‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 3)Chapitre 105 sur 125 · FEVE DE SAINT-IGNACE · texte numérisé non relu

FEVE DE SAINT-IGNACE

Fève de Saint-Ignace, Strychnos sancH Ignatii,ignatia amara. .Plante de la famille des Apocynées.

La Fève de Saint-Ignace est la graine de VIgnatia amara; ces graines sont grosses comme des olives, arrondies et convexes d'un côté, anguleuses et à trois ou quatre faces de l'autre, offrant à une extrémité la cicatrice d'un point d'attache. Leur substance intérieure est cornée, demi-transparente, plus ou moins brune et très-dure ; elles sont opaques à leur surface et comme recouvertes d'une efllorescence grisâtre quiy adhère; elles ont une saveur très-amère et sont inodores. Ces graines sont entassées au nombre de vingt environ dans une enveloppe ligneuse et épaisse, qui constitue une baie uniloculaire du volume d'une grosse poire.

La Fève de Saint-Ignace est formée des mêmes principes que la noix vomique , mais dans des proportions différentes ; elle contienttrois foisautantde strychninequecette dernière, et beaucoup moins de brucine.

Aussi les propriétés toxiques et thérapeutiques de la Fève de Saint-Ignace sont-elles identiques à celles de la noix vomique, à

la dose près, et par conséquent nous renverrons à ce que nous avons dit plus haut de la noix vomique.

Les gouttes amères de Baume ont pour principe actif la Fève de Saint-Ignace.

Par cela même que la Fève de Saint-Ignace contient trois fois plus de strychnine que la noix vomique, elle devra se donner à une dose deuxou trois fois moindre que celle-ci. (Voir plus haut.)

Voici la composition de ces gouttes amères :

Alcool d'absinthe, 1000 gram.

Fèves de Saint-Ignace, 500 —

Carbonate de potasse liquide, 15 — Suie pure, 6 —

Faites digérer au bain-marie pendant quinze jours, exprimez et filtrez.

Une à 6 gouttes dans quelques cuillerées d'eau.

Nous avons vu, à l'article noix vomique, que ces gouttes amères étaient très-utiles dans certaines dyspepsies ou gastralgies. On les donne encore avec avantage dans ies coliques venteuses spasmodiques.

RHUS-TOXIGODENDRON. — RHUS-RADIGANS.

h&^hus-toxicodendron est une espèce du genre Rhus, delà famille des Térébinthacées, pentandrie trygynie de Linné. Les deux eeules espèces employées en médecine sont le Rhus-toxicodendron et le Rhus-radicans, qui ne sont qu'une variété l'un de l'autre, et qui ont des propriétés identiques.

Caractères génériques. Calices à 5 divisions; corolle pentapétale; cinq étamines; trois styles courts; une drupe sphérique; un noyau osseux.

Caractères spécifiques du Rhus-toxicodendron .'feuilles ternées, folioles pétiolées, Incisées, anguleuses, pubescentes, tige radicante; — du Rhus-radicans : feuilles'ternées , folioles pétiolées, ovées, nues, trèsentières, tige radicante.

Ces deux espèces sont dioïques, grimpantes, et sont originaires de l'Amérique septentrionale.

Comme l'emploi médical du Rhus-radicans est beaucoup plus fréquent, nous allons en indiquer les diverses préparations.

Poudre de Rhus-radicans.

On pulvérise à la manière ordinaire les feuilles séchées de Rhus-radicans.

Tisane de Rhus-radicans.

Pr.

Feuilles récentes, Eau bouillante,

4 gram,

Faites infuser.

Extrait de Rhus-radicans.

On prépare cet extrait avec le suc non dépuré de la plante. Cette préparation exige des précautions de la part de l'opérateur, à cause des accidents qui peuvent résulter du contact du suc avec la peau. Il faut se munir de gants et se couvrir la figure, pour n'être pas atteint par le suc de cette plante vénéneuse.

On met les feuilles mondées dans un mortier de marbre, on les pile avec un pilon de bois ; on ajoute une petite quantité d'eau.

On exprime et l'on évapore le suc en couches minces sur des assiettes, à la chaleur de l'étuve (Soubeiran).

Teinture alcoolique de Rhus-radicans.

Pr.: Feuilles sèchesdeRhus-radicans, i part. Alcool à 21° Cart., 4

Faites macérer pendant quinze jours, passez avec expression et filtrez.

On prépareaussiune alcoolatureàe^hiisradicans avec les feuilles fraîches et l'alcool à 21° Cart., parties égales.

Cette préparation parait plus active que les autres.

RHUS-TOXIGODENDRON. — RHUS-RADIGANS. 787

THERAPEUTIQUE.

Le Rhus-radicans, que l'on appelle aussi Sumac wnenewa:, passe, comme l'indique cette épithète, pour être fort dangereux; le fait est que ses feuilles, ses tiges, le lait qui en découle au moment de la floraison, n'ont, au rapport de Fontana [Traité de la Vipère), aucune action malfaisante lorsqu'on en fait usage à l'intérieur ; et d'ailleurs des expériences plus récentes tentées de nos jours ont mis hors de doute les résultats auxquels était arrivé Fontana.

Ce dernier, auquel la science doit tant et de si curieuses expériences, constata sur lui-même qu'on ne peut toucher longtemps et souvent les feuilles de cet arbrisseau sans qu'il se produise dans l'économie une modification telle qu'il survient au bout de peu de jours une affection vésiculeuse et comme érysipélateuse à la face, aux mains, et surtout aux parties génitales. Van Mons [Observ. sur les Propriétés du Bhus-radicans, Act. de la Soc. de méd. de Bruxelles, 1. 1, p. 136) et Bulliard {Plantes vénéneuses) vont plus loin : ils affirment qu'il suffit de rester exposé aux émanations de cette plante, sans y toucher d'ailleurs, pour éprouver des accidents analogues à ceux dont parle Fontana.

Ces émanations nulles, ou du moins sans effet pendant le jour, sont, au contraire, très -actives pendant la nuit^ et les expériences de Van Mons ne laissent aucun doute à cet égard.

Nous avons vu tout à l'heure que les effets fâcheux du Rhus-radicansne se manifestaient ordinairement que peu de jours après qu'on y avait été exposé; les expériences que '^.'Lo.mxù. [Journal de Chimie médicale, juin d825j a tentées sur cet objet confirment ce singulier mode d'inoculation. M. Lavini apphqua deux gouttes de suc de Rhus sur la première phalange de son doigt indicateur ; il ne les laissa que deux minutes, et cependant, au bout d'une heure, elles avaient produit deux taches noires. Vingt-cinq jours après, se manifestèrent subitement les symptômes suivants : grande ardeur dans la bouche et dans le gosier; enflure rapidement croissante de la joue gauche, de la lèvre supérieure et des paupières. La nuit suivante, tuméfaction des avant-bras, qui avaient acquis le double de leur volume naturel j peau coriace, prurit insupportable, chaleur très-forte, etc.

Cette action curieuse du Rhus-radicans sur l'économie a engagé les ho- , mœopathes à employer cette substance dansles maladies de la peau; mais déjà, avant eux, Dufresnoy, de Valenciennes {Ancien Journal de Médecine, t. LXXX, p. 136), avait publié unebrochure dans laquelle il préconisait les propriétés de cette plante employée contre les dartres, et, plus tard, contre les paralysies. Il donnait par jour de 10 grains à un gros d'extrait.

Depuis lors , on a trouvé de temps en temps des travaux sur cette substance dans les divers recueils périodiques, et beaucoup de médecins recommandables ont confirmé les expériences de Dufresnoy.

Nous-mêmes avons souvent fait usage du Rhus-radicans contre la paralysie; nous dirons tout à l'heure à quels résultats nous sommes arrivés; mais les essais que nous avons faits contre les maladies de la peau sont encore si peu nombreux et si peu concluants, que nous nous dispenserons de les mentionner ici.

Quant aux paralysies, les seules que nous ayons vu traiter par M. Bretonneau, de Tours, et qut; nous ayons traitées nous-mêmes, sont celles des membres inférieurs qui succédaient à une commotion de la moelle, ou à une lésion de cet organe qui n'en avait pas détruit le tissu. Nous avons, sur ce point, recueilli des faits assez nombreux pour que l'efficacité thérapeutique du Rhus-radicans soit pour nous hors de doute.

Les doses auxquelles nous l'administrons sont de 25 centigrammes (5 grains) le premier jour à Theure du repas, et nous augmentons tous les jours de 5 grains jusqu'à ce que nous soyons arrivés à un gros (4 grammes) dans la journée.

Il ne résulte de l'administration de ce remède aucun inconvénient appréciable. Les fonctions digestives ne sont pas troublées, et au contraire elle acquièrent plus d'activité. Nul phénomène nerveux ne se manifeste, si ce n'est quelquefois un spasme de la vessie, en vertu duquel les malades éprouvent un besoin fréquent d'uriner et une sorte de ténesme vésical. Cet inconvénient, si c'en est un, cesse sous l'influence de quelques lavements émollients et de quelques bains généraux.

