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C. — Action thérapeutique de la faradisation cutanée

» Il n'existe pas un seul agent thérapeutique dont l'action soit comparable à la faradisation cutanée. Elle seule peut exciter instantanément la sensibilité de la peau, soit en passant du simple chatouillement à la douleur la plus intense, soit en passant graduellement par tous les degrés intermédiaires. Elle seule peut produire à la peau une excitation que le feu égale à peine, sans désorganiser les tissus, sans même soulever l'épiderme, quelque longue que soit l'opération. La sensation qu'elle éveille cesse brusquement et complètement dès que l'excitateur n'est plus en contact avec la peau. Enfin, l'instantanéité de son action permet de porter rapidement la stimulation électrique sur tous les points de la surface du corps.

» Cette exposition des propriétés principales de la faradisation cutanée doit donner une idée de la puissance de son action thérapeutique, et permet d'entrevoir les nombreuses indications de son emploi.

» Elle me paraît indiquée toutes les fois qu'il est nécessaire ou d'agir vivement et rapidement sur la sensibilité générale, ou de produire une puissante révulsion à la peau. Je vais exposer sommairement les résultats de mes recherches sur l'influence thérapeutique delà faradisation cutanée, me réservant, toutefois, de revenir sur cette question importante dans des travaux spéciaux.

» 1° Application de la faradisation cutanée au traitement des névralgies, des doideurs rhumatismales et des hypéresthésies. La douleur peut être combattue avec succès par la faradisation cutanée quand elle n'est pas symptomatique d'une inflammation ou d'une lésion organique. J'ai eu de fréquentes occasions d'étudier l'influence thérapeutique de ce moyen dans les névralgies des membres et du tronc, dans les douleurs rhumatoïdes musculaires (névralgies des houppes nerveuses musculaires), dans les hypéresthésies cutanées (névralgies des houppes nerveuses de la peau). Les recherches que j'ai faites sur ce sujet datent du début de nos travaux électro-physiologiques et thérapeutiques, c'est-à-dire de quatre à cinq ans. Le temps et l'expérience ayant prononcé sur la valeur réelle des faits que j'ai recueilhs en grand nombre, je ne crains pas d'agir prématurément en publiant les résultats de mes observations. Je le ferai aussi sommairenient que possible.

» A. Névralgies. — En raison des limites que je me suis imposées, je ne puis étudier l'influence thérapeutique que la faradisation cutanée exerce sur chacune des névralgies en particulier. Je choisirai donc celle qui me paraît la plus fréquente , la névralgie sciatique , appliquant aux névralgies en général les considérations électro-thérapeutiques que je vais lui consacrer.

» Névralgie sciatique. — La névralgie sciatique a été dans ces derniers temps à l'ordre du jour dans le monde médical. On le doit à l'intrusion dans la thérapeutique d'une méthode empruntée à la médecine vétérinaire, c'est-à-dire à la cautérisation de l'hélix comme traitement de la sciatique. Jamais, àcoupsiàr, pratique aussi irrationnelle n'aura appelé sur elle une aussi longue discussion. Il n'a fallu rien moins que des recherches sérieuses et le concours à peu près unanime de la presse médicale pour faire ressortir tout le ridicule de cette cautérisation , qui tendait à se répandre dans la pratique sous le patronage de quelques célébrités dont le savoir et le mérite éminents exercent une haute influence sur l'opinion. La cautérisation auriculaire, comme traitement de la sciatique, est donc aujourd'hui universellement condamnée. Ce n'est point ici le lieu de rappeler les considérants de ce jugement. Mais il ressort de la discussion que cette opération a soulevée, un fait capital : c'est qu'une douleur vive et subite, développée sur tin point quelconque de l'enveloppe cutanée, jouit de la propriété de modifier profondément certaines névralgies sciatiques.

