CHAUX. US
peur local, m appliquant le linge mouillé qui sert à envelopper les fragments Je Chaux sur la partie du corps où il est utile de diriger spécialement la chaleur et la vapeur.
A l'aide de ce moyen aussi simple qu'économique, il nous est arrivé de triompher en quelques jours de diverses douleurs rhumatismales, surtout de lumbago et de sciatique, qui avaient résisté à d'autres médications. Il importe toutefois que le malade soit bien averti de surveiller avec soin l'action de ce petit appareil, et de l'écarter de temps en temps de la partie sur laquelle il est appliqué, lorsqu'il sent que le dégagement de calorique devient trop intense ; autrement il courrait risque parfois de se brûler. Aussi, pour plus de précaution, nous conseillons, dans ce cas, d'envelopper la Chaux dans un linge épais, plié en plusieurs doubles, et d'éviter de le serrer trop étroitement. Ajoutons que ce linge peut être à volonté préalablement imbibé d'eau simple, ou d'une décoction de guimauve ou de sureau, etc., suivant l'indication particulière qu'on voudra remplir.
Des carbonates de chaux, le sous-carbonate est seul employé. Il fait la base de préparations dites absorbantes, dont les plus renommées sont la poudre d'yeux d'écrevisse, les magistères de corail, de nacre de perles.
La poudre à' yeux d'écrevisse est fort efficace dans les vomissements et les diarrhées des jeunes enfants, et chez les adultes elle rend encore d'utiles services, lorsque l'estomac sécrète une grande quantité d'acide et que la diarrhée accompagne cette mauvaise disposition du ventricule. La poudre d'yeux d'écrevisse se donne, chez les enfants à la mamelle, à la dose de 20 à 60 centigrammes par jour; dans l'âge adulte, la dose est ordinairement de 4 grammes à chaque repas.
Le phosphate de Chaux constitue presque en entier la corne de cerf calcinée qui entre dans la composition de la décoction blanche de Sydenham. Le phosphate de Chaux se donne aux mêmes doses et jouit des mêmes propriétés que le sous-carbonate.
Le phosphate de Chaux vient, dans ces derniers temps, d'être l'objet de recherches physiologiques et d'applications pratiques aussi neuves qu'intéressantes.
D'après M. Mouriès, un de nos chimistes les plus distingués, le phosphate de Chaux joue, chez les animaux, un rôle plus important qu'on ne le pensait jusqu'à ce jour. Indépendamment de son influence sur le travail de l'ossification, ce sel aurait encore une action spéciale sur l'irritabilité, sans laquelle il ne saurait y avoir ni assimilation, ni nutrition. Aussi l'insuffisance de ce principe, lorsqu'elle est portée à un haut degré, entraîne-t-elle la mort avec tous les symptômes de l'inanition, tandis que lorsqu'elle est moins prononcée, elle engendre la série des nombreuses affections qui se rattachent au lymphatisme. M. Mouriès, par ses recherches et ses analyses, a été conduit à reconnaître que l'alimentation des habitants des villes est généralement défectueuse sous ce rapport, et qu'au lieu de 6 grammes de phosphate de Chaux, qui seraient, selon lui, la
dose nécessaire pour suffire aux besoins de l'économie, la ration journalière des femmes dans les villes ne contient que la moitié de cette dose.
Comme conséquence de ce fait, l'auteur aurait constaté que le lait des nourrices des villes est peu riche en sels fixes, et surtout ne contient pas la proportion voulue de phosphate calcaire.
11 résulte donc que le fœtus et l'enfant en bas âge doivent souffrir considérablement de l'absence de cet élément indispensable à leur existence et à leur développement. De là une des principales causes de l'énorme accroissement du chiffre des mort-nés; de là encore la source de tant de maladies chez les enfants, et de la très-grande mortalité de ces mêmes enfants dans les grandes villes.
Or, pour remédier en très-grande partie à ces causes de maladies et de mortalité, M. Mouriès a proposé d'introduire dans le régime alimentaire des femmes enceintes, des nourrices et des enfants, ce même principe nutritif qui se trouve être insuffisant. Dans ce but, M. Mouriès a eu l'idée d'associer le phosphate de Chaux à une matière animale de nature albumineuse, et il en a composé une préparation qui, sous forme de semoule, est donnée en potage, soit aux mères ou aux nourrices, soit aux enfants eux-mêmes, dans les cas où on a des raisons de croire que la proportion normale de phosphate calcaire se trouve en déficit dans les aliments ou dans le lait, ou bien lorsque l'état de santé de l'enfant paraît exiger une dose plus forte de ce principe.
A l'appui de ces considérations toutes théoriques, M. Mouriès présente un certain nombre de faits dans lesquels ce genre d'alimentation aurait eu pour effet, d'une part, d'abaisser dans certaines familles la proportion des mort-nés; et, d'autre part, de diminuer le nombre des maladies lymphatiques chez les enfants, et même de contribuer à guérir ces mêmes maladies, lorsqu'elles n'avaient pu être prévenues.
Parmi les affections, se rattachant au lymphatisme, qui sont susceptibles d'être modifiées avec avantage par cette alimentation protéino-phosphatée, l'auteur signale la débilité native, le rachitis, la déviation de la taille, la déformation des os, la dentition retardée, la croissance difficile.
Voilà certainement des idées fort ingénieuses et des recherches du plus grand intérêt. Mais quels résultats pratiques ces idées doivent-elles produire définitivement, et quels services ces recherches sont-elles appelées à rendre, soit au point de vue de l'hygiène et de la prophylaxie, soit au point de vue de la thérapeutique des maladies de la première enfance ? Ce sont là des problèmes que des observations ultérieures plus nombreuses et des expériences encore plus précises sont seules capables de résoudre.
