une extrême superficialité, une mobilité et une diffusion singulières. Ces caractères repoussent en général les émissions sanguines, et pourtant il arrive quelquefois qu'une saignée mette fin immédiatement et jugule, c'est le mot, une fièvre qui, à son début, paraissait devoir être redoutable.
11 est vrai que ces cas n'appartiennent pas à la classe des affections catarrhales aiguës proprement dites, mais à celle des fièvres éphémères qui succèdent assez souvent à une suppression soudaine de la sueur, lorsque le corps très-échauffé transpire abondamment. On croirait, en raison de cette dernière circonstance, sur laquelle nous nous plaisons à insister, et de la violence du mouvement fébrile, que l'individu va être
MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE. 627 saisi, peu de temps après i'invasion pyrétique, d'une inflammation quelconque très-violente elle-même ; et néanmoins, cet appareil morbide si elTrayant, cette fièvre si intense, cette céphalalgie, cette injection des tissus, cette turgescence générale et ce brisement douloureux de tout le corps si extraordinaires, etc., s'affaissent bientôt par le bénéfice d'une diaphorèse générale. Or si, épouvanté d'un tel déploiement de réaction pathologique, le médecin croit devoir prévenir par une saignée les risques des explosions inflammatoires possibles, tout cède et rentre dans l'ordre avec une instantanéité merveilleuse non moins que décevante.
Plusieurs traits fort précieux distinguent ces états de celui de la flèvrc catarrhale, ainsi que du début des maladies aiguës graves.
Nous avons dit d'abord que de telles fièvres étaient ordinairement consécutives à une brusque suppression de l'exhalation cutanée, la peau étant alors très-échauffée et très-ouverte à la sueur. Dans ce cas, ce qu'on nomme prédisposition ne joue pas un rôle aussi important que dans la production des fièvres catarrhales et inflammatoires, et quelquefois môme n'en joue aucun. Il en résulte que le rétablissement spontané ou provoqué de la transpiration supprimée juge complètement la maladie. C'est un des cas les plus propres à manifester la puissance de ce qu'on nomme la force médicafrice de la nature : sueur supprimée, sueur rétablie, et entre ces deux faits une synergie pathologique ou une fièvre au moyen de laquelle la sueur supprimée se rétablit, telle est la notion simple et complète de ces cas.
Il n'en est pas ainsi dans les fièvres catarrhales. C'est dans le cours des hivers froids et humides qu'elles régnent principalement et après une certaine durée de l'influence de cette constitution atmosphérique, sans qu'il soit nécessaire, dans la très-grande majorité des cas, qu'il y ait eu suppression accidentelle et appréciable de la transpiration cutanée. L'état morbide se forme lentement, se développe et se juge de même, eu égard à celui dont il vient d'être question. Il présente des phénomènes d'opportunité ou des symptômes avant-coureurs, et s'établit successivement, tandis que la fièvre éphémère de tout à l'heure a une invasion brusque et imprévue par un frisson violent et unique. L'évolution symptomatique est tout à coup à son summum d'intensité, circonstance que cette fièvre offre en commun avec les maladies aiguës des enfants, et qui est un caractère assez fidèle de bénignité et de solution rapide comme l'invasion elle-même. Le médecin ne saurait tenir trop compte de cette particularité pour le pronostic, et par conséquent pour le traitement. Le bon sens vulgaire est bien souvent dans ce cas au-dessus de la mauvaise science du médecin. Les maladies dont l'invasion est subite, et qui semblent faire passer les individus, sans intermédiaire, d'un état de bonne santé à un état de maladie aiguë signalée par un développement fébrile démesuré et non gradué, de telles maladies ne sont que spécieusement graves, et on ne craint rien en voyant venir.
Le système nerveux joue un très-grand rôle dans les fièvres catar-
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rhales, et c'est là une des raisons capitales pour lesquelles la Médication antiphlogistique n'est qu'incidemment réclamée par la thérapeutique de ces fièvres.
