CHAPITRE PREMIER
MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
Le Fer, ferrum, x.â'XutI/ des Grecs , Mars des alchimistes , est un des métaux le plus anciennement connus; c'est celui que la nature a répandu le plus abondamment. Il est allié à la plupart des minéraux; les végétaux et les animaux en contiennent aussi en quantité assez notable pour que l'existence en soif facilement démontrée.
Le Fer est d'un gris bleuàti'e, à texture fibreuse, très-dur, très-tenace et surtout très-ductile ; il a une odeur particulière et une saveur styptique; sa densité est de 7,79 (sept fois et demi plus pesant que l'eau); sa fusion a lieu à 150° du i}yromètre de WedgMood ; facilement oxydable à l'air humide ; décomposant l'eau à la chaleur rouge en s'emparant de son oxygène; à la température ordinaire , n'exerçant aucune action sur l'eau distillée et non aérée , etc. Il est en outre attirable à l'aimant et susceptible de devenir magnétique.
Le Fer est employé en médecine à l'état de métal, d'oxyde et de sel. Nous l'examinerons successivement sous ces différentes formes.
I. Fer à l'état métallique. Il s'emploie toujours en poudre fine, obtenue soit par la lime , et souvent alors atténuée sous le porphyre, soit par la réduction du peroxyde au moyen de l'hydrogène.
La limaille de Fer ( limatura martis , scol)s ferri) a un aspect métallique; elle est soluble dans l'acide chlorhydrique , avec dégagement de gaz hydrogène, et donne une dissolution à peine colorée.
Préparation. On bat la limaille dans un mortier de fer avec un pilon de même métal ; on passe le produit au tamis fin et l'on jejette la poudre, qui provient, pour la plus grande partie, de l'oxyde adhérent au Fer; la limaille est ensuite passée au tamis de crin serré , afin de séparer les portions les plus grossières. Ainsi préparée, elle doit être conservée dans des flacons bien bouchés.
La limaille dite porphyrisée n'a pas l'aspect brillant de l'autre ; elle s'oxyde beaucoup plus facilement lorsqu'on la jH'épare.
On doit porter une grande attention dans le choix de la limaille , parce que souvent elle contient quelques parcelles de cuivre qui peuvent donner lieu à quelques accidents. La meilleure limaille est celle qu'on prépare soi-même avec du Fer doux, et qui conserve encore son éclat.
On constate facilement la présence du cuivre dans la limaille de Fer, par le procédé suivant : il suffit de recouvrir la limaille à essayer par de l'ammoniaque liquide, qui prend bientôt une coloration bleue, si le Fer renferme des parcelles de cuivre. Quant au zinc que la limaille de Fer contient quelquefois, on en constate la présence par le barreau aimanté.
Cette poudre métallique entre dans quelques préparations officinales et magistrales. Nous donnerons les principales formules:
1° Tablettes martiales du Codex:
Fer porphyrisé {ferrum supra porphyritem
levigatum). 30 gram. (1 once).
Sucre blanc ( saccharum
album). 320 gram. (10 onces).
Poudre de cannelle {pulvis
cinnamomi). 8 gram. (2 gros).
Mucilage de gomme adra-
gante ( mucago cum
gummi tragacanthâ ). q. s.
F. s. a. des tablettes de 80 centigr.
(18 grains) qui contiendront chacune 5 centigrammes (1 grain) de Fer.
2° Pilules martiales de Sydenham.
Limaille de Fer porphyrisée. q. v.
Extrait d'absinthe. q. s.
F. S. des pilules de 30 centigrammes (G grains).
MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
Le Fer réduit parVhydrogène se présente en poudre impalpable d'un noir mat. M. Quevenne qui eu a le premier proposé l'emploi dans ces derniers temps , le prépare en faisant passer un courant de gaz hydrogène^ sur l'oxyde ferroso-ferrique, chaufl'éaurouge dans un tube de porcelaine. Le colcotar^ retenant une l'orte proportion de sulfate de Fer indécomposé, fournirait un mélange de Fer métallique et de sulfure de Fer, lequel, au contact des acides de l'estomac, dégagerait de l'acide sulfhydrique, et serait la source de renvois nidoreux. Aussi M. Véion a-t-il tout récemment conseillé d'avoir recours au peroxyde précipité du perchlorure par l'ammoniaque, el de le chauli'er dans une bouteille à mercure pi'éalablemeiit percée à son fond. Le sel ammoniac qu'il retient, se volatilisant alors, a l'avantage de diviser la masse et de favoriser l'action de l'hydrogène.
Il importe , comme le recommandent MM. Soubeiran et Dublanc, de ne pas trop élever la température, sous peine de voir le métal s'agglutiner en lamelles ductiles.
Le Fer métallique n'est absorbé qu'à la faveur de sa dissolution dans les acides du suc gastrique, d'où l'indication de le donner avec les aliments , .pourvu que ceux-ci ne soient pas trop chargés de graisse et ne renferment que peu de tannin ou de soufre.
Le Fer réduit peut être substitué avantageusement au Fer en limaille dans toutes les formules qui ont celui-ci pour base, mais à dose moins forte.
MM. Miquelard et Quevenne l'unissent au sucre et au chocolat pour en faire des granules et des pastilles.
Dragées au Fer réduit (Miquelard et Quevenne.)
. Fer réduit par l'hydrogène. 2 k.
Sucre bianc. 18 k.
Pour quarante mille dragées que l'on préparera à la manière des anis,enayant le soin d'interposer le Ferentre deux couches de sucre. On pourra les aromatiser à volonté.
Chaque dragée contient 5 centigrammes de Fer.
Ces dragées sont dénuées de saveur ferrugineuse, et forment un bonbon agréable que l'on peut laisser fondre dans la bouche ou croquer à volonté. Elles ont, sur les pastilles de chocolat, le grand avantage de pouvoir se conserver indéfiniment.
Dose : Débuter par deux dragées et augmenter d'une tous les deux jours, jusqu'à 10 et quelquefois 16. — On les prend de préférence au moment des repas, alors que la sécrétion du suc gastrique est abondamment provoquée par l'acte de la digestion.
Pastilles de chocolat au Fer réduit (Miquelard et Quevenne).
Fer réduit. 1 k.
Chocolat fin à la vanille. 19 k.
M. S. A., et faites des pastilles se rapprochant le plus possible du poids de 1 gram. Chacune contiendra un vingtième de son poids de Fer ou environ 5 centigram.
Dose : Comme pour les dragées au Fer réduit.
Chocolat au Fer réduit :
Fer réduit. 25 gram.
Chocolat Un. 5 k.
M. S. A. Cette proportion a été calculée pour qu'une fraction de tablette de 'lOgram., qui est la quantité que l'on consomme ordinairement pour une tasse de chocolat, renferme 0,20 de Fer réduit.
Ce chocolat est plus actif que celui qui est préparé au safran de mars ; mais, comme celui au protocarbonate de Fer, il olt're le désagrément de prendre une teinte noirâtre, lorsqu'on le fait bouillir avec du lait.
On a reproché au Fer métallique de produire des éructations nidoreuses, et on les a attribuées au sulfure de Fer renfermé dans les préparations. M. Quevenne s'est assuré que le Fer, exempt de tout composé sulfuré, produit encore des renvois sulfhydriques ; il a vu aussi que le chocolat ferrugineux amenait rarement cet inconvénient.
M. Mialhe explique l'éructation par la décomposition de l'eau sous l'influence du Fer métallique et des acides de l'estomac. Dans ce cas, l'hydrogène se comliinerait au soufre renfermé dans les résidus alimentaires.
Dans son dernier travail présenté à l'Académie, M. Quevenne a cru devoir remplacer: 1" les anciennes dragées de sucre et de Fer réduit ; 2° les pastilles au chocolat par des dragées au chocolat, c'est-à-dire qu'il a fusionné ses deux anciennes formes médicamenteuses en une seule.
Voici la formule des dragées de chocolat au Fer réduit :
Fer réduit par l'hydrogène. 1 k.
Chocolat un à la vanille. 19 k.
Sucre et sirop. q. s.
Divisez le chocolat en 20,000 noyaux , humectez légèrement la surface de ceux-ci avec du sirop, et roulez dans la poudre de Fer, de manière à répartir également cette poudre entre tous les noyaux. Recouvrez d une couche de sucre S. A. à la manière de dragées.
Chacune contient 5 centigr. de Fer réduit.
II. Oxydes. l,e Fer forme avec l'oxygène deux combinaisons, savoir : le proto et le sesquioxi/de (peroxyde). Ce qu'on appelait autrefois deuloxudë (oxyde noir, oxyde ferroso-ferrique, éthiops martial), est une combinaison de proloxyde et de sesquioxyde de Fer.
Protoxyde [oxxjdum ferrosum, Berz.). Il n'est usité en médecine que combiné avec les acides ; il est précipité de ses dissolutions par les alcalis sous la forme d'une gelée blanche, floconneuse, qui en quelques instants passe au vert, et, plus tard, au jaune rougeàtre, en absorbant l'oxygène de l'air.
Sesquioxyde ou peroxyde {oxydum ferri-
cum, Berz.). Il est très-abondant dans la nature, et constitue les minerais connus sousle&nom?, d'Jiématite etdeFer oligiste; sa couleur est d'an rouge violet plus ou moins foncé.
Les variétés artificielles du sesquioxyde de Fer sont encore aujourd'hui désignées sous de vieilles dénominations , selon leur mode de préparation et suivant qu'elles sont hydratées ou anhydres; tels sont: \°lecolcotar on rouge d'Angleterre, rouge de Pousse {o.rydum ferricum igné 'paratum, Codex), obtenu par la calcination du protosulfate de Fer, jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus de vapeurs acides. Le résidu doit être lavé à l'eaii bouillante, desséché et porphyrisé.
2° Le safran de mars astringent, qui n'est autre chose que le safran de mars apéritif, qui, chauffé à une certaine température, a perdu son eau.
3° Le safran de mars apéritif {oxydum ferricum aqud mediante paratum, Codex ), improprement appelé carbonate ou souscarbonate de Fer, est un composé très-variable ; il fait presque toujours effervescence avec les acides, ce qui tient à ce qu'il n'a pas été assez longtemps exposé à l'air. Cependant, Soubeiran a trouvé S p. 100 d'acide carbonique dans un safran de mars qui était resté longtemps exposé à l'air, et qu'on avait lavé avec le plus grand soin. Il contiendra d'autant plus de carbonate qu'il aura été desséché avec plus de rapidité.
On l'obtient en décomposant le sulfate de protoxyde de Fer en dissolution par le carbonate"de soude, lavant le précipité avec soin et exposant à l'air jusqu'à siccité.
La rouille n'est autre chose que du peroxyde de Fer hydraté^ joint à du carbonate d'ammoniaque qui s'est formé aux dépens de l'azote, de l'air et de l'hydrogène contenu dans l'eau et l'atmosphère.
Ajoutons que le safran de mars du commerce est rarement pur, et renferme souvent du cuivre, du sulfate et du carbonate de soude.
Le peroxyde de Fer à l'état d'hydrate est beaucoup plus employé que toutes ces anciennes préparations pharmaceutiques.
Il se présente sous forme de bouillie rougeàtre, obtenue en décomposant le sulfate de peroxyde de Fer purifié, par l'ammoniaque en excès. On doit le conserver dans des flacons fermés, dans cet état gélatineux. Lorsque cet oxyde est desséché à l'abri du contact de la lumière et sous une chaleur modérée, il se dissout facilement dans tous les acides, et constitue le peroxyde de Fer hydraté à l'état sec, lequel entre dans un grand nombre de préparations magistrales.
Indiquons les médicaments dans lesquels peuvent entrer les différents oxydes de Fer.
Le protoxyde n'est pas usité.
L'éthiops martial, autrefois deutoxyde, oxyde magnétique, sert à préparer des tablettes, des pilules, etc.
Tablettes d'éthiops martial. (Traité de Pharm. de Soubeiran.)
Pr. : Oxyde de fer noir. U gram. (1 gros)
Cannelle en poudre. 1 (20 grains)
Sucre. 20 (5 gros]
Mucilage de gomme
adragante. s. q.
F. s. a. des tablettes de 60 centigram. Chacune d'elles contient 10 centigram.
(2 grains) d'éthiops martial (pharmacopée d'Anvers).
Pilules de Fer de Swédiaur.
Pr. : Oxyde de Fer noir. q. s.
Extrait d'absinthe. s. q.
F. s. a. des pilules de 30 cent. (6 grains).
Le peroxyde de Fer, sous ses différentes formes, a reçu des applications plus nombreuses. C'est avec lui qu'on prépare les chocolats ferrugineux, les tablettes où le Fer est associé à la cannelle en poudre et à la gomme adragante, etc. On l'a incorporé dernièrement avec succès à la pâte pour en faire des pains ferrugineux; mode d'administration que les malades préfèrent souvent à tout autre, parce qu'il laisse en quelque sorte oublier le médicament.
Le colcotar fait la base du fameux emplâtre de Canet [onguent de Canet) dont voici la formule :
Pr. : Emplâtre simple. 125 gram. (4 onc.) — dyachilon gom. 125 Cire jaune. 125
Huile d'olive. 125 Colcotar. 125
On broie sur un porphyre le colcotar avec le tiers de l'huile; d'autres fois on fait liquéfier les emplâtres et la cire avec le reste de l'huile; on ajoute le colcotar, et l'on remue jusqu'à ce que !a masse emplastique soit presqu e entièrement refroidie.
Le safran de mars apéritif entre dans la composition de la poudre cachectjque d'Hartmann, ainsi formulée:
Pr. : Safran de mars apéritif. 1
Cannelle en poudre. 2
Sucre. à
Mêlez.
Il n'est pas indifférent d'employer l'une ou l'autre des variétés de Fer oxydé. Le protoxyde est plus facilement absorbé^ car il demande moins d'acide pour se dissoudre; mais il constitue une préparation trop instable. L'oxyde noir {oxyde ferroso-ferrique) présente, jusqu'à un certain point, l'avantage de l'oxyde ferreux; déplus il est stable, seulement sa cohésion est assez grande. Le sesquioxyde exige plus d'acide pour se dissoudre ; mais en revanche, lorsqu'il est hydraté et en gelée, il se laisse attaquer avec la plus grande facilité : c'est la variété que nous préférons.
Le safran de mars apéritif viendrait en seconde ligne; il faut rejeter le safran de mars astringent, qui est privé de son eau, et surtout le colcotar qui a perdu son calorique combiné, et a pris une cohésion telle qu'il est presque inattaquable par les acides.
MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
m. Sels. Le Fer se combine avec tous les acides, et forme des sels nombreux.
Carbonate de Fer (carbonate de protoxydc, carlionatc ferreux, Bcrz.\ C'est un sel d'un blanc terne, inodore, assez soluble dans l'eau, à la faveur d'un excès d'acide carbonique. A l'état humide, il absorbe avec énergie l'oxygène de l'air, et se transforme bientôt en ''hydrate de peroxyde en passant successivement au vert et au rouge. Ce sel fait partie d'un grand nombre d'eaux ferrugineuses naturelles (Forges, Aumale, Cambo , etc.), où il est souvent retenu en dissolution par un excès d'acide. (Spa, Pyrmont, Contrexeville, Vais, etc.)
M. Meillet prépare le protocarbonate de Fer en faisant réagir par voie bumide. du carbonate de soude sur du sulfate de protoxyde de Fer bien pur, lavant dans une atmosphère d'acide carbonique, et saturant de ce gaz, à une pression de plusieurs atmosphères, le précipité qui renferme toujours, sans cela, de l'hydrate de protoxyde. Ce sel doit être soigneusement abrité du contact de l'air.
11 entre dans la composition des poudres ferrugineuses de Menzer, qu'on prescrit de la manière suivante :
Pr. : Sulfate de fer cristallisé
en poudre. 2gram. (1/2 gros)
Sucre en poudre. G (11/2 gros)
Mêlez et divisez en 12 paquets étiquetés n" 1 ; d'autre part.
Pr. : Bicarbonate de soude. 2 gr. (1/2 gros) Sucre blanc en poudre. 6 (11/2 gros)
Mêlez et divisez en 12 paquets étiquetés n" 2.
On fait dissoudre séparément un paquet n° 1 et un paquet n° 2 dans quelques cuillerées d'eau ; puis l'on mélange les deux dissolutions lorsqu'on veut s'en servir.
Dans ce mode de préparation, on n'a pas à craindre la suroxydation du Fer, puisque le carbonate se forme au moment même de l'emploi. Un paquet contient 16 centigram. (3 grains) de sulfate de Fer, et donne naissance presque exactement à 6 centigrammes (l grain) de carbonate de Fer (Soubciran.
La poudre ferrugineuse de Quesneville présente à peu près la même composition.
Les pilules de Grifjith, tant vantées en Angleterre, sont formées par la double décomposition du sulfate de Fer et du souscarbonate de potasse ou de soude ; celles du docteur Dlaud, qui ne sont qu'une imitation des pilules de Griiïlth, sont représentées par la formule suivante :
Pr. : Sulfate de fer. 16 gram. (4 gros)
Carbonate de potasse. 16
Mêlez, et, avec une suffisante quantité de poudre de réglisse, de gomme adragante et de sirop simple, faites i8 pilules.
