‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 3)Chapitre 15 sur 125 · INTRODUCTION. LV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LV

Cette giiérisoii se Tait par une substitution delà maladie artificielle à la maladie naturelle; mais la maladie arlificielle , n'ayant qu'une portée courte et inolïensive, disparaît promptement d'elle-même dès qu'elle a éteint la maladie naturelle.

•Il y a ici une variante. On ne sait pas bien si Hahnemann s'arrête à cette théorie, ou s'il veut que le médicament homœopathique guérisse en excitant les actions morbide^ et en les épuisant, comme on voit un sinapisme appliqué sur un point douloureux l'user rapidement, un vésicatoire sur une tumeur indolente lui imprimer une activité sous l'influence de laquelle elle tend franchement à une prompte terminaison. Ces deux manières sont pourtant différentes, et demandent a n'être pas confondues. Laquelle Hahnemann adopte-t-il?

L'organisme est beaucoup plus accessible aux maladies médicamenteuses qu'aux maladies naturelles. Les causes de celles-ci ne produisent pas toujours leurs effets ; elles exigent', pour cela, des prédispositions internes très-variables et difficiles à apprécier d'avance. Au contraire la force morbifique des médicaments a des effets presque constants, et on peut produire à volonté' les maladies artificielles.

La science du médecin se réduit donc h deux connaissances purement expérimentales : celle de la totalité des symptômes de chaque maladie naturelle, et celle de la totalité des symptômes de chaque maladie artificielle et de l'agent médicinal qui produit celle-ci, .

La pratique est toute dans l'art de savoir déterminer chez un malade donné, et au degré curatif, là' maladie médicinale la plus semblable possible à la maladie naturelle dont il est affecté.

Les médicaments doivent toujours être donnés séparément ou un à un, et n'avoir pour véhicules que des substances non médicamenteuses, c'est-à-dire incapables de produire des phénomènes morbides ou des symptômes.

La cause efficiente des maladies naturelles, le moteur de tous leurs symptômes, est une aberration dyt^amique de notre vie spirituelle, un changement immatériel dans notre manière d'être.

Les médicaments sont doués de propriétés physiques et chimiques qui ne peuvent faire préjuger en rien leurs propriétés dynamiques ou médicinales. Celles-ci sont dues- aussi à quelque chose àe spirituel, d'immatériel par conséquent; et voila pourquoi les médicaments ont seuls le pouvoir de produire des maladies et de modifier, d'éteindre d'autres' actions de même nature, c'est-à-dire d'autres maladies, pourvu qu'elles puissent s'y substituer exactement, et que par consé-

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«(lient, elles leur soient aussi semblables que possible : Similia similibus. Les médicaments n'agissant pas par des propriétés visibles, soit physiques, soit chimiques, mais par des propriétés dynamiques ;. et une force ne se pesant pas et n'agissant pas en raison de sa quantité, les médicaments peuvent et doivent être infiniment divisés. L'extrême division, faisant disparaître leurs propriétés physiques etchimiques, dégage d'autant plus leurs propriétés dynamiques.

Ils agissent alors a la manière des miasmes pathogéniques, des virus; or, les effets de ceux-ci ne sont point en raison de leur quantité, mais de leur nature. Telle est, sinon l'explication, au moins le moti/ et la justification des doses infinitésimales.

Nous discuterons plus loin la valeur des principales de ces propositions; mais nous profiterons de l'occasion très-naturelle que nous offre cet examen critique de l'homceopathie pour émettre succinctement quelques aperçus de Matière médicale et de Thérapeutique tirés de nos propres observations. Rappelant par certains points plusieurs maxinaes systématiques de l'ultravitaliste allemand, ces aperçus serviront à juger les bases de sa doctrine, et à montrer tout h la fois ce qu'elle a de faux, et quelles faces réelles elle présente à la science, que celle-ci se doit a elle-même d'étudier sérieusement.

