W III
7 centigr.
1 grain 1/2) 1/2
(2 grains 1/2)
250 gram.
(8 onces)
12 centigr
Gette eau est d'une belle couleur jaune et d'une transparence parfaite; les enfants la boivent facilement, surtout quand elle est sucrée.
lodure de fer. A été conseillé par Bréra, et par Pierquin, dans la chlorose et la scrofule. G'est un excellent médicament qui participe des propriétés du fer et de l'iode; il est surtout utile dans cette forme particulière de chlorose qui est liée au lymphatisme ou à l'état scrofuleux, ainsi que dans la leucorrhée catarrhale, les exostoses syphilitiques, les atïections chroniques des os , et dans un grand nombre de cachexies. On donne l'iodure de fer mêlé à du sirop ou à un électuaire. Mais comme ce composé s'altère avec une facilité extrême, mieux vaut généralement l'administrer sous la forme de pilules ou de dragées qui, préparées par des procédés spéciaux , ont l'avantage de le rendre à peu près inaltérable. La dose est de 5 centigrammes à 1 gramme (1 à 20 grains) par jour. - Dans ces derniers temps on a associé l'Iode, et l'iodure de fer à l'huile d'olives et à l'huile d'amandes douces, et on en a formé une huile iodée (Personne, Berthé), et une huile d'iodure de fer (Gille).
Ces huiles iodées et iodurées ont été proposées comme succédanées de l'huile de foie de morue; mais, malgré certains avantages, elles ne sauraient remplacer celle-ci complètement.
lODOFORME. iT9
Ces Iiuiles et notamment l"liuile diodure de fer sont également employées à l'extérieur en frictions.
lodure d'arsenic. Employé par Biett dans quelques cas de dartres rongeantes tuberculeuses. On l'incorpore à une pommade à la dose de 5 centigrammes (1 grain] par 4 grammes (1 gros).
lodure de plomb. Conseillé par Gottereau et Verdet de Tlsle dans le traitement des ulcères atoniques et des ulcères scrofuleux.
Il est en outre assez usité, comme résolutif et fondant dans divers engorgements, et notamment dans les engorgements chroniques de l'utérus, sous forme de frictions sur l'es régions inguinales et sur la région hypogasti'ique (on met 4- grammes d'iodurede plomb pour 30 grammes d'axonge).
lodure de mercure. (Voir Mercure.)
làdure d'argent. S'emploie aux mêmes doses que les iodures de mercure : a été préconisé contre l'épilepsie, et préféré au nitrate d'argent, en ce qu'il ne détermine pas de coloration à la peau.
lodure d'or. S'emploie aux mêmes doses et dans les mêmes circonstances que les iodures de mercure.
On comprendra sans doute qu'ici il nous est tout à fait impossible de donner place à cette foule prodigieuse de composés et de préparations ayant l'Iode pour base, qui dépuis quelques années, se multiplient sans fin comme sans raison, et qui tendent plutôt à encombrer qu'à enrichir la matière médicale. Qu'il nous suffise donc d'avoir signalé, relativement à la partie pharmaceutique de ce médicament, ce qui était vraiment important et utile. Quant au reste, on nous permettra de renvoyer aux traités spéciaux ou aux monographies qui ont été publiés sur l'Iode.
Nous ne terminerons pas toutefois ce chapitre sans faire une remarque pratique qui ne manque pas d'importance. L'expérience a démontré que toutes les préparations iodées, prises à l'intérieur, à assez hautes doses, et continuées pendant un certain temps, ont l'inconvénient d'occasionner chez beaucoup de malades des sensations douloureuses et parfois même une véritable gastralgie, de manière qu'il devient souvent nécessaire de suspendre ou même d'abandonner l'usage du médicament. Or, pour éviter cet inconvénient, M. le docteur Lasègue a donné le conseil de n'administrer cette substance qu'au moment des repas. Ainsi mêlé aux aliments , riode a pour effet de produire une simple excitation gastrique qui tend à favoriser plutôt qu'à entraver la digestion. A l'aide de cette précaution, on peut élever progressivement la dose de teinture d'Iode , par exemple, de 8 à 10 gouttes, deux fois par jour, jusqu'à 5 et 6 grammes, sans incommodité pour le malade.
lODOFORME.
On doit la découverte de l'Iodoforme à Sérullas; et MM. Dumas etBouchardat sont, parmi les chimistes, ceux qui ont le plus contribué à le faire connaître.
280 AJEDICAMEISTS ALTËKANTS.
Ce corps se présente à l'état solide, sous la forme de paillettes nacrées, d'un jaune de soufre, friables, douces au toucher, d'une odeur aromatique très-persistante.
L'Iodoforme contient plus des 9/10 de son poids d'iode; toutefois sa saveur est douce et n'a rien de corrosif. Administré à des chiens , il tue à dose plus faible que l'iode, après avoir donné lieu à un abattement plus ou moins prononcé , rarement à des vomissements ; A grammes suflTisent pour donner la mort à un chien de moyenne taille. A l'abattement succède une période d'excitation, caractérisée par des convulsions , des contractures, etc.
Malgré sa puissance toxique , l'Iodoforme a cela de remarquable qu'il est totalement dépourvu d'action locale irritante, et qu'il ne donne pas lieu à la plus légère injection de la muqueuse de l'estomac et de l'intestin : aussi a-t-il, sous ce rapport, un véritable avantage sur la plupart des préparations qui contiennent de l'iode.
Cet agent, très -usité en Allemagne, est encore à peine employé en France; mais au dire des expérimentateurs qui, dans ces derniers temps, se sont le plus occupés de son étude, il mériterait d'être plus répandu.
Parmi ces expérimentateurs , nous mentionnerons surtout MJNI. Moretin et Humbert, qui ont présenté à l'Académie un travail intéressant sur ce nouveau médicament, et qui en ont résumé les principales propriétés thérapeutiques dans quelques propositions que nous allons reproduire :
1" En raison de la grande quantité d'iode que renferme l'Iodoforme, ce médicament peut remplacer l'iode et les iodures dans toutes les circonstances où ces derniers agents sont indiqués.
2° L'absorption de l'Iodoforme se fait avec la plus grande facilité; en effet, l'iode étant combiné ici avec l'hydrogène et le carbone pour le constituer, on a pour amsi dire un composé organique.
3° L'Iodoforme, appliqué à la thérapeutique , a sur les autres iodiques l'avantage de ne déterminer aucune irritation locale et aucun des accidents qui forcent, dans certains cas, de suspendre l'emploi de ces derniers.
A" Outre les propriétés qui lui sont communes avec l'iode, l'Iodoforme jouit de vertus spéciales : il calme les douleurs dans certaines affections névralgiques, et détermine une sorte d'anesthésie locale et partielle du rectum, lorsqu'il a été déposé dans cet organe.
Les principales maladies dans lesquelles ces auteurs ont employé TIodoforme avec le plus d'avantage sont: le goitre endémique, la maladie scrofuleuse, le rachitisme, la syphiUs, notamment dans les accidents tertiaires, certaines affections du col de la vessie ou de la prostate, quelques névralgies et principalement la névralgie faciale et la gastralgie. Il a été conseillé en outre dans le traitement de la phthisie pulmonaire, surtout sous forme de vapeurs. A cet égard, ses propriétés anesthésiques semblent devoir lui conférer une véritable supériorité siu' les vapeurs de l'iode. Les
doses auxquelles on l'administre à Tintérieur sont de 5^ 10, 15 centigrammes. M. Bouchardat a élevé la dose jusqu'à 60 centigrammes.
L'Iodoforme a d'ailleurs l'avantage de se prêter aux préparations pharmaceutiques les plus importantes. On le prescrit ordinairement en pilules et en pastilles.
Il se dissout très-bien dans l'huile; aussi en l'associant à une huile aromatique d'un goût et d'une saveur agréables , on donne naissance à une huile «Wo/'ormî^Me qui pourrait, dans certains cas, remplacer l'huile de foie de morue.
A l'extérieur j on administre Tlodoforme en pommades , en liniments et en suppositoires. Sous cette dernière forme, il exerce sur les sphincters une action anesthésique des plus remarquables, à ce point que le malade n'a plus le sentiment de la défécation. On pressent facilement dans quelles circonstances la thérapeutique chirurgicale pourrait utiliser cette propriété. Nous ignorons si des essais ont été faits sur la fissure à l'anus.
Sous forme de pommade ou de baume iodoformique, on s'en est servi avec quelque succès pour combattre la douleur dans les diverses névralgies, et notamment en applications sur les tumeurs cancéreuses ulcérées.
N'oublions pas de noter encore que les médecins allemands vantent beaucoup ces préparations dans certaines affections de la peau, et qu'ils prétendent en avoir obtenu de grands sudcès dans l'eczéma chronique, le psoriasis, la lèpre, etc. Disons enfin qu'un honorable pharmacien de Paris vient de composer, avec l'Iodoforme et le fer réduit, des pilules iodoformoferriques, préparation qui, par sa grande stabilité, aurait un avantage marqué sur l'iodure de fer dont l'altérabilité est bien connue.
D'après ces données, l'Iodoforme paraît se recommander à la fois par deux propriétés essentielles : 1° à titre d'altérant et de résolutif; 2° comme anesthésique. Faisons des vœux pour que ce nouveau médicament obtienne gain de cause devant l'expérimentation ultérieure.
Le Brome est un métalloïde découvert en cium et de sodium dans les eaux de Bour-
1826 par M. Balard, de Montpellier. bonne, de Horabourg, de Soden , de Nau-
II existe dans l'eau des mers en petite pro- heim, de Kreuzenach, et surtout dans les
portion; comme l'iode, il a été trouvé en eaux mères qui restent après que l'on a ob-
plus grande quantité dans un grand nombre tenu le sel marin par évaporation. de plantes marines. Certaines eaux miné- On prépare le Brome en soumettant les
raies renferment du Brome en assez forte eaux mères des marais salants dans les-
proportion. quelles le Brome existe à l'état de bromure
Les eaux des salines de Salins (Jura), et à l'action d'un courant de chlore; le Brome
celles de Salies (Basses-Pyrénées), de Cau- est éliminé : on le sépare de l'eau en agis-
terets, de Baréges (Hautes-Pyrénées), que sant avec l'éther qui s'empare du brome;
nous avons déjà signalées comme contenant la solution éthérée est traitée par la potasse,
de l'iode, présentent éaalement du Brome. et le Brome est transformé en Bromure de
Il se trouve à l'état 'de bromure de cal- potassium et bromate de potasse. On cal-
28^2 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
cinc pour translbrmer ce dernier sel en Pilules avec le bromure de fer. bromure de potassium; et celui-ci est soumis à l'action de l'acide suU'urique et du Pr. -. Bromure de fer peroxyde de mansanèse; le Rrome se dé- pulvérisé, GO cent. (12 crains] jjagc, et il reste des sulfates de potasse et Conserve de roses 2 gr. (40 grains), de manganèse. Gomme, q. s.
Le Brome est liquide, d'un rouge noirâtre
en masse, d'un rouge hyacinthe vu en Mèleztrès-exactement, et faites 40 pilules, couches minces, et répandant à l'air des
vapeurs rutilantes. Son odeur est forte, sa Pommade de hromuro de potassium. saveur âpre et desngreable; il est peu solu-
Lle dans l'eau. Il se solidifie à un froid de Pr.: Bromure de potassium, 4gram.(l gros).
18 a 22", et bout a 63°; sa densité est de AYnnop qo /■. m-,np\
5,-3933 (Pierre). Axon^e, 6Z (1 once).
D'après les expériences diverses de Mêlez. MM. JPourché, Barthez, Fournet, etc. , le
Brome est un poison irritant, agissant 11 est probable que le Brome, ainsi que
comme l'iode, et plus énergique encore que l'iode, ne passe dans la circulation qu'à
lui. l'état de bromure alcalin; son action dy-
On a employé le bromure de potassium namique doit être rapportée à cette combi-
et le bromure de fer. naison saline.
THERAPEUTIQUE*
L'iode et Tiodure de potassium ont pris dans la thérapeutique une place si importante^ et leur valeur vénale s'est tellement élevée dans ces derniers temps, que les médecins ont dû songer à les remplacer ;, et tout naturellement leurs essais se sont portés sur le Brome et sur les bromures. M. Andral, en 4836, à l'hôpital de la Pitié, com.mença sur le Brome une série d'expériences qui furent recueillies avec soin et publiées en 1838 par un de ses élèves, M. le docteur Fournet. Ce dernier fit connaître surtout l'action du remède sur l'homme indépendamment de l'état de maladie, et les essais peu nombreux qui furent faits sur l'action thérapeutique du Brome ne durent pas beaucoup encourager les praticiens. — Toutefois M. Fournet indique un effet fort remarquable du médicament dans les arthrites chroniques; il constate, comme nous le verrons plus tard, que le Brome faisait cesser parfaitement et avec rapidité les douleurs dans les articulations malades ; et ce résultat fort curieux sera plus facilement compris quand on connaîtra les propriétés anesthésiques du bromure, constatées par M, Puche , et si bien indiquées dans les thèses inaugurales de MM. Huette et Rames, soutenues en 1850 devant la Faculté de médecine de Paris.
Action physiologique.
Les expériences sur les animaux faites par M. Barthez, et publiées en 4838 dans sa thèse inaugurale, à la même époque où M. Fournet faisait connaître au public le résultat de celles qui avaient été' tentées par M. Andral sur l'homme sain et malade; ces expériences, disons-nous, avaient démontré que, pris à l'intérieur, le Brome agissait comme un toxique trèsintense participant des propriétés des poisons irritants et stupéfiants. A}> pliqué extérieurement, il ne produisait qu'une irritation topique ou superficielle. Les expériences sur l'homme ont donné les résultats suivants.
Le Brome, pris à l'intérieur à la dose de deux gouttes seulement, détermina chez un premier malade, au moment même de l'ingestion, un sentiment particulier dans la bouche et l'arrière-bouche, comparé par le malade à celui que produit en passant un petit verre de rhum. Mais cette sensation, qu'il caractérisait seulement du nom de forte, n'avait rien de désagréable.
Chez un autre malade, une faible dose de Brome ne produisit aucun accident, aucune sensation particulière.
Enfin, un troisième malade, à une dose un peu plus forte, éprouva, un quart d'heure après l'ingestion, des fourmillements dans les doigts, et des soubresauts dans les pieds et dans le voisinage des genoux. Ces symptômes se répétaient de loin en loin dans la nuit, et quelquefois se montraient encore le lendemain matin. Un quart d'heure après ces premières sensations, il éprouvait des borborygmes et des coliques. A la dose de dix gouttes du médicament, il ressentit au bout d'un quart d'heure un poids énorme sur l'estomac, avec envies de dormir, éructations, coliques, gargouillements. Une heure après il éprouvait, depuis le poignet jusqu'au-dessous du coude, de chaque côté, une sensation de serrement, comme si ces parties eussent été prises dans un étau; puis des douleurs lancinantes se propageaient dans les doigts, et s'irradiaient dans le pourtour de la tête; plus tard ces symp- ■ tomes se dissipaient, et le malade se trouvait dans un état de calme remarquable. Chaque jour, à chaque nouvelle administration du médicament, les symptômes précédents se reproduisaient.
Lorsqu'on fut arrivé à la dose de 45 gouttes de Brome, le sentiment de brûlure, d^âcreté, devenait tellement violent, que le malade offrait pendant quelques instants un état convulsif de la face et des membres. Puis il éprouvait des envies de vomir, de violents efforts de vomissements, mais jamais il ne vomissait. Puis enfin ces symptômes se dissipaient assez rapidement, au bout de cinq minutes ordinairement, et le malade rentrait dans son état ordinaire. Passé cette crise de chaque jour, il n'éprouvait jamais aucun sentiment ni de pesanteur, ni de malaise, ni de chaleur à l'estomac. Chaque jour il mangeait d'un grand appétit et digérait parfaitement. Jamais, ni chez ce dernier malade ni chez les autres, M. Fournet n'a observé aucun autre phénomène. Jamais, à aucune époque de traitement, les fonctions digestives n'ont été troublées le moins du monde; l'amélioration de la santé générale et de l'embonpoint du malade, l'augmentation de l'appétit, la rapidité des digestions, se sont au contraire de plus en plus prononcées depuis l'administration du Brome.
Mais les tentatives hardies de M. Puche, qui donna à des malades atteints • d'aiïections syphilitiques des doses énormes de bromure de potassium, permirent de constater des effets extrêmement curieux, sur lesquels nous devons insister. Lebromurefutadministréd'abordàladosede 2, 4, 6 grammes, en dissolution dans une potion gommeuse ou dans un pot de tisane. Les doses étaient ensuite progressivement portées à 10, 15, 20 grammes, à , partir du huitième ou du dixième jour du traitement.
284 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
La céphalalgie est l'un des premiers accidents que l'on constate. Elle n'a d'abord rien de particulier; mais bientôt, sans augmenter d'ailleurs d'intensité, elle s'accompagne d'une sorte d'hébétude, d'une espèce d'ivresse ressemblant assez bien à celle que l'on observe dans le cours des fièvres typhoïdes, de troubles de la vue et de l'ouïe. Il y a évidemment affaiblissement de la mémoire et de l'intelligence j à ce sentiment d'ivresse se joint ordinairement de la tendance à Tassoupissement, et quelquefois même une véritable somnolence. Rarement il y eut du délire.
Cependant, comme conséquence de cette ivresse, on observe unetitubation fort remarquable, et souvent les malades ne peuvent se tenir sur les jambes. En même temps, et presque toujours parallèlement, la sensibilité s'émousse au point que l'on peut pincer, piquer, briller la peau sans que les sujets en aient parfaitement conscience. On a pu croire un instant qu'on allait avoir un agent anesthésique de plus; mais, d'une part, cette insensibilité générale est un accident assez rare; en outre, elle ne peut être obtenue qu'après un certain nombre de jours, lorsque la dose de bromure a été portée à une limite qu'il n'est pas toujours prudent d'atteindre.
Mais si Faction topique et l'action indirecte du bromure sont combinées, l'anesthésie peut être rapide, se soutenir longtemps, sans qu'il soit besoin de recourir à des doses énormes. Ainsi le contact exercé sur le voile du palais et sur le pharynx quand on avale la boisson bromurée, en même temps sans doute que l'action exercée sur le système nerveux par le sang chargé de bromure, et en troisième lieu la sécrétion constante qui se fait dans la bouche, sécrétion probablement fortement chargée du sel médicamentueux, ces trois circonstaiices réunies produisent quelquefois, dès le deuxième soir du traitement, une insensibilité complète du pharynx et du voile du palais; de sorte que l'on peut titiller la luette, toucher le fond du pharynx, les amygdales, sans provoquer le plus léger mouvement de déglutition. La même insensibilité s'observe sur la conjonctive, que l'on peut toucher avec le doigt sans faire cligner les malades. M. Huette se demande si plus tard la chirurgie n'utilisera pas cette anesthésie partielle si facile à obtenir, pour pratiquer avec plus de certitude et de facilité des opérations sur les parties qui sont ainsi frappées d'insensibilité.
L'espèce de stupeur qui s'observe sur la peau et sur les membranes muqueuses n'épargne pas non plus les organes génito-urinaires : les érections matinales cessent même chez les hommes les plus vigoureux ; et les malades tombent dans une impuissance qui persiste quelquefois plusieurs jours après la cessation du médicament; — bien •difterents en cela de ceux qui prennent l'iodure de potassium, chez lesquels les érections sont plus fréquentes, plus énergiques que dans l'état ordinaire de la vie. M. Puche a vu chez un malade soumis à l'action du bromure une incontinence d'urine qui cessa dès que le remède fut suspendu.
Il est assez remarquable que, contrairement à ce que M. Barthez avait observé pour le Brome, le bromure ne semble exercer aucune action irritante sur le canal digestif; sur un relevé de soixante-dix observations rela-
tives à des malades qui prenaient des doses énormes de bromure, M. Huette n'a constaté que cinq fois de la gastrite et de la diarrhée.
On ne peut nier toutefois que le Brome et le bromure de potassium ne déterminent une légère excitation locale, et ce fait devient évident sur la membrane muqueuse de la bouche, qui s'irrite les premiers jours du traitement, lorsqu'on ne ménage pas assez les doses.
Si l'action topique du médicament est légèrement excitante, il n'en est plus de même de l'action générale ; car, assez souvent, pendant que les malades prennent de fortes doses de bromure, ils éprouvent un ralentissement considérable de la circulation, analogue à celui qui est produit par la digitale.
Il résulte des faits que nous venons d'indiquer, et qui sont le résumé des expériences faites par M. Puche, et rapportées avec le plus grand soin dans les thèses de MM. Rames et Huette, que le Brome et les bromures devraient être rangés peut-être dans la classe des stupéfiants ou des controstimulants, du moins si l'on se laissait guider par une de ses propriétés les plus dominantes.
Action thérapeutique du Brome,
Les effets thérapeutiques observés par MM. Andral et Fournet dans les arthrites chroniques sont assez curieux. La principale action du Brome porte sur les phénomènes de sensibilité des articulations malades; elle peut aussi porter efficacement sur les phénomènes physiques, c'est-à-dire sur le gonflement , l'immobilité et la déformation.
Un résultat bien remarquable et bien constaté par ces observateurs, c'est que le Brome fait cesser parfaitement et avec rapidité la douleur dans les articulations malades.
Le mode d'administration suivi par eux a été le suivant :
Le Brome fut donné toujours pur, à l'intérieur sous forme de potion , uni à une simple dissolution dégomme. A l'extérieur, sous forme de mixture alcoolique, employée en frictions sur les articulations malades. [Bulletin thérapeutique, t. XIV, février 4838.)