» Quel est le moyen de produire cette douleur instantanée? Je ne connais pas d'agent qui réponde mieux à cette indication spéciale que le faradisme appliqué à l'excitation de la peau. La cautérisation cutanée par le fer

rouge approche un peu de son action thérapeutique par l'instantanéité de son action, mais elle désorganise les tissus, et la douleur qu'elle produit ne peut être graduée comme la galvanisation selon le degré d'excitabilité du sujet ou de l'organe soumis à son action. De plus, cette cautérisation doit être pratiquée rapidement, sous peine d'étendre profondément son action désorganisatrice, et la vive douleur qu'elle produit cesse à l'instant où l'eschare est formée, La faradisation cutanée , au contraire, respectant les tissus, peut être fréquemment renouvelée et pratiquée indifféremment dans toutes les régions, même à la face. Enfin elle peut être prolongée longtemps sans que jamais son intensité diminue.

» Il est très-peu de névralgies sciatiques qui n'éprouvent pas l'influence immédiate de l'excitation électro-cutanée, quel que soit le point du corps où on la pratique. Mais, pour que cette influence salutaire se fasse sentir, il faut que l'impression qu'elle occasionne soit vive et subite. Il n'est pas rare de rencontrer des sujets peu irritables chez lesquels le courant le plus intense ne produit qu'une faible sensation. Chez eux, la médication électrocutanée reste, certainement, sans influence sur la névralgie sciatique. Il faut porter alors l'excitation sur un organe doué d'une grande sensibilité. C'est ainsi qu'ayant. placé l'excitateur sur la racine de l'hélix de plusieurs malades sans pouvoir produire une vive sensation, et conséquemmentsans modifier la névralgie sciatique, j'ai vu celle-ci disparaître immédiatement par la faradisation de la sous-cloison nasale. (Rien n'est comparable à la douleur produite par l'excitation de cette région ; aussi doit-on la pratiquer avec circonspection et seulement dans les cas extrêmes.)

» J'ai dit dans un autre travail: «On comprend qu'il ne peut être ici ques- » tion que des névralgies sciatiques qui prennent leur source dans un trou- » ble purement dynamique, et non de ces douleurs sciatiques qui sont ou » d'une nature inflammatoire, ou symptomatiques d'une lésion matérielle » du nerf, comme la dégénérescence cancéreuse, la compression du nerf » par une tumeur, etc. Ces dernières affections ne peuvent se ranger parmi » les névralgies, et il serait absurde, alors, d'attendre un effet curatif de la » faradisation de la peau. »

» Depuis que j'ai publié ce travail, j'airecueilU un fait extrêmement intéressant, qui permet d'espérer une influence anesthésiqne de la douleur artificielle, alors même que la douleur sciatique est symptômatique d'une lésion centrale.

» il n'existe aucune région spéciale de l'enveloppe cutanée dont l'excitation jouisse du privilège exclusif de modifier la névralgie sciatique. Cette opinion ressort de mes recherches électro-thérapeutiques; cependant il m'a paru qu'en général il vaut mieux agir loco dolcnii. Il faut alors avoir bien soin d'agir à sec, c'est-à-dire, de dessécher préalablement la peau avec une poudre absorbante; car si l'excitaiion faradique pénètre profondément, la névralgie s'aggrave au lieu de se calmer. Que de faits je pourrais rapporter à l'appui de cette opinion si opposée à celle de, Magendio, qui recommande, au contraire, de conduire l'excitant électrique presque dans

le nerf malade à l'aide de l'électro-puncture ! Voici, d'une manière générale, les phénomènes généraux qu'on observe pendant la fustigation faradique, pratiquée à sec dans la névralgie sciatique. Les papilles nerveuses se soulèvent, puis rougissent dans le point excité ; et si l'épiderme est fin, la peau se couvre de larges plaques érythémateuses. (J'ai vu quelquefois ce phénomène se produire seulement plusieurs minutes après l'application des fils métalliques excitateurs, et se prolonger d'une heure à vingt-quatre heures.) Habituellement, l'opération ne peut être supportée au delà de quelques secondes; et, à l'instant où la fustigation est suspendue, toute sensation cesse, et le malade cherche en vain sa douleur sciatique en la provoquant par des mouvements de toute espèce. Rien n'est curieux comme l'étonnement du malade qui passe subitement de la souffrance la plus vive au calme le plus parfait ; rien n'est plus agréable au médecin que la vive expression de sa reconnaissance.

