‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 3)Chapitre 107 sur 125 · I. — ÉLECTRISATION CUTANÉE · texte numérisé non relu

I. — ÉLECTRISATION CUTANÉE

» L'électrisation cutanée peut se pratiquer au moyen de l'Électricité statique ou de l'Électricité dynamique. On sait que, pour limiter V Électricité statique dans la peau, on dnit agir à faible tension. En effet, l'excitation cutanée par cette espèce d'Électricité ne franchit certains degrés d'intensité qu'à la condition de pénétrer plus ou moins profondément les organes et de produire des effets de commotion. C'est pourquoi l'action thérapeutique de l'électrisation statique cutanée, qui est faible et presque toujours insuflisante, est rarement indiquée.

» J'ai déjà dit que l'excitation cutanée par l'Électricité dynamique se pratique à l'aide d'excitateurs secs appliqués sur la peau sèche elle-même, et qu'elle se manifeste par une sensation plus ou moins vive, selon le degré d'intensité du courant, depuis le chatouillement jusqu'à la douleur la plus vive. Mais on sait aussi que le galvanisme ne peut agir sur la peau sans occasionner un travail plus ou moins considérable (la vésication ou la cautérisation), tandis que le faradisme n'y produit pas d'autres phénomènes organiques que de petites élevures , ou de l'érythème. 11 s'ensuit que la galvanisation cutanée n'est indiquée que dans certains cas rares où l'on veut agir chirurgicalement sur la peau à la manière du feu, et que la faradisation cutanée, qui, au contraire, respecte les tissus, est un des agents thérapeutiques les plus précieux et le plus fréquemment indiqués.

» Ces motifs me déterminent à traiter spécialement de la faradisation cutanée.

FARADISATION CUTANEE.

A. — Procédés divers de faradisation cutanée.

» Les différences d'excitabilité électro-cutanée des diverses régions (\\\ corps nécessitent l'emploi des procédés particuliers de faradisation.

» Ces procédés sont de trois espèces : 1° la faradisation par la main électrique; 2° la faradisation par les excitateurs métalliques pleins ; 3° la faradisation par les tils métalliques. Chacun d'eux possède une action physiologique et thérapeutique spéciale, dont on peut tirer parti comme agent thérapeutique. Je vais décrire chacun de ces procédés de faradisation.

„. j.,. » 1° Faradisation cutanée par la main électrique. Dans

ce procédé, on se sert d'un excitateur humide (une éponge enfoncée dans un cylindre, pareil à celui que nous avons fait représenter dans la fig. 4), et que l'on fait communiquer avec un des pôles de l'appareil. On le place sur un point très-peu excitable de la surface du corps du malade, sur la région sacro-lombaire, par exemple, et le second excitateur, en rapport avec l'autre pôle, est tenu dans les mains de l'opérateur. Celui-ci , après avoir desséché la

lMJ.%.

peau du malade à laide d'une poudre absorbante , passe rapidement la face dorsale de sa main libre sur les points qu'il veut exciter.

» 2° Faradisation cutanée par les corps métalliques pleins. Il faut dessécher la peau comme précédemment. Cependant, si Tépiderme est trop épais et trop dur, comme cela se rencontre dans plusieurs professions , et principalement aux pieds et aux mains, qui sont souvent en contact avec Feau et avec Tair, on humecte très-légèrement la peau, pour que Fexcitation électrique arrive dans l'épaisseur du derme.

Enfin, on applique ou l'on promène -sur la peau les excitateurs métaUiques pleins, cylindriques, olivaires , ou coniques (fig. i , 2 et 3) . Les premiers sont de stinés à exciter, par leur face externe , la peau des membres et du thorax. Les seconds servent à la faradisation du cuir chevelu.

» Ces excitateurs doivent toujours être promenés plus ou moins rapidement sur les parties malades. Dans certains cas particuliers, lorsqu'il est besoin de produire dans un point très-limité une vive révulsion, on laisse en place pendant quelque temps la pointe de l'olive ; c'est le don électrique, ainsi appelé parles malades, qui comparent son action à celle d'un clou brûlant qu'on enfoncerait dans la peau , et qui peut être appliqué surtout au voisinage de la colonne vertébrale.

» 3° Faradisation cutanée par les fils métalliques. Les fils métalliques (fig. 4 et 5) sont employés, sous forme de vergettes ou de balais enfoncés dans des cylindres qui se vissent également sur des manches isolants. Il y a deux manières de faradiser par les fils , métalliques : tantôt on parcourt la surface malade en frappant légèrement la peau avec l'extrémité des balais : tantôt on les laisse en place , aussi longtemps que le malade peut les supporter. Le premier procédé, connu sous la dénomination de fustigation électrique, est le plus usité. Le second , rarement supporté par les malades, peut être employé cependant dans des affections profondes, comme les tumeurt blanches. C'est ce qu'on appelle le moxa électrique»

Fig,^.

Fig. ô.

B. — Action physiologique de ces divers procédés de faradisation cutanée.

» L'application de la main électrique à l'excitation de la sensibilité cutanée produit à la face et sous l'influence d'un courant intense, une sensation très-vive; mais sur les autres parties du corps elle développe une sensation à peine appréciable. La vive crépitation produite par le passage rapide

de la main sur Tenveloppe cutanée du corps est le seul phénomène appréciable (1).