Peut-être, à cet égard, n'est-il pas inutile de rappeler qu'antérieurement aux recherches de M. Mouriès, quelques médecins avaient songé àtrailer par le phosphate de Chaux certaines maladies du système osseux, telles que le rachitis et l'ostéomalacie, mais que les résultats obtenus n'avaient pas réalisé complètement les espérances qu'avait dû faire naître
BARYTE. 417
celte application, si rationnelle en apparence, de la chimie à la médecine pratique.
Ilalons-nous d'ajouter, toutefois, qu'en raison de son extrême imporlance, cette question mérite assurément d'être reprise à nouveau; et taisons des vœux pour que la préparation de M. Mouriès, après de nouvelles épreuves, reste pour la thérapeutique et l'hygiène un bon remède et un bon aliment.
Le sacchurate de Chaux, dont nous avons indiqué le mode de prépai.i lion en traitant des divers composés calcaires, a été proposé pour la première l'ois par M. le docteur Capitaine, agrégé près la Faculté de médecine de Paris, et employé par nous, à l'hôpital Necker, dans le traitement des diarrhées chroniques des enfants. Ce médicament, qui est d'une alcalinité extrême, ne peut se donner pur : on l'étend de 20 à 30 fois son poids de sirop simple, et alors on peut l'administrer sous forme de sirop; cette forme est celle que l'on doit préférer. Le saccharate de Chaux sa turé se donne, pour les enfants, à la dose de 1 à 2 grammes dans l'espace de vingt-quatre heures ; aux adultes, à la dose de 5 à 10 grammes.
A l'hôpital Necker, nous étions dans l'habitude de faire mettre, dans chaque pot de lait destiné à former un supplément de nourriture pour les enfants à la mamelle, 50 centigrammes de saccharate de Chaux. Cette précaution nous a paru utile, d'une part, pour empêcher le lait dépasser aussi vite à l'acescence; d'autre part, pour diminuer la tendance que les enfants ont à la diarrhée. Et, en comparant ici l'eau de Chaux au bicarbonate de soude, que nous employons de la même manière et dans le même but (voyez Soude), il nous a semblé que le saccharate de Chaux l'emportait sur le sel de soude.
BARYTE.
La Baryte (protoxyde de baryum), BrcO, de plusieurs traitements antidarlreux se-
est d'une couleur blanc grisâtre, en masse erets. On l'obtient par double décompo-
poreuse. très-difficilement fusible. Cet al- sition du chlorhydrate de Baryte par le
cali est très-vénéneux et très-caustique; carbonate de soude,
à l'air, il est avide d'eau et d'acide carbo- Chlorhydrate rie Baryte (hydrochlorate,
nique ; il estsoluble dans 30 parties d'eau muriate de Baryte, chlorure de baryum),
froide et 10 parties d'eau bouillante. 'ËnCt. 11 est le produit de l'art. Cristalli-
Découverte par Scheele en 1774, la Ba- sable à l'air, soluble dans l'eau, sa saveur
ryte s'obtient en décomposant le nitrate est acre et piquante.
de Baryte par la chaleur. D'après les expériences de M. Brodie et
On l'emploie quelquefois en solution à de M. Orfila, c'est un des poisons miné-
l'extérieur. raux les plus énergiques.
Après avoir été fréquemment mis en
Uniment barytique. usage par les médecins anglais et allemands, ce sel n'est presque plus employé;
Pr. : Eau de Baryte saturée a froid. 1 part- il méritait cependant quelque attention
Huile d'olive 6 comme agent thérapeutique. Lisfranc, à
l'hôpital de la Pitié, l'avait remis en hon-
Carbonale rie ïïaryte, BaO,C02. Blanc, neur et en avait obtenu des succès dans
insoluble dans l'eau; regardé comme base le traitement de l'affection scrofuleuse.
Le chlorhydrate de Baryte a joui, depuis quelques années, d'une certaine réputation clans le traitement des tumeurs blanches.
Crawford fut le premier qui, en 1780, reconnut les bons effets de ce remède dans les scrofulcr
Plus tard, le professeur Scassi, de Gênes, fit des recherches sur ce médicament. Depuis, en Italie, MM. Mojon, Nongiardini, Ferrari, etc., etc., ont obtenu de beaux résultats. Ultérieurement, en France, à l'instigation de M. Pirondi, les essais des praticiens italiens ont été répétés à la Pitié par Lisfranc avec des avantages incontestables.
Voici le mode d'administration :
Lisfranc commençait ordinairement par la dose de 30 centigrammes dans 125 grammes d'eau distillée; toutes les heures le malade prend une cuillerée abouche de cette solution, excepté une heure avant et deux heures après le repas. Chose remarquable, il faut que le malade, pour supporter le médicament, s'abstienne de boire du vin et de manger de la viande, et soit soumis à l'eau pure et à une alimentation végétale. Au bout de huit jours, à moins qu'il ne survienne des accidents notables, on porte la dose à 60 centigrammes pour la même quantité d'eau distillée, et ainsi de suite en allant graduellement.
Lisfranc a administré jusqu'à la dose de 3 grammes.
Quelquefois, à la suite de l'administration du chlorhydrate de Baryte, douleurs vers l'estomac, nausées, vomissements, etc., etc.; alors on suspend pendant quelques jours. Ces accidents, ou ces-premiers symptômes d'empoisonnement, sont facilement dissipés par l'emploi du blanc d'oeuf, ou par le vin sucré, qui avait été conseillé dans ces cas par M. Pirondi {Bulletin de thérap., t. X, 11e livraison).