M. Fourché, de Montpellier, a expérimenté le Brome dans le traitement des scrofules. Le malade, atteint, depuis sept ans, de symptômes scrofuleux, fut guéri dans l'espace de trois mois. Le Brome fut administré de la manière suivante : Brome, 6 gouttes; eau distillée, 100 grammes (3 onces), à prendre trois fois dans les vingt-quatre heures. La dose fut portée à 24 gouttes dans le cours de la journée.
Les combinaisons de Brome ont été l'objet d'expériences thérapeutiques. Parmi celles dont on s'est servi, on compte le bromure de potassium, le bromure de fer, le proto et le deutobromure de mercure.
Le bromure de potassium fut employé avec beaucoup de succès par M. Pourché contre les formes nombreuses de l'affection scrofuleuse, telles que ophthalmies scrofuleuses, engorgements scrofuleux de l'épididyme, goitre, etc., etc.
28G MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
Voici les formules dont M. Pourclié se servit :
Bromure de potassium, G grains ( 30 centigrammes).
Lycopode, 20 grains (1 gramme).
Faire 6 pilules.
Chaque jour il fit prendre deux pilules pendant cinq à six jours, ensuite quatre pilules par jour; plusieurs jours après, six pilules- ainsi de suite en augmentant la quantité jusqu'à huit pilules.
Puis il fit faire des frictions avec une pommade ainsi composée :
Axonge, 30 grammes (1 once).
Bromure de potassium, 4 grammes (1 gros).
Deux ou trois frictions par jour.
Jusqu'ici le bromure de fer et le deutohromure de mercure ne méritent réellement aucune mention spéciale. Que le bromure de fer ait été trouvé utile dans certaines cachexies au même titre que toutes les autres préparations martiales, il n'y a rien là dont nous devions être surpris, et nous ne voyons guère l'utilité de surcharger la matière médicale, déjà si riche en composés ferrugineux.
Les expériences de M. Werneck, en Autriche, ont montré également que le deutohromure de mercure avait, dans les affections syphilitiques, une incontestable utilité. Ce médicament, dissous dans l'eau distillée, était administré exactement comme la liqueur de Van Swieten, dont il partage d'ailleurs les propriétés antivénériennes sans en avoir de spéciales.
Bromures alcalms. Ce n'est que depuis peu de temps que les bromures de potassium, de sodium, de calcium et de magnésium ont semblé prendre dans la thérapeutique un rang que peut-être ils ne conserveront pas ; et c'est à refficacité de certaines eaux minérales où ces sels sont contenus qu'ils ont dû leur réputation. En effet, les eaux minérales de Bourbonncles-Bains contiennent une quantité notable de bromure de sodium; celles de Nauheim, de Hombourg, en Hesse, de Soden, en Nassau, de Krcutznach, en Prusse, en contiennent aussi une très-faible proportion. La quantité qu'on en pourrait prendre en buvant l'eau de source ou en prenant un bain général serait si minime, que probablement elle n'aurait aucune influence; aussi n'est-ce pas l'eau de la source elle-même que l'on administre dans ces divers établissements. Auprès de Kreutznach, à Nauheim même, l'eau des sources, qui contient une proportion considérable de sel marin, et qui est exploitée pour l'extraction de ce sel, est portée par le moyen de machines hydrauliques dans des appareils de graduation, oi^i elle se vaporise en partie au contact et à la température de l'air atmosphérique. Quand la vaporisation est suflisante, on met l'eau dans de vastes chaudières, où on la soumet plusieurs jours à l'ébullition. Le sel marin, le moins soluble des sels dissous, se précipite dès que la solution est arrivée à un certain degré decon-
densation ; et lorsqu'on a obtenu la précipitation de presque tout le chlorure de sodium, et que les autres sels sont sur le point de se précipiter eux-mêmes, on termine l'opération. L'eau formant le résidu contient, outre une faible quantité de sel marin, une grande quantité de chlorure de calcium, une proportion vraiment énorme de bromure de calcium, et une assez notable quantité d'iodure de sodium. Cette eau, connue sous le nom d'eau mère, sert à composer des bains médicamenteux très-actifs : dans un bain d'eau minérale naturelle qui ne différerait pas sensiblement d'un bain de mer chaud, on verse A, 10, et jusqu'à 20 litres d'eaux mères, etl'on a ainsi des bains qui, riches en bromures et en iodures, peuvent avoir et ont en effet une influence thérapeutique considérable. L'analyse d'Ozann a donné , pour les eaux mères de Kreutznach, sur cent parties :
Bromure de calcium.
Chlorure de calcium.
Bromure de magnésium,
lodure de sodium.
Chlorure de sodium,
Chlorure de potassium,
Eau,
Les eaux mères des salines de Nauheim ont à peu près la même composition. Il est très-regrettable qu'en France, dans les lieux où l'on fabrique le sel marin, on n'utilise pas ces eaux mères pour les usages thérapeutiques. Leur composition est la même que celle des salines de Kreutznach et de Nauheim, et l'eau qui sert à la fabrication du sel ne diffère en rien de celle des sources qui vont se rendre aux bâtiments de graduation de ces deux localités. Les Allemands ont bien mieux compris l'utilité de ce moyen, et ils en ont tiré bien meilleur parti. Hombourg, voisin de Nauheim, y envoie chercher des eaux mères, et y compose des bains identiques à ceux de Nauheim. Wiesbaden fait à Kreutznach un emprunt du même genre, et il ajoute ainsi à la grande efficacité de ses sources. Il serait à souhaiter que chez nous, à Bourbonne-les-Bains, dont les sources sont si riches en bromures, le gouvernement exploitât les eaux pour l'extraction dusel marin, et mît les eaux mères à la disposition des médecins, qui en tireraient un si grand parti, et qui affranchiraient la France d'un tribut qu'elle va payer aux eaux minérales de Hombourg, de Wiesbaden, de Kreutznach et de Nauheim.
Les eaux bromurées et iod urées par l'addition des eaux mères s'emploient surtout en bains dans les syphilis constitutionnelles avec accidents secondaires du côté de la peau, avec accidents tertiaires du côté des os et des cartilages, dans les maladies chroniques de la peau, la lèpre vulgaire, le psoriasis, le lichen, le prurigo, dans les ulcères atoniques avec induration de la peau et du tissu cellulaire.
-288 i\n^:DIGAMENTS alti^:rants.
Ces bains minéraux se'recommandent encore dans le traitement desulcéuations scrofuleuses de la peau, dans celui des engorgements osseux, des indurations glandulaires, même lorsqu'il y a diathèse strumeuse, pourvu toutefois que le tissu de la glande ne soit pas encore converti en une masse de tissus tuberculeux. Ils conviennent enfin dans certaines phthisies tuberculeuses, lentes et apyrétiques. (Engelmann, Prieger, Bode.)
Ils exercent encore sur la menstruation une influence remarquable. Bode constate que les bains, à Nauheim, accélèrent de huit à quatorze jours l'apparition du flux menstruel chez presque toutes les femmes : d'où la nécessité de les défendre chez celles qui sont enceintes, ou qui, à l'époque critique ou à toute autre période de la vie , sont sujettes aux hémorrhagies utérines.
Il n'est pas jusqu'au cancer que l'on ne dise avoir modifié par les eaux iodo-bromurées. Prieger et Engelmann constatent que les bains ou les douches appHqués localement détergent les ulcères cancéreux du plus mauvais caractère, et que leur usage longtemps continué opère la résolution de tumeurs fort suspectes.
Nous avons pu par nous-mêmes, dans un voyage que nous avons fait en Allemagne pour étudier les eaux minérales des bords du Rhin, constater la plupart des faits allégués par les médecins de Nauheim, de Kreutznach, de Hombourg, de Soden, relativement à l'heureuse influence des bains auxquels on avait ajouté les eaux mères, et nous ne saurions trop engager nos confrères à ne pas négliger des agents thérapeutiques aussi puissants.
Restait à savoir maintenant lequel des sels contenus dans les eaux mères ,des saUnes pouvait, à bon droit, revendiquer l'honneur de certaines cures. Dans les médicaments composés , il arrive souvent que plusieurs agents dont les propriétés sont fort diff'érentes les unes des autres aient chacun sa part d'influence; dans d'autres cas, au contraire, un seul conserve une importatice exclusive ; c'est ainsi que dans le fameux Bolus ad Quartanam, jadis si célèbre, où le tartre émétique entre à haute dose, ce sel est entièrement décomposé, et ne peut exercer aucune action, et toute l'influence thérapeutique appartient à la poudre de quinquina.
Les belles expériences de M. le docteur Puche, dont nous avons déjà parlé, et qui ont été consignées dans les thèses de MM. Rames et Huette, nous permettent aujourd'hui de juger la question avec plus de netteté, et nous pouvons aflirmer que, dans l'action des eaux-mères des sahnes, les bromures, quoique en proportion énorme, jouent surtout dans le traitement de la syphilis un rôle secondaire, tandis que les iodures, qui sont, il est vrai, en bien moindre proportion, doivent à bon droit revendiquer la principale part d'influence.
Sur douze cas de syphilis constitutionnelle, avec accidents soit secondaires, soit tertiaires, jamais le bromure de potassium n'exerça la moindre influence curative. Les roséoles, les papules muqueuses, les engorgements ganglionnaires ne furent en rien modifiés. Il en fut de même pour les affections dites tertiaires. Les principaux symptômes observés chez les vén'é-
riens qui furent soumis à ce traitement consistaient en exostoses, douleurs ostéocopes nocturnes, caries, tumeurs gommeuses, ulcérations de la gorge à différents degrés. Or, chez aucun malade, on ne put constater la moindre amélioration , bien que le bromure eût été continué de trois semaines à deux mois.
Depuis la publication des thèses de MM. Huette et Rames, M. le docteur Puche a continué ses essais, et il n'a pas été plus heureux qu'auparavant. M. le docteur Ricord, dont l'autorité atant de valeur dans les questions qui se rattachent à la syphilis, partage complètement les idées de M. Puche à cet égard.
Mais, s'il faut refuser aux bromures toute influence sur les accidents syphilitiques, faut-il nier qu'ils puissent être utiles dans les engorgements chroniques?
Ici , nous l'avouerons , si nous n'avions pour juger la question que les résultats thérapeutiques observés aux sources iodo-bromurées de Nauheim, de Kreutznach, deHombourg, de Bourbonne, etc., nous ne pourrions sortir d'incertitude, attendu que l'iode contenu dans ces eaux pourrait être considéré comme jouant le principal rôle. Il fallait donc faire, pour les engorgements étrangers à la vérole, ce que M. Puche avait fait pour la syphilis constitutionnelle, c'est-à-dire, soumettre les malades à l'usage exclusif des bromures; c'est ce qui a été fait par M. Pourché, de MontpeUier, d'abord, et plus tard par M. Puche. M. Pourché a cité des cas de guérison fort intéressants, et de son côté M. Rames, dans sa thèse inaugurale, a rapporté des faits recueillis dans le service de M. Puche, desquels il résulte que des engorgements ganglionnaires du cou , de nature assez grave, des inflammations chroniques de l'épididyme et du testicule ont cédé à l'usage longtemps continué du bromure de potassium.
On ne peut nier les effets vraiment merveilleux, quoique lents, obtenus dans les pays où des sources salines muriatiques sont renforcées par l'addition des eaux mères des salines : ces effets dépassent de beaucoup ceux que l'on observe lorsque l'on administre seulement l'iodure de potassium. Il est donc raisonnable de penser, il est peut-être même permis d'affirmer que les bromures jouent, dans ce cas, le rôle principal.
Si maintenant nous cherchons à découvrir ce qui, dans le bromure, peut donner lieu à des effets spécifiques refusés à l'iodure de potassium, nous trouverons \action anesthésique, qui doit sans doute avoir une grande influence. Nous savons tous quel rôle joue la douleur dans les phlegmasies. Nous savons également que, dans certaines inflammations, celles même de la nature la plus grave, l'emploi des agents stupéfiants a souvent pour effet d'amener des modifications très -considérables. — C'est ainsi que les applications topiques d'opium, de belladone, de stramoine, de ciguë, font rétrocéder et quelquefois disparaître des engorgements subaigus ou chroniques dont l'issue semblait devoir être fâcheuse.
Si donc, comme les expériences de MM. Puche, Huette et Rames ne permettent pas d'en douter, le bromure de potassium, et certainement I. 19
iyil MÉDiCAîVlKNTS ÂLTKHANTi^.
aussi îe bromui'e de sodium, possèdent des propriétés anesthésiqucs, m:. doit-on pas donner à ces propriétés une large part dans la guérison de certains engorgements, et dans l'amendement de certaines maladies d'ailleurs incurables? Ainsi peut-être s'expliquent les résultats incontestablement Utiles des eaux mères des salines, si heureusement et si habilement administrées à Nauheim, à Kreutznach, à Hombourg, etc., etc., etc., et qui pourraient Têtre avec autant d'avantage qu'en Allemagne, dans nos salines de Dieuze, de Salins, de Salies, et même au voisinage de nos marais salants.
En terminant, doublions pas de rappeler qu'un médecin russe, le docteur Thielmann, vient, conformément aux observations faites antérieurement par M. le docteur Puche, de présenter le bromure de potassium comme exerçant une action manifestement sédative sur les organes de la génération. Il prétend en avoir obtenu de bons résultats dans le priapisme qui accompagne certaines formes de la blennorrhagie ; et il ajoute qu'il lui a encore réussi contre le satyriasis et les pollutions nocturnes.
Voici la formule qu'il emploie : bromure de potassium 1 à 2 grammes (20 à 40 grains), sucre en poudre, 6 grammes (1 gros et demi) divisés en douze paquets. Donner un de ces paquets toutes les deux heures.
En même temps, le docteur Thielmann conseille l'emploi local, sur le pénis, de compresses d'eau tiède tenant en dissolution ce même sel, et il fait recouvrir ces compresses de taffetas gommé, pour empêcher l'évaporation [Journal de pharmacologie de Bruxelles, 4854).
M. le docteur Ozanam annonce avoir obtenu les succès les plus remarquables de l'eau bromurée et surtout du bromure de potassium (à la dose de 5 à 50 centigrammes) dans les affections pseudo-membraneuses. Il cite 15 observations, toutes couronnées de succès, savoir : 11 angines pseudo-membraneuses, dont deux compliquées de scarlatine grave et de gangrène des amygdales, 2 croups et 1 muguet confluent. Il attribue à ce composé une vertu presque spécifique. Selon lui, le Brome agirait comme désagrégeant, et la potasse comme fluidifiant; toutefois il rapporterait plus particulièrement l'action curative au Brome qui, donné seul, serait également efticace.
En présence de succès aussi merveifleux que ceux qui sont annoncés ici par M. Ozanam, on comprend que notre devoir est de nous tenir dans une prudente réserve. — Toutefois puisque à propos des affections pseudomembrancmses l'expérimentation en grand se fait de toutes parts, rien n'empêche d'expérimenter aussi le Brome.
Faut-il enfin donner ici une mention à une méthode préconisée dans ces derniers temps contre les affections cancéreuses, mais qui, soumise à une expérimentation sérieuse et prolongée, n'a nullement tenu les promesses qui déjà lui avaient concilié une sorte de faveur dans le public enthousiaste, nous voulons parler de la méthode Landolfi. Cette méthode se compose d'un traitement interne et d'un traitement local.
Or il a été très-positivement constaté que le traitement interne, qui u
lUlLE DE MORUE.
pour base le chlorure de Brome administré à l'intérieur, n^a pas la moindre valeur thérapeutique spéciale contre le cancer.
Quant au traitement local, le seul qui parût avoir une action réelle, il consiste dans l'application du caustique suivant : chlorure de Brome, 3 parties 5 chlorure de zinc, 2 parties; chlorure d'antimoine ^ 1 partie; poudre de réglisse, 1 partie.
Or, ce composé n'est, au fond, que le caustique Ganquoin déguisé, et auquel on a associé du chlorure de Brome, qui ne fait que gâter le mélange en le rendant fusible, beaucoup plus difficile à manier, plus infidèle dans ses résultats, et par-dessus tout, infiniment plus douloureux que la plupart des autres caustiques.
En résumé, d'après les expériences faites sur un assez grand nombre de malades, M. le docteur Moissenet n'hésite pas à conclure que la méthode Landolfi, loin de constir.uer un progrès, n'est qu'une illusion de plus à ajouter à celles dont l'histoire du cancer offre de si nombreux exemples [Gazette hebdom.^ mai 1856).
Préparation de l'Huile de Morue. Quand les morues sont pêchées , on les ouvre et on enlève le foie , que l'on jette dans de grandes cuves exposées à l'ardeur du soleil. Il s'écoule alors une huile limpide, peu odorante^ très-recherchée dans le commerce, et qui passe pour n'avoir aucune vertu médicale. Bientôt un commencement de putréfaction s'empare de ces foies, et il se sépare une nouvelle quantité d'Huile brune et transparente, qui a une saveur de poisson et détermine une sensation âpre dans le fond de la gorge quand on l'avale. C'est là la deuxième qualité du commerce, qui, en médecine, est, dit-on, plus active que la première.
Enûn , pour compléter l'extraction de l'Huile, on jette dans des marmites de fonte les foies déjà putréfiés, et par l'ébullition on en sépare une troisième qualité d'huile, qui est brune, peu transparente^ et qui a une odeur de poisson désagréable et empyreumatique; la saveur en est fort acre. C'est cette huile que l'on doit employer en médecine à l'exclusion des deux autres qualités , et surtout à l'exclusion de la première.
M. le docteur Fleury, médecin de la marine, a proposé pour les pêcheries françaises de Terre-jSeuve un mode de préparation plus rationnel, au moyen d'appareils en cuivre étaraé, dans lesquels les foies frais seraient soumis au baiii-marie à une chaleur de ";o à 80°, chaleur suffisante pour iriser les utricules hépatiques, et séparer l'Huile Yierae.
. L'Huile obtenue par ce procédé est incolore, sans saveur ni odeur désagréables, et préférable à celle de Hoog et Langton par ses propriétés.
Le docteur Kopp, de Hanau, soupçonnant déjà depuis longtemps la présence de l'iode dans l'Huile de foie de Morue, avait engagé M. Hopfer à s'en assurer. L'expérience eut lieu de la manière suivante :
Une livre de foie de Morue d'un jaune brun rougeàtre fut saponifiée par une solution de soude caustique en excès. Le savon obtenu futcarbonisé, et le résidu lessivé. On ajouta de l'acide sulfurique à la solution, mais non jusqu'à saturation complète, puis on fit cristalliser le sulfate de soude, eton évaporales eaux mères jusqu'à siccité. On mit ie résidu dans un petit flacon avec un peu d'eau, et on y ajouta de l'acide sulfurique concentré avec un peu de peroxyde de manganèse; alors un papier enduit d'empois et fixé au bouchon fut coloré en un beau bleu.
Une autre portion de résidu traitée par l'amidon et Facide nitrique, donna également de l'iodure d'amidon bleu.
M. Hausmann est arrivé au même résultat par l'emploi d'un procédé différent, sans avoir eu connaissance de celui de M. Hopfer, et semble montrer en outre que IHuiledefoie de Morue foncée contient un peu plus d'iode que celle qui est d'une couleur claire.
11 se demande si les propriétés attribuées jusqu'ici à l'Huile de foie de Morue seraient dues exclusivement à la présence de l'iode
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
dans ce corps gras. {Bulletin théra'p. , t. XIII, oct. 183T.)
M. de Jongh a récemment examiné l'Huile de foie dite de Bergen, qui se tire des différentes espèces de gadus (morrhua, mol va, carbonarius , callarias, pallachius et merlanchius). Celle de Morue est la meilleure et la plus aliondante. On eh distingue trois variétés : l'Huile blanche, qui se sépare la première et spontanément des foies entassés dans des cuves; l'Huile brune, qui se sépare plus tard, et l'Huile noire, qui vient surnager l'eau avec laquelle on a fait bouillir les foies qui ont déjà fourni l'Huile blanche et l'Huile brune.
M. de Jongh a analysé ces trois espèces, venant directement de Bergen.
Nous nous bornerons à rapporter ici les réflexions qu'ont suggérées ces analyses à M. Boudet, qui en rend compte (Journal de Pharmacie, mai l844).
« En examinant, dit-il, la liste des nombreux produits que M. de Jongh a retirés des Huiles de foie, on voit qu'indépendamment des corps gras, des matériaux de la bile dont elles sont en grande partie formées, et de l'iode que l'analyse y a signalé depuis longtemps, elles contiennent du chlore, du brome et du phosphore. La présence de ces trois corps, doués de propriétés si énergiques, offre de nouveaux moyens d'expliquer l'influence toute spéciale de ces Huiles sur certaines maladies, influence que l'on avait jusqu'ici attribuée à l'iode, et qui ne doit pas lui appartenir exclusivement.
» C'est au phosphoi'e, selon toute vraisemblance, que l'on doit surtout rapporter l'action merveilleuse de ces Huiles dans les cas de rachitisme. »
Ajoutons que les analyses de M. de Jongh prouvent que les principes actifs, iode, phosphore, etc., sont en plus forte proportion dans l'Huile noire que dans les deux autres espèces, ce qui s'accorde avec les résultats de M. Hausmann. L'Huile noire renferme en outre une petite quantité de fer.
On peut reconnaître la falsification de l'Huile de Morue à certains caractères, tels que la résistance à la congélation , la densité, le degré de la solubilité dans l'alcool, la solubilité dans l'eau et la proportion d'extrait fourni par les diflerentes Huiles de Morue. Mais tous ces caractères demandent, pour être constatés, l'intervention de procédés trop savants ou trop compliqués pour la masse des praticiens.
Il existe heureusement un autre caractère que l'on doit à M. Gobley, caractère qui est à la portée de tous, et qui peut su/lire dans la généralité des cas. 11 consiste à instiller goutte à goutte dans l'Huile de Morue l'acide sulfuriquc concentré. En tombant, cet acide produit un mouvement contrifui,'e particulier à l'endroit où se fait le contact, et en même temps il se manifeste une belle couleur violette passantau pourpre par l'agitation du mélange.