Ces pilules, mieux supportées par beaucoup de malades que les pilules de Yallet, renferment du sulfate de protoxyde de Fer ' et du carbonate dépotasse non décomposés.
Mais ces deux sels en réagissant l'un sur l'autre, forment du sulfalc de potasse et du carbonate de protoxyde de Fer, de sorte que la masse pilulairè renferme réellement quatre sels.
Plusieurs pharmaciens ont proposé d'ajouter du sucre et un peu de gomme aux pilules de Blaud pour empêcher la suroxydai ion du Fer.
il est certain que ces pilules renferment un peu de sulfate de Fer.
C'est à l'excès de carbonate alcalin que M. Mialhe aitribue ce fait, que les pilules de Blaud sont plus aisément et plus longtemps supportées par les malades.
MM. Henry et Guibourt, en conseillant de remplacer le carbonate par le bicarbonate dans la composition du médicament, ont eu pour but de remédier à l'altération trop prompte de ces pilules.
Le mellite ferrugineux de M. Vallet est plus constant. Ce pharmacien est parvenu, autant que possible, à s'opposer à l'oxygénation du carbonate de Fer, en se servant du sucre et du miel comme préservatifs. L'idée première de cette importante amélioration est due au docteur Becker, et a été mise en pratique par M. Bauer, pharmacien à Mulhausen.
Voyons la composition des pilules de Vallet.
Pr. : Sulfate de fer cristallisé pur. 500 gram. (1 livre )
Carbonate de soude cristallisé. 580 (1 liv. 3 onc.)
Miel blanc très-pur. 306 (1 0 onc.)
Sirop de sucre. q. s.
On mêle les dissolutions de sulfate de Fer et de carbonate de soude additionnées de 30 grammes (1 once) de sirop par livre de hquide. On "laisse déposer dans un flacon cà l'émeri; on décante; on lave avec de l'eau sucrée; on égouUe sur une toile imprégnée de sirop de sucre. On exprime^ on mêle avec le miel ; on évapore en consistance d'extrait pilulairè ; puis on faitdespilulesde20 centigrammes (4 grains) avec gomme q. s.
Ces pilules jouissent d'une réputation méritée; non-seulement le miel s'oppose à la suroxydation du Fer, mais encore il sert à le dissoudre en se transformant en acide lactique pendant la digestion. Toutefois elles ne contiennent pas, comme celles de Blaud, un excès de carbonate alcalin qui sature, fort utilement dans certains cas, une petite quantité des acides de l'estomac. Le sirop de Leistner est calqué sur les préparations précédentes. Voici sa formule:
Pr. : Sulfate de Fer pur. 6 gram.
Sous-carbonate de potasse pur. 6 Sirop de sucre. 250
Teinture de zeste d'orange. 6.
Gomme adrag. pulvérisée, q. s!
Sulfate de fer {vitriolum des anciens , couperose verte, sulfate de protoxyde, etc.). 11 est solide, cristallisé en prismes rhoraboidaux, d'un vert bleuâtre; il a une sa-
veur stvptique très-prononcée, qui rappelle celleiloVcncre. 11 est soliiblo dans son pouls d'eau froide tt les trois quarts de son poids d'eau bouillante, insoluble dans l'alcool.
Préparation, le protosulfate s'ol>tienlen traitant la limaille de Fer par l'acide sulfuri(iue étendu d'eau. Il vaut mieux, pour les usages de la médecine, le préparer directement, parce que celui du commerce contient presque toujours du cuivre ot d'autres substances étranuères.
Le sulfate de Fer du conunerce, celui provenant du i:rilUme des pyrites, est souvent arsenical; le Fer et l'acide sulfurique peuvent eux-mêmes renfermer de l'arsenic. Il en résulte que le sulfate fabriqué de toutes pièces pourrait en contenir aussi. Il est donc prudent de dissoudre les sulfates dans l'eau, et d'y faire passer un courant d'acide sulfliydrique, qui précipite l'arsenic et non le Fer. On cbasse l'excès d'hydrogène sulfuré par la chaleur.
Nous dirons qu'il fait partie d'un assez grand nombre de préparations pharmaceutiques, où il est souvent décomposé et ramené à l'état de carbonate de Fer; qu'il fait la base du sirop chahjbé de Willis, de l'eau chabibce, etc.
Ce sel est aussi le principe minéralisateur de plusieurs eaux ferrugineuses naturelles.
On prépare également avec lui quelques eaux gazeuses artificielles.
Les médicaments autrefois connus sous les dénominations de sel de mars de Rivière, et de poudre sympathique de Digby, sont : le premier, un sulfate de fer impur ; le second, un sulfate de Fer privé de son eau de cristallisation.
M. Velpeau préconise le sulfate de Fer contre l'érysipèle de cause locale; il emploie la solution sui\*ante :
Pr. : Sulfate de proto.xyde de Fer, 60 sram.
Faites dissoudre.
Il incorpore également le sulfate ferreux dans de l'axonge pour en faire une pommade.
Tartrates de Fer. On rient de proposer l'emploi du tartrate ferreux; quant au tartrale ferrique, il se trouve implicitement dans certaines préparations ollicinales, comme le tartrate de protoxyde. Ni l'un ni l'autre jusqu'ici n'avaient fait la base d'une formule.
Tartrate de potasse et de Fer. Le prototartrate de Fer et de potasse, au contraire, constitue l'agent actif d'un grand nombre d'anciennes préparations dont quelquesunes sont encore usitées. Le tartre chalybé et la teinture de mars tartarisée sont deux préparations fort analogues, obtenues en faisant bouillir une solution de bitarlrate de potasse sur de la limaille de F'cr; seulement, dans le premier cas, on met peu d'eau et l'on fait cristalliser; dans le second on se contente d'amener la liqueur à marquer .32' Baume et d'ajouter un peu d'alcool.
L'c rirait de rruirs ne diffère de la teinture
de mars tartarisée que par son degré de concentration.
En ajoutant une partie de tartrate neutre de potasse à quatre de teinture, et évaporant à siccilé, on fait le tarlrc martial soin ble.
Les boules de mars ou de Nancy sont composées avec la limaille de Fer, le tartre rouge et les espèces vulnéraires; l'eau de houle doit sa coloration noire au tannate de Fer.
Le tartrate de potasse et de Fer est encore la base de quelques autres composés, tels que la teinture de Ludwig, le baume vulnéraire de Dippel^ etc., médicaments presque oubliés; nous exceptons cependant le vin chalybé qu'on prescrit souvent, et qui résulte de l'action du vin blanc sur la limaille de Fer (30 gr. (i once) de celle-ci par 1000 gr. (2 liv.)de liquide).
Eau martiaZe (Trousseau).
Tartrate de F^er et de potasse. i gram. Eau de Seltz factice. 1000
M. Soubeiran a donné en 18i4 une formule nouvelle pour obtenir extemporanément, en aussi petite quantité qu'on le désire, du vin chalybé à composition constante: la voici :
Pr. : Tartrate de protoxyde de Fer. 1 gram. Acide tartrique. l
Vin blanc. lOOO
On triture l'acide et le sel dans un mortier de verre on de porcelain'e; on ajoute le vin, et l'on filtre au besoin.
Tartrate de protoxyde de Fer et de protoxyde de potassium (tartrate ferrico-potassique). Ce sel parait appelé à jouer un grand rôle parmi les préparations martiales. En etl'et, il est soluble dans l'eau en presque toutes proportions; il se dissout aussi trèsbien dans l'alcool, et pourtant il n'a qu'une saveur styptique très-peu marquée.
Il est incristallisable et se présente sous forme d'écaillés d'un brun rougeâtre. Une chaleur de 120° le décompose; l'ébullilion prolongée dans l'eau aurait le même effet, surtout en présence d'un excès de crème de tartre. Dans la première circonstance le peroxyde est réduit, il se dégage de l'acide carbonique; dans l'eau il se précipite du tartrate de protoxyde.
Le tartrate ferrico-potassique pourrait être absorbé ju.sque dans l'intestin grêle, car il jouit de la précieuse propriété de résister à l'action décomposante des alcalis les plus énergiques; ce qui ne l'empêche pas oe céder son Fer au sang , si tant est que le Fer agisse de cette manière, attendu que, dans les secondes voies, il subit la loi commune aux sels à acides organiques, loi si bien établie par Vœhler, c'est-à-dire qu'il se transforme en carbonate.
Pour préparer ce sel double, prenez :
Bitartrate de potasse pulvérisé. 1 part. Flau distillée. 6
Hydrate deperoxyde de Fer humide, q.s.
aiÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
Faites digérer dans un vase de verre ou de porcelaine à une température de 60 c\ C0°, jusqu'à ce que la li(iueiir refuse de dissoudre une nouvelle qnaulité d'hydrate-, filtrez et évaporez à sicdlé, à une douce chaleur.
Voici quelques formules proposées par M. Mialhe :
Pilules ferrugineuses au tartrate ferricopotassique.
Pr. : Tartrate ferrico-potassique. 25gram. Sirop de gomme, q. s. (environ 5)
Faites 100 pilules; chacune pèsera environ 30 centigrammes et contiendra 25 cent. de tartrate ferrico-potassique.
Sirop ferrugineux au tartrate ferricopotassique (Mialhe).
Pr. : Sirop de sucre hlanc. 500 gram.
Tartrate ferrico-potassique.
Eau de cannelle^ de chacun. 16
Ce sirop contient 1 gramme de sel de Fer par 30 grammes. Néanmoins son goût n'est pas désagréable.
Eau ferrée gazeuse au tartrate ferrico-potassique (Mialhe).
Pr. : Eau (une bouteille). G50 grarii.
Bicarbonate de soude. 5
Tartrate ferrico-potassique. i
Acide citrique transparent, 4
Faites dissoudi'e le bicarbonate de soude et le sel ferrique dans l'eau et filtrez; cela fait, introduisez la solution salino-ferrée dans une bouteille à eau gazeuse; ajoutez l'acide citrique entier; bouchez et ficelez; puis agitez un instant la bouteille pour rendre plus prompte la dissolution de l'acide citrique.
Cette eau , quoique très-chargée de Fer, a une saveur martiale à peine sensible : on peut la prendre seule ou coupée avec du vin , dont elle ne trouble pas sensiblement la transparence.
Solution ferrugineuse pour eau ferrée au tartrate ferrico-potassique (Mialhe).
Pr. : Eau. 500 gram.
Tartrate ferrico-potassique. 30 Dissolvez et filtrez.
Cette solution est destinée à remplacer l'eau ferré.' gazeuse chez les personnes qui trouvent trop onéreux l'usage de cette dernière prépiration. A cet cllet, on en verse une cuillerée à bouche dans une bouteille d'eau.
Protoïodure de fer neutre. Ce sel est en plaques très-fragiles à cassure cristalline; sa couleur est le vert tirant sur le brun -, sa saveur est atramentairc et sa dissolution aqueuse, verdàtre.
11 se forme directement, quand on met en présence, de l'eau, de l'iode et un excès ' de Fer. M. Dupasquicr prépare ainsi ce qu'il appelle sa solution normale :
'. : Iode.
50 gram,
Fil de Fer.
Eau distillé.
Le fil de Fer, en fragments de la longueur d'environ deux centimètres, est introduit dans un flacon ù l'émeri; on ajoute l'eau, l'iode , et l'on bouche. On peut élever la température à 80° pour favoriser la réaction.
Pour avoir le protoïodure neutre solide, il suffit, comme l'a fait M. Mialhe, d'amener cette liqueur à un degré de concentration tel, qu'en la coulant sur un corps froid , une plaque de porcelaine, par exemple, elle se fige instantanément.
Quelque précaution qu'on prenne pour le conserver, l'iodure ferreux neutre solide ne tarde pas à s'altérer : l'oxygène de l'air transforme peu à peu le Fer en peroxyde et dégage de l'iode. Le protoïodure du Codex est un iodure ioduré à composition trèsvariable. D'où il suit qu'à l'état solide, la combinaison d'iode et de Fer est un médicament incertain; il faudrait éviter de le prescrire sous cette forme, et s'en tenir plutôt à la solution normale de M. Dupasquicr ou à sa solution au dixième ainsi formulée :
Pr.
Iode.
Fil de Fer.
Eau distillée.
37 gram. 879
Encore est-il que l'iodure ferreux doit être en partie décomposé par les acides de l'estomac; et ce qui parvient dans le sang doit, en présence du carbonate de soude, donner naissance à de l'iodure de sofiium et à du carbonate de 1^'er. Il semble donc plus rationnel d'administrer concurremment l'iodure de potassium et les bonnes préparations martiales, que d'avoir recours à l'iodure de Fer dans les cas où la chlorose se complique d'une affection scrofuleuse, etc.
La formule suivante a été employée , avec grand succès , contre la gonorrhée ; elle a surtout l'avantage de ne déterminer aucune douleur.
Pr. : Eau.
Iode.
Limaille de Fer.
220 gram.
aa 30
Faites bouillir, filtrez , ajoutez :
Sirop de gomme. 30 gram.
Il était important de pouvoir obtenir des pilules d'iodure de Fer, inaltérables à l'action de l'air et de l'humidité, sans odeur ni saveur de Fer et d'iode, et susceptibles de se conserver indéfiniment. Or M. Blancard a réussi à atteindre ce résultat.
La première partie de l'opération est très-analogue à celle décrite par M. Dupasquicr. Seulement il prend soin de rouler la masse pilulaire, ainsi que les pilules qui en résultent, dans de la poudre de Fer, pour empêcher l'altération de l'iodure ferreux pendant la manipulation.
La seconde partie de l'opération, qui a
pour but spécial la conservation des pilules, est fondée sur ce fait que le protoïodure de Fer étant complètement insoluble dans l'éther pur, on peut se servir d'une teinture éthérée résineuse comme enduit, pour les soustraire à l'action de l'air, de la lumière et de l'humidité. — M. Blancard a cru devoir accorder la préférence au baume de Tolu, privé d'acide benzoïque par une digestion préalable dans l'eau. — 11 fait donc une dissolution de cette résine dans de l'éther pur, et verse celle-ci dans une petite capsule de porcelaine, sur 80 à 100 pilules. Il imprime à la capsule un mouvement rapide de rotation, et quand l'éther est volatilisé, il projette les pilules sur des plaques métalliques et les abandonne à elles - mêmes pendant 24 heures. Pour les détacher des plaques il suffit de frapper celles-ci légèrement sur un plan résistant : on finit de les sécher en les exposant à l'étuve à une douce chaleur.
Si les pilules doivent être soumises à l'action prolongée d'une grande humidité , il convient de leur appliquer une seconde couche de vernis; elles n'en sont que plus brillantes et d'un plus bel aspect.
Chaque pilule est formée de 5 centigrammes d'iodure ferr.eux, de 1 centigr.
de Fer porphyrisé , le tout recouvert d'une couche de Tolu , qui pèse à peine 3 milligrammes si elle est simple, et de 5 à 6 milligrammes si elle est double.
Chlorures de Fer. Ils sont au nombre de deux :
1» Protochlorure : peu employé à cause de son peu de stabilité.
• 2° Perchlorure {chloruretum ferricum, chlorhydrate de peroxyde de Fer). Il est d'une couleur rougeâtre, très-déliquescent, d'une saveur excessivement styptique, volatil à une température peu élevée; trèssoluble dans l'eau, dans l'alcool et dans l'éther.
Il se prépare en dissolvant l'oxyde rouge de Fer [oxydum ferricum) dans quantité suffisante d'acide chlorhydrique; on évapore la dissolution jusqu'à siccité au bainmarie.
Le perchlorure de Fer ainsi préparé est rarement pur, très-déliquescent, parce qu'il renferme de l'eau.
Il vaut mieux l'obtenir en faisant passer un courant de chlore à travers un tube chauffé et renfermant du fil de Fer tourné en spirale.
On obtient ainsi un perchlorure anhydre.
Ce sel entre dans la composition de quelques eaux minérales factices. 11 sert de base à la teinture de Bestuchef ou de Klaproth , qui n'est qu'un mélange de perchlorure sec 4 gram. (1 gros) et liqueur d'Hoffmann 32 gram. (l once):
Il faut conserver cette teinture à l'abri de la lumière.
Uacétate de Fer (acétate de peroxyde) est liquide, de couleur rouge grenat, extrêmement soluble.
11 a été conseillé pour la préparation du
vin ferrugineux, mais il est préférable d'employer le citrate de Fer.
On admet trois citrates. Voici les préparations indiquées par M. Béral :
1° Le citrate ferrique, ou citrate de peroxyde de Fer.
On obtient le citrate de Fer peroxyde sous la forme de paillettes transparentes et d'une couleur de grenat. Ce sel, remarquable sous tous les rapports , se dissout dans l'eau avec la plus grande facilité; sa solution est stable; et sa saveur peu prononcée peut encore être atténuée, sans inconvénient pour l'usage médical, à l'aide d'une faible portion de soude ou d'ammoniaque.
Ce sel ferrugineux peut rivaliser avec les meilleures préparations martiales; on peut le faire entrer dans la confection de tablettes, de pastilles, de pilules, où il remplacera avantageusemont le protolactate de Fer, qui a une saveur très-désagréable.
Le citrate ferrique , le seul très-employé, ne se trouve en paillettes brillantes et transparentes que lorsqu'on y ajoute de l'ammoniaque. C'est d'ailleurs ce que font tous les fabricants. C'est donc un sel de Fer ammoniacal qui est réellement employé.
