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mière étant une chose toute morbide, toute délétère; la seconde une chose toute physiologique, toute réparatrice, chacun de ces élémentS^ restant séparé de l'autre et ne s'y unissant que comme le pied s'unit à l'obstacle qu'il repousse. Cette idée est trop entachée de physiologisme. Pour représenter une affection spécifique, tout symptôme, tout produit organique doivent être et sont eux-mêmes spécifiques. Si l'on ne juge de la nature de la diathèse que par eux, c'est apparemment qu'ils ne sont autre chose que la diathèse manifestée. Personne plus que nous n'a cherché à propager ce principe dans la théorie comme dans la pratique. Quoi qu'il en soit, l'esprit peut concevoir séparément ce que la nature nous offre intimement uni dans toute maladie déclarée, dans une phlegmasie gangreneuse par exemple.
Lorsqu'une afî'ection de ce genre règne épidémiquement, on observe les trois cas suivants : inflammation sans gangrène, gangrène sans inflammation, inflammation avec gangrène. Dans les trois cas, c'est la même maladie. Le troisième est le plus commun ; le premier l'est un peu moins; le second est plus rare que les deux autres, à moins que l'épidémie ne soit d'une horrible intensité ou ne frappe des sujets placés dans des conditions hygiéniques très-mauvaises. Dans des circonstances opposées, ce sont les premiers cas, les inflammations sans gangrène, qu'on observe en plus grand nombre; et pourtant la maladie ne laisse pas que d'être une phlegmasie gangreneuse, comme lorsque l'inflammation était plus ou moins vite accompagnée de gangrène. En pareil cas, on juge de la nature de la maladie, et on la dénomme d'après la tendance à la gangrène ou d'après l'existence de la force morbide qui produit un tel effet , bien plutôt que d'après l'existence de cet effet ou de la gangrène elle-même. Et pourquoi en juge-t-on ainsi? Parce que, d'ailleurs, les causes, la marche, les terminaisons, le traitement de ces phlegmasies gangreneuses sans gangrène, leurs. caractères généraux et celui de chaque symptôme en particulier, sont semblables aux caractères des phlegmasies corégnantes qu'accompagne la gangrène. Et puis, n'a-t-on pas la preuve que, dans une de ces phlegmasies, l'inflammation peut exister sans gangrène accomplie, lorsque a côté d'elles on observe d'autres cas où la gangrène se montre d'emblée sans inflammation? bien pins, lorsqu'on voit sur le même sujet des points de la peau ou d'une membrane mu(jueuse frappés ici de gangrène immédiate, la de phlegmasie avec gangrène, plus loin d'inflammation sans gangrène? La nature ne nous montre-t-elle pas ici la diathèse, sinon sans effet, au moins sans symptôme, dans les points attaqués d'emblée par la gangrène? Et ce f;iit n'indique-l-il pas que la force morbide peut se ma-
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nifester seule avec sa nature essentiellement hyposthénisante, et régner indépendamment de cet appareil d'actes vitaux ou de symptômes qui atteste le vita superstes modifié spécifiquement, mais non éteint par l'affection morbide?
La Matière médicale et la Toxicologie éclairent singulièrement ce problème.
Sous l'influence du même agent toxique, donné a des doses différentes, on peut voir se dérouler toute la série des grandes divisions du cadre nosologique. Choisissons, si vous voulez, l'Ergot de seigle. Qu'on l'administre d'abord à une dose modérée : voici des frissonnements, de la céphalalgie, du lumbago, des douleurs contusives dans les membres, de la fièvre, une fièvre ardente : nous l'avons observée. Augmentez la dose : vous pourrez produire des accidents cérébraux, des crampes, des convulsions, une vive hypéresthésie, surtout sur le, trajet des vaisseaux. Allez plus loin : phlegmasies diverses, principalement aux extrémités des membres; plus loin encore, et ces phlegmasies deviendront gangreneuses. Enfin, êtes-vous curieux d'observer la gangrène d'emblée, la gangrène essentielle? ne ménagez pas le poison ou donnez-le longtemps en quantité moindre, et les orteils, frappés d'un sphacèle immédiat, tomberont.
