VI INTRODUCTION
d'isoler les phénomènes vitaux de manière à ce que chacun d'eux, ainsi tronqué, n'ait plus de sens que dans un système mécanicochimique, l'irritabilité, fait éminemment vital, commença par n'être qu'une pure force motrice. On remplaça par elle les forces extérieures a la fibre, les pneumata de toutes sortes qui remuaient les organes comme le vent un moulin; et cette immense découverte n'eut d'abord pour résultat que d'identifier a la matière vivante une force qui jusqu'alors en avait été considérée comme indépendante. C'était le premier pas fait en dehors de l'animisme, et le point de séparation entre le passé et l'avenir. Mais toute la vérité ne résidait pas dans ce point, et le programme de Glisson ne se trouvait encore rempli qu'en partie. Le mécanicisme y suppléa.
Cette dernière remarque renferme, comme on va le voir, toute la philosophie des doctrines médicales modernes, et par conséquent tout l'esprit de confusion de la Matière médicale née de ces doctrines.
Séparée des autres propriétés vitales ; considérée comme une force vive au milieu d'éléments morts et inertes, I'irritabilité, telle qu'elle sortit du laboratoire de Haller, ne put être aux yeux des physiologistes qu'une énergie physique sans détermination fonctionnelle, un autre impetum faciens, mais cette fois matériel et palpable, un moteur d'une nouvelle espèce, borné comme toutes les puissances mécaniques au pur mouvement de va-et-vient, ne pouvant dès lors être modifié que dans sa quantité et sa vitesse, en un mot, n'étant susceptible que de plus et de moins.
Telle fut l'origine du solidisme. Or ce système n'est qu'un mécanicisme déguisé , puisqu'il consacre le principe fondamental de cette erreur, qui consiste, nous le répétons, à ne voir dans les phénomènes vitaux que les modifications et les combinaisons diverses du mouvement pur et simple et du seul élément quantité.
Si l'on veut bien apprécier la différence du solidisme nouveau et du solidisme ancien, il faut considérer ce système dans Hoffmann et dans CuUen, en se souvenant que Haller a vécu entre ces deux auteurs. On rapproche, on confond même généralement le solidisme de Cullen et celui de Hoffmann, sous prétexte que tous deux reposent sur le spasme etVatonie. Et pourtant, quelle distance au fond! Pour Hoffmann, la dilatation et le resserrement alternatifs des tissus, la systole et la diastole des petits vaisseaux, ne sont pas l'effet d'une force motrice inhérente a la fibre elle-même, mais d'un fluide expansif qui fait effort et qui seul est actif. Le solide dilaté de dedans en dehors obéit et n'a d'action que par son élasticité, propriété morte, où tout, jusqu'au mouvement le plus soudain, n'est encore que passif.
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Le spasme de Ciillen est issu de l'irritabilité de ïlaller. Il appartient à la fibre et au vaisseau comme rattraction k la pierre. Il procède de l'impression et non de la dilatation, et cette impression n'a rien de physique; c'est un acte de la sensibilité qui répond à l'action de« corps extérieurs en vertu d'une spontanéité aussi essentielle aux tissus vivants que la chaleur aux corps en ignition. Les agents physiques excitent, mettent en jeu, déterminent d'une certaine manière cette propriété, mais ils ne la communiquent pas comme ils communiquent leur mouvement, leur chaleur, leur lumière, leur électricité aux corps ambiants de même nature qu'eux. Il y a plus, et l'irritabilité reçoit ses déterminations véritables et fonctionnelles non de l'extérieur, mais d'une matière vivante, la matière nerveuse, douée essentiellement de la sensibilité, comme la fibre musculaire l'est de l'irritabilité ou faculté motrice. L'intervention de ces deux éléments fait des œuvres de Cullen quelque chose de tout nouveau et d'inouï Jus^ue-la. On se sent tout à coup transporté à une distance infinie de l'antiquité, qu'on touche pourtant encore.
