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médication des symptômes à celle de la nature de la maladie, lorsque celle-ci a une telle unité et une telle spécificité, que toutes ses parties, que tous ses symptômes n'en peuvent pas être détachés, et que chacun d'eux la représente et la manifeste aussi bien que l'ensemble.
Rien de plus vrai, de plus simple, de plus facile à comprendre que ce principe de Thérapeutique générale. Il est la loi souveraine des bons praticiens.
A quoi sert la médecine ou la médication du symptôme dans les maladies bien déterminées, comme la syphilis, la fièvre de marais ? Le médecin peut-il, à son gré, attaquer chaque symptôme de ces affections en particulier et les détacher les uns après les autres de leur principe, de leur cause efficiente? Non , car celle-ci a trop d'unité, trop de spécificité, et chaque symptôme est lui-même trop pénétré de celte spécificité pour céder a d'autres moyens qu'à ceux qui peuvent l'attaquer spécifiquement ou en elle-même.
Mais aussi, a quoi bon les médications spécifiques dans les maladies mal déterminées, sans unité bien caractérisée, en un mot sans spécificité , comme le sont une foule d'affections qui naissent de mille influences communes capables de provoquer en nous des perturbations physiologiques plus ou moins graves, plus ou moins durables ? Dans ce cas, on se borne à éloigner les causes excitantes; et si, le branle une fois donné aux propriétés morbides de l'économie et aux prédispositions pathologiques de chacun, la soustraction des influences étiologiques ne suffit pas pour apaiser le mal et les souffrances diverses, on attaque les symptômes en particulier, on calme, on excite, on révulse, on évacue, etc.. Alors, chaque élément de cet ensemble n'étant pas lié a celui-ci par une unité bien forte et ne représentant rien de spécifique, peut en être détaché, et la maladie dissoute et démolie, en quelque sorte, pièce par pièce.
Nous n'avons pris les deux cas extrêmes de la série que pour mieux faire comprendre le précepte.
Mais toute la difficulté n'est pas la-, et il y a d'autres faits encore, qui , en accusant 1 insuffisance de nos ressources spécifiques et de nos médications physiologiques, dénoncent eu même temps l'erreur du rationalisme et de V empirisme.
L'empirisme ne pourrait prétendre à mériter les suffrages du médecin, que dans le cas où a chaque maladie spécifique ou essentielle, il aurait a opposer une médication essentielle ou spécifique, une médication qui, sans passer par le détour de la médecine des symptômes, irait droit au mal l'éteindre dans son principe. ■ Le rationalisme est, de même, convaincu d'erreur, quand, eu face de
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la maladie îa moins spécifique , la moins individualisée , il ne peut parvenir a en apaiser les symptômes par l'hygiène la plus éclairée et par les traitements physiologiques les plus habilement conduits. ,
Or, non-seulement l'empirisme est désarmé devant le plus grand nombre des maladies spécifiques, mais il arrive même très-souvent qu'il échoue en face de celles contre lesquelles il possède les moyens spécifiques les moins incertains , bien plus , qu'il les aggrave par l'emploi de ces agents précieux... Dans ce dernier cas, la médecine dite rationnelle ou physiologique, la médication des symptômes reprennent leurs droits, et on est forcé de s'en contenter faute de mieux, quoique alors elle soit bien plus utile en ne nuisant pas et en atténuant le mal, qu'en produisant un bien positif et qu'en guérissant.
Trop souvent aussi, le rationalisme est impuissant devant les maladies les moins individualisées, où les symptômes ne paraissant pas pénétrés d'une cause spécifique, sembleraient devoir céder facilement aux médicaments doués de propriétés physiologiques bien connues.
Alors, le praticien peut faire appel a ce qu'on nomme faussement la médecine empirique, c'est-a-dire qu'il a recours a de puissants modificateurs de l'économie dont les indications ne sont pas puisées pré-, cisément dans la connaissance des propriétés physiologiques des médicaments, mais, par analogie, dans la connaissance de leurs propriétés nosologiques ou bien quelquefois de leur influence perturbatrice. Dans le premier de ces cas, malgré la spécificité de la maladie, il a fallu éloigner les moyens spécifiques et employer les remèdes a propriétés physiologiques, faire, en un mot , la médecine du symptôme.
Dans le second, force a été de recourir à des spécifiques, malgré la non-spécificité nosologique de l'affection.