Cette réaction serait due à l'acide choli-
nique contenu , avec d'autres matériaux de la bile, dans l'Huile de foie de Morue.
Jusque dans ces derniers temps, l'Huile de foie de Morue était seule employée, mais depuis le travail de M. Gobley, l'usage de l'Huile de foie de raie commence à se répandre. Celle-ci a sur la première l'avantage d'être infiniment moins désagréable à la vue, au goût et à l'odorat. Sa composition paraît être tout à fait semblable à celle de l'huile de Morue ; on l'a même trouvée plus chargée d'iode. D'ailleurs on peut se procurer l'Huile de raie au même prix que l'autre.
L'Huile de foie de Morue a, depuis quelques années, pris un rang très-important parmi les substances médicamenteuses inscrites dans notre matière médicale; on ne peut donc passer sous silence les nouveaux modes d'administration que l'on propose pour ce produit, surtout lorsque leur objet principal est de masquer son odeur et sa saveur, insupportables, comme on le sait, pour beauco.up de malades. C'est le cas des formules suivantes, indiquées récemment par M. Deschamps.
r Savon d'Huile de foie de Morue.
Pr. : Huile de foie de Morue, 600 grammes. Soude caustique, 80
Faire dissoudre la soude dans l'eau, puis mêler S. A, le soluté avec l'huile.
Ce savon pourrait être employé à la manière des emplâtres, et servir ainsi au pansement des plaies, car il n'est pas alcaUn. Il contient, par chaque 8 grammes, 5 grammes 1/2 d'Huile.
2" Saponé d'iodure de potassium au savon d'Huile de foie de Morue.
Pr. : lodurede potassium, 4 grammes. Eau commune, 4
Savon d'Huile de foie de MorueJ, 50
M. et F. S. A. de manière ù obtenir un mélange parfaitement homogène.
3° Baume d'Huile de foie de Morue.
Pr. : Savon d'Huile de foie de
Morue , 60 grammes.
Alcool à 90" centésimaux, 60
On fait dissoudre le savon dans l'alcool à la température du bain-marie, puis on coule la solution dans des flacons ;\ baume opodeldoch, ei on bouche ensuite avecsoin.
Trente-deux grammes de ce baume représentent onze grammes d'Huile de foie de Morue.
4» Pilules de savon d'Huile de fuie de Morue.
Pr. : Savon d'Huile de foie de Morue, 1 0 gram.
On roule le savon dans la poudre de gomme adragant, puis on le divise en vingt pilules bien égales que l'on rend inodores en
les recouvrant de deux couches successives Le savon d'Huile de foie de Morue n'a
de miel et de gomme. Pour cela on fait pas besoin d'être préparé longtemps à l'a-
dissoiidre à chaud soixante parties en poids vance pour être propre aux. usages de l'art
de miel blanc solide dans six parties d'eau, de guérir, car on peut l'employer au bout
et l'on se sert du soluté obtenu pour mouil- de douze heures de préparation. [Journal
1er la surface des pilules; après quoi on de Chimie médicale.)
laisse tomber ces dernières dans la poudre Plusieurs personnes, entre autres M. Mar-
de gomme adragant. Lorsqu'elles ont été chai deCalvi, M. Personne, pharmacien de
convenablement roulées dans cette poudre, l'hôpital du Midi, M. Berthé, etc.^ ont pu-
on les abandonne à elles-mêmes jusqu'à ce blié des formules d'Huile iodée pour rem-
qu'elles soient bien sèches , et on les traite placer l'Huile de Morue. Nous pensons qu'il
une seconde fois, et de la manière qui vient serait difficile de faire entrer l'iode à un
d'être indiquée , par l'eau miellée et par la état de combinaison semblable à celle où il
poudre de gomme. Ces deux couches sont existe dans l'Huile de Morue. D'ailleurs il
suffisantes pour empêcher que l'odeur ou la est très-probable que l'odeur particulière de
saveur propres au savon ne soit perçue l'Huile de Morue, que l'on a attribuée au
par les organes des malades. phocénate de glycérine, entre pour quel-
Chacune de ces pilules représente qua- que chose dans l'fiction thérapeutique de
rante centigrammes de savon , contenant cette Huile, deux cents milligrammes d'Huile.
Historique. L'Huile de Morue était employée de temps immémorial parmi le peuple, en Angleterre, en Hollande, en Westphalie, et sur tout le littoral du nord de TAllemagne, dans le traitement du rhumatisme et du rachitis; mais les gens de l'art ne l'avaient jamais mis en usage. Percival [Médical, philosophical and expérimental Essays, Warrington, 1790, t. II) et Darbey [London médical Journal, t. II, p. 392) furent les premiers qui firent connaître au monde médical les résultats d'expériences qu'ils avaient tentées dans les hôpitaux. Cependant les médecins n'avaient tenu aucun compte de ces travaux, quand Schenck publia, en 1822, dans le journal de Hufeiand, une série d'observations sur Tefficacité de FHuile de Morue contre les rhumatismes chroniques, et particulièrement contre la sciatique et le lumbago. Dès lors les expériences se sont multipliées, et on peut voir dans le journal de Hufeiand, dans le magasin de Rust, et dans d'autres journaux allemands , un grand nombre de mémoires ou d'observations relatifs à cet important médicament. Elberling, de Berlin, publia sur ce sujet sa dissertation inaugurale (1826). Reder, de Rostock (1826), et Bettinger, deWûrtzbourg (1827), firent également une monographie sur l'usage médical de l'Huile de Morue.
Action physiologique de V Huile de foie de Morue.
En comparant entre elles 71 observations dans lesquelles il a été tenu compte des effets particuliers produits sur l'organisrhe par l'usage de l'Huile de foie de Morue, Reister arrive aux résultats suivants :
Estomac. Des nausées ont été observées dans trois cas, des vomissements dans trois cas; dans un cas, perte de l'appétit et sentiment d'ardeur dans l'estomac; la diminution de l'appétit a surtout été remarquée chez les enfants rachitiques, qui ont ordinairement l'appétit si vorace.
294 MÉDICAMEINTS ALTÉRANTS.
Canal intestinal. Augmentation plus ou moins forte des évacuations , observées dans dix-sept cas.
Appareil urinaire. Accélération de la sécrétion urinaire avec sédiment briqueté dans huit cas.
Appareil générateur. Augmentation du flux menstruel , tellement forte que l'usage de l'Huile a dû être suspendu; le même phénomène fut observé à plusieurs reprises ; une fois rétablissement des règles.
Appareil cutané. La diaphorèse fut augmentée dans douze cas: dans l'un de ces cas, la sueur se manifesta seulement aux membres inférieurs: dans deux cas, elle avait l'odeur de l'Huile; trois fois elle fut précédée d'une chaleur répandue sur tout le corps ; une fois, démangeaison brûlante à la peau; deux autres fbis, éruption de petites taches rouges avec prurit.
Action thérapeutique de l'Huile de Morue.
L^Huilede foie de Morue s'adresse surtout à trois états pathologiques que nous placerons dans l'ordre suivant :rachitis, scrofule, phthisie pulmonaire.
Hachais. L'action de ce remède dans le traitement du rachitis est tellement évidente, qu'à ce titre seulement THuile de Morue mérite de prendre dans la thérapeutique un rang important.
Les quatre faits rappoi'tés par Schenck sont pleins d'intérêt. Un enfant de deux ans, rachitique, qui ne pouvait se soutenir, prit matin et soir une demi-cuillerée à bouche d'Huile de Morue , et fut parfaitement guéri lorsqu'il en eut pris 250 grammes (8 onces). Un autre, également iigé de deux ans, avait pu marcher à l'âge de douze mois, mais peu après il était devenu rachitique, et ses membres atrophiés ne pouvaient supporter son corps. Il prit par jour trois cuillerées à café d'Huile de Morue, et fut guéri après en avoir pris 300 grammes (12 onces). Un troisième enfant, qui avait été très-bien portant la première année de sa vie, fut affecté, dans le cours de la seconde , de tous les symptômes du rachitisme; cet enfant, qui marchait très-bien auparavant, ne put bientôt plus se tenir sur ses jambes. Il fut guéri après avoir pris 300 grammes (12 onces) d'Huile. On en donnait une cuillerée à café trois fois par jour.. Le quatrième fait est encore plus probant. Un petit garçon, âgé de trois ans, avait marché seul à la fin de la première année; bientôt les genoux se gonflèrent, le rachis se dévia, et le pauvre petit se trouva dans l'impossibihté de marcher. Tous les remèdes avaient déjà été inutilement employés quand Schenck eut recours à l'Huile de Morue: il en donna matin et soir une deiiji-cuillerée à bouche. L'enfant fut parfaitement guéri, à cela près d'une légère déviation de la colonne vertébrale, après avoir pris 320 grammes (17 onces) d'Huile.
Le témoignage du docteur Fehr sur cette propriété de l'Huile de Morue dans le traitement du rachitis mérite d'être cité. «Ce n'est pas seulement, dit-il (Heckers, Annalen, juillet 1829, p. 3-46), après un changement de régime, ou à l'entrée de la belle saison, ou au commencement d'une période
HUILE m MOHUE. ^5)5
de croissance, mais bien souvent au bout d'une ou deux semaines, que se manifeste l'ctiicacité frappante de ce médicament. Les dents souvent noires, liranlanles, décos enfants se nettoient et deviennent solides. Des enfants qui ne pouvaient étendre les jambes et qui jetaient les hauts cris quand on essayait de les mettre debout, commencent à se tenir sur leurs jambes, et même à marcher, lorsqu'ils sont en âge de le faire ou qu'ils avaient déjà marché auparavant. Leur digestion s'améliore, le ventre redevient plus souple, surtout dans la région hépatique; la faim canine ou l'inappétence cessent en même temps que les aigreurs d'estomac; les cotes, en quelque sorte distordues, reprennent leur forme naturelle; la respiration devient libre et facile, la rectitude des jambes se rétablit, et souvent les dents poussent promptement, etc., etc. »
^I. Bretonneau, qui ignorait les travaux scientifiques entrepris en Allemagne sur l'Huile de Morue, fut conduit de la manière suivante à essayer ce moyen dans le rachitis. Un négociant hollandais était venu s'établir à Tours, et il avait pris M. Bretonneau pour médecin. Un de ses enfants devint rachitique au plus haut degré, et lorsque le savant praticien qui dirigeait la santé de l'enfant eut vainement essayé les moyens ordinairement conseillés dans le traitement du rachitis , le père lui dit que l'ainé de ses enfants, atteint de la même maladie, avait été guéri en Hollande par un remède populaire, l'Huile de poisson. M. Bretonneau essaya le même moyen sur son jeune malade, et le succès fut si incroyablement rapide qu'il en fut frappé. U recommença Texpérience sur d'autres rachitiques, et ce fut alors que faisant des recherches sur l'Huile de Morue , il vit avec plaisir que les succès qu'il avait obtenus étaient confirmés par ceux des écrivains allemands que nous venons de citer. Nous pourrions encore donner le témoignage de Stapleton [Annales de la Société de médecine de Gand], qui a guéri par de hautes doses d'Huile des enfants et des adultes atteints de rachitis.
Nous-mème, répétant les expériences de Schenck, de Fehr et de M. Bretonneau sur ce médicament, nous avons acquis la certitude qu'il agissait très-rapidement et de la manière la plus utile chez les enfants rachitiques. Placé pendant longtemps à la tête d'un hôpital d'enfants, nous avons donné bien des fois à des rachitiques l'Huile de foie de Morue, et souvent nous avons obtenu des succès dont la rapidité dépassait notre attente.
Quelquefois, après quatre ou cinq jours de traitement, on voit cesser les douleurs aiguës que les enfants éprouvent dans tous les membres , et les os, que l'on pouvait ployer, ont repris souvent, au bout de quinze jours, une grande partie de leur solidité.
Chez une femme atteinte d'ostéo-malaxie au plus haut degré, et qui ne pouvait mouvoir aucun membre, deux mois de traitement ont suffi pour rendre au squelette toute sa fermeté; et cette malade, que nous avons souvent revue, a joui désormais de la meilleure santé.
Avant qu'une longue habitude des maladies des enfants nous eût rendus plus sûrs dans notre diagnostic, nous confondions, comme le font beaucoup
296 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
de médecins, le rachitis avec la scrofule. Mais tandis que la scrofule se traduit si souvent par des lésions tuberculeuses, le rachitis, au contraire, semble exclure les tubercules, en ce sens du moins que , dans nos hôpitaux d'enfants, le rachitis se complique rarement de tubercules, tandis que ces productions accidentelles se rencontrent chez presque tous les enfants qui succombent à quelque maladie chronique.
Nous avions aussi confondu deux maladies fort distinctes , le carreau ou l'atrophie mésentérique tuberculeuse, et l'ascite symptomatique du rachitis. Il importe, en effet, de bien savoir que , chez la plupart des enfants atteints de rachitis, le foie s'hypertrophie, et il se fait dans le péritoine un épanchement séreux souvent très-considérable ; cet épanchement se résorbe avec la plus grande facilité en même temps que le rachitis se guérit; et les médecins inexpérimentés qui ont cru au carreau s'imaginent avoir guéri, avec l'Huile de Morue , cette redoutable maladie qui guérit si rarement. Disons encore, avant de quitter ce sujet, que le rachitis est une maladie qui, le plus souvent, débute dans le cours de la seconde année de la vie , tandis que le carreau tuberculeux est une affection rare chez les enfants à la mamelle, si rare même, que dans le cours de plusieurs années nous avons eu à peine l'occasion, dans notre hôpital , de faire une ou deux autopsies d'enfants à la mamelle qui aient péri victimes de l'atrophie mésentérique.
Scrofule, Bien que dans la scrofule , l'Huile de Morue ne possède plus cette efficacité incontestable et presque merveilleuse qu'un consentement presque unanime lui reconnaît dans le rachitis , il n'est plus permis aujourd'hui de lui refuser dans cette maladie une influence réelle. Mais cette influence est plus ou moins prononcée , et plus ou moins variable suivant la forme sous laquelle se présente l'affection scrofuleuse.
Chose singulière ! on peut dire d'une manière générale que, fixée sur les tissus fibreux et osseux , comme dans certaines tumeurs blanches et dans les caries, alors même qu'elle a amené à sa suite un état cachectique par l'abondance et la durée de la suppuration, l'affection strumeuse est le plus souvent modifiée d'une manière favorable par l'usage persévérant de l'Huile de Morue, tandis que l'action de ce médicament n'a plus la même sûreté et la même évidence dans les cas où la maladie s'est manifestée sous la forme d'engorgements ganglionnaires chroniques, et surtout d'adénites avec dégénérescence tuberculeuse.
D'autre part, lorsque l'adénite scrofuleuse terminée par ulcération a détérioré profondément la constitution par une sécrétion purulente trèsprolongée, on voit l'Huile de Morue reprendre ses avantages et présenter les résultats les plus heureux et les plus manifestes. L'explication de ce fait curieux sera donnée à la fin de cet article.
n en est de même dans les dermatoses, les ophthalmies et les otites liées à la cachexie strumeuse, , Parmi les formes les plus graves do dermatoses dans lesquelles l'Huil^
de Morue compte le plus de succès , nous placerons en première ligne l'impétigo, le favus, et notamment le lupus. Personne n'ignore les guérisons presque merveilleuses que MM. Emery, Devergie, Gibert, etc., ont obtenues dans cette dernière maladie, au moyen de l'Huile de Morue à très-hautes doses.
N'oublions pas enfin de dire que dans le carreau lui-même, avec dégénérescence tuberculeuse des glandes mésentériques , l'Huile de Morue ne laisse pas de compter quelques succès; mais hâtons-nous d'ajouter que ces succès seront plus nombreux dans le cas où l'affection abdominale, caractérisée principalement par l'ascite ou la tympanite, sera sous la dépendance du rachitisme, ainsi que cela s'observe si fréquemment.
Phthisie pulmonaire. Les succès proclamés par beaucoup de médecins dans le traitement de la scrofule glandulaire déterminèrent d'autres praticiens à essayer l'Huile de foie de Morue dans une manifestation beaucoup plus grave de la diathèse scrofuleuse, en un mot dans la phthisie pulmonaire.
M. Pereira, de Bordeaux, fut le plus ardent promoteur de cette médication. Ici, ne craignons pas de le dire, dans le mémoire qu'il lut devant l'Académie des sciences , ce médecin rapportait un trop grand nombre de guérisons, et il exaltait trop la puissance de l'Huile de Morue pour qu'on ne dût pas se tenir en garde contre l'enthousiasme de l'auteur.
Dès cette époque , nous avons répété les expériences de M. Pereira ; d'autres l'ont fait comme nous ; et si nous confessons que, dans un certain nombre de cas, nous avons obtenu une amélioration notable dans les accidents de la phthisie, nous devons dire aussi que dans l'immense majorité des cas l'Huile de Morue a échoué, comme échouent d'ailleurs toutes les médications soit empiriques soit rationnelles que l'on tente tous les jours contre la phthisie tuberculeuse.
Pourtant la question ne nous paraissait pas jugée en dernier ressort, d'autant plus que nos principales expériences avaient été faites sur les malades qui peuplent nos hôpitaux , c'est-à-dire dans des conditions qui n'étaient peut-être pas les plus favorables pour décider cette question thérapeutique.
Depuis lors, comme chacun sait, l'Huile de foie de Morue a été expérimentée sur la plus vaste échelle ; on peut même dire que, dans la phthisie ainsi que dans bien d'autres maladies, elle est devenue un remède presque banal. Mais de cette immense expérimentation il est sorti, comme on devait s'y attendre, des résultats tout à fait contradictoires, les uns militant en faveur de l'action curative ou plus ou moins salutaire de l'Huile de Morue dans la phthisie; les autres, au contraire, témoignant d'une efficacité très-médiocre, sinon d'une véritable impuissance.
L'extrême divergence d'opinions qui, malgré la masse d'observations accumulées, règne encore aujourd'hui sur cette grave question thérapeutique, nous paraît tenir en très-grande partie aune cause qu'il importe de signaler : c'est que généralement l'Huile de foie de Morue a été administrée d'une façon trop empirique dans la phthisie pulmonaire.
298 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
En d'autres termes, on ne s'est pas suffisamment étudié à rechercher les conditions qui étaient de nature à être favorables ou nuisibles à l'emploi de ce médicament dans celte maladie, et surtout on a eu le tort de n'établir aucune distinction soit entre les périodes, soit entre les formes diverses qu'elle peut présenter.
Mais, hâtons-nous de le dire, il nous semble qu'à cet égard il se prépare un progrès véritable, et que dans les travaux les plus récents, il se manifeste une heureuse tendance pour rendre cette médication de plus en plus rationnelle.
Parmi ces travaux, nous mentionnerons surtout le mémoire de M. Tauflieb, de Barr, couronné par la Société médico-pratique, ainsi que le judicieux rapport de M. le docteur Homolle, inséré dans les bulletins de cette même Société (années 4851-1852).
Personne jusqu'ici ne nous paraît avoirni mieux saisi le véritable mode d'action de ce médicament, ni mieux déterminé les conditions générales qui doivent présider à son emploi. A cet égard, nous ne croyons pouvoir mieux faire que d'emprunter aux travaux de ces deux auteurs quelques propositions qui expriment d'ailleurs assez exactement notre pensée et les résultats de notre propre observation.
Si l'on veut préciser les conditions de succès ou d'insuccès de la médication par l'Huile de Morue dans laphthisie pulmonaire, on est conduit par l'étude des faits et par l'ensemble des nombreux documents que possède la science, il établir une importante distinction entre les deux principales formes de cette maladie relativement à l'indication de l'emploi de ce médicament,
«Dans la première, phthisie aiguë, floride, à forme inflammatoire, survenant chez des sujets robustes et pléthoriques, et s'accompagnant de congestions vives vers les poumons avec tendance prononcée aux hémoptysies, ou de réaction plus ou moins intense du côté du système circulatoire, l'Huile de foie de Morue, loin d'avoir de bons résultats, exposera à des accidents et pourra rendre plus active la marche de la maladie. »
Ajoutons qu'en dehors même de cette forme toute spéciale de phthisie pulmonaire, il est encore beaucoup d'individus nerveux et irritables chez qui, dans la première période de la maladie, se manifestent des accidents d'irritation ou de congestion très-marquée, et qui réclament temporairement, comme ceux de la forme précédente , l'emploi modéré des tempérants, des anliphlogistiques et des révulsifs. Dans ces conditions, l'Huile de foie de Morue n'est pas moins contre-indiquée.
« Dans la seconde forme, au contraire, phthisie scrofuleuse, ou froide et torpide, à marche chronique, développée chez des sujets lymphatiques, à chairs molles, à circulation et nutrition languissantes, avec hématose incomplète, on aura les raisons les plus légitimes d"espérer d'heureux effets de son administration . » '
Faisons remarquer ici que ce qui peut servir à expliquer le succès et la vogue soutenue de l'Huile de Morue, appliquée à la phthisie pulmonaire, c'est que la seconde forme est beaucoup plus commune que la première ,
surtout dans nos grandes villes et au sein des classes pauvres qui regorgent de phthisiques entachés de lymphatisme.
îl importo encore de faire ici une observation pratique : c'est que chez lès individus de la première catégorie, une fois qu'ils seront arrivés à la période d'hectisie proprement dite, c'est-à-dire qu'ils seront tombés dans l'état cachectique à la suite de la fonte tuberculeuse et de la diarrhée, l'Huile de Morue qui était contre-indiquée au début, pourra, dans ces conditions opposées, être employée utilement au même titre que le régime fortifiant et analeptique.