Les caractères qu'on a presque toujours attribués au médicament ne sont pas très-scientifiques, parce qu'on les a bien moins tirés de, sa nature que de son objet le plus général. Le médicament, comme son nom l'indique, a pour objet de guérir les maladies. Telle est, en effet, l'idée qui domine dans les définitions qu'on a prétendu en donner. De pareilles définitions ne sont recevables que dans le dictionnaire d'une langue. La science doit-elle donc chercher la notion du médicament en lui-même, et indépendamment du but général, incertain et relatif auquel il est destiné? C'est ce que l'école allemande a prétendu et ce qu'elle a mieux senti qu'exécuté. De cette idée à celle de nier provisoirement toute l'ancienne Matière médicale fondée en partie sur les propriétés spécifiquement morbifuges des médicaments, il n'y avait qu'un pas; et, de cotte première conséquence, la transition était également très-simple , a celle de recomposer une Matière médicale nouvelle d'après les propriétés des médicaments sur l'homme sain que nous nommons leurs propriétés physiologiques.

En cherchant par quel moyen les liiédieaments modifient une maladie et la font cesser, Hahnemann crut reconnaître que c'est en vertu de la propriété singulière dont ils jouissent de produire des actions

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morbides. La détinition du médicament tirée doses propriétés intrinsèques et absolues, parut donc en contradiction avec celle que les scolastiques tiraient de sa fin ou de son objet relatifs. On dut dire alors : Le médicament est toute substance capable de produire par elle-même des actions morbides. Ajoutons, tout de snite, qu'il n'y a h cet égard rien d'absolu, et que, sous peine de s'engager du premier coup dans un système, on ne peut donner du médicament une définition rigoureuse et identique tirée de sa nature. Renvoyons a Aristote toute définition prétentieusement catégorique, et contentons-nous de faire observer, que le caractère essentiel assigné par Hahnemann au médicament, lui convient beaucoup moins qu'au poison.

Sans doute, c'est parmi les poisons que la Matière médicale choisit la plupart de ses agents énergiques; mais elle compte aussi au nombre de ses ressources une foule de substances tirées des trois règnes de la nature, et dont les propriétés ne sont utilisées par le médecin que pour modifier, stimuler, par exemple, certains actes physiologiques. Ces médicaments , administrés à des doses suffisantes pour produire leurs effets physiologiques et thérapeutiques, ne déterminent pourtant pas d'action morbide. C'est qu'en eux , l'action physiologique et l'action thérapeutique sont une seule et même chose, c'est-à-dire que leur action thérapeutique est la conséquence immédiate de leur action physiologique. C'est aussi que, dans les cas où ces médicaments rétablissent une fonction simplement exaltée ou affaiblie, en évacuant un organe surchargé, etc. .. , il n'y avait pas maladie proprement dite. Chez tel individu, la circulation languit, lacalorification est diminuée, la digestion ne s'accomplit pas. Nous supposons que cet état ne soit pas symptomatique d'une maladie, mais qu'il faille l'attribuera des circonstances tout extérieures : le médecin administre une infusion de Menthe, et les trois fonctions affaiblies se raniment. On ne peut pas dire que l'infusion de Menthe pripe par un homme en santé cause des actions morbides; car, même chez lui, elle est plus bienfaisante que nuisible. Pourtant, la Menthe et toutes les plantes analogues sont des médicaments. Pour vaincre une dyspepsie simple accompagnée de constipation , vous administrez quelques centigrammes de Rhubarbe qui ne causent pas plus d'action morbide qu'ils n'en eussent déterminé chez un homme en santé, et qui néanmoins remédient a la dyspepsie et à la constipation. Refuserez-vous a la Rhubarbe le titre de médicament? Non -, mais vous pouvez refuser à la dyspepsie simple et à la constipation non symptomatique le titre de maladie.*

il y a donc une classe de médicamenls qui n'ont d'autre effet que

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de modiiier certaines propriétés physiologiques de l'organisme sans exciter spécialement par eux-mêmes aucune de ses propriétés morbides ; mais ces médicaments ne sont pas des poisons : la définition de Hahnemann ne leur convient pas. Ils servent surtout a remplir les indications physiologiques et rationnelles des maladies, et sont fort utiles dans ce que Barlhez appelle les méthodes analytiques de traitement, et pour faire, en définitive, la médecme du sî/mpfôme lorsqu'elle est possible, que rien n'en contre-indique l'application et qu'on ne peut disposer d'aucun moyen thérapeutique spécial. D'après les effets de cette sorte de médicaments sur l'homme sain, on peut préjuger leurs effets thérapeutiques dans les cas d'affections simples que nous avons déterminés. Ils agissent d'après la loi des contraires, et non d'après la loi homœopathique.