Pr, ces deux cas, qui paraissent opposés, se rencontrent habituellement chez les mêmes sujets. Les personnes dont il s'agit sont affectées de ces constitutions caractérisées par le vice que Hunter nommait irritabilité. Nousles appelons volontiers les no/i me tangere de la Médecine. Sont-elles affectées de syphilis? le mercure irrite les symptômes vénériens, étend les ulcérations, enflamme la bouche, surexcite le tube digestif, allume la fièvre, produit des crampes, engendre, en un mot, une sorte de pseudo-syphilis qui complique et dénature la vraie sans la guérir. Sont-elles prises d'affections paludéennes? le quinquina agit efficacement une fois; mais les accidents renaissent, et le spécicifique n'a plus d'action que celle de surstimuler le système nerveux, d'imprimer la continuité a ce qui n'était qu'intermittent, de causer de l'insomnie et de compliquer la diathèse paludéenne d'une diathèse quinique qui défigure la première et la rend plus réfractaire que
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jamais. La médicalion des symptômes, lorsqu'elle est supportée, et les soins hyi^iéniques, restent alors comme seules ressources au médecin intelligent. C'est dans des conditions pareilles que non-seulement les spécifiques ne réussisent pas dans les maladies spécifiques, mais que les médicaments rationnels ou physiologiques échouent dans les affections les plus indéterminées et dans lesquelles la médecine du symptôme semblerait le plus évidemment indiquée.
Ces observations, que nul ne peut nier, sont bien propres à montrer tout ce qu'il y a de faux et de superficiel dans les deux systèmes que nous combattons, ainsi que dans la prétention plus superiicielle encore de les unir tous deux et de faire de cette combinaison le type de la sagesse médicale.
En pesant la valeur réciproque du rationalisme et de ['empirisme, nous les avons toujours supposés agissant, se livrant, chacun de sou point de vue, à^ine Thérapeutique impatiente et inquiète, comme si toutes les maladies se prêtaient à celte médecine exterminatrice. Pourtant, il existe depuis le commencement de l'art une doctrine médicale imposante dont les principes protestent contre cette supposition-, nous voulons parler du naturisme, altération de la médecine d'Hippocrate, et que Stahl a rajeuni sous le nom à'anvmisme. Elle consiste à assimiler les maladies a des fonctions accidentelles que le médecin ne doit chercher a modifier que dans le cas où elles s'écartent de leur marche naturelle ou salutaire, plus salutaire que les perturbations ou les interruptions que l'art pourrait leur imprimer. Mais, supposer que les maladies sont susceptibles de déviations graves et mortelles, c'est pour le naturisme la ruine de son propre principe. Ce principe ne se soutient qu'en imaginant un organisme exempt des éléments de la maladie, et qu'en dérivant uniquement celle-ci de l'action nocive des modificateurs externes, repoussés victorieusement par une nature saine et vigoureuse. Voilà ce qu'Hippocrate n'a jamais dit et ce qui court les écoles sous son nom. Les faits sur lesquels s'appuie le système du naturisme condamnent à la fois le raiiŒialisme et X empirisme : le rationalisme, puisque ces faits tendent à prouver que la médecine des symptômes et des lésions est très-souvent impuissante à enrayer les uns et les autres dans les maladies bien déterminées, et qu'elle est même fort dangereuse lorsqu'elle y parvient ; V empirisme , car faute de moyens spécifiques, il faut bien se résigner à laisser agir la nature dans les maladies les mieux déterminées et les plus spécifiques. Ces dernières sont raême^ dans l'ordre des maladies aiguës, celles qui fournissent au naturisme ses arguments les plus solides. " ^ Et cependant, si l'on venaith rencontrer un moyen spécifique de gué-
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rir la variole aussi efficace que celui qu'on possède pour la prévenir ou éteindre la prédisposition k la contracter, il faudrait bien que le naturisme se résignât à laisser l'art se mettre à la place de la nature trop souvent impuissante. Le pMjsiologisme ne pourrait pas non plus ne pas s'avouer vaincu, et ne pas reconnaître qu'un tel moyen est préférable à la médication rationnelle des symptômes et des accidents morbides , malgré l'impossibilité oii il serait d'expliquer physiologiquement l'action d'un tel remède. Enfin, Vempirisme lui-même aurait tort de triompher, car dans le^s sciences d'observation , ce n'est pas être empirique que de s'appuyer sur un fait , même inexpliqué.
Il résulte de cette discussion, que le rationalisme, Vempirisme et le naturisme sont faux , et que chacun de ces trois systèmes prouve la fausseté des deux autres. Les faits qu'invoque le rationalisme anéantissent ceux qu'invoque Vempirisme, et réciproquement. Les arguments sur lesquels s'appuie Vempirisme détruisent ceux qu'allèguent le rationalisme et le naturisme ; et par les faits incontestables qui lui ont donné naissance, celui-ci condamne Vempirisme et le rationalisme.