LITHINE.
La Lithine, oxyde de lithium, a été découverte en 1817, parM.Arfwedson dans trois minéraux de l'île d'Uto, en Suède : le triphane, le pétalite et la tourmaline rouge. Depuis lors, cette substance a été trouvée dans d'autres minéraux, et principalement dans une variété de mica, nommée lépidolite, et dans la tripbylline. Ajoutons que des analyses récentes ont fait reconnaître la Lithine dans un certain groupe d'eaux minérales à base alcaline, et notamment dans les eaux de Garlsbad, de Marienbad, de Kissing'în, d'Emps, de Tœplitz, de Vichy.
La Lithine est une substance blanche, cristalline, d'une saveur caustique et d'une réaction alcaline prononcée, très-analogue à la potasse et à la soude. Par quelques-uns de ses caractères chimiques, elle se rapproche
LIT1IINE. 449
beaucoup de ces bases, et, par d'autres, delà magnésie et de la chaux. Davy a extrait de la Lithine le lithium ; c'est un métal très-oxydable à l'air, qui ressemble beaucoup à l'argent par sa belle couleur blanche; il se fait remarquer par un caractère tout particulier, c'est-à-dire par sa trèsfaible densité, qui est fort inférieure à celle de l'eau, et même à celle de tout liquide connu.
La Lithine a été assez récemment introduite dans la thérapeutique par M. Garrod, médecin anglais. D'après cet auteur, qui a publié un remarquable Traité de la Goutte, cette substance serait appelée à rendre d'importants services à la thérapeutique; il la considère surtout comme un remède très-utile dans la diathôse goutteuse, au même titre que la potasse et la soude; il est même porté à lui accorder la supériorité sur ces deux substances alcalines.
Parmi les divers composés qui ont pour base la Lithine, M. Garrod recommande particulièrement le protocarbonate. Ce sel diffère des autres carbonates alcalins, en ce qu'il est peu soluble dans l'eau ; mais un excès d'acide carbonique augmente sa solubilité. Par sa saveur, il se rapproche beaucoup du bicarbonate de soude. Comme l'équivalent de la Lithine est faible, il en résulte qu'elle possède, ainsi que son carbonate, le pouvoir de neutraliser énergiquement les acides.
Mais la propriété de la Lithine sur laquelle nous voulons appeler principalement l'attention, c'est la facilité avec laquelle elle dissout l'acide urique, l'urate de Lithine étant le plus soluble des urates. On conçoit que cette propriété remarquable devait naturellement conduire à utiliser cette substance dans la goutte, où il existe une prédominance si évidente de l'acide urique et de divers urates très-peu solubles qui, on le sait, constituent la principale matière des concrétions articulaires.
Nous n'avons pas à entrer ici dans le détail des expériences chimiques instituées par M. Garrod pour démontrer la puissance dissolvante de la Lithine sur les urates, et surtout pour faire connaître avec précision les proportions diverses d'urate de soude rendues solubles, suivant qu'on emploie tels ou tels sels de Lithine, comme le carbonate, le sulfate, ou le chlorure, soit comparés entre eux, soit mis en parallèle avec les résultats analogues obtenus avec les sels de soude ou de potasse correspondants.
Qu'il nous suffise de dire que ces expériences, faites sur des têtes d'os hérissées de nodosités goutteuses, ou sur des ligaments infiltrés d'urate de soude, ont généralement témoigné de la supériorité des sels de Lithine sur les autres alcalins concurremment essayés. Hàtons-nous, toutefois, d'ajouter que ces résultats donnés par la chimie, quoique très-séduisants au premier abord, ne doivent être nullement considérés par le thérapeutiste comme des preuves de l'efficacité certaine des agents mis en expérience, et qu'ici la clinique seule est appelée à juger en dernier ressort.
Mais la Lithine étant encore en France d'importation toute récente, et notre propre expérience étant à cet égard absolument nulle, nous de-
vrons forcément nous borner à invoquer l'autorité de M. Garrod, qui, à la suite d'études consciencieuses et d'essais déjà nombreux, a été conduit à accorder à ce nouvel agent une véritable valeur. Comme il importe d'ailleurs de faire connaître d'une manière exacte, soit les principales indications thérapeutiques, soit le meilleur mode d'administration de ce médicament, nous croyons, à cet effet, ne pouvoir mieux faire que d'emprunter à l'auteur lui-même, qui, pour la rédaction de cet article, nous a servi de guide, les lignes suivantes :
« Quant à l'action du carbonate de Lithine administré à l'intérieur, M. Garrod a voulu l'établir clairement, et depuis plusieurs années qu'il le conseille, soit dans les cas de diathèse uiïque liée à la gravelle, soit dans la goutte chronique, il en a toujours obtenu les résultats les plus satisfaisants. Pris à l'intérieur, et deux ou trois fois le jour, à la dose de un à quatre grains dissous dans l'eau, il ne produit aucun phénomène physiologique direct; mais chez les sujets qui rendent de la gravelle urique, il exerce une influence marquée, en diminuant l'abondance des dépôts, et même en les faisant entièrement cesser. Du reste, comme son ingestion n'a jamais déterminé d'accidents fâcheux, M. Garrod le considère comme le remède le plus propre à éloigner les attaques de goutte, et à améliorer l'état des malades.