» Mais l'influence anesthésique delà douleur électro-cutanée sur la sciatique n'est pas toujours aussi grande. Quelquefois la douleur névralgique est seulement calmée ou déplacée.

» Il est infiniment rare d'obtenir la guérison radicale de la névralgie sciatique en une seule séance. Je comprends difficilement qu'on ait avancé que la cautérisation auriculaire guérit le tiers des sciatiques. Un certain nombre de ces névralgies ne peuvent guérir, quelle que soit la méthode employée. Mais, en admettant qu'on ait voulu parler seulement des névralgies simples, purement rhumatismales, il est évident pour tous ceux qui ont suivi ces expériences qu'on a classé les guérisons temporaires dans les guérisons définitives.

» L'effet anesthésique de la douleur perturbatrice, quelle que soit la méthode employée, n'est donc généralement que temporaire. Ainsi, quand on a pratiqué la fustigation faradique, la douleur reparaît après un espace de temps plus ou moins long, espace qui varie d'une à huit, dix et douze heures; mais alors cette douleur est habituellement déplacée ou modifiée; puis l'on voit revenir le sommeil perdu depuis longtemps, et la marche devient plus facile. Si la fustigation faradique n'est pas renouvelée, la névralgie revient bientôt aussi intense qu'auparavant. Si l'on voyait dans cette influence fugace de l'excitation électro-cutanée une cause d'impuissance sur la cure radicale de la névralgie sciatique, il faudrait aussi accuser d'impuissance une foule de médicaments dont la valeur thérapeutique est la mieux étabhe, bien que leur action soit momentanée ou temporaire. Le sulfate de quinine, par exemple, peut couper la fièvre en une seule dose; mais souvent ce résultat ne s'obtient qu'en réitérant son administration. Il en est de même de l'excitation électro-cutanée , qui possède en outre le précieux avantage de soulager immédiatement le malade en attendant que sa guérison soit définitive. »

« Est-il besoin de dire ce qu'il faut faire pour obtenir cette guérison définitive? N'est-il pas évident qu'en persistant dans l'application de ce puissant agent modificateur, ainsi qu'on le pratique pour l'emploi de tous les

agents thérapeutiques, on aura la chance de triompher des névralgies les plus rebelles? C'est, en effet, le résultat que j'ai obtenu en renouvelant la fustigation électrique 4, 6 ou 8 fois et à des intervalles assez rapprochés. La névralgie sciatique aingi pourchassée disparaît souvent et définitivement. »

« Les malades et les médecins ne réclament en général L'intervention de l'Électricité que lorsqu'ils ont épuisé sans succès toutes les ressources ordinaires de la thérapeutique. Dans les recherches expérimentales auxquelles je me livre dans les hôpitaux, j'ai choisi, d'accord en cela avec les chefs de service qui m'aidaient de leurs conseils, les cas les plus rebelles, afin de mieux juger de la valeur de la médication faradique. Eh bien! malgré ces conditions désavantageuses, dans lesquelles l'excitation électro-cutanée s'est trouvée placée vis-à-vis de la névralgie sciatique, j'ai obtenu les résultats thérapeutiques que je viens d'exposer.

» Ce serait compromettre cet excellent modificateur que d'exagérer sa valeur thérapeutique; aussi ayouerai-je qu'il compte des insuccès; il a cela de commun avec nos meilleurs médicaments.