Que si maintenant nous cherchons à apprécier le véritable mode d'action de l'Huile de foie de Morue dans les différentes affections que nous venons de passer en revue, nous n'hésiterons pas à reconnaître, avec les médecins cités plus haut, que c'est surtout en agissant sur les fonctions de nutrition et d'assimilation, c'est-à-dire en modifiant l'état dyscrasique ou cachectique, que ce médicament arrive à guérir ou à amender la maladie spéciale à laquelle cet état général se trouve lié, soit comme cause, soit comme effet ou comme complication.
Cela ne saurait faire doute, il nous semble, pour le rachitis et pour la scrofule. Mais dans la phthisie pulmonaire elle-même, si l'Huile de Morue se montre souvent utile, ce n'est pas en s'attaquant immédiatement à la diathèse tuberculeuse, ni en exerçant une action directe sur les produits morbides eux-mêmes; mais elle est utile à la fois en restaurant et foi tifiant l'organisme, et en imprimant une modification favorable sui generis aux fonctions sécrétoires et nutritives des organes spéciaux qui sont le siège des tubercules.
Cette interprétation, si elle est exacte, tendrait donc à légitimer une opinion qui, bien que présentant tout d'abord quelque chose de paradoxal, est soutenue par un très- grand nombre de praticiens, à savoir : que l'Huile de foie de Morue manifesterait de préférence son summum d'action dans les formes de phthisie pulmonaire en apparence les plus graves, ou tout au moins dans les périodes assez avancées de cette maladie, dans celles en un mot qui s'accompagnent de troubles plus ou moins profonds dans les fonctions de sécrétion et de nutrition.
Sans doute, dans la presque universalité des cas dont il est ici question, cette action se montre plutôt temporairement salutaire que véritablement curative; mais n'est-ce pas déjà beaucoup d'être parvenu, par cette médication si simple, sinon à guérir la phthisie elle-même, au moins à rendre au malheureux phthisique un peu d'appétit, de forces et d'embonpoint, et à enrayer même, pour un temps quelquefois assez long, la marche d'une maladie qui, jusque-là, se précipitait vers le terme fatal?
Ainsi, tout bien considéré, l'Huile de foie de Morue, malgré son efficacité incontestable, ne nous représente ni un antirachitique, ni un antiscrofuleux, ni moins encore un antituberculeux. Elle n'est douée, à notre sens, d'aucune propriété véritablement spécifique contre telle ou telle diathèse. Sa vertu, à vrai dire, consiste essentiellement ici en ce qu'elle est un tonique analeptique d'un ordre supérieur, c'est-à-dire qu'en sa qualité de corps
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gras, et peut-être en sa qualité de corps gras combiné avec diverses substances toniques excitantes (iode, phosphore, etc.), l'Huile de foie de Morue constitue à la fois un aliment et un agent de stimulation parfaitement appropriés à l'état de l'organisme plus ou moins profondément détérioré par ces divers principes morbides.
Aussi, pour ces raisons, nous avons de la tendance à nous ranger à l'opinion de M. le docteur Muller, de Mulhouse, à savoir : que les propriétés de l'Huile de foie de Morue ne résident exclusivement ni dans son iode, ni dans son phosphore, ni dans sa matière grasse, ni dans sa partie extractive, mais que c'est l'huile entière avec tous ses principes qui guérit, et nous n'oserions affirmer qu'une Huile végétale iodée ou phosphorée quelconque, préparée dans le laboratoire, puisse remplacer jamais complètement l'Huile de foie de Morue.
Nous reviendrons tout à l'heure à cette question.
Rhumatisme chronique. Si la plupart des médecins qui ont expérimenté l'action thérapeutique de l'Huile de foie de Morue sont d'accord sur ce point que ce médicament est utile dans le rachitis, la scrofule et même la phthisie pulmonaire, ils sont loin de s'accorder aussi bien sur son utilité contre le rhumatisme chronique. Tl est certain qu'en France surtout on n'est guère porté à lui reconnaître dans ce cas une bien grande valeur. Cependant les faits rapportés par Schenk [loco citato) offrent un véritable intérêt. A la vérité, dans ces observations que Schenk qualifie du nom de rhumatismes, il s'agit peut-être plutôt de maladies de la moelle et de la colonne vertébrale que de véritables rhumatismes. Toutefois il n'en est pas moins curieux de voir des paraplégies qui duraient depuis longues années, des sciatiques doubles ou simples, qui probablement étaient dues à une affection de l'extrémité de la moelle épinière, de voir, dis-je, ces affections céder rapidement sous l'influence de l'Huile de Morue, alors que les médications les plus énergiques étaient restées sans résultat. Rappelons ici que Wesener [Ilufeland' s journal, 1824 mai), Wolkmann [Ibid., nov. '1824)j Schûtte [Arch. fia- Meidizin, IS^^), Reder [loco cit.), rapportent de nombreuses observations qui témoignent de l'utiUté de ce même médicament dans les maladies chroniques ou scrofuleuses du système osseux, ainsi que dans des affections de nature rhumatismale.
Faisons d'ailleurs remarquer que,^ dans un très-grand nombre de cas, les douleurs rhumatismales, ou réputées teUes, se trouvaient augmentées par les premières doses de ce médicament, et que très-probablemen'cette circonstance a di^i lui nuire dans l'esprit de beaucoup d'expérimenta- 'teurs ou de praticiens.
Il règne donc encore aujourd'hui parmi les médecins une grande incertitude, sinon un désaccord complet, relativement à la valeur thérapeu- j tique de l'Huile de foie de Morue dans le rhumatisme chronique. Le ' docteur MuUcr, de Mulhouse, recherchant pourquoi ce médicament est si peu employé chez nous et passe pour être doué do si peu d'efficacité dans
cette dernière maladie, tandis que dans tout le nord de l'Europe son usage est si populaire et légitimé par des succès aussi nombreux qu'incontestables, a été conduit à établir à cet égard une distinction qui est de nature à rendre raison de cette singulière différence dans les résultats, et par suite dans la confiance accordée au médicament.
Ainsi, selon M. MuUer, l'Huile de foie de Morue, loin de convenir dans tous les cas de rhumatismes, serait seulement applicable à deux variétés toute spéciales de cette affection.
l""^ Le rhumatisme musculo-tîbreux, appartenant à la misère dans son degré le plus avancé, et reconnaissant pour causes les privations, l'encombrement, l'absence d'air et de lumière, une constitution primitivement chétive ou détériorée, la diathèse scrofuleuse et l'hérédité.
Cette forme de rhumatisme, débutant par un simple endolorissement des membres, envahirait successivement le rachis jusqu'à la nuque, et frapperait de roideur et de contracture plus ou moins permanente les muscles des membres et du tronc, sans jamais revêtir le caractère inflammatoire, s'accompagnant seulement d'œdème sans rougeur, et pouvant conduire jusqu'à la paralysie.
i^ Le rhumatisme fibreux, développé sous l'influence d'un séjour prolongé dans des lieux humides et froids. Cette deuxième variété de rhumatisme, débutant par les articulations, présenterait d'abord une certaine mobilité, et attaquerait presque exclusivement les tissus fibreux : sa marche lente et le plus souvent apyrétique, altérerait progressivement la nutrition et conduirait à l'épuisement sans entraîner ni contracture ni paralysie. '
C'est seulement dans ces deux formes de rhumatismes que l'Huile de foie de Morue réussirait, à la condition d'une grande persévérance dans son emploi. Ici, comme dans les maladies précédemment étudiées, ce médicament n'agirait encore que d'une manière indirecte, non en s'attaquant à la diathèse rhumatismale elle-même, mais en modifiant préalablement la constitution détériorée, en améliorant la nutrition, en combattant en un mot l'état cachectique devenu l'obstacle le plus sérieux à la guérison {Bulletin de la soc. méd. pratique 4851-52).
Que si cette distinction est juste et vraie, faudra-t-il s'étonner si l'Huile de Morue administrée dans des conditions tout opposées, c'est-à-dire, contre des rhumatismes de forme inflammatoire ou sub-inflammatoire, ait eu pour effet d'augmenter souvent lés douleurs dès les premières doses, et' si, découragés par ces mauvais résultats, bien des praticiens, loin de poursuivre leurs essais, aient été entraînés de prime abord à rejeter ce médicament d'une manière absolue du traitement du rhumatisme ?
État cachectique en général. S'il est vrai, comme nous avons essayé de le démontrer, que l'Huile de foie de Morue emprunte à peu près toute sa puissance, même dans les affections les mieux déterminées, à ses propriétés récorporatives, s'il est vrai qu'elle constitue à la fois un bon aliment et un excellent tojîique, il s'ensuit naturellement qu'elle devra être
30â MKDU'AMEiNTt!^ ALTI^HANTS.
appelée îi rendre les plus utiles services dans cet état général de détérioration de l'organisme qu'on désigne sous le nom d'état cachectique.
Or, c'est encore là une question importante de pratique que nous trouvons nettement posée et parfaitement établie dans l'excellent travail que déjà plus d'une fois nous avons mis à contribution, et auquel nous allons faire un nouvel emprunt :
Que cet état cachectique reconnaisse pour cause une alimentation insuf- 'fisante ou vicieuse, l'absence de lumière et d'air, l'influence prolongée du froid humide, le défaut d'exercice comme dans l'emprisonnement celluiairCj l'épuisement produit par les excès de toute nature, une croissance trop rapide, une dentition difficile, une suppuration abondante, un catarrhe chronique, une altération ancienne des fonctions digestives, soit enfin que cet état cachectique se lie à une diathèse morbide spéciale, syphilitique, scorbutique, cancéreuse, à une albuminurie ou diabète, etc., etc., l'expérience a démontré que dans ces conditions morbides si diverses par leurs causes et leur nature, mais aboutissant toutes à unrésultatidentique:la détérioration de la constitution, la langueur, la perversion ou l'insuffisance de la nutrition, l'Huile de foie de Morue par ses propriétés à la fois nutritives et stimulantes opère quelquefois les guérisons les plus inattendues et en même temps les plus solides.
Après tout ce que nous venons d'exposer, et malgré Fincro^^able abus qui se fait journellement de ce médicament, nous ne craindrons pas de conclure que l'introduction de l'Huile de foie de Morue dans le domaine de la thérapeutique est une des plus heureuses conquêtes de notre époque.
Cependant, il faut bien le dire, il s'est élevé une singulière controverse relativement à l'Huile de foie de Morue. En Belgique, en Allemagne, quelques médecins d'abord, puis bientôt un assez grand nombre de praticiens, déniant à l'Huile de foie de Morue toute propriété spéciale, conclurent que l'huile connue dans le commerce sous le nom d'huile de poisson, laquelle se tire surtout des cétacés, jouit des mêmes propriétés que celle qui est tirée du foie de la raie ou de la morue. M. Bretonneau a surtout donné du crédit à cette opinion 5 et ce praticien, dont l'autorité est si considérable en thérapeutique, prescrit indifféremment à ses malades l'huile de baleine ou l'huile de poisson; nous l'avons souvent entendu dire qu'il obtenait toujours les mêmes succès. Nous-mêmes nous n'hésitons jamais à suivre son exemple. Il faut ici remarquer que l'emploi de l'huile de poisson est populaire dans les latitudes les plus septentrionales. Les peuplades du Kamschatka, de la Laponie, du Spitzberg, luttent contre la dépression vitale que le froid et l'absence de lumière solaire exercent sur leur économie, en buvant des quantités énormes d'huile de baleine. Sur tout le littoral de la Baltique et de la mer du Nord, l'usage populaire était de donner aux enfants débiles et aux adultes valétudinaires l'huile de baleine ou l'huile de poisson indifféremment, et, comme nous l'avons dit plus haut, les méde-
HUlLË m MuHUK. iioy
ehis, tVappés des résultats obtenus par cette médîcatiori emplriquej ont répété ces expériences et ont continué ces résultats.
Quelques médecinsjDelges et allemands ont été plus loin. C'est ainsi que l'un d'entre eux, le docteur Dubois, substitue l'huile de pavot, qui, comme chacun sait, est comestible, à l'Huile de foie de Morue.
Le docteur Dubois a recueilli quatorze observations de rachitis, et dix de maladies strumeuses diverses, dans lesquelles les sujets ont été soumis par lui à l'action de l'huile d'œillette ; et assurément dans plusieurs de ces cas, ^spécialement dans ceux de rachitis et de carie scrofuleuse, on n'aurait pu retirer des résultats plus avantageux de l'emploi de l'Huile de foie de Morue. Il la fait prendre d'abord aux enfants à la dose d'une demi-cuillerée ou d'une cuillerée à bouche matin et soir, et il augmente cette dose progressivement. Comme on le voit , ce mode d'administration ne diffère point de celui de l'Huile de foie de Morue. [Annales de la Soc. de méd. d'Anvers,)
M. le docteur Pophen recommande dans les cas d'affections strumeuses, tels que les indurations glanduleuses, les ulcères scrofuleux, le gonflement des os avec ou sans carie, etc., l'usage du lard à peine frit. Il fait prendre cette substance à jeun , à la dose de 8 grammes ( 2 gros ) ; aussitôt après cette ingestion, le malade mange, dans un potage quelconque, la portion graisseuse liquide qui s'est écoulée du lard par l'action de la chaleur, et une heure plus tard il prend une tasse de café de gland avec des tartines de pain beurrées.
Dans les cas où la maladie est légère, quatre ou six semaines de ce traitement suffisent en général pour amener la guérison ; lorsque les symptômes présentent une grande gravité , la médication doit être continuée pendant trois mois à peu près.
Parmi les moyens diététiques auxiliaires les mieux appropriés, il faut placer en première ligne le jambon bien fumé mangé cru, et celui de la bonne bière non fermentée ( Wochenschnft fur die gesammte Heilkunde, 1841).
Nous avons nous-même , lorsque nous étions à la tête d'un hôpital considérable d'enfants , essayé comparativement le beurre mangé sur des tartines de 'pain et l'Huile de foie de Morue ordinaire. Lorsque la quantité de beurre ingérée était assez considérable (60 à 150 grammes par jour), l'amélioration dans la santé des enfants rachitiques était rapide, et, à peu de chose près, aussi rapide que lorsqu'on administrait l'Huile de foie de Morue. En un mot le beurre , qui , en définitive , est une huile animale au même titre que les huiles des cétacés et des poissons, agissait d'une manière analogue.
Nous suivons toujours cette méthode pour les individus qui répugnent trop à prendre de l'Huile de foie de Morue. Souvent , plutôt pour ne pas ébranler la confiance des parents qui ne comprennent pas comment peut agir un remède aussi simple que le beurre, nous ajoutons à celui-ci quelques-uns des éléments que renferme l'huile de poisson. La formule suivante est celle que nous prescrivons le plus souvent :
Beurre très-frais, 300 grammes,
lodure de potassimii 5 15 centigr.
Phosphore , 1 centigr.
Bromure de potassium , 1 gramme.
Chlorure de sodium , 3 grammes.
Cette quantité de beurre est prise en trois jours, sur du pain.
Ces faits sembleraient indiquer que l'Huile de foie de Morue agit surtout en tant que corps oléagineux , indépendamment des éléments particuMers qui peuvent s'y trouver.
Cette opinion se trouve confirmée par les résultats que l'on obtient, dans l'engraissement des animaux, par l'addition de quelques principes huileux à la masse alimentaire ordinaire. Ceux qui se sont un peu occupés de l'éducation des bestiaux savent combien plus rapide est le développement et l'engraissement des animaux quand on ajoute à leur provende une petite quantité de tourteau de lin ou de noix, ou même du saindoux et du suif, et cet accroissement est hors de proportion avec la dose des matières grasses qui peuvent encore être contenues dans la pulpe exprimée de la graine de lin ou de la noix, comme si cette huile avait imprimé à l'économie une puissance nouvelle d'assimilation.
On a pu penser que la rancidité même de l'huile contenue dans les tourteaux , et de celle des huiles de poisson et de baleine, était pour quelque chose dans les résultats obtenus , cette rancidité agissant à la manière des condiments.
Quoi qu'il en soit, cette grande question est encore loin d'être résolue, et appelle de nouvelles investigations et de nouvelles expériences.
M. Bauer, de Tubingen, a expérimenté dans plusieurs maladies des huiles de différentes espèces, telles que celles d'olive, de pavot, de lin et de poisson ; ces diverses huiles n'ont été employées qu'extérieurement, en frictions sur toute la surface du corps, au moyen d'une éponge fine, l'huile étant légèrement chauffée. Ces frictions étaient ordinairement pratiquées le soir ; on enveloppait ensuite le malade dans une couverture en laine où on l'y laissait pendant deux heures. Dans la plupart des cas, des sueurs abondantes, répandues sur toute la surface du corps, constituaient le premier phénomène qu'on observait, et, chez les enfants, elles s'accompagnaient souvent d'une éruption qui avait quelque analogie d'aspect avec la rougeole.
Le second effet remarquable était un calme du système nerveux qui ne tardait pas à se manifester par un sommeil paisible et profond.
Le troisième résultat était l'augmentation de toutes les sécrétions, une expectoration plus facile, une urine plus abondante, et une activité bienfaisante dans les fonctions du foie. Le dernier de ces effets se remarquait promptement chez les enfants ; les selles, qui avaient été vertes et d'une odeur acide, devenaient jaunes et d'un aspect normal.
On peut donc attendre un effet salutaire des frictions huileuses dans
toutes les affections, telles que douleurs nerveuses , convulsions , rhumatismes, etc., où les phénomènes énumérés plus haut forment les indications principales de l'état morbide. L'huile peut, en outre, être considérée comme une sorte de spécifique dans les maladies de nature strumeuse, et cette assertion repose sur de nombreux essais que l'auteur afaits dans diverses formes de l'affection tuberculeuse; les frictions huileuses paraissent agir, dans les cas de ce genre, suivant Bauer, en rendant plus active la digestion duodénale, en augmentant la quantité du chyle, et en mettant l'organisme dans les conditions inverses de celles qui favorisent le développement des scrofules.
Quoi qu'il en soit, il faut le reconnaître, l'emploi de THuile, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, présente un assez grand nombre d'inconvénients. En portant cette substance dans l'estomac, on a à craindre le dégoût et les indigestions, si l'usage en est tant soit peu prolongé ; en outre, l'application par la voie des frictions salit le linge et les literies. Toutefois, les désagréments attachés à l'usage externe peuvent être plus facilement supportés que ceux qui sont la conséquence de l'ingestion soutenue j aussi les expériences de M. le docteur Bauer se rapportent-elles toutes aux frictions.
Ce praticien cite huit observations dans lesquelles il recourut aux différentes huiles contre les formes très-diverses de la maladie scrofuleuse, et spécialement chez les enfants. Les effets et les résultats furent tout à fait conformes à ce qui a été dit plus haut. Dans les cas où la maladie avait pour point de départ la rétrocession d'un exanthème ou la disparition d'un mal de nature strumeuse , les frictions d'Huile ont pu rappeler l'affection à la peau, même lorsque plusieurs autres moyens avaient déjà été tentés sans aucun succès pour arriver à ce but.
M. Bauer obtint un résultat brillant dans deux cas d'éruption dartreuse chez des adultes qui avaient déjà été soumis à plusieurs autres traitements. Il a d'ailleurs la conviction que la plus grande partie des dartres attaquent des sujets scrofuleux, et, à l'appui de son opinion, il cite des troubles de la digestion qui précèdent longtemps le début visible de la maladie, ou encore l'existence simultanée de ganglions engorgés, de tumeurs scrofuleuses, etc. ; enfin, comme dernière preuve, il met en avant l'action salutaire de l'Huile dans ces affections.
M. Bauer cite aussi deux cas de phthisie tuberculeuse confirmée, avec fièvre hectique dans l'un d'eux, qu'il fut assez heureux pour guérir en peu de temps. Néanmoins, il remarque avec raison que, par rapport à cette redoutable maladie, il serait nécessaire de multiplier les expériences avant d'émettre aucune conclusion. Dans les cas de cet ordre, il ne se borne pas à prescrire l'Huile par la voie des frictions , il la recommande encore sous forme de bains, et , ce que nous comprenons beaucoup moins en raison de la fixité bien connue de cette substance, en inspirations que Von obtient , dit-il, en suspendant Vhuile dans l'air ambiant au moyen de Vévaporation.
Enfin, les succès de ce praticien se seraient étendus jusqu'à l'hydrocéphalie aiguë des enfants scrofuleux; d'abord, le traitement ordinaire et rationnel de cette maladie étant employé conjointement avec l'Huile, et bientôt après, I. 20
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cette dernière substance étant seule mise en usage depuis le commencement du traitement jusqu'à la cessation complète des accidents. {Bulletin de la soc. de méd. de Gand.) Mais on comprend que cette dernière assertion doit nous rendre quelque peu incrédules.
Mode d'administration et doses.
L'Huile de foie de Morue doit être prescrite, pour les adultes, à la dose de deux, trois ou quatre cuillerées à bouche par jour , et même plus; aux enfants, on donne le même nombre de cuillerées à café. On la mêle à du sirop, ou bien encore à un looch blanc, forme sous laquelle les enfants la prennent avec plaisir; enfin, suivant le procédé de M. Bauer, dont nous venons de parler, on peut l'employer en frictions sur tout le corps.
D'après M. Frederick, on peut masquer la saveur dePHuile de Morue en mâchant de l'écorce d'orange sèche, avant et après avoir avalé l'Huile. Cependant il préfère administrer avant et après l'ingestion de l'Huile quelr ques gorgées de café noir très-fort et sans sucre.
Le docteur Plettinck {Annales de la Société médicale de la Flandre occidentale, 4847) a eu l'idée d'employer, comme correctif, pour masquer l'odeur- de l'Huile de foip de Morue, l'esprit carminatif de Sylyius à la dose de quelques gouttes par cuillerée. Le mélange se fait bien , se maintient longtemps, et l'Huile perd en grande partie son odeur nauséabonde.