L'état catarrhal aigu qui nous occupe maintenant est fort important à étudier sous le rapport pathogénique, et nous regrettons que ce ne soit pas ici le lieu de jeter un coup d'œil sur sa nature. 11 existe à toutes les puissances et peut offrir une foule de nuances qui forment autant de degrés de transition, depuis la névrose ou la maladie sans matière jusqu'à la phlogose avec élaboration et sécrétion de produits morbides. Dans le cours de la même épidémie, on peut observer tous ces degrés échelonnés, si nous pouvons ainsi dire, sur autant de sujets que cette chaîne compte d'^mneaux, comme on peut aussi les voir successivement apparaître chez le même individu faisant ainsi partie de la même maladie.
Chez quelques-uns, les femmes maigres, impressionnables par exemple, la cause morbilique produit toutes les anomalies d'une névrose : frissonnements continuels et erratiques mêlés à des bouffées de chaleur; céphalalgie, douleurs articulaires et musculaires vagues et indéfinissables ; dyspnée, oppression des forces, éréthisme singulier de la sensibilité cutanée et du tact général; ténesmes divers à l'anus et à la vessie, enchifrènement gravatif sans catarrhe nasal ; congestions partielles et fugaces, sensation alternative de chaleurs âcres et de réfrigérations pénétrantes; inquiétudes fébriles, douleurs ostéocopes, insomnie, etc., etc. Où est le catarrhe? oii la phlegmasie? où l'indication de saigner? La chaleur du lit, des boissons chaudes et légèrement antispasmodiques comme les infusions de tilleul et de feuilles d'oranger; une ou deux pilules de 1 centigramme d'opium avec! décigramme de camphre, etc., profiteront autant que la saignée préjudicierait.
Dans d'autres cas, qui forment le degré de transition entre les précédents et ceux qui suivent, la cause pathogénique, en vertu de conditions dont nous n'avons pas à nous occuper, donne lieu à des symptômes déjà plus fixes et auxquels se joignent quelques signes caractéristiques qui impriment à la maladie un aspect rappelant tout à la fois les maladies cum materiâ et les maladies sine materiâ. Or, évidemment, il n'y a pas là deux affections distinctes. La dyspnée s'accompagnera d'une toux et d'un enchifrènement plus fixes (raucedo et gravedo) et donnant lieu à une distillation d'humeur ténue, acre, transparente, irritant vivement par son contact les surfaces sur lesquelles elle coule. La figure est abattue et légèrement témulente, les frissons plus francs, la chaleur plus générale, la fièvre plus régulière ; et puis, à cette première époque de crudité, succéderont plus ou moins ouvertement quelques signes de coction et de solution critique.
Tels sont les cas les plus communs et auxquels convient le mieux la dénomination de fièvre catarrhale.
Si l'on veut juger à quel point l'élément nerveux prime le plus ordinairement dans ces fièvres l'élément sanguin et plastique, on n'a qu'à
MEDICATION ANTIPHLOGISTIQUE. 629 fixer son attention sur ce qui se passe dans Tappareil respiratoire. L'oppression est considérable, les douleurs thoraciques angoissantes et intolérables, le malaise dyspnéique extrême, la toux forte et fréquente, et, à une certaine époque, l'expectoration abondante. Si l'on ausculte, on ne perçoit rien, pas même, Ijien souvent, le bruit normal d'expansion pulmonaire. On pourrait supposer un double épanchement; et pourtant, si l'on percute, la sonorité est naturelle et égale. Mais, dira-t-on, comment peuvent exister tant de troubles fonctionnels sans lésions appréciables ? Il ne se trouvera donc pas un seul bruit pulmonaire morbide pour expliquer la dyspnée, la toux, la fièvre, etc.?.... Non, mais vous pourrez les rencontrer cbez un sujet qui respirait facilement, qui toussait à peine, qui n'avait pas de fièvre; et dans deux jours peut-être, vous aurez la satisfaction de les constater chez le premier malade, alors que, par leur cessation ou leur rémission, les désordres nerveux signalés plus haut leur permettront d'exister et d'apparaître.
