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ACTION THÉRAPEUTIQUE DE LA PEPSINE

L'idée mère de la nouvelle médication étnnt donnée, il importait ensuite de bien déterminer les conditions pathologiques où cette poudre nutrimentive pourra réussir, les cas où elle opérera seule et ceux où elle aura besoin d'un auxiliaire.

Dyspepsie. — La dyspepsie est une maladie très-fréquente, mais, il faut le dire, encore bien obscure, malgré les recherches si nombreuses dont elle a été l'objet. Ce mot, pris dans son sens primitif, voudrait dire difficulté delà digestion, quelle qu'en soit la cause; mais l'usage et la tradition lui ont donné une signification plus précise, et l'indigestion, qui est bien une digestion pénible et troublée, n'a jamais été comprise dans la dyspepsie. La tradition a appliqué le mot de dyspepsie non pas seulement à une fonction lésée et à un symptôme plus ou moins complexe, mais bien à une maladie, ou, si l'on veut, à plusieurs maladies, dont le symptôme dominant ou capital est la dyspepsie.

Pour nous, la dyspepsie a donc des caractères qu'il ne faut jamais oublier.

Premièrement, c'est une maladie et non pas seulement un symptôme; il ne faut pas la confondre avec l'indigestion, comme il vient d'être dit, ni avec l'anorexie qui accompagne les affections fébriles, quelles qu'elles soient. La dyspepsie, pour devenir une maladie et par conséquent devenir

la base du pronostic ot du traitement, doit être toutefois le symptôme dominant, et le point de départ d'un certain nombre de troubles consécutifs qui pourront eux-mêmes devenir très-graves, sans que la maladie perde son nom de dyspepsie et le malade ses chances de guérison et ses indications pour le traitement.

La première cause de la dyspepsie, pour ceux qui regardent ce mot comme n'exprimant qu'un symptôme, est l'alimentation grossière ou de mauvaise qualité, et Beau est un de ceux qui ont mis cette cause au premier rang. C'est là une grave erreur : la dyspepsie n'est pas une maladie des pauvres, c'est par excellence une maladie des riches. Ce qui résulte d'une alimentation grossière et insuffisante, ce peut bien être l'anémie, mais ce n'est pas la dyspepsie. Le dyspeptique est celui qui, ayant autour de lui tout ce qu'il faut pour se nourrir, ne se nourrit pas. 11 suffit, du reste, de parcourir les hôpitaux pour savoir combien la dyspepsie y est rare, si rare même, que l'on est obligé de surveiller les malades pour qu'ils ne mangent pas en dehors de l'alimentation qui leur est prescrite.

Il ne faut pas non plus confondre avec ce qui précède la dyspepsie des gens qui n'ont plus de dents. Dans oe cas, ce sont les gens qui sont altérés et non les aliments, et si les malades digèrent mal, c'est qu'ils n'ont pu ni mastiquer, ni insaliver suffisamment. On y remédie en prescrivant des soupes et -des ragoûts, et, mieux encore, en faisant remplacer les dents qui manquent par un râtelier bien construit..

D'autres gens sont dyspeptiques parce que, prenant des aliments trop épicés, ils fatiguent leur estomac à sécréter outre mesure : c'est là ce que Brown appelait dépasser l'excitabilité de l'organe. Le régime doux, le bouillon de poulet, les viandes blanches et une diminution graduelle des excitants permettront de guérir ces dyspeptiques, s'ils ont encore un estomac capable de fonctionner.

Voyons maintenant les dyspepsies stomacales, celles qui tiennent, comme disait Récamier après Brown, à ce que le support du stimulus fait défaut. Une fois l'aliment normal déposé dans l'estomac, il doit y déterminer une action nerveuse qui, après son passage à travers la moelle, se traduise par une activité plus grande dans la circulation, les sécrétions stomacales et les mouvements péristaltiques. Eh bien, si l'estomac est atteint d'une affection chronique, gastrite chronique, ulcère, cancer, rhumatisme des parois, etc., il y aura ordinairement dyspepsie, mais quelquefois d'autres phénomènes, tels que douleur ou vomissement, anorexie, profonde, qui ne permettront pas au malade de conserver les aliments dans l'estomac. Dans ces cas, ce n'est pas toujours la dyspepsie qui domine et la maladie se caractérise par un autre nom.

La dyspepsie a plus souvent pour point de départ un autre organe que l'estomac, et il y a dyspepsie bien plus souvent quand l'estomac es t le point d'arrivée que quand il est le point de départ d'une action nerveuse réllexe. On va le voir par un certain nombre d'exemples.

08 MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.

Des émotions morales, et surtout les émotions tristes, peuvent amener la dyspepsie. Une affection générale, comme la chlorose, l'hystérie, les névroses, agissant sur le système nerveux stomacal, pourront produire les trois effets suivants : dans le premier, les contractions seront lentes et insuffisantes, il y aura une véritable atonie ou semi-paralysie de l'organe ; les gaz, au lieu de passer dans l'intestin pour y être absorbés, resteront dans la cavité stomacale et la distendront outre mesure. Dans ce cas, c'est aux ombellifères aromatiques et à la noix vomique qu'il faudra recourir.

D'autres fois, les contractions sollicitées par la présence des aliments se feront d'une manière violente et spasmodique, l'arrivée des aliments sera douloureuse et leur passage dans l'intestin se fera trop tôt, les contractions péristaltiques étant trop précipitées; ou bien les contractions ayant lieu sur place comme de véritables crampes, les aliments resteront fixés dans l'estomac sans être digérés. Ces divers troubles de l'innervation stomacale guériront par les stupéfiants, les narcotiques ou l'éther ingérés peu de temps avant le repas et à petite dose.

Si, au contraire, ce sont les organes de sécrétion qui sont le plus atteints, il peut arriver encore trois troubles différents. Dans les uns, il se fait une sécrétion acide exagérée, c'est le plus souvent chez les goutteux; l'eau de Vichy, les alcalins, et entre autres la craie préparée, seront particulièrement indiqués. Dans d'autres circonstances, il se fait une sécrétion muqueuse exagérée, comme cela se voit surtout chez les buveurs ; il y a des pituites : c'est aux amers et aux astringents qu'il faut avoir recours. Enfin, la sécrétion ne se fait pas, bien que le malade n'ait pas de fièvre, et c'est le plus souvent alors l'herpétisme, cette maladie si commune aujourd'hui, qui en est la cause ; on y suppléera par l'acide chlorhydrique donné après le repas, ou bien encore par la Pepsine.

Ces dyspepsies réclament donc toujours, indépendamment du traitement direct, un traitement général ou constitutionnel, car la maladie dyspepsie, est rarement un accident, c'est au contraire essentiellement une maladie chronique, et les dyspeptiques ne le savent que trop. Mais, en outre, il ne faut pas oublier que la dyspepsie est souvent produite et entretenue par une affection du foie, de l'utérus, des reins ou des poumons, et surtout par la constipation, et que, l'affection première améliorée par un traitement approprié, la dyspepsie sera plus facile à modifier.

Enfin, on n'oubliera pas que la dyspepsie amène assez vite l'anémie et souvent même une sorte de cachexie que les Anglais appellent phtfiisie dyspeptique, et que le médecin doit, par conséquent, se hâter de rétablir une fonction si essentielle. Il résulte de tout ce que nous venons de dire, que la Pepsine a ses indications dans la dyspepsie ; indications restreintes, il est vrai; mais, comme le fait observer M. Corvisart, la Pepsine a l'avantage de ne pas laisser longtemps de doute sur son action.

«Le cachet de ce médicament, dit-il, est d'agir vite et nettement. En

deui ou trois doses, son efficacité esl jugée ; il est inerte, ou héroïque. Il n'y a donc pas à se perdre dans des tâtonnements sans tin, soit thérapeutiques, soit alimentaires; avec ce médicament, du premier coup, on obtient la guérison, ou, mieux éclairé sur le diagnostic, on passe immédiatement à un autre. »

Nous dirons donc que, ton tes les fois qu'on se trouvera en présence d'un de ces cas particulièrement réfractaires, s'il arrive que la Pepsine n'ait pas été essayée, tout n'est pas perdu encore ; ayez immédiatement recours à ce moyen; s'il est inefficace, il ue pourra jamais être nuisible; mais plusieurs fois aussi il vous donnera des succès inespérés.

Apepsie des enfante. — Non loin de ces affections, vient se placer une maladie assez commune chez les enfants, que M. E. Barthez a décrite sous le nom d'apepsie, et dans laquelle l'usage de la Pepsine lui a donné de très-bons résultats.

Il n'est pas rare, en elfet, d'observer des enfants qui sont doués d'un appétit parfait, souvent même exagéré, qui consomment une très-notable quantité d'aliments, et qui néanmoins restent maigres, petits, chétifs. La nourriture ne leur profite pas, disent leurs parents. Le plus généralement ces petits malades ont un ventre gros, dur, ballonné, qui fait contraste avec leurs membres grêles. Ils ont presque constamment la diarrhés ; on remarque que leurs selles sont ordinairement très-abondantes, quelquefois solides, le plus souvent liquides ou demi-liquides, et contenant des matières alimentaires non digérées. La digestion gastrique est généralement facile, souvent même trop précipitée, et il s'y joint parfois un petit mouvement fébrile comme dans la fièvre hectique. De plus on remarque chez ces enfants une taciturnité, une tristesse ou une tranquillité qui ne leur est pas habituelle.

Cet état persiste quelquefois des semaines et même des mois, tantôt sans aggravation notable, tantôt avec augmentation graduelle de la faiblesse et du dépérissement.

M. Barthez, ne pouvant découvrir chez ces enfants aucune lésion qui lui donnât la raison de cet ensemble de troubles fonctionnels, eut le soupçon que peut-être ils étaient le résultat d'une digestion incomplète ou même nulle des aliments, due elle-même à une altération quelconque du suc gastrique ; et en comparant cet état à une sorte d'indigestion continue, il se rendait assez bien compte de cette faim vorace et de ce défaut de réparation, qui représentent ici les deux symptômes dominants.

En conséquence de cette idée, il administra à ces petits malades quelques doses de Pepsine (et de préférence la Pepsine neutre) en raison de la prédominance d "acidité dans le jeune âge ; grâce à ce moyen, M. Barthez eut la satisfaction d'obtenir successivement, dans un espace de temps assez court, un certain nombre de guérisons des plus rapides et des plus heureuses chez des jeunes enfants qui étaient très-gravement malades depuis plusieurs semaines, même depuis plusieurs mois.

Or, cette forme chronique de l'indigestion, signalée par M. Barthez, la

pratique la retrouve pour ainsi dire à chaque pas- Les exemples de ce genre sont fréquents chez les adultes, mais encore plus fréquents chez les jeunes enfants. Trop souvent alors on fatigue les malades par un trèsgrand nombre de remèdes, empruntés successivement aux toniques, aux absorbants, aux narcotiques. Tout échoue, et ce n'est qu'en dernier ressort qu'on songe à la Pepsine, qui, administrée dès le début, eût pu faire justice de la maladie avec une extrême facilité.

maladies organiques de l'estomac. — On pourra encore retirer quelques avantages de la Pepsine dans un certain nombre de dyspepsies, non plus essentielles ou primitives, mais symptomatiques d'une lésion organique de l'estomac. Ces affections s'accompagnent le plus ordinairement d'un trouble plus ou moins profond dans la sécrétion du suc gastrique, et l'on est autorisé à croire que, dans le début surtout, c'est peut-être plus à ce trouble fonctionnel qu'à la lésion organique elle-même que doivent être rapportées les graves perturbations qu'on observe du côté de la digestion et de la nutrition. Sans doute il serait absurde de demander ici à la Pepsine la guérison d'une affection organique essentiellement incurable, le cancer, par exemple ; aucun médecin sensé n'aura jamais pareille prétention; mais qui pourrait ne pas lui reconnaître un rôle encore très-utile si, en arrêtant les vomissements et en permettant la digestion de quelques aliments, ce moyen pouvait retarder la période fatale de cachexie et d'épuisement, et, en définitive, prolonger un certain temps la vie du malade?

Convalescence. — Outre les dyspepsies, soit essentielles, soit même symptomatiques, il existe encore toute une grande classe d'affections où la Pepsine peut trouver accidentellement son indication. Ainsi tous les praticiens savent combien, dans le cours et surtout vers le déclin des maladies aiguës en général, et plus particulièrement des fièvres typhoïdes, il est souvent difficile de faire supporter les premiers aliments, surtout quand on a commis la faute de prolonger la diète outre mesure.

Si, outre une diète excessive, le malade a subi des pertes abondantes de sang, il n'est pas très-rare de voir l'intolérance de l'estomac se manifester non plus seulement par des digestions laborieuses ou des diarrhées épuisantes, mais par le rejet de toutes les substances alimentaires, sous quelque forme qu'elles soient administrées. Quel médecin n'a pas eu occasion de voir ces vomissements, débutant avec la convalescence, persister avec une opiniâtreté invincible, et conduire le malade au tombeau à travers les accidents les plus douloureux de l'inanition ? — Eh bien, dans ces circonstances, le médecin devra recourir à la Pepsine, car l'expérience a montré que ces accidents d'indigestion ou ces vomissements indomptables étaient dus le plus souvent à l'altération de la sécrétion gastrique, tantôt isolée, tantôt asssociée à une extrême irritabilité de l'estomac.

En effet, si l'on est tombé juste, la Pepsine réussit quelquefois à calmer cesvomissements comme par enchantement, et à faire digérer avec facilité les aliments dans le cours des maladies soit aiguës, soit chroniques, et no-

tammenl dans la convalescence des fièvres typhoïdes. S'il était ici besoin de noms et d'autorités, nous pourrions citer les observations les plus probantes recueillies par MM. Longet, Rilliet, Godarl, Huet, Berthelot, etc.

Vomissements incoercibles. — Après avoir passé en revue les conditions morbides principales qui réclament l'emploi de la Pepsine, ce serait commettre une très-regrettable omission que de ne pas signaler les services qu'elle est encore appelée à rendre chez les femmes enceintes.

< »n sait combien est pénible cette dyspepsie toute spéciale qui accompagne assez généralement les premiers temps de la grossesse ; on sail surtout combien la médecine a peu d'action sur les différents troubles fonctionnels qui s'y rattachent, tels que dégoût, nausées, vomituritions, maux d'estomac, salivations, digestions laborieuses.

C'est surtout quand il se trouvera en présence de ces vomissements incoercibles de la grossesse, que le médecin devra ne pas perdre de vue ce caractère de précision tout exceptionnel que possède la Pepsine ; car il lui confère une valeur hors ligne, soit comme agent thérapeutique, soit comme pierre de touche pour le diagnostic.

« Si donc, poursuit M. Corvisart, les vomissements sont dus à une altération de la sécrétion gastrique, l'effet de la Pepsine est immédiat ; la malade digère au premier repas, et les vomissements cessent presque toujours dès les premières doses.

« Si, au contraire, la Pepsine échoue, il importera de ne pas persister longtemps dans cette voie, car ce serait perdre son temps au détriment de la malade. En effet, c'est qu'alors il s'agit très-probablement d'une dyspepsie par irritabilité de i'estomac, mise enjeu par le fait de la sympathie utérine. Dans ce cas, on aura recours à la belladone portée sur le col utérin, ou ultérieurement aux divers moyens dont l'expérience a pu montrer l'utilité. »

MODES D'ADMINISTRATION ET DOSES

Les principales formules recommandées par M. Corvisart sont les suivantes :

1° Poudre nutrimentive composée.

R. Pepsine neutre 50 ceutigr.

Acide lactique 3 gouttes.

Amidon oOcenligr.

Cette poudre nutrimentive est administrée immédiatement avant ou après chaque repas, dans une cuillerée de potage ou dans un peu d'eau sucrée. Mais, en raison de son odeur nauséabonde, mieux vaut encore la prendre enveloppée dans du pain à chanter.

Eviter avec soin, pendant le repas, ou même deux heures après, toutes substances susceptibles de décomposer la Pepsine, notamment celles qui contiennent du tannin.

72 MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.

Cette poudre se donne à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme à chaque repas.