Il est évident que, dans ce cas, l'Ergot de seigle a produit une sorte de diathèse qui n'a pas changé de nature depuis le début des accidents par frisson, fièvre, etc., jusqu'à leur terminaison par gangrène essentielle. Cette affection morbide artificielle, cet empoisonnement, était donc aussi essentiellement asthénique lorsque le sujet ne présentait que des symptômes de surexcitation , que lorsqu'il n'en présentait que de stupeur et de mortification. Et qu'on ne dise pas que ces derniers effets ont été produits par l'excès des premiers, par excès d'inflammation , de convulsions ou de fièvre. Leur développement immédiat répondrait péremptoirement à cette théorie précaire.
Qui donc, de Brown ou de Broussais, a raison ou tort dans ce cas? Tous deux ont tort sans doute, parce que chacun n'a vu qu'un élément de la maladie. Brown n'a considéré dans celle-ci, en général, que l'élément nosologique abstraction faite de l'élément physiologique, et Broussais, que l'élément physiologique abstraction faite de l'élément nosologique. Voila comment pour l'un il n'y avait qu'asthénie et indication des stimulants, pour l'autre qu'irritation et indication des débilitants. Chacun d'eux a reflété de l'irritabilité de Haller la face que lui présentait son époque. Élève du palhologiste Cullen , Brown n'a été préoccupé que de la maladie, et surtout, à l'exemple de son maître, de l'impression de faihle.sse par laquelle elle commence. Pour lui aussi ,
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cette impression élail d'abord générale. On n'avait encore jeté alors sur le système nerveux (dans les expansions duquel Cullen plaçait la cause palhogénique) qu'un coup d'œil général et d'ensemble. Nous avons assez dit ce que Brown fit de celte idée, et par suite de quelles nécessités de système il fut conduit à y concentrer les forces de son esprit à l'exclusion de toute autre considération.
S'inspirant de Bichat et de sa physiologie anatomique, Broussais ne vit, au contraire, l'organisme qu'en détail et que composé de parties. Tout , dès lors, ne fut pour lui que tissus doués d'irritabilité; car l'irritation est au tissu modifié localement ce que l'incitation est au système vu d'ensemble. La dialhèse, ou cause morbide générale et interne qui repose sur cette idée d'ensemble et d'unité, dut donc disparaître d'un système qui se fondait sur la considération des parties ou sur l'analyse des tissus. D'où pouvait provenir alors la cause palhogénique, sinon de l'extérieur? Comment pouvait-elle agir, sinon localement? Et puisqu'elle se renfermait dans les agents de l'hygiène, dans l'influence excessive, intempestive ou trop faible de ces modificateurs sur une organisation d'où l'on avait exclu toute prédisposition morbide interne et essentielle, comment les maladies pouvaient-elles être autre chose qu'une déviation purement accidentelle de l'état physiologique?... Telle est, en effet, la doctrine que Broussais nomma trèsexactement physiologique ; nous la désignons ordinairement sous le nom de phijsiologisme, pour montrer qu'elle est l'abus de la physiologie bien plus qu'elle n'en est l'usage.
Tout en niant les maladies, Brown avait au moins conservé l'ide'e de la maladie. Quelque illusoires qu'elles fussent, ses diathèses restaient pour empêcher cette idée de périr. Les nosologies, ij est vrai, étaient détruites par son système, mais la pathologie subsistait.
Physiologiste plus radical, Broussais rejeta jusqu'à l'idée de maladie. N'est-ce pas nier la maladie, en effet, que de la réduire a un accident? Aux yeux de la science, comme aux yeux du monde, un pur traumatisme mérita-t-il jamais le nom de maladie? Le bon sens du public répond tous les jours a cette question beaucoup mieux que les définitions de nos classiques....
Il était plus facile de vaincre ceux-ci que le bon sens-, aussi Broussais y réussit-il un moment. Il consuma ses jours à dêsessenlialiser les maladies. Obligé de se faire pour cela une philosophie, une physiologie, une pathologie nouvelles, un langage nouveau, il déploya dans celte œuvre qui le résume tout entier, une vigueur et une souplesse de talent, une pénétration d'esprit et une force de bon sens supérieures.