Ces désordres eux-mêmes étaient dus à ce que la force morbide affectait les poumons et tout l'appareil respiratoire, bien plus dans leurs éléments nerveux que dans leurs éléments plastiques; bien plus comme doués du sens respiratoire que comme parenchyme vivant de la vie végétative et siège d'actes sécrétoires et nutritifs, etc. Les vésicules pulmonaires et les petites bronches étaient peut-être resserrées, soit toniquement, soit par intervalles (car dans les accidents que nous avons décrits, on remarque de nombreuses rémissions suivies d'autant d'exacerbations, etc.), comme on le voit dans les orthopnées nerveuses connues sous le nom d'asthmes, et cet état constituait lui-même une sorte d'asthme aigu avec coexistence d'une irritation catarrhale très-superficielle.
La fièvre catarrhale épidémique ou la grippe est une affection qui rend très-malade et produit plus de malaises, de douleurs, de souffrances que beaucoup d'autres affections bien plus'graves, et cela précisément à cause du caractère nerveux particulier qui la distingue. Le tact général, dont l'organe est disséminé sur toutes les membranes de rapport, et s'y trouve en quelque sorte confondu avec les parties organiques chargées de l'accomplissement des actes perspiratoires, exhalants, sécrétoires, ce sens mixte et général est celui qui, dans la grippe, rapporte et renvoie au centre sensible le plus d'impressions pénibles, de sensations incommodes, de stimulations douloureuses. Il les fait éprouver en raison inverse de l'intensité de la phlogose catarrhale ; car tous ces symptômes s'amendent successivement et se dissipent lorsque l'élément catarrhal vient à se prononcer, à se fixer et à développer aux surfaces prédisposées la série calculable de ses phénomènes ordinaires.
Le degré auquel nous venons de nous arrêter est lui-même susceptible d'une foule de nuances, soit d'intensité, soit de formes; mais son caractère général est un mélange de phlogose érythémateuse mobile, affectant principalement les membranes muqueuses ; et de douleurs vagues, de sensations inquiétantes, de malaise général, mais superficiel, etc. Quel-
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quefois, ce sont dçs névralgies, vrais catarrhes des nerfs, des rhumatismes musculaires ou catarrhes des muscles, des angines légères, des irritations conjonctivales et jusqu'à des rhumatismes articulaires trèsmobiles, des efflorescences érythémateuses à la peau, etc. ; puis, dominant tous ces phénomènes locaux, une fièvre plus ou moins intense, coupée de temps en temps par des frissonnements irréguliers. Nous n'avons pas à décrire chacun de ces faits particuliers, etc. ; mais tel est ce degré de la maladie. Maintenant, quels sont ou quels peuvent être, avec cet état, les rapports de la Médication antiphlogistique ?
Cette médication, en enlevant à la force plastique des matériaux d'élaboration, affaiblit l'activité dans cet ordre de fonctions. En même temps, elle fait cesser l'harmonie et la régularité des rapports entre les phénomènes d'innervation et ceux de végétation, et livre en quelque sorte à lui-même le système nerveux. Ce double effet parfaitement réciproque constitue, à vrai dire, la Médication antiphlogistique. En quoi une pareille modification peut-elle nous servir dans le cas présent?
De ce qu'elle produit quelquefois un amendement incontestable dans les accidents morbides, il ne faudrait pas conclure qu'elle est la médication naturellement préposée à l'état catarrhal aigu, simple et ordinaire. Elle n'est, au contraire, assez souvent qu'un moyen de simplifier cette maladie, et s'adresse moins à l'état catarrhal en lui-même qu'elle ne sert à le réduire aux conditions nécessaires à son existence. On comprend de quelle importance peut être une telle action. Ainsi, il ne s'agit pas, à l'aide de cette médication, d'enrayer la marche de l'affection, mais de lui ménager une succession facile et naturelle, de favoriser une solution, de la hâter, d'atténuer la véhémence de tel ou tel phénomène, etc.