2° Sirop de Pepsine :

R. Pepsine (poudre nutrimentive) 6 grain.

Eau froide 20

Faites dissoudre par trituration; après deux heures de repos, filtrez et ajoutez :

Sirop de cerise acidifié par l'acide lactique. . . 70 gram.

A prendre par cuillerée à bouche pour les adultes, et par cuillerée à café pour les enfants.

3° Elixir de Pepsine (Mialhe).

R. Pepsine amylacée 6 gram

Eau distillée 21

Vin blanc de Lunel 54

Sucre blanc 30

Esprit-de-vin fin à 33° 12

On met ces substances en contact jusqu'à parfaite dissolution, et l'on filtre.

L'élixir de Pepsine constitue une préparation agréable ; on le donne à la dose d'une cuillerée à bouche avant ou après chaque repas. Toutefois on lui a reproché de contenir de l'alcool en proportion assez grande pour qu'il puisse nuire à l'action de la Pepsine, ou qu'il soit mal toléré par certains estomacs.

Outre ces préparations vraiment recommandables, il existe une infinité d'autres formules à la Pepsine.

Mais comme, dans la plupart de ces formules, on a eu la mauvaise idée d'associer à la Pepsine des médicaments souvent incompatibles qui en neutralisent ou en allèrent plus ou moins les propriétés, nous croyons devoir, d'après l'avis de M. Corvisart, les proscrire sévèrement.

Quand un agent thérapeutique tel que la Pepsine est appelé à satisfaire à une indication très-nette, très-précise, souvent même d'un intérêt majeur, il faut de toute nécessité que le médecin puisse compter avec certitude sur la préparation qu'il emploie.

PROTÉINE.

Mulder, qui a découvert la protéine (de Tpo-Eivw, j'occupe le premier rang), pense qu'elle est le radical des substances albuminoïdes, de sorte que celles-ci pourraient être considérées comme des combinaisons de soufre et de phosphore avec la protéine. Mais M. Liebig ayant démontré que la protéine obtenue par le procédé de Mulder renfermait du soufre.

PROTÉINE. 7.1

il en résulte que la théorie du chimiste hollandais sur la constitution des matières albumineuses ne saurait être admise.

La Protéine de Mulder s'obtient en dissolvant une matière albumineuse (fihrine, caséine, albumine) dans une solution de potasse caustique à la température de +30° ; le phosphore et le soufre restent combinés à l'état de phosphate et de sulfure, et par l'addition de l'acide acétique on précipite la Protéine.

La Protéine est solide, jaunâtre, dure, friable, insipide, insolubc dans les acides trôs-étendus ; les acides concentrés la précipitent de ses dissolutions.

La Protéine a été employée contre les maladies qui affectent la constitution générale et qui indiquent un vice dans la nutrition. M. Taylor l'a employée contre la scrofule ; M. Tusson en a retiré de bons avantages contre le rachitisme, la carie et les ulcères gangreneux. La dose est de 20 à 60 centigrammes par jour.

M. Verguin a employé avec succès la Protéine ferrée contre la chlorose, et MM. Pidoux et Pelletan ont eu à se louer de l'emploi du mélange de fer réduit et de Protéine.

8e LD.— T. i. 12

Nous verrons la Médication altérante empêcher ou détruire les opérations de la force plastique, s'opposer aux élaborations réparatrices de la chimie vivante en atténuant les qualités nutritives du sang et en affaiblissant la tonicité des solides. La Médication tonique a un objet tout contraire : elle rend de la tonicité aux tissus, reconstitue les fonctions assimilatrices, et imprime à l'organisme de la résistance vitale.

Si nous considérons les actions organiques sur lesquelles les médicaments toniques portent immédiatement leurs effets, nous verrons bientôt que ce sont les plus importantes, les plus radicales de l'économie vivante, qu'elles sont les bases de l'animalité. On les retrouve donc dans toute la série. On peut dire que, dans le plus inférieur et le plus simple des animaux, elles sont aussi complète aussi parfaites, aussi caractérisées, dans ce qu'elles ont d'essentiel, que chez l'animal le plus avancé dans l'échelle zoologique, que chez l'homme lui-même.

Observées dans ceux de ces animaux qui sont réduits à un parenchyme informe, creusé d'une cavité alimentaire et sans autre organe spécial, les actions dont il s'agit consistent essentiellement : i° en une circulation aréolaire qui exige, pour avoir lieu, le concours de deux conditions, savoir : un liquide organisable, assimilable, et une matière solide douée d'un certain orgasme, d'une certaine tonicité, en vertu de laquelle elle réagisse contre l'impression du liquide, son excitant normal, de manière à lui imprimer des mouvements obscurs en divers sens (circulation capillaire ou interstitielle) ; 2° en une identification du liquide assimilable au solide assimilateur (nutrition) ; 3° en la formation, au point de contact de ces deux éléments, d'un produit nouveau (sécrétion) qui, ne devant plus faire partie de l'être, en sera bientôt éliminé (excrétion); 4° en la production d'une température propre (calorilication).

Cette extrême simplicité du système de la nutrition chez les êtres inférieurs est en proportion de la simplicité et de l'homogénéité de leur composition, qui ne consiste qu'en une masse amorphe partout gélatineuse. La chimie vivante n'avait pas de grandes combinaisons à opérer pour arriver à la formation d'une matière unique, la moins animalisée de toutes celles qui composent l'échelle des tissus dans l'anatomie générale. Voilà pourquoi chez ces animaux on n'observe pas d'instruments élabo-

TONIQOES ANALEPTIQUES. 73

rateurs, de viscères à l'action préparatoire desquels soient soumises les

substances alimentaires avant d'être aptes à réparer immédiatement la matière organisée.

Mais chez les animaux plus élevés, chez les mammifères et chez l'homme surtout, à qui on devra rapporter tout ce que nous allons dire maintenant, le système de la nutrition est infiniment compliqué.

En achevant l'animal, la nature a atteint le plus haut degré de perfection organique, et cette perfection consiste dans le summum de développement des organes qui le mettent en rapport avec tous les autres êtres. Les instruments de cette vie de relation sont le système nerveux céphalorachidien et le système musculaire locomoteur, formés tous deux des tissus les plus composés et les plus annualisés dont s'occupe l'anatomie générale, nous voulons dire l'albumine et la fibrine.

L'animal vit pour le système nerveux, a dit un grand naturaliste. Nous allons faire découler de ce mot profond la donnée fondamentale qui nous semble devoir guider le pathologiste dans l'étude philosophique de la .Médication tonique.

Entre l'aliment et la matière organisée, il y a chez l'homme une série d'instruments ou d'organes appelés viscères (de vescor, je me nourris), destinés à imprimer à ces substances alibiles une suite de modifications qui les rapprochent de plus en plus de la nature des matériaux qu'ils doivent former ou entretenir. Une autre série d'organes a pour objet, non plus l'élaboration des substances réparatrices, mais celle des parties qui dans les aliments sont inassimilables, et celle des matières qui, usées par le mouvement organique, et suranimajlisées, doivent être rejetées de l'économie. Ainsi, entre les ingesta et la matière animale fixe, une série d'appareils assimila teurs ou composants; entre la matière animale fixe et les matières excrémentitielles, une série d'organes dépu rateurs, désassimilaleurs, décomposants, excréteurs. Voilà ce qui constitue le système nutritif, la vie organique chez l'homme. Cette complication d'organisation était exigée par le besoin de faire passer graduellement les substances alimentaires à un état d'annualisation tel, qu'elles pussent remplacer les matières immédiates très-diverses qui constituent le corps humain. Or, en dernière analyse, toutes ces opérations préparatoires de la chimie vivante, qui ont pour agents les viscères assimilateurs et désassimilateurs, ne font pas autre chose que de préparer la formation des organes de la vie de relation, savoir : le système nerveux cérébro-spinal et le système musculaire qui lui est soumis.

Mais il faut un système nerveux spécial pour animer tous ces organes et en coordonner les fonctions. Ces fonctions tendent à un but unique par des moyens différents ; elles ont besoin d'une influence qui leur départisse des degrés de sensibilité capables de les mettre en rapport avec leurs stimulus spéciaux, de leur imprimer les mouvements nécessaires au transport et à la circulation des matières destinées à l'entretien du corps et de celles qui doivent être éliminées ; d'une influence enfin qui

assure l'ensemble, la régularité des opérations, et qui, établissant des correspondances avec le centre sensible, le cerveau, avertisse l'animal de ses besoins, et le pousse, par des instincts invincibles, à se procurer les substances indispensables à l'entretien et à la réparation de son organisme. Ce système nerveux est celui que l'on nomme ganglionnaire ou trisplanchnique.

Trois cboses capitales sont donc à considérer dans le système nutritif de l'homme, dans ce que Bichat a appelé la vie organique, intérieure ou cachée ; et la considération de ces trois choses importe surtout sous le point de vue de la Médication tonique. Ce sont : 1° la matière animale fixe et solide, tissus organiques, parenchymes, etc.; 2° la matière animale liquide dans laquelle les solides puisent tous les éléments de leur développement, de leur entrelien et de leur réparation; 3° enfin le système nerveux qui anime et coordonne les fonctions des viscères chargés de composer le sang, d'exporter les résidus alimentaires et les matières désormais impropres.

Appliquons ces données physiologiques à l'étude de la Médication tonique.

1° Nous avons vu plus haut que, pour que les (issus organiques fussent en état de sentir l'impression des liquides nutritifs circulant dans leurs interstices, il leur fallait certain degré d'une faculté qui les fit réagir sur ces liquides pour leur imprimer des mouvements oscillatoires d'où résultât la circulation aréolaire ou capillaire, en même temps qu'elle les rendit capables d'affinité vitale pour emprunter au fluide circulant les molécules nécessaires à leur entretien ; en un mot, pour qu'ils pussent assimiler ce fluide.1

Cette importante faculté a toujours vivement fixé l'attention des grands physiologistes qui lui ont donné des noms différents. Stahl, qui s'en est beaucoup préoccupé, et lui a fait usurper le gouvernement d'actes physiologiques et pathologiques dont un grand nombre ne lui sont pas soumis, Stahl la nomme tonicité ou mouvement Ionique (de -uivoç,, ton, tension, rigidité). Motus vitales œque atque animales uti ante omnia supponunt sufficiens robur in ipsâ parte, quod, quia in certâ tensione cotisistit, proptereà tonum appellare soleo, et maximo merito Motum tonicdm. (Stahl, Theor. tned. ver., p. 647.) Bichat, décomposant les propriétés de cette force, la désigne sous le double nom de sensibilité organique et de contraclilité organique insensible. Lamark {Philosoph. zoolog.) en parle longuement et très-bien, et se sert pour la caractériser du mot orgasme, qui nous paraît en effet très-exact. Broussais (Physiol. appl. à la pathol.) l'appelle érection vitale, et son étude lui a fourni matière à d'admirables développements, etc., etc.

L'expérimentation biologique, dont les récents travaux jettent un si grand jour sur tout ce qui concerne la physiologie et même sur la pathologie,'nous a montré par les travaux de Prochaska, de Legallois, de

TOXIQUES ANALEPTIQUES. 77

Marshall-Hall, de Jean Millier, de Claude Bernard, etc., que celle action tonique, qui a son point de départ dans les extrémités nerveuses sensitives, arrive à la moelle, d'où elle revient soit au môme point, soit ailleurs, sous l'orme d'excitation motrice; c'est pour cela que cette action so m un me réflexe.

La condition anatomique de cette action a été découverte en 1833 par Schrœder van der Kolk. à Utrecht, et Wagner à Gœttingue. Ce sont les racines postérieures de la moelle qui, après avoir fourni un premier groupe de fibres ascendantes qui se rendent à l'encéphale et un second qui se perd clans la corne postérieure, en fournissent un troisième dont les fibres traversent d'arrière en avant, toute l'épaisseur de la moelle pour se rendre aux groupes des grandes cellules motrices et de là aux nerfs moteurs. (Jaccoud, les Paraplégies et l'Ataxie du mouvement, 18G4.)

M. Claude Bernard a été plus loin, et il a montré depuis que l'arc excito-moteur peut même ne pas passer par la moelle, et qu'un des ganglions du grand sympathique peut servir de centre pour l'action rétlexe. C'est sur la glande sous-maxillaire qu'il en a fait la démonstration.

Cela établi, disons qu'il est des états morbides, et de très-graves, qui sont particulièrement caractérisés par la perte ou l'affaiblissement considérable de cette faculté, dans lesquels l'état tonique des tissus vivants est sensiblement relâché ; où la flaccidité, la friabilité, l'atonie des solides vivants a remplacé cet orgasme, cette tension, cette rénitence, cette érection vitale; où la sensibilité et la contractilité insensible des parenchymes, pour nous servir des expressions de Bichat, sont languissantes à ce point, qu'ils ne sont plus assez en rapport avec le sang et les autres liquides, leurs stimulus normaux, pour que les affinités de la chimie vivante soient mises en jeu. Dans ces affections, la circulation capillaire est lente et imparfaite, les liquides obéissent autant aux lois de la pesanteur qu'aux directions imprimées par la contractilité insensible des tissus. Ils s'échappent par les exhalants, transsudent par les porosités et se répandent sur les surfaces, ou s'extravasent dans les trames celluleuses, etc. Ces accidents dominent tous les autres et offrent les indications les plus pressantes, les seules quelquefois. Or, il est une classe d'agents toniques propres à combattre ces accidents et à remplir ces indications, ce sont les Toniques proprement dits , en restreignant ce mot à son sens étymologique (-rdvoç, tension).

Quelques auteurs de matière médicale ont exclu ces médicaments de la classe générale des Toniques, et les ont rangés à part sous le titre d'astringents. Nous avons cru plus juste d'imiter Cullen et quelques autres, qui leur donnent place parmi les Toniques, en les désignant par le nom de Toniques astringents.

Ainsi, première division de la classe générale des Toniques en Toniques astringents, dont le mode d'action caractéristique consiste à rendre immédiatement aux solides le ton, l'orgasme, la densité vitale, nécessaires à l'accomplissement des mouvements insensibles qui se passent en eux.

2° La matière animale liquide, dans laquelle les solides puisent tous les éléments de leur développement, de leur entrelien et de leur réparation, le sang, pour posséder ces qualités, doit charrier assez de parties nutritives, de chair coulante, en un mot assez de fibrine, d'albumine, de globules, etc. Or, il est des maladies particulièrement caractérisées par l'insuffisance de ces éléments du sang, et dans lesquelles les accidents les plus graves et les plus variés résultent de cet appauvrissement du liquide réparateur. Les indications les plus importantes sont celles qui conduisent à rendre au sang ses qualités nutritives le plus directement possible. Une seconde classe de médicaments toniques nous offre cette puissante ressource, ce sont les Toniques analeptiques ou reconstituants ( de àvaXa[j.6avo), je rétablis).

Ainsi, deuxième division des Toniques en Toniques analeptiques, dont le mode d'action caractéristique consiste à rendre immédiatement au sang les principes organisables et réparateurs qui lui manquent.

3° Enfin, le système nerveux, qui anime et coordonne les fonctions des viscères chargés de composer le sang, d'exporter les 7'ésidus alimentaires, les matières désormais impropres, et de présider au renouvellement de, l'espèce, le système nerveux ganglionnaire, a besoin, pour accomplir ces importantes attributions, d'une force énergique, opiniâtre, vivace, constante et profonde, surtout d'une harmonie parfaite d'action. C'est lui qui régit les phénomènes de l'animalité. 11 est le régulateur de tous les instincts, de tous les phénomènes de synergie vitale, de réaction générale, de force médicatrice, de résistance physiologique, en un mot de tous ces grands phénomènes sur lesquels reposent et la santé et les symptômes dans les maladies. Les centres principaux de cet appareil sont ce qu'on a désigné tour à tour sous les noms d'evop[wv, de duumviratus, d'archée, d'impetum faciens, de trépied vital, etc., etc.

