IDE
A coup sûr, le mercure ne possède plus généralement contre les accidents tertiaires cette même efficacité dont il jouit incontestablement centre les accidents secondaires. Cependant les faits les plus positifs attestent que là encore non-seulement le mercure est loin de se montrer impuissant, mais que dans certains cas môme il est supérieur à l'Iode lui-même.
Ainsi, bien des praticiens cuit pu, comme nous, l'employer avec un plein succès non-seulement contre certaines périostoses formant la transition du second au troisième degré de la syphilis constitutionnelle, mais même encore contre des exostoses anciennes, et autres phénomène morbides, appartenant évidemment aux accidents de troisième génération. Et réciproquement, l'Iode, bien que généralement plus efficace contre les accidents tertiaires, ne laisse pas que de l'emporter à son tour sur le mercure dans certaines ulcérations du pharynx et quelques autres manifestations de la syphilis secondaire.
Quant aux affections viscérales syphilitiques, leur traitement n'est pas aussi bien défini que celui des accidents secondaires ou tertiaires. L'iodure de potassium est généralement employé d'abord, et parfois il suffit à guérir. Oppolzer de Vienne {Schmidt's Iahrbùeher, 1S66, 4), Leudet de Rouen en ont obtenu de très-bons effets dans la syphilis hépatique; Rollet {Traité des maladies vénériennes, 1866), dans la syphilis pulmonaire ; et MM. Gros et Lancereaux (Des affections nerveuses syphilitiques, 1861), ainsi que M. Zambaco (Id., 1862), dans les affections nerveuses syphilitiques. Cependant, quand l'amélioration n'arrive pas promptement et qu'il s'agit surtout d'une affection cérébrale syphilitique, nous avons recours au mercure suivant la méthode de Boerhaave.
Déjà, avant Wallace, et avant que l'Iode eût été employé contre la syphilis, Girtanner donnait l'éponge brûlée contre les ulcères vénériens de la gorge. Dès 1821, Martini de Lubeck conçut l'idée de substituer l'Iode à l'éponge brûlée dans le traitement des chancres syphilitiques du pharynx, à l'exemple de Coindet, qui avait fait si heureusement cette même substitution pour le goitre. Depuis lors il a eu de nombreus ss occasions de donner l'Iode et l'Iode seul, dans cette grave manifestation de la syphilis, et il a eu lieu de s'en applaudir (Journ. des connaiss. mèd.chir., t. Ier, p. 90). Le docteur Henri Gouraud nous a dit avoir usé avec avantage du même moyen dans les angines chroniques qui n'avaient rien de vénérien. Nous-mêmes, plusieurs fois, nous avons, dans les mêmes circonstances, obtenu des succès que nous n'avions pu avoir par d'autres moyens.
En 1824, M. Richond publia, dans les Archives générales de médecine (t.IY, p. 321), un mémoire très-curieux sur l'emploi de la teinture d'Iode dans le traitement de la blennorrhagie et des bubons vénériens. Pour la blennorrbagie, il donne ce médicament aux doses de 20, 30, 40 et même 50 gouttes matin et soir, dans des potions gommeuses que le malade prend en une fois. Il gradue les doses de la manière suivante : premier
jour, 15 gouttes le matin ; second jour, 25 gouttes; troisième jour, 30. Il commence ensuite cà en donner 15 gouttes le soir, et il augmente de la sorte jusqu'à 30 gouttes soir et matin. Il reste à cette dose pendant trois ou quatre jours, et, s'il ne survient pas de signes d'irritation gastrique, il en prescrit 40 et même 50 gouttes matin et soir. Préalablement M. Richond calme les accidents inflammatoires du canal de l'urètre par des applications locales de sangsues. D'après les faits publiés par M. Richond, la durée moyenne du traitement semblerait être de trente jours à peu près. Quand l'Iode est inefficace, il donne alors le copahu, qui, suivant lui, agit alors beaucoup plus utilement.