» Les excitateurs métalliques pleins agissent énergiquement sur la sensibilité cutanée de la face, même avec un courant peu intense. Ils stimulent vivement la peau du tronc; mais ils sont presque toujours impuissants sur les mains et sur la plante des pieds, quelle que soit l'intensité du courant.

» Les fils métalliques excitateurs triplent la puissance de la faradisation sur la sensibilité de la peau, et sont les seuls qui puissent exciter vivement cette dernière aux mains et à la plante des pieds.

» Les genres de sensations développées par ces divers procédés de faradisation diffèrent les uns des autres. Ainsi la main électrique produit à la face l'effet d'une brosse rude qui déchire la peau; les corps métalliques pleins donnent une sensation de brûlure superficielle ; les fds métalliques exercent une action plus profonde. Lorsqu'on laisse ces derniers en place, ils occasionnent la sensation qui serait produite par des aiguilles brûlantes enfoncées dans les tissus. La fustigation par les fils métalliques donne une sensation qui ne diffère de la précédente que par la durée. Rien n'égale la sensation produite par les fils métalliques excitateurs, pas même le feu, au dire des malades auxquels on a appliqué le moxa ou la cautérisation transcurrente. Il est assurément difficile d'exprimer exactement ces différents genres de sensations. Je crois en donner une idée en me servant des comparaisons que font habituellement les malades qui me rendent compte des impressions qu'ils éprouvent pendant la faradisation cutanée.

» A l'état normal, l'excitabilité électro-cutanée varie considérablement dans certaines régions du corps. Il importe au succès du traitement faradique, soit des anesthésies cutanées, soit des diverses lésions de la sensibilité tactile, de connaître la différence d'excitabilité de chacune de ces régions. " » La peau de la face doit à la cinquième paire son exquise sensibilité. Aussi, son excitabilité électrique est telle, que le courant faradique le plus faible y produit une vive sensation, alors même que ce courant exerce une action à peine appréciable sur les autres parties du corps. La peau de la face est beaucoup plus sensible à l'action électrique dans les points les plus voisins de la hgne médiane; son excitabilité est plus grande sur les paupières, le nez et le menton, que sur les joues. La peau qui recouvre la paupière supérieure, les ailes et le lobule du nez et surtout les bords des orifices des narines, la dépression sous-nasale de la lèvre supérieure, le lieu de jonction de la peau et de la muqueuse labiale sont les points qui ressentent le plus vivement l'excitation électrique.

(1) « L'effet physiologique de cette opératioa a quelque analogie avec ce qu'on a appelé le bain électrique. Dans les deux opérations, l'Electricité positive ou négative se porte à la surface du corps, et s'en^chappe pour se recomposer avec l'Électricité de nom contraire, bans le bain électrique, la tension est grande, les recompositions électriques à la surface de l'épiderme sont rares, l'action physiologique n'est pas appréciable ; dans la faradisation par la main électrique, la tension est nulle, les recompositions électriques incessantes et l'action physiologique est assez puissante. »

» Au front, la sensibilité électro-cutanée est plus grande qu'à la face, fet diminue d'autant plus, qu'on approche davantage du cuir chevelu. Elle est comparativement peu développée dans ce dernier point, où il faut un courant assez intense pour la produire.

» L'excitabilité électro-cutanée est notablement plus grande sur le cou, sur le tronc, que sur les membres ; dans la région cervicale et lombaire que sur les autres parties du tronc ; sur les faces interne et externe des membres que sur leurs faces antérieure et postérieure.

» La peau de la main jouit de très-peu d'excitabilité électrique. lien est de même de la face plantaire du pied, excepté dans sa partie moyenne et interne. Chez les individus dont les mains sont souvent exposées à l'air et à l'humidité, la sensibilité de la peau est tellement émoussée, qu'il faut recourir à des procédés particuliers et à un très-fort courant pour la surexciter.

» Les nerfs des membres qui président à la sensibilité de la peau paraissent très-peu excitables par l'agent électrique, lorsqu'on dirige son action sur leurs troncs à l'aide d'excitateurs humides placés sur leur trajet ; mais ils le deviennent lorsqu'on stimule leurs dernières ramifications. Ainsi, le nerf saphène externe est excitable seulement au-dessous de la malléole. Cette excitabilité se manifeste par une sensation de fourmillement et de picotement , qui se répand sur la face dorsale du pied et s'accroît lorsque les excitateurs suivent les divisions des filets cutanés. Les nerfs collatéraux sont très-excitables, et d'autant plus qu'on se tient plus près de la pulpe des doigts, point dans lequel ils paraissent avoir concentré toute leur puissance. L'excitation électrique des nerfs sous-orbitaire et mentonnier ne produit jamais des fourmillements ou des picotements dans la peau de la face où ils se distribuent. Leur excitation électrique donne des douleurs lancinantes des plus vives dans les incisives. Les nerfs frontaux sont tellement excitables, que la faradisation musculaire est rarement possible sur le front.

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