Sirop de citrate de Fer (Béral).
Pr. : Sirop de sucre. 470 gram.
Citrate de peroxyde de fer liquide» 30
Mêlez, aromatisez avec alcoolat de citron. 8
2° Le citrate ferreux , ou citrate de protoxyde de Fer.
On prépare ce sel en traitant de la limaille de Fer par de l'acide citrique préalablement dissous dans de l'eau distillée. Ce citrate est blanc, peu soluble et pulvérulent. L^action de la lumière le colore promptement, et celle de l'air humide en modifie la constitution, en faisant passer le Fer à un degré supérieur d'oxydation. Ce citrate a une saveur atramentaire très-prononcée.
3° ie citrate d'oxyde de Fer magnétique.
Combiné à l'acide citrique, Foxyde de Fer magnétique fournit un sel incristallisable, d'une couleur verte, et pouvant être obtenu en paillettes transparentes. Ce sel est soluble et très-actif ; mais , comme il a une saveur atramentaire des plus prononcées , il ne peut être employé qu'à l'extérieur. Sa solution, chose remarquable, ne s'altère pas et conserve sa couleur verte, quoique exposée à l'action prolongée de l'air atmosphérique.
Citrate de Fer et de quinine.
Le citrate de Fer et de quinine est un sel nouveau qui manquait à la thérapeutique. C'est un médicament formé par la combinaison de quatre parties de citrate de Fer avec une partie de citrate de quinine. On
MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
l'obtient sous la forme de paillettes transparentes , solubles, très-amères , et d'une couleur de t;renat.
C'est surtout sous la forme de pilules qu'il convient d'emplover le citrate de Fer et de quinine à cause de sa grande amertume.
Vin de quinquina ferrugineux.
Composé d'éléments que l'on supposait incompatibles, le vin de quinquina ferrugineux constitue un médicament nouveau, dont le besoin se faisait sentir à chaque instant, et qui, entre les mains des médecins, recevra de nombreuses et utiles applications.
50 grammes de ce vin contiennent 1 gr. de citrate de Fer et les principes solubles de 3 grammes de quinquina. Lia dose du citrate peut être augmentée à volonté (Béral).
Le frotolactate de Fer s'obtient en faisant agir de l'acide lactique étendu sur de la limaille de Fer. On fait avec ce sel des pastilles. On peut encore en faire des pilules qu'on enveloppe d'une lame d'argent pour pallier la saveur atramentaire peu agréable.
Mais ce sel s'obtient plus généralement en traitant le lactate de chaux par le sulfate de protoxyde de Fer. On sépare le sulfate de chaux "formé et on fait évaporer le liquide à siccité.
Elles contiennent 5 centigr. (1 grain) de laclate de Fer.
Cette préparation n'est pas aussi nouvelle qu'on se l'imagine : Gmelin la cite dans l'Apparatus medicaminum , sous le nom de sérum lactis chalybeatum. Voici à ce sujet le texte latin : Sérum lactis consueta ratione paratum, in quo candens ferrum exstinctum fuit, rohorantem ferri virtutem cum atténuante seri conjunctam possidens.
Nous devons, en terminant la matière médicale du Fer, dire quelques mots sur le tannate de Fer qui est susceptible de recevoir d'utiles applications.
Tannate de perox]jde de Fer (Béral).
S'obtient par l'addition d'un décoctum de noix de galle à une solution d'un sel de Fer peroxyde. Le tannate est bleu, insoluble, sans saveur. Ses propriétés sont peu prononcées.
Sirop de tannate de Fer.
Pr. : Sirop simple. 375 gram. (12 onc.) Sirop de vinaigre
framboise. 125 (4 onc.)
; Citrate d'oxyde de
Fer magnétique. 10 (2 1/2 gros.)
Extrait a(iueux de noix de galle. 4 (1 gros.)
Préparer selon l'art.
Nous avons les premiers fait préparer ce sirop. Comme le fer, dans cette préparation, est à l'état de tannate ferroso-fcrriqùe et associé à un acide, il est soluble,
sapide et susceptible de recevoir d'utiles applications.
Pyrophosphate de fer. Ce sel vient d'être récemment introduit dans la thérapeutique par M. E. Robiquet. Déjà à plusieurs reprises on avait essayé d'employer le pyrophosphate de fer, mais on avait été forcé d'y renoncer à cause de la grande quantité de pyrophosphate de soude nécessaire pour le maintenir en dissolution dans l'eau ; mélange qui a l'inconvénient de lui donner une saveur salée peu agréable, et qui ne l'empêche pas, après un temps plus ou moins long , de noircir à i'air en prenant un goût métallique de plus en plus prononcé.
11 fallait donc chercher un autre dissolvant; M. Robiquet a trouvé le citrate d'ammoniaque, qui a le double avantage de pouvoir être employé en très-petite quantité et de dissimuler le Fer chimiquement aux réactifs.
La dissolution du pyrophosphate de fer dans une liqueur citro-ammoniacale paraît se conserver des mois entiers sans altération, et donne un sirop qui n'a pas la saveur désagréable des composés ferrugineux.
La facilité avec laquelle l'économie se l'assimile, l'absence de toute saveur styptique, sa parfaite solubilité dans l'eau, la double influence qu'en raison de ses deux éléments formateurs il semble devoir exercer tant sur la composition du système osseux que sur la reconstitution du sang : telles senties qualités qui recommandent à priori cette nouvelle préparation ferrugineuse.
Mais attendons que l'expérience ait prononcé définitivemant sur sa valeur. Voici les principales formes pharmaceutiques qui ont été proposées par M. Robiquet.
Sirop ferrugineux.
Pyrophosphate de fer citro-am-
moniacal. 10 gram.
Sirop simple. 900
Sirop de fleurs d'oranger. 100
F. s. a. un sirop par simple solution, et colorez avec q. s. de teinture de cochenille ou d'orcanette; chaque gramme de ce sirop contient 0 gram. 01 de sel de fer, et chaque cuillerée à bouche environ 0 gr. 20.
Dragées ferrugineuses.
Pyrophospate de fer citro-am-
moniacal. 50 gram.
A diviser en 500 dragées contenant chacune 0 gram. 10 de sel de Fer.
Vin de quinquina ferrugineux.
Pyrophosphate de fer citro-am-
moniacal. 10 gram.
Extrait de quinquina gris. 5
Vin blanc généreux. 1 k.
Faites dissoudre à froid le sel de Fer et l'extrait dans le vin, et filtrez au papier.
Chaque cuillerée à bouche de ce vin contient 0 gram. 20 de sel de Fer et 0 gram. 10 d'extrait de quinquina.
THERAPEUTIQUE.
, Les préparations ferrugineuses, presque bannies de la thérapeutique française pendant que florissait la doctrine du Val-de-Grâce , ont, depuis vingt et quelques années, reçu une impulsion nouvelle, à laquelle nous ne sommes peut-être pas étrangers-, et aujourd'hui non-seulement elles ont repris la place importante qu'elles occupaient dans le siècle dernier, mais encore, elles ont été prodiguées avec imprudence, et administrées avec trop peu de circonspection. Quoi qu'il en soit, il est peu de médecins qui de nos jours n'emploient souvent le Fer, et qui ne le placent, dans l'ordre de son utilité, à côté du quinquina, du mercure, de Topium , de la belladone, etc., etc.
Action physiologique du Fer sur l'homme sain.
Les préparations martiales données à Tintérieur exercent sur Fhomme et sur la femme en état de santé des effets peu considérables , mais qui pourtant méritent d'être notés.
Sous leur influence, il ne se produit immédiatement aucun effet sensible; mais après huit ou quinze jours , il se manifeste quelquefois un sentiment de plénitude qui jette dans un malaise indéfinissable. La tête alors est lourde et douloureuse, l'intelligence moins nette, en un mot, surviennent les signes de la pléthore sanguine : le visage , la poitrine , le dos se recouvrent assez souvent de pustules d'acné [varus sebaceus), qui 'ne disparaissent que lorsqu'on a cessé le Fer depuis quelque temps. Il n'y a pas de fièvre, pas d'excitation proprement dite, pas de modifications dans les sécrétions.
La pléthore dont nous venons de parler, peu dangereuse en général chez l'homme doué d'une santé parfaite, n'est pas exempte d'inconvénients sérieux chez les individus prédisposés à la phthisie pulmonaire et surtout aux hémoptysies; chez les femmes fortement colorées dont le flux menstruel est ou supprimé ou trop peu abondant.
Ses effets sur l'estomac sont peu appréciables. Il n'augmente pas l'appétit ; il le diminue même assez souvent , et cause des pesanteurs d'estomac, des éructations nidoreuses, de la diarrhée, et plus fréquemment de la constipation.
Les garde-robes prennent presque toujours une couleur noire analogue à celle de l'encre; et ce phénomène en a souvent imposé aux médecins pour des déjections mélseniques. Cette teinte noire, suivant Barruel, est due à l'action de l'acide gallique ou de l'acide tannique qui se trouvent mêlés à nos aliments. M. Bonnet, de Lyon, l'attribue à la combinaison du soufre avec le Fer, et dans ce cas, il croit à la formation d'un sulfure de Fer.
L'opinion de Barruel réunit en sa faveur le plus de probabilités. Nous voyons, en etfet, la langue, les dents elles-mêmes se colorer en noir chez
10 MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
les femmes qui prennent des boissons ferrugineuses, et, en même temps , des substances qui, comme le vin rouge, contiennent beaucoup de tannin. D'autre part, les enfants qui tettent exclusivement n'ont pas de selles noires après l'emploi des martiaux. On a vu, il est vrai, des malades qui, plusieurs jours après avoir cessé l'usage d'aliments dans lesquels il y avait du tannin, avaient encore des selles noires; mais il était, dans ce cas, raisonnable de supposer que les matières nouvelles étaient colorées par d'autres qui étaient plus anciennes, et dont le gros intestin ne s'était pas encore entièrement débarrassé.
Quelques praticiens ont constaté que les préparations ferrugineuses donnaient lieu à un orgasme vénérien assez énergique. Nous avons pu nousmêmes être témoins de cet effet.
Assez souvent encore, chez les femmes, l'usage des martiaux, à dose peu élevée, détermine, du côté de la vessie, une vive irritation manifestée par de fréquentes envies d'uriner, des cuissons dans le méat urinaire, petits accidents qui cèdent facilement à l'usage des bains de siège, des lotions émollientes ou du poivre cubèbe.
L'influence du Fer sur la menstruation est tout autre que celle qui lui est ordinairement attribuée. Suivant tous les thérapeutistes , les martiaux rendent les règles plus actives ; mais des relevés faits avec soin nous ont prouvé que si, dans quelques cas, Thémorrhagie menstruelle devenait en effet plus abondante chez les femmes bien portantes qui prenaient du Fer, ce flux était au contraire ou retardé ou diminué chez le plus grand nombre. Nous verrons plus bas quelles raisons ont fait adopter généralement l'opinion contraire.
Topiquement , les ferrugineux exercent sur les tissus une action astringente; ils modèrent la suppuration des ulcères, hâtent la cicatrisation des plaies , tempèrent les hémorrhagies. Les préparations solubles sont évidemment les plus astringentes, les moins solubles ont néanmoins quelques propriétés styptiques. •
Action thérapeutique des préparafions ferrugineuses.
Pour bien comprendre le mode d'action des martiaux, dans des maladies auxquelles ces médicaments conviennent, il est indispensable d'entrer dans quelques considérations sur les troubles divers que les modifications dans la crase du sang exercent sur l'économie.
A la suite d'une abondante saignée, sans doute parce que les organes ne reçoivent plus l'influx normal nécessaire à l'accomplissement des fonctions dont ils sont chargés, il survient dans l'économie des troubles nombreux. Ces troubles, d'abord très-notables, disparaissent peu à peu à mesure que le sang se renouvelle. Mais si les saignées sont répétées de telle manière que le sang ne puisse se renouveler, si l'alimentation n'est pas assez riche pour fournir aux matériaux de cette répartition, ou bien encore si une maladie, inconnue dans son essence et si commune pourtant, décolore le sang
plus profondément encore que lorsque l'on a éprouvé des pertes de sang abondantes, il se manifeste chez les femmes ce qui est connu sous le nom de chlorose, chez les hommes ce qui a reçu le nom d'anémie.
La chlorose est presque toujours spontanée. L'anémie est à peu près constamment le résultat de pertes de sang.
Il est assez difficile de dire au juste pourquoi la chlorose est l'apanage à peu près exclusif des femmes, car chacun sait qu'il est extrêmement rare de trouver un jeune garçon chlorotique.
On a cru pouvoir expliquer ce fait par la différence de composition du sang dans les deux sexes. Ainsi, les analyses ont démontré que, en général, le sang d'une femme bien portante contenait un peu moins de globules sanguins que celui d'un homme jouissant d'une bonne santé. Mais en admettant que cette différence ne soit pas ici sans quelque influence, il est plus rationnel de penser que c'est dans les conditions inhérentes au sexe lui-même que réside la véritable cause de ce fait pathologique si remarquable.
Les analyses de MM. Andral et Gavarret établissent que, dans l'état normal, sur 1,000 grammes de sang, on peut, en moyenne, trouver 127 de globules ; mais que , chez les chlorotiques , le chiffre des globules peut descendre jusqu'à 38, la quantité de fibrine restant d'ailleurs à peu près la même que chez les femmes bien portantes.
Les analyses du sang de MM. Andral et Gavarret rendent raison d'abord de la pâleur et de la liquéfaction du sang des chlorotiques , et peut-être aussi de la plupart des symptômes singuliers qu'elles éprouvent. On conçoit, en effet, comment le sang, dépouillé en partie de ces principes excitants, n'est plus dans des conditions convenables pour modifier les organes, et qu'il en résulte des troubles fonctionnels nombreux.
Les muscles de la vie de relation se décolorent, s'atrophient et se relâchent : de là, la difficulté, la lenteur des mouvements; les muscles de la vie organique participent aux-mêmes troubles : de là, la flaccidité du cœur, la difficulté de la circulation, la paresse de l'estomac, la constipation, les flatulences. Enfin, le sang n'arrivant ni aux centres nerveux, ni aux glandes , ni aux membranes , avec ses qualités naturelles , les centres nerveux, les glandes, les membranes, ne peuvent plus exercer leurs fonctions comme dans l'état normal.
Si donc on redonnait au sang les éléments principaux qui lui manquent, on le rendrait de nouveau apte à influencer réguhèrement l'économie. Or le Fer remplit ce but.
Comment agit le Fer dans la chlorose?
A cet égard, il existe deux opinions bien tranchées.
Les uns, et ce sont aujourd'hui les plus nombreux, veulent que le Fer absorbé passe directement dans le sang , y soit précipité à l'état d'oxyde , lui rende immédiatement les principes qui lui manquent , et fasse d'emblée de ce fluide un élément réparateur.
Les autres attribuent à ce médicament une action uniquement tonique.
12 ftlËDlCAMENïS RECONSTITUANTS.
en vertu de laquelle les fonctions digestives et nerveuses sont influencées de manière à rendre plus parfaites l'innervation et la nutrition. C'est donc par l'intermédiaire de cette action tonique que s'opère la reconstitution organique.
Cette dernière manière de voir reçoit une confirmation , au moins indirecte, des expériences de M. Réveil, qui a analysé le sang de plusieurs chlorotiques, et qui a constamment trouvé la même quantité de Fer dans des quantités très-variables de globules.
Ce chimiste a vérifié ce fait déjà connu que tout le Fer du sang se trouvait dans les globules exclusivement. Il a constaté ensuite que le chiffre des globules pouvait descendre jusqu'à 35 p. 100.
Or, sous l'influence des ferrugineux , ce même chiffre des globules remonte rapidement jusqu'à 125 à 127 millièmes; et, néanmoins, dans l'un et l'autre cas, la quantité de Fer reste exactement la même.
Un fait qui donnerait encore une certaine valeur à cette manière de voir sur l'action des ferrugineux , s'il était bien confirmé , c'est que , dans ces derniers temps, plusieurs praticiens ont conseillé le manganèse au heu du Fer dans le traitement de la chlorose 5 et, sous l'influence de ce médicament, le sang se trouve, comme avec le Fer, rapidement reconstitué.
A l'appui de cette opinion , nous pouvons encore invoquer l'autorité de M. Cl. Bernard. (Leçons faites au collège de France,, publiées par l'Union médicale, 1854)
a La véritable question n'est pas de savoir, dit cet éminent physiologiste, si le Fer guérit la chlorose, mais d'abord si la chlorose est due à l'absence du Fer, et si le Fer administré va se mettre à la place de celui qui manque.
» Sans doute, quelques auteurs ont avancé qu'il y avait dans le sang des chlorotiques diminution dans la proportion de Fer, mais ils ne l'ont pas prouvé chimiquement. Ceux, au contraire, qui ont fait des analyses, ont trouvé que la quantité de Fer est la même avec ou sans chlorose. Ce qu'il y a de vrai, c'est que, dans cette maladie, il y a moins de globules dans le sang. »
« Supposons, ce qui est probable, qu'il y ait à peu près 6 grammes de Fer dans la masse du sang , et que dans la chlorose le sang en perde 3 grammes. Si tout le Fer qu'on administre était absorbé, on aurait vite remis cette quantité dans le sang; mais on sait qu'il faut au moins un mois, et souvent bien plus de temps pour guérir cette affection, malgré les masses de Fer qu'on a fait prendre. »
Arrive ici une autre difticulté : c'est qu'on ne peut constater positivement l'absorption du Fer ni dans l'estomac ni dans les intestins. M. Bernard a injecté dans l'estomac de la limaille, du lactate, etc. 5 il n'a jamais pu trouver dans le sang de la veine porte plus de Fer que de coutume.