« Que ce soit le carbonate de Lithine qu'on administre, ou un autre sel de cette base, on le fera prendre sous la forme de poudre dissoute dans une certaine quantité d'eau ordinaire, ou mieux d'eau gazeuse ; et s'il y a nécessité d'administrer une forte proportion d'alcali, on pourra associer le carbonate de Lithine à quelque sel de potasse, tel que le carbonate ou le citrate, en choisissant toujours l'eau gazeuse pour véhicule. Enfin, il est des cas où des applications locales calment les douleurs des goutteux ; et, ici encore, les préparations de Lithine méritent d'être prises en considération. » {Union médicale, 12 décembre 1862.)
Ajoutons que M. Ure a proposé d'utiliser le carbonate de Lithine en injections dans la vessie, comme dissolvant des calculs urinaires.
Nous terminerons par une réflexion qui ne nous paraît pas sans importance, c'est que parmi les eaux minérales qui possèdent une efficacité incontestable dans les affections goutteuses, peut-être n'en existe-t-il pas une seule où l'analyse chimique n'ait fait découvrir une certaine proportion de Lithine, unie à d'autres substances alcalines.
Assurément, nous ne prétendons pas donner cette coïncidence comme une preuve décisive en faveur de la vertu antigoutteuse de la Lithine, et encore moins de sa prééminence sur tous les autres agents du même ordre; mais on conviendra toutefois que cette considération, qui concorde, d'ailleurs, tant avec les données fournies parla chimie qu'avec les résultats cliniques déjà obtenus, est plus que suffisante pour invitera de nouveaux essais et pour autoriser même de très-légitimes espérances.
loi
L'Ammoniaque est le résultat d'une combinaison de deux volumes d'azote avec six volumes d'hydrogène. C'est un gaz sans couleur, d'une odeur vive et pénétrante, caractéristique; d'une saveur acre, brûlante et même un peu corrosive. Sa densité est de 0,591. Il est extrêmement soluble dans l'eau, qui, suivant Davy, peut en dissoudre jusqu'à 670 fois son volume.
Pourtant il a si peu d'affinité pour l'eau, qu'il s'échappe sans cesse de sa dissolution, et qu'au bout d'un certain temps, en laissant ouvert le flacon qui le renferme, on ne retrouverait plus dans l'eau qu'une trèspetite proporlion d'Ammoniaque ou de carbonate ammoniacal. D'où la nécessité de s'assurer de la force de la dissolution au moyen de l'aréomètre avant de l'employer.
Ammoniaque liquide.
Alcali volatil, alcali volatil fluor, esprit de sel ammoniac, AzH3,IIO.
(Ammonia aquâ soluta.)
C'est une dissolution plus ou moins saturée de gaz ammoniac dans l'eau ; ses propriétés sont celles de l'Ammoniaque gazeuse. Elle est incolore, transparente, fortement alcaline, et a une odeur excessivement pénétrante et insupportable.
Préparation. — On obtient l'ammoniaque liquide par la décomposition du sulfateou du chlorhydrate d'Ammoniaque au moyen de la chaux.
La cnaux se combine à l'acide sulfurique ou à l'acide chlorhydrique, et l'ammoniaque qui est mise en liberté est reçue dans des flacons qui contiennent de l'eau.
Le Codex prescrit de ne faire usage que de l'Ammoniaque qui marque 22° ou 25° à l'aréomètre de Baume.
On fait, en médecine, un fréquent usage de l'Ammoniaque sous diverses formes.
Elle entre dans une foule de préparations officinales, dont les plus importantes sont:
Potion ammoniacale {Potio cum ammoniû).
Eau commune 100 grara.
Sirop de sucre 30
Ammoniaque liquide. 0sr,50 Mêlez.
Pommade ammoniacale ou de Gondret.
Pr.
Suif
Axonge
Ammoniaque a 25°
1 part.
un flacon a large ouverture; ajoutez l'Ammoniaque, fermez le flacon et agitez vivement; tenez le flacon plongé dans l'eau froide en ayant soin d'agiter de temps en temps jusqu'il ce que la pommade soit refroidie. Cette formule du Codex est, quant aux détails, tout à fait insuffisante, ainsi que nous l'avons démontré dans le Journal des Connaissances médico-chirurgicales (n° 6, décembre 1839). Voici notre formule :
Suif
2 a 4 gr.
. 16 gram.
Ammoniaque a 22°. .
Faites liquéfier le suif et l'axonge dans
On fait d'abord fondre l'axonge et le suif dans un Qacon que l'on plonge à cet effet dans l'eau chaude, puis on agite un peu. Lorsque l'axonge est fondue, on laisse doucement refroidir jusqu'à ce qu'elle commence à prendre une couleur légèrement opaline. On verse alors l'Ammoniaque.
Il faut, dès qu'on l'a ajoutée, fermer vivement le flacon et le ficeler, puis agiter jusqu'à ce que l'axonge et l'Ammoniaque combinées forment une masse crémeuse.
Si la pommade devient grumeleuse, il faut remettre ce Dacon dans l'eau chaude et l'aire subir au mélange, pendant une ou deux minutes, de nouvelles succussions.
Si, au contraire, la pommade se prend en crème, on met tout de suite le flacon sous un filet d'eau froide, et on l'y laisse refroidir.
Nous recommandons de ne jamais faire plus de 40 grammes de pommade à la fois, et de se servir d'un flacon bouché à l'émeri qui puisse au moins contenir 125 grammes de matière. Toutes ces minuties de préparation ne sont pas inutiles.
D'après quelques expériences faites par nous à l'hôpital Necker, on arrive à un résultat plus constant en ajoutant à l'axonge2à4 grammes de suif de mouton.