V Arsenic (ce que les anciens désignaient sensible; chauffé à 180° sûus la pression at-
sous ce nom n'était que l'oxyde blanc d'Ar- mosphérique ordinaire, il se sublime sans
senic ou un sulfure de ce métal) est un se fondre et cristallise en tétraèdres; aune
corps simple, dont la découverte est attri- température élevée, il se convertit de suite
buée à Brandt en 1773. Il a été étudié suc- en acide arsénieux, en répandant une forte
cessivement par Macquer, Monnet, Scheele, odeur d'ail. L'acide nitrique le convertit à
et depuis par tous les chimistes modernes, l'instant en acide arsénique. Sa densité est
Ce métal se rencontre dans la nature à de 5,75. On l'obtient en chauffant, dans un
l'état natif, à l'état d'oxyde noir, de sulfure, vase clos, un mélange de charbon et d'a-
d'arséniure de cobalt, de nickel, de fer, de cide arsénieux.
bismuth , d'antimoine , etc. L'Arsenic métallique n'est pas employé
Tout récemment M. Tripier, pharmacien en médecine, on le vend dans le commerce
militaire, a découvert l'Arsenic à l'état sous le nom de cobaif , coboll, ou poudre
d'arsénite de chaux ou de baryte dans les à mouches^
eaux de Hamam-Mescoutine (Algérie), dites Certains auteurs le considèrent comme
les Bains-Maudits. Les dernières analyses innocent, tandis que d'autres le l'egardent
faites sur ces eaux par M. 0. Henry ont comme éminemment toxique ; ces contra-
pleinement confirmé la présence de ceprin- dictions des expérimentateurs tiennent aux
cipe arsenical. circonstances diverses dans lesquelles ils
L'arsenic est solide, gris d'acier, fragile, à se sont placés, texture grenue , quelquefois lamelleuse ; sa L'Arsenic métallique ne peut être directecassure, lorsqu'elle est récente, offre le mentabsorbé, il ne peut donc être vénéneux brillant métallique, et devient terne par le par lui-même; mais au contact de l'air, il contact de l'air; il est insipide; frotté entre se transforme en acide arsénieux, et cette les mains, il leur communique une odeur transformation est consiilérablemont favo-
risée parla présence des chlorures alcalins. Or ces conditions se reproduisent le plus souvent dans l'économie, et permettent d'expliquer l'action délétère de l'Arsenic métallique dans la plupart des cas où il a été ingéré.
Les mêmes réflexions s'appliquent à deux autres préparations insolubles, le réalgar et l'orpiment; pourvu que ces sulfures soient à l'état de pureté , ils ne sont pas vénéneux par eux-niêmes , mais il le deviennent en se changeant en acide arsénieux sous l'influence de l'air et des chlorures alcalins.
Il existe trois combinaisons d'oxygène avec l'Arsenic : 1° le protoxyde gris noirâtre, qui, suivant quelques chimistes, est un mélange d'Arsenic métallique et d'oxyde blanc; 2° ï acide arsénieux; 3° V acide arsénique.
Le protoxyde est sans usage médical.
Acide arsénieux.
(^Oxyde Uanc d'Arsenic, vulgairement Arsenic^ mort aux rats.)
On le trouve sous deux formes dans le commerce , tantôt en poudre blanchâtre , tantôt en morceaux à cassure vitreuse ordinairement blancs et opaques à la surface, mais transparents à l'intérieur, plus rarement tout à fait opaques. Il est d'abord presque insipide , mais il laisse dans l'arrlèregorge une sensation d'âcreté; il est volatil et inodore. L'odeur d'ail ne lui appartient pas plus qu'à l'Arsenic lui-même, elle ne se révèle que pendant l'oxydation de ce métal , et ne persiste qu'autant que dure cette combinaison chimique. L'acide arsénieux, peu soluble dans l'eau froide, l'est un peu plus dans l'eau chaude*.
Préparation. On l'obtient par le grillage des minerais de cobalt arsénifère; l'Arsenic métallique s'oxyde par le contact de l'air, et l'acide arsénieux est condensé dans des chambres. On le raffine en le distillant.
On emploie l'acide arsénieux :
1° En poudre :
Poudre arsenicale du frère Cosme ou de Rousselot (Codex).
Pr. : Arsenic porphyrisé, 1- p,
SandragoU;, 2
Cinabre porphyrisé, 2
Il entre aussi dans la poudre de Fonîaneilles et dans celle de Justamond.
2° En pilules :
Pilules d'acide arsénieux (hop. Necker).
Pr. : Acide arsénieux, Amidon ,
F. S, A. et divisez en 20 pilules
5 centigram.
L'acide arsénieux est également la base des pilules de Barton et des pilulçs asiatiques. ' .
i]" En pommade :
Pommade arsenicale.
Pr. : Arsenic blanc poïphyrisé , 1 p. Axonge , 8
Mêlez.
On emploie aussi avec avantage le Uniment arsénieux de Swediaur, qui se compose d'une partie d'Arsenic blanc et 8 parties d'huile d'olive.
Acide arsénique.
Il est solide, d'un blanc mat, d'une saveur très-amère, déliquescent. On ne Vemo ploie pas en médecine, il sert seulement à la préparation de l'arséniate d'ammoniaque.
On l'obtient en traitant l'acide arsénieux par l'acide nitro-muriatique (eau régale) et évaporant à siccité.
On emploie l'acide arsénieux :
1'' En solution aqueuse :
Solution du docteur Boudin.
Pr. : Acide arsénieux, 1 gramme.
Eau distillée, 1,000 gram. (1 litre).
Faire bouillir pendant un quart d'heure^, précaution indispensable.
60 grammes de cette solution représentent 5 centigrammes d'acide arsénieux. On ajoute partie égale de vin, d'infusion de café ou même d'eau commune. Cette solution d'une extrême simplicité et d'une préparation facile, est plus facile à doser que les solutions de Fowler et de Pearson.
Quelle que soit la dose à administrer, M. Boudin recommande avec beaucoup d'instance le fractionnement, c'est-à-dire l'administration par faibles prises , et la nécessité de suspendre dès qu'il se présente le moindre phénomène d'intolérance, tel que oppression, nausées, vomissements.
2° Injection intestinale de M. Boudin.
Pr. : Solution arsenicale
(ci-dessus), 50 gr. (c.-à-d. 5centigr.) d'acide arsénieux.
Eau distillée, 100 grammes.
On administre cette injection après avoir préalablement vidé l'intestin au moyen d'un lavement ordinaire. Il est digne d'être noté que M. Boudin a pu, dans un très-grand nombre de cas, porter la solution, administrée par le rectum, jusqu'à deux cents grammes (vingt centigrammes) d'acide arsénieux, sans jamais provoquer ni accident, ni le moindre phénomène d'intolérance.
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
3° Poudre arsenicale de M. Boudin.
Pr. : Acide arsénieux, Sucre blanc,
6 centigram.
10 grammes.
Triturez, mêlez exactement, et faites dix paquets égaux. On donne de un à deux paquets dans les vingt quatre heures. Cette poudre est mieux tolérée que la solution aqueuse; en revanche elle convient moins tant que la fièvre n'est pas coupée.
SELS ARSENICAUX.
' Arsénite de potasse.
Ce sel a été peu étudié et ses propriétés sont mal connues.
Il est employé aux mêmes usages que l'acide arsénieux ; on ne s'en sert jamais à l'état de pureté, on emploie toujours une solution d'acide arsénieux dans le carbonate de potasse. Voici la formule la plus usitée.
Liqueur de Fowler.
Pr.: Acide arsénieux, 5gram.(l gros 20 grains).
Carbonate de . potasse pur, 5 Eaudistilée,500
(1 gros 20 grains).
(1 livre).
On fait bouillir dans un matras pour opérer la dissolution, on laisse refroidir et on ajoute :
Alcoolat de mélisse composé, 16 gram.
Eau distillée, 715
La liqueur doit contenir exactement 1 0/0 de son poids d'acide arsénieux, et 1/50 d'arsénite de potasse (Soubeiran).
Biarséniate de potasse (sel arsenical de Macquer).
Il existe deux arséniates de potasse , un sel neutre, très-déliquescent, qui n'est pas employé, et le biarséniate, seul usité. Ce sel est blanc, en gros prismes à quatre faces ; sa saveur est acide ; l'air n'excerce aucune action sur lui.
On l'obtient en chauffant jusqu'au rouge, dans une cornue de grès , un mélange de poudre d'acide arsénieux et d'azotate de potasse ; l'acide azotique de ce sel suroxyde l'acide arsénieux et donne de l'arséniate de potasse, qui, dissous dans l'eau distillée et cristallisée, est le sel employé en médecine,
Arséniate de soude.
Le sel neutre est le seul usité. Le biarséniate, à l'inverse du même, sel, est déliquescent.
L'arséniate de soude cristallise en beaux prismes hexagonaux réguliers; sa saveur est acre, il est soluble dans l'eau.
On l'obtient par le même procédé que le biarséniate de potasse; seulement les proportions d'azotate de soude et d'acide arsénieux ne sont plus les mêmes.
Liqueur arsenicale de Pearson.
Pr. : Arséniate desoude cristallisé, 5centigr. Eau distillée, 32 gram.
S. (Soubeiran).
Arséniate d'ammoniaque.
Sel blanc, cristallisé en prismes rhornboïbaux, elîlorescent ; il est soluble dans l'eau, plus à chaud qu'à froid.
On l'obtient en saturant l'acide arsénique par le carbonate d'ammoniaque, puis on laisse évaporer et cristalliser.
Soluté d'arséniate d'ammoniaque.
Pr. : Arséniate d'ammoniaque, 4centigr.
Eau distillée, 64 gram. (2 onc.) . Esprit d'angélique , 16 (1/2 onc.) .
La liqueur contient 1/200 d'arséniate d'ammoniaque.
Arséniate de fer.
Sel blanc, insoluble, altérable à l'air comme tous les protosels de fer, se changeant promptement en un composé vert d'arséniate, deprotoxyde et de protoxyde de fer.
Il s'obtient par double décomposition , en versant une solution d'arséniate de soude dans une dissolution de sulfate de fer.
M. Biett emploie ce sel sous forme de pilules, dont voici la composition :
Pr. : Arséniate de fer, 15 centigrammes. Extrait de houblon 8 grammes.
Poudre de guimauve, q. s.
F. S. A. 48 pilules. Chacune d'elles contient 1/16 de grain d'arséniate.
Chlorure d'Arsenic.
Beurre d'Arsenic, huile corrosive d'Arsenic, liquide blanc, oléaiiineux, très-volatil, répandant d'épaisses vapeurs , décomposé par l'eau , d'une grande causticité et trèsvénéneux. Recommandé comme caustique dans les affections cancéreuses.
lodure d'Arsenic.
(Voir art. Iode, tomel, page 244.)
Sulfure d'Arsenic.
(Connu des anciens sous le nom de Sandaraque.)
On en trouve deux espèces dans le comcommerce : le bisulfure et le trisulfure.
Le bisulfure (réalgar, sulfure hypo-arsénieux) existe dans la nature en masses d'un beau rouge; il est peu usité en médecine aujourd'hui.
Le trisulfure (orpiment) est d'une belle couleur jaune, friable, volatil, se décomposant en partie lorsqu'on le fait bouillir dans
l'eau. On trouve deux variétés d'orpiment bien bouché ; au moment de s'en servir, on
dang le commerce : l'une cristallisée en y ajoute assez d'eau pour faire une pâte
belles lames, d'un jaune d'or, est le sulfure molle, que l'on applique sur les parties à
pur; l'autre en masses jaunes opaques, épiler.
contenant une grande quantité d'acide ar- Le rusma, ou pâte épilatoire des Turcs,
sénieux (jusqu'à 94 p. 100) , c'est le sulfure paraît être composé de :
artificiel.
On ne doit jamais se servir de ce dernier Chaux vive, .8 parties,
pour l'usage médical. Orpiment , 1 à 2
L'orpiment naturel entre dans la préparation de poudres et de pâtes épilatoires. On délaye cette poudre dans un peu de
blanc d'œuf et de lessive des savonniers.
Poudre fébrifuge de Hecker. ^^^t^ préparation est plus active que la précédente.
Pr. : Sulfure d'Arsenic
jaune, 25 milligr. (1/2 grain). Cigarettes arsenicales.
Sucre blanc, 6centigr.(î2grains). „ n .j. , -, . ^^
Huile d'anis l/4gutt Nous avons fait préparer des cigarettes
,,., ' / s • arsenicales de la manière qui suit :
Arsénite de potasse, 1 gram. (20 grains). Pâte epilatoire. Eau distillée, 20 gram. (3 gros).
Pr. : Orpiment, I part. Épuisez cette solution sur une feuille
Chaux vive, , 16 entière de papier blanc non collé; séchez,
Amidon, 10 divisez en 20 parties égales.
Pliez en cigarettes.
Réduisez en poudre très-fine et mélangez. On peut aussi préparer des cigarettes On conserve cette poudre dans un vase avec Tarseniate de soude. (Yoir page 323.)
THERAPEUTIQUE.
Nous voici arrivés à l'histoire thérapeutique d'une de ces substances dont le nom a souvent effrayé les malades et les médecins. Il en est résulté que l'Arsenic a été peu étudié^ et que d'injustes préventions pèsent encore sur lui. Quoique nous l'ayons souvent employé, cependant notre expérience n'est pas suffisante ; mais après avoir comparé les auteurs qui s'en sont occupés^ après avoir consulté les résultats proclamés par chacun^ et apprécié, autant qu'il était en nous, la justesse des critiques dont l'Arsenic avait été l'objet, nous avons rédigé cet article, dans lequel , par exception , le lecteur ne trouvera presque rien de nous. La plupart des matériaux de ce travail ont été puisés, d'une part, dans l'intéressante monographie de Harles [De Arseniciusu in medicina, Norimbergœ, dSll), travail rempli d'érudition, et qui résume tout ce qui avait été pubhé jusque-là sur l'Arsenic; d'autre part, dans diverses publications récentes de M. Boudin.
Sous le nom d'Arsenic, les anciens désignaient l'orpiment, l'un des sulfures de ce métal. De nos jours, et depuis plus d'un siècle, on est dans l'usage de désigner sous le nom d'Arsenic l'oxyde blanc ou l'acide arsénieux.
Historique. Dioscoride est le premier qui traite des préparations arsenicales {-rcEpl tt|<; ïa-cpix-riç , lib. 5, cap, 121, 122). Sous le nom de ApaEvixov (Arsenic), il parle évidemment du sulfure jaune d'Arsenic natif (orpiment), mêlé, suivant la remarque de Harles {De Arsenici mu in medicina. Norimb., 1811, p. 50), à une certaine quantité d'acide arsénieux; et sous celui de <sav^apayj] (sandaracha) , il désigne le réalgar (sulfure rouge actif). Voici ce qu'il en dit : Arsenicum mm habet septicam, stypticam., et eschoroticam. cum morsione violenta; simul constringif , et capillos démit. Sandaracha
310 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
easdemhahet vires acprius : medetur alopeciœ et leprotico nngui, cwn pice jiincta, nec non phthiriasi, oleo mixta. Prodest itidem contra nariicm orisque ulcéra^ reliquague exanthemata , cum oleo rosarum administrata (externe); ssque ac contra condylomcda. Datur c[uoque (interne) pidmonum suppuraiione laborantibiis , cum midso. Suffitu etiam, addita résina, administratiir adversus tussim inveteratam, vapore ipsius per siphonem ore sucio. Cum rnelle propinata vocem clarefacit, et asthmaticis in potione cum résina porrigitur.
Le réalgar, comme on le voit par ce passage de Dioscoride, était beaucoup plus usité en médecine que l'orpiment, sans doute parce que ses propriétés vénéneuses étaient un peu moins actives. Les auteurs qui ont suivi Diosdoride , les Arabes, les Arabistes, ont également préféré^ en général, la sandaraque ou sulfure rouge (réalgar) à l'Arsenic ou sulfure jaune (orpiment).
Après Dioscoride, on trouve dans Pline [Histor. natural., lib. 34, cap. 18) des indices de l'emploi thérapeutique de l'Arsenic. Sandaracha valet pur.gare, sistere, excale facere , perrodere. Summa ejus dos styptica. Suit rénumération d'autres propriétés tout à fait semblables à celles qu'indique Dioscoride. Celse [De Re medica, lib. 5, cap. 5) , Galien {De simpl. med. facidt., passim) , Scribonius Largus [Compos. med., 423,226, 237) copient Pline et Dioscoride. Cœlius Aurelianus [Morb. chron.,\\h. 4, cap, 3), entre autres qualités de l'orpiment , lui reconnaît la propriété de tuer les vers intestinaux et de guérir la maladie cœliaque lorsqu'on l'administre en lavements. Du reste, tous ces auteurs, et les Galénistes jusqu'aux Arabes, s'accordent à reconnaître à l'orpiment, et surtout au réalgar, les propriétés indiquées par Dioscoride.
Les Arabes Rhazès, Mésué, Sérapion , Janus de Damas , Avicenne , vantent l'Arsenic sans doute d'après leur propre expérience , peut-être aussi sur la foi de Galien. Arsenici omnes species calendse sunt et comburenies. Medentur scabiei, et ulceribus putridis ^ et leprse ulcerosx, herpeti prœterea esthiomeno et pediculis, nec non asthmati, si vel cum illo suffumigatio aut epithema fiant. (Rhazès, De Re med,, lib. 3, cap. 33.) Avicenne dépose dans le même sens. Omnes species Arsenici escharoticse sunt, antisepûicœ. Arsenicum citrinum et rubeum abradit pilos, et convenit alopeciae. Fit ex eo emplastrum, ad vidnera. Cum adipe et oleo confert scabiei et ulceribus scdiafat [leprse ulcerosœ) et putredini ad cutem : abstergit uritque. Ceratum factum ex eo , confert contra herpetem esthiomenon ulcerosumque in ore et in naso. Datur quoque in potionibus cum hydromele ad pulmones suppuraJos et tussim antiquam sputumque sanguinis et saniei, quandoque etiam in pi lulis contra astkma, et, in clysteribus, contra hxmorrhoides ani. (Canon., lib. H, tract. 11. cap. 49.) Plus tard, les Arabistes eux-mêmes n'employèrent guère plus l'Arsenic; c'est à peine si dans les écrits des chirurgiens du quinzième et du seizième siècle il est question de ce médicament. Théodore l'emploie seulement contre la scrofule ulcéreuse [Chirurgie, liv. 4); Guy de Chauliac pour faire une eschare dans l'hydrocèle (Cliir. Magn.).
Cependant, à partir du seizième siècle, c'est-à-dire à l'époque où la médecine, connue toutes les autres sciences, s'eiforça de sortir des langes du moyen âge, l'usage externe de l'Arsenic redevint beaucoup plus fréquent; mais ce ne fut guère que dans le cours du dix-septième siècle que l'on se hasarda à conseiller quelquefois l'Arsenic à l'intérieur. Van Helmont {Ortus med., p. 66, 198, 286) conseille les préparations arsenicales dans le traitement des ulcères; mais il les proscrit formellement à l'intérieur. Tagault [Institut chir., lib. I, p. 436) indique de la façon la plus explicite l'emploi qu'on en peut faire dans le traitement des ulcères cancéreux. Arsenicum ad cvrandos tumores ulcérantes (externe) primatum obtinet, modo guis noverit eo recte uti. Lemery [Cours de chimie), Wepfer {Cicat. aquat. hist.) signalent, mais pour les condamner, les essais que l'on faisait de l'Arsenic dans la thérapeutique interne, et surtout dans le traitement des fièvres intermittentes. Dans le cours du dix-huitième siècle, une multitude d'écrits paraissent pour signaler les vertus fébrifuges de l'Arsenic ; mais Stœrk , qui avait appelé l'attention des thérapeutistes sur l'utilité de tant de poisons végétaux, s'élève contre l'Arsenic avec une fureur singulière [Annus medicus). Il exerça sur le public médical une influence d'autant plus grande dans cette circonstance , qu'on ne pouvait le supposer prévenu contre les préparations vénéneuses.
L'Arsenic tomba donc pendant quelque temps dans un profond discrédit, dont Folwer et d'autres médecins anglais le tirèrent à la fin du siècle dernier.
Enfin, de nos jours. Harles, dont Inintéressante monographie nous a été si utile dans la composition de cet article, essaya de le réhabiliter dans l'opinion des médecins; et c'est à peine s'il y est parvenu, quoique son livre soit fait avec talent et amour de la vérité.
Il est peu probable que nous soyons, à cet égard, plus heureux que les savants qui nous ont précédés. Dans l'histoire thérapeutique de l'Arsenic, nous resterons le plus souvent dans le rôle d'historiens, et par cela même nous ne devrons pas être soupçonnés de partialité en faveur de ce médicament.
Nous allons d'abord étudier les effets de faibles doses d'Arsenic sur l'homme , indépendamment de toute affection morbide ; nous verrons ensuite quelles ressources en ont tirées la médecine et la chirurgie.
Action physiologique de l'Arsenic.
Action sur les plantes et sur les animaux. «L'action physiologique de l'Arsenic sur les végétaux, dit M. Boudin, n'a pas été étudiée jusqu'ici; maniée à forte dose, cette substance fait mourir les plantes et détruit la sensibilité de la mimosa pudica. En Allemagne, les vétérinaires administrent l'Arsenic aux vieux chevaux pour leur donner du jarret. Jeeger dit avoir remarqué que des pigeons auxquels il avait donné de l'acide arsénieux mangaient avec plus d'appétit. »
312 ^MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
« On a trouvé il y a quelques mois, dans le Hampshire, des perdrix mortes dans les prés ; seulement, au lieu d'être couchées sur le côté, position ordinaire des animaux morts , on les trouva debout , la tête élevée, les yeux ouverts, et offrant toutes les apparences de la vie. Deux de ces oiseaux ayant été envoyés a Londres, le docteur FuUer constata une grande quantité d'Arsenic dans les grains de blé contenus dans le jabot. Un chat, à qui Fon fit manger de la chair cuite et le foie de ces oiseaux , en éprouva de vives souffrances et fut pris de vomissements. On suppose que les perdrix avaient mangé du blé chaulé à l'acide arsénieux. » [London Pharmaceutical journal.)