Mais, continue M. Bernard, comme le Fer existe dans les aliments, il faut peut-être qu'il y ait une certaine combinaison pour que son absorption s'effectue.
"Ici, d'ailleurs , il est une chose bien positive et parfaitement démontrée :
FER. . i3
c'est, ajoute M. Bernard, que les sels de Fer exercent une action spéciale sur la muqueuse gastrique. Toutes les parties de la membrane qui en sont touchées prennent une circulation plus active. Le Fer est donc un excitant direct.
En terminant, M. Bernard se pose cette question : ,
« La chlorose ne serait-elle due qu'à un vice de digestion? Le Fer ne peut-il pas, par Fexcitation qu'il produit, rétablir les actes troublés de cette fonction ? »
Que M. Bernard n'ait pas dit le dernier mot sur cette question, c'est possible. Mais on voit que les données fournies par la chimie sont loin de le satisfaire ; et s'il n'a pas encore obtenu la solution de cette grave difficulté, il a au moins le mérite de mettre sur la voie qui doit y conduire.
Il lui reste, d'une part, à rechercher quelles sont les conditions qui , dans l'estomac, doivent favoriser l'absorption d'une certaine proportion de Fer; car cette absorption, bien qu'encore imparfaitement démontrée par la chimie , nous paraît indubitable ; et , d'autre part , à préciser quelle est cette combinaison mystérieuse à l'aide de laquelle elle peut s'effectuer, si minime et si imperceptible qu'on la suppose. Puis enfin, il s'agira de déterminer par quel secret mécanisme ces atomes de Fer, charriés dans les vaisseaux, iront révivifier les globules sanguins appauvris et altérés , et finalement servir à opérer la reconstitution organique.
L'existence du Fer dans le sang était admise, et avait été déjà démontrée longtemps avant nous, et c'était de ce métal que l'on faisait dépendre la couleur du cruor (Jos. Badia, Galeacius, Menghinus, Rhades, Widmer, cités par Gmelin, t. VIII, p. 315), Haller [Elementa physiologie, t. II, p. 316), Fourcroy [Éléments de V histoire naturelle et de la chimie, ^^ édit., t. II, -p. 310). Mais cette présence du Fer dans le sang, niée formellement par Writh [Transact. philos., vol. L, n" 79, 2"= part., p. 594, 1750), fut démontrée d'une manière positive par Forcke (De martis transiiu in sanguinem. léna, 1783). Depuis même que la chimie avait fait de si immenses progrès, la question restait litigieuse, et beaucoup de personnes regardaient comme controuvés les faits sur lesquels s'appuyaient les auteurs qui assuraient avoir constaté l'existence du Fer dans le sang. Aujourd'hui il ne peut rester de doute à ce sujet : les analyses les plus récentes et les plus incontestables établissent maintenant que la quantité de Fer que l'on trouve dans 1,000 grammes de sang est, suivant M. Dumas, de 16 centigrammes; ce qui, pour la totalité de sang, qu'on peut évaluer à 15 kilogrammes tout au plus, donnerait 2 1/2 grammes, évaluation fort éloignée de celle de Barruel, qui évidemment s'était trompé, en supputant 1 gramme de Fer par kilogramme de sang.
Il s'agissait maintenant de savoir si le Fer était réellement absorbé. Et d'abord, ainsi que nous l'avons dit, on a pu constater dans les urines la présence de ce métal. Tiedemann et Gmelin ont trouvé du Fer dans la vessie, et notamment dans le sang des veines mésaraïques et de la veine porte d'un cheval auquel, six heures auparavant, ils avaient fait avaler une
U MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
dissolution de 180 grammes (C onces) de protosulfate de Fer (Wœhler, Journal des progrès, t. II, p. 108). Il y a aussi beaucoup d'observations qui prouvent que la noix de galle noircissait les urines des personnes qui avaient fait un grand usage d'eaux et de préparations ferrugineuses [Histoire de r Académie des sciences de Paris ^ 1702, p. 208. Comment. Bononiens., t. Il, 3" part., p. 478).
Des expériences assez récentes ont été faites par Brûck , à Dribourg [Journ. des conn. méd.-chiriirg., t. IV, p. 216). «Nous ignorons, dit cet auteur, si le Fer est réellement le principe colorant du sang; mais de nouvelles expériences sur des lapins ont permis de constater que le Fer administré entre effectivement dans la masse du sang ; on a trouvé que le phosphate, le muriate et le carbonate de Fer, et, moins rapidement, la limaille, sont digérés et assimilés à la dose de 5 centigrammes (1 grain) par jour, pour les premières préparations, et à celle de 2 1/2 centigrammes (1/2 grain) pour la dernière. En totalité, la masse de sang d'un lapin n'a pu être saturée de plus de 40 ou 50 centigrammes (8-10 grains) : l'assimilation sembla ensuite s'arrêter pour quelque temps, et les masses de Fer ultérieurement données furent évacuées pendant quinze jours chez les lapins. »
« En comparant, ajoute Brûck, ces expériences qui prouvent l'introduction du Fer dans la masse du sang, on voit que chez les femmes chlorotiques, le sang prend, sous l'influence de ce médicament, une rougeur de plus en plus intense. Il nous semble permis d'en tirer la conclusion que le Fer, quand bien même il ne serait pas cause immédiate de la coloration du sang , augmente cependant les parties de ce fluide susceptibles de se colorer à Taide de la respiration, savoir : les globules ou leur enveloppe.» [Ibid.) Ces expériences, que Brùck trouve fort probantes, paraissent démontrer, en effet, que le Fer est absorbé et qu'il séjourne dans le sang dans un état de combinaison quelconque ; mais il s'agirait de savoir s'il y existe à l'état de partie constituante des globules , c'est ce que Bruck n'a nullement prouvé. Or, la question reste entière : car chez une chlorotique on sera toujours en droit de se demander si l'accroissement des globules se fait aux dépens du Fer administré, ou bien si ce Fer, en tant que tonique, a mis l'organisme dans de telles conditions qu'il pourra prendre, dans les aliments , ce qu'il faut pour la reconstitution des globules ; et nous sommes d'autant plus en droit de nous faire une pareille question, que nous voyons quelquefois la chlorose, et presque toujours l'anémie, se guérir sans le secours des martiaux.
M. Mialhe admet que, dans la chlorose, il y a diminution de la combinaison martiale ; il voudrait que le Fer lut regardé comme un aliment, puisqu'il concourt à la production de l'élément organique; mais il ne reconnaît cette propriété qu'aux préparations ferrugineuses décomposables par les alcalis du sang. Ainsi les cyanures rouge et jaune de potassium et de Fer n'éprouvent aucun changement de la part du sang; aussi sont-ils promptement absorbés et les retrouve-t-on dans les urines, ce qui n'a pas lieu avec les autres préparations martiales.
Sans vouloir expliquer la formation des globules sanguins, M. Mialhe signale une expérience très-curieuse, mais qui, de l'aveu de l'auteur, ne réussit pas toujours... Mais réussît-elle constamment, elle serait d'une bien petite valeur, et aiderait peu à expliquer la formation des globules. Voici comment s'exprime M. IMialhe : « Quand on verse dans une dissolution albumineuse un sel de peroxyde de Fer bien neutre, il n'y a point de précipitation; mais veut-on ajouter à ce mélange une certaine quantité de clilorure de sodium, une précipitation assez abondante ne tarde pas à se produire : or on enseigne, en physiologie, que les globules du sang sont solubles dans l'eau distillée , et non dans une eau chargée de sel marin, comme l'est le sérum qui les renferme, c'est-à-dire qiie les globules sanguins se comportent avec les dissolutions salines en tout point comme le composé ferrico-albuminique que je viens de faire connaître (1). »
Résumons-nous. — Pour rester dans le vrai pu dans ce qui paraît le mieux démontré , nous dirons : 1° que le sang des chlorotiques contient moins de globules que le sang des femmes bien portantes; 2" que par l'usage des préparations ferrugineuses , le sang récupère en général assez promptement la partie cruorique qu'il avait perdue ; 3" que le Fer administré aux chlorotiques a deux modes d'action très-distincts , mais également nécessaires. Ainsi il agit d'abord comme tonique et excitant, ou si l'on veut, comme modificateur spécial du sens gastrique. — Et puis trèsprobablement une certaine proportion de Fer, dissoute dans le suc gastrique, est absorbée, va se mettre directement en rapport avec la membrane interne des vaisseaux, et en vertu d'une action purement vitale, que nous ne chercherons pas à définir, ce médicament rétablit les fonctions hématosiques , plus ou moins altérées par le fait de la maladie. C'est par le concours de cette double influence que s'opère la reconstitution des globules sanguins, et que s'effectue en définitive la guérison de la chlorose. Tel est, à notre avis, le véritable rôle des préparations ferrugineuses dans la chlorose; telle est du moins l'interprétation que les recherches les plus récentes de la chimie organique et de la physiologie expérimentale, d'accord en cela avec le bon sens médical et la tradition, nous présentent comme la plus rationnelle et la plus acceptable.
Naguère encore, la chlorose était le véritable champ de triomphe de la théorie chémiatrique. Cette maladie est due, disait-on, à la diminution du Fer dans le sang. En administrant le Fer, on rend à ce sang le principe qui lui manque. Quoi de plus simple et de plus convaincant?
Par malheur, l'expérimentation chimique a commencé à ébranler ces deux bases de la théorie qu'on pouvait croire inattaquables. Il est donc permis de prévoir que la chlorose elle-même ne tardera pas à être rendue à la théorie vitaliste , ni plus ni moins que le reste de la pathologie et de la thérapeutique.
(1) Mialhe, Art de formuler, page 171.
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La chlorose, nous ne craignons pas de le dire, domine la pathologie de la femme, et le médecin qui ne saura pas reconnaître cette affection échouera souvent dans le traitement des maladies des femmes. Sans doute ce n'est pas ici le lieu de faire une dissertation pathologique j cependant, comme nous avons sur la chlorose des idées qui ne sont pas généralement reçues, nous sommes obligés de nous expliquer pour que le lecteur se place à notre point de vue ; autrement ij lui serait impossible de comprendre l'étroite liaison qui unit des affections en apparence très-distinctes, et qui, toutes subordonnées à la même cause, obéissent à la même influence thérapeutique, celle du Fer.
Dans la forme la plus grossière, et quand il est rarement permis de la méconnaître, la chlorose se présente avec le cortège des symptômes suivants :
Décoloration générale de la peau et des membranes muqueuses; léger amaigrissement, bouffissure de la face et des extrémités inférieures.
État nerveux, hystérie, mélancolie, versatilité, débilité musculaire.
Douleurs névralgiques à type ordinairement irrégulier.
Augmentation ou diminution du volume du cœur; impulsion ventriculaire, quelquefois plus énergique, d'autres fois plus faible que dans l'état sain; bruit de souffle généralement doux, au premier temps du cœur; son quelquefois éclatant du deuxième bruit du cœur; bruits de souffle divers dans les gros vaisseaux artériels, et notamment dans les carotides, dans les sous-clavières, etc., etc., ainsi que dans les veines du col.
Pouls plus fréquent que dans l'état de santé, chaleur fébrile, sécheresse de la peau , soif.
Anhélation au moindre mouvement , palpitations de cœur.
Dyspepsie, pyrosis, appétits dépravés, gastralgie, parfois vomissements, constipation habituelle , diarrhée quand la maladie a duré très-longtemps.
Menstruation douloureuse, irrégulière, peu abondante, décolorée, nulle; flueurs blanches; ménorrhagie, infécondité.
Tel est le tableau ou plutôt l'ébauche de la chlorose.
Ce cortège effrayant de symptômes disparaît ordinairement avec rapidité sous l'influence des préparations ferrugineuses.
Comment, dans la chlorose , doit-on donner le Fer, à quelle dose, pendant combien de temps? toutes questions que les thérapeutistes ont à peine effleurées, et que peu de praticiens se sont donné la peine d'approfondir. Nous en exceptons pourtant Sydenham, qui a donné les bases d'un bon traitement, mais qui n'a pas assez insisté sur quelques minuties qui sont d'une grande importance , comme nous en a convaincus une longue pratique de ce médicament.
Les préparations peu solubles doivent être employées en général au début du traitement. La limaille de Fer, avec son éclat métallique, le Fer réduit par l'hydrogène, le safran de mars apéritif, l'hydrate de peroxyde de Fer, occupent ici le premier rang. On les donne en poudre dans une cuillerée de potage, ou dans des confitures, matin et soir, aux deux principaux repas, -à la dose de 5 à 15 centigrammes (1 ou 3 grains) chaque fois. Si cette dose
est facilement supportée, on l'augmente graduellement, et l'on arrive ainsi jusqu'à 1 et 2 grammes (20 à 40 grains) pour chaque repas. Il est essentiel que le médicament soit pris au commencement du repas ; car si on le donne le matin à jeun, comme le font beaucoup de médecins, les malades éprouvent une pesanteur d'estomac, un dégoût fort grand, et elles perdent l'appétit. Il est encore un autre motif qui doit le faire toujours prescrire au moment du repas : c'est que seulement alors les sucs gastriques contiennent une suffisante quantité d'acides; tandis que, peu de temps avant le repas, ils sont ou peu acides ou neutres, ou quelquefois même alcalins. 11 n'est pas besoin de dire que, dans le cas de pyrosis, le médecin pourrait, au contraire, conseiller de prendre le médicament dans l'intervalle des repas : on comprend aisément pourquoi.
Si les préparations peu solubles sont bien supportées, et si pourtant la guérison se fait attendre, on devra passer aux préparations solubles^ et notamment au tartrate ferrico-potassique, soit qu'on le donne en pilules, soit qu'on l'administre sous forme d'eaux gazeuses (F. page 5). Pour certaines femmes, nous prescrivons la teinture de mars tartarisée, l'eau ferrée, le vin chalybé, etc., etc.
Ce traitement, qui ne doit pas être suspendu même à l'époque menstruelle, sera continué jusqu'à ce que les symptômes de la chlorose aient entièrement disparu. On cesse alors, pour reprendre un mois après et insister sur les mêmes moyens pendant quinze jours ou trois semaines. Puis on laisse deux mois d'intervalle; on donne ensuite les martiaux pendant quinze jours, et l'on doit en agir ainsi pendant cinq ou six mois : car s'il est facile de guérir la chlorose, il est difficile de la guérir de manière à ne pas craindre des récidives , et les récidives sont à' craindre si l'on suspend brusquement l'usage du Fer.
La chlorose est considérée par quelques pathologistes comme une ma- , ladie qui n'a presque pas de gravité ; mais contrairement à cette opinion , nous estimons que la chlorose est une affection fort sérieuse, et dont beaucoup de femmes se souviennent toute leur vie, en ce sens qu'elles sont sans cesse sous l'imminence d'une récidive ; ou bien, ce qui est plus commun, qu'elles conservent, avec les apparences de la santé, quelques-uns des troubles fonctionnels qui formaient l'apanage de la chlorose confirmée.
Il faut dire aussi, parce que c'est une vérité que l'on comprend en vieillissant dans la pratique , que le Fer, après avoir amendé rapidement les accidents les plus graves de la chlorose , devient quelquefois tout à coup impuissant, et nous laisse désarmés en présence d'une maladie qu'il domine en général avec tant de facilité. Le médicament, dans ce cas, agit d'autant moins sûrement que l'affection est plus ancienne, et surtout que les récidives ont été plus fréquentes.
Quelques malades éprouvent un singulier phénomène. Pendant un temps
plus ou moins long , elles supportent des doses considérables de Fer, avec
un amendement rapide des symptômes de la chlorose; puis, tout à coup,
elles sont incommodées par le médicament , et semblent être dans une
d8 MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
sorte d'état de saturation. Le médecin doit s'arrêter alors pour reprendre plus tard suivant le mode que nous indiquions plus haut.
L'indication de l'emploi des ferrugineux, si évidente qu'elle soit, ne peut pas toujours être facilement remplie par le médecin. L'état de l'estomac et celui des intestins, une susceptibilité qu'il est impossible de prévoir, y peuvent mettre un grand obstacle. 11 n'en faut pas moins voir toujours le but auquel il faut arriver tôt ou tard ; et , pendant plusieurs semaines , et même plusieurs mois, modifier l'irritabilité du canal intestinal, ou accoutumer l'économie à l'impression des martiaux.
Toutefois, lorsque les apparences de la chlorose existent, il faut se défier d'une femme qui supporte mal le Fer : le plus souvent cette intolérance est l'indice d'une diathèse fâcheuse.
