‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 3)Chapitre 6 sur 125 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

Que si Broussais consent a puiser dans ia Matière mf'diraleiiueNpiesunes des ressources positives irès-rares de sa Thérapeutique, il se hâte de les dépouiller de toute action spéciale et a proprement parler médicamenteuse, pour ne leur laisser qu'une action hygiénique, comme celle d'apaiser ou d'exciter les propriétés vitales. Or, de même que nous ne connaissons aucune maladie qui ne consiste qu'en une excitation ou qu'en un affaiblissement simple et purement physiologique, nous ne connaissons aucun médicament qui ne jouisse que de l'action purement physiologique de stimuler ou d'affaiblir. La chaleur et le froid nous semblent seuls dans ce cas, et ce ne sont pas des médicaments. Il y a, nous en convenons bien , des maladies qui surexcitent, d'autres qui jettent dans l'adynamie, comme il y a des médicaments qui stimulent et d'autres qui stupéfient; mais ni celles-là ni ceux-ci ne sont bornés a ces propriétés dichotomiques abstraites et purement imaginaires ^ car, dans ce cas, il n'y aurait qu'une seule maladie et qu'un seul médicament, si toutefois on peut nommer ainsi ces entités insaisissables, que nous avons vu plus haut les mathématiques nous disputer justement.

L'idée de spécificité domine doncla Matière médicale comme elle domine la Nosologie. Sans celte idée, les médicaments seraient confondus avec les agents de l'hygiène, et le sens commun ne le permettra jamais.

Mais par quelle voie la science retrouvera-t-elle la spécificité des moyens thérapeutiques, et comment pourra se reconstituer la Matière médicale anéantie par le physiologisme? Elle se reconstituera à la faveur d'une restauration de la spécificité en Nosologie. Or, par qui et comment se relèvera celle-ci ? Par l'anatomie pathologique. On ne peut, pour se relever, prendre son point d'appui que sur le terrain où l'on est tombé, ce terrain fùt-il faux ou dangereux. Où s'appuyer ailleurs pour en sortir? Il faut tirer parti de la situation, et c'estainsi qu'en général on obtient la compensation d'une erreur.

Bien que Brown admit la maladie et fit rouler toute sa pathologie sur les dîathèses, il était impossible d'y retrouver la spécificité. Son idée de la maladie et du médicament est trop abstraite : on n'y saisit rien qui mène à la différence , au genre , à l'espèce; tout y est trop identique; le plus et le moins ne se prêtent qu'au calcul et non à la pierre de touche. L'anatomiste, au contraire, est toujours en contact avec des réalités, avec des tissus, avec des propriétés sensibles, toutes choses qui diffèrent entre elles autrement que par la quantité. Emporté par les exigences de son système, Broussais, le grand localisa- Uur des maladies, avait pourtant trouvé le moyen d'échapper aux conséquences nosologiques que semblaient devoir lui imposer les dif-

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