Action physiologique sur l'homme. Les paysans styriens prennent TArsenic comme stomachique. D'après M. Stokes, professeur à l'université de Dublin, les fièvres intermittentes, endémiques dans une localité du Cornouailles , auraient cessé d'y sévir quelque temps après l'établissement d'une fonderie de cuivre, donnant lieu à un dégagement arsenical. En ce qui nous concerne, l'acide arsénieux, pris en santé à la dose de 8' centigrammes, nous a causé une excitation générale, comparable, jusqu'à un certain point , à celle que produit le café très-fort. Mais le phénomène le plus curieux a été la production d'une vigueur insolite des extrémités inférieures , permettant de faire de longues courses sans fatigue. J'insiste sur ce phénomène éprouvé également par M. Masselot, et signalé par lui en ces termes : très-grande aptitude à la marche.
Mais les données, sinon les plus positives, au moins les plus curieuses que la science possède sur les effets physiologiques des préparations arsenicales, sont assurément celles qui ont été recueillies sur les mangeurs d'Arsenic, ou toxieophages, qu'on rencontre dans différentes contrées de l'Allemagne. On doit au docteur Tschudi des observations extrêmement intéressantes à ce sujet. Ces observations, qui ont fait l'objet d'une communication du docteur Kœpl à la Société de médecine de Bruxelles, ont été reproduites en partie dans l'Union médicale , mai 1854.
Dans quelques contrées de la Basse- Autriche et de la Styrie, surtout dans les montagnes qui les séparent de la Hongrie , existe parmi les paysans l'habitude de manger de l'Arsenic. Ils l'achètent aux herboristes ambulants, à des colporteurs qui l'acquièrent à leur tour des ouvriers en verreries hongroises, ou des vétérinaires, ou des charlatans.
Les arsenicophages ont un double but : d'abord ils veulent se donner par cette pratique dangereuse un air sain et frais, et puis un certain degré d'embonpoint.
Ce sont le plus souvent de jeunes paysans et paysannes qui ont recours à cet expédient par coquetterie et désir de plaire ; et il est en effet remarquable avec quel succès ils atteignent leur but, car ces jeunes toxieophages par excellence se distinguent par la fraîcheur de leur teint et par une apparence de santé florissante.
Le second avantage que les arsenicophages veulent obtenir, c'est de se rendre, comme ils disent, plus volatils, c'est-à-dire de faciliter la respiration pendant la marche ascendante. A chaque longue excursion dans les
montagnes, ils prennent un petit morceau d'Arsenic qu'ils laissent fondre peu à peu dans la bouche. L'effet en est surprenant ; ils montent aisément des hauteurs qu'ils ne sauraient gravir qu'avec la plus grande peine sans cette pratique.
La quantité d'Arsenic avec laquelle commencent les toxicophages représente un petit morceau de la grandeur d'une lentille^ ce qui équivaut à un peu moins d'un demi-grain. Ils s'arrêtent à cette dose qu'ils avalent plusieurs fois par semaine , le matin à jeun , pendant assez longtemps, pour s'y habituer. Alors ils augmentent la quantité insensiblement, avec précaution, au fur et à mesure que la dose habituelle refuse son effet.
Il est bon à noter qu'aucune trace de cachexie arsenicale n'est visible sur la plupart de ces toxicophages , que les symptômes de l'empoisonnement arsenical chronique n'apparaissent jamais sur les individus qui savent approprier la dose parfois très-considérable du toxique à leur constitution et à leur tolérance.
Il y a encore ici une remarque bien curieuse à faire : c'est que la suspension de l'usage de l'Arsenic, soit volontaire ou forcée, est toujours suivie de phénomènes morbides qui ressemblent à ceux produits par l'intoxication arsenicale à un faible degré. Ainsi on observe un grand malaise joint à une indifférence extrême pour tout ce qui les entoure, de l'anxiété pour leur personne , des troubles de la digestion , de l'anorexie , une sensation de plénitude stomacale , des vomissements glaireux le matin avec ptyalisme, du pyrosis, de la constriction spasmodique du pharynx, et surtout des difficultés de la respiration. Contre tous ces phénomènes il n'y a qu'un seul moyen efficace, c'est le retour immédiat à l'usage de l'Arsenic.
La toxicophagie, dans ces mêmes pays, n'est pas bornée à Tespèce humaine, mais elle a été communiquée aux animaux. Ainsi l'usage de l'Arsenic est très-répandu à Vienne, surtout parmi les palefreniers et les cochers de grandes maisons. Ils en mêlent une bonne prise en poudre à l'avoine, ou ils en enveloppent un morceau de la grandeur d'un pois dans du linge, et l'attachent au bridon lorsque le cheval est harnaché , de manière à ce que la salive dissout peu à peu le toxique. L'aspect luisant, rond et élégant des chevaux de prix, et surtout l'écume à la bouche, proviennent ordinairement de l'Arsenic qui augmente , comme on sait, la salivation. Les charretiers, dans les pays montagneux, mettent fréquemment une dose d'Arsenic dans le fourrage qu'ils donnent aux chevaux avant une montée laborieuse.
Les maquignons utilisent beaucoup l'Arsenic à l'égard des chevaux poussifs qu'ils conduisent au marché.
Chose remarquable , cette pratique s'exerce pendant des années sans accident j mais dès que le cheval passe dans les mains d'un maître qui n'emploie pas d'Arsenic , il maigrit , perd sa gaieté , devient blafard , et malgré la nourriture la plus abondante , l'animal n'acquiert plus la belle apparence qu'il avait antérieurement.
L'usage de l'Arsenic, quoique plus fréquent chez les chevaux, s'étend
314 iMÉDICAMENTS ALTERANTS.
aussi à d'autres animaux. Ainsi on en donne aux bœufs et aux veaux destinés à l'engraissement. On donne la poudre arsenicale aux bœufs avec le gruau mêlé de paille hachée et qui a infusé dans l'eau chaude. L'etîet est très- surprenant quant à l'augmentation du volume de la bête, mais celleci ne gagne pas proportionnellement en poids. Cela fait que les bouchers achètent très-rarement à vue le bétail engraissé de cette manière, car lo poids réel est beaucoup inférieur au poids présumé d'après l'apparence. On donne souvent aussi l'Arsenic à petites doses aux cochons , surtout au commencement de l'engraissement : ou bien au lieu d'Arsenic pur, on donne le sulfure d'antimoine non purifié, qui est mélangé, comme on sait, d'une certaine quantité d'Arsenic.
L'Arsenic est un des plus énergiques poisons minéraux. Son action vénéneuse s'exerce sur tous les êtres organisés, animaux et végétaux. Ses effets sur les animaux des ordres supérieurs doivent êtres divisés en locaux et en généraux.
Les composés arsenicaux appliqués aux tissus les irritent violemment, et peuvent les escharifier. Ils ont dès lors toutes les propriétés des poisons irritants locaux les plus violents. En outre, ils sont absorbés , et dès lors donnent lieu à des symptômes spéciaux. Ils agissent sur le cœur, dont ils anéantissent la contractilité, et dont ils enflamment souvent le tissu. Et , en outre, ils portent sur le système nerveux une stupéfaction qui, dans quelques circonstances, peut être poussée au plus haut degré.
Les propriétés vénéneuses de l'Arsenic sont connues depuis bien des siècles, et les poisons fameux, dans la préparation desquels excellaient les Italiens, étaient presque tous des composés arsenicaux.
Comme, en définitive, toutes les préparations arseniales n'agissent que par un principe commun, nous prendrons pour type les effets produits par l'acide arsénieux, administré à la dose de 2 à 5 milligrammes (2/'25 à 1/10 de grain, quatre), cinq ou six fois par jour.
Dans l'appréciation de ces effets, il est essentiel de ne pas mettre sur le compte du médicament des symptômes évidemment imputables à la maladie, erreur dont ne se sont pas assez gardés certains thérapeutistes.
Il faut aussi ne pas donner comme symptômes de l'infection arsenicale des accidents tout à fait exceptionnels et qui sont le résultat du hasard, ou qui surviennent chez des gens doués d'une susceptibilité insolite. M. Récamier nous a souvent cité l'histoire d'une jeune dame à laquelle on ne pouvait donner un atome de mercure sans développer chez elle un érysipèle fort grave ; doit-on dire alors que l'érysipèle est un accident de l'administration des mercuriaux ? ce serait évidemment exagéré. Il en est de même de quelques phénomènes qui se sont produits quelquefois pendant l'emploi des préparations arsenicales : ainsi la stupéfaction de tout le système nerveux, le frisson fébrile revenant à des périodes fixes, la paraplégie, la fièvre hccti(iue, les douleurs articulaires , la leucophlegmatie, l'exanthème chronique universel, etc., etc. Nous ne parlerons pas ici des singulières rêveries
des homœopathes hypochondriaques et des innombrables symptômes qu'ils ont découverts à l'Arseiiic ; nous les laisserons dans les idées qu'ils caressent et auxquelles ils s'efforcent de croire.
Action thérapeutique de V Arsenic.
Usage interne. C'est surtout dans le traitement des fièvres intermittentes que l'Arsenic, comme médicament interne, a joui et jouit encore d'une réputation qui pourtant lui a été disputée assez vivement.
L'usage de l'Arsenic, dans le traitement de la fièvre intermittente, ne fut connu en Europe qu'à la fin du dix-septième siècle et au commencement du dix-huitième. Gohl parle d'un médecin militaire prussien qui donnait aux soldats atteints de fièvre intermittente de faibles doses d'une poudre composée de trois parties d'Arsenic et d'une partie de nitre, remède qui , d'après le témoignage de Gohl , qui ici ne saurait être suspect , était très-siîr, mais en même temps très-pernicieux, certissimum at nequissimuni [Comment, in act. med. Berolin., déc. 4, v. 3, p. 6). Lemery, dans sa Chimie, parle également de l'usage fréquent que les charlatans et les chirurgiens militaires faisaient en France de l'Arsenic dans le traitement des fièvres intermittentes. Les témoignages de Van Helmont, de Zeller, de Wepfer, de Stahl, déposent dans le même sens (Harles, loco cit. , p. 60, 61, 62).
Mais le premier travail fait par un homme grave sur les propriétés fébrifuges de l'Arsenic date de 1700. Il est d'Hadrien Slevogt, professeur àléna [De exceptionibus , sive permissione prohibitorum , et prohibitione permissorum, léna, 1700), et peu après parut le travail si remarquable de Melchior Frick [Friccius], médecin à Ulm.
Slevogt, après avoir fait pendant longues années usage de l'Arsenic dans le traitement des fièvres intermittentes tierces et quartes, proclama ce remède le fébrifuge par excellence, et le déclara très-supérieur au quinquina. Par ce moyen , il évitait les récidives et les accidents consécutifs des fièvres intermittentes et de l'administration du quinquina. Il donnait l'Arsenic les jours d'apyrexie, et même le jour de la fièvre, au début de l'accès, à la dose de 2 à 7 centigrammes (1/2 grain, 1 grain, et même 1 1/2 grain), suivant la force des malades ; mais il avait soin de l'unir à la thériaque pour modérer ses propriétés irritantes. Melchior Frick vint donner à l'Arsenic une importance beaucoup plus grande , comme fébrifuge, par les faits qu'il publia. Il employait ordinairement l'orpiment, qu'il mêlait à du cristal de roche et à du camphre, et dont il composait une poudre. Cette poudre, selon lui, l'emportait sur le quinquina, et ,il n'a jamais vu un malade qui n'ait été guéri. Les succès qu'il obtenait étaient tels qu'il s'exprimait en ces termes : Experientia nos docebit, Arsenicum in febribus intermittentibus adhibitum omnes eas dotes possidere, quibus optima remédia prsedita esse debent [Paradoxa de Venenis, 1710, p. 30 et suiv.).
A ces témoignages nous pourrions ajouter ceux de Keil, de Bernhardt^
316 iMÉDlGAMENTS ALTÉRANTS.
de J. G. Gmelin, de Don Monro^ de Jacobi, de Huermann {Voyez Harles, loco cit., p. 66 et suiv.) ; mais les deux Plencitz, vers la fin du dernier siècle, achevèrent de fonder la réputation de l'Arsenic comme fébrifuge {Acta et observ. med., Prag. et Viennœ, 1783, cap. 3). Ces deux praticiens donnèrent l'Arsenic, à l'hospice des orphelins à Vienne, à un nombre infini de malades atteints de fièvres tierces et quartes. Jamais ils ne virent d'accidents à la suite de cette médication, qui leur parut plus sûre et plus rapide qu'aucune de celles qu'ils avaient employées déjà. Ils se servaient d'acide arsénieux , qu'ils portaient à la dose énorme de 2 à 5 centigrammes (1/2 et même 1 grain). Ge moyen fut employé avec un succès à peu près constant dans des milliers de cas de fièvres intermittentes. E jusque usu in miUenis ferè febrium intermittentium casibus raro frustratos fuisse affirmant. Harles s'étonne avec raison qu'un succès aussi éclatant n'ait pas fait prévaloir l'Arsenic parmi les médecins autrichiens et hongrois, mais il explique le peu de faveur qui accueillit les travaux des Plencitz par l'opposition que Stœrck faisait à l'Arsenic, opposition d'autant plus puissante, que ce dernier occupait à la cour et dans les écoles un des premiers rangs.
Or pendant que l'Arsenic, appuyé par les Plencitz, ne pouvait soutenir la lutte contre l'animosité envieuse de Stœrck, Thomas Fowler, en Angleterre , popularisait en quelque sorte l'usage de ce médicament {Médical reports on the effects of Arsenic in the cure of agues, rémittent fevers, and periodic headach, 1786). Sur deux cent quarante malades atteints de fièvre intermittente, cent soixante et onze furent parfaitement guéris par l'Arsenic; quarante-cinq résistèrent à l'emploi de ce moyen et furent traités avec succès par le quinquina ; et vingt-quatre autres enfin, qui ne voulurent pas se soumettre à la médication dans toute la rigueur, n'obtinrent pas de guérison. Arnoldt cite quatre-vingts cas de réussite dans les fièvres tierces et quartes, et il n'y eut de récidive que très-rarement. Freir, de Birmingham , prétend avoir guéri sans aucun inconvénient plus de mille ouvriers par la méthode de Fowler.
En même temps que ce dernier, Robert Willan et Richard Pearson ne contribuèrent pas peu à faire prévaloir parmi les médecins de la Grande- Bretagne l'usage des préparations arsenicales dans le traitement des fièvres intermittentes. Le témoignage de Willan en faveur de la méthode de Fowler est bien puissant : « Je ne connais, dit-il, aucun remède plus sûr, plus efficace et plus commode à prendre que cette solution arsenicale dans le traitement des fièvres intermittentes. » Pearson, qui modifia un peu la solution de Fowler, et qui lui donna son nom, comme celui-ci l'avait donné à la solution qu'il avait inventée, prit en ce médicament une grande confiance, qui fut bientôt partagée par le public lui-même, quand on eut vu un prince du sang royal, le duc d'York, guéri par l'Arsenic d'une fièvre intermittente qui avait été jusqu'ici rebelle au quinquina
Tant d'exemples , tant d'écrits publiés sur la matière, donnèrent à l'Arsenic une vogue qui commençait à se répandre en France et en Amérique,
quand la guerre de la Grande-Bretagne contre es États-Unis et contre notre révolution rompit toutes les relations scientifiques établies par l'Angleterre : et quelques médecins chez nous, Valentin, Desgranges, Fodéré, Dufour, de Montargis, Bouillier, de Pont-Sainte-Maxence ; en Italie, Brera, Harles, en Allemagne, conservèrent les traditions de Slevogt, de Frick, des Plencitz, de Fowler, de Pearson. Harles surtout, dans l'importante monographie qu'il publia sur l'Arsenic, remit sous les yeux du public médical tous les travaux entrepris sur la matière , rapporta lui-même les résultats de sa propre pratique, et contribua plus que personne à rendre l'usage de l'Arsenic un peu moins exceptionnel. Mais pourtant, malgré les faits nouveaux recueillis encore chez nous par M. Gendrin, l'invasion de la médecine physiologique, si funeste à là thérapeutique, s'opposa à l'admission de l'Arsenic dans la médecine française, et il n'est peut-être pas en France vingt médecins qui aient osé faire usage d'un moyen qui est en quelque sorte trivial chez nos voisins d'outre-mer.
Cependant M. Boudin, aujourd'hui médecin en chef de l'hôpital militaire du Roule, à Paris, après de nombreux essais sur lui-même, remit chez nous l'Arsenic en honneur (1). Il soumit l'administration de ce médicament à des règles précises, inconnues jusqu'alors, et démontra une loi de tolérance dont la connaissance nous paraît de nature à faciliter notablement le maniement thérapeutique des préparations arsenicales. Le nombre des fièvres intermittentes soumises à la médication arsenicale , et traitées par ce médecin dans les hôpitaux de Marseille , de Versailles et de Paris, s'élève aujourd'hui au chiffre énorme de plus de quatre mille; et tel semble être le perfectionnement apporté au maniement de l'Arsenic, qu'il affirme n'avoir pas eu à recourir une seule fois au sulfate de quinine depuis la fin de l'année 1843, résultat bien différent de ceux qu'avait obtenus Fowler, qui sur 240 fièvres intermittentes traitées par^sa liqueur, ne réussissait que 171 fois.
Voici les règles formulées par M. Boudin :
Première règle. Ouvrir le traitement par un vomitif (ipéca., 1 gramme; tartre stibié, 1 décigramme), si la fièvre s'accompagne d'embarras gastrique, de suppression, ou seulement de diminution de l'appétit.
Après la fièvre coupée, revenir au vomitif, pour peu que le retour de l'appétit complet se fasse attendre, afin de rendre promptement possible une alimentation substantielle et abondante.
Deuxième r'ègle. Donner l'acide arsénieux à doses fractionnées , c'est-àdire en plusieurs prises , dont la dernière doit être administrée au moins deux heures avant le moment présumé de l'accès; proportionner la dose au génie spécial des fièvres, génie variable selon les lieux , les saisons , les individus.
Profiter de la tolérance au début du traitement pour élever le plus pos-
(1) Boudin, Traité des Fièvres intermitt. et contag. des contre'es palud.. suivi de Recherches sur l'emploi the'rap. desprépar. arsenicales, Paris, 1842.
318 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
sible la dose d'acide arsénieux, en donnant, tous les quarts d'heure, 4 milligramme ou seulement 4/2 milligramme (4 gramme ou 4/2 gramme de la solution.)
A mesure que la tolérance baisse, diminuer graduellement la dose et insister sur le fractionnement; s'il y a lieu, prendre le médicament en partie ou en totalité par le rectum.
On supporte par le rectum souvent 5 centigrammes, 40 centigrammes d'acide arsénieux , et même plus , alors que l'estomac a cessé de tolérer 4 centigramme.
Prendre le médicament pendant les jours d'apyrexie aussi bien qu'aux jours d'accès.
Le continuer pendant un temps proportionné à l'ancienneté de la maladie ainsi qu'à son caractère plus ou moins rebelle aux traitements antérieurs. Dans les fièvres de première invasion , le continuer au moins pendant huit jours après l'entière cessation des accès. Contre les fièvres anciennes et rebelles, prolonger l'usage de l'acide arsénieux pendant trente, quarante, cinquante jours, et même plus longtemps s'il le faut.
Troisième règle. Faire usage d'une alimentation substantielle aussi abondante que possible, et n'ayant d'autre limite que l'appétit et la faculté de digérer. La faire consister de préférence en bœuf, ou mouton rôti; boire un vin généreux en quantité proportionnée au degré de détérioration de la constitution du malade; s'abstenir autant que possible de boissons aqueuses.
En résumé , faire vomir pour combattre l'embarras gastrique concomitant, la suppression ou la diminution initiale ou persistante de l'appétit; proportionner la dose de l'acide arsénieux à la tolérance; fractionner le médicament et le continuer sans interruption pendant un temps proportionné à la durée, ainsi qu'à l'opiniâtreté de la fièvre ; l'administrer selon les cas, par la bouche ou par le rectum, en un mot, opposer à la diathèse paludéenne en quelque sorte une diathèse arsenicale; alimenter fortement, faire subir au malade un véritable entraînement, échelonner les trois parties du traitement de telle sorte que le temps soit utilisé de la manière la plus profitable pour le malade : telles sont les règles suivies par M. Boudin, et dont il recommande la rigoureuse observation à ceux qui voudront tirer le meilleur parti possible de la médication fébrifuge.
On le voit, ce traitement ne consiste nullement dans la simple substitution des préparations arsenicales au quinquina, mais bien dans une médication complexe, dans laquelle l'Arsenic est secondé par deux puissants moyens : les vomitifs et le régime alimentaire. Les évacuants combattent l'embarras gastrique et hâtent le retour de l'appétit; le régime alimentaire abrège la convalescence, combat la tendance aux récidives et prévient les accidents consécutifs multiples qui semblent se lier à l'appauvrissement du sang.