— Disons enfin que la pommade ammoniacale doit être d'une blancheur éclatante, qu'elle doit être homogène, c'està-dire avoir l'aspect gras de ta crème, car si elle est grenue, la préparation est manquée : dans ce cas, l'Ammoniaque n'est pas combinée, elle s'écoule dès qu'on applique la pommadesur la peau, etl'axonge et le suif restent seuls. L'homogénéité de la pommade est la condition essentielle de de son activité ; il ne peut y avoir de pommade énergique si elle est grumeleuse.
Elle doit avoir une consistance telle, qu'elle ne fuse pas à une température de 30' centigrades, c'est-à-dire à la tempéra-
turc la plus élevée de la surface du corps. teintures avec l'assa -foetida, la valé-
Cette circonstance est encore d'une im- riane, etc.
portance extrême; car la pommade trop L'Ammoniaque liquide fait la base de
molle s'étale ou s'écoule, et, dans tous les la potion antiacide de Chevalier.
cas, elle perd de son activité, et va porter
son action sur des parties qu'elle devait Pr. : Eau distillée 160 gram.
respecter. Eau de menthe. ..'.'. 16
Nous n'avons tant insisté sur tous ces Ammoniaque liquide. . 3 goût, détails qu'à raison de la grande diiliculté Mêlez, de préparation de la pommade ammo- a prendre en deux fois, niacale et de son extrême utilité thérapeutique externe. En ajoutant douze gouttes d>Ammo-
niaque au lieu de trois, on a la potion
Baume opodeldoch. contre l'ivresse.
Pr. : Savon de graisse de veau. 32 gr. Carbonate d'Ammoniaque,
Camphre 24
Ammoniaque liquide. . . 8 AzH3,2HO,COi.
Essence de romarin. . . 6 [Carbonas ammoniœ.)
Essence de thym 4
Alcool à 86». 250 n~ „„i t ■ i
Le sel est connu aussi sous les noms
,. , , , „ , , , anciens d'alcali volatil concret, sel volatil
„ O"'1'??,0"1 les, essences dans 1 alcool et d'Angleterre, etc., et sous les dénomina-
lon distille au bain-mane à siccite; on tions p|us récentes de sous-carbonate
met cet alcool dans un matras avec le sa- d'Ammoniaque, sesquicarbonate.
von bien râpe ; on fait dissoudre à la cha- n est blanc d.une odeur ammoniacaie
leur du bain-mane, on ajoute le camphre, très-prononcée, soluble dans deux fois son
et quand il est dissous, on ajoute 1 Am- poids d'eau. u se volatilise sans se de
moniaque ; on filtre a chaud, et 1 on reçoit composer
le liquide dans de petits flacons allongés 0n Fobtient en décomposant le chlor-
à large ouverture; on les ferme aussitôt hydrate d'Ammoniaque par le carbonate
avec un bouchon qui a été trempe dans la de chaux
cire, ou, mieux encore, qui a été enveloppé L'action du sesquicarbonate est à peu
dans une feuille d etain. (Soubeiran.) près celIe de l'Ammoniaque; seulement
son activité est beaucoup moindre. Ce sel
Eau de Luce. alcalin entre dans la composition des
. gouttes céphaliques anglaises, de l'alcool
Pr. : Huile de succm rectifiée. S gr. aromatique de Sylvius, de l'eau de corne
Savon blanc 4 fte cerf composée etc. -
Baume de la Mecque. . . 4 u fa[t aussi partie du curat de Rochoux
Alcool a 86° 192 contre le croup, dont voici la formule :
Faites macérer pendant huit jours ; fil- Pr- . cérat sans eau s parti
trez et conservez pour l'usage. On prépare Sesquicarbonate d'Ammo-
l'eau de Luce en ajoutant 1 partie de la niaque i
teinture précédente à 16 parties d'Ammo- „,
niaque liquide à 22°. Mêlez.
Le savon n'entre pas dans toutes les
formules d'eau de Luce; il donne plus de Chlorhydrate d'Ammoniaque, AzIIUICl.
fixité au mélange laiteux. (Soubeiran.) (Hydrochlorate, muriate d'Ammoniaque.
On prépare aussi un Uniment volatil ou se[ ammoniacal.) ammoniacal avec huile d'olive 125 grammes et Ammoniaque liquide à22° 16 gram- j, egt w inodore. d>une saveur acre, mes On fait le mélange dans une fiole piquante et urineuse, cristallisant en cuque 1 on tient bien bouchée. be^ ou en octaèdres, soluble dans près de
Si, avant d ajouter 1 Ammoniaque on trois fois son poid| d-eau à 15u'. peau
fait dissoudre 8 grammes de camphre bouillante en 5issout un poids égal au
dans 1 hui e on a le Uniment volatil cam- A u est beaucoup moins soluble dans
phré dont 1 usage est assez fréquent. l'alcool. 11 est entièrement volatil et indé-
L alcool ammoniacal liqueur d Ammo- composabie au feu.
niaque vineuse) est également employé et jj se| ammoniaoal du commerce est en
se prépare de la manière suivante : paing rondS; aplatiS; d.une apparPnce de
glace, et comme légèrement flexible sous
Pr. : Ammoniaque liquide à 50° c. 1 part. ie marteau lorsqu'on veut le casser. Il est
Alcool à 8G° 2 quelquefois coloré par une matière fuli-
Mèlez. gineuse. On le purifie par soh''ion et
cristallisation.
On y ajoute quelquefois une huile vola- On l'obtient en sublimant le sulfate
tile, d'anis, de girofle ou de citron; on d'Ammoniaque avec le chlorure de so-
s'en sert assez souvent pour préparer des dium.