Toutes les maladies un peu importantes ont des retentissements dans ce système. Le plus souvent, c'est indirectement qu'il est affecté. D'autres causes l'attaquent plus ou moins partiellement et primitivement; nous n'avons pas à nous en occuper. Mais il est certaines causes morbides qui frappent directement les foyers principaux de ce système, et vont éteindre la vie organique dans ses centres animateurs. On voit alors toutes les grandes fonctions de l'économie tomber soudainement dans le collapsus et l'incohérence. La force et l'harmonie sont brisées, les synergies impuissantes, la résistance vitale sidérée, le principe de l'existence immédiatement menacé. Ce sont les maladies malignes, pernicieuses, etc. Il faut alors, pour retenir la vie prête à s'échapper, des moyens héroïques, qui n'aient pas besoin, pour produire leur effet, de susciter une ou plusieurs modifications physiologiques plus ou moins incertaines, mais qui aillent droit au lieu du danger, prennent, comme dit Galien, l'ennemi corps à corps et le terrassent violemment, ou plutôt qui lui résistent avec énergie, et soutiennent le système nerveux dans sa réaction contre

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l'influence mortelle do certaines causes ou de certains germes morbides. La dernière classe des Toniques renferme ces puissants antagonistes, que nous nommerons Toniques neurasthéniques.

Ainsi, troisième et dernière division des Médicaments Toniques en Toniques névrosthéniques, dont le mode d'action caractéristique, consiste à imprimer immédiatement aux forces vives de l'économie animale de la résistance vitale et à y rétablir les synergies.

Indépendamment des effets spéciaux et distincts que nous venons d'attribuer à chacune de ces trois divisions des Médicaments Toniques, ils tirent une action tonique commune de leur mode d'administration le plus ordinaire. Ainsi tous, déposés dans le ventricule, sont stomachiques, à l'exception de quelques-uns de la première classe; et c'est une action tonique bien capitale et bien puissante que celle qui rend à l'estomac la force digestive affaiblie, et assure à l'économie de bons matériaux de réparation. Qui ne sait, en outre, que l'influence physiologique d'un estomac qui fonctionne heureusement, pacifie et console toute l'économie, qui y trouve une preuve, certaine de force et d'harmonie, pylorus rector (Van Helmont), et cela indépendamment jusqu'à un certain point de lu réparation du sang par un bon chyle?

La Médication, d'une manière abstraite, se compose pour nous : 1° de l'étude générale du mode d'action physiologique ou immédiate d'une classe de médicaments ou d'agents curatifs; 2° de la recherche et de l'appréciation des indications ou contre-indications que peuvent présenter les maladies de produire ces modifications physiologiques dans un but thérapeutique.

Procédons, d'après ce plan, à l'étude de la Médication tonique en général.

1° Action physiologique ou immédiate des Toniques. Pour bien connaître les effets immédiats d'un médicament, il faut les observer sur un sujet jouissant d'une parfaite santé, un sujet dont tous les organes soient doués de leur équilibre et de leur résistance vitale. Or, si nous nous rappelons ce qui a déjà été dit plus haut, et si nous définissons les Toniques en général des médicaments qui ont pour effet direct et immédiat de rendre de l'énergie aux fonctions de la vie organique, nous allons aussitôt nous apercevoir que ces médicaments n'ont pas une action physiologique distincte de leur action thérapeutique. Aussi, remarquez que nous ne disons pas que les médicaments dont il s'agit donnent, mais rendent de l'énergie aux fonctions de la vie organique. En effet, comment donnerait-on de l'énergie aux fonctions nutritives d'un homme à qui rien ne manque sous ce rapport ? 11 faudra, pour que l'effet des Toniques soit marqué, que ces fonctions languissent plus ou moins et aient besoin de restauration.

Il n'y aura même pas d'action physiologique à proprement parler. Ex-

pliquons-nous. Un pédiluve sinapisé est prescrit pour détourner une congestion active du cerveau. La rougeur, la douleur, l'afflux du sang, l'irritation de la peau des pieds en un mot, voilà l'action physiologique du pédiluve. Supposons que le coup de sang à la tête ait été empêché par l'effet de la moutarde, c'est-à-dire par l'irritation révulsive portée aux extrémités inférieures, voilà l'action thérapeutique du pédiluve. Il est bien essentiel de remarquer que ces deux actions sont fort distinctes ; car la première peut très-bien se passer sans que la seconde soit obtenue. Il n'en est malheureusement que trop souvent ainsi, et c'est ce qui fait le peu de certitude de la thérapeutique. Quand un médicament possède toutes ses qualités physiques et chimiques, qu'il n'est point altéré, qu'il est administré à des doses convenables, on obtient généralement de lui l'action physiologique dont il est capable. Il est loin d'en être ainsi de son action éloignée, médiate ou thérapeutique. Rien n'est plus variable et plus infidèle qu'un médicament dont l'effet thérapeutique ou éloigné est subordonné à un effet prochain ou physiologique. Et voilà de suite la raison pour laquelle on observe une si grande différence entre les médicaments dits spécifiques et ceux qu'on appelle rationnels, sous le rapport de la constance d'action qui est le caractère des premiers, tandis que cette action est si incertaine, si douteuse, soumise à tant d'insuccès chez les seconds. C'est que ceux-ci n'arrivent à leur effet curatif que par la médiation de leur effet physiologique, et que ceux-là semblent avoir un effet immédiat sur l'état morbide contre lequel on les dirige. Avec eux, aucun phénomène appréciable ne peut être aperçu entre la pénétration de l'agent dans l'organisme et la modification qui en est ressentie par la maladie combattue. Avec les autres, il n'y a souvent aucun rapport entre l'effet physiologique produit et le mal qu'on veut attaquer; de sorte qu'il advient dans trop de cas, ou que cet effet physiologique provoqué n'a aucune influence sur l'état morbide, ou qu'il en a une plus ou moins fâcheuse. D'un côté, erreur; de l'autre, préjudice, qui attestent ou l'inexpérience du médecin, ou les bornes de l'art. La perfection idéale de la pratique serait de pouvoir toujours susciter, à l'aide des agents de la matière- médicale, les modifications physiologiques qui sont en rapport thérapeutique avec la maladie dont on entreprend le traitement.

Mais revenons à nos Toniques. La question à l'occasion de laquelle nous avons été amenés à faire les remarques qui précèdent s'en trouvera singulièrement éclairée. Ces remarques auront leur application continuelle lorsque nous traiterons des indications des remèdes toniques en général, et que nous tâcherons de pénétrer les raisons de ces indications. D'avance, nous pouvons assurer qu'on verra la puissance de ces agents être d'autant plus certaine que leurs effets curatifs ne dépendront pas d'effets physiologiques antérieurs ; car on peut dire qu'à cette condition, certains Toniques sont des médicaments héroïques et merveilleux. Réciproquement, on se convaincra que toutes les fois que le soit de ces médicaments sera attaché à l'influence des modifications physiologiques

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qu'ils devront produire antérieurement à leurs effets thérapeutiques, ceux-ci partageront l'inceraitude de tous les agents de la matière médicale dont le mode d'action s'explique par les phénomènes physiologiques qu'ils déterminent d'abord, et qu'on appelle pour cela des agents rationnels.

Mais toutes ces vaines distinctions de la scolastique disparaissent devant mie observation plus profonde des faits. 11 n'est pas de médicament, et les Toniques ne font pas exception à cette loi, qui agisse spécifiquement, si on entend par là qu'il neutralise immédiatement et tue le principe d'une maladie. L'effet curatif est donc toujours précédé par une action vitale suscitée par le médicament, et qui est ce que nous appelons son effet immédiat ou physiologique.

Seulement, cet effet se passe quelquefois dans des appareils différents de ceux qu'il s'agit de modifier, et il apparaît alors distinct de l'effet éloigné ou thérapeutique. D'autres fois, le médicament a son influence spéciale sur les actions vitales mêmes qu'on a pour but de modifier ; et, dans ce cas, l'influence immédiate ou physiologique semble se confondre avec l'effet éloigné ou curatif. Mais, en réalité, les deux ordres d'effets existent toujours, et le second, celui qu'ambitionne le médecin, est toujours indirect, c'est-à-dire le produit de la vie modifiée par le médicament. Il n'y a pas de spécifiques au sens des galénistes et de la médecine humorale. Le médicament agit sur un autre appareil que l'appareil malade : c'est une médication indirecte ; ou bien, il agit sur l'appareil même affecté, et c'est une médication directe. Dans les deux cas, la maladie n'est jamais modifiée que par l'intermédiaire d'un effet physiologique.

Voilà, en définitive, à quoi se réduit cette distinction des médications en rationnelles et en spécifiques, qui n'est, nous le répétons, qu'une subtilité galénique.

Tous les auteurs de matière médicale ont assigné pour caractère aux Toniques d'agir insensdjlement, graduellement, et de rendre une énergie durable à la vitalité des organes. C'est sur ce caractère qu'ils se sont fondés pour distinguer les Toniques des stimulants, dont l'action, bien au contraire, est prompte, vive, s'annonce par une exaltation vitale évidente, très-explicite, mais aussi très-passagère. Ces faits sont exacts et propres à motiver une distinction fondée et naturelle ; mais on peut aller plus loin et se demander les raisons de cette différence.

Plusieurs médecins illustres de l'école de Montpellier, Barthez et Dumas en particulier, ont reconnu dans l'économie deux espèces de forces, les forces agissantes, in actu, et les forces radicales ou in posse, distinction déjà indiquée par Galien.

Comme l'intelligence de cette distinction est indispensable pour bien comprendre l'action des Toniques les plus importants, nous allons laisser à Barthez lui-même le soin de l'établir, sauf à développer nous-mêmes ces principes lorsque nous les appliquerons au traite-

ment de certaines classes d'affections par la Médication dont nous nous occupons.

« On ne doit point concevoir le système des forces du principe vital comme on conçoit les systèmes des forces mécaniques. C'est une erreur qui en produit une infinité d'autres dans la science de l'homme et dans la médecine pratique.

« Un système de forces mécaniques ne présente que des forces déterminées qui agissent dans un temps donné, soit pour se faire équilibre, soit pour produire un mouvement sensible.

« Mais dans le système entier des forces du principe vital, il faut distinguer et les forces que ce principe fait agir à chaque inslant dans tous les organes, suivant qu'il est déterminé par ses lois primordiales ou par des causes qui lui sont étrangères, et les forces radicales ou qu'il a en puissance pour continuer l'emploi naturel de ses forces agissantes.

« L'ensemble ou l'agrégat des sommes de ces deux sortes de forces constitue ce que j'appelle le système entier des forces du principe vital.

« 11 n'est pas facile, sans doute, d'après les notions mécaniques auxquelles nous sommes accoutumés, de nous faire des images d'une sorte de forces qui sont absolument radicales ou en puissance.

« Cependant, pour faire adopter cette distinction abstraite que j'ai proposée le premier, des forces de la vie en forces agissantes et en forces radicales, j'observe qu'on a dû la supposer de tout temps, quoique d'une manière implicite et extrêmement vague, puisqu'on a toujours dit qu'il est fort utile dans la médecine pratique de distinguer l'oppression de la résolution des forces.

« On ne peut avoir une idée de cette dernière distinction qu'autant qu'on suppose d'une manière quelconque, dans divers cas où les forces agissantes sont ordinairement affaiblies, l'existence de forces radicales qui sont ou seulement opprimées ou résontes ou détruites.

« Les forces agissantes dans les organes ont leur origine dans les forces radicales dont la distribution à chaque organe est déterminée ou par des causes primordiales de nature inconnue, ou par des causes qui sont étrangères au corps vivant et qui s'effectuent suivant des rapports qui ne sont connus que par l'observation.

« L'énergie primitive des forces radicales est sans doute différente dans chaque homme depuis la naissance, et elle est susceptible de variations continuelles d'accroissement et de décroissement.

« Les accroissements de ces forces se font d'une manière directe par l'action de divers fortifiants gui peut se porter immédiatement sur ces forces. Il est aussi naturel que des remèdes fortifiants, tels, par exemple, que le quinquina, puissent augmenter directement les forces radicales du principe vital, qu'il l'est que les poisons puissent attaquer directement et même détruire ces forces radicales.

« Mais les accroissements des forces radicales, qui sont produits indi-

TONIQUES ANALEPTIQUES. S3

rcctement par un exercice des Fonctions qui est conforme à la santé, demandent une attention principale. Ceux-ci sont toujours en raison composée de l'intensité d'action que les forces agissinites déploient dans chacune des fonctions principales de l'économie animale et de la conservation des rapports d'activité entre toutes ces fonctions que l'habitude a établies dans la forme de santé qui est propre à chaque individu.» (Barthez, Nouv. Elém. de la Se. de l'H., t. II, p. 163 et suiv.)

Or, les véritables Toniques, ceux qui réhabilitent directement les fonctions de végétation et impriment au système nerveux de la résistance vitale, ceux-là portent immédiatement leur influence, soit sur les forces radicales pour les accroître, soit sur les forces agissantes, pour les fixer et augmenter leur résistance et leur énergie. Pour nous servir d'une expression dont l'énergie, la concision et la vérité pittoresque trahissent assez la source, ces médicaments ont la vertu d'affermir, de fixer l'état du corps, vim porrô habent hœc medicamenta ut epotis his corpus in loco SIT. (Hippocr., Deaffect.)

Il est donc bien évident qu'ils ne sont capables d'aucune action sur l'homme sain et robuste qui puisse permettre de préjuger leur action thérapeutique. En effet, les Toniques dont il est maintenant question sont ceux que nous avons placés dans les deux dernières catégories, savoir : les Toniques analeptiques et les Toniques névrostbéniques. Les premiers agissent en reconstituant immédiatement le sang, les seconds en imprimant immédiatement à l'organisme animal de la résistance vitale. L'homme jouissant de toute l'énergie de ses fonctions n'éprouvera pas de la part des Toniques analeptiques l'action reconstituante qu'ils possèdent tbérapeutiquement, puisque son sang est riche de toutes les qualités qui font que la nutrition est pleine et parfaite. Il ne peut aller au delà de cet état sans le compromettre, et descendre au-dessous sans altérer cette force d'assimilation qui est parvenue à son plus haut degré d'activité. C'est ce qu'a si bien senti et exprimé l'immortel auteur des Aphorismes, lorsqu'il a dit : In gymnasticœ disciplina? deditis, boni habilus ad summum progressi periculosi, si in extremo steterint : non enim possunt in eodem statu manere ncque quiescere. Quùm verà non quiescont, neque ultra possinl in melihs proficere, rcliquum est ut in deteriùs ruant. Horum igilur causa, bonum habitum solvere confert haud cunctanter, qui) rurshs nutritionis principium sumat corpus , etc., etc. (Hipp., Aphor., sect. i, aph. 3.)

Si donc on donne à cet homme vigoureux les Toniques analeptiques qui comprennent les préparations ferrugineuses, les bouillons et les jus de viandes noires, la fibrine, l'osmazjme et toutes les substances fortement azotées, et si on ne le nourrit que de ces substances unies aux préparations martiales, il sera bientôt tourmenté par des accidents de pléthore ; puis successivement se déclareront des lésions de la faculté digestive, des pblegmasies, des bémorrhagies, la diminution excessive

de toutes les sécrétions et des exhalations, la gravelle, la goutte, puis la débilité, l'oblitération des facultés intellectuelles, sensitives et motrices, puis, indirectement enfin, d'une manière éloignée, la colliquation et le marasme, etc. Les effets physiologiques des Toniques analeptiques ont donc besoin, pour devenir des effets thérapeutiques, de se développer chez des sujets dont les forces assimilatrices sont affaiblies, ou chez qui le sang a perdu une partie de ses éléments réparateurs ; car chez des sujets sains et forts, ces effets physiologiques ou immédiats, loin de profiter à la santé, ne feraient qu'engendrer des accidents morbides. Tant il est vrai qu'il n'y a pas de classification rigoureuse possible des médicaments, et que, suivant leurs doses et l'état des sujets, ils jouissent de propriétés différentes et quelquefois opposées.