Tolérance. Beaucoup de malades, dit M. Boudin, supportent parfaitement 5 centigrammes d'acide arsénieux nu début du traitement, et cessent
de tolérer cette-dose deux ou trois jours après, quand la fièvre est coupée. La non-tolérance se manifeste par des nausées, de la céphalalgie, la diminution de l'appétit ; à un plus haut degré, elle se produit par des vomissements, de la diarrhée. Le médecin doit avoir soin de suivre les oscillations de la tolérance, pour lui adapter sa posologie. A mesure que la tolérance décroît, il faut aussi diminuer la dose, insister sur le tractionnement,et, au besoin, faire administrer le médicament par le rectum. Tel malade qui a cessé de supporter 1 centigramme par la bouche, supportera souvent 5, 10 et même 20 centigrammes par le rectum. M. Boudin a toléré 10 centigrammes d'acide arsénieux par la bouche étant malade ; il a éprouvé au contraire une abondante salivation et des nausées passagères , après avoir pris, en santé, seulement 2 centigrammes. Cette règle, cependant, est sujette à exception.
Dose. La dose n'a rien d'absolu ; elle doit s'adapter au génie spécial des fièvres, et surtout à la tolérance des malades. Il y a autant d'inconvénient à rester en deçà qu'à aller au delà de la dose exigée. C'est pour n'avoir pas tenu compte de cette règle, que quelques médecins ont provoqué des accidents passagers, ou n'ont pas obtenu de l'Arsenic tout ce que ce médicament peut donner. M. Boudin a souvent réussi avec un seul milligramme. Dans d'autres circonstances , il a dii élever la dose à 5 centigrammes et au delà, dans les vingt-quatre heures.
Action sur la rate. Les nombreuses expériences de M. Boudin lui ont démontré d'une manière péremptoire la disparition de l'engorgement splénique sous l'influence du traitement arsenical. La faible proportion des récidives conclut d^ns le même sens. En effet, ou la rareté relative des récidives dépend de la disparition de l'engorgement splénique, ou bien la fièvre intermittente est indépendante de ce dernier, et il est alors inutile de s'en préoccuper.
Récidives. Les expériences faites à Lille par M. Maillot lui ont donné 1 5 récidives sur .42 malades traités par le sulfate de quinine dans une période de cinq mois, soit 84 récidives sur 100 fièvres dans une année.
Or M. Masselot {Arch. gén. de Méd., 1846), sur 311 fièvres intermittentes traitées à Versailles par M. Boudin, dans une période de trentedeux mois, n'a compté que dix récidives, soit 1,2 pour 100 pour une année. A Rome, l'armée française comptait après dix mois de séjour 91 récidives sur 100, soit 109 sur 400 dans l'année. Jusqu'ici les documents numériques connus semblent donc se prononcer en faveur, sinon de l'Arsenic, du moins de la médication arsenicale telle qu'elle est maniée par M. Boudin.
Administration prophylactique dans les localités marécageuses jpour prévenir la fièvre. S'appuyant sur l'extrême rareté des récidives après le traitement arsenical, et sur la rareté des fièvres signalées par le docteur Stokes dans une localité marécageuse du Cornouailles, M. Boudin a proposé l'administration préventive de très-faibles doses d'acide arsénieux , par exemple 1 milligramme par jour. Les faits déjà connus permettent
320 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
d'affirmer l'innocuité; à l'expérience appartient de prononcer sur l'efficacité de ce moyen.
Fièvres intermittentes. Certes, l'administration des préparations arsenicales dans le traitement des fièvres d'accès n'est pas chose nouvelle; mais il faut convenir que jusqu'alors aucun des devanciers de M. Boudin n'était parvenu à réaliser les résultats obtenus dans ces derniers temps par ce médecin, résultats qui ne peuvent être attribués qu'à la méthode spéciale suivie par lui, et dont nous avons résumé les règles. Disons à cette occasion, que les heureux résultats signalés par ce médecin militaire sont confirmés par ceux d'un grand nombre de praticiens, dont la presse médicale a enregistré les travaux. Nous nous bornerons à rappeler ici les essais de MM. Néret à Nancy, Teissier à Lyon, Maillot à Lille, Dernier à Sarreguemines, Leterme à Luynes. Mazière à Ile-Boin, Vaulpré et Travail dans les marais de la Bresse, Vérignon à Hyères , Portafax en Corse, Garbiglietti à Turin, Rouis en Algérie, Sigaud au Brésil , enfin ceux de Gonet, premier médecin en chef de la marine à la Guadeloupe.
Névï'cdgies. La solution aqueuse et la poudre d'acide arsénieux ont été employées sur une large échelle par M. Boudin contre les névralgies. Il affirme avoir constamment réussi, quand la névralgie présentait un type périodique prononcé, beaucoup moins lorsque cette condition n'existait pas.
Dans les névralgies rebelles, dans celles surtout qui reviennent périodiquement, le quinquina ou le sulfate de quinine ont besoin d'être administrés à des doses si considérables, qu'il en résulte souvent des accidents du côté du système nerveux et des organes de la digestion. La maladie d'ailleurs reparaît fréquemment malgré le quinquina, et ce moyen reste alors insuffisant. C'est dans ce cas que les préparations arsenicales rendront des services qu'on demanderait en vain à tout autre moyen.
Le titre seul de l'ouvrage de Fow^ler indique assez que ce praticien avait constaté l'utilité de l'Arsenic dans le traitement de la névralgie périodique; il rapporte sept cas de guérison. Hoffmann cite le cas suivant (Harles, loc. cit.; p. 331) : Un homme de quarante-neuf ans éprouvait depuis un certain temps , une céphalée périodique qui revenait tous les matins à sept heures, et durait jusqu'à une heure de relevée; l'intensité des douleurs était telle, que le malade entrait dans un délire furieux. C'était en vain que l'on avait mis en usage l'opium, la valériane, l'ammoniaque et d'autres moyens. On ajouta enfin de l'élixir arsenical à l'infusion de valériane et de calamus aromaticus, et ce mal opiniâtre fut détruit en un jour. On lit aussi dans la Kevue médicale française, mai 1828, l'histoire d'une céphalalgie nerveuse durant depuis longues années et guérie à l'aide de l'Arsenic par le docteur Alexander.
Affections nerveuses diverses, — Épilepsie. La monographie de Harles rapporte quatre cas de guérison d'épilepsie par l'Arsenic (p. 324). L'un a
été observé par Edward Alexander, médecin anglais, l'autre par Duncan, d'Edimbourg, un troisième par Hoffmann, un quatrième enfin par l'auteur lui-même. Les deux derniers faits surtout semblent assez probants; mais que conclure de deux faits, surtout quand il s'agit d'épilepsie? Le même auteur cite encore des cas de guérison de danse de Saint-Guy par le moyen de l'Arsenic.
Chorée. M. Rayer a employé l'Arsenic dans des chorées anciennes et rebelles qui avaient résisté à tous les traitements usités en pareil cas, et il en a obtenu de l'amendementj et même des guérisons complètes. { Union médicale, juillet 1847.) En Angleterre, ce même moyen a été souvent mis en usage avec succès par Martin, Gregory , Latter, et plus récemment par Babington, Hughes et Begbi.
Angine de poitrine. Cette maladie, l'une des plus atroces que nous connaissions, n'a jamais été observée par nous que deux fois; nous avons pu donner à nos malades un soulagement temporaire à l'aide du datura stramonium; mais les accès sont revenus avec une férocité désespérante. Si le fait cité par M. Alexander est vrai, ce dont il n'est pas permis de douter, l'Arsenic lui aurait, dans une circonstance semblable, rendu un immense service. Il s'agissait d'un homme de cinquante-sept ans atteint d'une angine de poitrine parvenue au plus haut degré. Il lui donna trois fois par jour six gouttes de solution arsenicale de Fowler, et le malade n'eut pas de nouvel accès. Toutefois, comme il se reproduisait de légers paroxysmes, Alexander revint à l'usage des mêmes moyens, et la guérison désormais ne se démentit plus. (Harles, loc. cit.,^). 329.) .
Névroses diverses. M.Teissier, de Lyon, a publié, dans le journal de médecine de Lyon (mai IS^S), deux observations intéressantes sur l'emploi des préparations arsenicales contre des névroses extrêmement graves. Dans la première, il s'agissait d'une névrose intermittente du cœur et des organes de la respiration, chez un homme de soixante-six ans; dans l'autre , c'était une gastralgie caractérisée par des douleurs atroces , chez une dame de trente-deux ans. Dans le premier cas il y eut guérison, et dans le second simple amendement.
Asthme. Maladies de poitrine. Qu'on veuille bien se rappeler ici les observations faites sur les toxicophages , et notamment la coutume établie chez certains montagnards d'avaler un peu d'Arsenic pour se donner de l'haleine et du jarret, et comme ils disent, pour se rendre volatils, au moment où ils se disposent à faire une course dans les montagnes. Qu'on n'oublie pas non plus cette pratique usitée chez les voituriers de ces mêmes pays, qui consiste à mêler de l'Arsenic à l'avoine des chevaux, lorsqu'ils ont à faire une montée laborieuse.
Guidé par ces indices, le docteur Kœpl eut l'idée d^essayer si l'Arsenic I. "21
322 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
if aurait pas quoique influence sur certains troubles des fonctions respiratoires. Il donna en conséquence la liqueur de Fowler à quelques individus atteints d'asthme, et il déclare avoir obtenu de ce moyen des avantages marqués.
Déjà, au commencement de cet article, nous avons rapporté les opinions des auteurs anciens, à commencer par Dioscoride, qui préconisait surtout les préparations arsenicales données à l'intérieur et en fumigations, dans le traitement des maladies chroniques de la poitrine et du larynx. Lors de la publication de notre première édition, nous n'avions jamais expérimenté ces médicaments , nous n'avions même jamais vu prescrire l'Arsenic dans le but de modifier des maladies thoraciques, de sorte que nous ne pouvions donner notre propre avis; mais nous devons dire que la lecture des auteurs qui se sont occupés de l'Arsenic nous avait convaincus que cette substance était évidemment utile dans les fièvres intermittentes, mais qu'elle n'était pas moins utile dans les catarrhes chroniques et dans l'asthme spasmodique. Trop de témoignages déposaient dans ce sens pour qu'il nous fût permis d'en douter; mais aujourd'hui nous pouvons parler d'après notre propre expérience.
« A l'intérieur, dit Dioscoride, on donne l'Arsenic aux malades qui ont du pus dans la poitrine ( Vide suprà, p. 310). Mêlé au miel, il rend la voix plus claire, et on le donne aux asthmatiques en potion avec de la résine. Dans les toux invétérées, on fait respirer aux malades, à l'aide d'un tube, la vapeur d'un mélange de résine et d'Arsenic. »
Il est inutile de citer de nouveau PUne, Galien et ses commentateurs les Arabistes, qui tous semblent avoir copié Dioscoride, et qui peut-être ont juré sur la parole du maître sans avoir jamais expérimenté par eux-mêmes; mais à des époques plus rapprochées de nous , des observateurs attentifs ont démontré par l'expérience la vérité des assertions de Dioscoride et de ceux qui l'avaient suivi.
A la fin du seizième siècle, George Weith avait inventé un électuaire dans la composition duquel entrait l'orpiment, et dont il donnait une dose fort considérable aux malades atteints d'asthmes les plus graves. (Jo. Langius, Epistol. med., Hanov., 1605, p. Si?). Il paraît, d'après ce même auteur, que l'usage des fumigations arsenicales dans le traitement de l'asthme était, en quelque sorte, populaire dans quelques climats septentrionaux de l'Europe. Ettmùller donnait à fumer aux asthmatiques un mélange de tabac et d'Arsenic, et ce dernier était porté graduellement h la dose énorme do 75 centigrammes (15 grains) sans qu'il en survînt le moindre accident (Harles, Loc. cit., p. 328).
Enfin faut-il croire que Beddoes, cité par Girdlestone, ait traité avec succès un phthisique dont deux frères étaient morts de consomption mésentérique, et que Bernhardt {Chymische Vcrsuch, p. 233) ait guéri nombre d'enfants affectés de carreau , en leur faisant prendre trois fois par jour une faible dose d'une préparation arsenicale; queFerriar {Med. facts and
obs£rv.) ait donné avec avantage aux enfants atteints de la coqueluche la solution de Fowler, à toutes les périodes de la maladie?
Nos essais ont été faits sur des phthisiques et sur des malades atteints de catarrhe chronique du larynx. Chez les phthisiques, nous avons obtenu non pas des guérisons , mais tout au moins une suspension des accidents fort extraordinaire dans une maladie dont rïen ne retarde la marche fatale. Nous avons vu la diarrhée se modérer, la fièvre hectique diminuer, la toux devenir moins fréquente , l'expectoration prendre un meilleur caractère; mais nous n'avons pas guéri. De nouveaux tubercules se formaient et se ramollissaient, et la mort venait plus tard, il est vrai ; mais elle venait inévitable, comme toujours. Toutefois, les résultats que nous avons obtenus sont pour nous des motifs d'encouragement, et rien n'empêche d'espérer que, dans des affections peu étendues, nous obtiendrons une complète guérison.Voici, d'ailleurs, la méthode que nous avons mise en usage. Nous faisons préparer une solution arsenicale de 2 à 4; grammes (1 /2 à 1 gros) d'arséniate de soude dans 20 grammes (3 gros) d'eau distillée» Un morceau de papier d'une grandeur déterminée est imbibé dans cette solution, puis séché, divisé et plié en forme de cigarette. De cette manière, chaque cigarette peut contenir un poids connu d'arséniate de soude , ordinairement 5 ou iO centigrammes (1 ou 2 grains). Les malades, après avoir allumé la cigarette, en aspirent la fumée dans la bouche; puis , par une lente inspiration, la font passer dans les bronches. On aspire d'abord quatre ou cinq gorgées deux ou trois fois par jour; et, à mesure que l'on s'y habitue , on augmente le nombre des inspirations. Quand il y a beaucoup d'oppression , on peut rouler dans le papier des feuilles de datura stramonium.
Dans l'opération si simple que nous venons de décrire , l'arséniate de soude se réduit au contact du carbone contenu dans le papier incandescent; il se forme un carbonate de soude, de l'oxyde de carbone, et l'Arsenic volatihsé est entraîné avec la fumée et se met en contact direct avec la membrane muqueuse et avec les surfaces ulcérées. Nous employons le même moyen, mais avec beaucoup plus d'avantages, dans les catarrhes chroniques simples, bronchiques et laryngés.
Nous voudrions que l'on fût bien persuadé que, dans nos expériences sur l'Arsenic, nous n'avons pas fait d'erreur de diagnostic. On nous suppose, nous l'espérons du moins, assez d'habitude des hôpitaux et de l'auscultation pour croire que, dans une phthisie tuberculeuse confirmée et au second degré , nous n'avons pu méconnaître les lésions pulmonaires, et nous méprendre sur les symptômes généraux qui précèdent ou accompagnent la pulmonie; d'ailleurs, ces essais ont été faits en présence d'un grand nombre d'élèves, qui suivaient notre clinique, et qui, pour la plupart , étaient reçus docteurs ou étaient à leur dernière année d'études.
En même temps que chez nos malades nous faisons faire des fumigations arsenicales , nous administrons à l'intérieur des pilules d'acide arsé-
Ô24 . MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
nieux à la dose de 2 à 15 milligrammes (1/25 à 1/4- de gram), dans le courant de la journée.
Cancers, Ulcères cancéreux. Nous ne voulons pas parler ici de l'emploi topique de l'Arsenic dans le traitement des ulcères chancreux; nous y reviendrons plus bas; mais parmi les médecins qui attaquèrent extérieurement le cancer par l'application des pâtes ou des pommades arsenicales, il en était un grand nombre qui croyaient devoir traiter la diathèse par l'usage interne du même médicament. C'était la règle que suivaient Rush, Valentin, CoUenbush^ Lefebure, Justamond, Salmade, Simmons , Martin^ Casten Roennow, etc., etc. (Voyez Harles, loc. cit., pages 108 et suiv.) Le professeur Thompson , de Londres, a particulièrement préconisé dans le traitement de la diathèse cancéreuse l'usage interne de l'iodure d'Arsenic {Gaz. méd., 1839, n° 26).
M. Boudin pense qu'une saturation arsenicale de l'économie, habilement conduite, avec le soin d'éviter, de provoquer des phénomènes d'intolérance, pourrait, dans le traitement de la diathèse cancéreuse, donner des résultats qu'il n'était pas permis de demander à l'empirisme de l'ancien mode d'administration des préparations arsenicales. En effet, si l'on considère que ce médecin a pu , dans quelques cas particuliers , et au moyen du fractionnement, porter la dose d'acide arsénieux jusqu'à c?za;-A?«Vcm^2grammes par jour, et continuer cette dose pendant six semaines, sans le moindre accident, on comprend que l'Arsenic pourrait bien n'avoir pas dit encore son dernier mot dans la thérapeutique du cancer.
Maladies chroniques des voies digestives. Nous disions au commencement de cet article que les paysans styriens prenaient l'Arsenic comme stomachique. A cet égard, voici un fait curieux qui a été consigné par le docteur Kœpl dans sa communication sur les toxicophages [loco citato\ et qui mérite de trouver ici sa place.
Le domestique d'un château voulut se défaire d'une surveillante trop sévère. Pour atteindre son but, il mêla pendant assez longtemps de trèspetites doses d'Arsenic aux repas de la dame, espérant pouvoir éluder tout soupçon de meurtre par la marche chronique de l'empoisonnement. A son très-grand étonnement , il vit cette dame pendant quelques mois gagner très-visiblement de l'embonpoint, un air frais et de la gaieté. Voyant que les petites doses produisaient un eiîet contraire à son désir, il mêla une dose beaucoup plus considérable à une fricassée de poulet. La violence des symptômes qui s'ensuivit mit sur la trace de la tentative d'empoisonnement et de son auteur, qui fut livré aux tribunaux.
C'est encore ici le lieu de rappeler les résultats obtenus par ces éleveurs de bestiaux qui, pour engraisser rapidement les bœufs , les veaux et les porcs, mêlent à leurs aliments une petite proportion d'Arsenic, et réussissent ainsi à leur faire prendre un embonpoint considérable en très-peu de temps.
De son côté, M. Tessier, de Lyon, dont nous rapportions plus haut les observations sur l'emploi de l'Arsenic dans certaines névroses des organes respiratoires et digestifs, fait cette remarque importante, que dans ses expériences il a reconnu à l'Arsenic la propriété de stimuler l'appétit et de faciliter les digestions , tout en diminuant l'excès de sensibilité de l'estomac. Il déclare , en outre , que ce médicament lui a paru exercer une influence favorable dans certaines aff'ections chroniques des voies digestives et notamment dans les gastralgies.
Ces faits divers, tirés soit de l'ordre physiologique, soit de l'ordre pathologique, joints à quelques observations analogues qui nous sont personnelles, nous semblent devoir autoriser l'emploi de l'Arsenic à doses extrêmement petites dans certaines affections réfractaires des organes digestifs, par exemple dans les dyspepsies, ou gastro-entéralgies accompagnées de diarrhées rebelles, dans certains cas de lienterie avec état cachectique, que rien ne peut modifier.
Ajoutons ici une dernière remarque. Il est aujourd'hui parfaitement démontré que plusieurs sources minérales, et entre autres l'eau de Vichy, contiennent une dose d'Arsenic appréciable par l'analyse. Or qui sait si cette dose d'Arsenic, jusqu'ici négligée, n'entrerait pas pour quelque chose dans certaines guérisons de maladies chroniques des voies digestives, dont on attribue tout l'honneur aux sels alcalins ?
Maladies cutanées. Rhus donnait à l'intérieur l'acide arsénieux, dans les dartres pustuleuses chroniques (Desgranges, Usages de l'Arsenic , Journ. gén. de méd., 1807, tome XXX). Valentin, et surtout Girdlestone, médecin à Yarmouth , contribuèrent singulièrement à populariser cette médication dans le traitement des maladies Cutanées [London med. and. phys. Journal. 1806). Plus tard , les expériences nombreuses de Willan et de Pearson ne laissèrent plus de doute sur les bons effets qu'il était permis de retirer de l'administration interne de l'Arsenic; et chez nous, Biett, médecin de l'hôpital Saint-Louis , a plus que personne familiarisé les médecins français avec l'Arsenic. M. Cazenave, élève de Biett, résume ainsi les résultats auxquels celui-ci est arrivé : « Il est aujourd'hui démontré que l'on obtient des effets merveilleux de l'administration des préparations arsenicales, nonseulement dans les formes sèches des maladies de la peau , mais encore dans l'eczéma et dans l'impétigo chroniques. Ce moyen réussit moins bien dans les affections papuleuses, et, en général, il a presque toujours échoué dans les diverses formes du genre porrigo , de l'acné , du sycosis , etc. Il peut être d'un grand secours dans l'éléphantiasis des Grecs ; enfin il n'est pas applicable en général au traitement des exanthèmes aigus. Les préparations arsenicales administrées dans les maladies de la peau ont des effets constants et facilement appréciables. Ainsi, dans les maladiessquammeuses, au bout de quelques jours on observe un surcroît d'activité dans l'éruption; les plaques deviennent chaudes, animées; le centre se guérit, les bords s'affaissent peu à peu; et souvent, au bout de deux mois, quelquefois plus
lôtj on voit disparaître une maladie qui existait depuis plusieurs années. » {Dictionnaire de méd., 2^ édition, tome IV, page 25.)
M. Boudin assure avoir retiré de brillants résultats des préparations arsenicales , dans le traitement d'une maladie qui, jusqu'ici, a fait le désespoir de la médecine : nous voulons parler de la couperose.
Maladies de Vutérus. Dans la Medico-chirurgical Review, in-S", 1838, on lit un mémoire de M. Henry Hunt, dans lequel ce praticien témoigne de l'extrême efficacité de la solution arsenicale de Fowler, ou de l'acide arsénieux, dans le traitement des ménorrhagies que l'on observe chez les femmes à la suite des couches ou au moment de l'âge critique. Il parle de ménorrhagies qui avaient duré plus de deux ans, et qui ont été rapidement modifiées par ce moyen.
