NOTIONS SUR L ELECTRICITE
Phénomènes fondamentaux. — Certaines substances, telles que le verre, la cire d'Espagne, l'ambre, le soufre, etc., lorsqu'on les frotte avec un morceau de laine ou une peau de chat, acquièrent la propriété d'attirer les corps légers qu'on leur présente, comme des morceaux de papier, des barbes de plumes, des feuilles métalliques.... Cette propriété ayant été observée pour la première fols dans l'ambre jaune, dont je nom grec est T^Xaxrpov, a reçu le nom d'Électricité.
Le pendule électrique offre un des moyens les plus simples qui puissent servir à constater qu'un corps s'électrise par le frottement. C'est une petite boule de moelle de sureau suspendue à l'extrémité d'un fil très-fin. Si l'on présente au pendule un corps qui ait quelques traces d'Électricité, il attire à lui la boule de sureau, qui se trouve écartée de sa position d'équilibre.
Corps bons et mauvais conducteurs. — Lorsqu'on soumet tous les corps à l'épreuve du pendule électrique, ils semblent, au premier aspect, devoir être divisés en deux classes. Les uns (verre, ambre, résine...) s'électrisent toujours par le frottement; les autres (métaux...) ne donnent aucune apparence d'Électricité. Mais cette distinction ne serait pas fondée, car les métaux placés dans des circonstances convenables s'électrisent comme les autres corps. Il suffit pour cela de les mettre en contact avec un tube de verre que l'on éiectrise par le frottement; on remarque que tous les points du métal manifestent des propriétés électriques. Cette propriété qu'ont les métaux de transmettre la vertu électrique a requ le nom de conductibilité élec-
trique. La résine, au contraire, et tous les corps qui s'électrisent par le frottement direct, ne transmettent pas la vertu électrique. Ils ne manifestent de traces d'Électricité que dans les points frottés; les points éloignés n'en jouissent pas. De là la division des corps de la nature en corps bons conducteurs (métaux...) et en corps mauvais conducteurs (résine, verre...).
Réservoir commun. — Si l'on met en contact un corps électrisé avec une sphère métallique, on remarque que les propriétés électriques du corps sont d'autant plus affaiblies que la sihère a un plus grand volume. Si la sphère était infiniment grande par rapport au corps électrisé, il perdrait toute son Électricité. C'est précisément ce qui arrive quand on met un corps électrisé en communication avec le sol, qui est composé de substances qui conduisent bien l'Électricité; aussi, dans les théories électriques, on donne à la terre le nom de réservoir commun.
Corps isolants. — Pour qu'un corps conducteur conserve son Électricité, il faut qu'il soit séparé de la terre par un mauvais conducteur (soie, verre ou résine). Le corps est dit alors isolé, et celui qui lui sert de support est dit corps isolant.
Des deux Électricités. — Si l'on considère deux pendules électriques isolés (formés d'une boule de sureau suspendue à un fil de soie), et qu'on électrisé les deux boules en les mettant en contact avec de la résine frottée avec de la laine, on remarque que, si on les rapproche, elles se repoussent mutuellement. Il en est de même si l'on a électrisé les deux boules en les touchant avec du verre frotté aussi avec de la laine ; mais
si l'une des boules a été touchée par la résine électrisée, et l'autre par le verre, elles s'attirent au contraire. De plus, une boule électrisée par la résine est repoussée quand on l'en approche de nouveau, et attirée, au contraire par le verre électrisé; le phénomène inverse a lieu quand la boule est d'abord électrisée par le verre. Ces différents elFets des Électricités sur le verre et la résine leur ont fait donner les noms d'Électricité vitreuse, ou mieux d'Électricité positive ou Électricité résineuse, ou mieux d'Électricité négative.
Hypothèse des deux fluides. — Pour expliquer les phénomènes électriques, on a été conduit à admettre l'hypothèse théorique suivante :
L'Électricité peut être assimilée à unfluide impondérable s'écoulant avec facilité sur la surface de certains corps, tandis que d'autres opposent une résistance plus ou moins grande à son mouvement. Il existe deux fluides électriques, le fluide positif et le fluide négatif; chacun d'eux agit par répulsion sur ses propres molécules. Tous les corps possèdent en qualités égales et indéfinies les deux fluides électriques à l'état de combinaison. C'est l'état naturel du corps qui a alors du fluide neutre.
Lois des attractions et des répulsions électriques. — Ces lois se démontrent au moyen de la balance de Coulomb. EUes peuvent s'énoncer ainsi : La force répulsive ou les attractions électriques de deux corps électrisés sont en raison inverse du carré de la distance qui les sépare. Les actions électriques sont en raison composée des quantités d'Électricité des deux corps qui réagissent l'un sur l'autre.
Distribution du fluide électrique sur les corps conducteurs. — Quand un conducteur est électrisé, le fluide électrique, obéissant à la force répulsive que ses molécules exercent les unes sur les autres, abandonne l'intérieur du corps pour se portera la surface, où il forme une couche très-petite. L'épaiseur de cette couche est la même en tous les points sur une sphère conductrice isolée. Cette épaisseur variera sur un ellipsoïde; elle est maximum à l'extrémité du grand axe, et devient d'autant plus grande que l'ellipsoïde est plus allongé. La balance électrique sert à démontrer ces résultats.
