‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 3)Chapitre 13 sur 125 · L INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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bien plus de forées que de formes. Les tissus de Bichat n'ont pas un sein assez fécond ; ses propriétés vitales manquent d'intussusception et à'énormon, et si l'on peut ainsi dire, elles ne sont pas assez engendrées, pour fournir une autre médecine que la médecine anatomique.

Mais au génie facile et régulier de Bichat , il n'est pas aisé de joindre le génie plus original de Bordeu et la vigueur révolutionnaire de Broussais. Bordeu est beaucoup plus profond que Bichat et Broussais j mais aussi , il est beaucoup plus confus et plus enveloppé qu'eux. Voilà pourquoi il futmoins célèbre et moins populaire. Sans lui Bichat n'eût pas exislé. Anatomisle plus positif et plus judicieux i Bichat n'est ni physiologiste aussi hardi, ni médecin aussi pénélrànt. Pourtant, il faut le dire, Bordeu, malgré son génie, ne pouvait être l'auteur de la Réforme médicale moderne. Il n'avait pour cela ni les qualités ni les défauts nécessaires. Bordeu. n'a que des traits, des vues. Il inspire plus qu'il n'éclaire. 11 fait bien penser les forts, mais il est peu propre à instruire les faibles. Il abonde en aperçus, mais il n'a pas de système méthodique. On peut trouver en lui de quoi faire une doctrine : on n'y trouve pas de doctrine faite. Or, le regard du public n'est saisi que par une composition achevée, d'une facile compréhension et réalisant immédiatement une pratique commode. Peut-être aussi, Bordeu a-t-il trop d'esprit pour être fortement convaincu; et nous ne pensons pas que cette nature fine et élincelante, pût avoir l'opiniâtreté indomptable et les convictions puissamment bornées, indispensables à un réfor^ mateur.

Une autre raison devait l'empêcher de jouer ce rôle immédiatement et par lui-même : c'est qu'il est encore tout imprégné d'antiquité médicale et d'hippocralisme. 11 veut en allier les traditions avec les vérités nouvelles du vitalisme organique, et rajeunir ce corps respectable en lui infusant la sève jeune et impétueuse qui déborde de ses conceptions. Malheureusement, la fusion n'existe pas dans ses œuvres, et les deux éléments sont plutôt mêlés et confondus que véritablement unis. Son idée capitale (et elle est immense), c'est la vie propre des organes , par où il est supérieur k Bichat. Eh bien ! si le chjmisme et le mécanicisme fuient devant celte idée comme les ténèbres devant le jour , l'humorisme y reste encore attaché dans notre auteur , et la vicie. Or, avec l'humorisme, et hors des mains originales de Bordeu, lechimisme et l'iatromécanique peuvent toujours renaître comme la plante de son fruit. Enfin, une dernière preuve que Bordeu n'accomplit pas et ne peut accomplir la Réforme, c'est que, en dépit de ses

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grandes vues, la Thérapeutique reste ce qu'elle était. Ses idées si neuves, si vraies, si fécondes, ne modifient en rien l'esprit général de la Médecine pratique. Il faut que Bichat, avec sa clarté et ses applications séduisantes, vienne.rétrécir et systématiser les aperçus de Bordeu, afiii d'éveiller et de captiver les esprits. Par lui, le vitalisme organique est faussé, c'est vrai; mais on voit clair, on sort du [lassé, et si c'e'stpour se lancera la poursuite d'une erreur, c'est aussi pour faire une riche moisson de faits nouveaux, de vérités partielles qui conduiront inévitablement de l'anatômie morte à l'anatomie vivante, et de la Médecine anatomique a une médecine éclairée par la scienc-e de la vie propre des organes et de leurs éléments à l'inOni. C'est le microscope manié par le vitaliste, appliqué par lui a l'organogénésie , non a l'anatômie morte ^ toujours mécanique; ce sont les études d'anatomie et d'embryogénie comparées, qui inaugureront positivement le nouveau vitalisme. Mais l'impartiale histoire dira que Bordeu et Hunter en ont été les fondateurs immortels.

L'anatômie et la physiologie enirent beau pénétrer en Angleterpe et en Allemagne, elles ne purent y détruire les idées corrélatives de maladie et de médicament. Mais si ces idées s'y conservèrent, elles ne s'y incorporèrent pas aux idées nouvelles, elles n'y prirent pas le caractère systématiquement physiologique et anatomique que leur imprima la Réforme médicale française. C'est ce mélange confus de l'ontologie médicale, du nosologisme, de la polypharmacie ancienne, avec les tendances nées de la physiologie et de l'anatômie modernes, qui caractérise la Thérapeutique et la Matière médicale de l'Angleterre et de l'Allemagne. Cette dernière nalioH et l'Italie ont eu pourtant deux systèmes originaux, l'homœopathie et le brownisme modifié ouïe contro-stimulisme, qui ont exercé une influence très-intéressante sur la Matière médicale et la Thérapeutique.

Transporté en Allemagne, le brownisme y remua beaucoup les esprits, mais il ne produisit qu'une réforme incomplète. Les idées d'irri'^bililé, de force et de faiblesse, et tout ce qui se rattache à ce nervosisme abstrait et séduisant par sa simplicité, fut accepté avec enthousiasme. Mais le génie allemand ne dut pas se contenter de cette clarté provisoire; et comme il ne se rencontra pas dans ce pays un Broussais pour porter l'idée brownienne avec son unité, sa clarté et sa simplicité, dans la direction anatomique oii couraient ^lors les esprits, on emprunta un peu partout de quoi compléter celte idée, et

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