A ce moment, laMédecine moderne se dégage nettement, et sous une forme systématique, des expériences à jamais ménforables de Haller.,
Après avoir appliqué le nervosisme a la nosologie, Cullen le porta dans la matière médicale. C'est même à cette occasion, et en tête de son intéressant Traité de Matière médicale, qu'il donna l'aperçu systématique le plus complet du solidisme conçu selon les principes de la nouvelle physiologie. Il s'exprime ainsi tout au début de cet ouvrage : « Les effets particuliers des substances en général, ou de celles spécialement qui portent le nom de médicaments, dépendent de la manière dont elles agissent sur les parties sentantes et irritables du corps humain lorsqu'elles y sont appliquées. »
Nous verrons bientôt comment cette grande vérité a partagé le sort des systèmes auxquels elle a été attachée depuis Cullen, et pourquoi elle a été oubliée avec eux.
Le célèbre patholo'giste dit aussi : « Il faut, en général, observer, relativement à l'action des médicaments, que, comme le mouvement paraît se communiquer de chaque partie du système nerveux à toutes les autres parties de ce même système, les médicaments qui ne sont appliqués qu'à une petite partie du corps, manifestent souvent leurs effets dans plusieurs autres parties, en conséquence de la communication dont j'ai parlé. »
De là à l'importance du rôle de l'estomac en thérapeutique, il n'y avait qu'un pas. Sous ce rapport et en principe au moins, Cullen n'a rien laissé à faire à Broussais lui-même.
viii liNTKODUGTU)]N.
Il faut bien dire que le Traité de Matière médicale ne répond pas toujours a celle inauguration fernae et brillante du nervosisme. Pourtant, c'est a CuUen qu'on doit en grande partie la proscription de ces termes imaginés d'après de vulgaires analogies, entre les effets des médicaments et ceux des instruments de physique et de chimie les plus grossiers. On voit dès lors ces comparaisons faire place à des expressions plus en harmonie avec les idées nouvelles; le mot irritation commence à se montrer fréquemment dans le langage, etc.
Le premier service rendu par cette révolution à la pratique médicale, fut d'inspirer au médecin un certain respect pour le tissu sensible et irritable où il allait déposer un modificateur thérapeutique.
Avant cette époque, et malgré les vues intéressantes de Réga, on pouvait, en vertu des doctrines mécaniques et chimiques régnantes, entasser les médicaments dans l'estomac comme dans un mortier ou dans un alambic.
Si des agents trop énergiques produisaient la sécheresse des tissus, leur inflammation, leur ecchymose, leur gangrène, etc., c'est que la chaleur dégagée des réactions chimiques desséchait les membranes muqueuses, les torréfiait, les calcinait, les enduisait de suie; caria fuliginosité, qui n'est plus aujourd'hui qu'une figure, passait alors pour une réalité. Les productions organiques, les tumeurs étaient assimilées à des morceaux de savon, à des dépôts de terre, à des résidus, etc. Les ramollissements n'étaient que dissolutions et macérations ; les ulcérations que déchirures, éclats, fentes et pertérébrations déterminés mécaniquement par les substances qu'on supposait formées de coins et de vrilles, de pointes d'aiguille et de petites lames, etc.
Toutefois, il ne faudrait pas croire que la réforme commencée par CuUen ait été consommée par lui. Ce n'est pas si vite que s'accomplissent les révolutions scientifiques. Placé sur les limites du passé et de l'avenir, si Cullen a une face tournée en avant, par une autre il regarde encore en arrière. Ainsi, il est fondateur d'une nosologie. Or, pour quiconque aura sondé les bases de la Médecine, il sera évident qu'une nosologie n'est qu'un non-sens insigne dans un système de pathologie où tous les phénomènes de l'organisme sont ramenés à la force et à la faiblesse, au spasme et à l'atonie, et où, par conséquent, les maladies ne peuvent être distinguées les unes des autres que par leur siège ou leur degré, et non parleur nature.
Une nosologie suppose, en eftd, dans les maladies, des diff'érences spécifiques, et non de simples différences de quantité et de localité^ car celles-ci ne peuvent rien changer au genre et à l'espèce des choses;
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elles n'en sont que des civconstances accessoires. En outre, ces circonstances du lieu et de la quantité n'entraînent non plus aucune différence essentielle dans les médications, et ne font varier celles-ci que du plus au moins et que dans leur mode d'application. Il ne doit donc entrer dans un tel système ni remèdes spécifiques ni médications spéciales. Des stimulants, des sédatifs disposés dans l'ordre de leur énergie inverse, voila toute la Matière médicale, si l'on peut appeler de ce nom une liste dichotomique de médicaments réduits à des propriétés simples qui n'appartiennent qu'aux agents physiques, et qui sont purement imaginaires hors du chaud et du froid, du sec et de l'humide, etc. Ainsi , une Nosologie et une Matière médicale, choses qui en principe se correspondent et se supposent, sont choses, au contraire, qui excluent la pathologie de Cullen et que la pathologie de Cullen exclut.