Pouvoir des pointes. — Un conducteur terminé en cône peut être considéré comme le pôle d'un ellipsoïde infiniment allongé. De l'extension des principes précédents, il résulte qu'au sommet du cône l'épaisseur de la couche électrique doit être infiniment grande, et le fluide s'écoulera, parce que la résistance de l'air est trop faible pour le retenir. Un corps conducteur terminé en pointe ne pourra donc conserver l'Électricité qui li'i aura été communiquée. L'expérience le démontre.
De l'Electricité par influe7ice. — Un corps électrisé décompose par influence le fluide neutre d'un corps conducteur placé dans sa sphère d'activité. 11 attire dans la partie la plus voisine le fluide de nom contraire, et
refoule dans la partie la plus éloignée le fluide du même nom que lui. Lorsque l'influence du corps électrisé vient à être détruite, par la décharge du corps lui-même, par exemple, les deux fluides momentanément séparés sur le conducteur se recomposent et reforment du fluide naturel.
Lorsque cette recomposition subite se fait dans les organes d'un être vivant, elle est accompagnée d'une commotion à laquelle on a donné le nom de choc en retour. Ainsî, si l'Électricité d'un nuage orageux se recompose avec celle d'un autre nuage ou d'un corps terrestre par un éclair, des corps souvent éloignés qui étaient soumis à l'influence électrique de ce nuage peuvent être foudroyés par le choc en retour, lorsque, cette influence se trouvant tout à coup anéantie, ils deviennent le siège d'une recomposition instantanée des deux fluides électriques que l'action du nuage avait décomposés.
Condensateur électrique. — Le condensateur électrique se compose de deux plaques de métal séparées par une lame de verre. En mettant l'une de ces plaques. en communication avec une source d'Électricité, on a un appareil qui se charge d'une quantité d'Électricité d'autant plus grande que la lame de verre est plus mince. Il y a cependant une limite à cette accumulation, car si la lame est trop faible, les deux fluides, qui tendent à se réunir, se recombineront en produisant ce que l'on nomme une étincelle électrique (développement de lumière avec uncraquement particulier qui accompagne la neutralisation des fluides électriques).
Un condensateur peut être déchargé de deux manières, lentement ou instantanément. Pour opérer la décharge lente, on touche successivementchacun des plateaux, et on obtientà chaque fois une élincelleélectrique; cela tient à ce que la quantité d'Électricité de l'un des plateaux dissimule par son attraction une portion de l'Électricité de l'autre; il ne lui en reste plus à l'état libre qu'une faible portion, qui s'en va par le contact en produisant l'étincelle dont nous venons de parler. La portion restante d'Électricité dissimulera sur l'autre plateau une portion plus petite de fluide, et le contact enlèvera encore l'excédant d'Électricité en produisant de nouveau une étincelle. En continuant ainsi, on obtiendra une longue série d'étincelles de plus en plus faibles, jusqu'à ce que la décharge soit complète.
Lorsqu'au lieu de toucher alternativement les deux plateaux du condensateur, on établit entre eux une communication non interrompue à l'aide d'un arc conducteur, les deux fluides accumulés se recorabinent instantanément en produisant une forte étincelle, qui, lorsqu'elle passe à travers un corps organisé, lui imprime une forte secousse que l'on nomme commotion électrique.
Bouteille de Leyde. — La bouteille de Leyde est un condensateur dans lequel la
lame de verre est courbe au lieu d'être plane. C'est un flacon de verre, à parois minces, recouvert extérieurement d'une feuille d'étain (armateur extérieur), et rempli intérieurement de feuilles d'or ou de clinquant (2"= armateur). Une tige métallique recourbée en forme de crochet et terminée au dehors par un bouton, est scellée dans le bouchon qui ferme le goulot, et communique avec l'armateur intérieur-
On appelle batterie électrique un ensemble de plusieurs' bouteilles de Leyde disposées de manière à pouvoir se charger et se décharger à la fois.
Expériences. Si l'on fait passer la décharge à travers certains corps, il en résulte des effets variés.
Une lame de verre peut être percée.
On peut enflammer des liqueurs spiritueuses et du coton roulé dans le lycopode ou la résine pulvérisée.
On rallume une bougie nouvellement éteinte.
On décompose l'eau, que l'on trouve formée de deux gaz, l'hydrogène et l'oxygène, dans le rapport en volume de 2 à 1 . - On recompose l'eau au moyen du pistolet de Volta.
Des fils de fer, traversés par le fluid§, s'échauffent, rougissent, se fondent et se vaporisent.
L'or qui couvre des ûls de soie est volatilisé et oxydé, sans altération de la soie. Si le fil est comprimé sur une feuille de papier blanc, l'or oxydé y laisse une trace. On peut, par ce moyen, faire des empreintes électriques, en couvrant un dessin à jour d'une feuille d'or.
Des parcelles métalliques sont transportées à travers l'espace que franchit l'étincelle, et vont se déposer sur toutes les surfaces qu'elles rencontrent.
L'étincelle qui passe dans un liquide éclate et brille comme dans l'air; ellfréclate dans la poudre à tirer et détermine l'explosion.
Elle produit dans les gaz une expansion subite et considérable, qui a fait imaginer le mortier électrique.
Les mauvais conducteurs sont percés ou brisés par une forte décharge.