Il en est d'autres, et ce sont les plus nombreux, qui, administrés à l'homme en santé, modifient les propriétés physiologiques de l'économie, mais qui y excitent en même temps une ou plusieurs propriétés morbides. L'Opium; par exemple, ne se borne pas a ralentir physiologiquement les phénomènes nerveux, à affaiblir l'action des sens et' des muscles; il ajoute a cela des sensations morbides, du malaise, des nausées, des vertiges, de la céphalalgie, une fièvre particulière, des urines rares et fébriles, de la courbature, etc.. Nous disons une fièvre, pour faire sentir que nous n'entendons pas par ce mot une surexcitation simple et physiologique de la circulation. La Menthe aussi, produisait tout a l'heure cet effet; mais il n'avait lien de morbide, il était plus agréable et plus bienfaisant que désagréable et nuisible. Ici donc, a l'action saine du médicament, se joint une action morbide. Le caractère du médicament, selon Hahnemann, commence à se montrer, mais celui du poison l'accompagne. Le médecin serait bien heureux, si cet ordre de médicaments pouvait ne jouir que de ses propriétés saines, sans mélange de propriétés palhogénétiques ou vénéneuses ; s'il pouvait, avec l'Opium, ne produire que la sédation pure et physiologique des fonctions nerveuses, et ramener ces fonctions à leur type de santé sans être forcé de produire des actions morbides; déterminer, par exemple, le sommeil au lieu du narcotisme, et calmer sans abrutir; si quelquefois même il pouvait être sûr de ne pas voir son calmant se changer en stimulant, et non-seulement en uu stimulant sain et physiologique, mais morbide et toxique! Nous montrerons plus tard que, pour n'avoir pas su faire dans les médicaments cette distinclion des effets physiologiques toujours les mêmes , et des effets morbides ou vénéneux, spéciaux pour chaque substance, l'École Italienne s'est emprisonnée dans un dichotomisrae étroit, et qu'elle a

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attribué aux médicaments des propriétés physiologiques et absolues singulièrement arbitraires.

D'après les effets de cette seconde classe de médicaments sur l'homme sain, on ne peut préjuger qu'une partie de leur actioQ thérapeutique, celle qui est saine ou physiologique. Quant à l'action vénéneuse , elle peut modifier heureusement certains états morbides, comme elle en peut aggraver d'autres. On sent que l'expérience clinique doit seule apprendre ce qu'il en est. Ces médicaments servent donc très-heureusement dans la médecine du symptôme-, ils y sont d'autant plus utiles, que les phénomènes pathologiques se rattachent moins à quelque unité morbide et qu'ils sont plus accidentels. Dans ce dernier cas, l'Opium, que nous avons pris pour exemple, est curalif. Dans le premier, il n'est que palliatif; et les inconvénients qu'il tient de ses propriétés morbides ou vénéneuses, l'emportent quelquefois assez sur les avantages qu'on retirerait de ses propriétés physiologiques, pour qu'on doive s'en abstenir.

Enfin, il est une troisième classe de médicaments, dont aucune des propriétés sur l'homme sain ne peut permettre d'annoncer les effets dans certaines maladies.

Parmi eux, les uns ne produisent sur l'organisme à l'état normal que des eiîets nuisibles, morbides. Ils ne jouissent d'aucune propriété saine ou hygiénique. Tels sont le Mercure, l'Arsenic, l'Iode, etc., et leurs composés. De plus, comme nous venons de le dire, et malgré les dogmes si précis de l'homœopathie, leurs propriétés vénéneuses sont loin de pouvoir laisser préjuger leurs propriétés thérapeutiques les plus incontestables; car si, d'après les effets altérants et fluidifiants du Mercure administré sous certaines formes, on peut pressentir son action antiphlogistique , il est impossible de prévoir son action antisyphililique, etc.