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admirables Dans V Examen des doctrines ^ sa critique touche au
génie. Nous ne voyons pas ce qu'en ce genre les siècles passés pourraient opposer au dix-neuvième siècle, elles autres nations à la France médicale. Contre les Galénistes anciens et modernes, c'est l'argumentation victorieuse de Van-Helmont , où la lucidité française a remplacé l'illuminisme. Contre Pinel, le nosographe le plus illustre, mais l'homme le moins médecin de son époque, c'est un chef-d'œuvre de raison, le plaidoyer quelquefois le plus éloquent et toujours le plus accablant que jamais auteur se soit attiré. Contre les anatomo-pathologistes entin , c'est un combat désespéré et glorieux, modèle de haute satire et de comique profond, qui peut soutenir en bien des points la comparaison avec les Provinciales.
S'il ne renversa pas les nosologies, s'il ne put parvenir a faire passer la maladie pour un accident, pour une simple perturbation physiologique, Broussais porta à V ontologie médicale et au nosologisme des coups dont ils auront bien de la peine à se relever.
Ldi polypharmacie dut nécessairement recevoir le contre-coup, et il faut en bénir Broussais. Mais dans sa ruine elle entraîna la Matière médicale.
Le défaut capital de l'illustre réformateur français, fut toujours de ne pas savoir discerner dans une erreur, cette portion de vérité défigurée sans laquelle toute erreur ne se soutiendrait pas un jour. On a abusé des nosologies, parce qu'on les a toujours implicitement fondées sur celte i'dée, que les maladies sont des êtres, Broussais se jette dans l'extrême opposé et n'y veut voir que des accidents. Elles ne sont ni l'un ni î'aytre; et c'est ce qui fait Foriginalilé et tout à la fois la difficulté incomparables de la Médecine! Le nosologisme considère, en principe, les maladies comme des êtres, c'est urje erreur. Pour le physiologisme, elles ne sont que des accidents^ autre erreur... La première produit en Thérapeutique l'empirisme absolu, le spécificisme etlapolypharmacie. La seconde y produit le rationalisme absolu et Vhygiénisme, si l'on veut bien nous permettre cette expression, enfin l'abolition de la Matière médicale. Nous sortons avec Broussais du dernier de ces systèmes-, il s'agit de savoir si nous sommes destinés a retomber dans Fautre...
La première partie de celte réforme de la Matière médicale que nous avons vue naître avecCullen est consomméeparladoctrine physiologique française : c'est la période de destruction. La période de restauration a déjà commencé plusieurs années avantlamort de l'illustre réformateur.
Essayons de rechercher sur quel terrain cette restauration a pris son point d'appui , par qui elle a été opérée, comment elle se pour-
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suit, et entrons par là plus directement dans le sujet de cette Introduction et dans la matière même de notre Ouvrage.
En niant la maladie, Broussais niait le médicament. Ces deux idées se supposent en effet mutuellement, et il est impossible d'admettre ou de rejeter l'une sans l'autre. Si par la pensée, on réduit la maladie à n'être qu'un accident extérieur, il n'y a plus de Médecine proprement dite. Toute la Thérapeutique consiste à placer les parties souffrantes dans la situation la plus favorable à leur rétablissement spontané; rien d'interne ne doit, rien ne peut troubler ou empêcher celui-ci, sans qu'aussitôt se dresse menaçante, ï entité qui renverserait tout l'édifice physiologique. C'est la chirurgie ramenée à son expression la plus simple et on pourrait dire la plus idéale ; car éloigner les modificateurs nuisibles, s'abstenir et laisser agir la nature , n'a jamais suffi, m^me à la guérison des lésions traumatiques , tant les propriétés morbides de l'organisme , tant les maladies elles-mêmes ont de tendance a se manifestera l'occasion des accidents les plus exclusivement externes. C'est donc en vain que la doctrine physiologique conduisait rigoureusement a la suppression complète de toute Thérapeutique médicale. Les systèmes ne changent pas la nature des choses; et Broussais, obligé de prendre les choses comme elles sont, préconisa la Thérapeutique, et pratiqua même une thérapeutique très-aclive. Remarquons toutefois, que cette Thérapeutique ne s'adresse jamais qu'aux propriétés morbides de l'organisme telles que l'irritation, l'inflammation, l'hémorrhagie, la fièvre, la douleur, la convulsion, la fluxion, etc., considérées comme des éléments morbides dépourvus de toute spécificité, de toute essentialité , comme des ajjeclions simples, suivant le langage de Dumas; et qu'elle exclut toujours les phlegmasies, les pyrexies, les hémorrhagies , etc., considérées nosologiquement. Le siège, l'intensité, les susceptibilités individuelles qui rendent les sujets plus ou moins irritables, introduisent les seules différences que Broussais reconnaisse entre deux maladies.