Diverses causes qui développent de l'Electricité.— L'électricité développée, comme nous l'avons vu, par le frottement, se développe aussi par la pression, par la chaleur et par le contact.
Par la pression. — Un disque de métal, pressé contre du taffetas gommé, se charge d'Électricité résineuse, et le taffetas d'Électricité vitrée. Un fragment de spath calcaire, pressé entre les doigts, acquiert de l'Électricité vitrée; il en est de même de la topaze, de la chaux fluatée, du mica, de î'arragonite, du quartz, etc. La chaux carbonatée conserve pendant plus de onze jours l'Électricité acquise par un instant de pression.
Par la chaleur. — La tourmaline a la propriété d'attirer et de repousser les corps légers. Quand elle est électrisée, elle présente à ses extrémités deux pôles contraires,
l'un vitré, l'autre résineux. La vertu polaire dépend du changement de température; elle se présente à l'état naturel lorsqu'elle est maintenue longtemps à une température donnée : avec deux pôles par échauffement et par refroidissement. Quelquefois il y a renversement des deux pôles. Beaucoup de cristaux offrent des propriétés analogues. Les conditions d'Électricité polaire semblent être une cristallisation régulière et une conductibilité imparfaite.
Électricité par contact, ou Électricité galvanique. — Galvani, en 1789, découvrit qu'en mettant en contact les nerfs d'une grenouille fraîchement préparée avec les muscles, au moyen d'un métal, il y avait contraction et agitation. 11 crut alors à l'existence d'un tïuide qui passait des nerfs aux muscles, et qui prit le nom de fluide galvanique.
Volta l'econnut que la commotion était due au fluide électrique, développé par le contact des muscles et des nerfs au moyen d'un métal et mieux encore au moyen de deux métaux différents.
En général, le contact de deux corps hétérogènes développe de l'Électricité :
ainsi, par le contact du zinc avec le cuivre, leurs fluides naturels sont décomposés et mis en mouvement; le fluide vitré passe sur le zinc, et le fluide résineux sur le cuivre. Le plomb, le fer, l'étain, le bismuth et l'antimoine prennent, comme le zinc, l'Électricité vitrée, et donnent au cuivre l'état résineux; tandis que l'or, l'argent, le platine et le palladium produisent un effet contraire.
Cette force nouvelle qui s'exerce entre les substances hétérogènes s'appelle force électro-motrice. Elle agit à la surface de jonction, séparant sans cesse les fluides et faisant passer le vitré sur l'un et le résineux sur l'autre. Ainsi une plaque double ne peut jamais être à l'état naturel.
L'assemblage de deux lames (zinc et cuivre) est une petite machine électrique. Le contact fait passer dans le zinc le fluide vitré, et sur le cuivre le fluide résineux, jusqu'à ce qu'il y ait équilibre entre la force qui produit la décomposition et l'action attractive des fluides. Le maximum de ce que la force électro-motrice peut arrêter et retenir est la tension maximum.
Le globe terrestre étant composé de substances hétérogènes en contact les unes avec les autres, la force électro- motrice doit s'exercer continuellement sur toutes les parties de la matière pondérable, et donner lieu à une infinité de réactions électriques. Cette force universelle, peu aperçue jusqu'alors , est sans doute un des principaux agents de la nature.
Pile voltaïque. — Si l'on applique l'un sur l'autre plusieurs disques métalliques, cuivre et zinc alternativement, on peut former une pile dite de Volta, aux extrémités de laquelle s'accumuleront d'un côté le fluide vitré, et de l'autre le fluide résineux, ce qui donnera deux pôles, l'un positif et l'autre négatif. Si l'on met les deux
pôles en communication, il y aura recomposition continuelle des deux fluides.
Cette pile, dite à colonne, peut subir différentes dispositions, et donne la pile à couronne, la vile à auge, la pile de Wollaston, la pile à hélice.
La pile à auges est une de celles qui présentent le plus d'avantages.
La pile voltaïque est un puissant moyen de décomposition chimique.
Électro-dijnamique . — On donne le nom d'électro-dynamique à la partie de l'Électricité où l'on considère l'action des courants sur les courants, des aimants sur les courants, des courants sur les aimants, et des courants par induction.
L Action des courants sur les courants.
— Ampère, en étudiant l'action des courants sur les courants, découvrit une série de phénomènes qui le portèrent à admettre l'identité du magnétisme et de l'Électricité. Les lois fondamentales de ces phénomènes peuvent s'énoncer ainsi :
1" Des courants parallèles s'attirent s'ils vont dans le même sens, et se repoussent s'ils vont en sens contraire.
2" Deux courants obliques s'attirent s'ils s'approchent, ou s'éloignent en même temps du sommet de l'angle, et ils se repoussent si l'un d'eux s'approche de ce même sommet et l'autre s'en éloigne.
3° Deux courants s'attirent ou se repoussent avec des forces numériquement égales, suivant qu'ils vont dans le même sens ou en sens contraire.
4° L'action d'un courant sinueux est égale à l'action d'un courant rectiligne, terminé aux mêmes extrémités et s'écartant peu du premier.
5° Les dernières parties d'un même courant sont dans un état continuel de répulsion.
IL Action des aimants sur les courants,
— Le globe terrestre , qui peut être considéré comme un aimant, dont la ligne neutre serait située sur l'équateur, et dont les pôles seraient voisins des pôles de rotation, peut diriger les courants, et il peut leur imprimer un mouvement de rotation.