Mais tous les médicaments doués de propriétés spécifiques que leurs effets sur l'homme sain ne dénoncent pas d'avance, ne sont pas doués de propriétés vénéneuses. Quelques-uns d'entre eux , administrés à un sujet bien portant, ne produisent aucun effet fâcheux, n'ont nulle action morbide, et pris 'a doses modérées, capables de modifier puissamment l'organisme dans certains états morbides très-graves, ils n'exercent pourtant sur la santé que des effets favorables. Huit grammes de poudre de Quinquina jaune arrêtent une maladie })ernicieuse qui allait foudroyer l'organisme; ils n'ont ce merveilleux effet que dans certains cas bien déterminés; un homme sain peut prendre la même dose sans s'en apercevoir, et il a fallu la pierre de touche qu'on nomme une maladie paludéenne pour déceler dans le Quinquina cette puis-

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santeaction . Personne ne i'aurait déduitede ses propriétés sur l'homme sain, de sa composition chimique, etc. Rationalistes d'Allemagne ou homœopalhes; rationalistes italiens ou contro-stimuiistes; rationalistes de France ou médecins physiologistes-, chimiâtres modernes, descendants incorrigibles de la cabale et de la doctrine àes signatures, il n'est pas un de vous qui ait su soupçonner jamais une action spécifique de ce genre.

Qui pourrait connaître les effets antispasmodiques de la Valériane, de l'Asa foelida, par l'odeur, la couleur, les propriétés chimiques, même les propriétés physiologiques? Voila pourtant des médicaments qu'aucune école rationaliste ou physiologique ne peut classer, ne peut comprendre. C'est que, pour apprécier l'action antispasmodique d'un médicament, il faut le mettre en contact avec une affection spasmodique...

Il y a donc des médicaments dont les propriétés ne se décèlent que physiologiquement, et qui ne sont dès lors applicables qu'aux simples déviations physiologiques de l'organisme : nous avons cité les stimulants; d'autres qui se manifestent pathologiquement, mais dontjes propriétés thérapeutiques apparaissent principalement au contact d'une affection simple, d'un élément morbide : l'Opium est de ce genre; d'autres enfin, parmi ceux qu'on nomme spécifiques, qui ne se manifestent que pathologiquement, même sur l'homme sain, et dont les propriétés spécijQques se reconnaissent non plus seulement au contact d'une affection simple, mais au contact d'une maladie proprement dite, d'une diathèse, quels que soient ses symptômes : tels sont le Mercure, le Quinquina, l'Iodure de potassium. 11 n'y a pas plus d'empirisme dans l'emploi des uns que des autres. On ne se croit pas empirique quand on calme une douleur par l'Opium; mais on s'avoue humblement tel quand on guérit une syphilis secondaire par le Mercure, ou une syphilis tertiaire par l'Iodure de potassium, ou une lièvre tierce par le Quinquina. Pourquoi cela? Serait-ce parce qu'on a vu l'Opium pris par un homme en santé engourdir la sensibilité et (ju'on n'a pas vu le Mercure donné à un homme sain guérir la syphilis?... Mais sait-on comment l Opium a produit la stupeur? Pas mieux qu'on ne sait comment le Mercure a éteint la syphilis... Dans les deux cas, on est parti d'un fait expérimental, et c'est le caractère de toutes les sciences d'observation. Seules, les Mathématiques et la métaphysique sont allVanchies de cette nécessité. Pourtant, si appuyé sur ce fait expérimental et sur celui de la contagion de la syphilis par un virus, on [)0se aussi philosophiquement les principes delà syphiîographie et ceux du traitemeutde la sy[)hilis par le Mercure et l'Iodure

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de Potassium, que ceux de la douleur par l'Opium et de la paralysie par laNoix voraique, si même on les pose beaucoup mieux, on n'est pas plus empirique dans ce dernier cas que rationaliste dans le premier.