Quand il y a chez les chlorotiques disposition à la diarrhée, il convient de ne pas commencer par l'administration du Fer, surtout de ne jamais prescrire les préparations martiales solubles. Mais, pendant un temps plus ou moins long, le sous-nitrate de bismuth, le Colombo, le diascordium, la poudre d'yeux d'écrevisse , à la dose de 25 à 50 centigrammes (5 à dO grains) à chaque repas, le nitrate d'argent à la dose de 1 à 5 centigrammes (1/5 de grain à 1 grain), dans une potion prise dans le courant de la journée, doivent être donnés dans le but de modérer la diarrhée.
Quand on a lieu de supposer que l'irritabilité gastrique est calmée, on donne concurremment d'abord de petites doses de limaille de Fer ou de toute autre préparation ferrugineuse peu soluble, et on augmente graduellement la quantité proportionnelle des martiaux, jusqu'à ce qu'on soit parvenu à faire supporter à la malade de 1 à 2 grammes (20 à 40 grajns) de Fer.
Quand, au contraire, il existe une constipation que rien ne peut vaincre, on associe, sous forme pilulaire, un sel soluble de Fer, le tartrate, le citrate, avec de l'aloès, et une petite quantité de belladone, de manière à faire prendre 5 à 40 centigrammes (1 ou 2 grains) d'aloès et 1 à 2 centigrammes d'extrait de belladonepar jour, avec 75 centigrammes, 1 gramme, 2 grammes (15, 20, 40 grains) de sel martial. Ces pilules seront données aux repas; cette précaution est de rigueur.
L'aloès a ici le double avantage d'agir comme laxatif et comme emménagogue. Il s'ensuit que si la chlorose s'accompagne de ménorrhagie , ce qui est assez fréquent , l'aloès ne devra pas être administré ; mais on le remplacera par de la poudre de rhubarbe, ou mieux, par de la magnésie, que la malade prendra le soir avant de se mettre au lit.
Il est une opinion accréditée parmi les médecins , c'est que la chlorosa est une maladie qui . n'affecte que les jeunes filles, febris alba virginum. Cette idée, généralement reçue, est fausse de tous points, et chaque jour elle donne lieu à des méprises qui ont une bien funeste influence sur le traitement. La chlorose, hâtons-nous de le dire, est, en général, une majadie de l'adolescence, mais elle est aussi très-commune dans l'âge adulte; se montre encore chez les femmes à l'âge de retour ; et enfin nous l'avons
vue deux fois après cette époque de la vie, chez une femme de cinquantedeux ans, chez une autre de cinquante-sept ; et, chez ces deux malades^ la chlorose, caractérisée par les signes qui lui sont propres, fut aisément guérie par les martiaux.
Fausse chlorose. Nous avons longtemps considéré le Fer comme un médicament innocent j dont il était bien difficile d'abuser. Aujourd'hui que nous avons un peu. vieilli dans la pratique, nous déclarons que, déjà plusieurs fois, nous avons vu des malades dont la mort nous semblait devoir être imputée à l'administration intempestive des préparations martiales.
A priori on comprend qu'en exagérant les qualités stimulantes du sang chez un individu bien portant, on le dispose à des maladies auxquelles auparavant il n'était nullement disposé.
On comprend très-bien aussi comment une femme dont le sang est privé des trois quarts des globules cruoriques qui entrent dans la composition normale du fluide sanguin, puisse, tout en éprouvant les accidents que nous avons dit appartenir à la chlorose, jouir pourtant d'une certaine immunité , relativement à des maladies qui frappent plus particulièrement celles dont le sang est riche en parties cruoriques.
Des femmes , bien que fortement prédisposées par le fait de leur constitution ou d'une hérédité fatale, ont pu, durant plusieurs années, rester chlorotiques sans éprouver du côté de la poitrine le plus léger accident; mais vient-on à les soumettre à la médication ferrugineuse, la phthisie aiguë ne tarde pas à suivre la guérison de la chlorose.
Yoilà des faits positifs , et des faits qui se sont si ' souvent reproduits sous nos yeux, que désormais nous refusons de donner des martiaux aux femmes affectées des pâles couleurs, si, antérieurement, ces femmes ont éprouvé du côté de la poitrine quelque chose de suspect, ou si elles portent des cicatrices' évidentes de scrofules, et surtout si elles sont issues de parents tuberculeux. Dans ces cas, nous cherchons à soutenir les forces par les toniques névrosthéniques , et nous ne nous hâtons pas d'attaquer ces chloroses suspectes avec les ferrugineux qui, si souvent, leur deviennent promptement funestes.
De ce que nous venons de dire, qu'on se garde bien de conclure cependant que nous excluons systématiquement les ferrugineux du traitement de la phthisie pulmonaire.
Il est à cet égard une distinction importante à établir. Ainsi nous n'hésitons pas à déclarer, sûr la foi d'observations multipliées, que dans la première période de cette maladie, le Fer est généralement nuisible; nous voulons dire quand le développement des tubercules s'accompagne de phénomènes prononcés de congestion Ou d'irritation vers les appareils de la respiration et de la circulation , telles qu'hémoptysies plus ou moins répétées, toux âpre, fièvre avec sécheresse de la peau, douleurs pectorales vives, etc. Dans ces conditions, les ferrugineux que nous voyons trop souvent employer d'une manière banale et abusive, sous prétexte de diminution des forces et d'appauvrissement du sang chez ces malades, se
20 MÉDlGAiMENTS RECONSTITUANTS.
trouvent formellement contre-indiqués à l'instar du régime tonique et analeptique.
INIais il n'en est plus de même dans des périodes plus avancées. Supposons en effet que le malade ait été affaibli par des hémoptysies abondantes ou répétées, et que l'expectoration, les sueurs, la diarrhée, etc., l'aient jeté dans l'épuisement, dans l'anémie et la cachexie. C'est alors que les martiaux sont appelés à rendre quelques services en ranimant un peu les fonctions digestives et assimilatrices, frappées de langueur et d'inertie.
Malheureusement ici , le Fer a perdu une grande partie de cette vertu merveilleusement curative que nous sommes habitués à lui reconnaître dans la chlorose, et dans l'anémie accidentelle, consécutive aux simples hémorrhagies.
Mais s'il ne peut rien ou presque rien contre la diathèse tuberculeuse ellemême, il ne laisse pas que d'être parfois utile, en aidant le malheureux phthisique à lutter quelque temps avec plus ou moins d'avantage contre l'état cachectique qui , plus que la lésion locale, tend à le précipiter vers sa tin.
Et encore, dans ce cas même, il importe d'user de la plus grande circonspection dans l'emploi des martiaux; car l'expérience journalière nous apprend que , lors même que certaines indications semblent les réclamer le plus impérieusement, ils ne sont pas toujours facilement tolérés, et qu'en général ils sont loin d'être aussi inoffensifs que bien des praticiens se l'imaginent.
En général, comme nous le disions plus haut , un praticien doit se défier d'une chlorotique qui , au début d'un premier traitement, supporte mal les préparations ferrugineuses, ou dont l'état n'est, dans ce cas, nullement modifié par des doses convenablement administrées. Il doit supposer ou quelque diathèse latente, ou quelque maladie organique grave, ou quelque affection morale , qui tiennent la chlorose sous leur influence réfractaire.
La diathèse tuberculeuse, il faut le dire, se masque souvent sous la forme delà chlorose. Le médecin lutte vainement contre la maladie apparente; des gastralgies opiniâtres, une diarrhée persévérante, des palpitations douloureuses du cœur, une oppression importune, des congestions sanguines vers la face, surtout le soir et après les repas, ou se produisent ou persistent, et le sang ne récupère que lentement les globules qui lui manquent : heureuses les malades dont le sang ne se reconstitue pas au gré du médecin, car elles payeraient d'une prompte désorganisation des poumons cette espérance de santé qui avait lui pour elles un instant.
Bien souvent encore une cachexie qui simule entièrement la chlorose, se lie à l'albuminurie, à un engorgement chronique du foie ou de la rate, à une lésion des valvules du cœur. Ici, du moins, les martiaux ne nuisent pas, ils sonL même d'une incontestable utilité dans le traitement de l'anémie qui semble dépendre d'une hypertrophie de la rate et du foie, surtout quand ces lésions ne sont pas accompagnées de lésions organiques, et qu'elles ont succédé à des fièvres intermittentes.
De In chlorose considérée dans ses éléments. Nous venons de voir l'heu-
reuse intïiience du Fer sur la chlorose, lorsqu'elle se montrait avec tout le cortège des symptômes que nous avons indiqués plus haut; mais la maladie ne se montre pas toujours avec cet ensemble, et bien souvent, le plus souvent même, elle ne se révèle que par la réunion de quelques-uns de ces symptômes. La phrase symptomatique est incomplète, pour nous servir de l'heureuse expression de M. Récamier; mais, tout incomplète qu'elle est, il faut la comprendre sous peine de n'attaquer jamais le fond de la maladie et de ne lutter que contre un accident que l'on pourra conjurer un instant, mais qui se reproduira bientôt avec autant d'intensité qu'auparavant et sous une autre forme , sinon sous la même.
La décoloration du sang, et par conséquent celle de la peau et des membranes muqueuses, peut exister seule sans autre accident que l'anhélation et les désordres circulatoires. Cette forme est la plus simple, on la reconnaît aisément; elle se guérit avec facilité.
Mais assez souvent, avant que la décoloration soit arrivée à son summum, les symptômes ordinaires de la chlorose, tels que les accidents nerveux, les névralgies, les troubles dans la digestion, dans le flux menstruel, apparaissent ensemble ou isolément; et alors le vulgaire des médecins, qui a besoin, pour juger, de la somme des éléments du diagnostic, méconnaît la chlorose qui, pour être moins complète, n'en est pas moins réelle.
Accidents nerveux. L'hystérie, les spasmes, attaquent souvent les femmes après de grandes pertes de sang, après les couches, après l'allaitement, et les jeunes filles qui éprouvent un commencement de chlorose. Ces troubles nerveux cèdent avec facilité aux préparations martiales. Les convulsions hystériques toutefois ne sont pas aussi heureusement combattues que les spasmes essentiels. Mais, lorsque cet état spasmodique existe chez une femme bien colorée, vigoureuse, et qui n'offre d'ailleurs aucun des attributs de la chlorose, il est plutôt augmenté que diminué par l'emploi des médicaments ferrugineux.
Névralgies. Les névralgies sont un symptôme presque constant de la chlorose, à ce point que, sur vingt femmes chlorotiques, dix-neuf peutêtre ont des névralgies.
La névralgie ne se reconnaît pas toujours très-bien, et il arrive que la malade et le médecin sont tous deux trompés sur la nature du mal. Les femmes se plaignent de maux de tête ou d'estomac, de douleurs dans les côtés, dans les jambes, etc., etc. Un examen superficiel ne permet de constater qu'une céphalalgie ordinaire, qu'un mal d'estomac analogue à celui qui accompagne des digestions difficiles, que des douleurs vagues que l'on attribue à la fatigue ou à une courbature; mais en y regardant de plus près, on constate la nature névralgique de ces douleurs. La douleur de tête occupe le sourcil, les tempes, la région malaire, les dents, en un mot le trajet des nerfs de la cinquième paire et de leurs rameaux; presque jamais elle n'assiège les deux côtés à la fois , mais elle passe de droite à gauche ou reste fixée dans un point. Tout d'un coup elle se déplace et vient se fixer dans la région de l'estomac qu'elle abandonne aussi pour occuper le trajet
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de quelques nerfs intercostaux ou celui du nerf sciatique, ou celui de quelqu'un de ses rameaux, ou bien encore les branches diverses du plexus lombo-abdominal. Puis la céphalalgie reparaît au moment où cessent les souffrances qui occupent les autres points de l'économie.
Cette inconstance dans le siège de la douleur est fort remarquable et très-ordinaire; quelquefois pourtant la névralgie affecte une seule partie, la tête, l'estomac ou quelques nerfs intercostaux. Il est rare qu'elle se fixe opiniâtrement dans d'autres points de Féconomie; nous Favons pourtant vue dans les nerfs du cœur, dans le clitoris, dans le plexus cervical superficiel , dans une des branches du plexus brachial ; mais ces cas ne se présentent pas souvent.
Ces formes de névralgies, si Ton veut bien y faire attention , s'observent rarement chez les hommes, et affectent presque exclusivement les femmes faibles, et qui ont évidemment ou qui ont eu des symptômes de chlorose.
Quand la névralgie est le phénomène prédominant de la chlorose , soit qu'elle occupe la tête, soit qu'elle ait l'estomac pour siège, elle guérit ordinairement avec les martiaux, moins aisément pourtant que la chlorose simple.
La névralgie temporo-faciale (si improprement appelée tic douloureux,, ce nom devant être réservé à la névralgie convulsive) a été combattue avantageusement par le sous-carbonate de Fer, à hautes doses ; et Hutchinson ,. qui peut être regardé comme l'auteur de cette méthode (Benj. Hutchinson,. Cases of neuralgia spasmodica,^ London, 1812), dit avoir observé près de deux cents cas de guérison. Il donne depuis 2 grammes (1/2 gros) jusqu'à 4 grammes (1 gros) de sous- carbonate de fer mêlé avec du miel, trois fois par jour; Wittke en a obtenu les plus heureux résultats. Il le donne à la dose de 1 1/2 gramme (23 grains) avec 25 centigrammes (5 grains) de cannelle, trois fois par jour (Hufeland, Journal, 1828, t. IV). Les journaux anglais abondent en observations qui déposent dans le même sens. Mais d'autres médecins n'ont pas été à beaucoup près aussi heureux; et le fer, aux yeux d'un grand nombre, est tombé dans un discrédit qui n'est pas justifié par l'exagération de nos voisins d'outre-mer..
Comme nous avons fait un grand nombre d'expériences thérapeutiques sur le Fer et notamment sur le sous-carbonate de Fer ; comme , dans la névralgie surtout, nous l'avons très-fréquemment administré, il nous a été facile de reconnaître la cause des dissidences des Ihéràpeutistes. Quand nous avons donné le Fer aux femmes chlorotiqucs ou à celles qui , n'ayant qu'un commencement de chlorose, étaient atteintes de névralgies violentes, nous avons le plus souvent réussi ; si , au contraire , nous le donnions à des hommes, ou à des femmes, qui n'étaient nullement chlorotiques , le sous- carbonate de Fer échouait le plus souvent. On peut donc, en formulant ces résultats, dire que le sel martial n'est si avantageux dans les névralgies que parce que ces maladies sont ordinairement sous la dépendance de la chlorose, laquelle est guérie par le Fer.
Toutefois, dans le cas même où le Fer a guéri les névralgies, il ne l'a
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pas fait instantanémeni; et il a fallu un tempg assez long, huit, quinze, trente jours et même davantage, pour obtenir une guérison véritable. Aussi, dans le traitement des névralgies de la face, proscrivons-nous toujours la méthode d'Hutchinson comme moyen de calmer les accès, et avons-nous recours immédiatement aux applications topiques d'extrait de datura stramonium, de belladone ou de chloroforme, aux vésicatoires ammoniacaux que nous saupoudrons de chlorhydrate ou de sulfate de morphine ; quand, parce moyen, les douleurs sont calmées, c'est alors que les martiaux deviennent utiles. Ils guérissent l'état général d'où dépend la névralgie, et s'opposent ainsi efficacement aux récidives. Disons, avant de terminer ce qui est relatif aux névralgies, que le carbonate de fer ne nous a paru avoir aucune utilité spéciale, et que tous les martiaux, pourvu qu'ils soient donnés à haute dose, jouissent des mêmes propriétés.
Gastralgies. Les gastralgies chez les femmes chlorotiques , ou qui déjà présentent quelques-uns des symptômes de la chlorose, ont des caractères spéciaux sur lesquels il est essentiel d'insister ici. Elles ne sont pas continues au début : ce n'est qu'à des intervalles de deux , trois ou quatre jours qu'elles se renouvellent ; plus tard les accès sont plus rapprochés et se reproduisent tous les jours, et même plusieurs fois dans l'espace de vingtquatre heures ; l'ingestion des aliments est l'occasion la plus fréquente de leur retour. Si ces aliments sont au nombre de ceux qui fatiguent le plus les malades, les souffrances pourront suivre immédiatement leur ingestion; mais, dans la grande majorité des cas, le temps qui s'écoule entre le repas et le retour de la douleur est au moins de deux à trois heures. La sensation que la malade éprouve est tantôt celle d'un poids à la région épigastrique, tantôt ce sont des tiraillements qui simulent une faim violente, tantôt des crampes, des chaleurs qu'elle rapporte à la même région ; c'est dans cette partie que la douleur est le plus souvent bornée, mais elle peut s'étendre aux parties environnantes, et elle se fait sentir presque toujours derrière le sternum, et dans le dos, à la hauteur de l'estomac. Souvent, comme l'a fort bien indiqué M. Bassereau, elle se complique de névralgie intercostale, et même semble être une irradiation de cette névralgie. Les douleurs s'accompagnent le plus ordinairement d'un sentiment d'oppression qui se décèle par de profondes inspirations , par des bâillements et par le besoin de desserrer les vêtements qui pressent avec quelque force la région de l'estomac. Cependant, malgré cet état de souffrances si souvent renou-, velées, souvent si étendues, la digestion paraît intacte, les aliments ne sont point rejetés, la nutrition des organes se fait d'une manière convenable, et les fèces, par leur consistance et leur aspect, annoncent une digestion complète de la matière alimentaire. La faim éprouve en même temps une modification plus ou moins remarquable ; l'appétit est vif; mais à peine est-il entré quelques aliments dans l'estomac , que les malades éprouvent une satiété invincible ; quelques-unes cependant mangent beaucoup et avec avidité; mais à peùie le repas est-il fini que la faim se fait sentir de nouveau; et le besoin est quelquefois chez elles si imprévu et si souvent re-
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nouvelé, qu'elles placent près de leur lit des aliments pour les prendre au milieu de la nuit ; la soif, ordinairement augmentée, bien qu'il n'y ait ni fièvre ni sécrétions abondantes, participe aux dérangements qu'éprouvent toutes les sensations qui se rapportent aux voies digestives; en un mot, dans l'ensemble de ces symptômes, il y a trouble dans les sensations, et il peut y avoir intégrité des fonctions.
