SÉNÉ
On désigne sous le nom de Séné les fo- gypte, de Nubie, etc.) : les follicules en
Holes provenant de plusieurs arbrisseaux sont ovoïdes, ayant six à neuf semences,
du genre Cassia, L., famille des Légumi- lesquelles n'offrent pas a l'extérieur ces
neuses, qui croissent dans les pays méri- aspérités membraneuses qui caractérisent
dionaux, particulièrement dans la baute les semences du Cassia obovala;
Egypte. 3° Le Séné d'Ethiopie (Cassia JElhio-
On emploie en médecine les folioles de pica, N-, Cassia ovala de ftlérat, Séné de
ces arbrisseaux, ainsi que les fruits, que Tripoli), dont les feuilles sont moins al-
l'on appelle improprement follicules, puis- longées et moins aiguës que celles du
qu'ils appartiennent à la famille des légu- C. uculifolia. Les fruits sont plais, non ar-
mineuses. qués, de couleur blonde ou fauve, ne con-
Trois espèces ou variétés de Séné se ren- tenant que trois a cinq semences,
contrent dans le commerce; ce sont : 1" le Les Sénés du commerce sont un mé-
Séné à feuilles obovées, Cassia obovala de lange dans des proportions variables des
Colladon (Séné d'Italie, Cassia senna de folioles du Cassia obovala et du C. acuti-
Linné), dont les follicules noirâtres sont folia avec celles du Cynanchum oleœfoliuiu.
marquées en forme de croissant, et ren fer- (Cynanchum arghel). C'est ce mélange
ment six a huit semences pourvues d'à- qui nous arrive sous le nom -de Séné de la
rêtes saillantes ; Pallhe, a cause d'un impôt nommé pallhe
2° Le Séné à feuilles aiguës, Cassia acu- auquel il est assujetti. Il faut avoir soin,
tifolia de Dclisle (Séné de Bicharié, d'E- dtins les pharmacies, de le monder de l'ar-
gliel et des pétioles de Séné, ou bûchettes, qui n'ont pas la même propriété que les feuilles (Guibourt).
On falsifie le Séné avec les feuilles de baguenaudier (Colutea arborescens) , ce qui n'a d'autre inconvénient que de lui enlever de son énergie; mais il est une fraude beaucoup plus coupable, c'est celle qui consiste a le sophistiquer par des débris de feuilles de redoul (Coriara myrtifvlia). Des empoisonnements en ont été la conséquence.
Les Sénés de Tripoli, de Moka, de l'Inde, de l'Amérique, deviennent de jour en jour plus rares dans le commerce.
Les folticulfs de Séné que l'on connaît dans le commerce sont ceux de la falthe, de Tripoli, à'Alep et de Syrie.
Analyse du Séné. D'après MM. Lassaigne et Feneulle, le Séné de la Palthe est composé de : cathartine, chlorophylle, huile volatile, matière colorante jaune, matière muqueuse, albumine, acide malique, quelques sels.
M. Feneulle, qui a analysé les fruits du Séné (follicules), leur a trouvé une composition analogue à celle des folioles.
Mais. il y a moins de cathartine et plus de mucilage.
La résine de Séné n'a pas été analysée ni même isolée. On doit éviter de traiter le Séné, ainsi que les follicules, par l'eau bouillante, qui dissout plus de résine; et celle-ci est très-altérable à l'ébullition.
Poudre de Séné.
On doit pulvériser, d'après le Codex, le Séné sans laisser de résidu.
On donne souvent le Séné en infusion, mais ordinairement, pour masquer son odeur nauséeuse, on l'aromatise avec uue pincée d'anis, de fenouil, ou un peu de citron.
Les follicules sont aussi employées en infusion, comme le Séné.
Café de Séné.
Pr. : Café torréfié en poudre. 16 gram. Feuilles de Séné 16
On fait à part une infusion de café a la manière ordinaire, puis une infusion ou légère décoction de Séné; on mêle au café et on coupe avec du lait; on édulcore à volonté.
C'est un purgatif fort agréable pour les enfants.
Lavement purgatif.
Pr. :
Feuilles de Séné .
Sulfate de soude.
Eau bouillante . ,
16 gram.
Faites infuser le Séné pendant une à deux heures; passez et ajoutez le sulfate de soude.
h'exlratt, le vin et la teinture de Séné sont des préparations presque inusitées.
Le Séné forme la base des médecines noires, avec la manne et quelques sels minéraux purgatifs; il entre aussi dans la plupart des médicaments officinaux purgatifs et du lavement purgatif des peintres.
Le Séné est un des purgatifs les plus sûrs et le plus communément employés. Il provoque, quoi qu'en disent Mérat et de Lens, des coliques plus violentes que la plupart des autres médicaments de la même classe. Ces coliques sont d'autant plus vives que le malade auquel on administre le médicament est constipé. On remarque que le Séné ne donne pas lieu à des évacuations séreuses comme les purgatifs qui exercent une action irritante directe sur la membrane muqueuse du tube digestif ; ces évacuations sont plus féculentes; il semble que, dans ce cas, le mouvement péristaltique seul ait été augmenté de manière à faire descendre rapidement toutes les matières contenues dans l'intestin grêle, sans que d'ailleurs les sucs biliaire, pancréatique et muqueux aient été versés plus abondamment à la surface de l'intestin.
Ce mode d'action du Séné explique la fréquence des coliques; et l'on comprend comment, lorsque le gros intestin est rempli de bols excrémentitiels durcis, la contraction du plan musculaire du colon occasionne des pressions plus ou moins douloureuses.
Les autres muscles de la vie organique contenus dans le bassin parti-
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cipent aussi à l'impulsion contractile communiquée à l'intestin par le Séné. Nous voyons, eu effet, sous l'influence du même moyen, la vessie se contracter plus énergiquement; et les accoucheurs réveillent par des lavements de Séné les contractions de l'utérus qui deviennent trop faibles pendant ou après l'accouchement.
On administre les feuilles et les follicules de Séné : 1° en poudre : cette forme est fort désagréable, à moins qu'on n'en fasse des bols avec du miel et quelques substances aromatiques; 2° en' infusion, rarement eu décoction dans l'eau : cette forme est la plus usitée; 3° en extrait qui, fort peu actif, est généralement abandonné.
La poudre se donne à la dose de lsr,30 à 2 grammes ; l'infusion, de 8 à 1G grammes pour 250 grammes d'eau; l'extrait, à la dose de 2 grammes.
Le Séné entre dans la composition d'une multitude de préparations purgatives.
Pour les enfants, nous le donnons ordinairement avec des pruneaux : on fait une compote de vingt ou trente pruneaux, suivant les règles culinaires, et l'on fait cuire en même temps, pendant la dernière demiheure, 8 à 1G grammes de follicules de Séné, qu'on a soin d'enfermer dans un petit sachet de gros linge.