L'Ergot de seigle, auquel on donne sou- tractions utérines, on pouvait croire qu'elle

Tent et très à tort le nom de Seigle ergoté, se ferait attendre longtemps. M. Debourge

est considéré maintenant par beaucoup de lui fit avaler dix gouttes de sa liqueur, et

naturalistes comme une espèce de champi- quelques minutes après, l'expulsion des

gnon {scleroticum clavus, sphacella sege- petits a eu lieu.

tum). C'est De CandoUe qui le premier a Les expériences de M. Debourge, ainsi que

émis cette opinion. M. Debourge pense que sa théorie sur l'Ergot, nous paraissent un

l'Ergot est un produit animal, ou du moins peu problématiques,

le produit d'un animal. Cet animal est un D'après M. Parola, la genèse de l'Ergot

insecte, lequel va déposer une liqueur de ne serait due ni à un cryptogame, ni à une

sa composition sur un grain de seigle et y maladie du grain : ce serait, d'après cet au-

produit l'Ergot; d'où il suit qu'on peut teur, une substance amorphe produite par

produire l'Ergot à volonté, en exprimant une maladie des graminées, et qui consiste

cette liqueur sur tous les grains de seigle probablement dans une sécrétion acciden-

qui ne sont ni trop près ni trop éloignés de telle du pédoncule de l'épillet. Le même

leur maturité. auteur admet que l'Ergot ne renferme qu'un

Cet insecte est de la famille des Télé- seul principe, qui est de nature résineuse,

phores. D'ailleurs, De Candolie a parfaitement

La macération de cet insecte dans l'alcool démontré que l'Ergot était une production

produit une liqueur à laquelle M. Debourge végétale, ce que les analyses chimiques

a(JonnélenomdehV/Meuro/;s<e7rtca;e;quoi- n'ont fait que confirmer. L'Ergot de seigle

qu'elle n'exerce aucune action sur l'utérus a l'odeur du champignon, et il renferme

pendant la gestation, elle agit très-énergi- les principes immédiats des champignons,

quement au moment du part. Il cite en Disons cependant quelques mots des tra-

preuve une chatte en travail : la délivrance vaux récents des botanistes sur l'Ergot de

ne marchait pas, et à la lenteur dps con- .seigle. En 182.'?, M. Fries cnmpo.sa do l'Er-

got du seigle, et d'une autre espèce observée au puspulum, un genre de champignon auquel il donna le nom de spermitdia.

MM. Phiiippart, Phœsus et Kett, ainsi que la plupart des auteurs, ont adopté l'opinion que l'Ergot est une maladie du seigle causée par la présence d'un champignon, sur la nature duquel on est loin d'être d'accord.

L'apparition de l'Ergot est précédée d'un suc mielleux qui constitue, d'après M. Léveillé, un champignon de l'ordre des Gijmnomycetes, et qu'il a nommé sphacelia segetum; il naît au sommet de l'ovaire; de sorte que l'Ergot serait formé de l'ovaire altéré et non fécondé du seigle, surmonté du Sphacelia, qui est la seule partie active; et l'Ergot est inerte lorsqu'il est privé de cette sphacelle (Mémoires de la Société linnéenne de Paris, t. V, p. 565).

M. Fée, le dernier botaniste qui s'est occupé de l'Ergot, admet plusieurs opinions sur la nature de ce corps singulier; il nomme nosocaria (grain malade) l'ovule anormal et hypertrophié ; il nomme sacculus la feuille carpellaire destinée à former le péricarpe, détachée et soulevée par la sphacélite qui se développe dans la fleur des graminées entre l'ovule fécondé ou non ; aussi l'auteur dit d'abord qu'avec M. De Candolle, il regarde l'Ergot comme un champignon, et il conclut que c'est une production pathologique, une hypertrophie du périsperme.

M. Guibourt se range à l'opinion généralement admise, que l'Ergot est un champignon qui, après destruction de l'ovaire, s'est gretlë sur le pédoncule.

M. Gendrot, pharmacien à Rennes, a recueilli des Ergots qui ont donné naissance, sur un grand nombre de points de leur surface, à des champignons terminés par un corps charnu sphérique et quelquefois didyrae.

L'Ergot de seigle [secale cornututn) se développe, particulièrement dans les années pluvieuses; il est en général allongé, ce qui lui donne une certaine ressemblance avec l'Ergot du coq ; il est d'un gris et d'un noir violacé à l'extérieur, d'un blanc nuancé de violet à l'intérieur ; il a une odeur vireuse, une saveur légèrement styptique.

L'Ergot du seigle est seul employé en médecine. Il y a une immense différence entre l'Ergot de seigle et le Seigle ergoté. On entend par Seigle ergoté du seigle contenant une quantité plus ou moins grande d'Ergot; et par Ergot de seigle, l'Ergot lui-même.

Le Seigle ergoté est, dans certaines pro' vinces, souvent employé comme aliment :

l'Ergot de seigle n'est employé que comme médicament.

Analyse de VErgot de seigle. D'après M. Wiggers, il contient :

Huile grasse particulière; matière grasse cristallisée, cérine, ergotine, osmazùme,

mannite; matière gommeuse extractive; albumine, fongine, phosphate acide de potasse, chaux.

Récemment, M. Bonjean a fait un travail étendu sur l'Ergot de seigle. Suivant lui, le principe actif de l'Ergot ne serait pas un alcaloïde, mais il y aurait deux matières de propriétés bien dilïerentes, l'une qui produit l'action thérapeutique, et l'autre qui rend compte de l'action toxique. La première, qu'il nomme ergotine, et qu'il ne faut pas confondre avec la, poudre que Wiggers a décorée du même nom, est un extrait mou, l'ouge brun, très-soluble dans l'eau froide. L'autre est une huile fixe, incolore, très-soluble dans l'éther froid, insoluble dans l'alcool bouillant.

Il est facile par conséquent d'isoler ces deux principes, ce qui est d!un avantage immense pour la pratique.

M. Bonjean affirme que l'Ergot blanc à l'intérieur est aussi énergique que celui qui est violacé.

L'Ergot vieux, piqué, vermoulu, pulvérisé et exposé à l'air depuis longtemps, n'a rien perdu de ses qualités.

Poudre d'Ergot de seigle.

On fait sécher l'Ergot de seigle à i'étuve, et on le pulvérise sans résidu.

Comme il est toujours fort difficile deconserver cette poudre avec ses propriétés actives, il est bien préférable de pulvériser l'Ergot de seigle au moment même de l'administration. L'Ergot de seigle étant luimême fort altérable, il est nécessaire de le conserver dans des flacons bien secs et bouchés exactement. M. Bonis conseille, pour conserver l'Ergot de seigle, de mettre un peu de mercure dans le flacon qui le renferme.

D'après M . RamsBotham, l'infusion d'Ergot de seigle reposée doit être limpide et avoir une couleur de chair foncée ; si l'infusion était lacto-mucilagineuse, ce serait une preuve que l'Ergot qui a servi à faire cette infusion était altéré.

Sirop d'Ergot de seigle.

(Sirop de Calcar.)

Pr. : Ergot de seigle

pulvérisé, 48 gram. (1 once 1/2).

Vin blanc, 350 gram. (11 onces).

Sucre, 500 gram. (l livre).

Faites macérer l'Ergot de seigle dans le vin pendant huit jours; passez avec expression, filtrez, préparez avec la liqueur et le sucre un sirop par solution.

32 grammes (une once) de ce sirop représentent 2 grammes (demi-gros) d'Ergot de seigle.

Il a été fait peu d'expériences autres que les expériences thérapeutiques

sur l'action deVFrgot de seigle; mais de nombreux travaux existent sur Faction du Seigle ergoté employé comme aliment, et nous devrons à cet égard entrer dans l'examen d'une question qui a été soulevée par Dezeimeris, et qui offre un véritable intérêt.

Nous avons dit tout à 'l'heure que des populations entières se nourrissaient de Seigle ergoté. C'est un fait irréfragable, et nous ne craignons pas de dire que, dans six ou sept départements de la France, les paysans n'ont pas d'autre nourriture. Dans les étés froids et humides , les épis de seigle contiennent une énorme quantité d'Ergot, et lorsque le blé a été battu, les paysans, avant de le faire moudre, n'enlèvent que les Ergots les plus gros, et le reste va au moulin avec le bon grain. Le pain, pendant toute l'année, est fait alors avec du Seigle ergoté, et c'est l'aliment qui entre pour la plus grande portion dans la nourriture des habitants de la campagne.

Le symptôme le plus commun qui se manifeste chez ceux qui mangent du pain fait de Seigle ergoté , c'est un enivrement auquel se complaisent ceux qui l'éprouvent. Cet enivrement, tout à fait semblable à celui que procurent les boissons alcooliques, s'accompagne de gaieté, et n'est suivi d'aucun de ces symptômes de dégoût et de malaise qui surviennent après l'ingestion d'une grande quantité de liqueurs fermentées. Les paysans savent très-bien que les phénomènes qu'ils éprouvent sont dus au pain qu'ils mangent habituellement , et, loin de s'en dégoûter, ils s'en font une habitude, comme les fumeurs et les mangeurs d'opium.

L'inébriation dont nous venons de parler ne se manisfeste que dans les années où le seigle est fortement ergoté ; mais quand il ne contient que peu d'Ergot, on n'observe aucun accident notable, lors même que pendant longues années cet aliment fait tous les jours la base de la nourriture.