A ces caractères nous reconnaissons évidemment une affection nerveuse, et nous ne pouvons confondre les symptômes que nous avons décrits avec ceux des gastrites chroniques , ordinairement suivies de dégoût pour les aliments, entraînant une douleur vive aussitôt après le repas, accompagnées de digestion difticile, et promptement suivies de diarrhée et de dépérissement. Du reste on doit remarquer que jamais les douleurs qui dépendent de la gastrite chronique ne disparaissent pour alterner avec des névralgies de la face ou de la tête; tandis que dans les gastralgies, nous voyons des affections, siégeant dans les nerfs des joues ou dans ceux du front, apparaître en même temps que se dissipent les douleurs d'estomac, et cesser ensuite avec le retour de ces dernières. Ce caractère est d'une haute importance, parce que les maladies qui se déplacent ont probablement toujours le même siège et la même nature, comme on peut le voir dans la succession des catarrhes et dans la marche des rhumatismes.
En cherchant à établir une différence entre les douleurs névralgiques de l'estomac et les affections inflammatoires de ce viscère, nous n'avons pas parlé des aigreurs et des vomissements qu'on observe si souvent dans les gastrites chroniques; l'expérience nous ayant appris en effet que ces symptômes accompagnaient quelquefois des affections purement nerveuses, nous avons cru devoir les négUger comme signes différentiels.
La gastralgie une fois établie s'accompagne du dérangement plus ou moins notable dans les fonctions des intestins : les selles deviennent rares, les matières fécales dures, et des coliques se font assez souvent sentir.
Les gastralgies s'accompagnent presque toujours de leucorrhée ; ce flux ne préjuge rien sur l'utilité de Fer, car il s'observe de même dans certaines gastralgies auxquelles le Fer est bien loin de convenir.
La forme de gastralgie commune aux hommes et aux femmes qui ne présentent aucun symptôme de chlorose, a un caractère de fixité remarquable, bien différent en cela de celle que nous venons d'étudier et qui alterne souvent avec des douleurs névralgiques occupant différents points de l'économie. Chez les femmes elle est compatible avec une vive coloration de la peau, avec une menstruation peu abondante, mais rutilante, avec une leucorrhée chronique; tandis que la gastralgie chlorotique s'accompagne, il est vrai, de leucorrhée; mais le sang des règles est décoloré, le teint est ordinairement pâle.
Or, tandis que la gastralgie qui se lie à la chlorose, et dont nous avons indiqué soigneusement les symptômes, se guérit assez facilement par les martiaux , l'autre est presque toujours aggravée par les mêmes moyens. •
Le Fer, sous quelque forme qu'on l'administre , est utile dans la gastralgie chlorotique. La limaille d'acier, le fer réduit , l'éthiops martial , le sous-carbonate de Fer, l'hydrate de peroxyde de Fer, sont employés le plus communément. Au début du traitement on doit toujours proscrire les préparations solubles de Fer, parce qu'elles augmentent souvent la douleur.
Les martiaux, dans les gastralgies, sont donnés d'abord mêlés à un extrait amer et à quelque préparation aromatique.
Il arrive quelquefois qu'une dose de Fer minime augmente la gastralgie pendant plusieurs jours. Cet accident décourage les malades, il ne doit pas effrayer le médecin. Celui-ci continuera aux mêmes doses, jusqu'à ce que la gastralgie en soit au même point qu'avant le commencement du traitement; il pourra aussi associer quelques centigrammes de poudre de belladone aux préparations ferrugineuses. On augmente alors la dose de Fer, et ainsi de suite jusqu'à ce que l'on prenne à chaque repas 2 grammes (1/2 gros) ou tout au moins 1 d/2 gramme (1 scrupule) de limaille. On passera ensuite aux préparations solubles , que l'on continuera jusqu'à la fin du traitement. Du reste , nous devons recommander les mêmes précautions que dans le traitement de la chlorose, c'est-à-dire que l'usage du Fer doit être suspendu et repris plusieurs fois, lors même que la gastralgie serait entièrement guérie.
Quand il y a en même temps gastralgie et pyrosis, le Fer est ordinairement mal supporté. Il convient alors de donner d'abord, pendant quelques jours, de la magnésie à dose légèrement laxative, et un peu plus tard une infusion de quassia amara ou de simarouba. Après cette médication préalable, les martiaux retrouvent toute leur opportunité.
Ce que nous avons dit plus haut des névralgies de la face s'applique encore aux gastralgies. Il arrive, et cela s'observe surtout chez les femmes qui depuis de longues années ont l'estomac douloureux, il arrive, disonsnous, que, malgré les préparations martiales, et lorsque l'appétit et les forces sont revenus depuis longtemps, la gastralgie persiste avec une opiniâtreté désolante. Les emplâtres de thériaque, les frictions avec le cérat au datura ou à la belladone , les vésicatoires ammoniacaux , simples ou saupoudrés de morphine, les cautères, les moxas, l'usage interne du bismuth, de la magnésie, des solanées vireuses, de l'opium, compléteront alors cette difficile guérison ; comme aussi ces moyens thérapeutiques sont quelquefois nécessaires au début du traitement pour diminuer la vivacité des douleurs que le Fer augmente dans certains cas.
Il nous reste encore, avant de passer outre, à indiquer quelques préceptes relatifs au régime.
Les aliments que l'estomac digère sans douleur varient presque autant que les malades; quelques personnes ne peuvent supporter que du lait; les autres sont moins fatiguées par les viandes que par les légumes; celles-là recherchent les pâtes et les préparations du même genre.
Ces dispositions individuelles doivent être prises en considération lorsqu'il s'agira de prescrire le régime ; car il ne faut point imiter ces médecins
•20 MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
qui , considérant la digestibilité des aliments d'une manière absolue, imposent à tous leurs malades une nourriture identique : il faut considérer les susceptibilités spéciales, et, quelque bizarres qu'elles puissent paraître, suivre les indications qu'elles présentent. C'est la méthode que nous avons suivie aussi constannnent qu'il nous a été possible, permettant au malade les aliments que son expérience journalière lui avait fait connaître pour les plus digestibles. Nous avons tâché, au reste, d'en modérer la quantité au point de ne peruîettre que le quart ou la moitié des aliments dont fait usage un individu en santé ; et lorsqu'il n'existait de répugnance pour aucun aliment, nous prescrivions les bouillons gras, les viandes blanches, rôties, etc., évitant autant que possible les légumes farineux, tels que les haricots, les lentilles, dont l'usage trop souvent répété dans les hôpitaux est certainement l'une des causes qui y rendent les succès plus rares qu'en ville, prescrivant au contraire les légumes verts et les fruits.
Les névralgies qui occupent d'autres parties que les nerfs de la face et ceux de l'estomac se doivent traiter exactement de m.ême que la névralgie temporo-faciale , quant aux remèdes topiques; et, comme la chlorose, p'oiir les moyens généraux.
Aathme. — Amaurose. — Coqueluche. Certaines névroses ont été avantageusement traitées par le Fer.
De ce nombre nous pourrions citer l'asthme nerveux, l'amaurose, la coqueluche.
L'asthme nerveux a été guéri par M. Battaille, de Versailles, à l'aide des jiiéparations m.artiales longtemps continuées à haute dose. 11 a employé cette médication dans trois cas; c'était chez trois femmes : la première était évidemment chlorotique ; les deux autres ne semblaient pas l'être. Majs l'asthme nerveux eût-il été ici un accident de la chlorose, le résultat thérapeutique de M. Battaille n'en serait pas moins très-important. Il en résulterait la confirmation de ce fait, que nous avons proclamé si souvent dans cet ouvrage, savoir que les indications théraj)eutiques se tirent plutôt de l'état général que de l'état local.
M. Blaud, de.Beaucaire, a rapporté, dans le Bulletin thérapeutique (t. XVII, nov. 1839), l'histoire d'une chlorotique qui avait depuis un an une amaurose. Ce praticien pensa que le sang, dans l'état d'appauvrissement où il se trouvait, n'excitait plus convenablement l'appareil de la vision. Il donna du Fer, et la malade recouvra en même temps la santé et la vue. INI. Bretonneau a fait la môme observation chez un homme devenu cachectique à la suite de fièvres intermittentes prolongées.
Dans la coqueluche, les docteurs Steymann et Ghisholme ont préconisé le sous-carbonate de Fer. Ce médicament n'est pas employé seul et à tous les stades de la maladie. Ces médecins ie bannissent formellement dans la première période, et ils veulent que toujours on donne préalablement des émétiques. Plusieurs faits bien constatés semblent déposer en faveur de cette médication. La dose de sous-c^rbonate de fer est de 50 cent, à 4 grammes (10 grains à 1 gros). En quelques jours, suivant ces praticiens, la violence
des quintes cesse, et il ne reste bientôt plus qu'une toux catarrhale. Nous regrettons de n'avoir pas tenté cette médication dans notre pratique.
Ménorrhagie. — Aménorrhée. — Hémorrhagie. — Anémie. Beaucoup de médecins, bons observateurs d'ailleurs, pensent que la chlorose est nécessairement caractérisée par une diminution notable, ou par la suppression totale du flux menstruel. Ils regardent la ménorrhagie, c'est-à-dire l'écoulement immodéré des règles^ comme un accident tellement insolite dans celte maladie, qu'ils l'excluent formellement. Il leur est pourtant impossible de ne pas voir souvent , dans leur pratique , des femmes profondément anémiques , et auxquelles il ne manque aucun des accidents généraux de la chlorose, et qui , chaque mois, éprouvent d'abondantes pertes de sang. Dans ce cas ils établissent une distinction, ils appellent anémiques les femmes qui sont dans ce dernier cas, et chlorotiqiœs celles qui sont incomplètement réglées.
Et pourtant, ainsi que nous le disions tout à l'heure, il ne manque à ces femmes anémiques aucun des symptômes de la chlorose; ni l'extrême pâleur, ni la décolora,tion du sang, ni le bruit de souffle du cœur et des principaux vaisseaux, ni les névralgies diverses : de sorte que si , interrogeant chez ces malades toutes les fonctions, tous les appareils, on omettait seulement les organes générateurs, on ne pourrait méconnaître la chlorose.
A notre tour nous essayerons d'établir une distinction entre Vanémie et la chlorose. L'anémie est un état accidentel j elle est causée immédiatement, sans transition, par d'abondantes pertes de sang : en quelques jours, en quelques heures, on devient anémique. La chlorose est un état permanent, ordinairement lent à se développer, lent à abandonner la malade, toujours prêt à se reproduire sous l'influence de la cause en apparence la plus indifférente. L'anémie est un état essentiellement transitoire : quelques semaines sulhsent à la réparation du sang et au retour complet des forces, sans qu'il soit besoin d'autres secours que de ceux que donne un bon régime diététique. La récidive n'est jamais à craindre, à moins qu'une nouvelle perte de sang ne vienne placer les malades dans de semblables conditions.
Jusque-là rien ne semble plus simple que la distinction entre ces deux maladies; mais il s'en faut de beaucoup que, dans la pratique, la nature mette les malades dans deux camps aussi nettement séparés.
Tous les jours nous voyons chez une femme , chez une jeune fdle, une impression morale être la cause déterminante de la chlorose; plus souvent encore le début de la maladie remonte évidemment à l'époque d'une première application de sangsues par laquelle il y a eu, en somme, peu de sang d'évacué.
Cela posé , nous comprendrons sans peine comment un saignement de nez trop copieux, une saignée, abondante, des applications de sangsues répétées, un flux menstruel considérable, peuvent mettre dans des conditions telles, que la chlorose éclatera, c'est-à-dire qu'au lieu d'une simple anémie, maladie transitoire, et curable aisément par les seules forcés de la nature, il se développera un état spécial de l'économie en vertu duquel la déco-
î)8 ftlÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
loration et la liquéfaction du sang augmenteront tous les jours, bien que les pei'tos de sang qui y avaient primitivement donné lieu ne se soient plus répétées.
Ici donc l'anémie a été le point de départ de la chlorose; elle a disposé l'économie à la chlorose, elle a rendu celle-ci facile et plus rapide dans son développement.
Or il convient d'examiner maintenant la part que l'anémie et la chlorose peuvent avoir dans les hémorrhagies.
Sans nous occuper ici des distinctions classiques entre les hémorrhagies actives et les hémorrhagies passives, on ne peut se refuser à croire que les hémorrhagies utérines et autres tantôt se lient à un état de l'économie dans lequel les réactions sont énergiques et où les phénomènes tant généraux que locaux indiquent une surabondance de vie, tantôt surviennent chez des individus qui se trouvent dans des conditions tout à fait opposées. Nous voulons bien admettre que dans toutes les hémorrhagies (les hémorrhagies traumatiques et hypostatiques exceptées) il y a un travail local préalable, analogue, sinon identique, aux premiers phénomènes de l'inflammation; mais nous ne voulons avoir égard ici qu'aux conditions organiques générales, ne tenant aucun compte des conditions locales.
Or les conditions générales de l'économie jouent ici un rôle d'une extrême importance. Lorsque, le molimen hémorrhagique étant le même, le sang est dans des conditions différentes, il est impossible que le flux ne soit pas, et il est en effet considérablement modifié par le degré de plasticité du sang.
Pour prendre d'abord les exemples les plus simples, voyons ce qui se passe dans une plaie récente, soit qu'on l'observe chez un homme vigoureux, pléthorique; soit, au contraire, qu'on l'observe chez un homme profondément anémique.
Chez le premier, Thémorrhagie peu abondante s'arrête promptement ; et s'il a fallu lier de gros troncs artériels, il est superflu d'employer aucun moyen hémostatique pour s'opposer à l'écoulement du sang par les vaisseaux capillaires : tandis que chez le second, même après la ligature des plus petits troncs vasculaires, il s'écoule. encore une quantité considérable de sang , ou du moins d'une sérosité rougeâtre, qui imbibe profondément les pièces de l'appareil, et dont l'abondance peut compromettre gravement les jours du malade.
Ce qui s'observe chez l'homme se remarque également chez les animaux considérés comme genre. Ainsi, tandis que l'on peut, sur un chien, amputer les membres, faire d'énormes mutilations, sans que la vie soit compromise par l'hémorrhagic : au contraire, les lapins périssent exsangues après une blessure peu importante. La plasticité du sang des chiens met obstacle à l'hémorrhagic, qui au contraire est favorisée par l'état de dissolution du sang des lapins.
Or la disposition des individus anémiques pour les hémorrhagies est évidente dès 1rs premiers moments qui suivent la perte de sang. Ainsi , si l'on applique pour la première fois quelques sangsues à un enfant, la perte
de sang qui en résultera sera, toutes choses égaies d'ailleurs ;, beaucoup moindre que celle qui suivra la seconde application; et celle-ci sera moindre encore que l'hémorrhagie qui suivra une troisième application : à ce point qu'on a vu, malheureusement trop souvent, la piqûre d'une seule sangsue déterminer une hémorrhagie rnortelle chez un enfant épuisé déjà par des pertes de sang.
Que SI l'anémie, considérée comme un état transitoire et en quelque sorte aigu , peut avoir sur les hémorrhagies une influence aussi immense , combien plus grande ne sera pas cette influence si elle dure depuis longtemps, si surtout la chlorose s'est déclarée avec tous ses accidents !
Maintenant transportons à la membrane muqueuse de l'utérus ce que nous disions tout à l'heure en thèse générale. Si une femme ou une jeune fille ont des règles trop abondantes , il arrivera sans doute que , pendant quelques mois , l'intervalle qui sépare chaque époque menstruelle suffira à la reconstitution du sang; mais bientôt la répétition des mêmes accidents amènera l'anémie et en définitive la chlorose. Que si le molimen hémorrhagique reste le même, le flux, en vertu de ce que nous disions plus haut, deviendra d'autant plus abondant; et la chlorose, cause de l'augmentation de l'hémorrhagie , sera elle-même aggravée par l'hémorrhagie ; et la malade, tournant sans cesse dans ce cercle, ne tardera pas à péricliter.
Ainsi, ne perdons point de vue ces faits principaux : la chlorose est produite par de trop fortes menstrues ; la chlorose peut rendre la menstruation encore plus abondante. En d'autres termes :
Des règles trop copieuses causent l'atténuation et la dissolution du sang.
L'atténuation et la dissolution du sang sont une cause d'hémorrhagie utérine.
Il y a donc une form.e de la chlorose que l'on pourrait appeler ménorrhagique.