La division des méthodes thérapeutiques par Barthez en analytique, naturelle, empirique et perturbatrice , coordonne sans système, mais aussi sans principe, les trois séries de faits qui ont donné lieu aux trois systèmes que nous venons de reconnaître. La perturbatrice est purement factice; on peut en donner une partie à la méthode analytique et l'autre a la méthode empirique.
La méthode analytique renferme les faits du physiologisme thérapeutique qui, faute de moyens spécifiques capables d'attaquer le principe de la maladie, combat chaque symptôme par des moyens appropriés, ou qui, n'admettant pas ce principe spécifique ou Vessentialité morbide, ne s'adresse qu'aux troubles fonctionnels ou aux lésions, et fait, en définitive, à son insu ou non, la pure médecine du symptôme. La méthode naturelle est celle qui seconde les tendances de la nature-, elle représente les données du naturisme. La méthode empirique est définie par son nom même.
Toutefois, ce nom est vicieux. Il consacre un système que Barthez repousse. Puisque, selon la manie de son école, il tenait à enchaîner dans des méthodes et à isoler sans rapports possibles ces trois indivisibles procédés de l'art, il fallait dire méthode spécifique. Trop large pour n'admettre qu'un des systèmes, l'esprit de Barthez les embrassa tous trois, mais éclectiquement ou contradictoirement. Ils s'excluent, en effet, si l'on ne possède pas l'idée qui ôte a chacun ce qu'il a de faux et d'exclusif pour les fondre ensemble par ce qu'il leur reste alors de vrai, mais d'incomplet séparément. Ainsi, cette heureuse classification
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deBarthez, ne s'appuyant pas sur les principes d:3 pathologie que nous venons d'établir, ne s'enracinant pas dans la nature même des choses, semble se trouver tout fortuitement dans la doctrine du célèbre vitaliste, et n'a, dès lors, qu'une utilité didactique, qu'une portée exclusivement scolaslique. 11 en est ainsi d'ailleurs de tout ce qui est sorti de la plume de cet homme éminent, chez qui le péripatétisme et l'ontologie ont rendu stériles et purement nominales les plus grandes notions de la Physiologie et de la Médecine.
Nous nous sommes déjà trop étendus sur ce sujet pour nous arrêter encore a montrer comment, dans sa doctrine des éléments, Barthez ne pouvait conclure qu'a la médecine du symptôme et au physiologisme, bien qu'il admit des méthodes naturelles et empiriques, lesquelles, ainsi que nous l'avons vu, supposent dans les maladies autre chose que des éléments morbides-, et comment, au contraire, dans son Application de l'analyse à la médecine pratique, F. Bérard, séparant violemment la médecine de la physiologie, ne pouvait, en Thérapeutique, conclure qu'a l'empirisme ou au naturisme, bien qu'il admît des éléments morbides et des méthodes analytiques.
Nous n'avons plus qu'un mot à ajouter pour clore ce sujet capital. Les mois essentiel, essenlialité, elles idées que ces mots expriment, appliqués aux maladies, sont en grande parue la cause de la mésintelligence qui règne entre les médecins au sujet des maladies et des méthodes thérapeutiques. Ces expressions sont fausses-, il faut les bannir du langage médical. Quoiqu'on fasse, elles inspirent -une répugnance instinctive, en impliquant que les maladies sont des êtresindépendants, des essmces, des espèces créées comme les essences ou espèces des trois règnes de la nature. Cela engendre, comme on l'a vu, le nosologisme, non moins faux que le physiologisme^ et l'empirisme, système aussi erroné que le rationalisme. Ajoutons que le système qu'enferme le mot essentiel, appliqué aux maladies, est un système sombre et désolant, une borne fatale imposée au progrès de la Médecime. Et en effet, par ce système, le médecin est condamné k se croiser les bras devant les maladies, ou à se faire chercheur de spécifiques. Or, on ne cherche pas les spécifiques, on les trouve. Si la maladie est un être, c'est un être très-malfaisant, et il faut s'en délivrer le plus tôt possible, comme d'un serpent ou d'un loup. Où sont les armes pour celaï Et si les spécifiques manquent, quelle autre Thérapeutique pratiquer qu'une froide et systématique expectation?
Eh quoi! partout dans la nature l'homme atténue le mal 5 il détourne l'action funeste des éléments, et, s'il ne met pas l'ordre à la place du désordre, il tend au moins à faire dominer de plus en plus