Maintenant faut-il attribuer au Seigle ergoté les épidémies terribles décrites sous le nom d'ergotisme , d'ergot , de convulsio cerealis epidemica, etc., etc.? nous ne le croyons pas. Dance {Dictionnaire de Médecine^ 2* édit., p. 522) a parfaitement fait ressortir la ressemblance de ces épidémies diverses avec celle qui a régné à Paris en d 8 28 et 1 829 , et qu' il a décrite sous le nom d'acrodynie. Or, de toute évidence, l'acrodynie ne tenait pas à l'usage du Seigle ergoté , car la population de Paris n'emploie jamais du seigle comme aliment. Que si, d'un autre côté, nous jetons un coup d'œil critique sur toutes les prétendues épidémies d'ergotisme, nous voyons que celles qui se développent en France ne se montrent pas les mêmes années ; qu'ainsi, pendant que l'Artois en est infecté, la Sologne n'éprouve rien, et, réciproquement; or, les années très-humides en Sologne le sont également dans l'Artois , et par conséquent la production de l'Ergot doit y être la même. Il serait bien singulier alors que l'influence de la même cause ne déterminât pas les mêmes accidents épidémiques; et si, une cause commune existant dans deux localités , une maladie se développe dans l'une qui ne se montre pas dans l'autre, il faut de toute nécessité recourir à une autre explication étiologique.

Nous ajouterons que pendant les années 1816, 1817 et 1845, les plus hu-

mides certes qu'il y ait eu peut-être depuis un siècle , bien que les seigles aient été infestés d'Ergot, on n'a pas entendu dire que dans la Sologne et dans beaucoup d'autres points delà France où l'on se nourrit de farine de seigle, il soit survenu une épidémie d'ergotisme.

De ce que nous venons de dire, faudra-t-il conclure que l'on peut impunément se nourrir de Seigle ergoté? Loin de nous cette pensée. Des expériences directes, faites surtout par Teissier [Mémoire de la Société roy. de Méd., t. II, p. S87), ont démontré que l'Ergot était un poison assez violent pour tous les animaux ; et ce que nous avons dit de l'effet immédiat de cette substance prouve qu'elle agit sur l'encéphale de manière à en modifier puissamment les fonctions. Aussi remarque-t-on que les paysans qui, pendant longtemps , ont éprouvé l'enivrement causé par le pain de Seigle ergoté finissent par tomber dans un état analogue à l'abrutissement des ivrognes et des mangeurs d'opium. Un autre phénomène non moins remarquable , c'est le sphacèle qui s'empare quelquefois des mains , des pieds et même de tout un membre, sphacèle qui, suivant toutes les apparences, est causé par l'oblitération des vaisseaux artériels de la partie.

Il nous reste maintenant à parler des effets thérapeutiques de l'Ergot de seigle, effets si précieux et si récemment découverts.

Si noi^s remontons seulement jusqu'à Murray, le plus complet de tous les auteurs de matière médicale , nous ne voyons notée aucune des propriétés médicales de l'Ergot de seigle. Ce n'est pas que les traditions populaires n'eussent appris à quelques empiriques les vertus obstétricales de cette substance ; mais la médecine n'a conquis que tout récemment un médicament qui désormais prend rang parmi les plus utiles que nous possédions.

De toutes les propriétés de l'Ergot de seigle, la plus importante et la plus incontestable est certes celle de solliciter des contractions utérines dans le cas d'inertie de la matrice. Elle était, avons-nous dit, connue de quelques matrones et de quelques empiriques; mais le docteur Stearns est le premier qui ait éveillé sur ce point l'attention des médecins dans une lettre adressée au docteur Akerly et imprimée dans le Magasin de Médecine de Newr-York. Peu après, Olivier Prescott écrivit, dans le Médical and physical Journal (XXXII, p. 90), une monographie fort détaillée sur l'emploi de l'Ergot de seigle dans l'inertie de la matrice, la leucorrhée, les pertes utérines. En France, à la même époque et même longtemps auparavant. Desgranges, de Lyon, instruit par des matrones, constatait, par de nombreuses expériences, les vertus obstétricales de cemédicament( A^oi^y. Journ. de Méd. y 1. 1, p. 54). Peu après, Ghaussier et madame Lachapelle publièrent une série d'observations tellement contradictoires avec tout ce qu'on avait avancé des effets avantageux de l'Ergot de seigle dans l'inertie de la matrice, que les meilleurs esprits furent tentés de révoquer en doute les résultats des expériences antérieures. De nouvelles recherches furent entreprises, et MM. Goupil [Journal des Progrès , t. III, p. 168) et Villeneuve [Mémoire historique sur remploi du Seigle ergoté) publièrent chacun un mémoire fort

étendu où, de l'analyse scrupuleuse des écrits des divers auteurs et de l'exposition de leurs expériences propres, il résultait confirmation pleine et entière des travaux des médecins de New- York.

Aussi aujourd'hui, malgré l'entêtement routinier de quelques médecins qui dénient à l'Ergot des propriétés presque aussi évidentes que le sont celles du quinquina, on est convenu généralement de l'utilité de ce médicament employé dans les circonstances suivantes :

Inertie de la matrice dans l'accouchement, délivrance tardive, caillots dans la matrice , hémorrhagies utérines. Quant à quelques autres propriétés, nous les examinerons plus tard.

1° Inertie de la matrice dans l'accouchement. Dans le résumé des travaux thérapeutiques entrepris sur l'Ergot de seigle, queM. Bayle a publié, il trouve que sur 1,176 cas d'accouchement ralentis'ou empêchés par l'inertie de la matrice, 1,031 ont été plus ou moins promptement terminés après l'emploi du médicament; dans 111, l'Ergot a échoué; dans 14, le succès a été modéré (Bayle, Bibliothèque thérapeutique , t. III, p. 534). Les contractions utérines sollicitées par l'Ergot de seigle se manifestent avee une promptitude extraordinaire; elle ne surviennent guère avant dix minutes ni après une demi-heure.

Sur 18 cas, Prescott a vu {loco citato) cette action se manifester

1 fois après 8 minutes, 7 fois après 10 3 fois après 11 3 fois après 15 4. fois après 20

La durée d'action du médicament varie d'une demi-heure à une heure et demie environ. Prescott {loco citato), d'après l'analyse de 59 cas, la fixe en moyenne à une heure à peu près. Cette action va s'atfaiblissant au bout d'une demi-heure ; mais elle reprend une intensité considérable si l'on veut donner une nouvelle dose alors même que toutes les contractions utérines sollicitées par la première dose avaient cessé depuis quelque temps. L'extrême intensité de ces contractions ne saurait se concevoir quand on n'en a pas été témoin. Elles ne présentent plus ces intervalles de repos qui ont lieu dans l'état ordinaire; mais elles se pressent et se succèdent avec une violence extraordinaire, au point que quelquefois, pendant une heure de suite, l'utérus semble se contracter incessamment.

Prescott, Stearns, Desgranges, Villeneuve, veulent que l'Ergot de seigle ne soit administré que lorsque le travail est tout à fait languissant, lorsque les douleurs se suspendent au moment où la tête a franchi le détroit supérieur. Presque tous sont aussi d'accord sur ce point, que la dilatation du col utérin est une condition sine quâ non de l'emploi du médicament ; mais Desgranges {Nouv. Jov.rn. de Méd. , t. I, p. 54, 1818), Hasiam [The medico-chirurgical Review, ap. 1827), et quelques autres, citent des faits

desquels il résuite évidemment que l'Ergot a parfaitement réussi dans les cas où le col n'était pas dilaté. Dans cette circonstance, nous croyons que l'on doit , une demi-heure ou une heure avant d'administrer l'Ergot de seigle, faire sur le col de l'utérus des frictions avec l'extrait de stramoine ou de belladone.

2° Délivrance tardive. Quand l'arrière-faix tarde à sortir, et surtout que sa présence détermine des hémorrhagies; quand, en plaçant sa main sur l'hypogastre, l'accoucheur ne sent pas l'utérus se contracter au-dessus des pubis, l'emploi de l'Ergot est encore indiqué, et rend quelquefois des services que d'autres médicaments n'auraient pu rendre. C'est du moins ce qu'il est permis de conclure des faits, trop peu nombreux sans doute, recueillis par Bordot, Davies, Balardini, Duchâteau, Morgan (Voyez la Bibliothèque thérapeutique de Bayle), Benton [Arch. gén. de Méd., t. XXIII, p. 577), Maurage {ibid., t. XVIII, p. 557).

Z^ Caillots dans la matrice. C'est de la même manière qu'agira l'Ergot de seigle pour favoriser l'expulsion de caillots considérables qui s'accumulent quelquefois après l'accouchement chez les femmes dont l'utérus tarde à se contracter.

C'est ici le lieu d'examiner si l'administration de l'Ergot dans le cas d'inertie de la matrice est toujours exempte de dangers et pour la mère et pour l'enfant. Les antagonistes de ce médicament n'ont pas manqué d'invoquer à l'appui de leur opinion quelques cas malheureux qui s'étaient offerts soit dans leur pratique, soit dans celle des partisans de l'Ergot. Mais ici il faut songer, avant tout, que le médicament n'est en général employé que dans les accouchements laborieux, dans ceux où la longue durée du travail a épuisé les forces de la mère et fatigué le fœtus , dans des cas souvent où une conformation vicieuse soit du bassin, soit du produit de la conception, met obstacle à l'accouchement ; dans des cas enfin où l'état de maladie de la mère est la cause de l'affaiblissement de la contractilité utérine. Est-il surprenant alors que dans des circonstances aussi défavorables on ait eu plus d'accidents à déplorer que dans les cas ordinaires? Il nous paraît donc bien difficile de prononcer d'après lés faits qui ont été indiqués. Toutefois, il semble raisonnable de croire que la précipitation du travail, que la pression permanente et violente de l'utérus contre le fœtus, et du fœtus, qui réagit, contre l'utérus puisse n'être pas quelquefois sans préjudice pour la mère ou pour l'enfant. C'est au praticien de juger si ces inconvénients sont de nature à contre-balancer ceux qui pourraient résulter de l'expectation ou de certaines manœuvres chirurgicales.