De ce qu'une action morbide médicamenteuse paraît dans bien des cas guérir une action morbide naturelle en s'y substituant, pour disparaître ensuite vile et simplement d'elle-même, il n'en faut pas conclure que c'est à sa similitude la plus grande possible avec la maladie naturelle , qu'elle doit cet effet curatif. Malgré sa gravité toute germanique, Hahnemann s'est montré le plus léger des pathologistes lorsqu'il a conclu de l'action substitutive a l'action bomœopalhique des médicaments. Ces deux mots sont loin d'être synonymes ; ils expriment bien plutôt deux idées différentes. Nous avons assez étudié cette action substitutive , en parlant plus haut de l'application des topiques irritants au traitement dés inflammations spéciales , pour comprendre combien est vicieuse l'explication qu'on voudrait en donner parle similia simUibus. On a vu que c'était très-vraisemblablement en faisant dominer dans une phlegmasie de mauvaise nature l'élément sain ou physiologique sur l'élément morbide, ou en dévorant celui-ci , qu'agissaient alors les topiques irritants. On en a la preuve dans l'action nuisible qu'ils exercent sur une inflammation saine. Or, une inflammation franche ou physiologique etune inflammation morbide, gangreneuse, diphthéritique, syphilitique, scrofuleuse , par exemple , ne se ressemblent en rien. Aux yeux du pathologisîe, elles sont même plus opposées que semblables , puisque le caractère de l'une est la tendance réparatrice et curative, celui de l'autre la tendance septique et désorganisatrice. S'efforcer d'imprimer à une phlegmasie spécifique le premier de ces caractères, c'est donc agir bien plus hétéropathiquement qu'homœopathiquement. S'il était possible de produire avec le médicament une action morbide aussi semblable que possible à celle de la nature , on augnenterait celle-ci , loin de l'affaiblir. Mais on a jugé d'une ressemblance intérieure d'après quelques grossières analogies de symptômes; et, alors que le principe thérapeutique des contraires était plus évidemment démontré que jamais, on proclamait celui des semblables. Mais, dira-t-on , la vaccine guérit la variole en s'y substituant. D'abord , cela est faux ; ensuite le fait fût-il vrai , qu'il n'en faudrait rien conclure en faveur du principe homœopathique. Le fait est faux, car la vaccine ne guérit pas la variole; seulement, par son analogie avec celle-ci , elle en épuise ou en atténue en nous la cause efficiente , à peu près comme l'aurait fait le virus varioleux lui-même; et, comme cette maladie n'attaque généralement qu'une fois, une attaque de vaccine

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nous est comptée pour une attaque de variole. On peut alors s'exposer impunément à Taction de celle-ci. La variole n'est donc pas guérie, mais prévenue. D'ailleurs, la pût-on guérir par la vaccine, que d'un virus à un médicament, d'un poison morbide di un poison ordinaire, la conclusion seraitsans valeur. Or, il est évident que c'est par ce rapprochement qu'Halinemann a été séduit. Ses arguments les plus spécieux en faveur du principe des semblables et de l'allénuation infinilésimaJe des doses, reposent sur cette base fragile. 11 a fait preuve en cela de plus d'adresse que de raison.

Il y a entre un virus et un médicament, entre une maladie virulente et contagieuse, par exemple, eî un empoisonnement, une différence essentielle. L'empoisonnement n'est qu'un accident 5 il n'a pas en nous sa cause; car celle-ci est extérieure, et il ne tire de nous que ses effets toxiques , ses symptômes. La variole , la syphilis tirent tout de nous-mêmes, cause efficiente et symptômes , et elles sont vivantes dans ces deux éléments, dans ce qui fait leur unité, leur nature spéciale, aussi bien que dans ce qui fait toutes leurs manifestations. Voila sans doute pourquoi toute substance toxique tirée d'un corps or- , ganisé, qui par conséquent a vécu, produit des actions morbides bien moins différentes d'une maladie que les poisons minéraux; et pourquoi, parmi les poisons tirés des règnes organiques de la nature, ceux que fournit le règne animal déterminent des maladies bien moins artificielles que ceux fournis par le règne végétal, comme ceux-ci de moins artificielles encore que celles produites par les poisons minéraux. Mais ni un poison animal puisé dans une sécrétion vénéneuse comme celle de certains ophidiens, ni un poison animal pris dans des matières animales putréfiées, etc., ne produisent une maladie aussi régulière, aussi spécifique, empreinte d'une unité morbide aussi parfaite, que celle qui naît d'un poison morbide formé spontanément en nous.

Il ne serait pas difficile de renverser, la doctrine homœopatliique de fond en comble avec ces simples observations.

