JALAP
Le Jalap {Convolvulus officinaUs, Pel., Tonlopall des Mexicains) est une racine purgative qui tire son nom de Xalapa, ville du Mexique, auprès de laquelle cette plante croît en abondance. Quoique le Jalap soit fort ancien dans la thérapeutique, son histoire botanique n'est guère connue que depuis quelques années. On a très-longtemps ignoré à quel genre il devait appartenir. Il
a été considéré successivement comme une bryone, une rhubarbe, une belle-de-nuit; Gaspard Bauhin, le premier qui l'ait décrit, en 1620, le nomme Me'choacan noir ou mâle; plus tard, Linné le reconnut pour être un liseron, et lui donna le nom de Convolvulus Jalapa; puis quelques autres botanistes, entre autres le docteur Cope, en 1827, l'attribuèrent à r7j90Kia'a macror/u^a; enfin ce ne fut que quelques années plus tard que MM. Desi'ontaines et Gabriel Pelletan le décrivent avec soin sous le nom de Convolvulus officinalis. Ces deux botanistes ont été convaincus, par les échantillons rapportés du Mexique par M. Ledanois, pharmacien français, que la plante qu'ils avaient décrite était bien le vrai Jalap. Pourtant Nées et Marquard rapportent à un genre voisin la plante qui fournit cette racine et qu'ils nomment Ipomeca purgans.
Cette racine a généralement la forme d'un navet allongé par la partie supérieure. Son poids varie de 120 à 600gram. Elle est souvent entière, quelquefois coupée par tranches, presque toujours marquée de profondes incisions qu'on y pratique pour favoriser la dessiccation. Sa surfaceestrugueuse, d'un gris veiné de noir ; son intérieur d'un gris sale, à cassure compacte, ondulée; son odeur est nauséabonde, sa saveur acre et tenant à la gorge.
On a extrait de la plupart des racines des Convolvulacées une résine purgative. Celle du Jalap, qui forme la dixième partie de la racine, est brun verdàtre, à cassure vitreuse, en lames ou en cylindres; sa saveur est acre
JALAP, TURBITH, SCAMMONÉE, SOLDANELLE, etc. 699
et désagréable ; elle est soluble dans l'alcool, insoluble d*ns les huiles tixes et volatiles.
M. Soubeiran a obtenu cette résine en épuisant le Jalap par l'alcool à 80° (31° Cartier), en distillant et lavant à plusieurs reprises pour séparer les parties gommeuses ou extractives.
Analyse de la racine du Jalap. Elle a fourni à Gerber : résine dure, résine molle, extractif un peu acre, extrait gommeux, matière colorante, sucre incristallisable, gomme, mucilage végétal, amidon. Cette racine, ainsi que nous l'avons dit, contient 8 à 10 pour 100 de résine, qui paraît en être le principe actif.
Pour obtenir la résine de Jalap parfaitement décolorée, il faut suivre le procédé de Nativelle. Les racines sont épuisées d'abord par des lavages à l'eau bouillante suivis de l'expression. Puis on les traite à plusieurs reprises par l'alcool à 65° seulement, dans le bain-marie d'un alambic bien étamé; on fait bouillir et on exprime. Enfin, on réunit les liqueurs, on décolore par le noir animal, on chasse l'alcool et l'eau , et l'on obtient une résine friable qui donne une poudre aussi blanche que l'amidon.
La résine de Jalap du commerce est brunâtre, se ramollit sous les doigts; elle est souvent mélangée à la résine de gaïac, dont on reconnaît la moindre trace par le bioxyde d'azote, qui lui donne une couleur bleu verdàtre, tandis que la couleur brune de la résine de Jalap n'est pas altérée par le gaz.
Poudre de Jalap.
On pulvérise la racine sans laisser de résidu. Cette forme d'administration du Jalap àl'intérieur est très-souvent employée. Cette poudre fait la hase àusucre orangé 'purgatif, qui est un fort bon médicament pour les enfants.
La teinture alcoolique se prépare avec 1 partie de racine de Jalap et 4 d'alcool à Se^centigr. (2l<'Cart.).