A notre avis, le plus grand danger est dans l'excessive violence des douleurs expultrices auxquelles donne lieu l'ingestion de l'Ergot. Les femmes contraintes à pousser sans cesse font des efforts immenses, et les poumons et le cerveau restent dans un état de congestion qui peut être dangereux.

Aussi croirions-nous contre-indiquée l'administration de l'Ergot dans les convulsions puerpérales, à moins que l'on ne jugeât que de faibles efforts doivent suffire pour l'expulsion du fœtus; encore, dans ce cas, malgré

l'autorité de Waterhouse, de Michell, de Roche, de Brinkle, de Godquin (Voyez Bayle, Bibl. thér., loc. cit.), conseillerons-nous de préférence remploi du forceps.

Pourtant nous n'irons pas plus loin sans donner le résumé d'une note du docteur Blariau [Gaz. médicale, 1839) sur certains accidents dus à l'emploi de cette substance dans les accouchements.

Tout en reconnaissant l'utilité incontestable de l'Ergot de seigle, dont il est lui-même grand partisan, l'auteur de cette note appelle l'attention sur les effets funestes de cette substance, non sur la mère, mais sur l'enfant. Il pose en fait, d'après sa propre observation, que l'emploi de l'Ergot de seigle chez les femmes en couches fait mourir un enfant sur cinq naissances, et cela par la compression incessante qu'éprouve le cordon ombilical sous les contractions continues de la matrice que le médicament provoque. Ces contractions artificielles ou provoquées n'ont, d'après l'auteur, un résultat aussi fâcheux que parce qu'elles ne sont pas intermittentes comme les contractions naturelles. La permanence des contractions ergotiques fait éprouver au corps de l'enfant une compression continue, qui, jointe à la compression du cordon dans la matrice elle-même, finit souvent par lui devenir funeste.

c( J'ai acquis la conviction, dit M. Blariau, que l'Ergot du seigle est éminemment nuisible à l'enfant; après son administration j'ai observé que les enfants naissent morts dans la proportion d'un sur cinq. Plusieurs de ceux qui naissaient vivants étaient pâles, les battements du cordon faibles,, les mouvements du cœur presque imperceptibles, et ce n'était que péniblement et à force de soins que la respiration parvenait à s'établir. Les observations de quelques-uns de nos confrères sont en harmonie avec les miennes, leur expérience tend également à prouver les effets nuisibles de l'Ergot sur l'enfant. » '

M. Blariau est allé plus loin : il a fait un relevé à l'état civil de la ville de Gand du nombre des enfants mort-nés depuis l'année 1826 jusqu'à l'année

1835, relevé qu'il a comparé au nombre des enfants mort-nés de l'année

1836, et il a trouvé que depuis un an et demi le nombre des enfants mortnés avait augmenté du double dans la ville de Gand, résultat qu'il ne peut attribuer qu'à l'usage fréquent de l'Ergot.

L'observation relative à l'action nuisiblq de l'Ergot sur l'enfant n'est certainement pas neuve, mais le résultat que M. Blariau signale semblera exagéré à beaucoup de praticiens; il ne peut cependant pas manquer d'appeler l'attention sur cet objet et de donner Ueu à de nouvelles recherches.

L'auteur termine sa note par les phrases suivantes :

c( Mon but en communiquant cette note n'est pas de jeter du discrédit sur l'usage de l'Ergot de seigle : je considère, au contraire, cette substance comme une des plus précieuses ressources thérapeutiques que possède l'art des accouchements. J'ai seulement voulu combattre la réputation d'innocuité que les auteurs ont faite à ce médicament, afin de déterminer les pra-

ticiens à ne plus l'employer que dans les cas d'absolue nécessité; et ces cas deviendront d'autant plus rares, que la patience de l'accoucheur donnera à la nature le temps de développer ses moyens, dont on désespère souvent trop tôt. » [Gaz. médicale, AS39.)

4° Hémorrhagies utérines. Nous diviserons les hémorrhagies utérines en métrorrhagies puerpérales et métrorrhagies non puerpérales.

Il était naturel de penser que si , giprès l'accouchement , l'inertie de l'utérus, en laissant béants dans la cavité de la matrice les sinus utérins , était la cause de la métrorrhagie , l'Ergot de seigle , dont l'action était si puissante, resserrerait les fibres de l'organe , rapprocherait les parois des vaisseaux, et favoriserait l'expulsion des caillots qui pouvaient être retenus dans le viscère. Le succès justifia cette prévision , et les faits rapportés par Mandeville, Balardini, Bordot, Goupil, etc. , etc. {loc. cit.), démontrent de la manière la plus évidente l'heureuse et rapide influence de l'Ergot dans cette grave complication de l'enfantement. Mais on n'était pas également d'accord sur les propriétés de ce médicament dans le cas de métrorrhagie non puerpérale.

Prescott (1) dit positivement que l'Ergot n'a d'action sur l'utérus que quand les fibres de cet organe sont dilatés ;

Que l'utérus non imprégné (unimpregnated) ne sera point aiïecté par l'Ergot;

Que l'Ergot ne doit pas être employé dans une hémorrhagie dépendante d'une action artérielle augmentée, attendu que dans ce cas le volume de l'utérus est près de son minimum.

Bien que ces assertions ne soient appuyées sur aucun fait, la plupart des auteurs qui ont calqué leurs travaux sur ceux de Prescott ont professé les mêmes opinions. Ou bien ils n'ont point parlé de l'emploi de l'Ergot dans les hémorrhagies utérines indépendantes de l'accouchement , ou bien ils n'en ont fait mention que pour le condamner. M. Mandeville (2), à la suite d'une observation de ménorrhagie arrêtée par l'Ergot de seigle,, dit : «Pourrait-on attendre quelque avantage de son administration dans les ménorrhagies passives? Je ne le crois pas, car dans cedernier cas la cause de l'hémorrhagie paraît avoir son siège dans le système exhalant; tandis que le seigle ergoté paraît porter son action seulement sur le système musculaire. »

M. Villeneuve (3) dit que «le Seigle ergoté ne paraît avoir d'action prononcée sur l'utérus que lorsque cet organe, contenant le produit de la conception, est au moment de l'expulser. »

(1) Dissertation on the natural history and médical effects of secale cornutum or Ergot, by Oliver Prescott, Médical and 'physical Journal. ,

(2) Gazette médicale, 1827, p. 124.

(3) Mémoire historique sur l'emploi du Seigle ergoté pour accélérer ou déterminer l'accouchement ou la délivrance dans le cas d'inertie de la matrice, par A.-C.-L. Villeneuve, p. 73.

M. Goupil (i) rapporte que plusieurs auteurs, qu'il ne cite pas, ont dit avoir obtenu de bons résultats dans la ménorrhagie, mais qu'ils n'ont point donné de faits détaillés, et que M. Andrieux, après avoir, dans un cas de ce genre, employé tous les moyens usités, voulut essayer le Seigle ergoté, dont il n'a obtenu aucun effet avantageux.

Plusieurs écrivains cependant ont parlé de la propriété antiménorrhagique de l'Ergot. Chapman (2) dit avoir vu deux dysménorrhées dans lesquelles le Seigle ergoté apporta beaucoup de soulagement, puis il ajoute : et On en retire plus d'avantages dans l'hémorrhagie utérine : je ne l'ai jamais employé, mais on ne peut se refuser à croire qu'il soit utile. »

M.Peronnier (3) énonce la propriété antiménorrhagique de l'Ergot.

On lit même dans un ouvrage latin du dix-septième siècle (4) que l'on s'est bien trouvé de l'administration de l'Ergot de seigle [clavus secalinus) dans les ménorrhagies.

Mais jusque-là ce ne sont que de simples indications.

Quelques auteurs récents ont été plus loin, ils ont cité des faits.

Cabini, Pignacca, Bazzoni, médecins italiens, dans des travaux insérés dans le Journal d'Omodéi(5), rapportent plusieurs observations de ménorrhagies guéries par l'Ergot de seigle

Mais outre qu'elles sont excessivement courtes et peu détaillées, ces observations se trouvent accolées à d'autres d'épistaxis , d'hématémèse , de pneumorrhagie, de leucorrhée guéries de même par l'Ergot. Or, ce rapprochement était peu fait pour inspirer la confiance.

Il n'en est pas de même des expériences de Sparjani. Cet auteur avait, dans un excellent mémoire inséré dans le Journal d'Omodéi (6), rapporté sept cas très-d,étaillés de ménorrhagies guéries par l'Ergot de seigle.

Nous avons, en 1832, de concert avec M. Maisonneuve, publié, dans le Bulletin de Thérapeutique, le résultat de nos propres expériences, résultat qui, déjà si satisfaisant à cette époque, a été confirmé depuis par des faits plus nombreux.

Nos premières expériences ont été faites sur vingt-deux femmes; et laissant de côté tout ce qui, dans ces faits, n'intéresse que la pathologie, nous étudierons ici ce qui a trait à la thérapeutique. Noiis examinerons l'action de l'Ergot de seigle, en passant en revue les phénomènes variés qu'il a déterminés dans les différents organes; puis nous essayerons d'établir quelques propositions générales relatives aux effets toxiques et médicamenteux, et au mode d'administration de cet agent thérapeutique.

Au premier rang se trouvent, tant pour leur importance que pour leur

(1) Journal des Progrès, 1837, t. III , p. 183.

(2) Cliapman , Eléments of Therapeutics, t. I , p. 482.