Or , cette forme de la chlorose est-elle commune chez les jeunes filles ? elle est rare : d'après nos relevés , nous ne l'évaluons qu'au douzième des cas. Chez les femmes adultes, elle est plus commune. Toutefois, nous ferons observer que nos observations, tant dans notre hôpital que dans notre pratique particulière, ne comprennent pas un assez grand nombre de faits pour pouvoir servir à une statistique complète.
Nous avons recueilli un assez grand nombre de cas de chlorose ménorrhagique : les uns sur des jeunes filles , les autres sur des femmes mariées. Aucune de ces malades n'avait de lésion organique de l'utérus : nous l'avons constaté p'Ositivement sur toutes les femmes mariées : et chez les vierges, où pareil', examen eût été difficile et peu convenable d'ailleurs, nous avons jugé, par la rapidité de la guérison, par le bon état dans lequel nous les avons vues ensuite durant plusieurs années, que la matrice était exempte de lésions graves.
Arrivons mainte oant à la thérapeutique. ^
Deux circonstances capitales s'offrent aux yeux des médecins : d'une part la ménorrhagie, d'autre part la chlorose.
3i) MEDICAMENTS RECONSTITUANTS.
La ménorrhagie se combat par des moyens que l'on est habitué de re-* garder comme contraires à la chlorose; à la chlorose, dont le traitement passe pour être propre h exciter le flux menstruel. Le praticien se trouverait donc placé entre deux écueils qu'il serait peut-être impossible d'éviter.
Voyons pourtant s'il est vrai que les préparations martiales, si puissantes dans le traitement de la chlorose , sont en effet un médicament emménagogue. On ne saurait mettre en doute que chez une femme chlorotique qui a une aménorrhée , le Fer ne rétablisse la santé et le flux utérin ; mais le Fer a-t-il agi comme emménagogue ou comme reconstituant? c'est ce qu'il convient d'examiner.
Toutes les fois que nous donnons des préparations ferrugineuses, dans le cas de chlorose compliquée d'aménorrhée^, le premier phénomène que nous observions, c'est la recoloration des tissus et, en même temps, la diminution progressive des appétits dépravés, des maux d'estomac, des palpitations de cœur, de l'essoufflement, du bruit du souffle dans les vaisseaux , de la soif, etc. : de sorte qu'après six semaines ou deux mois d'un traitement bien fait , les apparences de la santé la plus florissante sont revenues ; tout va bien; mais les règles manquent encore; même il n'est fas rare qu'en continuant ce traitement, on voie survenir les signes d'une véritable pléthore sanguine 5 et pourtant les règles ne viennent pas.
La santé est donc rétablie, la chlorose est guérie; l'aménorrhée ne l'est pas encore. A leur tour bientôt, les règles apparaissent pou'j suivre désormais leur cours normal. Or ici le Fer a agi d'abord comme reconstituant; et quand une fois la santé a été rétablie les fonctions de la santé , la menstruation entre autres, se sont rétablies à leur tour. La malade n'a donc pas recouvré la santé, parce que, sous l'influence du Fer, ses règles sont revenues; mais, tout au contraire, les règles sont revenues parce que la malade a recouvré la santé sous l'influence du Fer. Cela est de la dernière évidence; car s'il en était autrement, nous aurions vu le ret;our de la menstruation être le signal du retour delà santé, et c'est le contraiire qui a eu lieu.
C'est pour n'avoir pas suivi l'évolution et la succession de ces divers phénomènes que les praticiens se sont tous imaginé que le Fer- était un emménagogue; et cette erreur, accréditée depuis des siècles, prév audra longtemps encore contre les faits les plus patents, contre l'observati on la plus rigoureuse; car nous sommes ainsi faits, que nous conservo ns volontiers une erreur, et que nous résistons opiniâtrement à la vérité.
Allons plus loin : non-seulement le Fer n'est pas un err.m.ênagoguc, mais, tout au contraire, il est un hémostaUque . Ainsi, et nous le c lisons pour l'avoir expérimenté en grand dans notre hôpital : chez les femmes bien réglées • d'aifleurs et non chlorotiques, l'administration du Fer retarde le plus souvent, et diminue la fluxion menstruelle; nous disons le plus souvent, et non toujours.
Ceci posé, voyons à quel point se simplifient les inc lication} î thérapeutiques dans la chlorose ménorrhagiqne :
Indication piincipale, traiter la chlorose.
tER. 31
Indication Secondaire, traiter la ménorrhagie.
Et le traitement de la ménorrhagie est tellement ici l'indication secondaire, que presque jamais on n'a à s'en occuper.
En effet, en donnant à -hautes doses, entre deux périodes menstruelles, des préparations ferrugineuses, on parvient aisément à rendre au sang la plasticité qu'il avait perdue; et vingt-cinq jours ne s'écoulent pas sans que le teint ait recouvré sa coloration presque normale , et c[ue les veines souscutanées aient repris leur volume et leur couleur bleuâtre. Lors donc que les règles reviennent, dé'û le sang est dans de telles conditions, que Théniorrhagie sera moins facile, et le plus souvent les règles sont beaucoup moins abondantes, bien que beaucoup plus colorées.
Nous avons vu pourtant quelquefois la ménorrhagie augmenter malgré le traitement, et peut-être à cause du traitement- mais dans ce cas même la débilité et la décoloration qui suivaient l'époque menstruelle furent beaucoup moins prononcées que le mois précédent, et peu de jours suffirent pour réparer cette hémorrhagie. Mais remarquez que dans un cas pareil, lors, même qu'une femme perd, absolument parlant, plus de sang qu'elle n'en perdait antérieurement, l'hémorrhagie relative est beaucoup moindre. Il en résulte que l'atteinte portée à la santé par l'hémorrhagie est nulle ou presque nulle , le traitement réparant presque immédiatement les dommages causés par la maladie.
Que si, malgré l'usage des préparations martiales, la menstruation est aussi abondante que parle passé, si même son abondance augmente, il est important d'avoir encore d'autres moyens, qui, presque toujours, suffisent pour tempérer le flux sanguin.
En première ligne nous placerons la poudre d'ergot de seigle, les acides, le ratanhia, le tamponnement, etc., etc., etc.
Dès que les règles sont passées, il faut reprendre pendant huit ou dix jours les médicaments ferrugineux à une dose plus ou moins forte, suivant l'état de débilité de la malade. Que s'il reste encore un peu d'anémie ou de chlorose, il faut insister sur le Fer pendant tout le mois, et même durant la menstruation, si les règles ne sont pas assez abondantes pour nécessiter l'emploi d'un autre moyen.
Telles sont les règles pratiques que nous avons dû tracer rapidement, laissant au médecin le soin de suppléer à des détails minutieux dont oîi apprend à connaître l'importance lors seulement que l'on se trouve aux prises avec une maladie rebelle.
Ce qui s'observe chez les chlorotiques pour les hémorrhagies utérines se remarque encore chez ces mêmes malades pour les hémorrhagies nasales. Nous avons connu une jeune demoiselle chlorotique , âgée de vingt et un ans; elle avait presque tous les jours des épistaxis extrêmement abondantes. Vainement avait-on essayé les acides, les astringents à l'intérieur , et surtout en injection dans les fosses nasales -, le quinquina en poudre pris à l'intérieur qui, dans ce cas, réussit presque invariablement, avait lui-même échoué ; le saignement de nez se renouvelait sans cesse.
'3^1 MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
L'usage du sous-carboiiale de Fer à hautes doses guérit la chlorose et modéra beaucoup les pertes de sang.
Ce serait se tromper que de croire que les hémorrhagies utérines et nasales ne se guérissent j par les martiaux, que chez les jeunes filles chlorotiqnes. Nous avons déjà plusieurs fois traité des femmes à l'âge de retour qui étaient épuisées par des métrorrhagies répétées. Malgré la crainte manifestée par les médecins appelés avant nous, nous insistions hardiment sur les préparations martiales, et nous parvenions aisément à modérer l'hémorrliagie. Cette pratique d'ailleurs est conforme à celle de Phil. Frid. Gmelin [Dissei't. de probato tuioque iisu interno vitrioli Ferri advenus hxmorhagias sponianeas largioi'es. Tubing. Thesaur. mat. med., t. II).
Le Fer, dans ce cas, a une double action, ainsi que nous le disions plus haut. D'abord il répare les pertes cruoriques et fibrineuses-que la malade vient de faire; et ensuite, par cela qu'il augmente la plasticRé du sang, qu'il le rend plus coagulable, il met ce fluide dans des conditions physiologiques telles, qu'il sera exhalé moins facilement.
Bien différents des autres médicaments hémostastiques , qui, pour un moment, donnent au sang une coagulabilité plus grande, sans le reconstituer, et par conséquent sans remédier à autre chose qu'à l'accident actuel, le Fer peut encore trouver son opportunité dans le traitement de certaines phases du mélaena et des hémorrhoïdes : non qu'il lutte utilement contre la lésion organique qui donne lieu ici à l'hémorrhagie ; mais il remédie à l'anémie consécutive; et, en rendant au sang de la plasticité, il peut guérir, si l'hémorragie est uniquement sous la dépendance de l'état de dissolution du sang; il peut tempérer, si la dissolution du sang, bien que consécutive, est elle-même cause de l'hémorrhagie. En un mot, il faut répéter ici ce que nous avons dit plus haut à propos de la ménorrhagie. Il faut bien se rappeler les résultats auxquels sont arrivés MM. Andral et Gavarret dans leurs analyses du sang. Ils ont vu que chez les individus atteints d'apoplexies sanguines avec épanchement, la partie cruorique était plus abondante que chez le commun des malades. Dans ces hémorrhagies, qui, à bon droit, mériteraient le nom d'activés, les préparations martiales seraient bien probablement nuisibles. Mais si ces observateurs eussent analysé le sang d'individus épuisés par le flux hémorrhoïdal , ils auraient évidemment constaté une diminution dans les globules cruoriques, et l'indication des martiaux aurait pu ressortir de cette constatation.
Concluons donc : 1" que le Fer n'est pas un emménagogue; 2» que , chez les chloroliques , il semble provoquer les règles parce qu'il guérit la chlorose; 3° qu'il modère en général le flux utérin chez les femmes dans l'étal de santé; 4° qu'il tempère les hémorhagies utérines, celles du moins qui ne paraissent pas liées à un état pléthorique ; 5° qu'il modère les hémorrhagies diverses qui surviennent chez les chlorotiques.
Dysménorrhée. Quand les règles sont douloureuses, et que d'ailleurs le sang est un peu décoloré, l'administration des martiaux, pendant l'intervalle des époques menstrnclles, suffit, dans un grand nombre de cas, pour
FEH. 33
faire cesser les accidents 3 mais lorsque cette médication a été insuffisante, il est convenable d'y ajouter quelques injections vaginales avec une forte décoction de datura stramonium ou de belladone , ou avec un peu d'huile tenant en dissolution quelques gouttes de chloroforme.
Stérilité. Les préparations martiales rendent les femmes fécondes ; c'est encore une propriété aussi authentique que les vertus emménagogues du Fer, et qui avait été parfaitement indiquée par Hippocrate {Oper. éd. Fœsii, t. I, sect. v, p. 686). Ce fait s'explique aisément. Si l'on considère en effet que les femmes chlorotiques sont en général stériles, qu'il en est de même de celles qui sont trop abondamment ou très-douloureusement réglées, on concevra que les préparations martiales, qui peuvent remédier à tous ces maux, remédieront en même temps à la stérilité qui en est la conséquence. M.Blaud deBeaucaire {Bulletinde Thérapeutique, tome XVII, nov. i839), a confirmé, par des faits nouveaux, cette possibilité de guérir par le Fer la stérilité qui se lie à la chlorose.
Cachexies. Dire, avec les auteurs des siècles derniers , que les préparations martiales remédient aux cachexies, c'est dire, quelque chose de bien vague. C'est pourtant énoncer une proposition vraie en quelques points.
Si l'existence d'un cancer ou des écrouelles a fait prédominer dans le sang la partie séreuse; si les hémorrhagies auxquelles donne lieu une tumeur carcinomateuse ulcérée jettent dans l'anémie; si une alimentation mauvaise et insuffisante appauvrit le sang, il n'est pas douteux qu'à l'aide des ferrugineux on obtiendra, non pas une guérison, mais une modification avantageuse dans l'état général, modification qui pourra quelquefois faire naître des espérances de guérison qui ne se réaliseront pas, parce que la cause, toujours présente, sera plus puissante pour détruire que le remède pour reconstituer.
Hydropisies . — Engorgements viscéraux. Il est certain que, dans un état de choses très-avancé, le cœur ne fait plus ses fonctions d'une manière normale, et qu'en outre le sang n'a plus ses qualités naturelles. Les troubles de la circulation générale et capillaire qui en résultent, mettent l'économie dans les mêmes circonstances que s'il existait une lésion organique du cœur. Delà l'engorgement des poumons; l'hypertrophie du foie, l'hydropisie, l'anasarque. Le Fer, en guérissant la chlorose, guérit tous ces accidents; mais il n'en faut pas conclure que le Fer pourra guérir ces mêmes lésions quand elles ne reconnaîtront pas la même cause.
Fièvres intermittentes. A la même considération se rattache ce que nous avions à dire de l'influence du Fer, non pas sur la fièvre intermittente, mais sur les accidents qui peuvent en retarder la guérison ou en provoquer le retour; M. Bretonneau a fait voir que les miasmes producteurs de la fièvre d'accès, avant de manifester leur action par des paroxysmes bien nettement déterminés, modifiaient souvent le sang à la manière de la chlorose; que la fièvre intermittente se développait avec d'autant plus de facilité que le malade avait été saigné davantage, ou que son sang était plus appauvri ; que , la fièvre, quand elle avait duré quelque temps, jetait les malades et surtout
34 MÉDICAMENTS HliCONSTITUANTS.
les femmes dans ua élut d'anémie très-prononcé, de sorte que l'anémie était à la t'ois cause prédisposante et etïet. L'expérience avait déjà démontré à Sydenham, à StoU, que le vin chalybé, et, en général, les préparations ferrugineuses, étaient un adjuvant utile du quinquina. M. Bretonneau, à l'exemple de ces grands maîtres, en avait introduit l'usage dans son hôpital, et il avait constaté l'exlrême utilité de ce moyen pour prévenir l'invasion et le retour des lièvres d'accès et pour guérir la leucophiegmatie et les engorgements de la rate qui succédaient aux fièvres prolongées. 11 a pour pratique de donner, dans ce cas, les martiaux plusieurs mois de suite, concurremment avec les préparations de quinquina. L'action fébrifuge immédiate attribuée au Fer par Màvc [Journ. yen. de méd., 1810), par Martin [Bulletin de la Société méd. d'émulation ^ août 1811) et par d'Autier, dans des essais assez nombreux tentés par MM. Bretonneau et Barbier, d'Amiens, n'a pu être constatée.
Quant à l'emploi du bleu de Prusse comme succédané du quinquina dans le traitement des fièvres intermittentes, nous l'indiquons ici seulement, nous réservant d'en parier plus au long quand nous nous occuperons des préparations cyaniques (tome 11). Mais déclarons d'avance que nous croyons bien peu à l'eiiicacité de ce remède dans le cas qui nous occupe.
Sci'ofules. Parmi les nombreux médicaments qui ont été mis en usage contre' les scrofules, les martiaux occupaient le premier rang avant la découverte de l'iode. Mais leur action est fort équivoque, et l'efficacité reconnue de l'iodure de Fer dans ces maladies ne peut ici servir de preuve suffisante.
En eftet, à l'égard de ce composé, nous croyons devoir présenter ici une observation. D'après les expériences de M. Cl. Bernard faites sur les animaux, expériences que M. Que venue a répétées ultérieurement avec beaucoup de soin sur lui-même, 1 iodure de Fer est à peine introduit dans l'eStomac qu'il se fait presque immédiatement une sorte de départ entre les deux éléments constitutifs. Alors voici ce qu'on observe. Après un temps très-court, l'iode qui a été rapidement absorbé se retrouve dans la salive, et passe dans les urines en quantité assez notable. Cette élimination continue de s'effectuer ainsi en proportions graduellement croissantes, puis décroissantes, de manière qu'après quarante-huit heures, les trois quarts de l'iode ingéré se trouvent rejetés par ces divers émonctoires, tandis qu'au contraire après ce laps de temps, la quantité de Fer absorbé et entraîné par ce métalloïde est à peine appréciable. En raison de cette extrême différence dans les résultats de l'absorption , ne serait-on pas autorisé à conclure que dans les affections toutes spéciales contre lesquelles l'iodure de Fer est habilement employé, c'est-à-dire les scrofules et les tubercules, la plus grande part d'action doit revenir à l'iode, sans prétendre toutefois que celle du Fer soit tout à fait nulle ?
Cancer. Quanta l'emploi du Fer dans les maladies cancéreuses, nous n'en dirons rien, sinon que tous les bons observateurs ont reconnu son inutilité à titre de moyen curatif, comme celle de tant d'autres agents thé-
rapeutiques vantés avec un enthousiasme très-peu mérité. Mais s'il est vrai que le Fer n'a jamais guéri un cancer, nous reconnaissons cependant qu'il peut avoir quelques avantages dans la période cachectique de la maladie. Toutefois, les restrictions qu'à cet égard nous avons cru devoir établir au sujet de la phthisie, s'appliqueront avec plus de raison encore à l'affection cancéreuse, qui, malgré l'état d'anémie profonde et de débilité extrême des malades, est loin de s'accommoder toujours de la médication martiale.