Ces conditions bornent singulièrement la prétention des émissions sanguines dans les fièvres catarrhales ; et il est certain que, pour le degré que nous étudions maintenant, la saignée n'est utile qu'accessoirement; qu'elle ne convient pas à tous les cas ; que les raisons qui la réclament n'existent pas chez tous les malades, et ne font pas partie essentielle de la maladie ni des incidations fondamentales et caractéristiques qu'elle présente invariablement. 11 résulte de là aussi que, lorsqu'elle est indiquée, elle l'est à titre de moyen accessoire contre un état accessoire, et qu'en conséquence elle doit être très-sobrement pratiquée. Ceci varie notablement avec le caractère de la constitution médicale; et les annales des épidémies sont pleines de la différence que cette circonstance apporte dans l'opportunité de telle ou telle médication et de la saignée en particulier, qui, dans telle épidémie, n'a été utile que jusqu'à cpncurrence du besoin et des indications accidentelles que nous venons de spécifier; qui, dans telle autre année, a été généralement nuisible, et est devenue une troisième fois d'une importance capitale et d'un emploi inévitable. Quelquelois, le génie bien décidé de la constitution peut guider le praticien dans l'appréciation de ces différences et des modifications qu'elles commandent
dans la thérapeutique. Souvent aussi, il n'en juge que par voie de prudence et de sages tâtonnements.
Dans un troisième degré, la fièvre catarrhale peut prendre une telle intensité, et la matière du catarrhe être si abondante, qu'elle se jette, comme on dit, sur certains parenchymes, y forme des infarctus quasiinflammatoires, des congestions mucoso-sanguines nommées phlegmasies fausses ou bâtardes, et qu'elle place ainsi les malades dans une situation très-fâcheuse. Alors, tout en conservant ses caractères spéciaux, l'affection se trouve accompagnée :
1° De congestions cérébrales caractérisées par un gonflement considérable de la face, une céphalalgie atroce, et quelquefois du délire. Cet accident est passablement fréquent dans le cours des épidémies de grippe. Le pouls est dur et fort, la fièvre vive. Il faut saigner, sans négliger d'entretenir aux extrémités inférieures une continuelle et légère irritation à l'aide de sinapismes successivement transportés sur les pieds, les mollets et le bas des cuisses. Quelques cuillerées à café de sirop d'éther, administrées après la saignée, forment, avec les révulsifs appliqués comme il vient d'être dit, la médication la plus généralement appropriée à cette sorte d'accident. Lorsque existent quelques contre-indicatioas à l'emploi de la saignée générale dans ce cas, on peut la remplacer par quelques sangsues aux malléoles ;
2" Assez souvent aussi, des péripneumonies profondes et centrales se déclarent qui réclament impérieusement une ou plusieurs saignées, suivant le cas. Alors, les signes physiques sont trompeurs, jusqu'à ce que la phlegmasie atteigne la surface pulmonaire. Les crachats pathognomoniques manquent aussi un grand nombre de fois. Leur viscosité et leur transparence sont alors les seuls changements qu'ils présentent, et ils doivent suffire pour modifier le diagnostic, lorsque en même temps la fièvre est très-vive, la respiration courte^ les pommettes colorées, surtout inégalement, le pouls péripneumonique, le teint subasphyxique, le décubitus impossible sur les deux côtés, la respiration puérile du côté opposé à celui sur lequel le malade se couche le plus volontiers, et lorsque la percussion pratiquée sur ce dernier rencontre une obscurité relative de la sonorité normale, qui indique une fluxion et un engouement pulmonaires, séparés seulement de la surface du viscère, par une lame plus ou moins mince de tissu resté perméable à l'air, etc.