Or, toute spécificité, toute distinction de nature entre les maladies disparaissant, tout médicament estproscrit, sinon toute Thérapeutique.
Mais ainsi désarmée, que devient celle-ci ? Hippocrate dit qu'on n'ohtieut la guérison àes ma}d.d\es qu' en ajoutant ouqu en soustrayant . Et en effet, on ne peut modifier l'organisme malade que de deux manières : en \m ajoutant directement des propriétés médicamenteuses; en lui soustrayant directement des propriétés morbides. Or il est évident que celte dernière Thérapeutique ne peut être pratiquée qu'en soustrayant directement ou indirectement du même coup la matière organique et qu'en diminuant les forces. Nous verrons plus loin que,
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tout en hyposthénisant ou en contro-stimulant, les Italiens ajoutent des propriétés morbides, et qu'ils ne débilitent pas k la manière dont ils l'entendent. Les principes de sa doctrine imposaient à Broussais la proscription du premier ordre de moyens thérapeutiques que nous venons d indiquer, et lui commandaient en même temps d'adopter exclusivement le second. Quant on ne voit dans la maladie rien de spécial, il y a inutilité, danger même, k introduire dans l'organisme des modificateurs spéciaux.
Tout médicament a des propriétés positives bien différentes de celles qui caractérisent les agents hygiéniques. Ceux-ci sont les modificateurs de la santé , les médicaments sont les modificateurs de la maladie. Pour entretenir la santé , les premiers jouissent de propriétés saines et agréables à l'homme sain , désagréables ou nuisibles à l'homme malade. Pour guérir la maladie, les seconds, au contraire, recèlent des propriétés désagréables ou nuisibles à l'homme sain, utiles, sinon agréables, à Thomme malade. Il y a donc entre le médicament et l'agent hygiénique la même opposition qu'entre la maladie et la santé, comme entre le médicament et l'homme sain la même répugnance qu'entre l'alimentet l'homme malade. Pour établir ces propositions, nous choisissons évidemment deux types bien déterminés, c'est-à-dire un médicament possédant a un degré très-marqué les propriétés ingrates et nuisibles de son ordre, et une maladie aiguë, spécifique et grave, imprimant a l'jBrganisme ce changement étrangequi, pendant un temps plus ou moins long, le fait vivre d'une vie tout autre.
De même, donc, que la maladie rappelle le médicament et peut aider à le retrouver, de même le médicament permet de remonter à la maladie et proteste contre l'assimilation de celle-ci à une perturbation' physiologique purement accidentelle.
Pour Broussais, le médicament ne peut qu'irriter, que nuire. Ainsi le veut, en effet, le principe du physiologisme. Que peut faire, sinon du mal , un médicament administré à un homme sain ou à un individu dont la santé n'est que superficiellement troublée par un accident? Le réformateur en paraît si persuadé, que, n'accordant pas et ne pouvant accorder aux maladies une marche naturelle, il attribue aux médicaments administrés, c'est-à-dire aux actions morbides ajoutées par ses adversaires, la marche calculable, les symptômes prévus, les terminaisons naturellement graves de ces mêmes affections > qu'il se flatte , lui , d'interrompre à son gré sans jamais rien ajouter, mais , au contraire, eu soustrayant toujours. 11 diffère en cela des Italiens -, car c'est à eux, et non à lui, que s'applique justement l'expression de Brownisme retourné, , '