(3) Peronnier, Thèses de Montpellier, pour 1826.

(4) Sylvia Hemicia.

(5) Ànnali unicersali di Medicina, 1831.

(6) Annali universali di Medicina, 1830,

existence constante, ceux qui ont pour siège l'utérus. On peut les réduire à deux : la suppression de Técoulement sanguin et les coliques.

V Suppression de V écoulement sanguin. Dans aucun cas l'hémorrhagie ne s'est montrée rebelle à l'action de l'Ergot de seigle, quel qu'ait été du reste l'état de l'utérus. Nous ne prétendons pas en tirer la conclusion que cette action soit infaillible, nos expériences eussent-elles été dix fois plus nombreuses ; mais au moins nous nous croyons en droit de conclure que cette action est évidente, et ne saurait être révoquée en doute.

Si le résultat général a été identique, il n'en a pas été de même des résultats partiels. De nombreuses variations ont eu lieu, tant dans la rapidité que dans la succession, et même dans l'existence des effets produits par chacune des doses du médicament; et, commenous allons le voir, la cause de ces variations est extrêmement difficile à déterminer.

En considérant le mode d'action de l'Ergot dans l'inertie de la matrice, en se rappelant l'opinion de Prescott et de Villeneuve que nous avons rapportée plus haut, on aurait pu croire que les effets thérapeutiques eussent été d'autant plus sensibles que l'état de l'utérus se serait plus rapproché de ce qu'il est pendant la gestation ; qu'après un avortement , par exemple , ou bien chez les femmes qui avaient eu plusieurs enfants, et chez lesquelles par conséquent le tissu de la matrice conserve quelque chose de plus musculaire, les hémorrhagies eussent dû céder plus rapidement.

L'expérience n'a pas confirmé cette présomption. En effet, d'un côté, chez sept femmes dont l'utérus n'avait jamais contenu de produit de conception, nous avons vu l'écoulement sanguin s'arrêter au bout d'un quart d'heure, et en six, sept, huit, douze, seize, vingt-quatre heures : d'un autre côté, chez les femmes qui venaient d'avorter, ou qui avaient eu des enfants, la suppression a eu lieu au bout d'un quart d'heure, d'une demiheure, et en quatre, six, huit, seize, dix-huit, vingt, vingt-quatre, trentesix heures. Or, la proportion , loin d'être défavorable aux utérus non imprégnés [unimpregnated) , selon l'expression pittoresque de Prescott, est plutôt à leur avantage. Mais la différence est trop minime pour qu'on doive en tenir compte autrement que pour en conclure que la rapidité d'action de l'Ergot de seigle est toujours à peu près la même , soit que les fibres de l'utérus aient été distendues par des grossesses antérieures, anciennes ou récentes, soit qu'elles n'aient jamais éprouvé de distension.

Bien plus, dans cinq cas où l'écoulement sanguin était symptomatique d'un cancer de la matrice , nous avons vu la perte s'arrêter en moins de trente-six heures. Ces faits sont remarquables; nous y reviendrons quand nous discuterons le mode d'action de l'Ergot de seigle sur l'utérus. Mais déjà nous pouvons, en les rapprochant des faits que nous avons analysés plus haut, en tirer cette conclusion, que l'aptitude de l'utérus à recevoir l'influence de l'Ergot de seigle ne dépend pas d'une manière très-marquée de l'état des fibres de cet organe.

Le temps depuis lequel existe la maladie ne paraît pas non plus avoir beaucoup d'inflnenrc sur la rapidité de la guérison. Dans plusieurs circon-

stances nous avons vu l'hémorrhagie , durant depuis un mois ou six semaines, céder en six, sept heures, et même en un quart d'heure, tandis que dans des circonstances semblables, elle ne s'est arrêtée qu'au bout de vingt et trente-six heures. D'un autre côté , l'hémorrhagie durant depuis moins de quinze jours s'est arrêtée tantôt au bout d'un quart d'heure ou d'une demi-heure, tantôt seulement au bout de vingt ou vingt-quatre heures.

Nous pourrions faire les mêmes réflexions relativement à l'âge des malades.

Dans quelques cas l'hémorrhagie, après avoir été complètement suspendue, s'est reproduite , mais avec des caractères tout différents de ceux qu'elle présentait d'abord. Le plus souvent ce n'était pas un flux sanguin pur, mais bien un flux séro-sanguinolent analogue à l'écoulement lochial, dont il a même quelquefois présenté l'odeur; et d'ailleurs ce n'a jamais été une véritable métrorrhagie, mais seulement un suintement de sang moins abondant que celui qui constitue les règles. Aucun état particulier de l'utérus, aucune circonstance relative, soit à la durée de la maladie, soit à l'âge ou au tempérament des malades, ne paraît avoir exercé d'influence sur la production de ce léger accident; le plus souvent il a reconnu pour cause quelque imprudence de la part des malades, quelque erreur dans le mode d'administration du médicament, ou bien quelque circonstance fortuite. Nous avons remarqué encore, sans pouvoir l'expliquer, que, lorsque la récidive a eu lieu, elle s'est manifestée de préférence le matin, et surtout entre quatre et six heures.

Dans presque tous les cas , dès les premières prises d'Ergot de seigle , on a pu remarquer des modifications sensibles dans la nature ou l'abondance de la perte ; plusieurs fois même, douze grains (60 cent.) ont sufii pour la supprimer complètement. Cependant, dans quelques circonstances, nous avons administré trente-six et quarante-huit grains (2 à 3 grammes) sans produire aucun effet appréciable, les phénomènes ne commençant à paraître qu'à la quatrième, cinquième ou sixième dose, et même une fois la perte a augmenté rfialgré l'ingestion de 4 gram. (1 gros) entier d'Ergot de seigle. Ce fait, quoique exceptionnel, est cependant important, en ce qu'il prouve : 4° que l'Ergot ne doit pas être considéré comme impuissant par la seule raison que 60, 120 ou 180 cent. (12, 24 ou 36 grains) n'ont produit aucun effet; 2" que dans les cas urgents, il ne faut pas compter aveuglément sur les effets d'une certaine dose de ce médicament, mais bien surveiller son action, afin de redoubler promptement les doses, si les premières sont restées inactives.

2° Coliques utérines. La suppression de l'hémorrhagie ne s'est, dans aucune circonstance, présentée comme effet unique, isolé de tout autre phénomène utérin : toujours nous l'avons vue précédée ou accompagnée de coliques plus ou moins violentes. Ces coliques, constantes dans leur existence, paraissent essentiellement liées à la diminution de l'écoulement sanguin, et peuvent même singulièrement servir à en éclairer le mécanisme. Toutefois, chose remarquable, si d'un côté nous n'avons jamais vu l'hé-

morrhagie se supprimer, ni même se modifier sans coliques préalables , d'autre part, ce n'est pas toujours après les coliques les plus violentes que se sont déclarées les modifications les plus sensibles dans l'écoulement sanguin. Cependant, en thèse générale, des coliques intenses sont ordinairement les précurseurs d'une diminution ou d'une modification notable des pertes utérines. Cette coïncidence pourrait même faire penser que le mode d'action de l'Ergot de seigle serait le même dans la guérison des ménorrhagies et dans celle de l'inertie de la matrice, ou des métrorrhagies qui en sont la suite. Dans l'une comme dans l'autre circonstance, le médicament agirait en déterminant la contraction des fibres de l'utérus. En effet, nous voyons que, dans l'expulsion du produit de la conception, quelle que soit du reste l'époque de la grossesse, les coliques et les contractions utérines ont entre elles une relation telle, que l'existence des unes indique infailliblement l'existence des autres. Dans le langage des accoucheurs, ces deux mots sont même regardés comme synonymes : or, pourquoi n'en serait-il pas ainsi dans le cas qui nous occupe?

Il est vrai qu'au premier coup d'œil il paraît difficile de concevoir l'existence de contractions dans un tissu compacte et serré comme celui d'un iitérus vierge, par exemple; mais nous ferons remarquer : 4° que cet organe, quand il est le siège même d'une simple congestion, se trouve dans un état de dilatation remarquable ; 2° que cette dilatation doit être encore bien plus prononcée quand cette congestion est portée au point de produire une hémorrhagie; 3" enfin que, dans ce cas, à la cause vitale (pour ainsi dire) de la dilatation il se joint souvent une cause mécanique, telle que la rétention et l'accumulation du sang dans la cavité de l'utérus. Or, pour peu que cet organe soit dilaté, il devient facile d'y concevoir des contractions. Leur mécanisme serait le même que celui des contractions qui accompagnent un avortement après trois semaines ou un mois de grossesse. A cette époque, en effet, les changements qu'a subis le tissu de la matrice sont encore fort obscurs , et peuvent très-bien être comparés à ceux que présente cet organe après un mois ou six semaines de congestion active. Quelques faits cependant semblaient se plier difficilement à cette explication; nous voulons parler de la guérison des métrorrhagies carcinornateuses. Dans ces cas, peut-on dire que la cause de la suspension de l'hémorrhagie ait été la contraction des fibres utérines , dont une partie était déjà comprise dans la dégénération cancéreuse? Si nous considérons , d'une part, que le col utérin est ordinairement seul envahi par le cancer; d'autre part, que la plupart des artères qui fournissent le sang à l'utérus traversent les fibres du corps de cet organe avant d'arriver à son col, nous pourrons concevoir que la contraction des fibres restées saines a pu suspendre l'hémorrhagie. De cette manière, ces faits, en apparence exceptionnels, rentreraient dans la loi commune.