Le traitement des bubons par l'Iode, conseillé par M. Richond, est purement local. Après avoir calmé l'inflammation développée dans le ganglion lymphatique, il fait faire, sur la tumeur même, cinq ou six frictions chaque jour pendant quelques minutes, à la dose de 4 ou 8 grammes de teinture, ou pure ou incorporée à l'axonge, ou suspendue dans un véhicule huileux. Quand les frictions sont faites avec exactitude, la diminution de l'engorgement, dit M. Richond, est ordinairement appréciable au bout de quatre à cinq jours, et la guérison opérée au bout de huit à dix (loco cit.).
Les résultats obtenus par M. Richond sont brillants, et il serait à souhaiter que tous ceux qui ont expérimenté après lui eussent été aussi heureux.
S'il est incontestable aujourd'hui que l'iodure de potassium rend, dans la syphilis constitutionnelle, des services aussi importants que le mercure, on ne peut nier que l'association de ces deux héroïques remèdes n'ait une puissance thérapeutique immense. L'expérience a prononcé à cet égard. Le protoiodure de mercure, expérimenté en grand, d'abord par Biett et ensuite par tous les médecins ; l'iodhydrargyrate d'iodurr de potassium (iodure double de mercure et de potassium), conseillé par M. Puche (Bull, thêrap., mars 1839), occupent aujourd'hui dans la thérapeutique des maladies vériennes un rang très-élevé. Ces deux médicaments se donnent en pilules h la dose de 1 à 10 centigrammes associés à un peu d'opium, afin de mitiger leurs qualités irritantes.
Aménorrhée. — L'augmentation qu'éprouvait le flux menstruel sous l'influence de l'Iode, lorsqu'on administrait ce médicament pour une affection quelconque, engagea Bréra à tenter ce moyen dans l'aménorrhée. Les faits qu'il rapporte dans le Saggio clinico (Arch. gén. de méd., t. H, p. 439 et suivantes) ne sont pas très-concluants, non plus que ceux de Coindet et de Sablairolles. Nous-mêmes nous avons expérimenté cet agent thérapeutique dans l'aménorrhée, et nous avons obtenu quelques résultats assez analogues à ceux de Bréra ((Journ. des connoiss. méd.-chir., t. I", p. 74). Toutefois, en poursuivant nos expériences pendant plusieurs années, nous en sommes arrivés à formuler les indications de l'Iode dans l'aménorrhée de la manière suivante :
Chez les filles chlorotiçues, l'Iode n'a amené aucun résultat tant que les martiaux n'ont pas été préalablement administrés; mais lorsque le sang est reconstitué, l'administration de l'Iode augmente évidemment le flux menstruel, et le fait apparaître plus tôt que si l'on eût laissé agir la nature. Quand les femmes sont fortement colorées, que les régies sont peu abondantes et en même temps douloureuses, l'Iode, il est vrai, augmente l'écoulement du sang, mais il augmente en môme temps l'intensité des douleurs el cause quelquefois des métrites. 11 est, au contraire, véritablement utile chez les femmes bien colorées dont les régies sont peu abondantes, et qui, pendant la menstruation, n'éprouvent pas de douleurs utérines. Dans l'aménorrhée proprement dite, il est convenable de continuer pendant longtemps l'usage de l'Iode. Il faut, pendant deux ou trois mois, donner tous les jours 25 ou 30 gouttes de teinture, ou une cuillerée à bouche au moins de la mixture d'hydriodate de potasse de Wallace, dont nous avons parlé plus haut.
M. Boinet a signalé un fait curieux relativement à la propriété emménagogue de l'Iode : c'est que toutes les fois qu'il lui est arrivé d'employer le procédé du badigeonnage avec la teinture d'Iode sur le col de la matrice et sur le vagin, il a presque constamment provoqué le flux menstruel. Cette remarque l'a conduit à toucher avec la teinture d'Iode le col utérin et une partie du vagin, dans certains cas de règles difficiles ou d'aménorrhée complète; et il dit avoir obtenu le plus souvent par ce procédé le retour des règles. De là il tire cette conclusion fort sage : c'est qu'on devra toujours s'abstenir de cette pratique chez les femmes enceintes.
Leucorrhée. — 11 est assez singulier qu'un médicament qui provoque si évidemment le flux menstruel ait été conseillé par Bréra, Gimelle, Sablairolles, dans le traitement de la leucorrhée ; mais on ne peut pas mieux expliquer ici l'utilité de l'Iode que dans la blennorrhagie. M. Pierquin a employé avec succès l'iodure de fer dans cette même affection (Mérat et de Lens, t. III, p. 633). Dans la blennorrhée, M. Ricord se loue beaucoup de ce médicament.