Diabète. M. Heine, de Berlin, regarde le sulfate de Fer administré à l'intérieur comme une sorte de spécifique dans le diabète sucré des enfants.
Il a cité , dans le Journal des maladies des enfants , deux faits qui semblent assez probants; mais avant de nous prononcer sur l'efficacité de ce moyen , nous attendrons que notre expérience personnelle puisse infirmer ou confirmer des résultats si rapides dans une maladie ordinairement si rebelle.
Leucorrhée. — Blennorrhagie. Dans le catarrhe utéro-vaginal simple , qui est lié à l'état de chlorose, le Fer a une évidente utiHté; mais il augmente au contraire les flueurs blanches qu'éprouvent les femmes fortement colorées. 11 ne modifie que bien peu non plus la leucorrhée qui s'accompagne d'une ulcération du col de l'utérus.
Quant à la blennorrhagie, elle a pu, dans quelques cas, être guérie par les martiaux; et l'on sait que les artisans, dans la dernière période de la maladie, lorsque les symptômes inflammatoires sont passés, se guérissent souvent en buvant, en grande quantité, et pendant plusieurs jours, l'eau dans laquelle les forgerons éteignent le fer rouge, et cette eau, comme on sait, est très-ferrugineuse : mieux vaudrait sans doute, si l'on voulait essayer dans la blennorrhagie les préparations martiales, employer de hautes doses ou de tartrate ou de chlorure de Fer. Ajoutons ici que M. Ricorda très-souvent recours à une solution de tartrate de Fer et de potasse (4; à 8 grammes pour 100 grammes d'eau) pour panser les ulcères vénériens, surtout dans les cas où ces ulcères menacent de revêtir le caractère phagédénique.
Conservation de l'eau. Depuis quelque temps on fait usage dans la marine de coffres de tôle, dans lesquels on renferme l'eau pour les voyages de long cours. Le sous-carbonate de Fer qui se forme et qui se dissout dans l'eau a le double avantage d'y empêcher le développement des plantes et des animaux infusoires, et par conséquent de la préserver de la corruption, et en même temps d'agir utilement sur la santé des matelots.
Empoisonnement par l'arsenic. On a aussi préconisé le peroxyde de Fer hydraté dans le traitement de l'empoisonnement par l'acide arsénieux. On conçoit que cette importante propriété ne sera utile que si l'on est promptement appelé à donner des secours au malade, car peu d'instants suffisent pour que l'arsenic exerce sur l'économie des ravages généraux et locaux irremédial»les.
Dans ce cas il se forme un arsénite de Fer insoluble , ou du moins assez peu soluble pour que les médicaments purgatifs puissent l'entraîner au
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dehors, avant qu'il ait eu le temps d'infecter l'économie. Mais il est bon de faire observer que l'arsénite de Fer peut être dissous très-bien par les acides lactique et chlorhydrique qui se forment naturellement dans l'estomac; il est donc important de les saturer, ce que l'on fait en administrant un excès d'hydrate de peroxyde de Fer.
Ici pourtant nous ne devons pas passer sous silence une observation qui dans certaines expertises médico-légales pourrait acquérir une grande importance, savoir, que l'hydrate de peroxyde de Fer lui-même est souvent arsenical , lorsqu'il a été préparé au moyen du sulfate de Fer du commerce.
Empoisonnement par les sels de cuivre. La limaille de Fer est encore un des meilleurs antidotes dans le cas d'empoisonnement par les sels de cuivre. La limaille doit avoir tout son éclat métallique. Dans ce cas, le réaction suivante a lieu : il se forme un sel de Fer qui ne peut être nuisible, et le cuivre se précipite à l'état métallique.
Emploi des préparations martiales dans les maladies externes.
Les préparations martiales solubles sont généralement douées d'une propriété astringente plus ou moins forte. Elles chassent le sang des tissus avec lesquels on les met en contact, suppriment ou modifient les sécrétions, arrêtent ou tempèrent les hémorrhagies et généralement toutes les espèces de flux; en un mot, elles satisfont exactement aux indications diverses que l'on se propose ordinairement de remplir avec les substances dites astringentes. A cet égard, il importe d'établir ici une distinction. Tandis que les préparations insolubles sont de préférence conseillées à l'intérieur , les sels solubles , au contraire , sont seuls employés dans la thérapeutique externe ; ce qui ne veut pas dire que ces derniers ne puissent aussi être administrés intérieurement.
Parmi les sels solubles les plus usités dans la thérapeutique externe , nous citerons surtout le sulfate, le chlorhydrate, l'acétate de peroxyde, et notamment le perchlorure, qui mérite de nous arrêter d'une manière plus spéciale.
Perchlorure de Fer. Le perchlorure de Fer tend à prendre depuis trèspeu de temps une place importante dans la thérapeutique, soit à titre d'agent hémospasique, soit surtout comme hémostatique et astringent.
Personne n'ignore que c'est Pravaz qui le premier a eu l'idée dase servir du perchlorure de Fer en injections dans la cure dés auévrismes.
Sans doute, les premiers essais ont été loin d'être encourageants. Mais, depuis lors, ils paraissent avoir été moins malheureux: quelques demisuccès dans certains anévrismes, des succès plus complets dans le traitement des varices et des hémorrhoïdes, soit avec le perchlorure lui-même, soit avec l'acétate de peroxyde : tels ont été les résultats obtenus en dernier lieuj de manière que la méthode paraît avoir quelque chance de se
relever de l'espèce de réprobation que des revers éclatants avaient de prime abord fait peser sur elle.
Des expérimentations ultérieures, faites avec prudence., sont donc nécessaires pour permettre déjuger d'une manière définitivie la valeur de cette grande question de thérapeutique chirurgicale. Si, d'ailleurs, la méthode des injections dans le traitement des maladies des vaisseaux artériels ou veineux vient à triompher des immenses obstacles qui l'ont arrêtée à sa naissance, l'honneur en reviendra à Pravaz d'abord, qui a pris à cet égard l'initiative, et ensuite à la chirurgie lyonnaise, qui poursuit son œuvre avec une intelligente persévérance.
Quoi qu'il en soit, si l'efficacité du perchlorure de Fer, administré en injections dans les vaisseaux, est encore problématique, il n'en est pas ainsi pour le même agent employé en applications externes.
Dans un mémoire présenté à l'Académie des sciences, en septembre 1853, M. le docteur Pétrequin s'est appliqué à spécitier un grand nombre de cas, dans lesquels le perchlorure de Fer, ou le perchlorure ferro-manganique, peut être utilement employé à l'extérieur.
Ainsi, dans les plaies qui donnent lieu à une hémorrhagie en nappe, il suffit, dit ce praticien, pour arrêter l'écoulement du sang, d'appliquer sur la surface saignante, préalablement lavée à l'eau froide, une compresse imbibée avec un mélange d'une cuillerée de la solution concentrée de perchlorure dans un verre d'eau. Si l'écoulement n'est pas arrêté, on réussira en ajoutant au mélange une seconde cuillerée de perchlorure.
La plaie est-elle inégale et irrégulière, on placera d'abord, avant la compresse, un tampon de charpie trempé dans le même liquide. Ce procédé peut encore suffire quand l'hémorrhagie provient d'une petite artère. On pourrait remplacer la charpie par un tampon d'amadou, d'épongé ou de linge, qui servira en outre à comprimer le vaisseau lésé.
Dans les piqûres de sangsues qui, chez les enfants et certains sujets débiles, donnent lieu à des hémorrhagies inquiétantes , l'apphcation d'un tampon de charpie ou d'amadou imbibé de perchlorure pur et maintenu avec le doigt suffit pour arrêter le sang à l'instant.
Ce moyen a réussi dans les cas d'épistaxis où le tamponnement et les autres hémostatiques avaient échoué.
Pour notre compte, nous ne connaissons rien de mieux pour arrêter les hémorrhagies dentaires, qui, dans quelques cas, se montrent, comme on sait, si réfractaires.
La solution de perchlorure de Fer a encore été proposée contre des tumeurs sanguines, les hémorrhoïdes, les fongus vasculaires.
M. le docteur Ivonneau [Bulletin de la Société d'Indre-et-Loire, i854i) cite un cas de tumeur fongueuse végétante du nez des plus rebelles , et il a obtenu un succès rapide et inespéré à l'aide d'une pommade faite avec 40 gouttes de perchlorure pour 1 gramme d'axonge. Une première application eut pour effet d'arrêter le suintement sanguin ; la tumeur, desséchée
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et comme racornie, présentait une croûte d'un noir jaune qui se détacha au bout de quelques jours. Bientôt une nouvelle ne tarda pas à se reformer et à se détacher, et ainsi successivement jusqu'à nivellement complet. Au bout de dix-huit jours, la cicatrice était à peu près achevée.
Le même médecin expérimenta la même pommade chez un malade pusillanime qui, quoique boiteux depuis plusieurs années d'un ongle incarné, se refusait obstinément à toute opération sanglante. Un bourrelet énorme de chairs fongueuses recouvrait presque la moitié interne du gros orteil. On intercala deux fois le jour, entre la surface de l'ongle et la tumeur, quelques brins de charpie enduits de la pommade; on fit, en outre, des onctions dans tous les points où l'absence d'épiderme pouvait favoriser l'absorption. A deux jours de là, la presque totalité du bourrelet était racornie comme un morceau de cuir tanné, et la guérison paraissait devoir être très- prochai ne,
La solution de perchlorure de Fer a déjà rendu de bons services dans diverses affections des organes génitaux , notamment dans les métrorrhar gies, la leucorrhée, la laxité des parois vaginales.
Ce moyen devait être naturellement dirigé contre les engorgements du çoî utérin, notamment contre ces états, variqueux ou fongueux que depuis quelques années on est porté, un peu abusivement peut-être, à attaquer avec les caustiques et surtout avec le fer rouge; et lorsqu'on voyait l'alun appliqué topiquement procurer souvent des guérisons, il était permis d'attendre beaucoup d'un médicament, doué de propriétés si éminemment astringentes, résolutives et hémostatiques. Or les essais qui ont été tentés depuis quelques années ont complètement réalisé ces prévisions. Employée seule, ou mieux encore associée avec le collodion, la solution de perchlorure de Fer, a donné dans les cas spécifiés plus haut , un certain nombre de succès qui promettent à cet agent une place utile dans la thérapeutique des affections utérines.
Au dire de M. Pétrequin , le perchlorure est un excellent antiputride contre les plaies gangreneuses et les suppurations fétides ; les lotions, avec la solution plus ou moins étendue, leur enlèvent rapidement leur mauvaise odeur : propriété importante pour l'hygiène des hôpitaux.
N'oublions pas en terminant de faire remarquer que le perchlorure a été également utilisé dans les hémorrhagies internes, dites passives, et dans certaines affections de nature asthénique. Pour notre compte, nous connaissons quelques faits d'hémoptysie et de gastrori-hagie où ce moyen a paru jouir d'une véritable efficacité. Mais il importe de se rappeler qu'il ne peut être employé pendant plusieurs jours de suite, sans fatiguer beaucoup l'estomac.
En résumé, le perchlorure de Fer est devenu une acquisition précieuse pour la thérapeutique. En raison des propriétés toutes spéciales dont il est évidemment doué, cet agent mérite qu'on continue à l'expérimenter avec soin et persévérance. Les bons résultats qu'il a déjà donnés autorisent à fonder sur lui de très-légitimes espérances.
Mode d' administration et doses.
Le Fer métallique, le Fer réduit par l'hydrogène, les oxydes, les sels insolubles dans l'eau se donnent en poudre, en pilules, dans un électuaire, à la dose de 5 centigrammes à 1 gramme (i à 20 grains), deux ou trois fois par jour, pendant le repas.
Le Fer réduit par l'hydrogène demande ici une mention particulière, en raison de sa valeur propre et des études intéressantes que M. Quévenne vient de faire sur cet agent médicamenteux. Ce chimiste distingué a prouvé, par des expériences faites sur les animaux, que le Fer réduit par l'hydrogène introduit beaucoup plus de métal, à l'état de dissolution, dans le suc gastrique, que certaines préparations ferrugineuses solubles les plus usitées, tels que le protosulfate, le tartrate ferrico-potassique, etc., sans parler surtout d'autres préparations insolubles (comme le safran de mars) qui sont plus difficilement attaquées par les acides faibles.
Ce résultat particulier a cela d'instructif qu'il tendrait à faire révoquer en doute cette opinion , assez généralement admise, savoir : que les préparations de Fer insolubles par elles-mêmes (sethiops martial, limaille, etc.) sont moins actives et moins efficaces que celles qui sont naturellement solubles; opinion, d'ailleurs, que pour notre compte nous avons toujours hautement combattue.
D'autre part, il ne suffirait pas assurément d'avoir déterminé la quantité pondérale de Fer qui se trouve dissoute dans le suc gastrique, pour connaître la valeur thérapeutique du Fer réduit, non plus que de toute autres préparation ferrugineuse, soit soluble, soit insoluble. En effet, bien que cette dissolution du Fer dans le suc gastrique soit la condition préalable sine quà non de l'absorption, il n'en résulte pas, d'une manière rigoureuse, que l'absorption aura nécessairement lieu, ou devra s'emparer de toute la quantité de métal dissoute.
A défaut de recherches précises de physiologie expérimentale, qui n'ont encore rien démontré de positif à cet égard, au dire même de M. Cl. Bernard , et qui n'ont pas encore permis d'établir rigoureusement la valeur thérapeutique de chaque composé ferrugineux, M. Quévenne a dû s'en référer à la clinique.
Or, pour ce qui concerne le Fer réduit par l'hydrogène, des observations assez concluantes, faites sur un certain nombre de chlorotiques, lui ont appris qu'il suffit d'administrer le Fer sous cette forme à doses extrêmement petites, pour obtenir les effets thérapeutiques ordinaires des ferrugineux.
Les doses les plus convenables lui ont paru être de 20 à 30 centigrammes par jour, A dose moindre, comme 10 centigrammes, les progrès de la guérison sont lents. A dose plus forte, comme 40 ou 50 centigrammes, on n'a pas observé d'inconvénients; mais, d'autre part, il ne semble point qu'il y ait eu d'avantage pour les malades. Associé au chocolat, et surtout sous la forme de pastilles, le fer réduit constitue une préparation commode pour les enfants.
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Le sulfate de Fer n'est employé dans la thérapeutique interne que très-exceptionnellement : l'estomac ne s'accommode pas facilement de son extrême astringence. Nous devons dire, toutefois, qu'en raison de cette propriété même quelques praticiens ont cru lui reconnaître des avantages. Ainsi, M. le docteur Costes de Bordeaux affirme s'être bien trouvé du sulfate de Fer dans certains cas d'atonie et d'inertie de l'estomac, et surtout dans certaines hémorrhagies passives avec anémie, surtout lorsqu'il y a complication d'un flux séreux intestinal ou utérin.
En lotions, en injections vaginales, le sulfate de Fer se prescrit à la dose de 10 à 25 grammes (2 4/2 à 6 gros) pour 4 kilogramme (2 livres) d'eau. En bains, à la dose de 500 grammes (une livre 1/2) par 2 hectolitres (200 litres) d'eau.
Le tarlrate ferrico- potassique se donne à l'intérieur, en pilules, aux mêmes doses que le Fer métallique; de toutes les préparations solubles, c'est celle qui est le mieux supportée.
L'eau gazeuse martiale tartarique, dont nous avons indiqué la préparation (page 6), est donnée à la dose d'une demi-bouteille à une bouteille par repas.
Les boules de mars servent surtout pour l'usage externe. On les fait dissoudre dans de l'eau, et cette solution était jadis employée dans le traitement des contusions, des entorses, etc., etc. , Le vin chalybé, particulièrement conseillé dans les convalescences des fièvres intermittentes ou des maladies qui ont nécessité d'abondantes évacuations sanguines, se donne, à l'heure des repas, à la dose de 100 à 200 grammes (3 à 5 onces) par jour.
La teinture de mars tartarisée se donne dans les potions ; lorsqu'il s'agit seulement de combattre une diarrhée chronique ou un état de cachexie peu prononcé, la dose est de 2 à 10 grammes (1/2 à 2 1/2 gros) dans le courant de la journée.
Le perclilorure de Fer en solution concentrée (d'une densité de 1,250) est d'une extrême stypticité, et il est à peu près impossible de l'employer à l'intérieur à dose un peu forte.
Cependant nous avons dit que tout récemment il avait été administré , non sans avantage, dans certaines hémorrhagies internes, et notamment dans les hémoptysies. On le donne ordinairement à la dosé de 10 à 20 centigrammes dans 60 grammes de véhicule. On peut toutefois porter la dose jusqu'à 1 gramme et même plus pour combattre les métrorrhagies rebelles.
Mais pour l'usage externe, et surtout dans le traitement des hémorrhagies, le perchlorure est de tous les sels de Fer celui qui mérite la préférence. Les injections vaginales, celles que l'on poussera dans les fosses nasales, dans le cas d'épistaxis, etc., etc., seront composées avec une solution de 15 grammes de perchlorure de Fer dans 500 à 1,000 grammes d'eau (demi-once pour 1 ou 2 livres). Plus concentrée, cette solution est employée pour rendre aux parties sexuelles de la femme un peu de la