Mais les cohques utérines, considérées indépendamment dé leur relation avec la suppression des hémorrhagies, présentent par elles-mêmes des particularités intéressantes. D'abord elles sont presque toujours le premier

symptôme apparent de l'action de l'Ergot de seigle; puis elles se renouvellent presque constamment après l'administration de chaque dose; enfin le temps qui sépare leur apparition de l'ingestion du médicament est toujours à peu près le même. Nos observations nous les montrent apparaissant toujours après dix minutes ou un quart d'heure; et en cela nous sommes parfaitement d'accord avec Prescott, que nous avons cité plus haut. Relativement à leur durée, elles ont offert beaucoup de variations. Ainsi, nous les avons vues, tantôt continues, persister une demi-heure, une heure, et même deux heures; tantôt véritablement intermittentes, ne durer alors chaque fois que quelques minutes.

Maintenant, si nous considérons, d'une part, combien est rapide la production de ces coliques, d'un autre côté de combien peu de temps est leur durée, nous aurons pour conclusions que l'Ergot de seigle n'a sur l'utérus qu'une influence forte, mais passagère. Tous les accoucheurs avaient déjà fait cette remarque ; ils avaient constaté qu'après trois ou quatre heures l'action obstétricale de ce médicament se trouvait épuisée. Ce fait avait même été considéré comme un des plus concluants en faveur de l'innocuité de l'Ergot de seigle; en effet, comment attribuer des effets toxiques graves à un médicament dont l'action est si rapide , et par conséquent si facile à calculer? Nous verrons plus bas, en parlant des phénomènes cérébraux, que cette conclusion n'est pas rigoureuse; mais ce fait nous fournira d'importantes considérations, relatives au mode d'administration de l'Ergot de seigle dans la ménorrhagie.

Quant à la nature des coliques que nous avons étudiées, elles sont évidemment utérines. Toutes les femmes qui avaient eu des grossesses les ont comparées aux coliques qui précèdent l'accouchement; celles dont l'utérus était encore vierge les ont assimilées aux coliques qui accompagnent une menstruation laborieuse. Une seule exception s'est présentée, et le cas est d'autant plus remarquable, que tout porte à croire que pendant ces coliques il s'est fait un avortement. Mais dans cette circonstance même, si les coliques n'ont pas présenté tous les caractères des douleurs utérines, elles ont été bien plus loin encore d'offrir ceux des coliques intestinales. Dans aucun cas nous n'avons observé de diarrhée, de borborygmes, ni d'autres symptômes d'irritation du gros intestin.

Action de V Ergot de seigle sur les organes autres que l'utérus. De tous les phénomènes résultant de l'action de l'Ergot de seigle sur les organes autres que l'utérus, les plus remarquables sont ceux fournis par l'appareil cérébro-spinal : ce sont la dilatation des pupilles, là céphalalgie, les vertiges et l'assoupissement. Le plus ordinairement ils ne se manifestent qu'après les phénomènes utérins, mais ils se prolongent beaucoup plus longtemps, et prennent quelquefois plus d'insensité à chaque nouvelle dose. Ce nouveau fait nous fournira des considérations intéressantes, relatives au mode d'action de l'Ergot de seigle sur l'organisme.

Dilatation des pupilles. C'est de tous les phénomènes cérébraux le plus constant; il commence à se manifester douze ou vingt-quatre heures après

le commencement de la médication , et se prolonge quelquefois plusieurs jours après sa cessation. Cette dilatation toutefois est beaucoup moindre qu'après l'emploi des solanées vireuses. Dans aucun cas la vision n'a paru altérée.

La céphalalgie et les vertiges, plus irréguliers dans leur existence, varient beaucoup dans leur intensité; les vertiges surtout sont quelquefois portés au point de simuler complètement l'ivresse. On les remarque plus fréquemment quand les coliques sont, modérées que lorsqu'elles sont violentes; toujours ils se prolongent plus longtemps que ces dernières, et se continuent insensiblement avec un autre phénomène, l'assoupissement.

Assoupissement. Le plus souvent nous avons vu ce phénomène se manifester après des coliques violentes, des vertiges intenses; ce qui pourrait faire croire d'abord que la fatigue produite dans ces circonstances a pu entrer pour quelque chose dans sa production. Sans nier complètement cette influence, nous remarquerons que ce phénomène a toujours été signalé comme un des plus constants dans les épidémies d'Ergotisme décrites par les divers auteurs ; or, si l'on réfléchit que les hommes chez lesquels il n'y a jamais eu aucune douleur abdominale l'ont éprouvé aussi fréquemment que les femmes, on restera convaincu qu'il est le résultat d'une action spécifique de l'Ergot de seigle sur le cerveau.

L'Ergot de seigle détermine encore quelques phénomènes dont le siège paraîtrait d'abord exister dans quelque organe spécial, tel que l'estomac , l'organe cutané, les muscles des membres, mais qui, lorsqu'on les ejiamine avec soin, semblent devoir être, en dernière analyse, rapportés au cerveau : ce sont les nausées , les vomissements , les démangeaisons , les engourdissements, la fatigue des membres. Ces divers phénomènes nous paraissent tenir à un trouble particulier de l'innervation bien plus qu'à une irritation locale de l'estomac ou de la peau. En effet, dans aucun des cas où nous avons observé des nausées , des vomissements , nous n'avons trouvé de signes d'irritation d'estomac. La langue n'était aucunement rouge ni sèche, l'épigastre nullement douloureux; aucun sentiment d'ardeur ou de pesanteur n'existait derrière le sternum , il n'y avait pas de diarrhée ; l'appétit même n'était pas modifié. Ces vomissements ressemblaient parfaitement à ceux que l'on observe dans l'ivresse produite par les alcoohques, les médicaments stupéfiants, les plantes de la famille des solanées.

Nous en dirons autant des démangeaisons , des engourdissements des membres ; la peau ne présentait aucune élevure, aucune rougeur, rien qui pût faire croire à l'existence dune inflammation; il n'y avait pas même de modification de la sécrétion cutanée.

Les autres organes ne paraissent pas avoir éprouvé d'influence appréciable. Dans un cas nous avons observé une légère augmentation de la sécrétion urinaire; dans plusieurs autres un ralentissement sensible de la ' circulation; mais on peut expliquer ces phénomènes sans admettre d'action spéciale de l'Ergot de seigle sur les reins et sur le cœur. En eff"et, le premier peut bien n'être qu'une coïncidence fortuite, et le second peut I. 51

dépendre de la suspension de l'hémorrhagie. Tout le monde sait que la circulation devient plus rapide dans les hémorrhagies, et par conséquent elle se ralentit quand on les arrête.

Dans l'analyse rapide que nous venons de faire des phénomènes produits sur les différents organes sous l'influence de l'Ergot de seigle, il résulte que ce médicament possède deux actions fort remarquables : Tune rapide et passagère sur l'utérus , l'autre lente et durable sur l'organe nerveux central. La première, tout a fait spéciale, parait s'exercer surtout sur les fibres de l'utérus en y déterminant des contractions^ l'autre, au contraire, analogue sous beaucoup de rapports à celle des médicaments narcotiques, s'exerce sur le cerveau , en y déterminant une sorte de stupéfaction semblable à l'ivresse.

Maintenant, si nous comparons ces deux séries de phénomènes sous le point de vue de la rapidité de leur production, nous en tirerons une conséquence importante pour le mode d'administration du Seigle ergoté : c'est que, lorsque l'on veut produire une contraction longtemps continuée des fibres de l'utérus, il faut fractionner les doses et les donner à de courts intervalles. De cette manière, on peut soutenir pendant longtemps l'action médicatrice, sans cependant donner des quantités énormes d'Ergot de seigle , et sans déterminer des symptômes cérébraux trop intenses. C'est de cette manière qu'il faut agir dans les ménorrhagies. En effet , dans ces cas, le tissu de la matrice, dense et serré , n'est susceptible que de contractions lentes et graduelles ; or, si , au lieu d'un agent approprié à cette disposition, l'on emploie un moyen énergique, mais dont l'action s'évanouit rapidement, tel qu'une forte dose d'Ergot de seigle , il est évident que l'on manque son but. Nous avons cru remarquer que le mode d'administration le plus convenable était d'abord de donner 1 gros (4 gram.) d'Ergot de seigle en six doses , à prendre de quatre en quatre heures ; de cette manière, les doses sont encore assez fortes, et n'agissent pas à des intervalles très-éloignés. On continue le médicament pendant quatre ou cinq jours, en diminuant et en éloignant graduellement les doses. En continuant ainsi la médication, la guérison est plus assurée. De tout ce qui précède nous croyons devoir conclure :' Que l'Ergot de seigle exerce sur l'utérus une action puissante, mais passagère;

Que cette action porte principalement sur les fibres de cet organe , et y détermine des contractions;

Que ces contractions, constamment accompagnées de douleurs, amènent rapidement la suspension des métrorrhagies, quelle qu'en soit la cause ; Que l'état de l'utérus n'influe en rien sur leur production ; Qu'on les observe même quand une partie des fibres du col de cet organe se trouve envahie par le cancer ;

Que l'Ergot de seigle agit sur l'organe nerveux central à la manière des stupéfiants ;

Que les phénomènes qui en résultent sont lents, mais assez durables ;

Que jamais ils ne présentent aucune gravité quand on se borne à combattre la métrorrhagie ;

Qu'on peut, sans inconvénient, porter la dose de TErgot de seigle à plusieurs gros dans quatre ou cinq jours ;

Que, lorsqu'on veut combattre une métrorrhagie, il est bon de fractionner lés doses et de les donner à des intervalles égaux ;

Enfin, qu'il ne faut pas craindre de débuter par une dose un peu forte, 4 grammes (1 gros), par exemple, en vingt-quatre heures.