Il conseille le même moyen dans les métrites chroniques, accompagnées de douleurs de reins. La dose est de 25 déci-milligrammes (1 vingtième de grain) d'acide arsénieux par jour, continuée pendant un , deux , trois , et jusqu'à quatre mois.
M. Boudin emploie, pour modifier certains flux leucorrhéiques, des injections composées d'acide arsénieux, 5 centigrammes, dans eau distillée 100 grammes. Il se sert, pour panser les ulcères, de la préparation suivante : acide arsénieux, 5 centigrammes, incorporés dans pommade de concombre, 5 grammes.
Vers intestinaux. — Nous ne savons si , depuis Gœlius Aurelianus , qui <3onseille les lavements arsenicaux pour détruire les vers intestinaux, on a Jamais répété cette expérience. Il suffit de savoir quelles sont les parties de l'intestin habitées par les vers, pour comprendre que les lavements ne peuvent servir que lorsqu'il existe des ascarides vermiculaires. On ne saurait dire trop haut combien les injections faites dans le rectum avec une solution arsenicale sont utiles dans ce cas. A l'époque où nous avions un service dans un hôpital d'enfants, nous avons eu souvent l'occasion de les employer. Pour un lavement de 200 grammes (7 onces) d'eau, on fait dissoudre 4 à 5 centigr. (j/5 à 1 grain) d'arséniate de soude ou d'arsénite de potasse. Cette dose, qui serait énorme si elle était conservée , provoque une irritation assez vive, et par consécj uent est rapidement rejetée ; mais le contact, quelque rapide qu'il soit, de la solution arsenicale avec les vers, suffit pour les tuer.
Un seul lavement suffit ordinairement pour détruire ceux qui existent 3 mais il y faut revenir deux ou trois jours de suite et ensuite deux ou trois fois encore, en laissant quatre jours d'intervalle, pour détruire les sporules des ascarides, et faire cesser toute cjiance de récidive. Nous n'avons jamais donné l'Arsenic à l'intérieur, pour guérir les vers intestinaux : il est, sinon certain, du moins bien probable, que des doses, capables de ne causer aucun danger, seraient absorbées dans l'estomac ou dans le duodénum avant d'arriver à l'intestin grêle, que les ascarides lombricoïdes et les tienias habitent constamment. Peut-être pourtant le réalga^* et l'orpiment.
qui sont dittlcilement solubles^ arriveraient-ils dans l'intestin grêle, sans ayoir été totalement décomposés, et agiraient-ils topiquement, comme les lavements arsenicaux, sur les ascarides vermiculaires. Mais l'Arsenic, employé de cette manière, sera toujours une arme dangereuse; et nous conseillerons aux praticiens de ne jamais s'en servir, si ce n'est dans la circonstance que nous avons indiquée.
M. Boudin administre l'acide arsénieux en lavements, comme veruîicide. Il débute par 5 centigrammes , qu'il porte graduellement à 10, à 15 et jusqu'à 20 centigrammes. Il a eu occasion de combattre ainsi le t£enia , en administrant l'Arsenic en même temps par la bouche. L'acide arsénieux était donné en poudre avec du sucre blanc et porté, avec fractionnement, jusqu'à 7 centigrammes par jour. Le malade a rendu des fragments considérables de taenia, et tous les accidents ont cessé. Cependant, comme ce résultat était encore récent, il hésitait à affirmer la guérison définitive du malade.
Arsenic contenu dans les eaux minérales. Depuis quelques années l'attention des chimistes s'est portée sur un fait capital : nous voulons parler de la présence de l'Arsenic dans un grand nombre d'eaux minérales, surtout dans celles qui contiennent des sels de fer. Ainsi, il résulte d'expériences faites sur diverses eaux minérales, que ces eaux contiennent des quantités minimes d'Arsenic, qui peuvent cependant être dosées.
Eau de Vichy. —On a retiré 1 centigramme d'Arsenic de 33 litres, de la source Lucas; — de 100 litres, de la source des Célestins; — de 10 litres, de la fontaine de l'Hôpital; — de 16 litres , de la fontaine des Acacias ; — de 14 litres, de la fontaine des Dames,
Eau de Plombières. — La fontaine des Dames fournit 1 centigramme d'Arsenic pour 26 litres.
Eau de Bussang. — 27 litres donnent 10 centigrammes d'Arsenic.
L'eau de Bussang est de toutes nos eaux ferrugineuses celle qui contient le plus d'Arsenic, puisqu'en buvant 1 litre de cette eau on prend près de A milligrammes d'arsenic. On pourrait peut-être, à ce titre, la recommander dans certaines affections invétérées de la peau, dans lesquelles on emploie la solution de Fowler, surtout si le fer était en même temps indiqué.
Il suit de la découverte que nous venons de signaler plusieurs conséquences importantes : c'est que dans un grand nombre de cas où l'on attribue généralement à certains sels contenus dans une source minérale une influence donnée , il est permis de croire que l'arsenic qui s'y trouve ait à revendiquer une part de cette influence, bonne, ou mauvaise. D'un autre côté , il ne serait pas impossible non plus que certaines eaux , qui sont douées de propriétés très-manifestes, bien que dépourvues en apparence de tout principe minéralisateur actif; tirassent leurs effets thérapeutiques de la présence de certains composés arsenicaux.
Usage externe de l'Arsenic. Dioscoride connaissait déjà très-bien les
328 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
propriétés escharotiques de l'Arsenic : Vim habet escharoticam cum ustione et ciim 7norsio7ie violenta (Dioscoride) ; V alet perrodere (Pline). Celse, Galien et tous les auteurs que nous avons cités au commencement de cet article lui reconnaissaient la même propriété : Arsenici oynnes species sunt comburentes (Rhazes) ; Omnes species Arsenici escharoticse sunt (Avicenne). Enfin , nous verrons tout à l'heure avec quel bonheur les modernes ont employé les préparations arsenicales dans le traitement topique des ulcères cancéreux. Théodore [Chirurg., lib. IV, p. ill) utilisait les mêmes propriétés escharotiques pour détruire les chairs fongueuses qui végètent sur les ulcérations scrofuleuses , et il obtenait , par ce moyen, une cicatrice facile et régulière.
Si maintenant l'Arsenic est employé topiquement à de très-légères doses, il agit homœopathiquement, c'est-à-dire substitutivement; et il est alors d'un très-grand secours pour hâter la guérison des ulcères chroniques, des dartres phagédéniques, et de la plupart des affections chroniques de la peau. Ce remède était universellement adopté dans le traitement des maladies cutanées, jusqu'à l'époque où le mercure prit, en thérapeutique, une suprématie qu'il mérite à tant d'égards. L'Arsenic , comme moyen topique, dans les ulcères de mauvaise nature, rend quelquefois de plus grands services que les préparations mercurielles ; mais il veut être manié avec une prudence extrême et à des doses très-minimes. Un médecin de Paris , qui fait ignominieusement un secret des moyens thérapeutiques qu'il emploie dans le traitement du cancer de l'utérus , modifie heureusement l'abondance et la fétidité, de l'écoulement, et prolonge évidemment la vie des malades , en touchant légèrement le col de la matrice avec un peu de coton imbibé d'huile arsenicale. Il est d'autant plus essentiel de ne laisser cette huile qu'un instant en contact avec la partie malade , et de mêler l'Arsenic à l'huile dans des proportions très-minimes, 5 centigrammes (1 grain) pour 4 grammes (1 gros), par exemple, que des doses plus fortes donnent lieu à des accidents inflammatoires qu'il n'est pas toujours facile de conjurer.
Ainsi donc , à faible dose , ils peuvent donner lieu à une très-violente phlegmasie ; à dose plus forte , ils frappent de mort les parties avec lesquelles ils sont en contact. Aussi ces préparations sont-elles employées dans le double but de modifier localement la partie, soit en y excitant une phlegmasie d'une autre nature, soit en détruisant superficiellement les tissus malades, en même temps que plus profondément l'Arsenic agit par des propriétés altérantes dont nous avons parlé plus haut.
Lorsqu'on ne veut qu'exciter localement une inflammation à la surface d'une plaie, il ne faut employer que de très-faibles doses d'Arsenic, 5 centigrammes (1 grain) d'acide arsénieux ou d'arséniate de soude, pour 8 grammes (2 gros) de cérat, et une dose double de sulfure. Mais, pour produire des eschares superficielles, les doses doivent être beaucoup plus considérables.
Les poudres arsenicales les plus célèbres, employées dans ce but, sont
celles de Justamond, du frère Cosme, de Pluncquet, celle de Rousselot, qui est à peu près la seule employée, et qui est presque identique à celle du frère Cosme; celle de Dubois^, qui diffère peu des poudres du frère Cosme et de Rousselot : préparations dont nous avons indiqué la formule en tête de ce chapitre.
C'est surtout dans le traitement des cancers superficiels de la peau que ces poudres diverses ont été employées ; on en fait une pâte, soit avec de la salive, soit avec de l'eau gommée, soit avec de l'eau simple, soit avec un peu de blanc d'œuf , et on i'étend sur la surface malade. Mais il y a quelques précautions importantes à prendre.
Quelques chirurgiens étaient dans l'habitude d'exciter la surface du cancer, d'enlever avec le bistouri tous les boutons indurés, et de recouvrir immédiatement la plaie avec la pâte arsenicale. Cette pratique fut suivie, dans plusieurs cas, d'accidents toxiques assez graves pour discréditer singulièrement l'emploi de la pâte arsenicale. Mais Dubois, ayant remarqué que l'absorption était d'autant plus rapide que la plaie était plus r,écente , qu'elle était au contraire presque nulle quand la suppuration était bien établie , pose en principe d'exciser d'abord la surface cancéreuse, et de n'appliquer la pâte arsenicale que quatre jours après. Quoique, par ce moyen, on évite en général l'absorption de l'Arsenic, cependant , quand la plaie est fort étendue, il arrive assez souvent que le poison cause encore des accidents mortels. De là ce précepte de ne recouvrir la plaie que successivement, de manière à ne faire qu'une application chaque jour. ■ Les premiers effets de la pâte arsenicale sont de produire une très-violente douleur, et une inflammation érysipélato-phlegmoneuse qui s'étend fort loin et dure ordinairement de quatre à huit jours. Ueschare, d'autant plus profonde que l'épaisseur de la pâte était pjus considérable, se détache lentement et ne tombe ordinairement que du quinzième au trentième jour ; au-dessous on trouve ordinairement la cicatrice presque complète et le derme sans tubercules. Que s'il existe encore quelques végétations suspectes, on les réprime, soit avec le caustique de Vienne, soit avec le nitrate acide de mercure.
Dupuytren ne croyait pas nécessaire de produire une eschare; et il pensait qu'une préparation arsenicale, capable d'opérer une violente phlegmasie, suffisait pour guérir les cancers superficiels de la peau. Il conseillait la poudre suivante : Acide arsénieux de 5 à 6 parties ; calomel, 100 parties. Il en faisait une pâte avec une solution gommeuse, et il l'appliquait sur les surfaces malades, l'enlevant au bout de deux ou trois jours, et renouvelant l'application jusqu'à cinq ou six fois, suivant l'exigence des cas.
Dans le lupus, dans les dartres rongeantes, cette même pâte est d'une incontestable utilité, en même temps que l'on donne à l'intérieur d'autres préparations arsenicales, ainsi que nous l'avons dit plus haut.
Blennorrhagie urétro.le. La solution d'acide arsénieux a été employée en injection par IM. Boudin pour combattre la blennorrhagie urétrale chez
330 MEDICAMENTS ALTERANTS.
l'homme. L'innocuité a été complète, mais le résultat thérapeutique lui a paru nul.
Maladies des yeux. Les propriétés irritantes des préparations arsenicales les faisaient employer par les anciens dans les collyres, au même titre que nous employons aujourd'hui les mercuriaux.
Épilatoire. Enfin , de toute antiquité , et les citations nombreuses que nous avons faites au commencement de cet article le démontrent jusqu'à l'évidence, des préparations arsenicales sont entrées et entrent encore dans la composition de la plupart des poudres et des pommades épilatoires. Ce qu'il y a de singulier, c'est que les anciens, Dioscoride, Pline, Galien, etc., en même temps qu'ils constatent les propriétés épilatoires de l'Arsenic, affirment qu'il est très-utile dans l'alopécie. Il est utile sans doute dans les alopécies qui reconnaissent pour cause une maladie chronique du cuir chevelu, et alors il agit comme dans la plupart des affections cutanées qu'il guérit. Il faut noter que, comme dépilatoire, l'Arsenic a une action immédiate, et qu'il s'emploie alors à des doses considérables ; tandis que , pour guérir les maladies du cuir chevelu qui causent l'alopécie, les préparations arsenicales sont prescrites à des doses minimes, de manière à ne produire sur la peau de la tête qu'une irritation passagère.
Modes d'administration et doses.
Nous avons dit plus haut de quelle manière l'acide arsénieux devait être prescrit, nous n'y reviendrons pas ici 5 il nous suffira de parler de quelques autres préparations arsenicales.
lodure d'Arsenic. L'iodure d'Arsenic, médicameut tout récemment introduit dans la thérapeutique, se donne à l'intérieur à la dose de 2 centigrammes et demi (un demi-grain) par jour j extérieurement, on l'incorporé à l'axonge dans la proportion d'un centième, et non à la dose énorme qu'indique M. Soubeiran [Dict. deMéd., 2« édit., t. IV, p. 12).
Sidfure d'Ar&enic. Le sulfure jaune d'Arsenic est aujourd'hui employé de préférence au sulfure rouge ; cependant nous voyons que chez les anciens le réalgar, au contraire, avait la préséance sur l'orpiment. Quoi qu'il en soit, ces deux sulfures se donnent, à l'intérieur, à la dose de 5 à 15 centigrammes (1 à 3 grains) en vingt-quatre heures j à l'extérieur, dans les pommades, à une dose double de celle de l'acide arsénieux.
Quand on le prescrit pour fumigations pulmonaires , mêlé à quelque résine, comme le benjoin, l'oliban, etc., etc., la dose ne doit pas dépasser 10 ou 15 centigrammes (2 ou 3 grains) dans la masse qui doit être employée en une fois. Dans les fumigations pour l'ozène, la dose doit être la même.
Le sulfure jaune d'Arsenic est la base des pommades épilatoires que
AliSENIC. 331
le charlatanisme débite et invente chaque jour. Nous avons indiqué la composition du fameux rusma des Turcs. Pour s'en servir, on fait avec de l'eau une pâte molle dont on recouvre la partie que Fon veut épiler. Une pâte faite avec une forte solution d'arsénite de potasse remplit encore ce but.
Arsénite de potasse. La solution de Fowler se donne à la dose de 5 à 20 gouttes, trois fois par jour, dans un demi-verre d'eau sucrée.
Aî'séniafe de sonde. La solution de Pearson , beaucoup moins énergique que celle de Fowler, se donne à la dose de 12 à 24 gouttes, deux ou trois fois par jour.
Varséniate de fer est prescrit à Tintérieur à la dose de i à 5 centitigrammes (1/5 de grain à 1 grain) dans les vingt-quatre heures.
Dans ces dernières années M. Duchesne-Duparc a présenté à l'Académie des sciences un mémoire sur l'emploi de l'arséniate de fer. Il propose cette préparation arsenicale comme le meilleur remède contre les dartres furfuracées et squammeuses. Il l'administre a doses graduées depuis \, 2, 3 milligrammes par jour, en montant successivement jusqu'à 15 et 20 centigrammes.
Dans son opinion, l'arséniate de fer serait, de tous les composés arsenicaux , le mieux supporté par les organes digestifs et le plus inofîensif pour l'économie entière, sur laquelle il agirait à la manière des toniques excitants.
h'Ot est un métal d'une couleur jaune, oxyde de fer également dissous, on laisse
doué d'un éclat métallique très-vif, extrê- en contact pendant vingt-quatre heures;
mement malléable, moins fusible que l'ar- l'Or se précipite en poudre très-ténue ; on
gent et le cuivre; il fond vers 32 degrés du décante le liquide, on lave le précipité, on
pyromètre de Wegwood. Cette température le fait sécber, et on le conserve pour l'u-
correspond à peu près à 1100° du thermo- sage.
mètre à air. Il ne se combine pas directe- On prépare avec cette poudre un sirop
ment avec l'oxygène, mais il peut former d'Or et une pommade d'Or dont l'efficacité
avec lui deux combinaisons, et trois sui- est douteuse, vant quelques chimistes.
Or métallique.
Oxyde d'or.
Il existe deux combinaisons distinctes de
On emploie en médecine l'Or divisé ou l'Or avec l'oxygène, le protoxyde , et le
l'Or à l'état de poudre. Moxyde ou peroxyde.
On obtient la poudre d'Or par deux pro- Le protoxyde est une poudre verte, peu
cédés : stable, se transformant très- facilement en
1" On triture des feuilles d'Or avec sept Or métallique et en peroxyde. Il n'est pas
ou huit fois leur poids de sulfate de potasse employé.
ou de sucre, jusqu'à ce qu'on n'aperçoive Le peroxyde (acide aurique), connu en
plus de fragments de feuilles; on traite médecine sous le nom d'oxyde d'Or, est
cette poudre par l'eau, qui dissout le sel brun à l'état sec, jaune et rougeàtre à l'état
ou le sucre, et laisse précipiter l'Or. d'hydrate, se réduisant très-facilement par
2° On verse dans une dissolution de l'action de la lumière , ce qui oblige de le
chlorure d'Or un excès de sulfate de prot- conserver dans des flacons recouverts de
papier noir. 11 peut se combiner aux alcalis, mais il ne forme pas de combinaisons avec les acides. Il est insoluble dans l'eau.
On l'obtient en traitant une dissolution de chlorure d'Or par une solution de bicarbonate de potasse, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'effervescence; le précipité qui se forme est de l'oxyde d'Or. Il est la base des
Înlules fondantes de Pierquin, dont voici a formule :
Pr. : Oxyde d'Or, 30 centigr. (6 grains). Extrait de garou, 8 gramra. (2 gros).
F. S. A. 60 pilules.
Pourpre de Cassius.
(Oxyde d'Or par l'étain, stannate d'Or.)
Sa composition est mal connue ; on sait seulement qu'il contient de l'Or, de l'oxygène et de l'étain. Plusieurs chimistes le regardent comme une combinaison de protoxyde d'Or avec le bioxyde d'étain; M. Berzélius le considère comme un composé de protoxyde d'étain et d'un oxyde d'Or, intermédiaire au protoxyde et au peroxyde.
On l'obtient en versant, dans une dissolution de chlorure d'Or, une solution d'étain dans l'eau régale également étendue ; il se forme un précipité pourpre que l'on lave et que l'on dessèche.
Chlorure d'Or.
(Chlorhydrate d'Or, muriate d'Or.
11 n'est pas employé à l'état de pureté. Celui qui est usité en médecine est d'une belle couleur jaune, cristallisé en petits prismes aiguillés, moins soluble que le chlorure simple, soluble dans l'eau. Chauffé, il perd de son acide, mais il commence à être décomposé en chlorure et en Or métallique avant d'avoir perdu entièrement son acide chlorhydrique. Il est déliquescent.
On l'obtient en faisant dissoudre de l'Or métallique dans l'eau régale, évaporant jusqu'à ce que l'on sente une légère odeur de chlore, puis on laisse cristalliser.
Caustique de Récamier.
Pr. : Chlorure d'Or, 30 centigr. (« grains). Eau régale, 32gramm. (l once).
Faites dissoudre.
Chlorure d'Or et de sodium.
(Muriate d'Or et de Soude, chloro-aurate de sodium, chlorure aurico-sodique.)
Sel d'une couleur orange , cristallisé en
longs prismes à quatre faces , soluble dans l'eau.
On le prépare en ajoutant à une dissolution concentrée de chlorure d'Or du sel marin purifié et dissous; on fait évaporer et cristalliser.
Dans ce sel , le chlorure d'Or joue le rôle d'acide, par rapport au chlorure de sodium.
LedocteurChrestien,deMontpellier,afait préparer avec ce sel un sirop, des tablettes, des pilules, etc. Ce sont !à des préparations très-rationnelles, puisque le sel marin naturellement contenu dans le sang transforme les autres sels auriques en chloroaurates alcalins.
ïodure d'Or.
(Voir art. Iode, tome I, page 241.)
Cyanure d'Or.
C'est une poudre jaune, insoluble dans l'eau. Elle s'obtient en versant dans une solution de chlorure d'Or peu acide du cyanure de potassium ; il se dépose une poudre qui est d'une couleur rougeàtre si l'on a mis un excès de cyanure , mais qui peut être ramenée au jaune serin par un acide.
Poudre de cyanure d^Or.
Pr. : Cyanure d'Or, 5 centigr.
Poudre d'iris, 10 centigr.
Divisez en paquets à employer en frictions (Chrestien).
Pilules de cyanure d'Or.
Pr. : Cyanure d'Or, 6 centigr. (1 graine
Extrait de mercure, 90 ceniigr. (18 gr.j.
F. S. A. 12 ou 16 pilules (Chrestien).
L'oxyde , Tiodure et le cyanure d'Or n'exercent leur action dynamique, suivant M. Mialhe, qu'à l'état de chlorure unis au sel marin qui les a métamorphosés; d'où la pi'éférence qu'on doit accorder au chlorure d Or préalablement uni au chlorure de sodium, quand on veut employer l'Or à doses altérantes.
Nous ajouterons que les préparations d'Or sont des médicaments infidèles quand on les associe, surtout pour l'usage interne, à des substances organiques qui les altèrent promptement , comme les poudres , les sirops, les extraits, etc. ; aussi MM. Duportal. Pelletier, Niel, etc., ont-ils conseillé de les administrer seules, en poudre ou en solution.