Les Toniques névrosthéniques seront encore, si c'est possible, bien plus dépourvus d'action physiologique, ou qui sur l'homme sain puisse permettre de pressentir leur action médicale, et la qualification que nous leur imposons doit assez le faire voir : ce sont les amers, et à leur tête le quinquina. Pour manifester leur puissance, il faut qu'ils s'attaquent à une maladie ou à un organisme énervé. Comment rendraient-ils de la résistance vitale à ceux chez qui cette faculté n'aurait éprouvé aucune atteinte ? Mais qu'on les administre aux sujets chez lesquels cette résistance est affaiblie, menacée, dont les synergies sont rompues, discordantes, accidents auxquels on reconnaît surtout les graves lésions du principe vital, et on verra avec quelle sûreté, avec quelle promptitude l'organisme se relèvera et résistera à la cause délétère.

Quant aux Toniques astringents, ils font exception à ces lois. Ils agissent toujours par l'intermédiaire de phénomènes physiologiques saisissables, et qu'ils peuvent produire chez l'homme sain, indépendamment de la présence des altérations de la tonicité fibrillaire contre lesquels ils manifestent leurs effets thérapeutiques. Aussi sont-ils plutôt des Toniques dans l'acception étymologique du mot que dans son acception médicale. Si nous les avons embrassés dans la classe générale des Toniques, c'est pour cette seule raison, et en même temps parce qu'ils peuvent servir à remplir des indications particulières de la médication reconstituante, et qu'ils deviennent ainsi de véritables Toniques.

Nous pensions, en effet, que leur action s'exerce en partie sur ce que Bichat appelait les propriétés de tissus qu'il distinguait de leurs propriétés vitales, parce qu'elles persistent après leur mort; et, en effet, les Toniques astringents peuvent manifester leurs effets corroborants et tannants sur des tissus privés de vie. C'est de cette manière qu'ils sont utiles et portent immédiatement leur influence sur la vitalité de ces mêmes tissus.

L'influence tonique que produisent nos trois catégories d'agents, mais surtout les ferrugineux et les amers, par le moyen de leur action stomachique, est obtenue par des effets physiologiques observables jusqu'à un certain point chez l'homme bien portant. La vivacité de l'appétit et la

TONIQUES ANALEPTIQUES. 83

rapidité des digestions pourront être excitées pendant quelque temps chez un sujet dans cette condition; mais bientôt son appétit se relâchera et ses digestions se Feront péniblement et avec des accidents divers. S'ils sont donnés à un individu sur bonnes indications et dans le seul objet de relever les fonctions digestives, leur effet sera plus prononcé, plus bienfaisant. Malgré les assertions de plusieurs auteurs, leurs propriétés stomachiques n'ont qu'une part incomplète à revendiquer lorsqu'on les voit développer leurs vertus si remarquables et si merveilleuses dans les cas où il faut reconstituer directement le sang appauvri ou retenir en peu de moments la résistance vitale prête à défaillir.

La différence qui sépare les Toniques des excitants se montre maintenant plus claire et plus essentielle.

Les stimulants mettent en jeu plus énergique, augmentent et dépensent les forces dont l'organisme dispose actuellement (in actu) ou les forces agissantes; les Toniques accroissent, relèvent, réparent les forces dont l'organisme peut disposer, les forces radicales. Et si les premiers de ces médicaments ont une action physiologique très-évidente et très-constante indépendamment de tout état morbide, c'est qu'il est toujours possible à l'économie de précipiter l'exercice de ses forces agissantes, de dépenser du mouvement vital et de l'épuiser; tandis qu'il est impossible à un homme d'augmenter la somme de ses forces radicales quand elles ont toute la puissance physiologique que permet sa constitution. Plus un organisme sera vigoureux et sain, plus les stimulants auront d'action sur lui, plus son incitabilité pourra fournir d'aliment à l'incitation ; bien au contraire, plus un organisme sera vigoureux et sain, moins il sera susceptible de voir ses forces radicales accrues par les Toniques, qui ne peuvent trouver à réparer que là où il y a des pertes.

Il n'est pas nécessaire de faire remarquer que la promptitude, la vivacité et la durée éphémère de l'action des stimulants, comparées à la lenteur insensible, au silence et à la permanence des effets des Toniques, découlent, sans qu'il faille le montrer formellement, de ce qui a été dit au commencement de ce chapitre sur les mouvements toniques obscurs des tissus, sur les forces radicales de l'organisme et sur la résistance vitale du système nerveux.

A tous les instants les stimulants physiologiques des forces agissantes font éprouver de la diminution aux forces radicales qui se réparent au fur et à mesure par les Toniques physiologiques. Or, ces stimulants physiologiques ne sont autre chose que les mouvements, l'exercice, la veille et toutes les impressions, tous les actes locomoteurs, intellectuels et affectifs dont elle est remplie ; ces Toniques physiologiques, ce sont les aliments, le sommeil, le repos des organes et cette conservation, dont parle Barthez, des )*apports d'activité entre toutes tes fonctions que l'habitude a établis dans la forme de santé qui est propre à chaque individu.

Mais hors l'état physiologique, dans certaines maladies, les réactions des forces agissantes demandent quelquefois à être provoquées, réveillées

ou soutenues, et les stimulants physiologiques ne peuvent être employés, parce qu'ils ont cessé d'être en rapport avec l'organisme. Alors les stimulants thérapeutiques viennent en aide au médecin. Nous traiterons en leur lieu de ces agents et des règles de la médication dont ils sont les instruments.

Dans d'autres états morbides, les forces radicales demandent à être fixées ou ramenées à leur état normal d'énergie ou de résistance, et l'action des Toniques physiologiques est empêchée par la maladie ou bien a cessé d'être en rapport avec l'organisme. Alors les Toniques thérapeutiques, dont l'histoire particulière et l'application spéciale nous ont déjà longuement occupés, offrent à l'art leurs puissantes ressources, et c'est l'étude générale et philosophique de leur action et de leurs indications que nous faisons et que nous allons continuer plus formellement encore.

Maintenant que, pour les besoins de l'étude, nous avons considéré par abstraction chacune des forces qui concourent d'une manière immédiate ou éloignée à la nutrition animale, nous devons dire que ces trois éléments sont solidaires, inséparables et ne peuvent en réalité ni agir l'un sans l'autre, ni être modifiés isolément. Ils n'ont de raison d'être que par leur concours. L'un d'eux suppose les deux autres, les représente à sa manière, et dès lors renferme nécessairement d'eux quelque chose. C'est pourquoi chaque modificateur hygiénique ou thérapeutique n'agit pas uniquement sur celui de ces éléments qui lui correspond spécialement, mais sur tous. Toutefois, on peut dire qu'il n'agit sur les autres qu'indirectement et par l'intermédiaire de l'élément organique avec lequel il a des rapports plus prochains. Il suit de là que, quand nous disons que le fer agit sur le système vasculaire comme excitant direct de l'hématose, le quinquina sur la matière nerveuse de la vie organique comme son fortifiant radical, le ratanhia sur la trame des tissus comme primitivement tonique et roborante, nous n'excluons pas les propriétés indirectes que ces médicaments peuvent avoir, le premier sur la matière nerveuse et la trame organique, le second sur cette trame vivante et l'hématose, le troisième sur celle-ci et la substance nerveuse. De même, en effet, que ces trois éléments se pénètrent mutuellement pour former dans l'organisme une unité indivisible, de même les trois propriétés toniques se trouvent intimement combinées dans chaque groupe de ces médicaments que nous venons d'établir. Seulement, chacun de ces groupes porte le nom de sa propriété dominante. Le fer a des propriétés astringentes et névrosthéniques manifestes, mais les premières sont moins marquées que celles de l'alun ou du ratanhia, et les secondes moins sûres que celles du quinquina. Le cachou, en même temps qu'astringent, est stomachique ou névrosthénique de l'estomac. Enfin, le quinquina, le quassia, etc., sont évidemment roborants ou toniques des tissus.

Il est bien entendu aussi que ces analogies génériques n'empêchent point chaque espèce du genre, chaque individu de l'espèce d'avoir sa spécificité et son individualité propres.

TONIQUES ANALEPTIQUES. 87

Ainsi, malgré ses analogies générales avec le quinquina, le fer est spécifiquement le fer, et réciproquement. Toniques tous deux, ils le sont chacun à sa manière. 11 faut abstraire les parties pour mieux connaître le tout, et non pour réaliser ses abstractions.

Pour mieux comprendre ce que nous avons dit de l'action du fer et du quinquina suivant qu'ils sont administrés à un sujet robuste et sain, OU débile et affecté de maladie, on devra consulter notre Introduction, et y lire ce qui a rapport aux propriétés dites spécifiques et aux propriétés physiologiques des médicaments en général, ainsi qu'à la différence que nous avons établie entre la faiblesse et la maladie.

TONIQUES ANALEPTIQUES OU RECONSTITUANTS.

Cette première catégorie de nos Toniques ne renferme que le fer et peut-être le manganèse, d'après les récents travaux de M. Pétrequin, de Lyon. Si nous y avons accessoirement joint quelques substances alimentaires, telles que la fibrine des animaux à viande noire, ainsi que les bouillons, les extraits, les gelées qu'on en prépare, la pepsine et la protéine, c'est que ces matières contiennent une grande quantité de principes analeptiques sous un petit volume, et que ces principes sont les plus restaurants de toutes les substances alimentaires. Ces propriétés font, en outre, qu'ils sont souvent prescrits à titre de remèdes, et nonseulement pour nourrir et réparer le corps, mais pour combattre un certain ordre de phénomènes morbides. Ils sont ainsi les plus puissants succédanés et les meilleurs adjuvants de l'action du seul Tonique analeptique de la matière médicale, le fer.

Nous avons suffisamment insisté, pour n'être pas obligés d'y revenir, sur ce fait, savoir : que les Toniques analeptiques ont très-peu ou n'ont pas d'effet physiologique sur l'homme sain, et que, lorsque cette action se manifeste, elle n'est pas de nature à expliquer leur action thérapeutique. Il faut donc, pour que l'influence éloignée ou curative de ces agents se développe, que l'organisme se trouve dans un état pathologique quelconque qui reconnaisse pour cause une pénurie, une insuffisance primitive des éléments réparateurs du sang.

Les maladies d'où résultent ces conditions du liquide nutritif sont nombreuses et surtout très-variées. De nos jours, elles sont souvent méconnues, si ce n'est lorsqu'elles se présentent avec des symptômes si caractéristiques, et qui sont l'expression si naturelle et si frappante de l'anémie ou de la pléthore séreuse, qu'il serait impossible de s'y méprendre.

Mais ces cas ne sont pas les seuls où une foule de lésions fonctionnelles prennent leur source dans un défaut d'énergie et de proportion des fonctions assimilatrices de l'organisme, et où les indications principales consistent à donner plus d'activité à ces fonctions au moyen des Toniques

analeptiques. Nous allons nous livrer, à ce'tte occasion, à quelques considérations physiologiques et pathologiques indispensables pour bien apprécier les indications thérapeutiques de l'ordre d'agents dont nous nous occupons en ce moment.

Il n'est peut-être pas en physiologie, en pathologie générale, en médecine pratique, de fait plus grand et plus fécond que celui qu'on trouve exprimé en plusieurs endroits des œuvres d'Hippocrate, et sur lequel ce grand homme revient avec une complaisance qui prouve combien il en mesurait l'étendue et la profondeur. Quelle portée dans cette simple observation : Sanguis moderator nervoruh ! Gomme de suite elle a eu ses fruits, lorsque Hippocrate en déduit cette conséquence si vraie et si large, qu'on est embarrassé de dire laquelle des deux, de l'observation première ou de la conséquence, est principe ou application, tant l'une et l'autre elles embrassent de faits : Febris spasmos solvjt. C'est encore la même loi servant à interpréter d'autres faits, lorsqu'il prononce que le sang est un somnifère, sanguis somni férus ; que le sang donne de la sagesse (il faut entendre de l'harmonie, de la suite, de la solidité dans les actes intellectuels et moraux), surtout lorsqu'il possède sa densité normale, sanguis ad sapientiam facit prœsertim quum suam habet consuetam concretionem ; qu'au contraire il fait déraisonner lorsqu'il est trop dissous, sanguis ad insaniam facit quum sit nimis dissolutus, etc., etc.

Ces propositions capitales dominent toute une classe des affections nerveuses, comme nous allons le voir.

N'est-ce pas quelque chose de bien digne de la méditation des physiologistes et de l'attention des praticiens, que cet antagonisme perpétuel entre le sang et les nerfs, entre la prédominance de la force d'assimilation et la prédominance des phénomènes nerveux, antagonisme d'où il résulte que plus le système sanguin, plus la force plastique ont de développement et d'activité, plus le système nerveux et les actes qui en émanent sont fixes, silencieux, réguliers, coordonnés ; que, réciproquement, plus le système nutritif et les phénomènes végétatifs sont pauvres et languissants, plus la quantité du sang est diminuée, plus ce liquide est dépouillé de ses parties organisables, plus aussi les phénomènes nerveux sont mobiles, exaltés, irréguliers ? Mais, dans le premier état, ce silence des phénomènes nerveux n'est pas faiblesse et impuissance; car, dans l'organisme, la force et la puissance naissent de l'harmonie. Dans le second de ces états, l'exaltîition et la mobilité ne sont rien moins que le signe de la force et de la puissance ; car, dans l'organisme surtout, la faiblesse et l'impuissance naissent du désordre et du défaut d'harmonie.

La connaissance et la thérapeutique des maladies nerveuses seraient bien plus avancées qu'elles ne le sont si, au lieu d'épuiser leur temps et leur science dans des observations puériles et laborieuses sur la texture et l'agencement de la matière nerveuse, les auteurs avaient simplement voulu étudier les lois de ses phénomènes; si, en commençant par les déclarer inconnus dans leur cause intime, impénétrables dans leur méca-

TONIQUES ANALEPTIQUES. RU

oisme, ils avaient admis comme premier fait, comme loi d'observation fondamentale, les données hippocratiques citées plus haut, et s'ilsy avaient

ramené tous les faits particuliers et subalternes qui relèvent de cette grande loi, en se servant tour à tour des observations physiologiques et pathologiques, pour éclairer la thérapeutique, puis des résultats de celleci pour agrandir el consolider la physiologie médicale et la hosographie.

Et cependant l'observation la plus simple de l'homme sain et malade abonde en faits qui attestent la vérité de cette loi posée par Hippocratc pour la première fois, et il nous faudrait dire pour la dernière, si Sydenham n'avait aperçu dans la nature, bien plutôt que dans les œuvres du père de la médecine, mais avec le même esprit que lui, les faits sur lesquels reposent lesloisen question. Ces faits, il les a pris pour flambeau dans son petit traité des maladies hystériques, qui forme la seconde partir de la lettre à Guillaume Cole (Sydenh., Op. med., t. I,p. 266), chef-d'œuvre admirable d'observation et de médecine pratique, que, malgré l'avis d'un habile écrivain (Dubois d'Amiens, Hist. philos, de l'hypocond. et de l'hyst., p. 370), nous regardons comme un des plus beaux titres de gloire de ce grand observateur. Nous nous enorgueillissons d'être les premiers à reprendre ces idées après Hippocrate et Sydenham. Au sujet de la médication antispasmodique, nous en avons aussi tiré quelque parti, en indiquant qu'elles nous guideraient dans l'appréciation du traitement radical des maux de nerfs essentiels, dont les antispasmodiques n'étaient que les palliatifs. Le moment est venu de le faire et de nous efforcer de répandre des notions trop ignorées, qui sont, nous osons le dire, le secret de la thérapeutique de beaucoup d'affections spasmodiques ou de névroses.

Ars, imitatio natur:c. — C'est sur ce principe que repose la médecine hippocratique. Tâchons donc de savoir comment ici la nature s'écarte de son état physiologique, de quelles conditions essentielles dépendait cet état lorsqu'il existait ; enfin, par quelles voies, à l'aide de quelles circonstances cette nature rentre dans l'ordre et l'équilibre. Si, après avoir constaté ces choses, nous trouvons que, dans les cas où la nature ne peut d'elle-même se reconstituer, l'art ou la thérapeutique sont capables, en imitant les opérations naturelles dont l'observation lui a révélé le mécanisme, de faire ce que l'activité propre de l'organisme sait faire bien souvent, nous aurons signalé les véritables sources des indications cural ives d'une classe importante de maladies, et notre tâche sera convenablement remplie.