Il est, on le sent, fort important de distinguer cet état de celui où les symptômes fournis par l'appareil respiratoire sont purement spasmodiques et nerveux. Ceux-ci n'exigent pas la saignée. Les premiers, dans la plupart des cas, là réclament impérieusement. Mais en accordant à cette indication tout ce qu'elle mérite, il faut se souvenir de la nature principale de la maladie du sujet, ainsi que du génie de l'épidémie régnante.
Cette maladie, malgré l'état de fluxion pneumonique dont nous parlons, n'est point de nature décidément inflammatoire, et cette fluxion elle-
même est plutôt, qu'on nous passe cette analogie, un enchifrènement aigu du poumon qu'une pneumonie franche et franchement attaquable par les saignées. On doit alors regarder plutôt derrière soi que devant soi, et ne pas négliger, concurremment avec le traitement antiphlogistique, celui qui paraît convenir spécialement à l'état catarrhal et nerveux, et qui se résume le plus souvent dans l'usage combiné suivant le précepte à juvantibus et lœdenlibus : 1° des éméto-cathartiques, 2° des anodins antispasmodiques, 3° des diaphorétiques, 4" et souvent ultérieurement, de quelques doses de quinquina, pour couper court à des accès de fièvre rémittente qui persistent après la disparition des phénomènes thoraciques, ainsi que pour relever les malades de l'état de langueur, d'énervation niusculaire, de tremblement, enfin de débilité singulière des principaux appareils organiques qui caractérisent la convalescence de ces fièvres; car la lenteur et la symptomatologie particulière de ces convalescences suffiraient, si cela était nécessaire, pour accuser l'opinion des organicistes sur la nature d'une telle maladie, d'être inféconde, pernicieuse, et, par conséquent, fausse de tout point.
Nous venons de dire que, dans la plupart des cas, les émissions sanguines étaient nécessaires, selon une mesure variable, au traitement des accidents congestifs etpéripneumoniques qui se développent dans le cours des fièvrescatarrhales. Est-ce que ce précepte rencontrerait des exceptions ? Sans doute, et l'expérience l'atteste.
Nous ne parlerons pas, il est inutile de le dire, des contre-indications communes tirées de l'âge, de la constitution, des idiosyncrasies, des maladies concomitantes, en un mot, de l'état antérieur du sujet. Nous ne reviendrions pas sur ce point, s'il ne s'agissait que des circonstances réservées une fois pour toutes. Mais, en supposant même qu'aucune de ces considérations ne fournisse de contre-indications, la nature des symptômes peut en imposer de très-graves.
Cette nature de symptômes se rattache le plus souvent au génie de la constitution épidémique. C'est par elle que ce génie se décèle; et quelle que soit l'espèce d'accidents locaux qui se déclarent, les indications qui en sortent sont infiniment secondaires et tout à fait subordonnées à celles que prescrit la connaissance de ce quid divinum qui domine et caractérise toute l'affection.
Or, il est arrivé et il arrivera encore que plus d'une fois cette forme d'afTection morbide repousse tout traitement débilitant, et particulièrement l'emploi des saignées. Promptement alors, les émissions sanguines mettent à découvert, et désormais sans contre-poids, un état nerveux alarmant, du délire, de l'ataxie, de la prostration, du refroidissement, des nausées, de la dyspnée et un commencement de période asphyxique. Cela avait été observé très-souvent par les épidémistes des siècles derniers, avant qu'il nous fût donné d'en être nous-mêmes les témoins pendant l'épidémie de grippe qui, à Paris et dans presque toute la France, précéda de fort peu de temps, en 1832, l'invasion du choléra asiatique.
MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE. G33 Dans ces cas fort sérieux, les vomitifs et les vésicatoires d'abord aux jambes, ensuite sur la poitrine, jouissent d'une tout autre efficacité que les spoliations sanguines.