» B. Rhumatisme musculaire [névralgie musculaire). — On observe communément, à la suite d'un froid humide, ou d'une suppression de la transpiration, une exaltation de la sensibilité de quelques muscles dont les mouvements deviennent pénibles ou douloureux. Cette affection apyrétique se distingue des névralgies en ce qu'elle existe dans les épanouissements nerveux, tandis que les névralgies sont fixées dans les troncs ou les rameaux nerveux; en ce que la douleur qu'elle occasionne est continue, tandis qu'elle est intermittente dans les névralgies. Cette maladie disparaît souvent spontanément après quelques jours , mais elle peut passer à l'état chronique, et causer soit l'atrophie, soit la perte ou la diminution des mouvements des muscles où siège la douleur. Je ne confonds pas ces lésions rhumatoïdes avec les inflammations du tissu musculaire, dont les caractères sont bien différents, et qui réclament un traitement antiphlogistique. Il n'existe pas de remède^ plus efficace et qui agisse plus rapidement dans le traitement du rhumatisme musculaire apyrétique que la faradisation localisée. Que de lumbagos, que de douleurs des muscles de l'épaule ou du cou j'ai vus enlevés par une ou deux fustigations électriques ! Ici encore l'excitation électro-cutanée triomphe, après que les remèdes les plus énergiques, même la cautérisation transciirrente, ont été tour à tour employés sans succès.

» Ces guérisons s'obtiennent le plus souvent si rapidement et si complètement, que les malades et le médecin se laissent entraîner facilement à une sorte d'admiration pour TÉlectricité. On comprend, en présence de ces faits, les exagérations de certaines imaginations ardentes, qui ont cru trouver dans cet agent un remède pour tous les maux. Cependant, dans cette affection, où elle réussit lé mieux, dans le rhumatisme musculaire, la faradisation cutanée rencontre quelquefois une résistance inattendue; elle a échoué plusieurs fois contre des douleurs rhumatismales en apparence très-légères.

» c. Hypéresthésies. — L'exaltation de la sensibilité cutanée qui ne reconnaît pas pour cause une inflammation de la peau est tantôt symptomatique d'une lésion des cordons postérieurs de la moelle ou de leurs niembranes, et tantôt ne saurait s'expliquer que par un état pathologique des houppes nerveuses. Il est évident que le faradisme ne peut être appliqué indifîéremment à toutes ces hypéresthésies. J'ai observé dans le service de M. Cruveilhier une malade qui, après avoir soulevé un lourd fardeau, éprouva tout à coup une douleur très-vive dans la portion lombaire du rachis, une fièvre intense, et une exaltation très-grande et générale de la sem^ibilité cutanée. Ces hypéresthésies, suite d'inflammation spontanée des centres nerveux, sont assez communes. Dans ce cas le faradisme échouerait à coup sûr, si même il n'aggravait pas les accidents. Le seul traitement rationnel est évidemment le traitement antiphlogistique.