IlL Action des courants sur les aimants.
— La découverte de M. OErsted, qui consistait en ce qu'une aiguille aimantée soumise à l'action d'un courant voisin était déviée de sa position, a été la première source des travaux faits sur l'action des courants sur les aimants.
MM. Biot et Savart ont trouvé que l'action d'un courant sur l'aiguille aimantée est réciproquement proportionnelle à la distance.
M. Arago reconnut que le courant de la pile pouvait aimanter les corps simplement magnétiques , et M. Faraday a vu le premier que les courants voltaiques pouvaient imprimer une rotation aux aimants.
IV. Couratils par induction. — M. Faraday a nommé courants par induction les courants passagers développés dans les
corps par l'influence des courants. Il a reconnu que, si deux fils de cuivre revêtus de soie et enroulés convenablement sur un cylindre de bois, communiquant par les extrémités, l'un aux pôles d'une pile, et l'autre à l'aiguille d'un galvanomètre, l'aiguille se déviait au moment où le courant commençait et au moment où il finissait. Ce physicien a constaté ces courants produits par l'influence des courants et par celle des aimants. M. Hippolyte Pixii a démontré que les courants dus à l'influence des aimants peuvent produire les mêmes phénomènes que les courants voltaiques ordinaires.
M. Masson a su d'une manière très-ingénieuse tirer profit de l'action mutuelle des spires d'une hélice. Cette propriété est la suivante : Lorsqu'on fixe aux deux pôles d'une pile deux fils de 80 à 100 mètres de long, on n'obtient qu'une étincelle trèsfaible si les fils sont en ligne droite, à l'instant où l'on fait communiquer les extrémités et à l'instant où la communication cesse. Mais si l'un des fils est enroulé en hélice sur un cylindre de carton, de manière que les spires se touchent à peu près, alors l'étincelle est incomparablement plus forte, et si l'on touche les extrémités de ces fils avec les mains mouillées, on reçoit une commotion assez forte. M. Masson a, comme nous le disions tout à l'heure, imaginé un appareil très-ingénieux au moyen duquel il rend pour ainsi dire continues les commotions qui n'ont lieu que lorsqu'on commence à toucher ces fils et à l'instant où on les abandonne.
Électricité animale. — Les conditions propres au développement de l'Électricité sont accumulées dans les organismes vivants.
Ainsi , frottements , contact de matières hétérogènes, changement d'états physiques, combinaisons chimiques, toutes les sources d'Électricité, en un mot , se trouvent réunies chez les animaux.
L'existence des phénomènes électriques au sein de l'économie pouvait donc être prévue ; l'observation en a démontré la réalité.
M. Donné parait être le premier qui ait tenté des expériences dans ce but; d'autres observateurs l'ont suivi; mais nul n'a parcouru cette voie expérimentale avec plus de succès que M. Matteucci.
Disons pourtant que, malgré ses belles recherches, l'histoire de l'Électricité animale n'est encore qu'ébauchée ; nous nous efforcerons d'indiquer ici ce qui semble le mieux constaté.
Parmi les actes qui, dans les animaux, sont causes productrices d'Électricité , le plus important sans contredit est la respiration.
On peut se convaincre, en effet, d'après les expériences de MM. Pouillet et Becquerel , que cette combustion devait donner lieu à l'évolution d'une très-grande quantité d'Électricité, laquelle devrait, abstraction faite de l'influence vitale, se manifester par sa tension à la périphérie du corps.
Cependant, chose remarquable, on n'en observe pas le moindre signe.
Pour s'en assurer, on fait Texpérience suivante :
Un lapin, ou tout autre animal domestique, enveloppé de feuilles de clinquant et enfermé dans une cage métallique, est introduit sous une cloche de verre placée sur un isoloir. Une tige de laiton traverse le sommet de la cloche et communique à l'intérieur avec la toile métallique; à l'extérieur elle se termine par un bouton qui peut êire mis en rapport avec un électromètre; deux ouvertures sont pratiquées à la base de la cloche. Par l'une arrive de l'air desséché qu'on chasse au moyen d'un appareil à déplacement; l'autre sert d'issue au gaz expiré , qui, après sa sortie, se dessèche de nouveau dans un ou plusieurs tubes en U disposés à cet ellet.
Cette dernière précaution a pour but d'empêcher la déperdition de l'Electricité par l'air humide, qui est un bon conducteur.
De cette manière, si l'animal dégage de l'électricité, celle-ci, recueillie par les corps métalliques avec lesquels il est en contact, pourra se constater à l'aide d'un électromètre : or l'instrument le plus sensible ne dénote rien.
C'est là un fait capital ; les conséquences sont tellement importantes, que nous n'avons pas craint d'entrer dans quelques détails à son sujet.
L'expérience que nous venons de rapporter est si bien entendue, qu'elle ne paraît pas pouvoir laisser place au doute. 11 se pourrait néanmoins que le pelage, mauvais conducteur des animaux employés , fût la cause des efl'ets négatifs observés; toujours est-il que Pfaff et Ahrens , qui agissaient sur des hommes, ont autrefois obtenu des résultats contradictoires, que nous ne saurions passer sous silence. Suivant ces expérimentateurs, l'Électricité est ordinairement positive dans l'état de santé.
