ACTION DE L'IPÉCACUANHA SUR L'HOMME SAIN
Les expériences les plus curieuses qui aient été faites sur les effets physiologiques de l'Ipécacuanha sont dues à M. Bretonneau, de Tours. Ce praticien constata, en effet, que la poudre d'Ipécacuanha, mise en contact avec la peau dépouillée de son épidémie, suscitait une inflammation locale des plus énergiques; qu'une petite pincée de celte poudre insufflée dans l'œil d'un chien donnait lieu à une phlegmasie oculaire tellement intense, que la cornée était quelquefois perforée. 11 démontra donc que l'Ipécacuanha était un agent d'irritation locale, et il pensa que ses propriétés vomitives et purgatives devaient être attribuées à l'inflammation qu'il déterminait sur la membrane muqueuse gastro-intestinale. Plus tard, Hannay, de Glasgow, conduit par les expériences de M. Bretonneau, a fait, avec 8 grammes de poudre d'Ipécacuanha, 8 grammes d'huile d'olive et lo grammes d'axonge, une pommade irritante qui peut remplacer, pour l'usage externe, l'huile de croton tiglium.
Donné à l'intérieur et mis en contact soit avec l'estomac, soit avec le rectum, il cause une inflammation locale que l'autopsie démontre, inflammation beaucoup plus intense qu'on ne pourrait le supposer en ayant égard à l'apparente innocuité du remède.
Les expériences de M. Bretonneau n'infirment en rien les résultats thérapeutiques de nos devanciers; elles les expliquent d'une manière plus satisfaisante; et nous verrons, en effet, qu'il est très-facile de concilier l'action irritante locale de l'Ipécacuanha et son action curative dans la gastrite et la dysenterie.
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L'Ipêcacuanha introduit dans l'estomac détermine des vomissements tellement constants, que cette substance est placée, parmi les vomitifs, à côté du tartre stibié.
L'effet vomitif de l'Ipécacuanha est moins rapide que celui que l'on obtient par les préparations antimoniales; mais il dure plus longtemps. Il est également moins sûr, parce que la poudre qui ne peut être dissoute est quelquefois entièrement rejetée par le premier vomissement, et, par conséquent, n'a plus d'action. Les doses à l'aide desquelles on obtient le vomissement sont extrêmement variables : tel vomit avec 10 centigrammes et même avec une quantité beaucoup moindre ; tel autre vomit «à peine avec tsr,20 ou lsr,80. Le moyen le plus sûr pour obtenir des effets vomitifs, c'est de donner l'Ipécacuanha très-finement pulvérisé, délayé dans une assez grande quantité d'infusion chaude; mais il faut le faire prendre à petites doses, répétées souvent : ainsi 2 grammes seront divisés en quatre prises, que le malade avalera délayées dans de l'eau toutes les dix minutes. Les avantages de ce mode d'administration sont bien évidents. Si la première dose provoque un vomissement, on donne immédiatement la seconde; si sous l'influence de celle-ci, les vomissements sont suffisamment abondants, on cesse l'Ipécacuanha; dans le cas contraire, on passe à la troisième, à la quatrième.
Si, au contraire, on donne en une fois toute la quantité d'Ipécacuanha que l'on doit administrer, la poudre émétique peut être rejetée dès le premier vomissement, et tout s'arrête. Le mode d'administration est donc ici d'une grande importance : quant aux doses, elles doivent toujours être plutôt trop fortes que trop faibles, et il n'y a aucun inconvénient à les donner plus considérables qu'il n'est strictement nécessaire pour arriver à l'effet vomitif; la raison en est que les vomissements entraînent au dehors la plus grande partie de la poudre ingérée. Ainsi, chez les enfants à la mamelle, n'hésitons-nous jamais à prescrire 15 à 20 centigrammes d'Ipécacuanha en quatre prises, à dix minutes d'intervalle; 60 centigrammes chez les enfants de deux à douze ans ; I gramme de douze à dix-huit ans; de lsr,20 à 2 grammes chez les adultes.
Il arrive, quoique assez rarement, que la poudre d'Ipécacuanha soit conservée dans l'estomac et ne détermine aucun vomissement ; dans ce cas, elle purge ordinairement : cet état purgatif est même obtenu à peu près dans la moitié des cas chez les personnes qui ont suffisamment vomi sous l'influence du médicament; mais il ne se prolonge pas au delà de quelques heures; il s'accompagne rarement de fortes coliques.
En donnant l'Ipécacuanha à des doses plus élevées, depuis 2 jusqu'à 4 grammes, il peut arriver qu'après un certain nombre de vomissements, il s'établisse une sorte de tolérance analogue à celle de l'organisme pour le tartre stibié, et alors on peut voir, suivant M. Pécholier, quelques signes d'une contro-stimulation. Pour s'en assurer, M. Pécholier a fait une vingtaine d'expériences sur des lapins et des grenouilles en employant l'Ipécacuanha, ou mieux encore l'émétine, à la dose de o à
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50 milligrammes. Il a noté, en effet, une diminution dans le nombre et les battements du cœur, ainsi que dans le nombre des respirations. Il a noté, en outre, que le poumon devenait remarquablement exsangue et que les nerfs sensitifs finissaient par se paralyser. Quant à la température, elle s'abaissait à la périphérie et s'élevait un peu dans le rectum. (Montpellier médical, nov. et déc. 1862.)
Lorsque l'on fait prendre l'Ipécacuanha à doses très-minimes, 1 centigramme, par exemple, toutes les demi-heures, toutes les heures, toutes les deux heures, on jette le patient dans un état de malaise indéfinissable, ■avec mal de cœur, tendance à la lipothymie, sueurs générales, etc., etc. Cet état, que le médecin cherche quelquefois à obtenir, a sur certaines maladies une influence puissante que nous tâcherons d'analyser dans l'article général sur la médication évacuante.