Nous avons vu qu'il existe dans l'économie un système nerveux qui préside aux fonctions vitales et naturelles (ancienne division des fonctions organiques qui comprend, la première, la respiration et la circulation, parce que ces fonctions sont vitales par excellence, c'est-à-dire immédiatement et actuellement nécessaires au maintien de la vie chez tous les êtres organisés; la seconde, la digestion, tous les actes qui y concourent plus ou moins directement, et la génération, parce que la nature a mis Se ÉD. —T. i 13

dans les animaux des instincts qui les portent invinciblement à l'accomplissement de ces fonctions, pour assurer la perpétuité de l'individu et de l'espèce) et qui coordonne entre eux, et avec les fonctions animales, les phénomènes si nombreux qui composent notre existence.

Au commencement de ce chapitre nous avons déjà précisé les attributions du système nerveux trisplanchnique. Il nous reste à y ajouter, pour l'intelligence de ce qui va suivre, les conséquences physiologiques qui résultent de ces attributions. Ce sujet sera de nouveau repris lorsqu'il s'agira des spasmes essentiels dans la Médication antispasmodique.

Les caractères qu'il nous importe beaucoup de remarquer dans le rôle du grand sympathique sont les suivants : 1° Continuité incessante d'action ; car les fonctions vitales lui étant immédiatement confiées, il ne saurait suspendre son influence sans que la vie s'éteignît à l'instant. 2° Silence parfait d'action, activité muette, concentrée, et dont les phénomènes se passent tout à fait à l'insu du centre cérébral. Plus cette action est énergique, régulière et salutaire, plus elle doit être soustraite h la connaissance du cerveau ; c'est là le cachet d'une santé robuste et accomplie. 3° Puissance de forcer, de soumettre invinciblement la volonté, et d'obliger l'encéphale à prêter à l'être vivant le système locomoteur et tous les appareils de relation ; fait capital et qui constitue le domaine de l'instinct et des passions. -i° Nullité de l'influence cérébrale sur les phénomènes exclusivement dépendants de l'action de ce système.

Maintenant, rappelons que tout ce qui détourne le système nerveux trisplanchnique des fonctions que nous lui avons reconnues, produit ce qu'on est convenu d'appeler maux de nerfs, état nerveux, spasmes, avec les caractères sur lesquels nous insisterons, et que nous nous efforcerons de préciser mieux-qu'on ne l'a fait jusqu'ici, dans notre Médication antispasmodique.

Nous essayerons d'indiquer quelques-unes des conditions qui développent l'élat nerveux. On peut les résumer sous ces deux chefs généraux : 1° Causes directes qui frappent immédiatement le système nerveux ganglionnaire et l'arrachent pour ainsi dire à ses fonctions naturelles. Au nombre de ces causes sont, en première ligne, les passions, les affections fortes de l'âme ; puis certains principes morbifiques, tels que le goutteux, le rhumatismal, etc., etc. Nous n'avons pas à nous occuper de cet ordre de causes. 2° Causes indirectes qui n'atteignent que médiatement le système nerveux ganglionnaire et le font sortir de ses fonctions naturelles, en lui enlevant l'objet de ses opérations, c'est-à-dire les substances recomposantes, les aliments ou le sang. L'innervation viscérale, n'ayant plus alors de but, ne trouvant pas à consumer son activité dans un exerrice normal et régulier, suscite dans l'économie mille troubles consistant en sensations et en mouvements vicieux et désordonnés. C'est à ce second ordre de causes, le plus puissant et le plus fécond, que nous devons nous arrêter, parce que nous y trouverons les indications les plus importantes des Toniques analeptiques.

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Montrons par des exemples familiers l'état nerveux s'élevant et débordant a mesure que les travaux d'assimilation décroissent ou s'atténuent, d'abord lorsqu'on les soustrait en masse et soudainement, puis lorsque l'organisation n'en est privée que peu à peu et successivement.

Observez une femme surprise par une abondante hémorrhagie et conduite au tombeau par cet accident. Au bout de quelques instants le cœur battra plus vite, bientôt irrégulièrement. Voilà déjà un commencement de spasme. Des anxiétés épigastriques, des nausées, des lypolbymies ne tarderont pas à se faire sentir. L'estomac rejettera ce qu'il contient. Une sécrétion gazeuse distendra les intestins, qui seront agités en divers sens par leur mouvement vermiculairc exagéré. La moindre émotion agitera, causera des effets démesurés. Les impressions les plus légères affecteront vivement. Les larmes couleront sans motifs. La respiration sera sublime et fréquente, ou lente et suspirieuse, souvent entrecoupée par de grands bâillements. Bientôt ses yeux tourneront en haut, un sentiment de strangulation saisira la femme, le cou et les bras se tordront, le tronc s'étendra convulsivement, les jambes se fléchiront, et une attaque hystérique ou épileptiforme aura lieu. Si la perte du sang continue, les accidents que nous venons de décrire prendront une intensité croissante, les attaques convuisives se rapprocheront ; et c'est souvent au moment où la quantité de sang indispensable pour le maintien de la vie seradescendue au point que quelques gouttes de plus qui vont ètreperdues amèneront le dernier soupir; c'est dans ce moment suprême que tous les spasmes se pressent, redoublent, que les contractions musculairesprennent une énergie effrayante, suivie d'une détente générale et subite dont le cnlme glacé n'est plus interrompu que par quelques soubresauts. Les mâchoires se serrent, le visage grimace ; puis, après une profonde et dernière inspiration, la femme expire.

Ce n'est pas sans dessein que nous avons dressé ce tableau delà mort par hémorrhagie. Pour un observateur, il y a là un haut enseignement thérapeutique dont nous parlerons plus bas.

Mais ce cadavre chaud et palpitant recèle encore des phénomènes et des leçons.

Égorgez un animal vivant; arrachez-lui brusquement le cœur, les entrailles ; le cœur battra hors de la poitrine, les intestins se contracteront, mais l'un et l'autre à vide et sans raison, si nous pouvons ainsi parler. Ces phénomènes sont le spasme pris sur le fait, dévoilé dans toute sa vérité ; car nous ne saurions plus exactement définir et caractériser les spasmes et les névroses qu'en disant que ce sont des sensations et des mouvements inutiles, sans but, sans destination.

11 est donc évident, par ces premiers exemples, que la soustraction rapide du sang livre le système nerveux de la vie organique à une action insolite, irrégulière, à des sensations et des mouvements illégitimes et sans but, et qu'elle devient ainsi la cause la plus efficace des maux de nerfs, des névroses.

Si le rapport entre la cause et l'effet était toujours aussi manifeste el aussi frappant que dans les cas que nous venons de retracer, chacun serait convaincu; il n'y aurait pas d'erreur possible, et la seule thérapeutique raisonnable serait partout adoptée. Mais quand la cause n'est pas sous les yeux, matérielle et irrécusable, que les seuls effets apparaissent sous des formes plus ou moins insidieuses et simulant des maladies d'un autre genre, c'est alors qu'il est plus difficile de les rattacher à leur principe commun el véritable; c'est alors que se voient les déviations thérapeutiques, les mécomptes les plus fréquents et lesplus fâcheux, surtout depuis le règne de la médecine physiologique et de l'école des anatomo-pathologistes.

Cependant, pour être moins évidente, la cause physiologique n'est pas autre essentiellement, et les indications thérapeutiques restent aussi les mêmes, à défaut de modificateurs spécifiques capables de détruire immédiatement le principe morbide.

Pour nous en convaincre, suivons un peu la marche, l'enchaînement et la physionomie des troubles morbides dans des cas moins sensibles que les précédents, puis nous passerons à de plus obscurs où nous aurons à invoquer l'induction, l'analogie, et enfin à ceux où la seule pierre de touche sera dans les effets d'un traitement explorateur, comme pour fournir une application frappante de l'épigraphe hippocratique de notre livre : Morborumnaturamcurationesoslendunt.

En conduisant ainsi l'esprit successivement d'un fait incontestable à un qui, au premier coup d'œil, le paraissait moins, puis à un autre qui semblait d'abord se prêter difficilement à recevoir la même interprétation, mais ne saurait pourtant être séparé des premiers si ceux-ci sont acceptés, ainsi de suite, des plus simples aux plus complexes, on arrive bien plus sûrement à produire la lumière et la persuasion.

Rien de si commun que de voir des femmes dont les règles sont trop abondantes, ou reviennent plusieurs fois par mois, être tourmentées de vapeurs et de maux de nerfs. Ces accidents ne tardent pas à troubler les digestions, à suspendre l'ordre et l'activité des fondions nutritives. La crase du sang est encore affaiblie et les ménorrhagies augmentées; de sorte que de cette aggravation indéfinie de la cause parles effets résultent un délabrement et un désordre, une perversion fonctionnelle et une débilité radicale au milieu desquels il est fort difficile de démêler les indications réelles du traitement. Ce qui ajoute encore à l'obscurité et à l'embarras, c'est que presque toujours quelques phénomènes morbides symptomatiques et secondaires semblent devoir attirer tout l'intérêt et servir de fondement au diagnostic. L'estomac et ses fonctions fournissent bien souvent l'occasion de pareilles erreurs. On ne veut pas se figurer que le simple état nerveux, que le seul éréthisme de cet organe, sans que sa membrane muqueuse soit le siège de la moindre inflammation, de la moindre lésion appréciable, puissent donner lieu à tous les symptômes

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qu'on est habitué à regarder comme pathognomoniques de la gastrite.

La gastrite aiguë spontanée, la gastrite physiologique, est nue création moderne avec laquelle on a fait la guerre à la vieille ontologie. On a dû, en effet, la trouver bien commune, cettemaladie.il est rare, extrêmement rare, de rencontrer une femme affectée de maladie chronique qui n'accuse la gastrite et ne se croie obligée en conséquence à la diète lactée, qui ne repousse pas avec une rigueur scrupuleuse les consommés, les viandes noires et le vin, pour lesquels son palais et son estomac sont bien loin d'avoir de la répugnance. . . Voyez à Paris mille femmes dans le monde, et mille vous tiendront ce langage. Cette méprise est donc quelque chose, de bien grave et qui mérite qu'on s'y arrête sérieusement.

Ce point de la question que nous traitons n'est guère plus relatif aux femmes qui sont jetées dansl'état nerveux par l'habitude des ménorrhagies, qu'il n'est relatif à cet état produit par d'autres causes du même genre et qui indiquent les mêmes errements thérapeutiques. Nous n'en parlons en premier lieu qu'à cause de son importance et de l'influence que la détermination de cette question capitale doit avoir sur la médecine pratique.

Lorsque l'économie est privée tout à coup d'une grande quantité de sang, les troubles qui résultent de cette déperdition frappent d'abord les fonctions animales. Le cerveau, les sens, le système locomoteur, annoncent les premiers l'insurrection du système nerveux, comme nous l'avons dit plus haut. Puis, si le sujet survit à l'hémorrhagie et que le sang ne soit pas bientôt réintégré dans sa quantité et dans sa crase normales par une bonne nutrition, diverses lésions fonctionnelles des organes abdominaux et thoraciques ne tardent pas à se développer. Mais, si la force d'assimilation a été lentement dépouillée de ses matériaux, comme cela se voit dans l'exemple des ménorrhagies que nous avons choisi, surtout si elle l'a été indirectement, comme par une diète inopportune et trop prolongée, par la chlorose, parla cachexie des fièvres intermittentes, ou parle fait d'autres conditions que plus bas nous ne négligerons pas d'apprécier, alors les premiers troubles fonctionnels ont pour théâtre l'estomac et le cœur.

Si, dans ce cas, le cœur et l'estomac donnent les premiers signes de l'état spasmodique, faut-il s'en étonner ? N'avons-nous paseu soin de faire remarquer, parmi les caractères de l'innervation trisplanchnique, la nécessité d'une activité incessante; et, de plus, dans l'état d'équilibre parfait des fonctions qui constitue la santé, n'avons-nous pas noté le silence, l'obscurité, le travail latent des forces nutritives et l'ignorance absolue où doit rester le sensorium à l'égard de ces opérations vilales ? Or, l'action nerveuse qui préside à ces opérations ne pouvant être suspendue sans que la vie elle-même s'arrête dans son cours, cette action s'exerce continuellement, malgré la diminution et l'insuffisance des matériaux réparateurs qu'elle a pour objet d'élaborer. Mais du moment qu'elle ne peut s'employer à sa destination normale, du moment qu'elle n'a plus pour l'absorber et la régulariser la série des opérations préparatoires de

la nutrition, elle donne, lieu aux phénomènes pathologiques les plus variés, lesquels sont perçus par le centre sensihle et constituent ces sensations et ces mouvements anormaux, c'est-à-dire inutiles et sans but, qui sont pour nous les spasmes et les névroses.

L'estomac, ou plutôt le centre épigastrique, ce sensorium commune du sens vital, suivant la belle pensée de Grimaud,est le foyer d'où s'élèvent le plus de spasmes, de douleurs, de troubles fonctionnels. Ce centre est aux fonctions vitales et naturelles ce que le cerveau est aux fonctions de relation. 11 est, pour ainsi dire, chargé de résumer et d'exprimer le malaise et la souffrance des autres viscères. Ainsi, dans l'état physiologique, c'est de lui que naît la sensation de la faim, c'est lui qui transmet au sensorium le sentiment de ce besoin essentiel, besoin qui n'est pourtant particulier à aucun organe spécialement, dont tous sont en souffrance, mais qu'un seul a le privilège d'exprimer. Voila donc ce viscère, dont les actes devaient toujours s'accomplir à l'insu du moi, qui, maintenant que l'économie éprouve une disette de ses matériaux réparateurs, entre le premier en érétkisme. Ce mot éréthisme a besoin d'être défini; car la plupart des personnes l'emploient indifféremment à la place des mots irritation, excitation, orgasme, excès d'action, force, etc.

Véréthisme, c'est la susceptibilité morbide que contracte un organe, par suite de la privation ou de l'insuffisance de ces stimulus physiologiques ou naturels. C'est le signe le plus certain de la faiblesse. Or, les stimulants physiologiques de l'estomac, ce sont les aliments ; le stimulant physiologique de tout l'organisme et du système circulatoire, du cœur en particulier, c'est le sang.

Une diète intempestive jette l'estomac dans un état d'éréthisme. Si vous joignez à cela l'anémie, toute l'économie partagera cet éréthisme. De plus, l'estomac, le centre épigastrique, en tant que sensorium commune du sens vital, ressentira et réfléchira la souffrance générale, et il n'y aura pas do sensations anormales et douloureuses, de phénomènes nerveux insolites dont il ne puisse être le siège. Si parmi ces phénomènes prédominent, comme cela est commun, la douleur àl'épigastre augmentée par la pression, les pesanteurs, les crampes, la souffrance de ce viscère après le repas ; si surtout ces accidents sont accompagnés de palpitations, de céphalalgie, d'oppression; à plus forte raison si le malade y perçoit une sensation de chaleur, d'irritation brûlante, s'il a des rapports nidoreux et alimentaires, etc., n'en doutez pas, le mot gastrite sera prononcé; les mots sangsues, diète, eau de gomme, laitage, bouillon de poulet, etc., le suivront, comme l'ombre le corps. Et qu'arrivera-t-il ? que la malade (car ce sont presque toujours des femmes), un instant soulagée, ne tardera pas à êlre tourmentée de désordres généraux et d'éréthisme local plus considérables; que le lait lui-même passera plus difficilement, puisque c'est la loi de Véréthisme que plus la soustraction du stimulus normal est grande, plus la faiblesse augmente ainsi que la susceptibilité ; la plus légère pression de l'épigastre pourra déterminer des convulsions,

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des pleurs et la perte de connaissance. Tout cela confirmera le diagnostic ; on croira que la gastrite a fait des progrès, malgré le traitement anliphlogislique, et l'on trouvera, dans cette circonstance, une nouvelle indication pour y insister avec plus d'activité; ainsi de suite, pendant des années, comme nous l'avons vu malheureusement trop souvent.