Goutte, Rhumatisme. — M. Gendrin se loue beaucoup de l'emploi interne et externe de l'Iode dans le traitement de la goutte. Il affirme que, dans la plupart des cas, l'Iode fait disparaître en quelques jours les plus vives attaques de la goutte aiguë. Il ne néglige pas non plus ce moyen dans la goutte chronique, soit pour résoudre les nodosités et les tophus, soit, à l'intérieur, pour modifier l'état général. Déjà, avant lui, Valentin, de Nancy, avait conseillé l'éponge calcinée contre la goutte {Journ. gêner, de Méd., t. CIV, p. 59).
Nous pouvons ajouter que plus d'une fois, dans la forme atonique de la goutte, l'iodure de potassium nous a rendu à nous-mêmes des services que nous n'avions retirés d'aucun autre remède.
M. le docteur Aubrun a employé avec avantage l'iodure de potassium
328 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
dans le rhumatisme articulaire aigu ou subaigu, et surtout dans certains cas où l'état de faiblesse du sujet ne permettait pas l'emploi des émissions sanguines (Gaz. méd., 1843).
Plus tard, le docteur Izarié a publié dans Y Union médicale (avril 4832) plusieurs faits qui tendent à démontrer l'efficacité de ce même médicament à doses élevées (de 4 à 8 grammes) dans le traitement de la sciatique.
La guérison a été tellement rapide qu'il n'est guère possible ici d'attribuer au hasard des résultats aussi heureux.
Nous-mêmes, il y a quelques années, nous avons eu occasion de donner des soins à un malade d'un tempérament excessivement nerveux, affecté d'une sciatique des plus douloureuses et des plus réfractaires qui, après avoir résisté à divers moyens et notamment aux larges vésicatoires et aux préparations de morphine, céda assez rapidement à l'usage à l'iodure de potassium donné à assez fortes doses.
En regard de ces sciatiques rhumatismales guéries par l'iodure de potassium, viennent naturellement se placer les sciatiques ou autres névralgies de nature syphilitique, traitées avec succès par le même moyen.
M. le docteur Gérard, de Lyon, a rapporté plusieurs faits appartenant à cette dernière catégorie dans YUnion médicale, mai 1852.
Faisons remarquer ici que si l'iodure de potassium a pu être utile dans certaines névralgies rhumatismales, il n'en est pas moins vrai que son efficacité est encore mieux établie dans les névralgies d'origine syphilitique. Aussi lorsqu'on se trouvera en présence de certaines névralgies rebelles, à exacerbations nocturnes, on ne devra pas oublier de rechercher avec soin si elles ne pourraient pas se rattacher à la vérole constitutionnelle, afin de recourir immédiatement à la médication spécifique. Nous ajouterons que, même dans le doute, il n'y aurait aucun inconvénient à s'adresser à l'iodure de potassium qui répond avantageusement à des états morbides de nature diverse.
Graveiie Après le rhumatisme et la goutte, nous devrons mentionner la gravelle comme pouvant être modifiée avec avantage par les préparations iodées. Nous savons en effet que quelques médecins, M. Henry de Saint-Arnoult entre autres, ont observé des cas de gravelle ancienne, et s'accompagnant de phénomènes graves du côté des reins, où l'usage prolongé de l'iodure de potassium, à petites doses, avait donné les résultats les plus heureux. Il est possible assurément que l'iodure de potassium, par ses propriétés spéciales, ait une action directe sur la sécrétion morbide qui caractérise la gravelle; mais peut-être aussi la cause principale de son efficacité doit-elle être cherchée dans l'infl uence exercée par ce médicament sur la diathèse arthritique, dont la gravelle est s; souvent un mode de manifestation.