Elle est plus souvent négative chez les fefames que chez les hommes. Gardini, en effet, a trouvé de l'Electricité négative au temps des règles.
Le tempérament nervoso-sanguin, l'ingestion de boissons spiritueuses , l'heure avancée de la journée, la température élevée, sont des circonstances qui exaltent l'état électrique.
Un refroidissement considérable annihile l'Électricité; celle-ci est nulle aussi dans les affections rhumatismales; en tous cas, il est rare qu'elle acquière une grande intensité.
Loi du courant musculaire, et modification qu'éprouve cette loi par l'effet de la contraction. (Extrait d'une note de M. de Bois-Reymond , de Berlin, lue à l'Académie des sciences dans la séance du 26mars 1 860.)
Volta avait trouvé que, pour obtenir les contractions de la grenouille sans l'inter-
vention d'une action électro-motrice étrangère, il fallait intéresser au contact l'aponévrose du tendon d'Achille, qui recouvre la partie inférieure du muscle gastrocnémien.
En 1841, M. Matteucci découvrit que la contraction s'obtient non moins facilement en mettant en contact le nerf avec une section transversale du muscle au lieu de l'aponévrose ; et un an plus tard, il trouva que l'intérieur du muscle se comporte dans cette expérience, à l'égard de sa surface, comme le ferait le cuivre à l'égard du zinc dans un appareil électro-moteur.
En 1842, M. de Bois-Reymond établit ainsi la loi du courant musculaire : Toutes les fois qu'un arc conducteur est établi entre un point quelconque de la coupe longitudinale, soit naturelle, soit artificielle, du muscle et un point également arbitraire de la coupe transversale, soit naturelle , soit artificielle , du même muscle, il existe dans cet arc un courant dirigé de la coupe longitudinale à la coupe transversale du muscle.
M. de Bois-Reymond entend par coupe longitudinale du muscle une surface du muscle telle, qu'elle ne présente que les côtés des prismes qui figurent les faisceaux primitifs. Il dit coupe longitudinale naturelle quand il s'agit de la surface charnue des muscles intacts, et, au contraire, coupe longitudinale artificielle quand il s'agit d'une pareille surface mise à découvert, soit à l'aide du scalpel, soit parle déchirement du muscle.
Par coupe transversale, il entend la section faite par un plan perpendiculaire ou oblique à la direction des prismes qui figurent les faisceaux primitifs. La coupe transversale est artificielle quand elle est mise à découvert au moyen du scalpel , et elle est naturelle quand elle est formée par l'ensemble des extrémités de tous les faisceaux primitifs qui vont aboutir côte à côte au tendon du muscle.
Après la découverte de cette loi , M. de Bois-Reymond a cherché à exposer les modifications qu'elle éprouve par suite de la constriction du muscle.
Ce savant a fait l'expérience suivante, en faisant entrer le muscle- en tétanos afin de prolonger sur l'aiguille du galvanomètre l'action électro-motrice.
Qu'on imagine les deux extrémités du galvanomètre appliquées à deux points quelconques du muscle^ L'aiguille sera maintenue dans une déviation constante. A l'instant où le muscle entre en tétanos, on voit l'aiguille reculer, dépasser le zéro du cadran et aller osciller de l'autre côté pendant la durée du tétanos, et on trouve que, quels que soient les points du muscle auxquels on ait appliqué les extrémités du galvanomètre, la grandeur de l'action négative qui accompagne le tétanos est dans chaque cas donné proportionnelle à l'intensité primitive du courant musculaire.
THERAPEUTIQUE.
Découverte à peine depuis deux siècles , rÉlectricité resta pendant longtemps dans le domaine des physiciens; mais au milieu du siècle dernier, en 1740, Jalabert, médecin de Genève [Expériences sur l'Électricité , Paris , 17iO) , l'introduisit dans la thérapeutique médicale. Ses essais furent répétés un peu plus tard par Lindhulf, médecin suédois, et par le célèbre de Haen. Le peu d'avantage qu'on en retira fit négliger ce moyen ; mais vers 1778 , la Société royale de médecine ayant nommé, dans son sein, une commission pour examiner avec soin la question de l'Électricité, il se fit, sur cette matière , une multitude d'expériences , et il se publia une infinité d'écrits, dans lesquels on trouve plus d'enthousiasme ou de prévention qu'il ne devrait y en avoir dans les questions scientifiques.
Il faut toutefois juger avec moins de sévérité les travaux de Mauduyt, qui fut chargé par la Société royale de médecine de la direction du traitement par l'Électricité. Il faut encore mentionner honorablement le mémoire publié en 1782, dans le Journal de Médecine de Vandermonde, par Duboueix de Clisson, en Bretagne (t. LVIll). Mais le plus beau travail qui ait été fait sur la matière est certes celui que Poma et Arnaud de Nancy publièrent , en 1787, dans le même journal (t. LXXIl et LXXIIl). Comme ce mémoire fixe véritablement l'état de la science à cette époque relativement à l'application de l'Électricité médicale , nous l'analyserons avec détail , pour bien faire voir à nos lecteurs le point d'où sont partis les auteurs qui, de nos jours, se sont occupés du même sujet.