Nous n'écrivons pas un traité de pathologie. Pourtant, quand il nous parait indispensable, pour l'intelligence des indications d'une médication et dans un but thérapeutique, d'appeler à notre aide la symptomatologie et la science du diagnostic, nous n'hésitons pas à le faire. C'est pourquoi nous allons indiquer les caractères qui doivent servir à ne pas confondre deux états morbides diamétralement opposés, et dont les traitements respectifs sont si contradictoires.

Et d'abord, une gastrite assez intense, assez aiguë pour produire la douleur et tous les accidents de l'éréthisme ou de la névrose dont nous parlons, n'aurait pas duré quelques jours qu'elle aurait désorganisé la membrane muqueuse de l'estomac, déterminé une péritonite, etc. Or, l'état dont il est question n'a aucune influence par lui-même sur la nutrition. Il n'est non plus jamais funeste par lui-même.

D'un autre côté, depuis bien longtemps, nous cherchons dans les hôpitaux et ailleurs la gastrite spontanée, aiguë et franche : et jusqu'ici nos recherches les plus consciencieuses sont sans résultat, jusqu'ici cette maladie, si bien décrite parla doctrine physiologique, est pour nous une chimère, un être de raison. Nous avons observé la gastrite aiguë produite par le contact ou l'ingestion des substances vénéneuses, des acides, des alcalis concentrés, de l'alcool, etc., etc., celle qui survient quelquefois à la suite d'une indigestion ou d'un repas trop stimulant, et qui est si éphémère, qui se calme en deux ou trois jours par l'abstinence; mais, nous le répétons, jamais, indépendamment des conditions étiologiques précédentes, il ne nous a été donné de rencontrer une maladie consistant uniquement et primitivement dans l'inflammation aiguë de la membrane muqueuse gastrique. Remarquons, en outre, que les seules gastrites aiguës qu'on observe en dehors des empoisonnements par les substances irritantes, sont celles qu'on pourrait, appeler gastrites crapuleuses (gaslritisà crapulâ de quelques nosologistes), et qu'il n'y a guère que les hommes qui en soient affectés. Cependant nous avons vu que les femmes sont plus spécialement sujettes aux névroses gastriques, qu'on prend si communément pour phlegmasies.

Ce qui précède pourrait nous dispenser de poursuivre le diagnostic différentiel.

Ajoutons néanmoins qu'il faut se défier de la sensibilité excessive de l'épigastre à la pression. Cette exquise sensibilité n'appartient guère à la gastrite toute seule. Si l'on interroge scrupuleusement les femmes sur ce genre de sensation, elles finissent par avouer qu'il n'a rien d'analogue avec la douleur que fait percevoir la pression sur une partie enflammée. C'est plutôt une anxiété pénible, un spasme, un malaise indéfinissable

qu'on provoque, qu'une douleur organique proprement dite. Cette pression leur cause un sentiment d'oppression, de cardialgie, de défaillance assez semblable à celui qui saisit la môme région sous l'influence soudaine d'une énmtion pénible, d'une surprise, d'une frayeur vive, etc. ; et puis il est une .autre affection de l'estomac qu'on observe indépendamment de cet étal d'érélhisme et qui donne lieu à d'atroces douleurs épigastriques, c'est la gastralgie qui n'est pas non plus une gastrite. Combien d'individus, en outre, qui physiologiquement, et l'estomac étant dans les plus parfaites conditions de santé, ne peuvent supporter sans grande souffrance la plus légère pression de l'épigastre.

L'état dont nous parlons ne produit que très-exceptionnellement des vomissements. Or, la gastrite aiguë en est constamment accompagnée. Mais, dans ces derniers temps, plusieurs médecins, sceptiques et minutieux énumérateurs, ont dit, appuyés sur les nécropsies et les faits les plus exacts en apparence, que l'état de la langue n'avait aucun rapport avec l'état de l'estomac ; que l'inflammation de cet organe n'était pas plus annoncée que toute autre maladie par la rougeur et la sécheresse de la langue, etc. Cette erreur insigne a été une des causes les plus puissantes qui aient empêché les médecins de revenir de leur aveuglement. En effet, dans le cas que nous nous efforçons de séparer des phlegmasies gastriques, la langue est humide, rose, large ; elle a, en un mot, tous les caractères de l'état sain. Une chose l'en distingue pourtant dans bien des cas, c'est le développement excessif de ses papilles. Ou ces papilles, ramassées vers la pointe de l'organe, ne sont que saillantes, d'un rouge vif et comme écorchées : elles traduisent alors, sinon une gastrite proprement dite, au moins une nuance plus ou moins vive d'irritation vasculaire de la muqueuse' de l'estomac unie à son irritation nerveuse; et le médecin doit toujours tenir compte de cette complication, dans le traitement. Ou bien la langue est rouge, n'est pas lancéolée, et les papilles non enflammées, mais érigées et pressées les unes contre les autres comme les villosités d'un velours de laine, occupent toute la surface de l'organe, et alors l'affection de l'estomac est purement nerveuse; on n'a affaire qu'à une gastralgie, ou à une dyspepsie avec éréthisme de l'organe.

Mais des auteurs qui font autorité ayant répété à l'envi et de par l'observation, que la gastrite pouvait très-bf.en coïncider avec une langue rose et humide, on s'est cru obligé de ne tenir aucun compte de ce signe, et l'on a été ainsi privé d'un caractère séméiologique fort important. Nous nous croyons en droit d'affirmer que l'aspect de la langue traduit assez fidèlement l'état de l'estomac.

Le sentiment de chaleur, d'ardeur brûlante, d'irritation n'a aucune valeur, en l'absence d'autres signes, pour caractériser la gastrite. On sait qu'un organe dont l'innervation est troublée peut, en l'absence de toute cause matérielle, de tout stimulus surajouté, de tout état organique, reproduire comme par hallucination les sensations qui, dans l'état sain, ne résultent que de l'application de certaines causes, de certains agents

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spéciaux. La peau donne le sentiment de la brûlure et de la démangeaison en l'absence de tout agent visible capable de déterminer ces sensations ; l'estomac donne le sentiment de la faim et de la satiété, indépendamment du besoin des aliments et de la réplétion, etc.

Nous ne ferons pas ressortir l'insignifiance, pour indiquer la gastrite, des difficultés de la digestion, des pesanteurs, des rapports nidorcux, etc. Ces dérangements sont l'effet de tout état de l'estomac capable de troubler et d'empêcher les fonctions de ce viscère. Or, il n'est plus personne qui pense que la gastrite seule soit dans le cas de nuire à la digestion. Nous en dirons autant des palpitations et de la céphalalgie qui accompagnent le travail de l'estomac et n'appartiennent pas exclusivement à la gastrite.

Mais c'est surtout d'après les circonstances écologiques, l'état général, les effets des divers traitements, etc., qu'il faut établir le diagnostic.

Ce qui devra toujours servir puissamment à distinguer les névroses, les débilités nerveuses, l'éréthisme (soit de l'estomac, soit de tout autre organe ou de l'économie entière) des maladies inflammatoires, c'est que, dans celles-ci, les fonctions, les actes, sont enrayés, enchaînés; les manifestations vitales abolies, prostrées, dans la stupeur, l'impuissance, l'immobilité ; tandis que, dans les premières, tous ces phénomènes sont exaltés, exagérés, mobiles, s'éveillent à la moindre occasion, suscitent en un mot des sensations et des mouvements dont est incapable une partie frappée d'inflammation seule.

Ainsi, pour ce qui regarde l'estomac, dans l'état d'éréthisme dont il s'agit, il donne souvent la sensation d'une faim extraordinaire et que rien ne satisfait. Jamais pareille sensation ne s'observera dans la gastrite, qui s'accompagne au contraire d'un dégoût et d'une anorexie absolue. C'est là un signe distinctif de la plus haute importance.

Quand les organes circulatoires et le cœur principalement ne sont plus en rapport qu'avec un sang qui ne les excite pas au degré nécessaire pour régler et contenir leurs mouvements, aussitôt, les palpitations, les étouffements, les spasmes thoraciques, la fréquence et la fausse énergie des battements du cœur, les lésions irrégulières de la température, souvent enfin une véritable fièvre erratique, lente, nerveuse, annoncent, l'éréthisme de ce système.

Bientôt l'appareil de la reproduction prend le dessus, et les accidents hystériques les plus incroyablement variés troublent l'existence de la femme. Le système nerveux de la vie animale partage bientôt rérôthisme, qui est alors général; et les impressions, les sensations, les occupations intellectuelles les plus simples, les moins fatigantes, excèdent et impatientent le cerveau et les sens.

Si, après avoir montré les effets sur le système nerveux des pertes de sang rapides et lentes, nous voulions examiner ce qui arrive, non plus quand on soustrait le sang, mais les aliments dont il est formé ; si nous voulions dérouler le hideux tableau delà mort par inanition, nous serions

obligés d'écrire toute la nosologie des affections nerveuses, car cet état les permet toutes ou les suscite en foule.

Mais arrivons à la chlorose, qui offre le type pathologique de la cause et des effets que nous étudions, pour en connaître les moyens curatifs.

Dans cette maladie, à l'époque de la puberté le plus ordinairement, sans qu'aucune évacuation de sang accidentelle ou artificielle ait eu lieu, sans que l'alimentation ait été insuffisante par qualité ou par quantité, sans qu'aucune circonstance hygiénique défavorable ait pu nuire à une bonne assimilation, les forces qui président à cette fonction languissent, les principaux viscères tombent dans l'inertie, le sang s'appauvrit, perd sa plasticité et sa rutilance par la diminution considérable de ses globules. Alors la débilité et l'éréthisme les plus effrayants se répandent sur tous les appareils, et les malades présentent souvent le tableau synoptique ou successif de toutes les affections nerveuses.

Quelle est donc la puissance altérante qui a pu réduire le sang à n'être plus qu'une abondante sérosité servant de véhicule à quelques globules llasques, pâles et sans affinité vitale? Quelle cause, quel bouleversement ont ainsi suspendu le mouvement de composition et de décomposition organiques? car dans la chlorose, ces mouvements sont suspendus. Un sang abondant circule en vain dans toute l'économie ; ce sang ne fertilise rien, il ne donne rien, il n'enlève rien. Les actes végétatifs sont enrayés. La chimie vivante est frappée d'inertie. Il n'y a plus dans l'organisme qur des phénomènes nerveux, et encore des phénomènes nerveux pervertis.

Cette question n'est pas de pure curiosité. Sa solution doit avoir une grande influence sur la manière de diriger le traitement prophylactique de la chlorose, et surtout le traitement des premiers dérangements qui ouvrent la marche de cette affection.

Un appareil qui pendant quinze ans n'avait donné aucun signe de vie, parce que jusque-là il avait été inutile à l'existence et au rôle physiologique de la femme, cet appareil s'éveille tout à coup pour devenir bientôt le centre de nouvelles fonctions qui exigent une somme de vitalité telle et tellement spéciale, qu'il semble qu'un être nouveau soit désormais ajouté au premier être (utérus animal in animait), le dirige et le maîtrise au point de caractériser la femme, de la faire ce qu'elle est, suivant l'expression énergique de Van Helmont, qui disait aussi que l'utérus était comme un étranger dans l'économie, qu'il ne dépendait d'elle que par la nutrition, peregrini hospitis instar, à corpore non nisi alimcntaliter dépendent; tandis qu'elle, au contraire, obéissait à sa domination, mero regiminis imperio, totam régit mulierem; qu'il entraîne la femme comme la lune soulève les eaux de la mer, perindè atque luna solo adspectu aquis prœsidet, eô quàd uleri vita atque potestas loti imperet mulieri.

Or, il est des femmes chez lesquelles cet empire des organes reproducteurs s'établit facilement, sans résistance, sans lutte, sans troubles. Chez elles, cette époque s'est depuis longtemps graduellement préparée : la puberté, la menstruation, l'aptitude a la fécondation, le nouvel être enfin,

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se développent à leur insu et continuent dans la suite à régir doucement l'organisme. Celles-là ne sont guère ni cblorotiqucs ni hystériques, à moins que plus tard des causes éventuelles ne déterminent ces deux états. Chez d'autres, au contraire, l'époque de la puberté est le signal des plus violentes perturbations. L'établissement des fonctions utérines rencontre les obstacles les plus extrêmes. C'est alors surtout que ce système commande à tout l'organisme ; car la vitalité abandonne les autres appareils. Les systèmes digestif, respiratoire, circulatoire, sécréteur, sont privés d'une grande partie de leur influx nerveux au profit des organes de la génération ; et tandis que chez les jeunes filles qu'épargnent les pâles couleurs, cette concentration première et momentanée du système entier des forces vers l'utérus est bientôt suivie d'une surabondance et d'une expansion rayonnantes de vie générale, chez celles qu'atteint la chlorose, cette compensation ne se fait pas, et l'utérus, centre de tant d'efforts, languit lui-même et ne peut entrer en possession de ses importantes attributions; il ne rend.pas l'influence dont il dépouille les autres organes. Le rapport entre les actes d'assimilation et d'innervation est presque détruit, et ces deux ordres de fonctions ne présentent plus que trouble, imperfection et impuissance.

Ainsi, deux grands faits sont à considérer dans l'étude de la chlorose et dans l'intérêt de son traitement, quoique généralement, et dans l'école de Paris maintenant, il ne soit attaché d'importance qu'à l'un de ces faits. On enseigne effectivement que la chlorose consiste essentiellement dans la diminution considérable des globules du sang et dans l'augmentation disproportionnée de la partie séreuse de ce fluide; toute bonne médication devant avoir pour objet d'en réhabiliter la composition physiologique. Ce n'est là qu'une moitié de vérité ; car avec cette opinion, il n'y a chlorose que lorsque l'hydrohémie est bien caractérisée : il semble que la maladie ne commence qu'à dater de ce moment, de cette période, qui n'est pourtant qu'un effet qu'on aurait pu prévenir avec d'autres idées.

C'est ici qu'il importe d'entrer dans les développements nécessaires pour combattre les erreurs de la chimiàtrie àl'endroit de l'emploi thérapeutique du fer.

On définit la chlorose par un de ses effets, la diminution des globules sanguins et du fer normal qui est un de leurs éléments. Ne se demandant pas comment ce fer diminue, et prenant le fait de cette diminution pour la maladie elle-même, on ne se demande pas davantage comment il se régénère, et l'on prend cette régénération pour la guérison. On trouve cela d'autant plus spécieux, que c'est à la matière colorante du sang que le fer paraît concourir, et que la pâleur des malades étant un des symptômes les plus frappants de la maladie, le retour de leur teint par la Médication chalybée est regardé comme le signe parfait de la guérison et la guérison même. Qu'ont donc à faire ici la vie et le vitalisme ?

Le spécifique de la chlorose serait donc d'un autre genre que le mercure et le quinquina. Ceux-ci sont des spécifiques destructeurs, altérants;

le fer sera un spécifique plus généreux, car il reconstitue directement et par lui-même, comme un aliment. Il sera pour la chlorotique, non un spécifique morbicide, mais un spécifique hygiénique. Quoi qu'il en soit, il a ce caractère distinctif des spécifiques, d'agir par soi et sans l'intervention de l'organisme; et il faut avouer que l'existence du fer normal du sang, sa diminution dans la chlorose, sa répartition par le traitement chalybé, donnent un air de vraisemblance à cette théorie.

Le fer qu'on administre irait donc se souder aux molécules ferriques préexistantes, et cette soudure serait toute la Médication.

On ne s'avise pas de remarquer que, dans bon nombre de cas, une chlorose qui a résisté à l'ingestion de doses énormes de fer bien absorbé, code tout à coup et comme par enchantement à un voyage ou à une émotion agréable, qui n'ont pas introduit dans l'économie un atome de fer pharmaceutique. Par le fer, la chlorose ne guérit donc pas autrement que seule. Et puis divers toniques obtiennent ce résultat.