11 est très-rare de trouver du Jalap sain dans le commerce, il est souvent piqué des vers; les racines ainsi altérées ne doivent jamais être employées à la préparation de la poudre, car les insectes ne détruisent que la matière amylacée, et laissent la résine , seule partie purgative; la poudre serait trop active ; au contraire, le Jalap piqué des vers peut servir avec avaniage pour la préparation des autres préparations , comme la teinture, l'eau-de-vie allemande, etc.
Eau-de-vie allemande.
(Teinture de Jalap composée.)
Pr, : Racine de Jalap, 250 gram.
— de tuibith, 22
Scammonée d'Alep^ 64
Alcool à 56° cent., 3000
Faites macérer pendant quinze jours , passez avec expression et filtrez (Codex). Cette teinture est un excellent purgatif à
la dose de 15 à 30 grammes (1/2 once à i once).
On prépare aussi un extrait de Jalap en traitant cette racine par l'alcool dans l'appareil à déplacement.
Savon de résine de Jalap.
Pr. : Racine de Jalap, Savon médicinal.
Alcool à 80° cent..
1 gram.
2 gram.
On fait dissoudre la résine et le savon dans l'alcool, et on évapore en consistance pilulaire. Cesauon contient le tiers de son poids de Jalap.
On trouve dans le Jalap du commerce deux faux Jalaps : l'un est attribué à l'espèce Jalapa mirabilis; l'autre a été reconnu par M. Guibourt pour une espèce appartenant au genre smilax, voisine de celle qui fournit la squine.
Il existe aussi deux autres Jalaps vrais, le Jalap mâle (Jalap léger, Jalap fusiforme) fourni par l'Ipomœa jalapa (Convolvulus oriaabensis, Pell.), et comme on a pensé longtemps que le Jalapa mirabilis produisait le vrai Jalap ofiTicinal, la racine a dû en être récoltée, et M. Guibourt en a trouvé une fois une forte parlie dans le commerce, et il a reconnu son identité avec celle de la racine de la même plante que l'on cultive" à Paris.
Le Jalap du commerce est souvent mélangé au faux Jalap rouge, que l'on a pris pour une excroissance venue sur le tronc de certains arbres; mais M. Guibourt croit qu'elle provient d'une racine tubéreuse de convolvulacée. Son décocté aqueux ne contient pas d amidon et ne bleuit pas l'iode. Quant au faux Jalap à odeur de rose, M. Grosourdy l'a reconnu pour la patate à odeur de rose que l'on cultive aux Antilles. Ces deux faux Jalaps sont très-peu purgatifs.
La racine du Convolvulus batatas (L., Batata edulis, Chois) fournit la patate comestible, qui est un bon alimetit.
TURBITH.
Le Turbith {Turhith végétal) est une racine fournie par le convolvulus turpethum, plante de la pentandrie monogynie de Linné, famille des Convolvulacées. Elle croît dans l'Inde occidentale, en Asie et dans l'île de Ceylan.
Cette racine est en morceaux cylindriques de la grosseur d'une plume; l'écorce en est épaisse, l'extérieur rougeâtre, l'intérieur blanchâtre ; le ligneux, lorsqu'il existe, est assez souvent criblé de trous, ainsi que la partie corticaleelle-même, et par lesquels la matière résineuse exsude souvent en grande abondance sous la forme de petites larmes jaunâtres. Le Turbith n'a pas d'odeur; sa saveur est d'abord faible, puis amère et nauséeuse.
La racine de Turbith (radix Turpethi) est jusqu'ici seule usitée; elle contient, comme celle du jalap, une résine particulière dans laquelle paraissent résider toutes
les propriétés purgatives. Les diverses préparations de Turbithsont analogues à celles que nous avons indiquées pour le jalap.
On peut confondre quelquefois avec la racine de Turbith celle du Tapsia rillosa, espèce appartenant à la famille des Ombellifères. Elle est connue dans le commerce sous le nom de racine de faux Turhith ou de Tapsie, et ne possède qu'une analogie de forme ; les propriétés sont fort différentes.
SCAMMOMÉE.