» Mon honorable confrère, M. Briquet, qui, depuis plusieurs années, se livre à d'intéressantes recherches sur l'hystérie, m'a souvent fourni l'occasion d'appliquer la faradisation cutanée au traitement de certaines hypéresthésies rebelles. Cet habile observateur a remarqué que l'exaltation dç la sensibilité siège presque constamment à gauche, au niveau des gouttières vertébrales; qu'elle commence par la peau et gagne les tissus profonds (les muscles). L'hypéresthésie s'étend plus tard aux parois de l'abdomen, et aux membres, où elle se comporte comme dans la région dorsale. J'ai vu les remèdes les plus énergiques, les plus variés, échouer contre cette affection, et l'anesthésie ou la paralysie du mouvement volontaire remplacer l'hypéresthésie. C'est principalement dans ces hypéresthésies rebelles que j'ai voulu expérimenter, avec mon honorable confrère, l'influence thérapeutique de l'excitation électro-cutanée. La peau de la malade étant sèche, je soumettais la région douloureuse à une fustigation électrique énergique pendant 2 à 5 minutes, et souvent l'hypéresthésie était enlevée ou diminuée immédiatement. La peau n'étant plus sensible au frottement, les tissus profonds pouvaient supporter la pression. Enfin, les malades disaient ressentir une sorte d'engourdissement, de bien-être dans le point fustigé, et jadis douloureux. Après cette opération, dans certains cas rares, l'hypéresthésie ne paraissait plus, mais plus fréquemment elle revenait plusieurs heures après la faradisation. Alors, tantôt elle était modifiée, plus supportable, et guérissait après quelques séances; tantôt elle se montrait aussi intense qu'après l'opération. Je dois à la vérité de dire que la moitié, pour le moins, dos malades soumises à ce mode de traitement n'ont trouvé dans la faradisation cutanée qu'zm soulagement momentané. Mais, ici encore, ce mode de traitement étai-t placé dans les circonstances les plus défavorables, puisque la plupart des hypéresthésies soumises à son action étaient anciennes et avaient résisté à toutes les ressources de la thérapeutique. Dès lors, n'eston pas en droit d'espérer que la faradisation cutanée doit guérir le plus ordinairement l'hypéresthésie hystérique?

» 2° Application da la faradisation cutanée au traitement des anesthésics. Lh môme moyen qui combat avec succcs l'hypéresthésie cutané(3 peut

rendre à la peau sa sensibilité normale, lorqu'elle est abolie, diminuée ou pervertie. Il est rare que la faradisation cutanée ne triomphe pas de l'anesthésie. Bien que dans ce travail les questions électro-thérapeutiques ne doivent être envisagées que d'une manière générale, le sujet que je vais traiter dans ce paragraphe est tellement intéressant, que je lui donnerai quelques développements.

» La faradisation par la main électrique n'exerce d'action thérapeutique appréciable qu'à la face, où elle m'a paru suftire généralement à la guérison des anesthésies cutanées qui affectent cette région. J'ai cependant rencontré des cas dans lesquels son influence était impuissante, et qui réclamaient l'application des deux autres modes de faradisation cutanée.

» Il m'est arrivé des accidents qui me font toujours redouter l'action trop vive des excitateurs métalliques dans la faradisation de la face. Leur puissance sur la sensibilité cutanée de cette région, déjà très-grande à un courant même très-faible, rend la graduation de leur action difficile. Ayant placé des excitateurs métalliques sur les tempes d'une malade atteinte d'araaurose (clinique xle M. Desmares), dans le but de produire une vive révulsion à la peau, je produisis à l'instant une ecchymose cont^idérable dans la conjonctive avec des phénomènes de congestion cérébrale. Des accidents analogues, ou des névralgies, sont toujours à craindre quand on dépasse certaines Umites. Dans la faradisation cutanée de la face par les excitateurs métalliques, il est difficile de ne pas les franchir. Aussi , lorsque, dans les anesthésies profondes de la face , on est forcé de recourir à l'application de ces excitateurs, doit-on le faire avec beaucoup de circonspection , et aussitôt que la sensibilité de la peau commence à reparaître, ces excitateurs métalliques doivent être remplacés par la main électrique, dont l'action est toujours plus douce.

» Sur le cou, le tronc et les membres, les excitateurs métalliques pleins peuvent, en général, ramener la sensibilité cutanée, quand l'anesthésie est incomplète. Mais si la peau a perdu sa sensibilité, les fils métalliques, par leur action profonde, triompheront de la paralysie, là ou les excitateurs métaUiques auront échoué. Voici comment il faut alors procéder. L'appareil est au maximum, et marche avec des intermittences rapides; les fils excitateurs sont placés sur le point de la peau frappé d'anesthésie, et sont maintenus en place jusqu'à ce qu'il y ait un commencement d'action organique : de la rougeur, de la chaleur, etc., etc. Si l'action thérapeutique est immédiate, et c'est le cas le plus ordinaire , en quelques minutes le malade éprouve dans le point excité un chatouillement, suivi d'une légère sensation de brûlure, qui va croissant rapidement, et devient bientôt intolérable.