Pourtirer du principe toutes ses conséquences, il fallait donc en finir hardiment avec les Matières médicales et les Nosologies. Mais qui osera trancher ainsi dans le vif? Qui se sentira assez enivré d'indépendance, assez sûr du mouvement irrésistible qui pousse les esprits dans des voies nouvelles, pour secouer le passé d'un seul coup sans daigner même le critiquer, et pour s'élancer dans l'avenir, appuyé sur une conception, mais la plus simple, la plus abstraite de toutes? Le succès est à ce prix : toute notion complexe et difficile, toute unité trop variée et trop multiple, pourrait, arrêtant les esprits, rejeter la Médecine dans le passé. . .
Un élève de Cullen , l'Écossais Brown , se présente. Il a la présomption, l'audace, la brutalité même au service d'un talent géométrique et d'un esprit aussi inflexible et aussi clair, mais aussi bref et aussi exclusif qu'une ligne droite. 11 discute peu, affirme beaucoup, et passe par-dessus les nuances et les exceptions, tant il est sincèrement préoccupé de la rigueur et de la simplicité de son principe. Ce principe descend de l'irritabilité de Haller. Entre les mains plus précises que puissantes du créateur de la physiologie expérimentale, nous l'avons vu n'être qu'un fait. Ce phénomène se réduisait aux proportions d'une propriété essentielle a la fibre vivante, mais sans détermination physiologique. Nous avons prouvé qu'aitisi abstrait, il pouvait être ramené à la nature d'un phénomène mécanique sans autre modification possible que le plus et le moins. Transporté par Cullen dans la pathologie, il ne put nécessairement y engendrer que la doctrine du spasme et de l'atonie. Mais Cullen dans sa médecine, comme Hjyier dans sa phvsioloqie. avait conservé le détail et la diversité qu'introc]fl^^it;dûns les manifestations de la force vitale les propriétés anatomiques^speeiales des lissns et des organes, des solides et des liquides, ainsi que
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les différences fonctionnelles qui y sont liées, etc. Pour fonder plus sûrement l'unité de son système, Brown sent le besoin de la plus absolue simplicité, et il l'atteint en supprimant en physiologie tout détail anatomique et fonctionnel, en pathologie toute séméiotique et toute nosologie, en Matière médicale toute idée de spécificité des modificateurs thérapeutiques, toute distinction de nature entre eux.
Il est certain qu'un logicien comme Brown, qui eût admis dans sa doctrine la moindre notion capable de rappeler la vie propre des organes, les caractères spéciaux de leurs produits et des stimulus qui les font entrer en action , les diff'érences des signes et de la marche des maladies qui assignent a chacune d'elles des causes distinctes toujours suivies des mêmes effets, et les assiniilent sous certains rapports à des espèces naturelles, qui eût enfin reconnu les mêmes caractères dans les agents de la Matière médicale, et eût vu ces agents manifester des propriétés identiques contre la même affection revêtue de formes diverses, etc...., il est certain, disons-nous, qu'un tel logicien eût dû abandonner une telle doctrine, ou consentir à y déposer des éléments nombreux d'anarchie et de dissolution.
BroVi^n n'avait donc pas à redouter une idée plus hostile que celle de la spécificité en physiologie, en pathologie et en thérapeutique. Aussi fermera-t-il exactement toutes les voies par où cette idée pourrait pénétrer dans son système. L'irritabilité rappellerait trop la fibre motrice, ses fonctions et ses altérations spéciales ; la sensibilité obligerait a parler du système nerveux et des infinies modifications dont il est susceptible -, l'anatomie pathologique et la séméiologie montreraient les mêmes symptômes, les mêmes lésions, la nosologie les mêmes maladies au milieu des conditions internes et externes les plus variées de force et de faiblesse; la Matière médicale, fondée sur l'observation des différences spéciales des médicaments, trahirait tous ces faits d'une manière plus caractéristique encore : Brown saura se passer de tout cela pour établir une doctrine médicale. Il ne lui faut qu'une force abstraite et indéterminée dont l'idée ne se lie à aucun objet sensible, à rien qui rappelle un fait particulier ; car il est indispensable que rien de spécial ne puisse s'y rapporter, et qu'elle ne soit susceptible que de changements de quantité. Le mouvement abstrait que le mathématicien soumet rigoureusement aux lois de l'algèbre, peut seul donner une idée de cette foice que Brown nomme incUabilité.