Congestions utérines. Si l'on voyait l'utérus se contracter peu après l'accouchement sous l'influence de l'Ergot de seigle, il serait raisonnable de penser que, dans l'état de vacuité, la cessation des métrorrhagies s'opérait par le même mécanisme, il devenait moins singulier d'essayer, avec Sparjani, de combattre par les mêmes moyens les congestions utérines qui sont le plus souvent le début des phlegmasies chroniques de la matrice. Ce praticien essaya, en effet, l'Ergot de seigle dans quatre cas bien évidents de congestion utérine et même de métrite commençante ; les trois premières malades qu'il traita, dont l'affection avait résisté aux remèdes ordinairement employés , furent guéries immédiatement; la quatrième ne fut que soulagée par l'Ergot de seigle [Annali universali di Medicina da Omoddei, marzo 4830).

Hémorrhagies diverses. Le succès presque constant de la poudre d'Ergot dans le traitement de la métrorrhagie fit croire à Sparjani que les autres hémorrhagies obéiraient à la même médication. Ce médecin essaya donc ce remède dans l'épistaxis, l'hémoptysie, l'hématémèse, l'hématurie, etc.; Pignacca et Cabini {loco citato) répétèrent ces expériences. Les faits d'épistaxis'qu'ils ont rapportés sont au nombre de quatre : deux appartiennent à Sparjani, deux à Cabini. De ces quatre faits, deux seulement semblent assez probants. Nous avons analysé huit faits d'hémoptysie qu'ils ont également indiqués : cinq ontétérecueilhs par Sparjani, deux par Pignacca, un par Cabini. Il n'y en a qu'un qui nous ait paru véritablement concluant. Enfin un fait d'hématémèse a été cité par Cabini , et un fait d'hématurie par Sparjani, qui l'un et l'autre ne nous Ont semblé avoir aucune valeur. Nous dirons maintenant qu'ayant essayé nous-mêmes l'Ergot de seigle pour arrêter des hémorrhagies autres que celles de la matrice, nqius n'avons pas obtenu de succès, ou, si nous en avons obtenu, nous n'avons pu l'attribuer au médicament. Il est en effet bien difficile de juger l'influence d'une médication sur une hémorrhagie , accident essentiellement teraporah^e et variable.

Leucorrhée. Bazzoïà {loco citato) rapporte trois observations de leucorrhées rebelles qui ont cédé avec une telle rapidité à l'emploi de l'Ergot de seigle, qu'il est impossible de ne pas reconnaître l'influence heureuse de ce médicament. Mais la leucorrhée tient à tant de causes diverses, elle est si souvent sous la dépendance d'une excoriation du museau de tanche ou de toute autre phlegmasie soit du col, soit du vagin , qu'il est impossible

de croire qu'on puisse guérir de la même manière et ces lésions externes et les congestions utérines qui sont la cause des flueurs blanches.

Lorsque Tutérus est distendu par un polype ou par une môle, l'action de l'Ergot de seigle peut encore être utile pour en hâter l'expulsion ; plusieurs faits rapportés par Davies , par Macgill , par Hagerstown ( Bayle, lococitato, p. 547), sembleraient donner quelque autorité à cette médication.

Comment agit l'Ergot de seigle? est-ce en modifiant le système nerveux, qui lui-même réagit sur certains ordres de muscles? c'est ce qui paraît fort probable. Pénétré de cette idée, M. Barbier, d'Amiens , crut devoir administrer ce médicament dans les cas où les préparations de noix vomique réussissent si bien, c'est-à-dire dans les paraplégies. Il traita donc par l'Ergot deux malades atteints de paraplégie, et il en guérit un ; tous les deux éprouvèrent dans les deux jambes et dans les cuisses des secousses analogues à celles que déterminent les strychnos.

Mode d'administration et doses.

On donne l'Ergot en poudre à la dose de 30 à 60 centigrammes ( 6 à i2 grains), quatre à huit fois par vingt-quatre heures, en infusion, à la dose de A grammes (1 gros) pour 500 grammes (1 livre) d'eau bouillante, à prendre par tasses de deux ou de quatre en quatre heures; en décoction, à la même dose et de la même manière. Quand on veut employer l'Ergot pour infusions ou pour décoctions, on le fait seulement concasser.

L'Ergot peut être administré sans danger deux , quatre et même quinze jours de suite ; et il ne faut pas s'effrayer des précautions puériles que quelques auteurs ont recommandées pour l'emploi de ce remède.

Principes immédiats de l'Ergot de seigle.

Les analyses exactes de l'Ergot de seigle sont très-récentes, aussi les expériences physiologiques faites sur les principes immédiats de cette substance sont à peine connus.

M. Sée (Thèse inaugurale sur les propriétés du Seigle ergoté, etc., d5 juillet 1846) a très-bien fixé l'état de la science sur ce point. On a expérimenté d'abord;

V La résine que l'Ergot cède à l'éther,, et on l'a trouvée entièrement inerte, même à des doses très-considérables. On a expérimenté ensuite :

2° L'huile d'Ergot. Samuel Wright et Hoolker lui attribuent des propriétés vénéneuses très-marquées -, mais M. Bonjean n'a pas reconnu de différence entre elle et le seigle proprement dit, pourvu qu'on ait eu soin de la préparer au moyen de l'éther. M. Legrip (Mémoire lu à l'Académie de Médecine, séance du 4 juillet 1844) va plus loin, et il refuse à cette substance toute propriété toxique.

3" L'ergotine de Wiggers a attiré également l'attention des expérimen-

tateurs. Wiggers l'administra à un coq à la dose de 0,45, qui suffit pour déterminer des accidents mortels; mais, entre les mains de M. Bonjean, cette substance ne produisit, même à la dose de 4,25', aucun phénomène notable sur les animaux ; et après l'avoir essayée sur lui-même , il n'éprouva aucun symptôme, si ce n'est un peu d'âcreté à la gorge. Mais dans ces derniers temps, M. Parola [Annali universi di Medicina, JSM) a fait des expériences qui démontrent que ctitte substance produit un ralentissement notable du pouls. Un étudiant en pharmacie, qui était affecté d'une hypertrophie du ventricule gauche, prit iO grains d'ergotine de Wiggers: le pouls, qui était à 67, dur et plein, devint plus mou , et tomba à 61. Après une deuxième dose, il y eut une diminution notable des battements du cœur avec prostration assez marquée. Après la troisième dose, qui cependant ne fut que de 3 grains, les effets furent bien plus remarquables encore ; ^e pouls tomba à 46. Le sujet se trouvait faible comme si on lui eiàt tiré du sang; la face devint pâle et abattue, et, pendant plusieurs jours, les pulsations habituelles cessèrent. Nous verrons plus tard l'importance de ce fait, qui a été nié par M. Bonjean; ses expériences l'amenèrent même à conclure que l'activité du seigle ne résidait dans aucun de ses principes élémentaires, et il fut ainsi amené à essayer l'extrait aqueux que nous avons décrit plus haut.

4° Ergotine de Bonjean. Or, toutes les expériences qu'il tenta sur les animaux lui démontrèrent que c'était dans cet extrait que résidait la vertu hémostatique du seigle, et ses effets furent tellement constants, qu'il engagea plusieurs praticiens de Chambéry et d'Aix, entre autres MM. Che- . vallan. Carrât, Barion, Blanc et Revêt, à l'employer chez l'homme. Les résultats ne furent pas moins concluants que les premiers, surtout dans les liémorrhagies utérines, et M. Bonjean les consigna dans un mémoire adressé à M. Gap. La Société de pharmacie chercha de son côté à en faire vérifier l'exactitude, et MM. Nonat, Guérard et Depaul furent chargés de répéter ces expériences. Ces médecins conclurent que, dans plusieurs cas, les accidents hémorrhagiques avaient été calmés ou suspendus après l'emploi de l'ergotine, mais qu'il devait rester du doute sur son innocuité.

Plus tard, M. Bonjean, confirmant ses premiers essais, l'employa dans diverses espèces d'hémo'rrhagies, savoir : dans les épistaxis, hémoptysies, hématémèses, hématuries. Il prétendit réussir dans tous ces cas.

Il la donna encore, avec un succès inespéré, dans un cas de spermatorrhée, et à un malade affecté de vomissements opiniâtres qui avaient résisté à toutes les autres médications.

« Enfin, l'ergotine, dit-il, peut être donnée dans tous les cas où l'Ergot de seigle est jugé convenable, excepté quand on veut agir sur les centres nerveux. »

C'est tout ce qu'on savait de l'ergotine, lorsque M. Arnal (1) vint à l'employer dans les affections chroniques de l'utérus.

(I) Arnal, De l'emploi de l'extrait aqueux de Seigle dans quelques cas d'affection chronique de l'utérus^ in Ga%. des hôpit,, juin 184-3.