Asthme spasmodiqae. — Quelques médecins, en Angleterre et en France, ont conseillé l'usage de l'iodure de. potassium dans le traitement de l'asthme spasmodique. Chez nous, M. Aubrée, médecin et pharmacien
IODE. :fâ)
à Bury (Charente), a tout particulièrement recommandé l'emploi de ce remède. 11 l'ait un élixir avec la décoction de polygala, le sirop d'opium et l'induré de potassium, et, en insistant longtemps sur cette médication, il obtient, de très-heureux résultats. De notre côté, nous avons eu occasion d'essayer l'iodure de potassium dans l'asthme spasmodique, et nous pouvons affirmer qu'en plusieurs circonstances nous lui avons reconnu une efficacité vraiment remarquable. A quel titre ce remède agit-il? Seraitce en vertu de sa propriété antigoutteuse, ainsi que nous le disions tout à l'heure pour la gravelle, ou bien en vertu d'une action tout particulièrement appropriée à l'asthme spasmodique? C'est une question que nous ne saurions décider; mais le fait en lui-môme n'en est pas moins trèspositif.
Anévrjsme de i"aorte. — Le docteur Chuckerbutty, médecin à Calcutta, a publié deux observations dans lesquelles l'iodure de potassium, donné à la dose de 0sr,60 par jour, aurait soulagé notablement des malades atteints d'anévrysmes del'aorte. (Bull. deThérap., 1862, t. LXIII).
Phthisic pulmonaire. — L'emploi de l'Iode sous forme d'inspirations n'est pas tout à fait nouveau. Proposé, en 1828, par M. le docteur Berton, contre les bronchites chroniques et contre la phthisie pulmonaire, ce moyen fut essayé à l'hôpital des Enfants par Baudelocque, qui regarda les vapeurs d'Iode comme plus nuisibles qu'utiles aux phthisiques; et dès lors il n'en fut plus question en France.
Mais, en Angleterre, cette méthode fut reprise par Murray et L. Scudamore, qui affirmèrent en avoir obtenu de bons résultats, tandis que, à la même époque, le docteur Pereira déclare avoir essayé les inspirations iodées dans le traitement de la phthisie pulmonaire sans en avoir vu résulter aucune amélioration marquée.
Ce moyen était à peu près généralement oublié, lorsque M. Piorry vint rappeler l'attention des médecins, tant sur l'emploi des vapeurs iodées dans la phthisie pulmonaire, que sur l'administration à l'intérieur de l'Iode et des iodures dans cette maladie.
C'est d'après les indications de M. Piorry que M. le docteur Chartroule s'est occupé d'une manière toute spéciale de cette question de thérapeutique, et notamment de l'emploi de l'Iode sous forme de vapeurs. Il fait inspirer ces vapeurs soit au moyen de cigarettes, soit surtout à l'aide d'un appareil spécial, qui est très-analogue à celui dont se servait Cottereau pour ses inspirations de chlore. Plus tard, M. Danger présenta à l'Académie des sciences un appareil du même genre, d'un mécanisme trèssimple, à l'aide duquel le malade peut aspirer de l'air pur, sec et chaud, qui est saturé d'Iode amené à l'état de vapeur, et qui pénètre à cet état de pureté dans les dernières ramifications bronchiques (août 1853).
D'autres médecins, à l'exemple de M. Piorry, se contentent d'entourer le malade d'une atmosphère iodée en plaçant, auprès du lit du malade, des soucoupes contenant une certaine quantité de cette substance volatile. Généralement on ajoute à ces inspirations iodées des applications, 8e éd. — T. i. 2S
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sur le thorax, avec la teinture d'Iode affaiblie, et de plus on leur associe l'Iode et les iodures à l'intérieur.
Que ce médicament, sous ces formes diverses, agisse comme modificateur direct des bronches ou comme reconstituant de tout l'organisme, il est certain, d'une part, qu'il exerce une influence favorable contre le lymphatisme et contre la diathèse strumeuse; et, d'autre part, on ne peut nier que dans un assez grand nombre de cas il n'ait rendu de véritables services à des individus tuberculeux, soit en modifiant avantageusement ces bronchorrhées concomitantes qui épuisent la plupart des phthisiques, soit en ranimant l'appétit et les forces de ces malades énervés et cachectiques qui peuplent nos hôpitaux.
Mais qu'au moyen de l'Iode employé en vapeurs ou autrement, on ait obtenu, ainsi qu'on s'en flatte, des guérisons solides et complètes, ou qu'on ait réussi seulement à arrêter d'une manière presque indéfinie le travail de tuberculisation, c'est là une prétention qui jusqu'ici ne nous paraît pas justifiée par une expérience suffisante.