Au moins, cela n'est pas aussi concret et ne rappelle pas autant un fait que l'irritabilité de Haller ou l'irritation de Broussais , inséparables toutes deux de l'idée de la modification d'un tissu vivant!... L'incitabilité est uniforme , l'incitation est par conséquent toujours
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générale. La petite place que Brown accorde aux maladies locales a la lin de son ouvrage est une concession ou plutôt une faiblesse. Que signifie l'affection locale d'un principe essentiellement vague, que rien ne limite et ne différencie, qui n'est déterminé diversement par aucun organe, et qui est par conséquent si identique a lui-même, qu'il en est insaisissable, et se résout en une formule que le calcul seul pourra bientôt exprimer ? . . .
Pour mettre en jeu cette incitabilité, il ne peut y avoir que des puissances incitantes. Pour la faire passer au type morbide, il ne faut que de la surincitation -, et la ramener au type normal , ne doit non plus appartenir qu'à des remèdes incitants. Santé, maladie, médication, tout cela s'échelonne dans l'organisme vivant comme glace, tempéré, Sénégal sur un thermomètre où le froid ne diffère pas du chaud et n'en est que la diminution. Ce n'est plus même une dichotomie, c'est, s'il était permis de créer ce mot, la monotomie la plus inconcevable. A force d'unité, le principe de Brown échappe à toute étreinte.... Nous verrons plus tard, en effet, que c'est bien en vain que, dans ce système, le réformateur imagine un type de santé audessus et au-dessous duquel se rangeraient deux diathèses essentiellement différentes l'une de l'autre, ainsi que de la santé.
Partant de l'idée que l'incitabilité pouvait être diminuée, certains critiques se sont étonnés que Brown n'eût pas admis de puissances abincitantes ou directement débilitantes. Cette objection accuse une étude superficielle de la doctrine du réformateur. Qu'on se souvienne donc que pour lui, l'incitabilité, c'est la vie-, que la vie se manifeste par l'incitation , et que l'incitation ne peut résulter que de l'action d'une puissance incitante. Or, quelque faible que puisse être la vie, elle ne peut jamais être autre chose qu'incitabilité manifestée par l'incitation, qui a son tour ne peut être produite que par un incitant. La faiblesse directement produite par des agents hyposthénisants, que les Italiens reprochent à Brown d'avoir méconnue, eût été la négation du principe fondamental de son système. Dans celui-ci , la faiblesse ne pouvait être produite ou que par la soustraction des incitants, ou que par leur accumulation. Brown est la tout entier. Qui ne l'y a pas su voir, n'a pu le comprendre du reste en quoi que ce soit.
On parle beaucoup, depuis quelque temps, de médecine exacte. Brown seul pouvait réaliser cette utopie ^ lui seul l'a réalisée. Lynch, un de ses élèves, lui a même donné une rigueur mathématique. Aidé de sa Table, on fait le diagnostic et la thérapeutique comme avec la Table de Pythagore une multiplication. « Je suppose, dit Brown, que la diathèse sthénique soit montée jusqu'à 60 degrés de l'échelle d'in-
XII LNTKUDUCTION.
citation (voyez la table de Lynch) : on doit chercher a soustraire les 20 degrés d'incitation excessive, et employer a cet effet des moyens dont le stimulus soit assez faible.... Je suppose, au contraire, que la diathèse asthénique soit descendue de 20 degrés : il faut employer des puissances capables par leur action de la relever. Ces moyens curatifs ne diffèrent de ceux dont j'ai parlé que par 40 degrés d'énergie. »
Telle est la conséquence extrême, mais inévitable, de l'irritabilité de Haller !
Quoiqu'il n'admît pas de puissances débilitantes directes , Brown reconnaissait une débilité. C'était une moindre incitabilité, effet d'une incitation excessive, ou une incitabilité excessive produite par une incitation moindre : faiblesse , directe , c'est la première-, indirecte, c'est la seconde. De là deux classes de maladies asthéniques qui embrassent à elles seules tout le cadre nosographique à quelques exceptions près.