Quelle est cette notion de la maladie qui la fait consister en un ensemble de symptômes? Le nosographisme fut-il jamais plus expressément empirique? Les homœopathes ne savent donc pas qu'une maladie peut ne se manifester que par un seul de ses symptômes habituels, et n'être pas moins tout entière dans ce seul ;)hénomène? que, dans l'apyrexie d'une fièvre intermittente, la maladie existe quoique sans symptômes, et que, lojn de la guérir dans ses symptômes ou en agissant sur chacun dieux, le Quinquina l'attaque dans son principe, et alors qu'elle ne présente aucun phénomène morbide •

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appréciable? A quels symptômes actuels se substituent alors les symptômes homœopathiques imaginaires du Quinquina? Et si le médicament n'agit pas sur le principe des phénomènes, mais sur chacun d'eux isolément par chacun de ceux qu'il détermine, pourquoi tout stimulant capable de produire un accès de fièvre, ne remplaceraitil pas le Quinquina, et ne lui serait-il même pas supérieur en efficacité? Et lorsque le miasme paludéeti se manifeste par un accès de névralgie, par une hémorrhagie, par touto espèce de phénomène morbide, etc., etc., comment se fait-il que le Quinquina guérisse aussi bien ces accès que ceux d'une fièvre simple, à moins d'être un médicament universel,,une panacée? A quoi bon, dès lors, un second médicament ? Quelle ressemblance y a-t-il entre la variole et un médicament capable de déterminer de la fièvre et des pustuleà à la peau? La fièvre en tant que fièvre , la pustule en tant que pustule , ont-elles le moindre rapport nosologique avec la variole? Vit-on jamais médecine du symptôme plus illusoire et plus plaisante?... Mais c'est trop s'arrêter aux caprices d'une imagination médicale qui s'est donné la tâche d'arranger tous les faits autour d'un fait mal vu; et nous né devrions pas nous occuper davantage de l'observation par laquelle on prétend justifier l'atténuation infinitésimale des doses , si nous ne savions qu'elle fait illusion à beaucoup de personnes.

On a vu que nous n'étions pas de ceux qui croient être quittes envers Hahnemann, quand ils ont pu invoquer Aragopour prouver qu'un décillionième de grain, est à un grain, ce qu'un atome presque invisible à lœil nu , est à la masse du soleil. Certainement , ce qu'il faut d'un miasme pestilentiel, varioleux , etc., pour faire mourir un homme de la peste ou de la variole est infiniment ténu, et nous ignorons si Arago a jamais cherché a en connaître le poids ou le volume par rapport a un corps connu; mais les homœopathes n'ont point à s'en prévaloir. Lorsqu'un poison morbide, un virus, nous affecte et développe en nous ses effets propres, c'est qu'il y a rencontré des principes congénères vis-à-vis desquels il a joué le rôle d'une semence. Combien faut-il de sperme pour opérer la fécondation? Les expériences de Spallanzani nous l'ont appris : infiniment peu. Si cette quantité infinitésimale ne rencontrait pas de matière congénère ou d'ovule, elle serait aussi stérile que du mucus, et les animalcules spermatiques aussi inféconds que les globules homœopathiques insuffisants. De même, lorsque le virus ne rencontre pas en nous sa matière congénère, ses effets sont nuls; s'il la rencontre, il se multiplie infiniment, infecte et s'assimile toute la substance, au point qu'un atome de celle-ci reproduit ailleurs la même maladie.

Lxiv INTRODUCTION.

Telle est la raison de l'aclion des virus à doses infinitésimales. La retrouvons-nous dans les médicaments? Se multipiient-ils comme des ferments ou des semences dans l'économie? Après un empoisonnement par les plus hautes doses d'une substance toxique, l'inoculation du sang ou d'une humeur quelconque de l'individu empoisonné, empoisonnerait-elle un autre individu? Un homœopathe seul pourrait le penser... Hahnemann pose en principe, que les maladies médicamenteuses se développent beaucoup plus constamment sous l'influence de leurs causes spéciales (les poisons) que les maladies naturelles. Cela n'est pas difficile a concevoir d'après ce que nous venons de dire; car elles n'ont pas de germes en nous, car les médicaments n'y rencontrent pas cette matière congénère qui constitue la prédisposition 5 ces prétendues maladies ne se développent jamais spontanément, puisqu'elles ne sont qu'accidentelles, que, par conséquent, leur cause interne ne peut jamais s'épuiser, et que leur cause, tout externe, ne peut s'émousser que par les lois de l'habitude ou que par l'épuisement de ï incilabilité . N'étant pas des maladies, comment se comporteraient-elles a la manière de celles-ci?