Les maladies contre lesquelles Poma et Arnaud ont employé l'Électricité sont les rhumatismes, les paralysies , la surdité, les scrofules , la chlorose, le rachitis , l'ankylose et la goutte sereine. Leurs observations sont nombreuses et très-bien détaillées , mais malheureusement elles ont été faites à une époque où manquaient les éléments du diagnostic anatomique , important surtout quand il s'agit de juger de la nature d'une affection nerveuse.
Leurs malades furent aussi soumis à divers traitements en même temps que l'Électricité fut employée; mais on doit dire que cette dernière médication ne fut employée, en quelque sorte, qu'en désespoir de cause, de manière qu'il ne serait pas logique d'imputer aux moyens employés antérieurement les bons effets observés seulement après qu'on eut commencé l'usage de l'Électricité.
Rhumatismes. Ils ont traité vingt et un rhumatismes. En général, les malades subissaient une et assez souvent deux séances électriques par jour. L'Électricité leur fut administrée sous forme de bains qui duraient depuis un quart d'heure jusqu'à une heure et même une heure un quart, sous forme de frictions; on tirait également des étincelles des parties malades, et on excitait des commotions plus ou moins énergiques, suivant la susceptibilité de chacun.
Des vingt et un malades dont l'histoire est rapportée, quatre furent guéris, onze furent plus ou moins soulagés, un éprouva une amélioration qui ne persista pas , cinq n'obtinrent aucun amendement.
Et il ne faut pas croire que les malades guéris n'eussent que des affections légères et qui se seraient probablement dissipées spontanément. Une femme, entre autres, âgée de quarante-cinq ans, était affectée, depuis quatre ans, de douleurs rhumatismales dans les articulations carpiennes; il en était résulté une rétraction permaiïente de la main sur Tavant-bras. Son traitement dura trois mois-, pendant lesquels elle subit 50 séances électriques. Un homme de quarante ans était sujet depuis vingt ans à dea douleurs rhumatismales, et, depuis quatre ans , il éprouvait une rétraction invincible de la cuisse sur la fesse. Son traitement dura quatre mois, pendant lesquels il se soumit à 114 séances électriques.
Les effets généraux du traitement furent très-remarquables. Deux des vingt et un malades éprouvèrent une très-notable accélération du pouls. Huit eurent des sueurs plus ou moins abondantes ; il n'y eut rien de fixe quant ,à l'époque où se manifesta cette sécrétion. Chez quelques-uns elles se montrèrent dès la première séance; chez d'autres elles ne parurent qu'après la huitième. Chez la plupart, ces sueurs persistaient pendant tout le traitement, et elles étaient générales , mais deux malades ne les éprouvèrent que sur les parties affectées.
Cinq malades eurent une augmentation manifeste de là sécrétion urihaire.
Un autre éprouva une salivation assez abondante.
Nous ferons observer que, chez plusieurs malades, l'amélioration était précédée d'une assez grande augmentation dans les douleurs. Cette exacerbation s'est quelquefois montrée à plusieurs reprises pendant le cours du traitement, qui n'en était pas moins continué sans plus d'inconvénient. Pourtant, si les douleurs étaient par trop vives, on cessait les séances pendant plusieurs jours pour les reprendre ensuite.
Quant à l'issue probable de la médication sur un malade donné , Poma et Arnaud pensent qu'il est impossible de la pressentir, puisqu'ils ont guéri certains rhumatismes les plus chroniques et les plus graves avec quelque facilité , et que , par contre , ils ont échoué complètement dans le traitement de rhumatismes qui n'avaient rien de grave et qui ne duraient pas depuis fort longtemps.
Paralysies. Douze malades paralytiques ont été soumis par Poma et Arnaud au même traitement électrique. De ces douze , cinq ont été guéris ou à peu près, un a éprouvé une amélioration qui n'a pas persisté, quatre n'ont rien obtenu, deux sont tombés, après le traitement, dans un état pire qu'auparavant.
Les phénomènes généraux développés sous l'influence de la médication ont été plus constants que chez les rhumatisants ; ainsi les sueurs ont été observées chez tous les malades qui ont éprouvé de l'amélioration et chez presque tous les autres.
Le nombre d'électrisations nécessaires pour obtenir la guérison a paru se
8iG EXCITANTS DU SYSTÈME MUSCULAIRE.
trouver en rapport assez exact avec la durée de la paralysie; ainsi, pour ne parler que des malades qui éprouvèrent des effets salutaires, une petite fille de huit ans^ paralytique depuis deux ans, fut guérie après 53 électrisations : ce furent 26 séances pour un an de maladie. Un jeune garçon de onze ans, paralysé depuis trois ans, eut besoin de 57 séances, c'est-àdire i9 séances par année de maladie.
Un homme de quarante et un ans, hémiplégique depuis trois ans et demi, eut besoin de 80 séances : 23 séances pour un an de paralysie.
Enfin, un homme de vingt-six ans, complètement hémiplégique depuis deux ans et demi, avec insensibilité totale du côté paralysé (il ne sentait pas même un fer rouge), fut parfaitement guéri après avoir été soumis 61 fois à l'action du fluide électrique : 24 fois pour un an de durée de la maladie.
D'où il faut conclure que, toutes choses était égales d'ailleurs, il faut d'autant plus de séances électriques que la paralysie date de plus loin.
Il est à regretter qu'à l'époque où vivaient les auteurs de cet excellent travail, la connaissance des maladies du cerveau et de la moelle ne fût que peu avancée. Tout ce qu'on peut savoir, c'est que chez certains malades la moitié avait été abolie à la suite de convulsions; chez d'autres, elle était survenue subitement et sans causes appréciables.