Voila, certes, table rase aussi complètement faite que possible de toute Nosologie et de toute Matière médicale. Comment l'une et l'autre parviendront-elles à se reconstituer?
La force des choses surpasse tellement les systèmes les plus absolus, que Brown lui-même va nous fournir la pierre angulaire de cette restauration. L'opposition du réformateur français, son illustre adversaire, ne fera que développer davantage ce germe réparateur; et à la faveur du contraste de cette double erreur, on pourra voir se dessiner plus exactement que jamais les traits véritables de la maladie et du médicament, éléments générateurs de la Nosologie et de la Matière médicale.
Pour comprendre un auteur, il ne faut jamais oublier l'objet qu'il traite et !e point de vue d'où il l'envisage. En lisant BroAvn, tout médecin français est déconcerté. Quelque pénétré qu'il se croie des principes du Brownisme, il ne s'explique pas comment le réformateur a pu voir dans un accès de goutte franche, dans un accès de lièvre intermittente simple, etc., des maladies asthéniques. Toutes ses idées sont bouleversées. Qu'est-ce donc, se dit-il, qu'une maladie sthénique, si l'état de l'organisnrie caractérisé localement par rougeur, chaleur, tumeur, douleur portées au plus haut degré et généralement, par une surexcitation fébrile considérable, etc...., est une maladie asthénique? La théorie brownienne de l'éclampsie, de l'épilepsie, de l'hystérie, le jette dans un embarras non moins grand ; il n'y voit que contradiction ou folie... C'est que les idées dans lesquelles il a été élevé ne lui permettent pas de comprendre que, dans les exemples
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cités, la fluxion, l'hypéreslhésie, la chaleur, la contraction musculaire, et tous les autres phénomènes qui témoignent d'une exaltation des actions organiques, ne sont pas la maladie; que ce qui la représente pour Brown, c'est le mot cUalhèse. Ce mot, échappé au naufrage de l'ancienne Médecine, s'est glissé dans celle de Brown, et il y conservera l'idée de maladie malgré tous les efforts du physiologisme pour l'anéantir. C'est qu'en dépit de son système antinosologique, Brown est encore plus médecin qu'il ne le croit. Il l'est même tellement, que l'idée abstraite de la maladie l'absorbe entièrement, ne laisse de place a rien d'autre dans sa doctrine, et en exclut, par le fait, tout élément physiologique.
Broussais s'est jeté dans l'excès contraire.
Nous réclamons ici toute l'attention du lecteur.
Si pour Brown il n'y a pas plusieurs maladies, il y en a au moins une, et elle est essentielle, c'est-'a-dire qu'elle existe par elle-même avant tout symptôme, indépendamment de toute manifestation organique. Son caractère principal, aux yeux de Brown, c'est l'impression de faiblesse qu'elle produit. Il ne la conçoit que sous cette notion; c'est une conséquence forcée de son système. Alors, quelle que puisse être l'intensité de ses symptômes ou des phénomènes organiques par lesquels elle se manifeste, elle resite asthénique, par la raison bien simple qu'elle est telle essentiellement et par nature, et que sa forme n'y peut rien changer. Quoi qu'on doive penser des erreurs du Brownismc, il y a la quelque chose de profondément vrai. On en conviendra sans peine, si l'on veut bien consentir un instant 'a l'abstraction que nous venons de faire. Cette abstraction est légitime, inévitable ; nous la regardons môme comme la condition nécessaire de toute étude de la maladie et des doctrines médicales.
Rien de plus certain, en effet : une maladie hyposlhénisante peut se révéler par des symptômes essentiellement hypersthéniques; en d'autres termes, une maladie considérée en soi, par abstraction, et indépendamment de l'activité physiologique ou des éléments sains de l'organisme, ne rappellera que des idées de destruction , de désorganisation, d'abolition des propriétés vitales, de stupeur, de mort; tandis que ses symptômes, considérés physiologiquement ou comme représentant la réaction des éléments sains ou de l'énergie physiologique de l'organisme, pourront ne signifier qu'excitation de la force végétative, des propriétés sensitives et motrices, exaltation de la vitalité. Nous ne prétendons pas, qu'on y prenne garde, qu'une maladie déclarée se compose de Taffeclion morbide ou de la diathèsed'un côté, des symptômes de la réaction ou des actes organiques sains de l'autre-, la pre-