La Scammonée est une gomme-résine extraite d'une espèce de liseron, le Convolvulus scammajiia. appartenant, comme ses congénères, le jalap, le turbith, etc., à la famille des Convolvulacées.
On obtient ce suc concret au moyen d'incisions faites au collet de la racine-, on le recueille avec des coquilles (d'où le nom de Scammonée en coquilles), et on le fait sécher au soleil.
On distingue dans le commerce cinq sortes de Scammonée :
La Scammonée d'Âlep ou de Syrie, qui est en morceaux irréguliers, gris noirâtre, recouverts d'une poussière blanchâtre, friables, à cassure noire et brillante, offrant çà et là de petites cavités et des éclats transparents. Mise dans la bouche, elle offre un goût de beurre cuit ou de brioche très-marqué; son odeur est faible. Sa poudre est d'un blanc grisâtre. Cette espèce est sans contredit la plus estimée. On désigne sous le nom de Scammonée noire et compacte d'Alep une variété de la précédente , plus compacte, plus pesante, qui parait avoir été évaporée à feu nu. Elle est beaucoup moins estimée.
2" La Scammonée de Smyrne, provenant de la même plante, est en petites masses poreuses, d'un gris rougeâtre extérieur, à cassure terne ou terreuse; elle forme avec la salive une émulsion d'un jaune verdâtre; son odeur est plus désagréable que celle de la précédente; le goût en est beaucoup moins marqué.
On la trouve sous deux formes : en coquilles et en masses plates. Ce n'est, en tous les cas, qu'un produit de mauvaise qualité qui est très-souvent falsifié.
3° La Scammonée blonde de Smyrne, en coquilles, Scammonée de Mysie de Dioscoride (Guibourt) est en masses grisâtres poreuses, fragile, à cassure brillante, vitreuse et inégale; les lames minces sont jaunes et transparentes ; elle forme avec la salive une émulsion blanchâtre, qui devient poisseuse en séchant. Elle a une odeur forte et s'enflamme au contact d'une bougie.
4° La Scammonée blonde de Trébisonde est en masses considérables d'un gris rougeâtre, tenace, diflicilc à rompre, à cassure inégale, transparente dans ses lames minces; elle possède l'odeur de brioche de la Scammonée d'Alep, et forme avec la salive une émulsion grise poisseuse; elle brûle avec flamme.
5° La Scammonée de Montpellier, qui
est le suc exprimé et évaporé du cynanchum. Mo7ispeliacum, famille ^es Apocynées. Cette gomme-résine est tout à fait noire, très-dure et très-compacte, assez facile à distinguer des autres Scammonées , dont elle ne possède pas les propriétés. On y incorpore plusieurs résines purgatives pour lui. donner quelque analogie d'action. Elle doit être rejelée des pharmacies.
Une variété que l'on pourrait confondre avec la précédente est la Scammonée plate dite d'Antîoche , qui paraît être le résultat d'une falsification.
La Scammonée portait autrefois le nom de diagrède. On la faisait cuire dans une pomme ou coing avec du soufre, du suc de réglisse; de là le nom de diagrède pommé, cydonié, sulfuré, glycyrrhisé.
Composition. Résine, GO; Gomme, 3 ; Extrait, 2; Débris, 36. (Bouillon-Lagrange.)
La résine Scammonée n'a pas l'àcreté de celle du jalap; elle est inodore et presque insipide. Planche a observé qu'on pourrait la diviser très-facilement dans le lait chaud ou froid, ou dans une émulsion d'amandes.
Potion -purgative de Planche.
Pr. : Résine de Scammonée décolorée par le charbon animal, 30 cent.
Lait de vache chaud ou froid, 96 gram.
Sucre, 8 gram.
Eau distillée de lauriercerise, 4 gouttes.
On réduit la résine en poudre dans un mortier de marbre, et on la délaye peu à peu dans le lait; on y ajoute le sucre et l'eau aromatique.
La résine de Scamonée, administrée d'après cette formule, est un des purgatifs les plus agréables. Ce médicament fait partie d'un grand nombre de préparations purgatives , telles que la poudre cathartique , la poudre cornachine ou de tribus, les pilules mercurielles de Beloste, de Bon~ tius, etc.