‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 3)Chapitre 14 sur 125 · LU INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LU INTRODUCTION

la réforme fut éclectique, confuse, inintelligible, au lieu d'être une, radicale et simple commeen France. On voit bien Marcus, par exemple, précéder Broussais dans l'idée de ramener toute la pathologie à l'inflammation ; mais sa doctrine n'a aucune précision , aucune unité. Il s'appuie en partie sur l'anatomie et la physiologie modernes, en partie snr les théories électro- magnétiques, etc. , et n'y trouvant pas toutes les explications nécessaires, il rebrousse vers l'humorisme hippocratique, lui arrache quelques lambeaux mal ajustés aux autres éléments de son système, et forme ainsi une chose sans nom, qui enveloppée dans l'ontologie de Kant, devient la plus abstruse et la plus stérile des conceptions médicales.

D'autres, moins novateurs, se contentent d'associer tout simplement le brownisme à l'humorisme hippocratique; les plus radicaux, enfin, oublient l'antiquité, désertent même les voies trop positives de l'analomisme, et mariant le brownisme aux théories électro-magnétiques, — (înion d'ailleurs très-facile et très-naturelle, — ils vont se perdre dans les régions nébuleuses de la polarité.

Cependant que résulte-t-il pour la Matière médicale et la Thérapeutique de ce mouvement désordonné?

Les idées de Marcus appellent l'attention sur l'efTicacité des antiphlogistiques , des saignées dans les maladies aiguës, et ramenant h l'inflammation la plupart d'entre elles, tendent a les soumettre au régime tempérant et antiphlogistique. En outre, Marcus, croyant qu'il y a d'autres moyens que les émissions sanguines de produire cette dernière médication , essaye plusieurs médicaments sédatifs ou hyposthénisants, qui entrent ainsi dans la Matière médicale nouvelle sous la protection du nervosisme, juge souverain désormais de la valeur de toute substance médicamenteuse. Ces agents thérapeutiques étaient anciennement connus , il est vrai ; ce qui est nouveau en eux, ce ne sont pas leurs vertus thérapeutiques, c'est la manière dont on comprend leurs propriétés physiologiques, c'est l'esprit dans lequel ils sont appliqués.

De ce point de vue, notre seconde classe de réformateurs allemands, ceux qui se contentent, comme nous l'avons dit, d'associer le brownisme à l'humorisme h'ppocratique, ceux-lîi reprennent toute la vieille Matière médicale, tout l'arsenal des moyens humoro mécanico-chimiques de Boerhaave, les dépurateurs, les invisquanls, les désobstruants, etc., et les remettant h l'essai sous l'iiifluence du nervosisme, constatent de nouveau leurs propriétés, leur découvrent de nouvelles indications , signalent surtout des conlre-indicalioiis

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inconnues auparavant, el refont ainsi une Matière médicale nouvelle avec des matériaux anciens.

Enlin les polaristes sont conduits par leur système à tenter l'action de plusieurs grands modificateurs physiques sur l'organisme malade, tels que le chaud, le froid, l'électricité, le magnétisme minéral, et préludent même d'une manière assez originale à la chimje organique et à l'étude des modifications intimes qu'éprouvent les principes médiats de notre corps dans les mutations intimes et incessantes qu'entraîne le mouvement de la vie. Ces considérations , d'abord tout hypothétiques, introduisent peu à peu dans la pharmacologie, dans la connaissance des condilions favorables ou nuisibles h l'action des médicaments, une foule d'éléments précieux qui agrandissent et éclairent le domaine de la Matière médicale.

C'est ce défaut d'unité dans les tendances et de réforme absolue qui, en Angleterre, produit, vers la même époque, des résultats analogues ; seulement le génie anglais procède plus empiriquement que le génie allemand. Ses travaux thérapeutiques les plus utiles et les plus nouveaux sont alors ceux de Currie, de Gregory, etc , sur le froid:

conséquence naturelle des idées de nervosisme, d'incitabilité, d'inflammation , d'irritation , de surexcitation du système nerveux qui régnaient partout. C'était le contre-pied et la compensation des abus que le brownisme pur produisait dans l'emploi des purgatifs, des stimulants exotiques , et de tous ces médicaments incendiaires contre lesquels Broussais tonnait avec une indignation juste quelquefois , souvent exagérée, mais dictée toujours par des convictions profondes et un grand amour de l'humanité.

En résumé, ce contrôle nouveau de la Matière médicale , cette ardeur à remettre en question et à l'épreuve des nouvelles doctrines tous les médicaments connus , viennent, nous le répétons, de ce que dans ces pays l'idée de la maladie et du médicament n'a, heureusement, pas péri. Pourtant, comme elle ne s'y maintient qu'appuyée sur des théories ruinées ou sur des hypothèses modernes non moins fragiles, c'est un mal plus grand que le bien qui le protège et le perpétue. En France, ces mêmes idées ont été entraînées par le torrent de la Réforme-, mais place a été faite à des idées dans lesquelles tout pourra être nouveau. Aussi, quelle simplicité et quelle certitude dans le commencement de restauration opérée par Laënnec et M. Bretonneau!

Au milieu de cette confusion anarchique d'expériences nouvelles, deux systèmes de Matière médicale et de Thérapeutique apparaissent réguliers et originaux. Nous les avons déjà nommés: ce sont l'ho-

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mœopalhie et le contro-stimulisme : l'un fondé en Allemagne par Hahnemann, l'autre en Italie par Rasori. 11 nous reste à les apprécier.

Il y a dans l'homoeopathie trois choses sérieuses a examiner : 1° une idée nouvelle du médicament-, ,2" une méthode nouvelle de constituer la Matière médicale ; 3° une Thér-apeutique générale déduite de certains rapports affirmés entre la nature de la maladie et celle du médicament. '

Pour Hahnemann, le caractère essentiel du médicament est de posséder une propriété morbifique particulière. Tout ce qui n'est pas spécialement doué de cette propriété, peut être remède, agent thérapeutique, mais n'est pas médicament.

Les propriétés morbifiques du médicament ne peuvent être directement connues que par son application a l'homme sain. Cela est évident. L'empirisnae et le rationalisme se trouvent ainsi repoussés dès l'abord et du même coup. Plus tard, ils reprendront leurs droits l'un et l'autre.

Les maladies artificielles produites chez l'homme en santé par les médicaments, sont des faits du même ordre que les maladies naturelles. Elles ne diffèrent les unes des autres que comme deux maladies proprement dites peuvent différer entre elles.

On peut imiter plus ou moins exactement, par les propriétés morbifiques des médicaments, toutes les maladies naturelles.

Celles-ci, en effet, ne se composent, pour l'observateur, que de certains groupes de phénomènes ou de symptômes, et tous ces phénomènes morbides ou ces symptômes peuvent être imités par les médicaments. Parmi ceux-ci, les uns reproduiront à peu près les symptômes de la rougeole, d'autres ceux de l'apoplexie; ceux-là retraceront le tableau de la syphilis, de la scarlatine, de la dysenterie, etc.

Une maladie médicamenteuse a la propriété de faire disparaître la maladie naturelle a laquelle elle ressemble le plus. Mais comme chaque maladie naturelle ou artificielle ne consiste qu'en un assemblage de symptômes, il est plus rigoureux de dire, que chaque syjuptôme delà maladie médicamenteuse jouit de la propriété de faire disparaître chaque symptôme correspondant de la maladie naturelle. Pour obtenir ce résultat, il faut que la maladie médicamenteuse ou que chaque symptôme de cette maladie, l'emporte en intensité sur la maladie naturelle ou sur chacun des symptômes de cette maladie.

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