Laryngites, bronchites, catarrhes. — Que si pour bien des praticiens l'efficacité de l'Iode est encore douteuse dans la phthisie pulmonaire, il n'en est plus de même dans les bronchorrhées ou le catarrhe do la membrane muqueuse des bronches, où il est évidemment utile, comme il l'est dans le catarrhe de l'urètre, du vagin et de l'utérus. Aussi nous recommandons avec confiance les inspirations iodées, sous diverses formes, dans le traitement de certaines laryngites, et de bronchites passées à l'état chronique, où bien des fois nous avons été en mesure de constater par nous-mêmes leur efficacité.
Fièvre typhoïde ou putride. — Nous avons dit que l'iode jouissait de propriétés antiseptiques des plus remarquables. A ce titre il était assez naturel qu'on cherchât à utiliser ces propriétés dans les différentes maladies où l'on observe des phénomènes de putridité ou d'empoisonnement septique du sang. Déjà M. Boinet et M. Aran avaient fait quelques essais des préparations iodées dans la fièvre typhoïde, et ils en avaient obtenu des résultats assez heureux. Plus récemment, M. le docteur Magonty a repris cette médication, qui avait eu d'ailleurs peu de retentissement, et il l'a formulée d'une manière plus précise. Il fait prendre aux adultes de trois à quatre cuillerées par jour d'une solution contenant 5 centigrammes d'Iode, et 2 grammes d'iodure de potassium, pour 240 grammes d'eau distillée. En même temps il prescrit par jour deux lavements contenant chacun 5 centigrammes d'Iode, 50 centigrammes d'iodure, pour 125 grammes d'eau distillée. Les résultats obtenus par cette médication n'ont qu'un seul défaut, c'est d'être beaucoup trop beaux, puisque sur 21 malades l'auteur a compté 21 succès.
M. Régis, suivant les mêmes données, a calmé les phénomènes ataxiques dans une épidémie de fièvre typhoïde, en donnant chaque jour à ses malades 4 gouttes de teinture d'ode dans une potion calmante. (Unzette hebdomadaire, 18G5).
Assurément, malgré ces succès, nous ne serions pas disposés à proposer la médication iodée comme méthode générale de traitement de la lièvre typhoïde. Mais, d'autre part, comme nous ne voyons aucuneraison de la proscrire d'une manière absolue, il nous semblerait assez rationnel d'y avoir recours dans certaines formes de fièvre typhoïde, où domine dès le début la putridité ou la septicémie.
Au même titre, nous ne serions pas éloignés de faire appel à cette médication dans une autre maladie bien autrement septique et bien autrement grave : nous voulons parler de la fièvre puerpérale, surtout quand elle revêt le caractère épidémique. Déjà l'on a cité, en faveur de celte médication, quelques cas de guérison; ces faits, quoique assez peu concluants, et surtout l'impuissance bien reconnue de tous nos moyens contre cette terrible maladie, sont des motifs suffisants pour autoriser ici de nouvelles expérimentations sur ce puissant antiseptique.
Méningite tuberculeuse, hydrocéphalie aiguë et chronique. —
Enfin, il n'est pas jusqu'à la méningite tuberculeuse qu'on n'ait eu la prétention de guérir par l'iodure de potassium donné à hautes doses.
Déjà il y a plus de vingt ans, Rœser recommandait ce médicament contre l'hydrocéphalie aiguë; et depuis lors, à son exemple, un certain nombre de médecins anglais, jouissant d'une grande autorité, tels que Copland, Evanson, "Wood, John Coldstream, etc., se sont prononcés en faveur de cette médication. Plus récemment, M. Laffore, d'Agen, et M. Schcepf Merceï, de Peslh, ont affirmé son efficacité avec une confiance voisine de l'enthousiasme. Ainsi M. Laffore déclarait, dans un travail présenté à l'Académie de médecine de Paris, que, dans sept cas de méningite tuberculeuse, dont plusieurs offraient les symptômes de la troisième période, l'iodure de potassium à la dose de 3 grammes avait réussi. Mais faisons observer que ce médecin vint, à Paris, expérimenter à l'hôpital des Enfants, et qu'il n'a obtenu aucun résultat avantageux.