Comme médicament, le chlorhydrate du Codex, en saturant l'acide acétique par
d'Ammoniaque a été jadis fort usité. Il le carbonate d'Ammoniaque très-pur, de
entre dans la composition du vin anli- manière à avoir un liquide incolore neu-
scorbulique, de la poudra de Leayson, du tre dont la densité soit de 1,036. Mais
collier tie Morand, etc. d'après ce dernier procédé de préparation,
On fait aussi avec ce sel des sache/* ir- l'acétate d'Ammoniaque a des propriétés
ritants et résolutifs, composés de chaux beaucoup moins actives; il ne contient
Éteinte, de sel ammoniac, de chacun plus de celte huile pyrogénée qui s'y trou-
1 partie; on mêle les matières en poudre, vait quand on avait recours au mode do
et on les place entre deux couches de co- préparation jadis usité,
ton qu'on enveloppe ensuite d'une mous- Voici en quoi il consistait. On faisait
seline piquée. dissoudre carbonate d'Ammoniaque dans
le vinaigre aistillé, avec la précaution de
Poudre contre le goitre : séparer, pendant la distillation, les pre-
. . . miers deux tiers du produit trop aqueux;
i p. : Onaux éteinte. . ....... 4 gr. l'Ammoniaque dont on se servait était le
Chlorhydrate d Ammoniaque. 4 carbonate d'Ammoniaque chargé d'huile
Iodure de potassium. . . . . 1 empyreumatique, tel que le donne la distillation de la corne de cerf (sel volatil
Acétate d'Ammoniaque. de corne de cerf). L'acétate d'Ammo-
{Acetas Ammonicus aqud solutus.) niaque ainsi préparé était beaucoup plus
actif; c'est réellement à tort que le Codex
11 est blanc, inodore, d'une saveur Acre; a modifié la formule de cette ancienne
très-soluble dans l'eau et dans l'alcool. préparation. (Soubeiran.)
L'acétate d'Ammoniaque n'est pas em- D'ailleurs. M. Dumas a trouvé par l'aployé en médecine à l'état solide ; il n'est nalyse c;u-j l'acétate d'Ammoniaque préusité que sous forme liquide, ce qui con- paré au moyen de l'esprit volatil de corne stitue le médicament autrefois connu sous de cerf renfermait, outre les matières le nom d'esprit de Minrlererus. empyreumatiques, une petite quantité On l'obtient liquide, suivant la formule d'éilwr cyanique (cyanate d'éther).
L'Ammoniaque liquide (alcali volatil, alcali volatil fluor, esprit de sel ammoniac) est un poison irritant des plus violents. Nous traiterons d'abord de son emploi comme irritant, et nous indiquerons ensuite sommairement les usages internes auxquels on l'a employé.
de l'emploi ds l'ammoniaque comme kemède externe.
Appliquée sur la peau, l'Ammoniaque, lorsqu'elle est concentrée, produit rapidement un sentiment de cuisson suivi de rougeur, de vésication, et enfin d'eschare superficielle. Cette précieuse propriété a rendu de grands services aux thérapeutistes, et tous les jours, lorsque nous voulons produire une vésication rapide, nous avons recours à l'Ammoniaque plutôt qu'à l'eau chaude, qu'a l'alcool enflammé, et qu'aux autres moyens dont la portée n'est pas aussi facilement appréciable. La même substance est employée aussi dans les cas où nous avons besoin de provoquer une rubéfaction de la peau qui ne persiste que peu de temps.
Pour produire la rubéfaction de la peau, on imbibe d'Ammoniaque un morceau de flanelle que l'on promène sur la partie en frottant assez fortement. Quand l'Ammoniaque marque de 18 à 23 degrés, cinq minutes suffisent pour produire l'effet désiré sur une peau fine et vasculaire; mais il faut employer un temps beaucoup plus long lorsque l'alcali est faible, et que 1'épiderme est sale ou épais. L'érythème déterminé par ce moyen dure rarement plus de deux heures.
ioi MÉDICAMENTS IRRITANTS.
Lorsque l'on veut produire la vésicatioa, on doit s'y prendre différemment. Divers procédés ont été conseillés. On frotte la partie avec une flanelle ou un morceau de linge, jusqu'à ce que l'épiderme se soulève. Ce moyen réussit assez bien; mais il n'est applicable que sur les malades privés de sentiment ; car, lorsque la sensibilité est intacte et que le derme est mis à nu dans quelques points, le contact de l'alcali volatil détermine des douleurs excessives. Quelques personnes imbibent d'Ammoniaque un morceau de papier brouillard, mais sans aucun résultat. Nous nous servons quelquefois du procédé suivant : nous taillons une compresse en huit ou dix doubles, de la forme et de la grandeur que nous désirons ; nous l'imbibons d'Ammoniaque à 22 degrés au moins, et nous l'appliquons sur la partie; puis, de minute en minute, et à mesure que l'Ammoniaque s'évapore, nous en mettons une nouvelle quantité, de manière à tenir toujours la compresse complètement imbibée.
Un quart d'heure suffit ordinairement pour produire la vésication. Toutefois, il arrive encore assez souvent qu'on attende inutilement une demi-heure et même une heure avant d'obtenir l'effet désiré. Cela tient sans doute à ce que l'Ammoniaque qui est en contact avec la peau perd promptement son activité à cause de la rapide volatilisation du gaz ; ce qui tend cà le prouver, c'est que si le gaz ammoniac est retenu par un corps gras, tel que l'huile, et surtout l'axonge, la vésication a lieu beaucoup plus promptement que lorsqu'on emploie le moyen indiqué plus haut. Le docteur Boniface a imaginé un excellent moyen pour empêcher la volatilisation de l'Ammoniaque : il imbibe d'alcali volatil une rondelle d'agaric officinal. Or, on sait qu'une des surfaces de l'agaric est molle et spongieuse, tandis que l'autre est dense et lisse. Il applique sur la peau la surface spongieuse, et, l'imperméabilité de l'autre surface empêchant que le gaz ne s'échappe, la vésication s'effectue avec presque autant de rapidité que si l'on s'était servi d'un liniment ammoniacal ou d'une pommade.
