ACTION PHYSIOLOGIQUE DE LA PEPSIXE
La physiologie moderne a, comme chacun le sait, ramené toutes les substances alimentaires à trois grandes classes : les corps gras, les aliments végétaux ou hydro-carbonés, et les aliments albuminoïdes ou .azotés. Elle a montré de plus qu'à chacune de ces classes correspond un ferment particulier, nécessaire à la digestion des substances alimentaires qui en font partie.
Ainsi, d'après M. Cl. Bernard, le suc pancréatique est le ferment spécialement approprié à la digestion des corps gras.
M. Mialhe, de son côté, considère la diastase salivaire comme nécessaire à la transformation des substances amylacées et saccharines en glycose, et par suite à leur assimilation.
Enfin, il est bien démontré aujourd'hui que la Pepsine a pour fonction spéciale de transformer les matières albuminoïdes ou azotées en une substance soluble, assimilable, et propre à satisfaire aux différents besoins de composition et de décomposition organique.
A ce titre, la Pepsine devra constituer, dans l'acte digestif et nutritif, le ferment par excellence.
Mais le suc gastriquri, avec son double élément, ne serait-il pas susceptible, en sa qualité de produit de sécrétion, d'éprouver diverses altérations, soit dans sa qualité, soit surtout dans sa quantité? A cet égard, il ne peut rester le moindre doute.
En effet, il a été démontré que, par suite, soit d'un simple trouble d'innervation, soit d'une lésion plus ou moins profonde de la membrane muqueuse de l'estomac, la sécrétion du suc gastrique peut accidentellement devenir insuffisante ou même tout à fait nulle.
CG MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
Que devient alors l'aliment ingéré dans la cavité gastrique et que devient la fonction digestive ?
M. Corvisart étudie cette question au point de vue pratique, et, après les recherches expérimentales les plus intéressantes, il arrive à démontrer les propositions suivantes : Que l'aliment proprement dit n'est qu'une substance brute, sans vertu nutritive par elle-même, et qui laisse périr par inanition celui dont l'estomac ne digère pas. Si, au contraire, l'aliment reçoit l'imprégnation spécifique du suc gastrique, il acquiert immédiatement l'aptitude ,vitale, en vertu de laquelle il peut désormais concourir à l'entretien de la vie. Cet aliment ainsi imprégné, et ayant déjà tàté de la vie, comme parlerait Bordeu, M. Corvisart l'appelle nutriment.
Or, si l'estomac n'est pas en mesure de fournir lui-même le ferment nécessaire à la transformation des aliments en nutriments, que fait M. Corvisart? Il y supplée en portant clans la cavité gastrique sa poudre nutrimentive; en d'autres termes, il remplace la Pepsine naturelle, qui fait défaut, par une Pepsine étrangère ou d'emprunt. En résumé, grâce à cette Pepsine, devenue médicament, mais médicament tout physiologique, on arrive à faire digérer, à nourrir, à faire vivre ceux dont l'estomac se trouve accidentellement privé de cet agent et de cette force vive indispensables à la digestion, à la nutrition et à la vie. (Voir le mémoire intitulé Dyspepsie et Consomption.)