» On recommence la même opération sur les parties voisines, jusqu'à ce qu'on ait ainsi modifié la paralysie de la peau dans une certaine étendue. Alors on remplace les fils métalliques, devenus insupportables pour le malade, par des excitateurs métaUiqaes pleins, promenés pendant un certain temps sur la partie déjà faradisée, ayant soin de diminuer l'intensité du

courant au fur et à mesure que la sensibilité reparaît. C'est à l'aide de ce procédé que j'ai souvent rendu en quelques minutes la sensibilité à un membre entier (1).

» Dans les anesthésies de la peau l'action thérapeutique de la faradisation cutanée est presque toujours limitée aux points qui sont mis en contact avec les excitateurs. II suffît quelquefois de stimuler plus ou moins vivement un point limité du corps, pour que la sensibilité revienne complètement dans toute l'étendue de la surface cutanée où règne l'anesthésie. Ainsi, des anesthésiques dont j'ai excité une petite surface cutanée ont recouvré, le lendemain de l'opération, la sensibilité, tantôt dans un membre entier, tantôt dans tous les points du corps frappés d'anestbésie. Cependant il s'en faut que toutes les anesthésies cèdent aussi facilement à l'excitation électro-cutanée. Dans le plus grand nombre des cas, non-seulement la faradisation doit être pratiquée avec énergie, mais aussi elle doit être successivement portée sur chacun des points de la surface privés de sensibilité. •

» Si l'on n'agissait pas ainsi, l'action thérapeutique de la faradisation de la peau serait parfaitement limitée aux points qui auraient été en contact avec les excitateurs. Bien souvent j'ai démontré l'exactitude de cette proposition en faisant l'expérience suivante. Ayant ramené la sensibilité, à l'aide de la faradisation, dans un point très-circonscrit de la surface cutanée paralysée, puis ayant abandonné la maladie à elle-même, j'ai observé, quelquefois quinze jours après l'opération, que cette sensibilité ne s'étendait pas au delà des limites que j'avais tracées à l'avance. J'ai quelquefois fait cette même expérience sur deux points, séparés seulement de quelques centimètres, et souvent la peau restait insensible dans leur intervalle.

» La sensibilité de la peau, rétablie par la faradisation, peut disparaître sous l'influence d'une nouvelle cause morbide. Ainsi, certains malades, dont l'anesthésie était parfaitement guérie, étaient frappés d'anestbésie de nouveau, et dans les mêmes régions du corps, après un accès d'hystérie. Mais ces rechutes sont d'autant moins faciles, que la faradisation de la peau a été pratiquée plus souvent. Voici sur quels faits s'appuie mon opinion. Chez plusieurs hystériques atteintes d'anestbésie assez étendue, j'avais ramené la sensibilité dans plusieurs points limités. Dans l'un de ces points la fiU'adisation avait été pratiquée une fois avant le retour de la sensibilité, dans un autre deux fois, enfin dans un troisième quatre à cinq fois. L'attaque d'hystérie ayant eu lieu après ces différentes opérations, j'ai observé, le lendemain de l'accès, que, dans le premier point, la sensibiUté avait disparu, qu'elle avait diminué dans le second, et qu'elle était conservée intacte dans le troisième. Cette expérience a été répétée assez souvent et en présence d'un assez grand nombre de témoins pour que je me croie autorisé à dire que, dans le traitement des anesthésies cutanées par la faradisation, la sensibilité est d'autant mieux fixée^ en d'autres termes, que l'a-

(1) Nous dirons plus loin comment il faut agir contre la paralysie des sens.

nesthésie cutanée est d'autant plus sûrement guérie, que l'opération a été renouvelée un plus grand nombre de fois.