M. Bretonneau se sert depuis longtemps d'un dé à coudre, que l'on remplit d'un morceau de coton cardé imbibé d'Ammoniaque ou d'une petite cupule de fer-blanc, ce qui revient au même.
Ce mode d'application rend aussi plus active la pommade ammoniacale, et nous conseillons de l'employer.
Il était d'autant plus important d'insister sur ces .'moyens, que la préparation de la pommade ammoniacale est longue et très-difficile, et qu'il est quelquefois nécessaire de ne pas perdre un instant.
Lorsqu'on veut employer la pommade ammoniacale, on la prend avec une spatule, et on la modèle en une petite masse, dont le diamètre dépasse rarement celui d'une pièce d'un franc. Au moment où elle est appliquée sur la peau, elle produit un sentiment de froid qui ne dure qu'un instant, et qui est remplacé par un sentiment de chaleur auquel, deux ou trois minutes après, succède celui de la cuisson. Cette sensation n'est pas, à beaucoup près, aussi pénible qu'on pourrait le présumer, d'après
la rapidité avec laquelle se fait la vésication ; elle est portée à un si faible degré, que jamais les malades ne témoignent de véritable douleur. Trois, cinq, dix ou quinze minutes après l'application de la pommade, 1'épiderme est soulevé. Il y a pourtant des différences nombreuses qui dépendent surtout du siège du vésicatoire et de l'activité de la pommade. Du reste, il faut attendre, avant d'enlever la pommade, qu'on voie apparaître autour d'elle une petite auréole rouge. Cet érythème est l'indice certain que la phlycténe commence à se former, et, en laissant l' Ammoniaque plus longtemps en contact avec la peau, on risquerait de produire une eschare superficielle.
Lorsque la pommade est enlevée, tantôt on trouve l'épiderme soulevé et ne formant qu'une seule bulle, tantôt il est ridé, et la sérosité est renfermée dans plusieurs cellules : dans ce dernier cas, il est utile d'exercer préalablement quelques frictions sur l'épiderme; on le détache ainsi d'une manière plus complète, et les plis qu'on lui fait subir permettent de le saisir avec l'ongle et de l'arracher avec plus de facilité. Le derme mis à nu doit être d'un rouge pâle; mais, s'il est d'un rouge vif et s'il est marbré de petites ecchymoses, il faut en conclure que l'Ammoniaque est restée trop longtemps appliquée, et, en effet, il se forme une eschare superficielle.
Le plus souvent, les vésicatoires ammoniacaux sont faits dans le but de mettre sur le derme dénudé des médicaments qui soient absorbés. Or, quand la substance médicamenteuse a été placée sur la plaie, nous pansons de la manière suivante : une petite rondelle de taffetas ciré est appliquée immédiatement ; elle est destinée à entretenir l'humidité et à empêcher que la surface du vésicatoire ne se dessèche ; on la recouvre ensuite d'un morceau de taffetas d'Angleterre qui la déborde.
Au second pansement, on trouve la surface du vésicatoire recouverte d'une fausse membrane d'un blanc jaunâtre, qui fait quelquefois saillie au-dessus de la peau, et qui, d'autres fois, plus mince, reste au niveau de l'épiderme, ou paraît même enfoncée. Cette fausse membrane, dont l'existence est constante lorsque le pansement a été fait suivant le mode que nous avons indiqué, varie seulement par ses divers degrés d'épaisseur, toujours en raison de l'activité de la pommade, de la durée de son application, et du temps qui s'est écoulé entre le premier et le second pansement. Il est indispensable d'enlever cette fausse membrane, autrement l'absorption se ferait mal.
Pendant les trois premiers jours, la fausse membrane qui se reproduit à chaque pansement s'enlève avec facilité ; mais, le quatrième et le cinquième, elle finit par adhérer intimement au derme et par subir une espèce d'organisation. Vers le sixième jour, on n'aperçoit plus qu'une cicatrice rougeàtre qui disparait complètement après un temps plus ou moins long.
Lorsque la pommade est restée trop longtemps en contact avec la peau il s'est produit une eschare superficielle qui ne se détache qu'avec diffi-
culte, et qui laisse souvent après elle une cicatrice indélébile. Ainsi, lorsqu'on veut employer l'Ammoniaque comme caustique, on laisse la pommade en contact avec la peau pendant une demi-heure et même davantage. Toutefois, ce moyen de cautérisation est beaucoup moins rapide et moins sûr que l'emploi combiné de la potasse et de la chaux.
L'action rubéfiante de l'Ammoniaque est tous les jours employée pour aviver les plaies et les fistules, pour exciter la peau dans le but de guérir les engorgements chroniques, les douleurs rhumatismales, ou seulement pour provoquer sur une partie une fluxion dérivative.
Son action cautérisante a été mise à profit contre le tic douloureux, par M. Herber de Nestaesten, à l'exemple de Thilenius {Biblioth. méd., t. XLII1, p. 102), et contre les maux de dents dus à la carie. M. Gondret [Considérations sur l'usagedu feu etsur un nouvel épis patique, Paris, 1819) s'en est servi, dit-il, avec quelques succès pour cautériser profondément la peau du crâne, dans le but de guérir des affections chroniques du cerveau, les cataractes commençantes, l'amaurose, etc., etc.
