ÉGORGE DE GHÉNE, TAN
Disons tout de suite que le Chêne {quercus, L.) est un genre de la famille des Amen-
tacées cupulifères de Uicli, de la monœcie polyandrie de Linné.
JIO
Deux ChiH'ct's foi'inenl la ùase de nos forêts et fournissent l'écorce qu'on trouve j^éncralennenl dans les pharmacies. A la première espèce appartient le Chêne vulgaire, le véritable Chérie routre [quercus robur, W.; quercus sessiliflora, Lam. ) qui croit abondamment dans toute l'Europe, h l'exception des régions les plus froides, et qui a le bois le plus dur et le meilleur pour le chaulVage. Ses fruits sont sessiles.
La seconde espèce est le Chêne blanc, ou riraveliniquercus pedunculata,'W .; quercus racemosa, Lam.), dont le tronc est plus étroit, plus élevé, le bois moins noueux. Les fruits de ce Chêne sont pédoncules.
L'Ecorce de Chêne varie selon l'âge de l'arbre : lorsqu'il est vieux, elle est épaisse," noire et crevassée au dehors, rougeàlre en dedans; lorsqu'il est jeune, elle est moins rude ou presque lisse, couverte d'un épiderme gris bleuâtre, d'un rouge pâle à l'intérieur. Alors aussi elle est bien plus riche en principes astringents (Guibourt).
Cette écorce séchée et réduite en poudre prend le nom de Ta?!. C'est un médicament assez puissant en médecine.
On en fait dans le commerce un grand usage, comme on le sait, pour le tannage des cuirs. On prépare le Tan , pour l'usage médical, avec l'écorce des pieds de douze à quinze ans. Pulvérisé et passé au tarais lin, il prend alors quelquefois le nom de fleurs de Tan.
L'Ecorce de Chêne parait devoir ses principales qualités au tannin qu'elle contient.
Voici sa composition , d'après M. Braconnot: tannin; acide gai lique; sucre incristallisable; pectine; tannate de chaux, de magnésie, de potasse, etc.
Elle est employée principalement com-
me astringente et styptiquc, soit à l'iutcrieur, soit en injections.
La formule la plus usitée est celle-ci:
l'r. Tan en poudre, GO gram. (2onc.) . Eau bouillante, 1000 (21iv.)
Faites infuser pendant deux heures, et passez.
Lu décoction de Tan est encore employée en bains lorsqu'on veut obtenir une action tonique générale. Dans ce but on s'en sert avec avantage dans la convalescence de certaines maladies aiguës, et surtout dans les maladies chroniques où il y a indication de relever et fortifier l'organisme.
Nous devons dire aussi quelques mots des Glands ou Fruits de Chêne , dont on s'est servi quelquefois avec succès. On le^; a surtout mis en usage dans ces derniers temps, parce qu'on a trouvé dans ce médicament l'association naturelle de quelques substances alimentaires avec une substance tonique et astringente. Nous en faisons souvent usage chez les enfants pour remplacer le café, soit à l'état pur, soit à l'état de mélange.
On emploie en Turquie, suivant M. Bourlet, les Glands comme analeptiques. La poudre du Gland torréfié, mêlée à du sucre et des aromates, constitue le Palamoud des Turcs et le Racahout des Arabes. Ce sont des aliments de facile digestion.
Les Glands de Chêne qui entrent dans la composition du Palamoud et du Racahout sont privés de leur tégument et dépouillés de leur arête par l'ébullition dans une eau alcaline: disons toutefois que ces poudres alimentaires sont aujourd'hui prépurées avec du cacao et des fécules, et qu'elles ne renferment pas de Gland.
THERAPEUTIQUE.
LÉcoi'ce de Chêne n'a de propriétés que celles qu'elle doit au tannin et à l'acide gallique. Aussi est-il superflu d'entrer dans d'autres détails thérapeutiques que ceux que nous avons donnés plus haut.
Un fait très-remarquable , et sur lequel nous devons appeler l'attention , est celui qui a été observé à l'École vétérinaire de Lyon : on fit prendre^de grandes doses d'Écorce de Chêne à des chevaux et à des chèvres. Un cheval qui en avait pris 1 0 kilog. (20 livres) en un mois^ avait, à l'autopsie, le sang plus rouge, plus visqueux, plus consistant. Son cadavre est resté deux mois sans donner des signes de putréfaction ; or on sait que, même pendant Thiver, pourvu toutefois qu'il ne gèle pas, les chevaux se putréfient en très-peu de temps. (Compte rendii des travaux de l'École vétérinaire de Lyon, 18H.) De là le précepte de donner de fortes doses de Tan à l'intérieur à ceux dont la gangrène menace d'envahir un membre à la suite de graves blessures; ce principe, bien entendu, ne s'applique pas à la gangrène sèche. On doit aussi recouvrir do poudre de Tan les parties mortifiées, pour arrêter les