Toutefois, si le fer excite plus spécialement qu'une autre substance la régénération du fer dans le sang, c'est en si petite quantité que ce métal se trouve dans la matière colorante des globules, qu'il est bien évident que l'énormité des doses et la durée trop prolongée de leur emploi n'ont qu'une importance accessoire dans le traitement, et peuvent, lorsqu'on ne sait pas garder les bornes médicales, avoir plus d'un inconvénient. S'il ne s'agit, pour guérir la chlorose, que de remplacer physiquement du fer par du fer, pourquoi les autres espèces de cachexies qui, anatomiquement, sont, comme les pâles couleurs, caractérisées parla diminution des globules sanguins, n'éprouvent-elles de l'usage du fer aucune amélioration, et loin de là en sont-elles aggravées? On n'est pas assez frappé de ce fait, que la chlorose est presque la seule espèce d'anémie nosologique dont le fer soit le remède spécial. Les chimistes disent qu'il y a dans le vitellus d'un œuf de poule tout ce qui doit plus tard formelle petit poulet. Ainsi, ajoutent-ils, on y découvre des traces de fer. Mais ils ne disent pas qu'après l'incubation, au moment où le jeune oiseau va briser sa coque, et avant qu'il ait pu emprunter du fer au monde extérieur, il a du sang qui, analysé, contient une quantité de ce métal beaucoup plus considérable que celle qu'a pu lui fournir le jaune de l'œuf. Nous voulons croire que les analyses comparatives ont été mal faites; sans quoi, reculant devant l'idée d'une génération des corps simples par l'organisme vivant, il nous faudrait conclure, ou que l'œuf absorbe du fer par sa coque avec les éléments respiratoires que lui fournit l'atmosphère, ou que le fer n'est pas un corps simple.

Quoi qu'il en soit, le fer est encore un spécifique auquel on devra renoncer comme tel. La chlorose se forme sans soustraction directe de fer, sans hémorrhngic; elle se guérit spontanément, sans ingestion de fer pharmaceutique. Donc, lorsqu'elle guérit sous l'impression de ce médicament, c'est que les propriétés hématosiques des vaisseaux ont été excitées par lui à la formation des globules sanguins, comme peuvent être

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l'estomac et 1rs vaisseaux lactés à la formation d'un chyle plus riche. Remarquons-le, en effet, le fer n'agit pas en augmentant immédiatement, la quantité des molécules ferriques préexistantes, mais en stimulant la formation de nouveaux glohules contenant du fer.

Les propriétés dont il s'agit sont constitutives du sang; elles y préexistent au fer; et sans elles il n'agirait pas plus que dans un bocal. Je ne nie donc pas qu'il y ait un rapport spécial entre les propriétés du fer et les propriétés hématosiques de l'appareil circulatoire : mais c'est un rapport physiologique. Certainement, le fer excite la formation desglobules rouges du sang plus spécialement que la formation de la lymphe ou de la bile : de même que l'aloès stimule plus spécialement la sécrétion des intestins que celle des reins, et la digitale plutôt celle-ci que la première. Mais en cela je ne vois rien de spécifique quant à la maladie ; et pourtant c'est la prétention d'un spécifique.

Le fer joue un rôle dans l'hématose, comme l'oxygène en joue un autre. Sa présence normale et constante dans les globules est le signe de cette fonction. Elle suppose dans ces corps vivants et dans les vaisseaux où ils se forment, de certaines énergies hématosiques dont ce. métal est une condition spéciale d'existence. Ces énergies sont, dans un ordre d'activité supérieure, spontanément représentatives des propriétés chimiques du fer.

Nous en dirons autant, sous un autre rapport, des composés sodiques si constants dans le sang. Ils y correspondent, comme stimulus chimiques spéciaux, à d'autres propriétés homologues d'un ordre supérieur. Ils ne sont pas la cause efficiente de celles-ci, mais leur cause excitante coordonnée. On peut les regarder comme des sortes de condiments toujours présents, toujours nécessaires à l'accomplissement régulier des générations incessantes qui s'opèrent entre les éléments du sang, ou entre lui et les divers tissus organiques.

Nous le répétons, les propriétés sanguifiantes du fer sont, dans leur genre, quelque chose d'analogue.

Le fer agit pour reconstituer le sang, non par mixtion ou juxtaposition, mais par inlussusception ou génération. La clinique le prouve en nous montrant tous les jours que la diminution du fer n'est pas la cause, mais un des effets de la chlorose, et que sa réapparition n'est pas la cause, mais un des effets et des signes delà guérison de cette maladie. Pour celui qui saisit bien ce fait, la question est jugée. On voit pourtant des gens qui en conviennent, et qui persistent à quaUfier le fer de spécifique de la chlorose. Cela donne, du même coup, une idée de la force du spécifique et des spécificistes. Si la diminution du fer n'est qu'un effet et un signe de la chlorose, comment son augmentation pourrait-elle être la cause de la non-chlorose ?

" Ce qui est vrai, c'est que l'effet augmente sa propre cause. Il en résulte que tout ce qui peut agir contre cet effet a une action, quoique indirecte, sur la cause elle-même. En définitive, nous soutenons que si le fer était

le spécifique de la chlorose, la chlorose ne pourrait pas guérir sans le fer. Si elle guérit sans lui, et si, par conséquent, le fer peut se réparer dan? le sang sans aucune ingestion de fer pharmaceutique, c'est qu'il y adan^ les taisseaux sanguins et dans le sang quelque chose de vivant, qui, comme tel, représente le fer, l'attire à lui, le fixe et y trouve la condition spéciale de son activité. Cette propriété est affaiblie dans la chlorose; mais elle petit spontanément recouvrer sa vigueur; et un des effets, des conditions et des signes tout à la fois de cette restauration, c'est le retour de la proportion normale du fer dans les globules sanguins. Lors donc qu'au lieu de guérir spontanément, la chlorose guérit sous l'influence du fer, et qu'au fur et à mesure que la chlorotique ingère ce métal, les gltbules sanguins et le fer qui entre dans leur composition se régénèrent, c'est parle même mécanisme que lorsqu'ils sont régénérés spontanément et sans le secours du fer pharmaceutique. Pourquoi, à un moment donné, le fer contenu dans les aliments ne surfit-il plus à la chlorotique ? Ceux-ci nourrissent-ils aussi par juxtaposition? Ne faut-il pas qu'ils soient assimilés, c'est-à-dire transformés par l'organisme, imprégnés de sa vie et engendrés à elle? Y atteindraient-ils eux-mêmes, quoique ayant déjà tâté de la vie en général, suivant l'expression de Bordeu ? Est-ce donc le fer qui rend lui-même à la jeune fille cette chaleur, cet organisme vasculaire fécond, cette circulation dévie, de sentiment et de mouvement qui semblent l'élever, en quelques jours, du mode d'existence d'un reptile à celui d'un mammifère, et qui revivifient tous ses appareils suivant l'ordre où ils se sont développés dans l'embryon, et où leurs fonctions s'enchaînent dans l'animal émancipé ?

Que venons-nous de dérouler? les propriétés du fer ou celles de l'orgiinisme chlorotique ? Ni les unes ni les autres ; mais une véritable génération s' opérant au milieu du mouvement perpétuel du sang sur tous les points d'un réseau immense, présent partout comme doit l'être la matrice de l'hématose ; car cette fonction est universelle dans l'appareil circulatoire. et là où il y a un vaisseau, là, sur tous les points du vaisseau, du sang se forme, ou s'accomplit un acte de sa formation. Qui a assisté une seule fois, en physiologiste, à ce spectacle de la chlorotique guérissant, et l'a vue se métamorphoser et renaître sous l'influence du fer, celui-là peut-il nier que la marche de cette cure ne soit une véritable évolution organique? Cette animation réciproque du fer par le sang et du sang par le fer, c'est la Médication chalybée. Il y a conception d'une propriété du fer par le sang. Cela suppose dans ce liquide organisé des énergies vitales qui sont au fer brut ce que les phosphènes sont à la lumière, énergies qui languissent dans la chlorose et que le fer avive.

Le sang d'une chlorotique est du sang moins ses propriétés vitales. Après sa guérison par le fer, c'est du sang qui les a recouvrées sous l'impression de ce métal. Quelquefois elles se restaurent sans lui, et cela prouve qu'elles ne sont pas de même ordre, qu'elles ont leur spontanéité, qu'elles ne trouvent en lui qu'un stimulant spécial.

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Ce que nous avons décrit tout à l'heure dans la chlorotique guérissant, c'est, nous le répéterons, cette génération. Toutefois, aussi générale et aussi multipliée que l'hématose, elle diffère pourtant de celle qui se fait incessamment sous l'influence de la nutrition réparatrice, si heureusement qualifiée par Bacon de génération élémentaire, motus generationis simplex; et voici en quoi cette différence consiste : L'acte générateur élémentaire de la nutrition, ayant pour semences des principes organiques, réforme pleinement la substance môme du corps et se confond avec la vie végétative elle-même; tandis que l'acte générateur de la Médication chalybée, n'offrant au sang qu'un stimulus inorganique, n'a pour effet que d'éveiller en lui l'excitabilité et certaines forces qui sont à ce liquide vivant ce que la substance nerveuse est à tout le système. Ce qui manque primitivement au sang de la chlorotique, c'est, en effet, bien plus la vie que la quantité. Il n'en est pas ainsi dans la phthisie et les cachexies des maladies organiques. L'anémie porte primitivement sur la vie végétative du sang. Aussi le fer n'y remplit-il que des indications secondaires, quand il n'y est pas nuisible.

L'action prétendue spécifique du fer dans la chlorose nous ramène d'oui; visiblement à l'esprit de la doctrine dont nous nous efforçons de préciser les principes. Le fer, comme tout médicament, n'agit que médiatemenl. L'action immédiate et réelle, l'action efficiente, se fait par le médicament vivifié : c'est la Médication, ou, ce qui est la même chose, l'organisme physiologiquement imprégné par le médicament. Voilà ce que le médecin veut obtenir, et voilà ce qui est la guérison; à la condition, toutefois, qu'après avoir consenti comme sain, c'est-à-dire à l'action physiologique, l'organisme consente comme malade, c'est-à-dire à l'action thérapeutique. Eh bien ! ce qui enlève au fer dans la chlorose, son dernier titre à la vertu spécifique, c'est qu'une fois que l'organisme a ressenti l'action physiologique du fer, une fois que la Médication chalybée est opérée, tout est Qni : l'action curative est obtenue, et l'organisme n'a peut-être plus à consentir comme malade. Pourquoi cette exception? Parce que la chlo rose franche, c'est-à-dire exempte de toute association pathologique, est moins une véritable maladie qu'une imperfection d'évolution organique. Les vieux nosologistes la rangeaient parmi les débilités.

L'appareil génital a sur les fonctions digestives et hématosiques de la femme une puissante et toute spéciale influence. Lorsqu'à l'époque de ia puberté, la vie de l'appareil de la reproduction de l'espèce reste concentrée en lui, et n'étend pas son influence sur la vie de conservation individuelle, celle-ci tombe dans une langueur et une inertie toute particulière qui sont une des mille faces de l'hystéricisme. Les digestions se dépravent, l'hématose s'arrête et rétrocède; ses organes immédiats, le cœur et les vaisseaux, se prennent d'un éréthisme violent et s'agitent spasmodiquement comme tout organe dans l'inanition ; les fonctions qui ont des rapports plus immédiats avec l'intelligence et la volonté, sont un mélange bizarre de torpeur et d'irritabilité, etc., etc. : voilà la chlorose.

11 n'y a pas là maladie dans le sens ordinairement attaché à ce mot par les nosologistes, c'est-à-dire qu'il n'y a pas un vice morbide déterminé, une sorte de parasite plus ou moins nettement individualisé dans l'économie; et la preuve, c'est que la femme la plus saine peut contracter cet état morbide sous l'influence d'une perte de sang, d'une cause de simple affaiblissement du système utérin, d'une perturbation accidentelle de la menstruation. C'est un défaut d'équilibre entre les deux systèmes dont l'harmonie parfaite constitue la force et la santé de la femme.

Nous parlons ici des franches chlorotiques, de ces filles quelquefois très-belles, généralement brunes, chlorosis fortiorum , chez qui la chlorose pure et absolue n'a pourtant altéré ni la richesse des formes ni la rénitence des tissus. Ces cas sont le triomphe du fer, parce que la chlorose est pure de toute association avec quelque diathèse, la tuberculeuse, par exemple, et toutes ses formes résultant elles-mêmes d'autres combinaisons nosologiques. Dans ces cas de chlorose franche, une fois que 1» Médication chalybée est produite, la guérison, autant qu'elle peut être obtenue par le fer, est opérée aussi, car c'est le même fait. L'harmonir des deux vies pourra être troublée encore, et la chlorose récidiver ; mais on voit la cure se maintenir ; et quoique le premier cas soit plus commun, le second n'est pourtant pas très-rare. Voilà à quelle condition le fer^st le spécifique de la chlorose : c'est qu'elle soit pure, franche, c'està-dire aussi peu semblable que possible aux maladies qui s'honorent des spécifiques. Pour peu que le fer ne rencontre pas de ces beaux types, son action est incertaine, imparfaite, s'use promptement, suscite des accidents et des intolérances, n'agit pas plus qu'un corps inerte, ou agit comme une substance fortement irritante. La fausse chlorose, la chlorose symptomatique est alors ou une véritable maladie, ou associée à une maladie proprement dite, et dès ce moment elle n'a plus de spécifique : preuve excellente qu'elle n'en a jamais eu, et que le fer pharmaceutique ne joue dans son traitement le plus victorieux que le rôle d'une condition hygiénique. 11 est, nous l'avons déjà laissé entendre, une sorte de condiment physiologique qu'il est bon d'offrir à l'économie lorsqu'elle est impuissante à s'assimiler les aliments, et à ressentir le stimulus des substances non alibiles que la nature leur a associées pour en favoriser l'action et leur être comme un assaisonnement. Mais si, comme tel, le condiment agit autrement que l'aliment, il n'échappe pas aux lois générales de la vie.

De même que les aliments non assimilés sont pour l'organisme des corps étrangers, et que cette assimilation est la nutrition même, ainsi le fer (et je pourrais dire la soude, le soufre, le phosphore, etc., relativement à d'autres fonctions), substance non alibile, mais cause excitante de la sanguification, serait dans l'économie une substance nuisible, éliminée comme telle et y déterminant une maladie factice, si l'organisme ne renfermait dans un ordre d'activité supérieure des propriétés homologues à cette substance, propriétés qui, révivifiées par son impression, constituent la

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Médication chalybée; quand l'organisme consent àl'action physiologique du fer, et la guérison de la chlorose, quand l'organisme malade consent à l'action thérapeutique de ce médicament.

I lette distinction est de la plus haute importance, et nous le prouvons par la différence qui sépare la guérison d'une chlorose de celle d'une anémie simple ou physiologique, suite d'hémorrliagie. A la cure de celle-ci, des aliments réparateurs, des viandes, contenant du fer sans doute, suffisent. L'action thérapeutique se confond avec l'action physiologique, et rarement le fer pharmaceutique est nécessaire. Dans la chlorose, il n'en est plus ainsi : le fer pharmaceutique est souvent indispensable. Que peut-on dire de plus contre la spécificité de ce médicament?

Nous avons montré que l'humorisme et la chimiàtric prennent toujours les effets pour les causes. Serait-ce donc la dénomination de chlorose (y) m?::, jaune verdûtre) qui hornerait la vue des observateurs et les empêcherait de ne reconnaître la maladie que quand elle a fait descendre le sang des jeunes filles aux conditions de celui des animaux à sang froid ? 11 vaudrait bien mieux alors appeler cette affection, comme Morton, phthisie nerveuse, quaUQcalion pleine de sens pathologique et d'indications thérapeutiques. C'est que vraiment la chlorose est consommée lorsque se manifestent la pâleur verdàtre de la peau, la décoloration des membranes muqueuses. Cet état extérieur ne laisse aucun mérite au diagnostic, et annonce surtout que le médecin a déjà perdu bien du temps.