On avait vu que l'Ammoniaque mise en petite quantité dans un collyre était fort utile dans le traitement d'un grand nombre d'ophthalmies, soit aiguës, soit chroniques; l'analogie engagea Pringle à la conseiller contre l'angine à la dose de 13 à 30 grammes dans un gargarisme de 500 grammes ; et, de nos jours, nous avons vu M. Gondret traiter la teigne par des lotions ammoniacales très-actives ; médication qui réussissait sans doute, mais qui faisait acheter la guérison par d'insupportables douleurs. M. Girard, de Lyon, l'indique étendue d'eau comme propre à prévenir l'inflammation dans les cas de brûlure; et MM. Mérat et de Lens ont usé du même moyen pour guérir les flueurs blanches simples en mettant dans le liquide de l'injection un peu plus d'Ammoniaque. Lavagna, au contraire, produisait un écoulement leucorrhéique de la vulve et du vagin, à la suite duquel la fluxion menstruelle ne tardait pas à s'établir. C'est ainsi qu'il traitait l'aménorrhée, et Nisato s'applaudit d'avoir suivi cette méthode. L'injection dont il se servait était formulée de la manière suivante : lait, 500 grammes; Ammoniaque, de 8 à 15 grammes.
M. Aran, qui a souvent répété les injections ammoniacales proposées par Lavagna et par Ashwel, affirme qu'elles lui ont donné des résultats très-remarquables chez des jeunes filles vierges, chez lesquelles l'établissement des règles se faisait avec difficulté. 11 met 10 à 12 gouttes d'Ammoniaque dans 30 à 43 grammes de lait tiède, il augmente de 5 gouttes chaque jour jusqu'à ce que l'action irritante soit devenue difficile à supporter ; on peut aller ainsi jusqu'à 50 à 60 gouttes chez les personnes peu irritables. Les injections sont prises le soir en se couchant, dans une situation telle que le liquide soit retenu pendant 10 minutes au moins; on les répète plusieurs jours de suite, et quelquefois deux fois par jour.
Mais si l'Ammoniaque, employée comme médicament topique, a réussi à rappeler les règles, La Pira, au contraire, la regarde comme hémosta-
tique lorsqu'elle est étendue de quatre parties d'eau; et Girard, de Lyon, la prescrit eu injections à la dose de 4 grammes par livre d'eau contre le cancer ulcéré de la matrice, dont elle supprime l'odeur, calme les douleurs et modère l'hémorrhagie.
Enfin, on a conseillé et on emploie vulgairement l'Ammoniaque pure ou étendue d'eau pour cautériser ou pour laver les plaies faites par des animaux enragés ou venimeux, médication inutile, comme l'ont démontré surabondamment les expériences de l'illustre Fontana, et nuisible en ce sens qu'elle peut inspirer une funeste sécurité, et empêcher que l'on ne fasse usage de moyens plus actifs.
Le carbonate et le chlorhydrate d'Ammoniaque sont les seuls sels ammoniacaux dont se serve la thérapeutique chirurgicale. Appliqué à l'extérieur, le carbonate peut, comme l'Ammoniaque, produire promptement tous les degrés de l'irritation, depuis la rubéfaction jusqu'à la cautérisation. Chaussier le croyait même préférable à la pommade de Gondret, qui perd en peu de jours ses propriétés. (Mérat et de Lens, Dictionn. de Mat. méd., t. I, p. 245.)
Le chlorhydrate est employé extérieurement dans les mêmes circonstances que l'Ammoniaque, à cela près qu'il ne pourrait produire la cautérisation. C'est surtout comme stimulant local qu'on le prescrit, dissous dans l'eau, dans des décoctions excitantes, dans du vin rouge. Une solution d'hydrochlorate d'Ammoniaque est un des résolutifs les plus puissants, et que l'on emploie surtout dans les cas de contusion, de fracture, d'entorse, d'engelures, d'engorgements chroniques, scorbutiques, de tumeurs de diverses natures, etc. On en fait dissoudre de 15 à 60 grammes dans 1,000 grammes de liquide, suivant les propriétés plus ou moins excitantes qu'on veut communiquer à celui-ci.
L'usage externe de l'Ammoniaque a été encore préconisé par quelques médecins, entre autres M. Ducros (de Sixt), qui, dans le traitement de l'asthme nerveux, du catarrhe capillaire, de la coqueluche et du hoquet spasmodique, ont porté sur la membrane muqueuse du pharynx un pinceau imbibé d'Ammoniaque liquide. Chez quelques malades susceptibles, l'inspiration immédiate du gaz ammoniac qui se fait au moment de l'application du médicament détermine un spasme de la glotte tel, que la respiration peut rester suspendue pendant plusieurs secondes, et que la vie semble menacée gravement.
Aussi cette cautérisation du pharynx doit-elle être faite d'abord avec de l'Ammoniaque très-faihie, et plus tard seulement avec de l'Ammoniaque concentrée. Quelques médecins obtiennent les mêmes résultats en cautérisant la voûte palatine.
Notre opinion est que ce dernier procédé doit être généralement préféré, par la raison que, sans faire courir au malade les mêmes dangers que la cautérisation pharyngienne, il donne exactement les mêmes résultats.
Vour faire cette cautérisation, on se sert d'un pinceau qu'on commence par tremper dans l'Ammoniaque liquide, puis légèrement dans l'eau.