Il administra le médicament, pendant des mois entiers, à*trente-six femmes, à la dose de 0,60, et même de 1 gramme tons les jours; c'est-à-dire à une dose qui représentait 8 grammes d'Ergot de seigle, et il guérit ainsi trente-six femmes. Les etïets qu'il produisit sur les diverses organes furent variés. A la dose de 0,30, ou 0,40, quelques femmes ont ressenti des douleurs abdominales ou lombaires, analogues à celles qui précèdent les règles. Ces douleurs, que M. Arnal regardait comme un signe favorable, se développaient brusquement comme des éclairs, puis cessaient tout à coup pour reparaître au bout d'un temps variable , quelquefois avec une telle intensité, qu'on était forcé de joindre à l'Ergot diverses substances calmantes ; mais cet effet ne se montra que chez quelques-unes d'entre elles, il n'augmentait nullement avec la dose, se déclarait à des époques très-variables, tantôt à une heure, tantôt à une autre, et cessait même des journées entières, bien qu'il n'y eût aucune interruption dans la médication, et que les malades prissent le remède tous les jours indistinctement à des intervalles très-réguliers.

Du côté des autres organes, du côté du système nerveux, par exemple, jamais il n'y eut de phénomène direct, jamais d'agitation, de spasmes, de mouvements convulsifs, d'insomnie, ni de somnolence.

Une seule malade a éprouvé des fourmillements dans les mains et dans les pieds, et six autres, sur trente-six, ont ressenti une douleur profonde et opiniâtre à la partie postérieure de la tête et du cou.

Le pouls a été compté à diverses époques de la journée, soît par M. Arnal, soit par les malades; jamais on ne constata de différences, excepté chez deux malades, qui présentaient des battements de cœur plus forts qu'avant le traitement : mais, à ce sujet, M. Arnal dit : «Nous n'oserions assurer que cette différence, si elle n'était pas une illusion, dépendait de l'absorption du médicament ou de quelque influence extérieure ou intérieure. » L'aspectdu sang est toujours resté le même. Les organes digestifs n'ont point non plus éprouvé de dérangement appréciable, l'appétit s'est conservé , les digestions ont continué de se faire comme par le passé, les selles n'ont pas été augmentées, le ventre est resté insensible, et les urines n'ont subi aucune modification.

Il y a plus : chez quelques malades, il existait depuis longtemps des affections variées qui se modifièrent très-heureusement pendant l'usage de l'Ergot de seigle. L'une de ces malades était tourmentée par une gastralgie opiniâtre; une autre était tourmentée par des borborygmes; une troisième par une tympanite très-considérable et douloureuse qui se modifia ; enfin une quatrième par une incontinence d'urine idiopathique, suite de grossesse. Toutes ces maladies disparurent ou s'amendèrent sous l'influence de l'ergotine.

Ainsi donc, d'après ce qui précède, l'ergotine serait utile :

i ° Dans les hémorrhagies ;

2" Dans les engorgements du col ;

3° Dans certaines gastralgies et entéralgies ;

4° Dans certaines incontinences d'urine.

M. Bonjean, de Chambéry, lorsqu'il eut préparé ce qu'il appela l'ergotine, crut avoir trouvé un hémostatique d'une puissance extraordinaire, et il publia des expériences qui n'avaient pas toujours été faites avec le soin désirable. Mais M. Sée, reprenant les expériences de M. Bonjean, et les répétant sur des malades soumis sans cesse à son observation, n'obtint pas des résultats à beaucoup près aussi brillants.

Nous voyons, d'après lui, que l'hémorrhagie a été modifiée immédiatement après la première ou la seconde dose chez la plupart des malades , qu'on ait eu affaire à des hémoptysies , à des métrorrhagies ou à d'autres hémorrhagies. Trois malades atteints d'hémoptysies firent seuls exception à cette règle, car le médicament n'agit qu'après la première potion ; mais dès que cette action se manifesta, l'hémorrhagie, qui avait été assez abondante, fut arrêtée complètement pour ne plus revenir pendant tout le temps qu'on continua le médicament.

Au contraire , quand, l'hémorrhagie ne faisait que se modifier (ce que l'on ne pouvait attribuer ni à la constitution des malades ni à leurs maladies), l'écoulement diminuait de moitié ordinairement, et quand il ne s'agissait plus que d'une petite quantité de sang, la modification porta plutôt sur les qualités du liquide que sur son abondance; il semblait que le médicament perdait son action sur ces hémorrhagies légères que les anciens appelaient stillicidia; car leur cessation complète fut très-tardive, principalement dans les hémoptysies ; il y en eut en effet qui ne s'arrêtèrent qu'au bout de trois et même cinq jours et à l'aide de 7 à 8 grammes d'extrait ; et un exemple plus frappant encore sous ce rapport fut une hématurie légère qui persista indéfiniment malgré les doses progressives qu'on lui opposa, tandis que les autres hémorrhagies se tarirent dans un laps de temps de vingt-huit à quarante heures et à l'aide de 2 à 4 grammes. Quand une fois l'hémorrhagie était terminée, que l'on suspendît ou non la médication , il est arrivé dans quelques cas que l'écoulement s'est reproduit au bout d'un à quatre jours. Ce furent principalement les hémoptysies qui récidivèrent : mais la récidive n'a jamais consisté que dans une très-petite quantité de sang à la fois ; l'on a cru observer qu'elle était moins marquée chez les malades chez lesquels la fluxion sanguine s'est éteinte peu à peu , plus marquée au contraire dans les hémorrhagies qui ne se sont modifiées que tardivement, mais qui ont cessé dès la première modification.

L'influence de l'ergotine sur la circulation est assez évidente ; ainsi, chez tous les malades, excepté dans un cas dhémorrhagie intestinale, le pouls subit, dès les premières doses du médicament (c'est-à-dire après l'emploi d'environ 0,45 à 0,40 d'ergotine) , un ralentissement immédiat qui variait entre 6 et 36 pulsations, mais qui paraissait bien plus manifeste quand les malades présentaient auparavant beaucoup de fréquence dans la circulation, sans qu'on pût cependant rattacher cette circonstance à aucune cause rationnelle j ce premier effet ne se modifia guère pendant les doses suivantes, à moins toutefois qu'on ne mît un intervalle de plus de quatre heures entre

une dose et l'autre; dans ces cas-là le pouls remontait de quelques pulsations, mais sans jamais atteindre le chiffre qu'il présentait avant le commencement de la médication.

Quand on continuait ou que l'on augmentait progressivement, ou mieux encore quand on doublait ou triplait la dose , le ralentissement devenait bien plus manifeste qu'il ne l'était d'abord; arrivé à un certain degré, il s'arrêtait constamment, et le chiffre 64 fut sa limite extrême ; mais cet effet, que l'on pourrait appeler c6nsecw/{/", était toujours moins marqué quand le changement avait été complet dès le commencement.

Quant à l'influence du médicament sur les fonctions nerveuses, ou sur l'utérus, dans l'état de vacuité, M. Sée ne put rien constater d'important; cet auteur résume ainsi ce qu'il a constaté du mode d'action de l'ergotine :

1° Une modification constante et presque immédiate , mais passagère , très-rarement une guérison définitive de l'hémorrhagie ;

2° Une absence complète de toute influence active sur les divers appareils organiques, excepté sur le système circulatoire et nerveux, et encore celui-ci ne s'est-il modifié que d'une manière passagère et accidentelle;

3° La circulation seule a éprouvé des changements profonds et constants non-seulement dans l'état de santé , mais même dans les cas d'hypertrophie, de sorte que l'expérience conduisit naturellement à prescrire ce médicament comme succédané de la digitale dans les affections du cœur; c'est ce que fit M. Piedagnel dans quatre cas qui se sont présentés dans son service.

L'ergotine est employée avec avantage en solution dans l'eau , à l'extérieur, comme moyen hémostatique. D'après M. Sédillot, la solution d'ergotine se place à la tête des liquides hémostatiques qui ne coagulent pas le sang; en d'autres termes, ce serait, suivant cet habile chirurgien, un hémostatique dans la véritable acception du mot, et non un hémoplastique, comme le sont les acides, le perchlorure de fer, etc. Les expériences de M. Flourens sembleraient venir à l'appui de cette manière de voir; s'il est vrai comme il n'a pas craint de l'affirmer, que l'arrêt du sang dans les vaisseaux divisés a lieu sans oblitération de leur calibre.

L'ergotine n'est pas seulement utile au moment de la blessure pour arrêter l'écoulement du sang, mais elle trouve encore son apphcation dans un grand nombre d'autres circonstances : ainsi quand il existe une disposition à la mortification des parties ; ou bien quand les vaisseaux qui donnent lieu à l'hémorrhagie sont plongés au milieu de tissus enflammés et ramollis ; et puis encore dans les hémorrhagies qui sont consécutives à la chute des eschares, etc., etc.

La solution employée pour l'usage externe se prépare en faisant dissoudre 10 grammes d'ergotine dans 100 à 200 grammes d'eau. On en imbibe la charpie et les compresses, et on les applique sur la plaie en exerçant une compression modérée. Si l'hémorrhagie résulte de la division de quelques vaisseaux importants, il faut avoir soin d'arroser de temps en temps la charpie avec la dissolution d'ergotine pour entretenir un contact

immédiat et permanent entre le liquide cicatrisant et les lèvres de la plaie.

Ajoutons enfin que l'usage de la solution d'ergotine a paru encore utile dans les plaies saignantes et gangreneuses, dans les ulcères sordides , notamment dans les ulcères scrofuleux, dans la suppuration fétide des moignons, etc. ,

Il importe de savoir que les dissolutions d'ergotine s'altèrent avec une grande facilité , et qu'en conséquence il est nécessaire de les renouveler chaque jour.

Mode d'administration et doses.

L'ergotine peut être donnée en potion , ou sous forme pilulaire, à la dose de 1 à 5 grammes (20 à 100 grains) plusieurs jours de suite.

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