La chlorose arrivée à ce point a été de longtemps précédée par cette suspension d'action des principaux viscères et des forces altérantes qui ont été comme paralysés, comme plongés dans une torpeur, un engourdissement semblables à ceux dont les mêmes fonctions sont frappées chez les animaux dormeurs pendant leur hibernation, avec cette différence que des désordres de l'innervation à l'infini se sont développés à mesure que les phénomènes de la nutrition perdaient leur activité, à mesure que le sang était dépouillé de ses éléments organisables. Ajoutons que ces désordres nerveux sont encore accrus dans ce cas par l'influence naissante des organes génitaux; influence si puissante, qu'elle cause et caractérise à elle seule les névroses principales de la femme.

Pour nous résumer sur cet important sujet et mettre en saillie les phases de la chlorose les plus propres à suggérer de justes indications thérapeutiques, nous considérerons dans cette maladie trois époques se succédant nécessairement par des rapports de cause à effet.

Première époque. — L'action des appareils viscéraux se ralentit et s'éteint presque. La force d'assimilation est comme suspendue. Le cœur et l'estomac, par les sensations et les mouvements anormaux dont ils sont le siège, témoignent déjà de leur éréthisme et de leur faiblesse. La pauvreté et la liquidité du sang ne peuvent pas encore être accusées de cet état de langueur et de ces accidents nerveux, qui, au contraire, précèdent et produisent l'anémie. Cette première époque pendant laquelle le sang s'altère, nous voulons dire s'appauvrit, peut durer très-longtemps 8e éd. — t. i. Il

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sans que la décoloration des téguments révèle la chlorose aux yeux de tout le monde.

Cependant l'inertie des forces assimilatrices, l'éréthisme et la perversion de l'innervation viscérale qui en sont la conséquence nécessaire, n'ont pas été sans influence sur la composition du sang ; car lui aussi a fini par perdre de sa vitalité, par se dépouiller insensiblement de ses éléments organiques, et dès ce moment la jeune fille a eu les pâles couleurs.

Deuxième époque ou chlorose confirmée. — C'est alors seulement qu'en général on reconnaît la maladie. L'hydrohémie, qui est le résultat de la période précédente, devient cause à son tour et produit sur tout l'organisme les effets que nous avons vus dépendre des pertes lentes de sang ou de l'appauvrissement graduel de ce liquide; et cette indéfinie aggravation de la cause par l'effet amène tôt ou tard la troisième époque, si les fonctions utérines ne parviennent pas à s'établir parfaitement et à replwcer les facultés vitales dans leur équilibre et leur puissance.

Troisième époque ou cachexie chlorotiquc. — Un éréthisme excessif

du système circulatoire produit une fièvre nerveuse rémittente ou continue qui consume l'organisme, et c'est alors qu'on peut dire que cet organisme ne consiste plus véritablement qu'en un système nerveux horriblement exaspéré. La vie ne s'entretient que par une suite d'impressions qui toutes sont des spasmes ou des douleurs. Les agents naturels de l'hygiène n'exercent leur influence la plus douce qu'en provoquant des désordres incessants de la contractilité ou de la sensibilité. L'économie tout entMlfe n'est plus qu'un sens pour la souffrance, l'anxiété ou le malaise général. Cet être, auquel a comme survécu un système nerveux inutile, peut s'éteindre ou par épuisement ou au milieu de flux colliquatifs et de phlegmasies des principaux organes, telles que celles qu'on voit survenir chez les individus qui se laissent mourir de faim ou qui succombent aux diverses espèces des fièvres hectiques nerveuses.

A présent, nous avons à faire une remarque de la plus haute importance.

Il arrive dans bien des cas que la maladie dont nous venons de retracer les phases principales n'offre pas du tout les caractères extérieurs qui seuls signalent la seconde époque indiquée sous le nom de chlorose confirmée. Ainsi, il est des jeunes personnes chez lesquelles il n'y a jamais pâleur, chez lesquelles la chlorose ne se voit qu'avec les yeux de l'esprit et n'en existe pourtant pas moins. Quand nous disons que dans ces cas la chlorose, ne se voit que par induction, nous voulons faire entendre que le teint seul se conserve et peut en imposer ; car si l'on examine le sang des règles (des chlorotiques en grand nombre sont réglées), celui qui est quelquefois extrait par la lancette ou les sangsues, on lui trouve les caractères du sang chlorotique que nous n'avons pas besoin de décrire.

Les illusions, les erreurs déplorables, les faux traitements qu'entraîne l'ignorance de ce fait, beaucoup plus commun qu'on ne le croit, sont vraiment incalculables.

MÉDICATION TOXIQUE ANALEPTIQUE. 107

La circonstance d'une puberté indécise ou retarda1, la similitude des phénomènes observes avec ceux qui accompagnent la chlorose confirmée la mélancolie de la malade, la dépravation de ses goûts, la bizarrerie de son caractère, et surtout l'aspect du sang des règles ou de celui qu'on peut se procurer par une légère piqûre, le bruit de souille du cœur, la dilatation des cavités de cet organe, l'éclat de ses bruits perçus par l'auscultation, les divers bruits de rondement,, de diable, de sifflement des artères, etc., etc., pourront fournir des éléments suffisants de diagnostic, indépendamment de la teinte chlorotique des téguments.

Mais si la circonstance qui vient d'être signalée peut engendrer tant d'erreurs, que sera-ce cbez les femmes que leur âge, la régularité de leurs fonctions utérines, une apparence de bonne santé, du reste, mettent en général à l'abri de la chlorose, et qui n'ont pas souffert d'évacuations sanguines capables d'affaiblir l'organisme et de susciter des troubles du système nerveux?

Il est bien certain néanmoins que la plupart des maux de nerfs des femmes adultes, la forme d'hystérie que, dans notre Médication antispasmodique, nous avons appelée vapeurs hystériques , hystérie indécise, non convulsive ; que presque tous les spasmes dont Yaura s'élève de la région épigastrique et cardiaque, que toutes ces tourmentes nerveuses dont est agitée la période utérine de la vie des femmes, sont très-souvent dus à l'inactivité de la force d'assimilation, à la pénurie du sang, dues ellesmêmes à la rupture des rapports physiologiques qui doivent exister entre les fonctions de la reproduction et celle de la conservation individuelle.

Ici encore quelques développements et quelques distinctions deviennent indispensables;

Sydenham a dit, avec une raison et un sens médical qu'on ne saurait trop admirer, que la chlorose était, de la manière la moins douteuse, une espèce d'affection hystérique... chlorosin sive febrim albam quam quidem speciem esse afftelionis hystericœ nullius dubito...

.11 ne serait ni moins juste ni moins pratique d'avancer que l'hystérie est une espèce de chlorose.

On verra qu'en traitant de la Médication antispasmodique nous avons admis deux formes principales d'hystérie, c'est-à-dire de maladie nerveuse à foyer utérin. L'une est caractérisée par des attaques convulsives. Dans les ouvrages modernes, dans les épreuves et tous les actes publics préparatoires au doctorat, dans les cliniques, etc., il n'est guère fait mention que de cette forme. Aussi, de quoi s'occupe-t-on le plus quand on en traite? des signes différentiels plus ou moins certains qui la distinguent de l'épilepsie.

Nous avons dit, d'après Sydenham et notre propre observation, que l'hystérie convulsive affectait principalement les femmes fortes, vigoureuses, les moins sujettes aux maux de nerfs temperamento ut plurimùm plus quant solet sanguineo, les femmes d'une constitution comme virile, habitu corporis ad viragines accedenle. Cette forme est la moins interes-

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santé à étudier sous le rapport thérapeutique. On verra combien peu elle est modifiable par les agents de la matière médicale que nous avons considérés comme de puissants palliatifs des spasmes. Ceux que nous examinons maintenant h titre de remèdes radicaux ont encore dans ce cas bien moins d'influence. Peut-être même auraient-ils des effets nuisibles, ou tout au moins nuls. C'est dans une dépense active et continuelle dos forces musculaires, dans des travaux du corps et une gymnastique variée, dans la fatigue des exercices auxquels la femme de la société se soustrait trop en général, qu'il faut chercher le véritable traitement de cette hystérie convulsive; car on ne l'observe guère chez les femmes de la campagne, chez toutes celles que leur position oblige aux occupations viriles, et qui, comme le dit Sydenham, mènent une vie dure et laborieuse, quœ , laboribus assuetee, duré vitam tolérant.

Les femmes de cette classe sont la plupart à l'abri et de l'hystérie convulsive et de l'hystérie vaporeuse : de la première, parce que l'innervation rachidienne s'écoule incessamment pour des actes physiologiques, et que la fatigue consécutive exclut les convulsions et appelle le sommeil, qui en est la solution la plus efficace; de la seconde, parce que les exercices du corps nécessitent, dans les fonctions de la vie végétative, dans la digestion, la circulation, l'hématose et l'assimilation, une activité et une plénitude qui sont le garant de la stabilité et du calme du système nerveux.

Ceci nous conduit à la question qui nous intéresse et au développement de cette proposition de Sydenham, dont nous avons renversé les termes, savoir : que les maux de nerfs des femmes, l'hystérie vaporeuse, sont une espèce de chlorose, ou, pour parler plus exactement, un érétbisme spécial du système nerveux produit par la débilité et l'insuffisance des opérations nutritives, désormais impuissantes à tonifier et à refréner ce système.

Cet état, produit lui-même par l'altération ou la faiblesse de l'influence des organes reproducteurs sur les fonctions digestives, hématosiques et circulatoires, se développe et existe de deux manières, qui ne donnent néanmoins pas lieu à des résultats pathologiques différents, et ne changent rien à la nature des indications thérapeutiques.

Il arrive, en effet, ou que, par suite d'un tempérament naturellement débile, d'un état du sang constitutionnellement pauvre ou accidentellement appauvri, d'une atonie et d'une imperfection des actes nutritifs, le système nerveux utérin entre dans un éréthisme et une prédominance partagés bientôt par le système nerveux en général ; ou bien que cette prédominance soit primitive, engendrée par des causes directes, comme les passions et ce qui agit immédiatement sur l'innervation. Dans ce dernier cas, on voit survenir ce que nous avons signalé dans la première période de la chlorose, c'est-à-dire que les autres appareils sont frustrés de leur vitalité à des degrés différents, que les désordres nerveux commencent à naître, que les fonctions assimilatrices languissent, et que le résultat de ces fonctions, l'hématose et l'assimilation, devenues insuffisantes

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et inaclives, font tomber et maintiennent la femme dans un état de chlorose douteux, non consommé, mais qui s'oppose à ce que le système nerveux recouvre sa stabilité et le calme puissant de ses mouvements.

Ici apparaît la raison pour laquelle les femmes sujettes aux .iliaques (i hystérie, à la forme convulsive et intermittente de cette maladie, sont en général robustes et douées d'une constitution souvent florissante, lundis que celles qui sont tourmentées par les spasmes et les maux de nerfs hystériques offrent une constitution cl une santé en général faibles et languissantes. C'est que chez les premières la nutrition ne peut être enrayer ni affaiblie par quelques nltaques séparées par de longs intervalles, et qui neportent que sur Taxe cérébro-spinal et ses dépendances; c'est que chez les autres l'état nerveux existe presque continuellement, affecte surtout le système trisplanchnique, où il se joue de mille manières pour distraire ce système de ses influences naturelles et régulières, et amener ainsi la cachexie hystérique, comme nous le signalerons encore, et comme Sydenham l'a formellement énoncé dans un long passage qu'on peut lire dans notre deuxième volume.

Si l'on demandait maintenant pourquoi, chez les femmes dont la constitution est forte, le système musculaire bien développé, l'hystérie revêt les symptômes convulsifs et épileptiformes ; et chez les femmes débiles, grêles, et dont le système locomoteur est sans énergie, pourquoi elle rêvet la forme spasmodique, vaporeuse, et ces infinies aberrations dans la sensibilité et le mode de réaction des appareils inférieurs qui constituent l'état nerveux, nous pourrions répondre que la vigueur et l'activité des muscles de relation dans l'une appellent, pour ainsi dire, la convulsion ; que l'exubérance d'innervation produite pendant l'attaque est naturellement épuisée par l'excès d'action de l'appareil le plus puissant ; que les mouvements pathologiques y sont déterminés par l'habitude des mouvements physiologiques, etc., etc., tandis que, chez l'autre, les phénomènes hystériques, rencontrant un organisme trop faible, trop délicat, ne vont pas, si l'on peut parler de la sorte, jusqu'à pouvoir réagir sur les centres nerveux de la vie animale; et, au lieu de s'accomplir définitivement et de se juger, comme dans tous les organismes forts, par un développement impétueux de mouvements extérieurs, affectent indéfiniment et sans s'épuiser tout le système nerveux et y suscitent des troubles qui, pour n'être pas violents et rapides, n'en sont que plus fâcheux et d'une durée plus incalculable et plus désespérante. Broussais est un des hommes qui ont le mieux compris et le mieux exprimé cette nécessité qu'il y a pour les affections nerveuses de durer indéfiniment, ou de se juger par des crises violentes de mouvements, c'est-à-dire par des convulsions.

Mais il est en dehors de l'anémie une autre raison, une cause pathologique de ces maux de nerfs généralisés, névropathies hystériques irré. gulières qui s'éloignent des attaques convulsives et affectent sous mille formes les appareils de la vie organique aussi bien que ceux de la vie de relation. Cette cause se trouve, selon nous, dans une affection plus gé-

110 MÉDICATION TONIQUE ANALEPTIQUE.

nérale ou une diathèse qui domine et produit tout à la fois l'anémie et les symptômes nerveux. Les névroses ne sont très-souvent en effet, de même que les phlegmasies, que l'expression symptomatique d'une de ces dispositions morbides générales qu'on nomme diathèses et qui, pour se manifester, empruntent toutes les formes. Lorsqu'on observe l'hystérie sous ces formes anomales; lorsqu'elle se montre avec ses éléments isolés et combinés irrégulièrement plutôt que groupés dans l'ordre où ils constituent les attaques franches, il faut soupçonner l'existence de quelque disposition morbide plus profonde et plus générale. Si des congestions pseudo-inflammatoires, des affections rhumatoïdes, une fièvre sans type, un peu de rougeur de la langue, des douleurs des membres, des névralgies, de l'anorexie, de l'amaigrissement, quelques manifestations catarrhales plus ou moins superficielles, enfin l'anémie, se joignent aux phénomènes hystériques, il faut croire que ceux-ci ne sont pas toute la maladie, et alors il est commun de voir l'anémie ne pas céder à l'emploi des toniques analeptiques. Ces médicaments exaspèrent même quelquefois les accidents nerveux. Dans ce cas, l'anémie n'est donc pas la par laquelle la thérapeutique peut atteindre les maux de nerfs, car ils n'en sont pas la conséquence. Une cause plus générale domine et les symptômes nerveux et l'anémie elle-même. Cependant, si les voies digestives sont en bon état, si le poumon est exempt de tendance tuberculeuse, le fer, sans être victorieux comme dans les névroses de la chlorose pure, remplit encore d'utiles indications.

Ces réflexions complètent et modifient sans la détruire l'idée que nous avons essayé de donner plus haut des maux de nerfs qui se lient chez la femme à la faiblesse de l'hématose et à l'anémie. A l'explication physiologique nous avons ajouté la notion de l'élément pathologique, sans lequel nulle maladie ne peut être conçue. L'intervention de cet élément spécial peut bien modifier aussi les conséquences pratiques que nous avons tirées de l'explication physiologique; mais, comme on l'a vu, elle ne saurait non plus les détruire.

Toutes les affections organiques qui nuisent, à l'exécution des fonctions nutritives et atténuent la crase du sang, ne produisent pas les spasmes hystériques comme lorsque ces conditions ne reconnaissent pas pour cause des altérations graves des tissus. 11 semble que dans ce cas la lésion organique joue le rôle d'un dérivatif puissant, d'un exutoire qui, comme toutes les opérations de la force altérante, s'oppose au libre développement des accidents nerveux, et cette remarque peut encore servir à confirmer nos principes généraux.

Qu'arrive-t-il, par exemple, pendant et après les maladies aiguës dont le traitement a nécessité des évacuations répétées, puis une longue et absolue diète ? Tant que le malade reste sous l'influence d'inflammations graves, par exemple d'une fièvre vive, etc., l'état nervex se tait ; on ne le soupçonne pas. Mais que les lésions inflammatoires se dissipent, que

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