Nous-mêmes, d'après les invitations qui nous ont été souvent adressées par d'autres confrères ayant certaine confiance dans ce moyen, et surtout en désespoir de cause vis-à-vis d'une maladie presque invariablement mortelle, nous nous sommes décidés bien des fois, soit à l'hôpira] ou en ville, à administrer l'iodure de potassium dans la fièvre cérébrale des enfants, notamment dans la méningite présumée tuberculeuse. Mais jamais il ne nous est arrivé d'obtenir, nous ne dirons pas un succès, mais même une amélioration assez marquée pour nous encourager dans nos essais. Nous n'ignorons pas assurément que d'autres praticiens prétendent avoir été plus heureux que nous ; mais il n'est peut-être pas inutile de faire observer qu'il existe à cet égard certaines causes d'erreur ou d'illusion dont on ne sait pas toujours bien se défendre.
Morve chronique. — Bien qu'il ne soit pas légitime d'assimiler, comme l'a fait M. Dupuy, d'Alfort, la morve chronique des chevaux à la phthisie tuberculeuse de l'homme, cependant lïncurabilité ordinaire de
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la morve donne quelque valeur au fait rapporté par Thompson, et doit engager les médecins et les vétérinaires à recourir à l'Iode dans des cas où l'art serait impuissant pour amener, dans l'état d'une partie malade, d'heureuses modifications. Voici le fait rapporté par Thompson :
On administra à un cheval morveux, trois ou quatre fois par jour, dans de l'eau, 150 gouttes de forte teinture d'Iode. Cette médication fut continuée régulièrement pendant six semaines, durant desquelles on ne donna pas moins de 450 gouttes par jour, et souvent plus de 5 à 600. Les effets avantageux de cette solution devinrent évidents en peu de jouis, et au bout de sept semaines l'animal était presque complètement guéri.
Quatre ans après cette guérison, il n'y avait pas eu de récidive.
La morve avait-elle été bien constatée? D'après le docteur Thompson, tous les symptômes étaient évidents. (Gaz. mcd., 1847, n° 42.)
Salivation mercurieiie. — Le docteur Knod communiqua, il y a quelques années, au journal d'Hufeland, la découverte qu'il avait faite de la propriété que possède l'Iode d'arrêter la salivation. Kluge a employé cette méthode avec le plus grand succès sur dix-sept malades à l'hôpital de la Charité de Berlin. La douleur et le gonflement des glandes et la salivation ont cessé au bout de quatre à six jours d'administration de l'Iode, et même des ulcères syphilitiques n'ont pas tardé à guérir. La dose administrée a été de 10 centigrammes par jour, et a été peu à peu portée à 20 centigrammes. La formule employée est la suivante :
Prenez : Iode 25 centigrammes.
Faites dissoudre dans : Espril-de-vin 8 grammes.
Ajoutez: Eau de cannelle 80 grammes.
Sirop de sucre 16 grammes.
Donner à prendre par jour, d'abord quatre demi-cuillerées, et puis quatre cuillerées entières de cette mixture. (Hufeland, Journ., ap. 1833, et Journ. des connaissances méd.-chir., t. I"r, p. 89.).
Tout le monde sait combien la salivation qui coïncide avec la grossesse est réfractaire dans la majorité des cas. Sous ce rapport, nous avons lu avec intérêt une observation publiée par le docteur Lemaëstre, où une salivation qui, par son abondance, menaçait d'épuiser la malade et s'était montrée jusque-là rebelle à tous les moyens employés, avait été guérie assez rapidement par l'iodure de potassium administré sous forme de pastilles. On donnait quatre à cinq de ces pastilles par jour, avec recommandation de les laisser fondre dans la bouche, et d'avaler la salive.
Ajoutons que l'iodure de potassium, en vertu d'une action élective sur les glandes mammaires, jouit d'une remarquable propriété antilaiteusc qui peut être utilisée chez beaucoup de femmes. On l'administre à la suite de /accouchement à la dose de 40 à 50 centigrammes "par jour, lorsque la mère ne devant pas nourrir, la sécrétion laiteuse est inutile, ou peut même devenir nuisible par son abondance ou sa persistance. Le