Remarquons, avant de terminer cette analyse, que, le plus souvent, la guérison était précédée de douleurs, d'élancements ou de fourmillements dans les membres aiîectés ; quelquefois aussi le côté malade devenait le siège unique de sueurs assez copieuses.
Scrofules. Poma et Arnaud voulurent aussi constater l'action de l'Électricité sur la curation des tumeurs scrofuleuses. Sur six jeunes filles qu'ils traitèrent, une seule fut guérie, de sorte qu'on ne peut dire siée fut par le traitement ou seulement pendant le traitement.
Ces faits précieux, et quelques autres observés par quelques praticiens honnêtes, et entres autres par Halle [Dictionnaire des Sciences médicales , art. Électricité), ne permettent pas de douter que cet agent thérapeutique ne puisse rendre de très-importants services, principalement dans le traitement du rhumatisme et des paralysies.
Vers 1787, époque à laquelle fut publié le travail de Poma et Arnaud, la valeur pratique de l'Électricité était assez ttien connue; mais on s'éloigna de l'observation; des faits on passa à la théorie, et bientôt furent bâtis des systèmes tellement absurdes que les physiciens en firent avec raison l'objet de leurs railleries, et le juste discrédit jeté sur les explications des médecins rejaillit sur un moyen utile.
Cependant les découvertes de Galvani et de Volta off'raient à la médecine une nouvelle source d'Électricité bien précieuse pour la physiologie et la thérapeutique. Mais, soit qu'on n'en sût pas tirer parti, soit qu'on n'en connût pas les propriétés spéciales, soit enfin que les appareils alors en usage (les piles de Volta et de Gruikshank) fussent insuffisants, ou d'une action irrégulière, ou d'une application difficile et incommode, l'Électricité
dynamique ne fut employée que dans certains cas exceptionnels, et ne put sauver TÉlectricité médicale, sinon d'un complet abandon, du ncioins d'une indifférence générale.
Tel était l'état de l'Électricité médicale à l'époque où Sarlaudière eut l'ingénieuse idée de faire servir l'acupuncture à diriger et à limiter la puissance électrique dans la profondeur des organes. Cette méthode ^ qui suppléait à la faiblesse des appareils , en augmentant la puissance de l'action physiologique de l'Électricité sans exposer le malade aux effets foudroyants de la bouteille de Leyde. remplaça bientôt les procédés anciens et donna une nouvelle vie à l'Électricité médicale. Magendie contribua puissamment, par l'autorité de son nom et par ses belles recherches, à la vulgariser.
Mais les inconvénients de 4'électro-puncture sont tels, ainsi que nous l'établirons à l'article Electi^o-puncture, que l'usage doit en être de plus en plus restreint et réservé principalement au traitement de certaines affections chirurgicales, par exemple, à la coagulation du sang dans le traitement des anévrismes.
Grâce aux travaux récents du docteur Duchenne, de Boulogne, l'Électricité médicale semble entrer dans une ère nouvelle. Cet expérimentateur, ayant démontré que chaque espèce d'Électricité possède des propriétés spéciales, a étabU qu'on ne peut les appliquer indifféremment à l'Électricité.
Il a posé ensuite les principes qui doivent présider au choix des appareils d'électrisation, et a imaginé des appareils qui réunissent l'ensemble des conditions nécessaires à leur application à la thérapeutique et qui sont plus au niveau des progrès récents de l'art de l'électrisation.
Ces connaissances électro-physiologiques et l'application de ces appareils de précision lui ont permis de créer une méthode d'électrisation qui consiste à limiter la puissance électrique dans l'organe malade sans exposer les organes sains aux dangers de l'excitation.
Entin, cette méthode d'électrisation a trouvé dans ses mains de nombreuses et heureuses applications.
Les travaux du docteur Duchenne, de Boulogne, ont acquis une tellaimportance, surtout au point de vue thérapeutique, que tout en lui empruntant de nombreux fragments des publications qu'il a faites enl850 et 1851 dans les Archives générales de Médecine, nous serons obligés de renvoyer , pour la partie purement physique et physiologique de ses travaux, au bel ouvrage qu'il a publié depuis sous ce titre : De l' Électricité localisée, et de son application à la Physiologie, à la Pathologie et à la Thérapeutique, Paris, Baillière, 1855.
Pour compléter les notions physiques sur l'Électricité que nous avons dû donner d'abord, nous n'ajouterons qu'un mot sur l'Électricité d'induction, parce que c'est presquela seule qui importe à la thérapeutique médicale ; les deux autres espèces, savoir l'Électricité statique et l'Éleclricité galvanique, n'étant guère en usage que dans la thérapeutique chirurgicale.
Les courants d'induction ont des propriétés physiologiques qui les distinguent essentiellement des courants de la pile; ils sont seuls applicables thérapeutiquement, quand il faut agir avec une grande intensité^ sans produire de désorganisation.
Les courants d'induction eux-mêmes ne possèdent pas absolument les mêmes propriétés physiologiques, quand ils ont une origine dillérente.