La seule raison des doses infinitésimales, Hahnemann l'a donnée expressément : « La maladie est une altération de ce qu'il y a d'immatériel en nous; le médicament, qui agit sur ce principe immatériel, doit le faire ])ar des propriétés du même" ordre. » Alors, les doses peuvent être facilemenr infinitésimales. On ne voit même pas pourquoi des doses. ..

Nous ne nions ni la divisibilité infinie de la matière, ni la réalité possible de sa division. Mais comment s'assurer de sa division infinitésimale effective dans un cas donné? Par les effets physiologiques et thérapeutiques, dira-t-on. Nous sommes environnés sur ce point des faits les plus contradictoires. Les expériences de Matière médicale pure avec les doses infinitésimales n'ont pas réussi en France. Quant aux expériences thérapeutiques, celles de l'Allemagne inspirent la plus juste défiance ; et chez nous, le procès clinique commence seulement à s'instruire sévèrement. »

L'homœopathie s'est tenue en dehors de tous les progrès de la Médecine moderne. Il n'est pas nécessaire d'être médecin pour la comprendre et la pratiquer. Rien n'est plus curieux que devoir ce système, produit au milieu de la réforme opérée dans la Médecine par . l'analomie et la physiologie modernes, en être aussi indépendant et ne s'y pas plus associer que s'il eût été conçu en Chine. C'est une des conséquences extrêmes de la monadologie de Leibnitz, un dynamisme hyperbolique, qui, dans l'élude des ])hénomènes physiques,

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séparant l'idée de force de celle de quantité , et absorbant tout dans l'idée de force, finit par se détacher tellement des phénomènes, qu'il ne voit plus rien qu'une unité vague et insaisissable. Ajoutez k la disposition d'esprit créée par cette philosophie, une fausse idée de la maladie et du médicament , et l'absence de toute notion précise sur la pathologie, et vous aurez la plupart des conditions qui ont produit et favorisé l'homœopathie.

Mais, comme il n'y a si grande erreur qui n'ait quelques conséquences heureuses, l'homœopathie a été de quelque utilité à la pharmacologie. Sous son influence, des sociétés allemandes se sont formées pour la révision de la Matière médicale. Tous les médicaments ont été essayés sur l'homme sain par des médecins, qui, se choisissant eux-mêmes pour sujets de leurs expériences , n'ont pas toujours su, il est vrai , éviter les illusions systématiques , mais qui doués de beaucoup de patience et d'attention, et n'opérant jamais qu'avec des substances simples , ont constitué leur Matière médicale pure, d'où sont sorties beaucoup de notions très-précieuses sur les propriétés spéciales des médicaments et sur une foule de particularités de leur action que nous ignorons trop en France. Cette ignorance fait, que nous ne connaissons des agents thérapeutiques que leurs propriétés générales les plus grossières , et que, en face des maladies qui présentent des nuances si variées d'indications, nous manquons trèssouvent de modificateurs appropriés à ces nuances.

Bien qu'appuyé sur un principe promptement faussé entre ses mains, Hahnemann est venu en aide aux méthodes thérapeutiques substitutives. En proclamant que les médicaments n'agissent pas en vertu de leurs propriétés physiques et chimiques, il a attiré l'attention sur leurs propriétés spéciales, et a pu, malgré ses exagérations, ramener les esprits vers cette idée émise par Cullen , que les médicaments agissent par impression, vérité sur laquelle nous reviendrons en examinant les principes de l'École Italienne. C'est le seul point par lequel nous ayons surpris Hahnemann s'approchant des idées modernes; mais ne nous hâtons pas de l'en féliciter : son dynamisme n'a de rapport ni avec le nervosisme ni avec le vitalisme organique, qui, nous l'espérons, n'ira plus chercher désormais la force vitale hors du corps vivant , et saura , sans tomber dans l'iatromécanique ou l'animisme, s'appuyer sur le principe de l'activité de la matière.

C'est en jetant un regard sur la Matière médicale transalpine, que nous verrons ce qu'on peut trouver d'utile, sinon dans le principe

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