‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 4)Chapitre 13 sur 147 · CIGUË · texte numérisé non relu

CIGUË

Dans la plupart de ces cas, Fronmueller a obtenu des succès marqués à l'aide delà conicine; toutefois il déclare avoir prescrit simultanément un régime approprié, des bains et des moyens locaux.

Voici la formule que ce praticien met habituellement en usage :

Pr. : Conicine, 3 ou 4 gouttes.

Alcool rectifié, 1 gramme.

Eau distillée, 20 grammes.

M. et F. dissoudre S. A.

Pour une solution qu'on administre, trois fois par jour, à la dose de 15 à 30 gouttes dans une tasse d'eau convenablement édulcorée.

Fronmueller n'a jamais vu survenir d'accidents par suite de l'ingestion de cette substance ; quelquefois seulement les malades ont accusé un peu de mal de tête et des vertiges, bien qu'il ait continué l'emploi du médicament pendant des mois entiers.

La conicine se recommande particulièrement dans la thérapeutique des enfants, par cette circonstance tout à fait précieuse qu'elle n'a point de saveur désagréable. Aussi Fronmueller ne balance-t-il pas à lui prédire avant peu un des premiers rangs parmi les agents de la médication antistrumeuse, et il engage les médecins à multiplier les essais sur cette préparation.

Il termine en disant que la conicine lui paraît appelée à rendre aussi d'importants services dans le traitement de la coqueluche ; mais il se hâte d'ajouter qu'il Fa encore trop peu employée contre cette affection pour pouvoir se prononcer avec certitude à cet égard.

Nous devons ici une mention spéciale aux travaux remarquables qui, depuis quelques années, ont été publiés par MM. Devay et Guillermond, de Lyon, sur la valeur relative des diverses préparations de Ciguë. Ces habiles expérimentateurs sont arrivés à démontrer, ce qui déjà avait été remarqué avant eux, que les préparations de Ciguë, tirées de la plante sèche et même fraîche, avaient généralement une action très-irrégulière, et souvent même nulle. Ils ont fait voir que, surtout, ce grave inconvénient tenait, d'une part, à ce que le principe actif de la Ciguë est volatil et trèsaltérable à l'air, et d'autre part qu'il varie de quantité à chaque phase de la végétation. De plus, ils ont reconnu que les séminules ou fruits de la Ciguë renferment, à l'époque de leur entière maturité, la conicine en plus grande proportion, et que ce principe est contenu dans ces séminules sous un état concret tout particulier, qui le rend pour ainsi dire inaltérable, tandis que dans le reste de la plante, ce même principe, souvent assez abondant, se trouve dans un état qui en facilite l'évaporation et la prompte décomposition, même par le seul effet de la manipulation pharmaceutique. Dès lors, ils ont été tout naturellement amenés à conclure que ces séminules devraient remplacer presque exclusivement, pour l'usage interne, toutes les autres préparations de cette plante. Toutefois cette substitution

ne doit être réalisée qu'à la condition de s'assurer préalablement de la proportion de conicine que contiennent ces séminules. A cet effet, ces expérimentateurs indiquent le procédé à l'aide duquel on peut arriver à déterminer cette proportion d'une manière exacte et rigoureuse. Cette détermination obtenue, ils ont adopté deux formules dans lesquelles la dose des séminules varie suivant leur richesse en alcaloïde, et se trouve combinée de manière à maintenir dans leurs préparations une régularité parfaite; ainsi les pilules n° 1 contiennent une dose de semences en nature qui équivaut à un demi- milligramme de conicine, et les pilules n° 2 à 1 milligramme.

Grâce à cette préparation, ces deux auteurs ont la confiance d'avoir doté la thérapeutique d'une arme aussi sure que puissante, dont ils espèrent qu'on devra tirer un grand parti dans le traitement des dermatoses, de la scrofule, dans les indurations de diverses natures, même dans les tumeurs cancéreuses, et généralement dans les affections nombreuses où nous avons vu que la Ciguë, employée sous les anciennes formules, avait produit de bons résultats.

11 importe d'ailleurs d'ajouter que M. Schiroff, de Vienne, sans avoir connaissance des études faites par nos savants compatriotes, s'est livré, de son côté, à des expériences nombreuses dans le but déjuger la valeur relative des diverses préparations de Ciguë, et qu'il est arrivé à des conclusions à peu près identiques, surtout relativement à la supériorité des semences de Ciguë. Cette confirmation, venant d'un aussi habile expérimentateur, ne peut qu'engager les médecins à prescrire à l'intérieur d'une manière sinon exclusive,, au moins plus spéciale, les semences de Ciguë; et cette préférence, en assurant les résultats thérapeutiques, aura sans doute pour heureuse conséquence de faire accorder désormais à ce médicament une valeur plus grande que celle qui lui est attribuée aujourd'hui parmi nous.

La Ciguë vireuse, cicuta virosa, confondue à tort par Wepfer et par beaucoup d'autres avec la Ciguë aquatique, cicuta aquatica, phellandrium aquaticum, est une plante vivace de la famille des ombellifères qui habite le bord des ruisseaux , dans le nord et l'est de la France. On ne la trouve pas dans le Péloponèse et dans la Grèce , ce qui prouve, comme nous l'avons dit plus haut, que cette Ciguë n'était pas celle qui fit périr Socrâte.

La Ciguë vireuse est un poison plus énergique que la grande Ciguë. Les expériences de Wepfer en font foi (Cicutss aqnatiese historia et noxœ). Celui-ci fit avaler à beaucoup d'animaux de la racine de Ciguë contuse ou coupée en petits morceaux, et il en résulta des phénomènes cérébraux divers, tels que de l'assoupissement ou de l'agitation, des tremblements, des convulsions; en même temps , soif, éructations, salivation abondante , vomissements, diarrhée, suppression d'urine, etc. L'activité de la Ciguë vireuse a fait bannir, peut-être à tort, cette plante de la matière médicale.

La plante fraîche a des propriétés vénéneuses fort peu actives, qui se perdent entièrement par la dessiccation.

Phellandrium aquaticum. Les semences de phellandrium aquaticum sont

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.seules usitées en médecine. On les donne sans aucune préparation, ou bien pulvérisées à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme (10 à 20 grains), et même 4 grammes (1 gros) et davantage.

C'est dans le catarrhe aigu et chronique, dans la coqueluche , dans la phthisie pulmonaire que ces semences ont été conseillées. Il est juste de dire que si elles n'enrayent pas la fonte des tubercules, au moins calmentelles la toux et rendent-elles l'expectoration plus facile et moins abondante. Quant à ses avantages dans le traitement des tumeurs diverses, de la cane des os, de la fièvre intermittente, ils sont indiqués par un si petit nombre d'observateurs et reposent sur des faits si peu concluants, que nous n'en parlerons pas.

La petite gigue n'est pas employée en médecine. Son action toxique, beaucoup moins énergique que celle de la grande Ciguë et de la Ciguë aquatique, est d'ailleurs analogue à celle de ces plantes; elle a été souvent constatée par les auteurs. Vicat , Haller, Orfila , ont démontré ses propriétés malfaisantes.

CYANOGENE.

Le Cyanogène est un corps gazeux, composé d'un volume de vapeur de carbone et d'un volume d'azote condensés en un seul volume. Ce corps entre dans la composition des substances connues jadis sous les dénominations d'acide prussique et de prussiates , et dans les amandes et les feuilles d'un grand nombre de plantes de la famille naturelle des rosacées. Nous étudierons d'abord l'acide cyanhydrique, puis nous passerons à l'étude des végétaux qui contiennent du Cyanogène.

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