L'un d'eux détermine des contractions musculaires vives; mais il a moins d'effet sur la sensibilité cutanée. C'est le courant d'induction depremier ordre, qui se produit dans une bobine parcourue par le courant d'une pile au moment où l'on établit et oîi l'on interrompt le circuit 5 tel est aussi le courant d'induction qui se développe dans une bobine inductrice, sous Tinfluence d'un aimant.
Le courant d'induction de second ordre, produit par l'influence du courant de premier ordre, qu'il ait une origine volla-électrique ou magnétoélectrique, exerce une action spéciale sur la sensibilité cutanée. Il excite plus vivement la rétine que le courant de premier ordre. Cette différence est plus notable dans l'appareil magnéto-électrique, qui par son intensité approche beaucoup de l'Electricité galvanique.
On désigne indifféremment, dans la pratique, sous le nom de galvanisation, l'emploi de l'Électricité de contact et de l'Électricité d'induction. On comprend les conséquences fâcheuses d'une telle confusion, maintenant qu'il est bien étabh que ces diverses sources électriques possèdent des propriétés physiologiques et thérapeutiques différentes. • La dénumination de galvanisation doit donc être uniquement apphquée à l'emploi de l'Électricité de contact. Puisqu'il est absolument nécessaire d'introduire dans le langage un mot qui désigne exactement l'Électricité d'induction ou son application, n'est-il pas permis de le tirer du nom du savant qui a découvert cette espèce d'Électricité? Ainsi, de même que Galvani a laissé son nom à l'Électricité de contact, de même aussi on peut, ainsi que l'a fort bien dit M. Duchenne, de Boulogne, donner à l'Électricité d'induction le nom de faradisme , et aux appareils qui fournissent l'Électricité d'induction celui d'appareils faradiques; enfin leur application sera désignée par le mot faradisation. Cette dénomination nous paraît d'autant plus légitime qu'elle établit une distinction bien tranchée entre l'Électricité d'induction et l'Électricité de contact, en même temps qu'elle consacre le nom d'un savant (Faraday) à qui la médecine doit une découverte bien plus précieuse pour la thérapeutique que celle de Galvani.
La possibilité de limiter et de doser un agent tel que l'Électricité, d'en obtenir à volonté des effets calorifiques ou chimiques, suivant les indications spéciales, d'exciter à la fois la sensibilité et la contractilité d'un muscle ou seulement cette dernière propriété, de développer instantanément et rapidement sur tous les points de l'enveloppe cutanée tous les degrés de sensibilité, depuis le simple chatouillement jusqu'à la douleur la plus aiguë, sans désorganiser les tissus et même sans y laisser aucune trace visible après elle, ou en y produisant à volonté tous les degrés de la brûlure, la
possibilité, disons-nous, de gouverner à son gré une telle force à travers les organes de l'homme, a dû changer complètement de face l'Électricité médicale.
On connaît, en effet, les beaux travaux électro-physiologiques, pathologiques et thérapeutiques que l'auteur de l'électrisation localisée doit à l'emploi de sa méthode.
L'étude de l'art de l'électrisation localisée nous paraît aujourd'hui le complément de l'éducation médicale.
C'est en raison de son importance, principalement au point de vue thérapeutique, que nous croyons devoir faire connaître dans notre traité de thérapeutique la méthode l'électrisation localisée. ■
En conséquence, nous exposerons la description que le docteur Duchenne, de Boulogne, a donnée de sa méthode dans les Archives générales de Médecine, et les heureuses applications qu'il en a déjà faites à la thérapeutique.
a Diriger et limiter la puissance électrique dans chacun des organes sans piquer ni inciser la peau, tel est le but de cette nouvelle méthode, que j'appelle électrisation localisée . Je dirai rapidement comment j'ai été conduit à l'unaginer, et à la préférer aux anciens procédés d'électrisation. Mes premiers essais ayant été, sinon malheureux, du moins peu encourageants, je crus devoir attribuer ces insuccès à l'imperfection des procédés opératoires alors en usage dans la pratique, et auxquels j'avais eu recours jusqu'alors. Le plus grand défaut de ces procédés était de ne pas permettre d'agir sur l'organe malade sans exposer les organes sains et quelquefois le système nerveux tout entier, aux inconvénients ou aux dangers de la stimulation électrique.
» Il me parut alors qu'on obtiendrait des résultats peut-être plus importants et plus réguhers s'il était possible ou d'arrêter l'électricité dans la peau sans stimuler les organes qu'elle protège , ou de traverser ce tissu , sans l'intéresser, pour concentrer cette puissance dans un nerf, dans un muscle, ou enfin de faire pénétrer l'agent électrique dans les organes profondément situés.
» L'Électricité statique ne me permit pas d'obtenir cette localisation; mais, grâce à l'Électricité dynamique, qu'elle me vînt des batteries voltaïques ou des appareils d'induction, je pus fixer la puissance électrique sur les limites du corps , ou lui faire traverser la peau , sans l'exciter, pour cencentrer son action dans les organes qu'elle protège.
]D Dès lors il me fut possible de créer cette méthode qui localise l'excitation électrique dans chacun des organes. Je vais essayer d'exposer ses divers procédés et ses principales applications thérapeutiques en traitant successivement : \° de V électrisation cutanée', 2° de l'électrisation musculaire ; 3° de l'électrisation des organes intérieurs, des organes des sens et des organes génitaux chez l'homme.
820 EXCITANTS DU SYSTÈME MUSCULAiHE.