» La faradisation cutanée peut trouver encore de nombreuses et heureuses applications On pourrait l'employer avec succès pour résoudre certaines tumeurs. Dans un cas de tumeur blanche du genou (Charité;, 32, salle Saint-Basile, 1848), le moxa électrique a paru aider la résolution, enlever les douleurs et faciliter les mouvements. Bien que le traitement n'ait pas été complet, et que je n'aie pas fait de recherches sur ce sujet, je pense que ce moyen thérapeutique devrait être expérimenté. Il a l'avantage sur le moxa ou le vésicatoire de ne pas désorganiser les tissus et de pouvoir être renouvelé souvent.

» J'ai employé l'excitation électro-cutanée dans deux cas d'engorgement des ganglions sous-maxillaires, contre lesquels on avait inutilement fait usage de pommades iodurées. L'un des malades atteints de cet engorgement était au n" 41 de la salle Saint-Félix (Charité, service de M. Andral), et l'autre se trouvait dans le service de M. Martin Solon. Sous l'influence d'excitateurs métalliques, promenés chaque jour sur la peau qui recouvrait la tumeur, l'engorgement diminua rapidement (1).

(1) C'est ici le lieu de dire que longtemps avant M. Duehenne, de Boulogne^ des expériences avaient été tentées, avec des succès divers, pour obtenir la résolution des engorgements glandulaires, à l'aide de l'Électricité. Ainsi de Haen avait employé ce moyen, mais il n'avait pas réussi; tandis que Mauduyt , Sigaud-Lafond et quelques autres avaient été plus heureux.

De nos jours, Récamier et quelques-uns de ses élèves avaient également obtenu de ce mérne moyen quelques bons résultats.

Mais depuis quelques années un certain nombre de médecins spécialistes ont repris ces expériences avec soin et persévérance ; et grâce à des instruments meilleurs et à des procédés plus parfaits, des succès nombreux et incontestables sont venus couronner leurs efforts. Parmi ces médecine, nous distinguerons surtout M. le docteur Boulu, qui, au moyen de quelques modifications ingénieuses, a fait faire quelques progrès à cette application spéciale de l'Électricité.

On sait que l'Électricité, appliquée à sec, ne s'étend guère au delà de la surface cutanée. Or ces modifications ont spécialement pour but de faire pénétrer l'excitation électrique dans l'épaisseur de la tumeur ganglionnaire, d'agir à la fois sur toute sa surface, de la cerner à sa circonférence, de manière à l'isoler des parties voisines, et à borner, autant que possible, l'action des courants aux tissus malades.

II nous est impossible d'entrer ici dans le détail des procédés ou des appareils tout particuliers dont se sert habituellement M. Boulu pour obtenir ces différents effets. Nous ne pouvons à cet égard que renvoyer le lecteur aux mémoires publiés par l'auteur lui-même, ou au rapport très-circonstancié et très-exact présenté sur ce sujet à l'Académie de médecine par M. le docteur Bouvier.

Ajoutons toutefois qu'afln d'augmenter les effets de l'Électricité dans les adénites qui résistent aux procédés les plus ordinaires, M^ Boulu emploie les sétons dits électriques pour introduire les courants au sein même de la tumeur. Ces sétons électriques ont une certaine analogie d'action avec les aiguilles de Sarlandière pour l'électro-puncture ; mais ils ont, sur ces dernières, l'avantage de n'avoir pas besoin d'être placés de nouveau chaque jour, et en même temps, de combiner l'action excitatrice de l'Électricité à l'action du séton ordinaire, qui lui-même, appliqué seul, a été reconnu utile pour la résolution de ce genre de tumeur.