La troisième localisation catarrhale que nous ayons à signaler après les deux précédentes consiste dans certaines angines membraneuses et tonsillaires tout à la fois, qui se développent comme les péripneumonies fausses dont il vient d'être question. Le gonflement de la membrane muqueuse de l'arrière-bouche, du voile du palais, des groupes folliculeux ■qui constituent les amygdales, ce gonflement est énorme, la luette procidente, la déglutition très-empêchée, la céphalalgie insupportable, le déUre fréquent, le pouls vite et assez peu développé. Les ventouses scarifiées sur les côtés du cou et au-dessous des angles maxillaires, les révulsifs et les purgatifs énergiques sont alors une précieuse ressource. La saignée générale peut trouver sa place comme dans les fluxions catarrhales du poumon signalées plus haut.
Il est du reste fort intéressant, sous le rapport thérapeutique qui nous occupe, de considérer l'ensemble et la marche d'une maladie épidémique, et en particulier de celle que nous étudions en ce moment.
Cette épidémie ou cette maladie populaire se comporte, dans sa totalité et son évolution complète, absolument comme un des cas particuliers dont elle se compose.
Qu'observe-t-on dans un de ceux-ci? Trois périodes, comme dans toute fièvre aiguë régulière : une période d'opportunité caractérisée par des phénomènes plus nerveux que plastiques, plus irréguliers que synergiques. Il est inutile d'y revenir. Une période de réaction fébrile plus ou moins énergique et qui rapproche la maladie jusqu'à un certain point des fièvres franchement inflammatoires ; une période d'excrétion, dans laquelle les produits du catarrhe, formés et élaborés pendant la période précédente, sont peu à peu éliminés.
Il est incontestable que la thérapeutique de ces fièvres est modifiée et doit l'être pour répondre aux indications diverses que présente, personne ne le nie, les trois périodes que nous venons de retracer.
Dans la première, on cherchera, par des moyens qui régularisent et favorisent la réaction (antispasmodiques, sudorifiques, chaleur), à faire cesser le spasme par la provocation d'une fièvre modérée et d'une détente critique à la peau.
Pendant la seconde, si la réaction est immodérée, on la tempérera par des émissions sanguines générales ou locales, et même générales et locales suivant les cas.
La troisième réclamera préalablement des purgatifs, des expectorants et quelques amers pour soutenir l'organisme dans ses opérations éhminatoires et fortifier le système nerveux contre les impressions qui l'exposent à des accès fébriles interminables, etc.
Or il est certain que ces trois aspects de la même maladie forment aussi trois aspects et trois périodes successives dans la même épidémie. Ainsi,
au début de celle-ci, les phénomènes nerveux prédominent chez les malades; vers son milieu, elle prend une allure plus purement fébrile, réactionnelle et inflammatoire. Son déclin, enfin, est marqué par des signes qui témoignent d'une moins grande activité dans les mouvements nerveux, dans les faits de réaction et de fièvre plastique, et d'une direction plus particulière vers les phénomènes sécrétoires et critiques.
D'où il résulte qu'en général, c'est vers le milieu du cours d'une épiàt'înie de fièvre catarrhale que l'indication de la Médication antiphlogistique est le plus spécialement manifeste et son influence la plus avantageuse. Au contraire, son opportunité, qui est moins évidente au début, alors que l'état nerveux domine les indications, diminue et finit par cesser lorsque se prononce la période humorale. La science prévoit tout cela, et l'expérience le confirme.
Sydenham avait merveilleusement saisi cette marche naturelle des épidémies et cette prépondérance successive des nerfs, du sang et de l'humeur : Porrà, ohservandum est, dit-il, quàd epidemici omnes, ubi primurrt è naturœ sinu emergunt exsiliunfque, quantum ex eorum phœnomenis licet conjicerc, principio niagis spirituoso ac subtili videntur inhœrescere, quàm ubi Jàin niagis adoleverint , quàque magis ad occasum vergunt, eô magis in dies crassi atque humorales fiunt.