A cette occasion, nous croyons devoir donner au moins une mention à une autre es-

» Dans l'asphyxie en général, la faradisation cutanée pourrait remplace.' avec avantage les vésicatoires, les sinapismes, dont l'action est lente et ne peut agir que sur des points limités. En voici un exemple : En décembre 4847, une femme avait été apportée à la Charité, dans le service de M. Andral, dans un état d'asphyxie complète, occasionnée par la vapeur du charbon. Douze heures après, la malade était dans la même situation, malgré les soins les mieux entendus. Depuis son entrée elle n'avait donné aucun signe de connaissance. En ouïrez, des raies nombreux se faisaient entendre dans la poitrine; l'insensibilité était complète dans tous les points du corps, malgré des sinapismes promenés sur l'enveloppe cutanée, des vésicatoires appliqués depuis la veille à la face interne des jambes, et qui n'avaient exercé aucune action organique. Dans cet état les fils métalliques furent posés sur la partie interne des jambes, l'appareil étant à son maximum. Les premières applications ne produisirent qu'une faible action organique dans les points excités. Mais bientôt la malade donna des signes de douleur : les fils métalliques portés sur le thorax arrachèrent des cris à la malade, qui parut reprendre connaissance. Elle put me donner la main, me montrer la langue, mais elle ne répondit à mes questions que par oui ou non. La respiration devint plus facile, les pommettes se colorèrent, les lèvres furent moins violettes. Malheureusement cette amélioration ne fut que momentanée, l'asphyxie reparut bientôt et enleva la malade. Si, douze heures plus tôt, j'avais eu l'idée d'employer ce moyen puissant et rapide, avant que l'asphyxie eût exercé de si grands ravages, la faradisation eût peut-être triomphé.

§ II. — ÉLECTRÏSATION MUSCULAIRE.

» JJ Électricité statique , on le sait, ne peut pénétrer, en généra., jusqu'au tissu musculaire sans exciter à la fois la pe^a et sans produire de commotion. Aussi l'électrisation statique appliquée à l'excitation musculaire est-elle aujourd'hui presque universellement abandonnée. On lui préfère avec raison le galvanisme ou le faradisme.

» Le galvanisme peut exciter très-énergiquement la contractilité musculaire; mais son action calorifique ou chimique, et la propriété qu'il possède d'affecter vivement la rétine lorsqu'on l'applique à la face, suffiraient, selon moi, pour faire proscrire son emploi dans le traitement des affections musculaires, surtout quand il exige de fréquentes opérations gelvaniques. D'ailleurs, le galvanisme n'eùt-il aucun de ces inconvénients , les causes

pèce de selon : nous voulons parler des sétons galvaniques de M. MiddeldorplT, dont on s'esl beaucoup occupé dans ces dernières années. Ces sélons sont employés pour porter l'action calorifique de la pile dans les trajets flstuleux, au sein de tumeurs vuscuiatres, pour y déterminer un travr.il inflammatoire, et, par suite, en amener rdblilération. Des résultats intéressants paraissent avoir été obtenus à l'aide de ce procédé de galvanocaustique. (Voir un extrait du tra- ail de M.MiddeldorpIl'dans les Archives, J865 }

d'affaiblissement imprévues auxquelles est exposée sa puissance physiologique le rendraient encore inapplicable à cette méthode, qui consiste à localiser l'excitation dans chacun des muscles ou des nerfs. Comment, en effet, mesurer une force qui subit de telles variations, ainsi que je l'ai établi? Comment la graduer de manière à distribuer à chacun des organes l'intensité qui convient à son degré d'excitabilité? C'est pourquoi l'électrisation localisée sera toujours difficile, sinon impraticable, avec le galvanisme (1).

» Il n'en est pas de même de l'Électricité d'induction {du faradisme), dont les appareils, dans leur état actuel de perfectionnement mesurent aujourd'hui les doses électriques avec une si grande précision, et s'approprient si bien au mode et au degré d'excitabilité des organes.

» L'électrisation musculaire ne doit donc être pratiquée qu'avec l'Électricité d'induction. Je vais dire comment elle se pratique, et quelle influence thérapeutique elle exerce dans les affections musculaires et principalement dans les paralysies.

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